Homme de passage : "Amin"

Le Film de la Semaine | Chronique de l’existence d’un travailleur sénégalais entre sa famille restée au pays et son parcours en France, Amin marque le retour d’un Philippe Faucon comme “dardennisé“ après le triomphe de "Fatima" dans une tranche de vie élargie à l’entourage de son personnage-titre. De l’humanisme à revendre.

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Photo : © Pyramide Distribution


Ouvrier du bâtiment en France, Amin rentre rarement au Sénégal pour voir sa famille. Vivant en foyer, son horizon se limite à ses voisins, partageant le même quotidien. Lors d'un chantier chez un particulier, Amin est entrepris par Gabrielle, la propriétaire des lieux. Une liaison commence.

Samia, Fatima, et maintenant Amin. Les titres de Philippe Faucon annoncent en toute transparence leur ambition programmatique : raconter des histoires à hauteur humaine. Ce qui peut sembler infime s'avère a contrario d'une insondable richesse, puisque ses films dévoilent des personnages-mondes en marge des récits communs, dont les existences sont autant dignes d'être contées que celles, au hasard, de profs neurasthéniques du XVe arrondissement parisien. De fait, Amin, mène plusieurs vies simultanées, entre le monde “d'ici“ (celui de l'expatriation par nécessité où il s'acquitte dans une discrétion prudente de ses tâches) et le “là-bas“, où ses salaires lui permettent d'être considéré comme un bienfaiteur. Une vie en yoyo, cyclique — le film s'ouvre et se clôt par une image quasi identique, insistant sur la répétitivité mécanique des choses — singulière et représentative de mille autres.

Amin, Abdelaziz, Gabrielle et les autres…

Tout à la fois individu à part entière et symbole, Amin est aussi un passeur dans le récit, “activant“ à chacune de ses rencontres d'autres existences, dont on suit par contiguïté les problématiques propres : la femme d'Amin se révoltant contre un beau-frère trop “protecteur” ; son collègue Abdelaziz condamné à une retraite dérisoire après une carrière au black, ou l'ex et la fille de Gabrielle, assumant mal cette relation socialement transgressive. Loin de faire catalogue ou millefeuille, cet éventail de situations densifie le réalisme, offrant à Amin ce qui manquait hélas à Samba de Nakache & Toledano.

On regrettera toutefois le choix de l'affiche focalisant l'attention (et l'attente du public) sur un seul épisode du film : la relation entre l'ouvrier noir et la femme blanche. Certes, elle constitue un moment fort, mais il serait trompeur d'y réduire Amin, qui n'est pas plus la réactualisation de Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder qu'un remake inversé du Romuald et Juliette de Coline Serreau ! Concession maladroite à la réclame permettant “d'exposer” la star Emmanuelle Devos, cette image-contresens simpliste est la seule fausse note dans la partition complexe de ce film-fable.

Amin de Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Fantine Harduin…


Amin

De Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos...

De Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos...

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Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer. Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes. Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.


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Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c’est un élément constitutif du festival »

Commençons par une boutade. Si l’on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d’Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ? Cyril Despontin : Merde ! On s’est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu’il n’ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés… Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c’était plus ou moins ce qu’on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu’on était habitué à voir des images bizarr

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Regain : on dirait le sud

Restaurant | Après la fermeture il y a plus d’un an d’A la piscine, Thomas Rolland et Benjamin Sanchez rebondissent près des Terreaux avec Regain. Dans un espace presque chic, ils envoient un menu déjeuner bien roulé.

Adrien Simon | Lundi 5 juillet 2021

Regain : on dirait le sud

2018. Le festival Attable, co-organisé par Arty Farty (Nuits Sonores) devait envoyer le signal au reste du monde d’une cuisine lyonnaise à nouveau « dans le coup ». L’événement désignait le 7e arrondissement comme l’épicentre d'un tremblement gastronomique en cours. La Piscine du Rhône abritait alors un superbe spot accueillant de jeunes chefs étrangers qui dépotent, souvent à peine extirpés de restos bien placés au 50 Best (classement mondial, dont Andrea Petrini, l’ancien sélectionneur de À la Piscine fut l’un des chairman). Au quotidien, la bouffe était envoyée par Benjamin Sanchez (étudiant en relations internationales, reconverti cuistot, passé par le Café Sillon — décidément !) et Thomas Rolland

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Graille : cuisine itinérante au profit des plus démunis

Food | L’inclusion et l’anti gaspi comme lignes directrices. En juin dernier, le collectif citoyen Graille installe pour la première fois sa cuisine éphémère dans un camp de réfugiés. Depuis, il officie en rue ou dans les squats pour cuisiner avec et pour les personnes en situation de précarité.

