Mandico, Jeunet & Caro, Gaspar Noé : l'art et la matière

Cinéma | À l’heure où la virtualité s’impose à chaque maillon de la chaîne cinématographique, demeure une frange de cinéastes faisant résonner leur 6e sens avec le 7e art. Pour elles et eux, filmer est un acte définitivement charnel. Ça nous a plu ; on en veut en corps !

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Photo : © DR


De même que les saumons nagent à contre-courant pour frayer, certains cinéastes se révèlent remarquablement féconds en évoluant à rebours de leurs congénères. En manifestant, par exemple, un attachement viscéral à la pellicule moins pour des raisons de conservatisme rétro-snobinard que des motivations profondément artistiques — ce qui ne les empêche pas de recourir à des effets numériques. Ou en s'obstinant à spectrographier l'âme humaine à l'aune de leurs obsessions plastiques. Le premier groupe réunit à Hollywood une aristocratie d'auteurs bankable — Tarantino, Nolan, Spielberg, Scorsese, Aronofsky, Anderson (Wes & Paul Thomas), Abrams, Coen (Joel & Ethan) etc. — et rassemble en France un aréopage de cin-éaste-philes sans doute nostalgiques d'une certaine sérendipité expérimentale : Jean-Pierre Jeunet & Marc Caro, F.J. Ossang pour les “ancêtres“, Hélène Cattet et Bruno Forzani, Bertrand Mandico, Antonin Peretjatko dans la nouvelle génération… Bien souvent des courts-métragistes acharnés malaxant influences comme les bandes son et images sans tabou, jonglant d'un format à l'autre entre deux longs.

La saison passée aura été particulièrement fructueuse pour les précités, les plus jeunes d'entre eux confirmant leur faim d'en découdre autant avec la matière filmique que la matière organique. Entre leurs doigts, l'exercice cinématographique s'apparente à une chirurgie prométhéenne dans un champ opératoire ouvert à toutes les hybridations de formes, de genres, de chromosomes, sans révérence ni préjugés. On a vu comment Laissez bronzer les cadavres de Cattet & Forzani (ressus)citait giallo, polar(s) et cinéma érotique des années 1970 dans un objet violemment scintillant et délicieusement estomaquant ; on a assisté à l'éclosion du stakhanoviste Mandico avec Les Garçons sauvages et son retour — discret ou sabordé par une sortie le 15 août ? — au sein du programme Ultra Rêve, il ne reste plus qu'à attendre de 2018-2019 des émergences supplémentaires. Plus convaincantes, à coup sûr, que celle de Yann Gonzalez…

Pères fondateurs

Précurseurs dans la “manufacture“ d'images, Caro/Jeunet ont dès leurs débuts à la fin des années 1970, montré à quel point l'optique, la composition, le cadre et les décors pouvaient participer de l'atmosphère d'un film et affirmer la patte d'un auteur. D'essence artisanale, leur écriture esthétique éprise de thèmes et de mèmes du passé ne s'est toutefois jamais privée, là non plus, de profiter d'outils numériques — quitte à les forger sur mesure — pour en améliorer le rendu patiné. Ensemble jusqu'à La Cité des enfants perdus (1995), puis chacun de leur côté, les deux cinéastes ont construit une œuvre combinant bricolage et extrême sophistication, où la création reste tangible et non le produit d'une somme de calculs. Elle est de ce fait susceptible d'être présentée dans une exposition : celle que va accueillir à Lyon le Musée Cinéma et Miniature du 13 octobre au 5 mai 2019, dans la foulée de la Halle Saint-Pierre à Paris. S'y côtoieront des objets totémiques (maquettes, nain de jardin d'Amélie Poulain…) comme des éléments préparatoires de leurs réalisations. Une manière concrète de partager leurs processus créatifs et de s'imprégner de l'atmosphère si particulière de Délicatessen, L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ou Dante 01.

Et le second groupe, alors ?

Les avant-gardes ont mille visages et leurs promoteurs mille et un usages. D'aucuns font en effet profession de — pour reprendre un terme à la mode — “disruptivité“ permanente, contredisant film après film leurs manifestes définitifs ; trouvant cependant dans cette remise en question permanente une unité stylistique. Tel Lars von Trier, dont le prochain thriller The house that Jack built porte indubitablement la vénéneuse griffe. D'autres enfin customisent jusqu'à la moelle le moindre atome de leur cinéma, faisant de tout nouvel opus le complément logique d'un grand œuvre de plus en plus cohérent. C'est le cas de Gaspar Noé dont le bien nommé Climax est, littéralement, une tuerie. Plutôt bien d'entamer la saison par une promesse de fête. Bonne année !


Caro & Jeunet

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Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Les Fantasmes | Duo vénéneux et de charme dans le film à sketches Les Fantasmes des frères Foenkinos, Carole Bouquet et Monica Bellucci incarnent un couple s’épanouissant en mêlant Eros et Thanatos. Une occasion d’évoquer avec elles et Stéphane Fœnkinos la question du fantasme…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Monica Bellucci et Carole Bouquet : « on fait ce métier pour réaliser une partie des fantasmes de l’humanité »

Au générique, il est précisé que Les Fantasmes est une adaptation ; comment êtes-vous tombés sur l’original ? Stéphane Foenkinos : Ce sont les producteur Éric et Nicolas Altmayer qui sont venus avec ce projet. Mon frère David et moi, on était en train de travailler tranquillement sur un autre film et ils nous ont parlé d’un film australien sur le même principe — des gens qui se croisaient avec des fantasmes. Mon frère David m’a dit : « regarde ! ». C’était très drôle, très cru, mais je ne me voyais pas du tout faire un truc pareil. David l’a regardé et m’a dit : « t’es fou, c’est ça qu’on doit faire, mais on doit aller plus loin. » Et ça a été le défi : en fait, on en a conservé 10 ou 15%, mais on a étendu. La partie de Carole Bouquet et Monica Bellucci vient de notre âme très tourmentée (rires). Elles nous ont demandé : « mais comment vous avez sorti ça de votre tête ?! » Carole Bouquet : Mais c’est qu’il n’y avait pas que ça ! Ils nous ont raconté plein d’autres fantasmes ! Une liste impressionnante… Il y a vraiment de tout, ils sont vra

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"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

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Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Bande Dessinée | Officiellement, la 16e édition du Lyon BD Festival se tient les 12 et 13 juin. Mais chacun sait que, dans les faits, le rendez-vous de la bande dessinée a commencé depuis une septaine déjà. Rien à voir avec quelque éviction prophylactique : entre le off et le in, c’est tout le mois de juin qui est contaminé par le 9e art. Et aussi, surtout, l’ensemble de la vi(ll)e de Lyon…

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

Lyon BD Festival : là où les dessins s'animent

Les éditeurs feront sans doute un peu grise mine cette année du fait de l’absence de barnum place des Terreaux accueillant les stands à leurs couleurs — et leurs auteurs. Mais le pragmatisme l’emportant toujours sur la déception, ils se consoleront vite en considérant le verre rempli à ras-bord : la tenue en présentiel d’un des plus grands festival de bande dessinée de France, avec un programme conforme en ambition, en diversité et propositions, avec ceux déployés lors des éditions précédentes — on imagine les trésors d’inventivité qu’il aura fallu mettre en œuvre ! Fidèle à sa philosophie, Lyon BD poursuit en effet cette politique du “décloisonnement“ qui a fait son succès en révélant l’infini extraordinaire des interactions potentielles entre, d’une part, un art séquentiel lui-même multiple dans ses modes d’expression, et de l’autre toutes les disciplines culturelles et/ou les lieux les abritant dans la cité. En gagnant de nouveaux à sa cause chaque année, telle la Biennale de la Danse pour cette édition. Ça repart en live ! Au-delà des dédicaces (lesquelles ont toujours cour

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"Le Discours" de Laurent Tirard : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | Laurent Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby. Avec Sara Giraudeau et Kyan Khojandi.

