Les délices de Singapour : "La Saveur des rāmen"

Drame | de Eric Khoo (Jap-Sing, 1h30) avec Takumi Saitoh, Seiko Matsuda, Tsuyoshi Ihara…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Photo : © KMBO / ArtHouse


La soudaine mort de son père convainc Masato, jeune chef de rāmen japonais à partir à Singapour afin de retrouver la saveur des plats que lui concoctait jadis sa défunte mère. Sa quête gustative lui permettra de renouer avec sa famille sur place et d'opérer de nouvelles fusions…

Prenez garde à ne pas entrer dans ce délicieux film le ventre vide : il vous en cuirait. La Saveur des rāmen appartient, comme Le Festin de Babette et Au Petit Marguery, à cette famille d'œuvres miraculeuses qui transcendent et transmettent les plaisirs gastronomiques en les rapprochant d'événements heureux de l'existence : des épiphanies rappelant cette sensation si proustienne de réintégrer inopinément un paradis perdu au détour d'une bouchée.

Si la trame est claire comme un bouillon de légumes dégraissé (il s'agit ici de l'émulsion entre un roman d'apprentissage, une réconciliation familiale et une romance), la sensibilité des personnages et leur sincérité dans leurs relations humaines comme leur art culinaire les rend prodigieusement attachants. Quant à l'émerveillement du doux Masato, renouvelé à chaque fois qu'il découvre une recette, une texture ou le parfum d'une épice insolite, il est des plus communicatifs.

Cet éblouissement sensoriel ne fait pas qu'enchanter les yeux, saliver les papilles et creuser l'estomac : il étreint aussi les cœurs et adoucit les âmes. Au-delà du bol fumant, La Saveur des rāmen prouve la proximité et la compatibilité de deux civilisations se jaugeant avec méfiance, Singapour et le Japon, et l'importance de la cuisine dans les bonnes relations internationales. Ce n'est sans doute pas un hasard si deux pâtisseries (certes occidentales) se nomment l'une “ambassadeur“ et l'autre “diplomate“…


La saveur des ramen

De Eric Khoo (Jap-Sing-Fr, 1h30) avec Takumi Saitoh, Seiko Matsuda...

De Eric Khoo (Jap-Sing-Fr, 1h30) avec Takumi Saitoh, Seiko Matsuda...

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Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?


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My magic

ECRANS | D’Eric Khoo (Singapour, 1h15) avec Francis Bosco, Jathishweran Naidu…

Dorotée Aznar | Vendredi 31 octobre 2008

My magic

Histoire de se racheter une conduite, un père célibataire, alcoolique au dernier degré, renoue avec son ancienne profession de fakir, quitte à mettre ses jours en danger. De son étouffant postulat de départ, le talentueux Eric Khoo (l’excellent Be with me) parvient à tirer une œuvre évitant tout misérabilisme. Il a beau confronter la titanesque dégaine de Francis Bosco à une série discontinue de brimades physiques et morales, à le faire errer des bas-fonds aux recoins les plus glauques de Singapour, sa mise en scène demeure admirablement alerte, vivante et touchante. On pourrait lui reprocher une surdose de naïveté dès qu’il épouse le regard de son jeune héros, mais ce regain d’innocence contribue à faire de My Magic un film aérien, une fable dont la cruauté n’est qu’un moteur pour faire enfin parler les émotions. FC

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