Louise Grossen | Mercredi 30 juin 2021

Graille : cuisine itinérante au profit des plus démunis

« On pose nos cuisines dehors trois fois par semaine, dans des lieux qu’on a repérés avant et que l’on sait dans le besoin. Les chefs élaborent les menus à partir d’invendus collectés dans la région et supervisent leur brigade de bénévoles. C’est une vraie fourmilière solidaire, et ça fait du bien » nous explique Amina Bourara, qui a rejoint le collectif Graille quelques mois après sa création. Parmi les cheffes qui offrent leur temps et leur expertise : Marion Casu et Julie Tarene côté patisserie, ou encore Emily Dader et Margaux Cohendet pour la cuisine. « Et ça, c’est une chance incroyable. D’abord, on a des menus bons et travaillés. Ensuite, c’est un vrai créateur de lien social. » Graille ne se contente pas de cuisiner pour les bénéficiaires des repas, mais les inclut au process, et ça change tout. Le collectif fait coup double, ou plutôt triple, en alliant lutte contre la précarité alimentaire, mêlée à l’anti gaspillage et à la solidarité : « la cuisin

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"Le Discours" de Laurent Tirard : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | Laurent Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby. Avec Sara Giraudeau et Kyan Khojandi.

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêchent pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipien

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Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours | À l’écran, on l’a connu odieux ("Le Sens de la fête"), irrésistible de drôlerie ("Mon inconnue"), fuyant ("Antoinette dans les Cévennes") mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe — de la Comédie Française — poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du "Discours", adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux : « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste, et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, sa névrose… C’est quelqu’un qui se débat, il est complètement obsédé par l’am

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Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre, au cœur du nouveau roman de Yamina Benahmed Daho

Littérature | Dans son nouveau roman, "À la machine", Yamina Benahmed Daho retrace la vie, au XIXe siècle, du rhodanien Barthélemy Thimonnier. Où il est autant question du parcours rude de l’inventeur de la machine à coudre que du mécanisme sociétal qui l’a laissé dans la misère. Ceci n’est pas sans rapport avec aujourd’hui.

Nadja Pobel | Mardi 2 mars 2021

Barthélemy Thimonnier, inventeur de la machine à coudre, au cœur du nouveau roman de Yamina Benahmed Daho

15 novembre 1855, Barthélemy Thimonnier est officiellement reconnu inventeur de la machine à coudre lors de l’exposition universelle de Paris, mais l’américaine Singer, plus simple d’utilisation, fera les beaux jours des femmes (surtout elles…) jusqu’à maintenant, encore. Jamais le tailleur n’améliorera sa condition avec ce qu’il a maturé et imaginé. Miséreux, il devra même finir par vendre en pièces détachées les éléments de son engin pour se nourrir. Oui, nous sommes parfois chez Zola. La condition ouvrière est d’une extrême dureté et, passée au tamis de l’écriture très précise de Yamina Benahmed Daho, il en résulte des données chiffrées fondamentales : déjà, Paris « est une ville indécemment chère », il faut seize heures de train pour rallier Lyon à la capitale, l’enterrement de la grand-mère « est privé des apparats que l’industrie de la marbrerie vend à un prix insensé », le tarif du ticket à l’entrée

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Les Fantasques : du vélo de courses dans le quartier

Lyon | Marre de vous faire livrer par les grandes surfaces ou des cyclistes surexploités ? Et si vous optiez pour une alternative locale et plus éthique, avec les commerces de quartier de Lyon ? C’est ce que promet Les Fantasques…

Vincent Raymond | Vendredi 20 novembre 2020

Les Fantasques : du vélo de courses dans le quartier

Bien qu’il semble moins rigide que le premier, ce second confinement confirme un inéluctable basculement sociétal : celui d’une banalisation de la livraison à domicile. Mais d’une banalisation pas totalement décomplexée, fort heureusement ! Car même si beaucoup succombent encore à la tentation de commander des biens fabriqués en Asie à des plateformes pratiquant l’optimisation fiscale, ou leur repas à des sociétés faisant leur beurre en obligeant des cyclistes à aligner les kilomètres pour espérer des miettes, un reliquat de sens moral rappelle l’existence du "clique & collecte". Mais quid de la situation où il est matériellement impossible de se déplacer (personne âgée, malade ou trop éreintée pour remplir une satanée attestation) et que l’on veut continuer à profiter de ses commerçants de quartier ? C’est là que Les Fantasques entre en jeu. Créé par trois trois bons vivants — Benjamin Sénéchal, Ronan Morin, Jean-Nicolas Maupain — aux activités professionnelles éclatées et détestant fai