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêchent pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipien

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Nellie Bly, une folle aventure du récit en immersion

Bande Dessinée | La scénariste lyonnaise Virginie Ollagnier et la dessinatrice Carole Maurel se sont emparées du mythique reportage en immersion de Nellie Bly, "10 jours dans un asile", pour façonner un simili-biopic de la journaliste américaine, enfin mise en lumière en France ces dernières années grâce au travail salutaire d'Adrien Bosc, le boss des éditions du Sous-Sol. Les deux autrices sont en dédicace ce vendredi à la Librairie La BD à la Croix-Rousse.

Sébastien Broquet | Vendredi 19 février 2021

Nellie Bly, une folle aventure du récit en immersion

— Quel genre de travail cherchez-vous ? — Je ne sais pas, je suis si lasse... — Vous occuper d'enfants ? Porter une jolie coiffe et un joli tablier blanc ? — Je n'ai jamais travaillé de ma vie. — Vous devez apprendre. Toutes les femmes ont un emploi. — Vraiment ? Cela me surprend, elles sont affreuses. Comme les folles à l'asile. Ainsi débute ce récit situé en 1887, à New York. USA. Par ce dialogue et quelques scènes qui comme dans Shutter Island nous conduisent droit dans un asile, accompagnant un personnage qui ici est une héroïne. Sauf que... Dans le film de Scorsese, Leonardo DiCaprio se présente comme sain d'esprit et le twist repose sur le fait qu'il est justement l'un d'eux, de ces fous. Et qu'ici, Nellie Bly, puisque c'est d'elle dont on parle, c'est l'inverse : elle se fait passer, admirablement bien, pour folle afin d'intégrer le cauchemardesque Blackwell's Island Hopital en tant que pensionnaire. Pour écrire. Raconter. Témoigner. Car Nellie — de son véritable patronyme, Elizabeth Jane Cochrane —, est journaliste, engagée (du moins, en tant que pigiste) en cette même année 1887 par le célèb

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Carole Fives : sous le pinceau, la plume

Roman | Avec Térébenthine, son dernier roman, Carole Fives nous emmène sur les traces d'une étudiante des Beaux-Arts. Où faute de voir s'épanouir une artiste-peintre, on voit naître une écrivaine.

Stéphane Duchêne | Mercredi 9 septembre 2020

Carole Fives : sous le pinceau, la plume

C'est un fait les Beaux-Arts mènent à tout (autant qu'il mène à rien, vous diront des générations de parents d'aspirants artistes tremblants). L'Histoire de la pop culture est pleine d'anciens étudiants en école d'art qui ont brillé dans d'autres disciplines, à commencer par la musique et, bien sûr, la littérature. D'autant que tous les chemins peuvent mener à la littérature. Or c'est bien à la croisée de ces sentiers incertains que l'on se retrouve dans le dernier roman de Carole Fives. Où l'autrice d'Une femme au téléphone et de Tenir jusqu'à l'aube, qui semblaient se répondre — le rapport à une mère trop seule, envahissante, d'un côté ; le rapport à la maternité en solo, tout aussi envahissante, d'autre part — nous emmène sur les pas d'une étudiante des Beaux-Arts de Lille (qu'elle a elle même fréquentés) au

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Mariée dans l’ânée : "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

Comédie | ★★★☆☆ De Caroline Vignal (Fr, 1h35) avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Mariée dans l’ânée :

Institutrice et maîtresse du père d’une de ses élève, Antoinette décide de faire une surprise à son amant en le retrouvant dans les Cévennes où il doit randonner en famille avec un âne. Menant Patrick, un baudet têtu, elle part à l’aventure… Moquant les citadins et leurs lubies de reconnexion avec une “nature authentique” (dans des circuits ultra cadrés), ce trotte-movie sentimentalo-burlesque sort des sentiers de la prévisibilité grâce notamment à un défilé de personnages secondaires — dont la légitime de l’amant, subtilement campée par Olivia Côte —, parce qu’il constitue également la rencontre entre un rôle et une actrice. Abonnée aux seconds plans depuis une petite dizaine d’années, souvent employée sur un registre de légèreté fo-folle qui la piégeait, Laure Calamy avait accédé avec Nos Batailles et Ava à des personnages plus nuancés mais trop courts ; rebelote dans Seules les bêtes — film choral oblige. Elle s’épanouit ici totalement avec cette partition du mineur au majeur que Caroline Vignal

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Mariana Otero : « c'est parce qu’on est très préparé qu’on peut accueillir l’imprévu »

Histoire d’un regard - Gilles Caron | Mariana Otero consacre un portrait sensible au photographe Gilles Caron dont elle rappelle l’extraordinaire vista. Une démarche analytique et réflexive qui en dit aussi long sur l’homme au boîtier que la femme à la caméra…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Mariana Otero : « c'est parce qu’on est très préparé qu’on peut accueillir l’imprévu »

Dans Histoire d'un regard, votre démarche à la fois biographique et autobiographique montre qu'il faut s'intéresser au corpus entier d'un artiste pour comprendre une œuvre. De fait, votre film renvoie autant à l'œuvre photographique de Gilles Caron qu'à vos documentaires précédents… Mariana Otero : Votre hypothèse est sûrement juste, mais c'est totalement inconscient chez moi : l’œuvre échappe à celui qui la fait ! Peut-être qu'Histoire d'un regard est la suite d'Histoire d'un secret… Il y a quelque chose pour le goût du déchiffrage de l’image : chercher dans l’image la trace d’un instant qui a eu lieu — qui n’est plus là mais dont on peut avoir l’idée. Dans Histoire d'un secret, j’avais l’impression de poursuivre une espèce de fascination pour les images. Non pas pour ce qu’elles représentent en elles-mêmes, mais pour le fait qu’elles sont la trace de quelque chose qui s’est passé pour la personne photographiée (ou peinte) ainsi que pour celle qui l’a réalisé. C’est plutôt de ce côté que penche Histoire d'un regard,

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De la chouette animation : "L'Odyssée de Choum"

Animation | La parade nuptiale d’un oiseau pour trouver l’élue de son nid ; l’amitié entre un oiseau naufragé et une jeune baleine ; la course-poursuite entre un bébé chouette et son puîné dans l’œuf emporté par une tempête… Trois courts-métrages exceptionnels à voir sans tarder !

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

De la chouette animation :

L’exemple récent de films d’animation atypiques partis de France ou d’Europe à la conquête du monde, glanant les récompenses (après avoir éprouvé toutes les peines à se financer…), devrait rendre les spectateurs plus vigilants : qu’elles soient longues ou courtes, ces œuvres animées brillent souvent par leur inventivité graphique, leur poésie narrative et visuelle ou leur intégrité artistique les conduisant hors des sentiers rebattus. Et combien dépaysants se révèlent la plupart des programmes estampillés “jeune public“, effervescent laboratoire du cinéma contemporain ! Judicieusement composé autour des volatiles, celui-ci est un mixte de techniques : 2D minimaliste colorée et épurée pour Le Nid de Sonja Rohleder, peinture sur verre (image par image, donc) pour le déchirant L’Oiseau et la Baleine de l’opiniâtre Carol Freeman et enfin celui donnant son titre au programme (une 2D digitale au rendu rappelant celui de Zombillénium) écrit par Claire Paoletti et Julien Bisaro, lequel l’a réalisé. Gravez d’ores et déjà leurs noms dans vos mémoires : on perçoit chez les au

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Œil pour œil : "Histoire d'un regard"

Documentaire | Disparu en reportage au Cambodge, Gilles Caron (1939-1970) fut un grand œil photographique du XXe siècle ; et ce bien que sa carrière couvrît à peine une décennie. Troublée par les échos à sa propre histoire familiale, la documentariste Mariana Otera retrace son parcours artistique…

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Œil pour œil :

À l’opacité régnant sur “l’évaporation“ de Gilles Caron, Mariana Otero oppose ici une transparence totale — mais cette démarche d’élucidation est une habitude chez la documentariste. Ainsi ouvre-t-elle son film par ce hasard orienté (du nom de Jérôme Tonnerre) ayant placé entre ses mains un recueil d’images de Caron, et ce double trouble qui l’a alors saisie. Celui de se retrouver en présence de vues familières — ses clichés de guerre, de mai 68, de plateaux de cinéma ont tapissé son enfance — auquel s’est ajoutée la découverte d’une étrange similitude entre les portraits des filles du photographe et ceux peints par la mère de Mariana Otero, morte en 1968 (voir son film Histoire d’un secret). Cet ancrage personnel semble “autoriser“ moralement Mariana Otero a évoluer dans le corpus caronnien (100 000 vues !) que son propre regard va interroger. Ses examens attentifs, ainsi que la confrontation des images à des historiens ou des témoins directs, vont faire revivre des séquences li

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Histoire d’un regard

Documentaire | S’il n’avait succombé à 30 ans en couvrant le coup d’État cambodgien de Pol Pot, il serait aujourd’hui à coup sûr autant célébré que son confrère et cofondateur (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Histoire d’un regard

S’il n’avait succombé à 30 ans en couvrant le coup d’État cambodgien de Pol Pot, il serait aujourd’hui à coup sûr autant célébré que son confrère et cofondateur de l’agence Gamma, Raymond Depardon. Photographe de guerre mais aussi de plateaux, Gilles Carron (1939-1970) fut un “œil“ du XXe siècle ; la documentariste Mariana Otero lui consacre un film bienvenu qu’elle vient présenter. À voir, forcément. Histoire d'un regard Au Comœdia ​le lundi 13 janvier à 20h

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Aux Célestins, ça crayonne

Bande Dessinée | Lyon BD Festival et le Théâtre des Célestins s'associent autour d'une semaine dédiée à la bande dessinée : succulent.

Sébastien Broquet | Mardi 17 décembre 2019

Aux Célestins, ça crayonne

C'est le point de départ d'une année 2020 placée par le ministère de la Culture sous l'égide de la bande dessinée. Vaste sujet... qui peut laisser place à quelques événements bien sentis et par ici nous devrions être comblés puisque le pertinent Lyon BD Festival se charge de fédérer les bonnes énergies du territoire pour concocter un parcours débutant, donc, au Théâtre des Célestins durant ces vacances de Noël. Le rendez-vous est baptisé Strip en Scène et se déroule du 18 au 29 décembre sous plusieurs formes. Déjà, on guettera avec grande attention la nouvelle co-production initiée par le festival autour de la série à succès Les Carnets de Cerise d’Aurélie Neyret et Joris Chamblain, mutée en mode ciné-concert par Mathieu Frey et Fred Demoor, qui propulsent sur scène dessin projeté, animation, musique et comédiens en un grand opéra dessiné. Ça tient apparemment autant de la performance que du spectacle pour enfants et c'est plutôt prometteur. Dans le zaï

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Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Opéra | De la joie, des outrances, de la drôlerie et une équipe de haute précision, Le Roi Carotte revient quatre ans après sa création, mis en scène par l'une des stars mondiales de l'Opéra et fidèle de celui de Lyon, Laurent Pelly.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Le Roi Carotte : un potager survitaminé

Offenbach lui va si bien. Laurent Pelly s'en amuse depuis des décennies ou presque avec notamment cet épatant triptyque Monsieur Chouflerie restera chez lui / L'Île de Tulipatan / Le Petit voyage dans la lune. C'était en 2005 en itinérance dans Lyon. En 1998, il signait un Orphée aux Enfers royal dans des décors à couper le souffle, signés par la fidèle scénographe Chantal Thomas. La Vie Parisienne, La Belle Hélène, la Duchesse de Gérolstein, Les Contes d'Hoffmann suivront. Quand il monte en 2015 Le Roi Carotte, il va encore plus loin dans le plaisir du jeu et ne lésine pas sur les costumes, qu'il dessine comme dans chacun de ses travaux au théâtre ou à l'opéra, et affuble le ténor Christophe Mortagne d'une carotte à taille humaine très phallique. Car tout est poussé à son extrême dans cette adaptation de cet opéra-bouffe en trois actes créé en 1872. Lorsque la fée Rosée du soir est prisonnière dans un grenier, sur scène, elle est enserrée dans un gigant

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Les sœurs cachées : "La Vie invisible d'Euridice Gusmao"

Drame | Rio de Janeiro, 1950. Les sœurs Gusmao ne se quittent jamais. Jusqu’au jour où Euridice part avec un marin de fortune mais revient au bercail où son père la répudie en lui interdisant de revoir sa sœur Guida qui rêve de devenir concertiste. Des années durant, elles se frôleront sans se voir…

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Les sœurs cachées :

Il semble appartenir à un passé révolu, subit l’infamante qualification de sous-genre… Pourtant, le mélo n’a rien perdu de sa vigueur ; au contraire bénéficie-t-il d’un regain d’intérêt de la part des cinéastes, trouvant sans doute dans l’inéluctable fatalité de son dénouement une pureté proche de la tragédie antique, et une manière de résistance à l’insupportable mièvrerie du happy end. Au reste, n’est-il pas plus aisé d’obtenir l’empathie du public en sacrifiant ses personnages ? Karim Aïnouz ne se prive pas de le faire dans cet habile tire-larmes qui joue avec les nerfs en multipliant les occasions manquées de retrouvailles entre Euridice et Guida, entre frôlements fortuits et croisements entravés. Balayant 70 ans de vie brésilienne, il opère un sacré raccourci dans le récit de la condition féminine de ce pays qui, aujourd’hui, semble oublier l’un des deux termes de sa devise Ordre et Progrès — indice, ce n’est pas l’Ordre. La régression sociétale actuelle renvoie directement au contexte du début du film, c’est-à-dire au patriarcat bas du front inféodé à la morale, soumis à la peur de l’opinion p