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Arvine : vins d’Est

Restaurant | Entre Satho et la salle Rameau, un chic bistrot, doté d'une opulente carte des vins.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Arvine : vins d’Est

Au début de l’été le nom d'Hippolyte Flandrin apparut dans la presse nationale. Dans l’incendie de la cathédrale de Nantes, Saint-Clair guérissant les aveugles (1836) fut malheureusement calciné, il était l’œuvre de cet élève d’Ingres, lauréat du prix de Rome. Le peintre est honoré à Lyon, sa ville natale : représenté dans la fontaine des Jacobins, une rue porte aussi son nom. Une ruelle qui depuis quelques années s’est remplie non pas d’ateliers d’artistes mais de commerces de bouche. Tous inscrits dans le renouveau actuel de la nourriture : mettant à l'honneur le travail artisanal, bio, local, sans oublier d'être jeune et cool. Un mouvement porté ici par le multi-primé et multi-tatoué restaurant La Bijouterie. Mais rue Flandrin, on trouve un représentant de la bonne bouffe pour tout domaine ou presque. Une boulangerie ? L’excellent Antoinette. Du fromage ? Le BOF de la Martinière. Des pizzas bio ? Hape. Des cocktails ? L’Antiquaire. De la bistronomie ? Hector. Il manquait un hommage au bon vin. On y vient. Cet automne la rue a vu ouvrir un nouveau venu sous l’enseigne Arvine. Le correcteur

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Mariée dans l’ânée : "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

Comédie | ★★★☆☆ De Caroline Vignal (Fr, 1h35) avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Mariée dans l’ânée :

Institutrice et maîtresse du père d’une de ses élève, Antoinette décide de faire une surprise à son amant en le retrouvant dans les Cévennes où il doit randonner en famille avec un âne. Menant Patrick, un baudet têtu, elle part à l’aventure… Moquant les citadins et leurs lubies de reconnexion avec une “nature authentique” (dans des circuits ultra cadrés), ce trotte-movie sentimentalo-burlesque sort des sentiers de la prévisibilité grâce notamment à un défilé de personnages secondaires — dont la légitime de l’amant, subtilement campée par Olivia Côte —, parce qu’il constitue également la rencontre entre un rôle et une actrice. Abonnée aux seconds plans depuis une petite dizaine d’années, souvent employée sur un registre de légèreté fo-folle qui la piégeait, Laure Calamy avait accédé avec Nos Batailles et Ava à des personnages plus nuancés mais trop courts ; rebelote dans Seules les bêtes — film choral oblige. Elle s’épanouit ici totalement avec cette partition du mineur au majeur que Caroline Vignal

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Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

Antigone | D’une intrigue tragique vieille comme le monde, Sophie Deraspe fait une relecture terriblement contemporaine et réalisée avec adresse. Il se passe toujours beaucoup de choses du côté du cinéma québécois, plus divers qu’on voudrait nous laisser croire.

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

Sophie Deraspe : « dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

L’Affaire Fredy Villanueva a été la source principale de votre écriture. Mais la transposition d’Antigone, de par sa lecture géopolitique contemporaine, s’est-elle imposée à vous comme un corollaire à votre documentaire Le Profil Amina ? Ici aussi en effet, les crises du Moyen Orient ou du Printemps arabe forment un substrat nécessaire à l’accomplissement de l’intrigue… Sophie Deraspe : Les liens ne sont pas directs avec Le Profil Amina. Peut-être que je me sentais à l’aise d’aller vers le Moyen Orient ; ici, la famille est algérienne et avant le tournage, je n’étais pas allée en Algérie… Mais j’ai plutôt l’impression que les liens les plus directs avec Le Profil Amina se passent avec la vie en ligne — une vie virtuelle. Par exemple, ce qui concenrne l’affaire Villanueva, je l’ai appris dans les médias traditionnels : les émeutes, les manifestations, les militants… Mais ensuite, c’est en ligne que j’ai eu accès à la parole des gens, à la voix du peuple. Et c’est comme ça que

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"Grand Prix" : Benjamin Biolay, roi du circuit

Rock | Pour son 9e album, Benjamin Biolay livre son disque le plus rock en célébrant les princes de la piste automobile. Un Grand Prix joué à toute allure qui dans le sillage de tubes trompe-la-mort dévoile pourtant les traces d'une œuvre parmi les plus personnelles d'un Biolay rentré au stand pour un premier bilan.