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De la poudre aux yeux : "Mais vous êtes fous"

Drame | De Audrey Diwan (Fr, 1h35) avec Pio Marmai, Céline Sallette, Carole Franck…

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

De la poudre aux yeux :

Dentiste apprécié, mari et papa aimant, Roman cache sa cocaïnomanie. L’une de ses fillettes étant victime d’une surdose, la police et les services sociaux débarquent : la famille entière se révélant positive à la drogue, les enfants sont placés. Et l’image du bonheur parfait se pulvérise… Audrey Diwan a tiré son argument d’une histoire vraie en modifiant, comme le veut la coutume, les noms et situations des protagonistes afin qu’ils ne soient pas identifiables. De ce fait divers à énigme qui aurait pu ne tenir qu’un court-métrage — en clair, comment ont-ils tous pu être contaminés par le père ; ce dernier les a-t-il délibérément empoisonnés ? —, la cinéaste a su étoffer son propos en composant un film où l’addiction prend des significations supplémentaires et se transforme en bombe à fragmentation. S’ouvrant sur la dépendance aux stupéfiants, le drame bifurque en effet vers un récit centré autour du manque : celui éprouvé par des parents privés de leur progéniture, et surtout celui que les deux amants Roman et Camille officiellement séparés ressentent l’un pour

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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Chambre avec vues : "Curiosa"

Drame | De Lou Jeunet (Fr, 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Chambre avec vues :

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeun

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Champ' / Contre-champ' au Bleu du Ciel

Photographie | Le Bleu du Ciel expose deux photographes, Caroline Bach et Patrick Weidmann, qui scrutent la société néo-libérale d'aujourd'hui, à travers deux regards très contrastés.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 mars 2019

Champ' / Contre-champ' au Bleu du Ciel

L'univers visuel du photographe et écrivain suisse Patrick Weidmann se montre immédiatement sous des dehors clinquants et cliquetants : cliquetis de lits métalliques alignés dans un improbable couloir désert, et brillances d'un guitariste de pacotille ou des surfaces d'aérogares tellement lustrées que le regard y glisse jusqu'à s'y cogner. Et c'est à peu près cela la photographie de Weidmann : on s'y cogne contre l'image, en l'absence de profondeur de champ ou de mise en perspective d'un contexte. On sait à peu près où l'on se trouve (aéroports, casinos, salons commerciaux...), mais on ne sait pas exactement ce que l'on voit. « Je tente de dérouter l'image, écrit l'artiste dans le catalogue de l'exposition, de rendre le sujet méconnaissable, en quelque sorte de l'asphyxier et de l'isoler pour n'en garder qu'une version lapidaire et fractale, débarrassée du commentaire auquel il est destiné. » Dans le sillage de la pensée de Jean Baudrillard, Weidmann exclue toute possibilité aujourd'hui de trouver l'espace d'une distance critique et, conséquemment, exacerbe au contraire (sans distance) l

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Tous en chœur ! : "Dans la terrible jungle"

Documentaire | de Caroline Capelle & Ombline Ley (Fr, 1h21) avec Ophélie Lefebvre, Léa Lenoir, Médéric Sergott…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Tous en chœur ! :

Pendant plusieurs mois, Caroline Capelle & Ombline Ley ont suivi des ados en situation de handicap résidents de l’IME La Pépinière. Tout à la fois galerie de portraits singuliers et portrait d’un groupe uni par la musique, ce film capture le quotidien et l’extraordinaire… Dans la terrible jungle donne à voir au grand public l’immense diversité du monde du handicap. Et il interroge au passage sur ces établissements rassemblant des individus dont le seul point commun est précisément de ne pas être communs : une personne en fauteuil, une autre à la vue basse, une autre encore atteinte d’un trouble du spectre autistique ont des besoins spécifiques et différents deux à deux. Alternant saynètes jouées pour la caméra, conversations d’ados entre eux et instants pris sur le vif parfois spectaculaires — la crise du jeune Gaël, qui se projette dans le décor de toutes ses forces comme un cascadeur désarticulé devant l’air fataliste de son éducateur, risque de faire sourire nerveusement et parler d’elle —, le film trouve dans le

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Jeunet & Caro en version majuscule

Exposition | C’est l’histoire chaque fois recommencée d’un tout petit musée qui ne cesse de grandir. Et qui après Wes Anderson ou Ma vie de Courgette s’offre Jeunet & Caro en expo temporaire…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Jeunet & Caro en version majuscule

Petit à petit, Le Musée Cinéma et Miniature de Lyon est devenu un géant. Au point de faire passer pour des succédanés les établissements thématiques comparables. Certains sont pourtant installés dans de grandes capitales ou à proximité immédiate, voire à l’intérieur, de studios leur offrant une forme de rente de situation. Conséquence : ils misent avec paresse sur une ou deux pièces d’exception ou des animations vaguement interactives en lien avec les effets spéciaux. À mille lieux du concept du Musée créé par Dan Ohlmann, dont le profil artistique — il est miniaturiste lui-même — et l’obstination viscérale pour la préservation d’un patrimoine en péril expliquent le succès. Ohlmann et son équipe sauvent non seulement des éléments cinématographiques divers (décors, maquettes, maquillages, accessoires…) d'une inéluctable destruction, mais ils restaurent et valorisent ces objets trop longtemps réduits à leur fonction strictement utilitaire. Derrière des vitrines mais à portée de regard du public, sous une lumière savamment travaillée, ils atteignent alors la noblesse muséale sans abandonner leur essen

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Dolto se relève... à 7h du mat'

Psychanalyse | Trente ans après sa disparition, Caroline Eliacheff publie une courte biographie de Françoise Dolto. Un livre aussi simple que roboratif qu'elle viendra présenter à la Villa Gillet.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 octobre 2018

Dolto se relève... à 7h du mat'

Dans les années 1960-1970, Françoise Dolto (1908-1988) a connu un succès médiatique exceptionnel pour une psychanalyste. Et ce, notamment à travers des émissions radio où elle répondait aux interrogations concrètes des auditeurs à propos de leurs enfants. Depuis, elle a largement et étrangement disparu des radars : médiatiques, universitaires, bibliographiques... Amie proche de sa fille Catherine Dolto, la psychanalyste Caroline Eliacheff ressuscite Dolto en une petite biographie passionnante et originale. L'auteur a en effet choisi de raconter la vie et l'œuvre de Dolto à partir d'une journée imaginaire de la psychanalyste, de 7h du matin à 23h le soir. En seize heures et deux-cent trente pages, tout est dit avec simplicité et bienveillance : la personnalité de Dolto, les grands axes de sa pensée, sa manière de travailler auprès de ses patients et de ses collègues, ses tribulations médiatiques, la mise en place en 1979 d'une première et fameuse

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Festival Lumière : en dixième vitesse

Festival Lumière | Vous qui entrez dans cette semaine, renoncez à toute vie sociale : à partir du samedi 13 (ou du vendredi 12 si vous effectuez l’inauguration du village), (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Festival Lumière : en dixième vitesse

Vous qui entrez dans cette semaine, renoncez à toute vie sociale : à partir du samedi 13 (ou du vendredi 12 si vous effectuez l’inauguration du village), le Festival Lumière va mobiliser l’ensemble de vos forces vives. Mais vous serez payé en retour grâce à des projections et des rencontres mémorables. Sans dérouler le programme, dont l’épaisseur remplacerait avantageusement un annuaire, on insistera ici sur quelques incontournables. La masterclass avec Liv Ullmann dimanche 14 à 15h30 à la Comédie Odéon, que vous pourrez faire suivre par une vision profitable du Persona (1966) de Bergman au Comœdia à 20h, où la comédienne norvégienne irradie l’écran par son mutisme tantôt fragile, tantôt menaçant. L’un de ses plus grands rôles, dans un film essentiel du patrimoine mondial cinématographique. Le même jour à 19h, c’est un trio de luxe qui présentera Délicatessen au Zola : Jeunet et Caro, ainsi que

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Les lauriers sont fanés : "Voyez comme on danse"

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Les lauriers sont fanés :

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois.

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La Grande librairie

La Rentrée littéraire des auteurs Lyonnais | Fut-elle élargie à l'Auvergne, rarement l'on aura vu dans la région une rentrée littéraire d'une telle densité, et d'une telle variété. Sélection des romans immanquables signés par des régionaux de l'étape qui sont bien plus que cela.

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 octobre 2018

La Grande librairie

Arthur Nesnidal – La Purge (Julliard) C'est sans doute l'un des livres les plus singuliers de la rentrée, toute localisation et tout genre confondu, écrit par un jeune homme de 22 ans qui affirme bien haut ses convictions politiques autant que ses parti-pris littéraires, classiques mais audacieux, audacieux parce que classiques. À travers le récit d'une année passée en hypokhâgne, Nesnidal démonte la machine à broyer qu'est le système préparationnaire propre à former, et même à formater, une élite, « ces troufions de l'esprit » – à laquelle on reproche de n'être pas encore formatée. Face au prêt-à-penser, aux profs sadiques et monstrueux, au courbage d'échine généralisé, au mépris de classe aussi, le jeune auteur auvergnat, par ailleurs chroniqueur chez Siné Mensuel, dégaine un roman révolté qui transforme la lutte de la classe en lutte des classes à coups d'alexandrins et d'exigence lexicale. Si le style peu paraître, à tort, aristocratique, c'est avant tout parce que Nesnidal est un artisan forcené du mot juste, un inlassable et intarissable ouvrier du verbe, semblable à une version littéraire des compagnons du tour de France. Ou, dans so

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Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

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Redrum on the dance floor : "Climax"

Le Film de la Semaine | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après Love, Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Redrum on the dance floor :

Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet. Et c’est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier par l’excitation de l’attente l’effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon — point d’orgue dionysiaque de tous les paganismes — est vouée à la dilacération.

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Saga Saïgon

Théâtre | La jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen proposera au Théâtre de la Croix-Rousse, du mercredi 4 au samedi 7 avril, une fresque théâtrale (3h20 tout de même), ovationnée cet été à Avignon, sur le destin des Vietnamiens contraints à l'exil en France au milieu des années 1950.

Nadja Pobel | Mardi 27 mars 2018

Saga Saïgon

Après avoir fait un détour par Flaubert (Elle brûle, adapté de Madame Bovary) et proposé le récit d'une perte (Le Chagrin), la jeune metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen a embrassé un sujet qui coule dans ses veines : celui de son histoire personnelle qui croise le récit contemporain de l'Indochine, du Vietnam et de la France. Elle a alors porté sur le plateau, de façon panoramique, ce qui s'est joué entre Saïgon et Paris au cours de la seconde moitié du XXe siècle, soit notamment le déchirement des "Viet kieu", poussés à rejoindre la métropole à la chute de Diên Biên Phu parce qu'ils collaboraient avec les Français et qui, à partir de 1996, ont eu l'autorisation de revenir en Asie. Qui sont-ils ? Comment conjugu

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GRRRLS with pigs : lard contemporain

Hymne au cochon | Le porc, il est parti pour se faire sérieusement assaisonné par une bande de riot grrrls des fourneaux : ça se passe chez Imouto, dans le cadre du festival Attable, ce samedi.

Sébastien Broquet | Mardi 13 mars 2018

GRRRLS with pigs : lard contemporain

Voilà six femmes de caractère qui ont prévu de se coltiner du gros cochon sous toutes ses courbes, durant tout un samedi soir placé sous l'égide du festival Attable. Six riot grrrls qui vont lui faire passer l'envie d'ôter son peignoir, au cochon, tout en le replaçant au centre de l'assiette au terme d'une délicieuse sarabande féminine en cuisine. Qui sont-elles, ces solistes réunies le temps d'une soirée chez Imouto en sextet adepte de l'improvisation charnelle ? Eh bien, il y a déjà Chiho Kanzaki, habituée à travailler à quatre mains avec Marcelo Martin di Giacomo, au Virtus depuis deux ans : adepte de la combinaison des saveurs, passée par les brigades de Lucas Carton et Jean-Paul Jeunet, la jeune femme d'origine japonaise a de qui tenir... elle est fille de boucher, et surtout pointilleuse et imaginative - elle s'est fait une spécialité des desserts intégrant un légume et affectionne particulièrement les agrumes. Elle côtoiera la jeune étoile pleine d'avenir, Chloé Charles, qui ne délaissera point son restaurant pour venir : cette dernière étant sans adresse fixe. On l'a croisé du côté de Fulguranc

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Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

Les Garçons sauvages | Artisan héritier de Méliès, le réalisateur Bertrand Mandico évoque avec un enthousiasme volubile la confection des Garçons sauvages.

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

Après un nombre incalculable de courts-métrages, vous voici au long. Enfin ? Bertrand Mandico : J’ai eu des subventions pour ce film, pas pour les précédents que j’ai écrits. Pendant un certain temps, j’ai travaillé avec un producteur qui m’a mis dans une prison… chromée, mais qui n’allait pas à la pêche aux subventions : jamais il ne passait à l’acte. Et j’avais besoin de tourner : parallèlement à ce que j’écrivais, j’ai fait pas mal de courts et de moyens-métrages. Au bout d’un moment, Emmanuel Chaumet m’a dit « tu es en train de dépérir ». Il m’a proposé de me produire rapidement. Et c’est ce qu’il a fait. Vous réunissez ici toute votre famille de cinéma… La chef opératrice Pascale Granel, ça fait une quinzaine d’années que je travaille avec elle. Après, au fil des courts et des moyens-métrages, j’ai fait des rencontres…Notamment le musicien, à la fin de la post-production des Garçons sauvages. Concernant les acteurs, je ne sais pas si je devrais raconter ça, mais j’avais un projet de western il y a quelques années

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Fleurs du mâle et fruits de la passion : "Les Garçons sauvages"

ECRANS | Arty, élégant, un peu agaçant, mais d’un splendide noir et blanc, ce premier long-métrage a tout du manifeste mandicien d’un cinéma exacerbant les sens et la pellicule, osant pour ce faire être, parfois, sans tête ni queue. Judicieusement interprété par l’irremplaçable Vimala Pons et d’autres garçon·nes de son acabit.

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Fleurs du mâle et fruits de la passion :

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la sensation physique d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par un·e scientifique travaillant sur les changements de sexe…

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Le polar et la manière : "Laissez bronzer les cadavres"

Polar | Adaptation visuellement pétaradante du premier roman de Manchette & Bastid, ce pur manifeste cinématographique fascine par son inextinguible obstination à travailler la forme. Une expérience de polar à la fois vintage et contemporaine.