Stéphane Duchêne | Jeudi 9 juillet 2020

En 19 ans d'une carrière pour le moins pléthorique, Benjamin Biolay a, quoi qu'on en pense, fait plus que la preuve de son habileté musicale. Paradoxe, on ne lui a jamais connu de véritable tube. Le Caladois, que n'effraie aucun mélange des genres pas plus que les flirts les plus poussés avec la variété, s'en est certes parfois approché d'assez près : Les Cerfs volants, Une Chaise à Tokyo, L'Histoire d'un garçon, Qu'est-ce que ça peut faire ?, La Superbe (tube qui sans doute s'ignorait mais peut-être à ce jour sa plus grande chanson). Mais, toujours, quelque chose venait empêcher la transformation totale de l'essai — sans doute à trouver dans une tendance à complexifier les contours d'une évidente facilité mélodique et d'un don certain pour l'écriture (exemple symptomatique : Brandt Rhapsodie, talk-over en duo avec Jeanne Cherhal). Parfois, ses tentatives de trop embrasser la chanson qui tue pouvait menacer de basculer — tel Murat quand il laisse son Surmoi à la porte d

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Du sang à la dune : "Abou Leila" de Amin Sidi-Boumedin

Policier | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Du sang à la dune :

Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long-métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n’y a qu’un pas. Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d’un symbolisme stupéfiant, digne d’un conte épique, hypnotiq

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Cherchez le garçon : "Eté 85" de François Ozon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Cherchez le garçon :

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substra

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Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Pop | Après sept ans d'existence, le duo lyonnais Animali, composé de Julien Jussey et Benjamin Richardier vient juste de publier son premier album, Mary D. Kay, prenant le temps nécessaire pour trouver son équilibre. Et d'entamer une réflexion sur ce qu'est être un groupe émergent en 2020 et la pertinence de continuer à sortir... des albums.

Stéphane Duchêne | Mercredi 24 juin 2020

Animali : « on nous a souvent traité de branleurs »

Animali a été fondé en 2013, a publié deux EP, pourquoi autant de temps avant ce premier album ? Benjamin Richardier : en fait, on a commencé à enregistrer il y a longtemps, il existe plusieurs versions des morceaux du disque, le temps de trouver un son qui nous convienne. On a beaucoup recommencé. Julien Jussey : On avait aussi moins de temps pour travailler ensemble. Ben a eu un enfant. Moi, j'ai pas mal tourné, notamment avec Erotic Market, j'ai monté un deuxième studio, ce qui a pris beaucoup de temps [NdlR, il a aussi repris la direction exécutive du studio villeurbannais Mikrokosm, fondé et toujours supervisé par Benoït Bel]. Il y avait là une volonté de sortir le groupe du cycle de l'intermittence où il faut tourner pour avoir des cachets, sortir des disques rapidement pour pouvoir tourne

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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Benjamin Forel fore son théâtre

Portrait | À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

Benjamin Forel fore son théâtre

À 34 ans, Benjamin Forel a déjà soulevé quelques montagnes pour que le théâtre existe hors les murs. Cet art de l'éphémère, il l'a appris en option théâtre au lycée Charlie Chaplin de Décines où il passe un bac S et c'est le metteur en scène Sarkis Tcheumlekdjian qui est aux manettes les mercredis après-midi. Inscrit en fac de bio, sur le chemin de la Doua, il s'arrête souvent à Charpennes où est installé la compagnie Premier acte du metteur en scène du bel Andorra, au point qu'il deviendra son assisant durant cinq années. En 2008, Benjamin Forel crée sa compagnie, la Troupe du Levant dont certains font encore route avec lui. Il a bien joué aux Marronniers, aux Clochards Célestes, mais, féru de Mnouchkine et son Théâtre du Soleil, il veut du monde sur le plateau et pouvoir aussi imaginer le bar, la fa

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L'Ineffable Théâtre ouvre la friche de l'été à Oullins

Urbanisme Transitoire & Théâtre | À Oullins, une friche culturelle ouvre quand les théâtres restent pour la plupart fermés. L'Ineffable Théâtre accueille spectacles et performances dès maintenant, en petite jauge, dans les locaux emplis de vie et d'activités passées du technicentre de la SNCF.