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Le polar et la manière :

Après un braquage sanglant de 250kg d’or en barres, Rhino et sa bande se sont mis au vert dans la vaste ruine d’une artiste peu regardante. Mais des invités-surprises se joignent à la troupe : deux femmes, un enfant, ainsi qu’une paire de motards de la police. Ça, c’est plus gênant… La bonne grosse mandale qui claque sur l’oreille et assourdit jusqu’à faire voir des étoiles : voilà, en substance, l’effet de souffle produit par Laissez bronzer les cadavres. Haletant dès son ouverture immersive, le troisième long-métrage du duo Cattet & Forzani évoque par son foisonnement d’idées formelles et sa remise en question incessante le rejeton issu d'une union entre Pierrot le Fou, Ne nous fâchons pas et Persona. Jouer au Éros Peuplé de visages et de figures arrachés à tous les univers (un ex-boxeur ici, là le meneur de Trust, ailleurs une star du porno des années 1970 et partout des totems du cinéma d’auteur comme Elina Löwensohn ou Marc Barbé

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Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Peinture | Le galeriste Henri Chartier reprend son activité à Lyon avec un nouveau lieu et une nouvelle exposition, consacrée à Benjamin Bruneau. Un peintre méconnu qui met l'image sous tension et la confronte à son refoulé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 mai 2017

Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Bonne nouvelle ! La galerie Henri Chartier, après trois ans d'absence, rouvre ses portes dans un nouveau lieu, rue Auguste Comte. L'espace d'exposition est à la fois coquet et modeste en surface, et le galeriste espère y poursuivre la ligne artistique impulsée dans ses deux précédents lieux sur les pentes de la Croix-Rousse : des artistes souvent écorchés vifs, pas toujours sous les feux de la rampe, dont les œuvres déploient des univers étranges, sensibles, dénués de toute esthétique pompeuse... Tels, par exemple, Philippe Jusforgues et ses curieux photo-collages quasi dadaïstes, Grégoire Dalle et ses dessins labyrinthiques fourmillant de détails, Caroline Demangel et ses corps et visages tourmentés... Dissonances La première exposition rue Auguste Comte est consacrée à un artiste qui a très peu présenté son travail jusqu'à présent. Benjamin Bruneau est né en 1974 à Montpellier, a été formé aux Beaux-Arts de Paris à l'atelier de Jean-Michel Alberola, et dép

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Caroline Deruas : « Je suis très contente de sentir des gens qui ont envie de faire des choses barrées »

Entretien | Fantômes et sculptures se confondent à la Villa Médicis et les tourments intérieurs des personnages troublent un peu plus la frontière entre fantasme et réalité. Eléments de réponse sur ce théâtre sensoriel avec la réalisatrice de L’Indomptée, Caroline Deruas.

Julien Homère | Lundi 20 février 2017

Caroline Deruas : « Je suis très contente de sentir des gens qui ont envie de faire des choses barrées »

Pourquoi la Villa Médicis est le lieu du film ? Caroline Deruas : J’ai été en pensionnat dans cet endroit durant une année. Pour m’approprier davantage le lieu, j’ai décidé d’en faire une déclaration d’amour filmée. J’ai eu tout de suite des scènes en tête, très baroques et irréalistes. Dans le film, la Villa est un personnage à part entière. Pour moi, elle est une mère à la fois protectrice et étouffante dont la voix serait la musique du film. C’est une sorte de chant des sirènes qui attire les artistes dans son ventre et les mange. Après, je reconnais qu’il peut y avoir beaucoup de choses inconscientes dans le film. Les références culturelles dans L’Indomptée sont-elles réfléchies ? Elles sont multiples mais dans mes court-métrages, je vois qu’il y avait toujours un film phare qui donnait une direction. Pour celui là, ce n’était pas du tout le cas. J’avais l’impression de me libérer de mes influences, même si je suis une passionnée de cinéma depuis que je suis gosse. Le seul film que je revoyais un peu était Mulholland Drive de David Lynch. Comme je

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L’Indomptée

ECRANS | Co-scénariste de Philippe Garrel sur Un été brûlant et La Jalousie, Caroline Deruas signe avec L’Indomptée son premier long-métrage. Rome, la Villa Médicis : (...)

Julien Homère | Mardi 14 février 2017

L’Indomptée

Co-scénariste de Philippe Garrel sur Un été brûlant et La Jalousie, Caroline Deruas signe avec L’Indomptée son premier long-métrage. Rome, la Villa Médicis : les destins de Camille et son mari Marc Landré, tous deux écrivains et d’Axèle, une photographe, s’entrechoquent. Dans le couple comme dans la résidence, les tensions vont monter jusqu’à l’explosion finale. Volontairement elliptique, cet essai tient plus du cinéma abstrait de Lynch que du film de chambre d’Eustache. Sans compromis dans son traitement expérimental, L’Indomptée est un beau brouillon, un exercice de style prometteur plus qu’un travail accompli. Si la réalisatrice reste encore prisonnière de ses influences, le trio d’acteurs (Hesme, Thiam, Karyo) donne corps et vie à ce qui aurait pu ressembler à un étalage de références un peu guindé.

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Carole Fives : Non mais allô ! Quoi ?

Littérature | Troisième roman de la lyonnaise d'adoption Carole Fives, Une femme au téléphone succède au poignant C'est dimanche et je n'y suis pour rien. Et ausculte la relation mère-fille par le prisme original de fragments de conversations téléphoniques à sens unique.

Stéphane Duchêne | Mardi 7 février 2017

Carole Fives : Non mais allô ! Quoi ?

Par quelles voies impénétrables passe l'amour maternel, une fois les enfants adultes ? Par le fil tendu du téléphone, ce substitut virtuel au cordon ombilical. C'est le sujet d'Une femme au téléphone, fragments d'un discours amoureux maternel retranché en un monologue téléphonique sans retours. « Une mère on en a qu'une vous devriez en profiter », dit la mère, Charlène. Et c'est peu dire que sa fille, à l'autre bout du fil, en « profite ». Car ici, seule la mère a voix au chapitre (et quel chapitre et quelle voix !). Et quand la fille décroche, c'est parfois aux deux sens du terme. Ses réponses, hors-champs du discours, on ne fait que les deviner, mais elles tracent aussi son propre portrait. C'est là la force de ce roman : rendre compte d'une relation mère-fille du point de vue de celle qui écoute mais ne dit mot, narratrice muette retournant une logorrhée solitaire en un judo rhétorique. Cette parole, bordélique, volatile, Carole Fives la retranscrit dans une écriture moins sensualiste que dans son précédent roman, mais qui met – c'est là l'effet de la répétition et de l'à plat – les nerfs à vif.

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Moi de la Danse, deuxième

SCENES | Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Moi de la Danse, deuxième

Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) plusieurs chorégraphes à présenter des pièces, des conférences, des workshops... Avec cette année, la grande dame de la danse Carolyn Carlson, le suisse Thomas Hauert, le trublion Boris Charmatz et une création de Maud Le Pladec. Les Subsistances organisent aussi un "lancer de festival" autour d'un apéritif et des cours de danse-minute le jeudi 12 janvier à 19h (entrée libre sur réservation).

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Carole Karemera : « Un héritage magnifique et imposant »

3 questions à... | Entre deux représentations au Radiant, Carole Karemera, seule femme de la distribution, a répondu à nos questions avec un plaisir induit par son bonheur d'être dans cette aventure historique qu'est Battlefield.

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

Carole Karemera : « Un héritage magnifique et imposant »

Avec quelles intentions Peter Brook vous a-t-il présenté cette (re)création ? Carole Karemera : Il avait deux éléments : repartager avec le public français, de "l'ouest", l'histoire épique d'une autre partie du monde, une culture terriblement manquante ; et il y a ce désir de parler de ce moment après la bataille, le pourquoi de cette bataille aujourd'hui. Peter regarde l'état du monde dans lequel nous vivons. Il faut le questionner, le vivre, le traverser sans d'ailleurs avoir de solutions. Après la bataille... (NdlR : elle s'apprête à nommer des villes en ruine). En fait, non, je ne veux pas citer de lieu précis car il est question ici de toutes les femmes et tous les hommes qui traversent les guerres des semaines, des mois ou même un instant comme en France l'année dernière et cette année. Est-ce que vous avez vu en vidéo ce Mahabharata pour travailler Battlefield ? Nous, nous ne l'avons pas vu. Plus tard, au fil du travail, nous avons reçu des liens vidéo vers le film (NdlR, sorti en 1991). Chacun l'a vu quand il en avait besoin. Ce qui est très important, c'est qu'on s'inscrit dans

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La Guerre nue de Peter Brook

Théâtre de Villefranche | Trente ans après la création du Mahabharata à Avignon, Peter Brook en fait une synthèse avec ce Battlefield. Quintessence du théâtre du Britannique, le spectacle passe, après le Radiant, à Villefranche.

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

La Guerre nue de Peter Brook

C'est une histoire vieille comme le monde, une fresque épique et sanguinaire écrite depuis des millénaires, 12 000 pages en sanskrit pour dire l'origine et le fondement de l'Inde. Et cette bataille au sein d'une même famille (les Bharata) entre cinq frères (les Pandavas) et leurs cousins (les Kauravas), cent fils du roi aveugle Dritarashtra. Re-rédigée par Jean-Claude Carrière, cette épopée avait donné lieu à une pièce fleuve présentée au festival d'Avignon 1985, dans un endroit défriché pour l'occasion : la carrière de Boulbon. À la question de savoir pourquoi Peter Brook, à 90 ans, remet le couvert, la réponse est sur scène très rapidement : le besoin de réaffirmer que rien ne change et que ce conflit si ancien a tant de résonances encore. Dans cette version considérablement raccourcie, Brook va à l'essentiel, dégageant son récit des descriptions trop précises des relations de cette dynastie. Il s'attache plutôt à situer son propos sur ce qu'il reste de l'homme : « Au diable la condition de l’Humanité ! » étant les premiers mots, en anglais sur-titré, de ces soixante-dix minutes attribués au roi orphelin de sa progéniture. D

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La Villa Gillet a de la repartie

Penser le monde | Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 13 octobre 2016

La Villa Gillet a de la repartie

Certains annonçaient la Villa Gillet moribonde après ses déboires des derniers mois. Visiblement, le directeur Guy Walter et son équipe, réduite de moitié juste avant l'été suite à la baisse drastique de ses subventions, ont de la repartie : on n'attendait pas si rapidement l'arrivée d'un nouveau rendez-vous, en l'occurrence La Chose Publique, qui se tiendra du 21 au 26 novembre dans les locaux de la Villa Gillet. Prenant la place laissée vacante par Mode d'Emploi, cette nouvelle semaine de débats d'idées s'articulera « autour de l'actualité française en philosophie, en sciences humaines et sociales. La Villa Gillet en assurera le commissariat scientifique » nous explique-t-on du côté de l'équipe. C'est l'arrivée d'un mécène qui permet la tenue de cet événement, en l'occurrence l'association Res Publica, basée à Lyon - et au Burkina Faso via son ONG - et

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"Rodéo" : aiguille et meule de foin

ECRANS | de Gabriel Mascaro (Bré, Uru, P-B, 1h41) avec Juliano Cazarré, Maeve Jinkings, Vinicius de Oliveira…

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Il est des arguments de films laissant pantois, révélant l’incommensurable faculté d’imagination de leurs auteurs. Pour son atypique galerie de personnages, Rodéo mérite le pompon (à défaut des oreilles et de la queue) : on y suit une petite communauté réunie autour d’une camionneuse se livrant à des danses grimées le soir, et de sa fille. Parmi le groupe figure un vacher, Iremar, spécialiste du talcage de queues de taureau, ayant le stylisme pour violon d’Ingres. Son charme lui vaut d’être courtisé par une vendeuse de parfums proche d’accoucher — ce qui ne l’empêche pas d’arrondir ses fins de mois en étant veilleuse de nuit dans une usine textile… Derrière ce capharnaüm baroque se dessine la situation économique calamiteuse des habitants du Nordeste (au Brésil), condamnés à empiler les boulots pour ne pas même s’en sortir ; à peine surnager jusqu’à un lendemain autant baigné d’incertitudes. C’est sans doute pour cela qu’Iremar et les autres ont des dérivatifs aussi exotiques. Lui cultive l’insolite jusque dans ses transgressions, en volant du sperme d’étalon (plutôt comique) ou en s’offrant des rendez-vous câ

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes.

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris et la méfiance, et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche” lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage dans sa forme théâtrale incite à faire et que l’amorce du film laisse croi

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Play Time : Carolyn & Cie

SCENES | Un bal pour les enfants, un concert de musiques du monde (Trio Bassma + Tram des Balkans), une nouvelle création de Jozsef Trefeli et Gabor Varga (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 mars 2016

Play Time : Carolyn & Cie

Un bal pour les enfants, un concert de musiques du monde (Trio Bassma + Tram des Balkans), une nouvelle création de Jozsef Trefeli et Gabor Varga revisitant les danses folkloriques hongroises, une création participative sur les sonorités de la ville... La 4e édition du festival Play Time (concoctée par le Centre Chorégraphique National et d'autres structures, se déroulant du 1er au 8 avril) à Rillieux-la-Pape se veut à nouveau festive et hétéroclite. Le chorégraphe Yuval Pick y reprendra aussi Playbach, œuvre courte en hommage à Bach. Et les plus jeunes, à partir de huit ans, auront la chance de découvrir la nouvelle création de Carolyn Carlson (auteure entre autres nombreuses pièces du solo Blue Lady) : Seeds (graines en anglais), en collaboration avec le dessinateur Yacine Ait Kaci et son petit personnage simplifié Elyx. Pièce pour trois danseurs entremêlant la danse et des animations vidéo, Seeds est un voyage imaginaire abordant avec poésie les problèmes d'écologie. JED

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Un "Roi Carotte" abracadabrantesque