Nadja Pobel | Mercredi 24 juin 2020

L'Ineffable Théâtre ouvre la friche de l'été à Oullins

À deux pas (deux minutes à pied en traversant la rivière Yzeron) de la gare d'Oullins et pas même un quart d'heure de bus depuis Bellecour (C10 arrêt Pont d'Oullins ou 15, arrêt de la gare), le metteur en scène Benjamin Forel a déniché des locaux étonnants pour son nouveau "bac à sable" ouvert à tous les arts ayant trait au corps. Après avoir investi des lieux ouverts (friche RVI, site antique de Fourvière, Vélodrome de la Tête d'Or...), il s'attache désormais à trouver des endroits couverts sur une durée plus longue (quelques semaines auparavant, plusieurs mois désormais) afin de ne pas dépendre de la météo. Après la Confluence l'an dernier, le voilà désormais dans l'ancien technicentre industriel SNCF d'Oullins grâce au « vrai soutien » de la ré

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Des débuts prometteurs : "La Dernière Vie de Simon"

Fantastique | À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Des débuts prometteurs :

Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille

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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Ardennes que pourra : "Adoration"

Le Film de la Semaine | « Mes jeunes années (…) / Courent dans les sentiers / Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Welz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Ardennes que pourra :

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

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Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

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Didi-Huberman, les remous d'une pensée

Histoire de l'Art | À l'occasion de la sortie d'un livre d'entretiens, l'historien de l'art Georges Didi-Huberman sera de passage à Lyon cette semaine, à la librairie Michel Descours.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Didi-Huberman, les remous d'une pensée

À la lecture des entretiens de Georges Didi-Huberman avec Philippe Roux, nous apprenons (tant il est utilisé par l'un et l'autre) un nouveau verbe : géminer, qui signifie notamment doubler, multiplier par deux... Pour l'historien de l'art, il s'agit toujours de cela : de voir au moins double, de penser double, net et flou, près et loin, vers le passé et vers l'avenir, à même la matière des images et avec le recul du théorique... Il s'agit chez lui de déceler des gestes d'air jusque dans la pierre, des soulèvements dans la lenteur ou le figé, des survivances actuelles ou nouvelles dans les images du passé. Et ce, dans d'innombrables livres sur l'image en général, ou sur Pasolini, Pierre Fédida, Jean-Luc Godard, Georges Bataille, Fra Angelico, et tant d'autres. Avec pour guides quelques auteurs fétiches comme Kafka, Aby Warburg, Ernst Bloch, Baudelaire et, surtout, Walter Benjamin qui, selon Didi-Huberman, propose « un tout autre modèle de l'origine, voire de

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Lomepal, rouge vif

Rap | Skateur mais surtout rappeur, Lomepal vient de rééditer Jeannine, son deuxième album sorti il y a presque un an, qui rendait hommage à la folie de sa (...)

Anaïs Gningue | Mardi 19 novembre 2019

Lomepal, rouge vif

Skateur mais surtout rappeur, Lomepal vient de rééditer Jeannine, son deuxième album sorti il y a presque un an, qui rendait hommage à la folie de sa grand-mère. Jeannine devient Amina : suite logique puisqu’il s’agit du prénom qu’elle s’est choisit à la suite d’une initiation mystique. Cette version est enrichie de six titres exclusifs dont une maquette, des versions acoustiques et live, et la voix de sa mère que l’on retrouve en continuité du premier opus, comme pour donner sens à cette métamorphose. Soit près d’une trentaine de morceaux introspectifs à porter au plus près de son public. De sa capacité à exprimer ses émotions les plus intimes à des

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Chambre avec vues : "Curiosa"

Drame | De Lou Jeunet (Fr, 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Chambre avec vues :

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeun

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Je t’aime, je t’aime : "Mon inconnue"

Comédie | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Je t’aime, je t’aime :

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint avec ce troisième long-métrage le fatidique “film de la maturité“ ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time, 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin, 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps — n’assumant qu’à moitié le fantastique et le côté “décalque“ de Coppola, Camille redouble (2012) de Noémie Lvovsky n’en fait évidemment pas partie. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue nar

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Avec le temps, avec le vent : "Meltem"

Drame | De Basile Doganis (Fr-Gr ; 1h27) avec Daphne Patakia, Rabah Naït Oufella, Lamine Cissokho…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Avec le temps, avec le vent :

Un an après le décès de sa mère, Elena se rend sur l’île de Lesbos solder la succession en compagnie de deux potes, afin d’éviter de rester en tête-à-tête avec son beau-père. Le trio va se dessiller en découvrant les réfugiés sur place et Elena peu à peu se rabibocher avec son passé… Sous des dehors de comédie d’été entre grands ados à la plage, sentant bon la mélancolie et le sable chaud, Basile Doganis signe un premier film joliment ambitieux, tissant beaucoup de thèmes sans jamais s’emmêler. Il faut en effet une enviable finesse pour raconter l’accomplissement d’un deuil, mettre en perspective l’écartèlement entre plusieurs cultures d’hier et d’aujourd’hui, selon que l’on vienne de France ou de Syrie, et parsemer ces sujets graves de grâce et d’insouciance — qualités naturelles infusant le cœur et le corps des jeunes adultes. Doux-amer et pétillant, ce cocktail chavirant en un clin d’œil de la gravité à la légèreté, rappelle le (bon) cinéma de Klapisch, dans les questionnements métaphysiques que se posent (ou s’imposent) les personnages, et leur volonté de se