MUSIQUES | Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Un

Un roi un peu trop sûr de lui et bien peu soucieux de ses administrés se fait évincer du pouvoir par un légume humain, le roi Carotte, rendu aimable par l’entourloupe d’une sorcière. Sur cette histoire délirante, Laurent Pelly signe des costumes aux petits oignons (à commencer par celui du rôle titre, très phallique et ludique) et une mise en scène en constant mouvement, s’autorisant toutes les folies des grandeurs. La princesse Rosée du Soir est prisonnière dans un grenier ? Voilà que la fidèle scénographe Chantal Thomas invente un gigantesque égouttoir. Fridolin doit passer par Pompei récupérer l’anneau de Salomon qui lui permettra de mettre fin aux pouvoirs de la sorcière ? Tout le chœur revêt des vêtements de l’Antiquité. Des fantaisies que relie l’adaptation de l’éternelle complice de Laurent Pelly, Agathe Mélinand, qui a même osé placer un train Intercité et un TGV dans le livret écrit par Victorien Sardou à la fin du XIXe. En faisant de ses personnages dépravés et inconséquents des gens de notre époque, Mélinand moque une classe dirigeante qui, ayant pour principe de «tourner avec le vent», pourrait bien être celle d’aujourd’hui. Si

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Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

MUSIQUES | Depuis plus de trente ans, Laurent Pelly invente des spectacles d’une parfaite maîtrise formelle et visuelle en racontant Hugo, Levin, Copi ou Ionesco. A l’opéra, il retrouve, en ce moment, Offenbach pour la onzième fois et livre, avec Le Roi Carotte, sa création la plus déjantée.

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Laurent Pelly : «Mettre en images des rêves»

Vous souvenez-vous, quand en 1980, à 18 ans, vous avez fondé la compagnie Le Pelican, de l’idée que vous aviez du théâtre ? De pourquoi vous vouliez en faire ? Laurent Pelly : Je serais bien incapable de dire pourquoi, car les raisons sont sûrement profondes et psychanalytiques, mais c’est une vocation, c’est par amour du théâtre, tout bêtement, et par amour des œuvres. Et c’est ce que je continue à défendre aujourd’hui. Je me considère avant tout comme un artisan au service des œuvres. Ce que je préfère dans la vie, ce sont la littérature et la musique. C’est venu de là. Aviez-vous déjà cette idée de travailler particulièrement l’esthétique, le beau ? Ce sont des choses qui se sont affinées avec le temps. D’abord, il y a eu la rencontre avec Chantal Thomas qui date de la création de Tartuffe dans le Nord de la France, quand j’étais assistant dans un Centre Dramatique National, il y a 30 ans. Et je conçois toujours la mise en scène à la fois comme un travail très intime avec les acteurs mais aussi comme un objet visuel. Pour moi, c’est mettre en images des rêves. On a fait beaucoup de choses ensemble

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À la librairie Expérience, le tiercé de la BD d'humour dans le désordre

CONNAITRE | Le premier, Fabrice Erre, est professeur d'histoire et de géographie. Quand il ne donne pas vie à des dictateurs saisissants d'idiotie (dans le cas de (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

À la librairie Expérience, le tiercé de la BD d'humour dans le désordre

Le premier, Fabrice Erre, est professeur d'histoire et de géographie. Quand il ne donne pas vie à des dictateurs saisissants d'idiotie (dans le cas de Guide Sublime) ou d'humanité (dans celui de Madumo, sorte de Truman Show renversé sur l'évaluation du poids des souvenirs), il raconte avec un sens consommé de l'auto-dérision les aléas administratifs et intellectuels du soi-disant plus beau métier du monde (Une année au lycée). Le second, Fabcaro, est l'un des principaux complices du premier – notamment sur la farce spatiale Mars. En solitaire, il renouvelle par l'absurde et avec une causticité toute anthropologique l'art très codifié du strip, par exemple dans Amour, passion et CX Diesel, variation plouc sur la sitcom pour ménagère, ou Talk show, défilé de vaniteux finis à la pisse dont la lecture mettrait Mireille Dumas dans tous ses états. Quant au troisième, le Lyonnais B-Gnet, on ne le présente plus – signalons toutefois que sa dernière publication, le recueil d'historiettes fantastiques Bonsoir, est à l'instar de son Lu

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Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

ECRANS | "Carol" de Todd Haynes. "Mon roi" de Maïwenn. "Plus fort que les bombes" de Joachim Trier. "Green Room" de Jeremy Saulnier.

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

Il fait beau et chaud sur Cannes, et tandis que les plagistes ont les pieds dans l’eau, les festivaliers continuent de macérer dans une mare de sueur, brûlant au soleil de files d’attente désespérées, rabrouant les resquilleurs, espérant secrètement découvrir de beaux films. À la mi-temps du festival, on est encore dans l’expectative. Il faut dire que des films, on n’en voit moins que les années précédentes, et surtout que l’on se concentre sur les films événements. A perdre chaque jour entre trois et cinq heures à attendre, on doit forcément sacrifier la part de découverte pourtant essentielle à la manifestation. D’où l’impression d’assister à une grande preview des films importants de l’automne, plus qu’à une compétition en bonne et due forme. Carol : Tood Haynes sublime le mélodrame Si toutefois on devait jouer le jeu des pronostics, on dirait que Carol de Todd Haynes ferait une très belle Palme d’or. Ce n’est pas ce qu’on a vu de mieux dans ladite compétition — Le Fils de Saul a notre préférence — mais il marque une étape décisive dans la carrière d’un cinéaste plutôt rare, dont chaque œuvre était jusqu’ici pétrie de contradic

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Emma, c’est elle

SCENES | C’est l’histoire d’une famille où tout semble aller bien. En apparence. Le père, Charles, est médecin, la fille une bonne ado et la mère, Emma, vient de (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 mars 2015

Emma, c’est elle

C’est l’histoire d’une famille où tout semble aller bien. En apparence. Le père, Charles, est médecin, la fille une bonne ado et la mère, Emma, vient de trouver du travail avec une période d’essai. «Comme au rugby», explique le père à la gamine qui ne comprend pas ce terme. Entre petits gestes du quotidien et légers échos politiques, tout le monde est bienveillant. Sauf qu’Emma s’est suicidée au début de la pièce. Écrite intégralement sur le plateau (et créée en novembre 2013 à la Comédie de Valence) par Mariette Navarro, celle-ci remonte en fait les mois et les années qui précédent l'acte, oscillant entre une variation contemporaine sur Madame Bovary et le fait-divers au cours duquel, trop enfoncé dans son mensonge, Jean-Claude Romand a tué les siens. Ainsi s’égrènent les petits arrangements et les gros écarts (conjugaux mais aussi financiers, lorsque Emma s’endette) de cette femme comme les autres, celle dont les voisins pourraient dire à la télé qu'elle était «sans histoire». Pour raconter comment se lézarde son existence, la metteur en scène de la bien nommée compagnie des Hommes Approximatifs, Caroline Guiela Nguyen, a opté pou

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Pas juste pour rire

SCENES | L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une (...)

Benjamin Mialot | Mardi 6 janvier 2015

Pas juste pour rire

L'année café-théâtre 2014 s'est terminée sur une création hors-normes comiques de Dominic Palandri (New York Paradis). Amusant hasard : 2015 débutera sur une tentative similaire de son complice Jacques Chambon, Les Sentinelles (20 février au Karavan), une intrigante «tragédie burlesque sur l’incapacité des hommes à se reconnaître dans l’autre». Autre auteur et metteur en scène pas-que-drôle, Jocelyn Flipo présentera lui Sale mentor (à

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