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Grave les boules : "Dragon Ball Super: Broly"

ECRANS | De Tatsuya Nagamine (Jap, 1h40) avec les voix (v.f) de Patrick Borg, Éric Legrand, Mark Lesser

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Grave les boules :

Quarante ans après avoir été expédié par le Roi Vegeta sur une planète hostile, le super guerrier Broly est retrouvé par l'armée de Freezer. Désormais dévoué à son “sauveur“, Broly doit combattre Vegeta fils et Goku sur Terre, et la soumettre pour le compte de Freezer. Sujets à la migraine ou l’épilepsie, prenez garde à l’interminable combat final, d’autant qu’il dure la moitié du film. Un déséquilibre proprement injustifiable d’un point de vue narratif (les évolutions de personnages se succèdent dans une surenchère frisant le ridicule — c’est le cas de le dire, car chaque degré supérieur donne lieu à une nouvelle coloration capillaire ; et un charivari visuel quasi-insoutenable, entre le luna park sous amphétamines et la contemplation forcée d’une guirlande de Noël électrique un 14-juillet au soir. Ce vacarme optique, aggravé par une désinvolture graphique et esthétique confinant au mépris du public, ravale la japanimation aux pires clichés d’une sous-culture artistiquement bâclée — une médiocrité dont Takahata, Miyazaki, Hosoda, Makoto Shinkai, Shunji Iwai entre autres, ont pro

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Yamina Benahmed Daho, l'affaire de tous

Littérature | La parole des femmes se libère, nous dit-on, depuis l'affaire Weinstein et le salvateur mouvement #metoo. Oui, mais elle n'est que réponse à des actes masculins liberticides. La romancière Yamina Benahmed Daho met en perspective une tentative de viol et les conséquences destructrices chez la victime. Limpide et poignant.

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Yamina Benahmed Daho, l'affaire de tous

L'apaisement vient quand elle cuisine. Laver et éplucher des légumes lui permet enfin de se concentrer sur autre chose que le traumatisme survenu au petit matin d'une année toute neuve. Un homme alors la pousse dans un hall, la brutalise et pose violemment ses mains sur son corps et ses organes sexuels. Elle parviendra à s'enfuir par une porte entrouverte, retrouver la rue et un passant temporairement protecteur. De la sauvagerie, les gestes interdits et l'attaque venue lâchement de dos, Alya va conserver une peur tenace, invalidante. La façon dont elle se propage, se déjoue, s'encadre dans la sphère publique, dans le cercle intime et par les pouvoirs publics est le propos de ce roman si bien-nommé De mémoire. L'écrivaine Yamina Benahmed Daho choisit de raconter cela aussi scrupuleusement que les traces laissées (invisibles) le permettent. Ainsi s’enchaînent et se croisent les récits faits à un médecin généraliste le lendemain de l'agression, à une gardienne de la paix, un médecin légiste, un psychiatre, une psychanalyste, un juge d'instruction... soit quatre années de traversée avec ces nouveaux compagnons étranges. Car comme

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Nouvel an, nouveaux romans

Littérature | Sur le modèle de son rendez-vous de septembre, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture duplique pour la première fois sa traditionnelle rentrée des auteurs (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 22 janvier 2019

Nouvel an, nouveaux romans

Sur le modèle de son rendez-vous de septembre, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture duplique pour la première fois sa traditionnelle rentrée des auteurs auralpins au mois de janvier pour une deuxième salve de rencontres consacrées à une sélection des romans à paraître en ce début d'année. Le 28 janvier à 17h dans les locaux d'Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture du 25 rue Chazière, huit auteurs viendront ainsi présenter leur nouvelle publication : Yamina Benahmed Daho pour De mémoire (L'Arbalète / Gallimard), Sophie Chabanel pour Le Blues du chat (Cadre Noir / Seuil), Antoine Choplin pour Partiellement nuageux (La Fosse aux Ours), Daniel Parokia pour Chasseurs dans la neige (Buchet Chastel), Irma Pelatan pour L'Odeur de chlore (La Contre-allée), Paola Pigani pour Des orties et des hommes (Liana Lévi), Benoît Reiss pour Le Petit Veilleur (Buchet-Chastel) et Lionel Salaün pour Whitesand (Actes Sud). Une rencontre ouverte –

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De la Terre à l’hallu : "High Life"

Sci-Fi | de Claire Denis (Fr-All-G-B-Pol, int. -12 ans avec avert., 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

De la Terre à l’hallu :

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day. En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des

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À la lueur de Sarah Kane

Théâtre | Comment entrer dans les entrailles de la dramaturge britannique qui a mis fin à ses jours à 28 ans en 1999 ? Mainte fois montés, les deux derniers écrits (...)

Nadja Pobel | Mardi 16 octobre 2018

À la lueur de Sarah Kane

Comment entrer dans les entrailles de la dramaturge britannique qui a mis fin à ses jours à 28 ans en 1999 ? Mainte fois montés, les deux derniers écrits de Sarah Kane donnent parfois lieu à profusion de décors/vidéos... Ou, a contrario, d'un personnage absolument figé (Isabelle Huppert chez Claude Régy par exemple). Amine Kidia a décidé, au fil des répétitions, et non pas comme présupposé de départ, de plonger ses comédiens et ses spectateurs dans la nuit. Ainsi, il place deux actrices (issues de l'ENSATT) et deux acteurs (Conservatoire de Lyon) à chaque coin du plateau du théâtre où les écoutent des spectateurs en totale immersion, assis au sol. Déjà avec War and breakfast, il avait cassé le rapport frontal traditionnel. Mais alors que, dans son travail sur Mark Ravenhill, les corps avaient une importance primordiale et permettaient presque de se passer de texte, c'est l'inverse pour cette création. Quoique. Cet exercice n'est pas non plus une production radiophonique car le souffle nous

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Benjamin Petit : « améliorer les conditions d'accueil du public »

Marché Gare | Repoussé hors-les-murs par des travaux conséquents, le Marché Gare s'offre le temps de cette parenthèse "Une Échappée sauvage", à coups de concerts, de projections et d'animations dans toute la ville. L'occasion de mener une réflexion sur les projets de la salle. Le point avec Benjamin Petit, coordinateur et programmateur du lieu.

Stéphane Duchêne | Lundi 24 septembre 2018

Benjamin Petit : « améliorer les conditions d'accueil du public »

Il était question un temps que vous déménagiez, le bâtiment étant censé être détruit, finalement il va être largement rénové et le Marché Gare pérennisé. Benjamin Petit : En effet, la salle a toujours été en sursis du fait de sa situation et du projet Lyon Confluence. Ç'a laissé cours à des rumeurs de déménagement, de destruction mais il n'y a jamais eu de projet alternatif concret. En revanche, il y a toujours eu un flou et cet avenir incertain a beaucoup conditionné le développement du Marché Gare. On a eu la confirmation qu'on resterait il y a quatre ans mais le projet définitif, on ne l'a entrevu qu'il y a deux ans. Comment expliquer cette décision ? C'est forcément une volonté politique. Si la ville de Lyon et la SPL en viennent à se dire que la salle doit rester, c'est qu'elle représente des enjeux politiques forts. Ce n'est pas non plus anodin que la labellisation SMAC soit en cours, ça veut dire que la Ville, le ministère de la Culture et la Région croient en notre travail : avec des petits moyens, on a réussi à bâtir une activité de qualité, saine, avec une fréquentation de 1500

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Familles dé-re-composées au Comœdia

ECRANS | Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très (...)

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Familles dé-re-composées au Comœdia

Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très dissemblables. D’abord L’Amour flou, signé Philippe Rebbot et Romane Bohringer (présenté par celle-ci le vendredi 21 septembre à 20h) est inspiré par l’histoire des deux comédiens qui ont décidé de continuer à vivre ensemble après leur séparation — enfin, dans un appartement double uni par la chambre des enfants. Puis avec Amin de Philippe Faucon. Le réalisateur de Fatima viendra lundi 24 à 20h présenter le parcours de ce travailleur écartelé entre deux vies, deux familles, deux pays. Une histoire extraordinaire en apparence, et cependant si courante. Au Comœdia

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Qui m’aime meuh suive ! : "Le Quatuor à cornes"

Dès 3 ans | de Benjamin Botella, Arnaud Demuynck, Emmanuelle Gorgiard & Pascale Hecquet (Fr-Bel, 0h43)…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Qui m’aime meuh suive ! :

Dotées de caractères très dissemblables Aglaë, Rosine, Clarisse et Marguerite paissent dans le même champ clos. Un aimable piaf leur faisant miroiter l’infini changeant de la mer, le quatuor prend la route pour la voir la grande bleue. En chemin, il fait de drôles de rencontres… Parce qu’il est composé de trois courts-métrages ayant la très originale particularité d’épouser des formes bien différentes (stop motion, animation 2D…), ce joyeux programme inspiré des albums d’Yves Cotten rappelle les Exercices de styles de Queneau. Mais si les héroïnes changent de visages à chacune de leurs aventures, cela ne déconcertera pas forcément le public-cible des tout-petits — dont la capacité d’adaptation (et d’imagination) est toujours plus grande que ce que l’on imagine. Et l’humour bon enfant de l’ensemble se trouve dynamisé par de savoureux moments burlesques grâce aux rencontres en chemin (un musculeux taureau et un désopilant troupeau de moutons dans la grande escapade La Clef

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L'été au Bac à Sable

Spot Éphémère | Un bac, c'est un lieu pour « créer, se salir, expérimenter ». Ainsi le définit Benjamin Forel, à la tête de L'Ineffable Théâtre depuis dix ans. Il vient (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 juin 2018

L'été au Bac à Sable

Un bac, c'est un lieu pour « créer, se salir, expérimenter ». Ainsi le définit Benjamin Forel, à la tête de L'Ineffable Théâtre depuis dix ans. Il vient d'ouvrir le Bac à Sables, espace éphémère qui jusqu'au 15 octobre (et plus si disponibilité) accueillera une dizaine de compagnies sur la cinquantaine qui ont répondu à son projet. Dans le quartier de la Confluence (6 place Camille Georges, face à Sainte-Blandine), le metteur en scène a dégotté un hall auprès de Nacarat Immobilier, à qui il ne verse pas de loyer mais fait un reçu fiscal au titre du mécénat. Au programme : de la danse surtout (Rebecca Journo, compagnies MF, LC...), du théâtre et le week-end des soirées électro ou concert. Les artistes reçus travaillent durant cinq jours et s'engagent à deux ouvertures publiques (workshop, spectacle, conférence) sur la semaine, avec eux-mêmes ou des troupes invitées. Ils perçoivent 100% de la recette billetterie,

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3 concerts aux Nuits de Fourvière

Nuits de Fourvière | Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

3 concerts aux Nuits de Fourvière

Jack White S'il faut dire la vérité aux gens qu'on aime, n'y allons pas par quatre chemins : le dernier album de Jack White, Boarding House Reach, n'était ni fait ni à faire. Car s'il ne manquait pas d'ambition, à ce collage d'inspirations et d'effets plutôt mal branlé et en rupture avec le style direct du gars White, il manquait l'essentiel : des chansons, étouffées sous un concept trop envahissant. Rien ici qui ne fasse taper du pied ou ne perfore durablement et positivement le cerveau à coups de riffs rutilants. Mais Jack White reste Jack White et son CV parle pour lui : White Stripes, Raconteurs, Dead Weathers, son admirable label, Third Man Records, et deux premiers albums déflagrants, eux. Surtout, surtout, une capacité hors du commun à transformer le plomb fondu de son country-rock-blues-punk en or live. Et à dégainer les tubes qu'il a en magasin plutôt que des créatures de laboratoire. Au Théâtre Antique de Fourvière le dimanche 8 juillet Benjamin Biolay Entre Hubert Mounier

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Le pays où le travail est moins cher : "Vent du Nord"

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Le pays où le travail est moins cher :

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

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Snap déménage

Art contemporain | Depuis fin décembre, la galerie Snap est fermée, en stand-by avant déménagement. Mais l'on peut retrouver la programmation de Paul Raguenes, le (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 6 mars 2018

Snap déménage

Depuis fin décembre, la galerie Snap est fermée, en stand-by avant déménagement. Mais l'on peut retrouver la programmation de Paul Raguenes, le directeur, à la micro galerie LFA, soit l'espace attenant au bureau d'études d'architecture Looking For Architecture, au 13 rue Creuzet. Un lieu hybride moitié galerie moitié lieu de réunion, où la collaboration des deux entités promet d'être fructueuse puisqu'elle a déjà vocation à durer dans le temps, en parallèle de Snap. Aujourd'hui et jusqu'au 8 juin, on peut y voir l'exposition Under construction de Benjamin Sabatier, qui interroge le concept de travail à travers ses sculptures en matériaux bruts et accessibles, empruntes "d'esthétique du chantier" et de culture DIY.

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Partir ! : "Tesnota – Une vie à l’étroit"

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Partir ! :

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs e

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Rien sur Robert : "La Douleur"

Drame | de Emmanuel Finkiel (Fr, 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Rien sur Robert :

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacé

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Elle fut la première : "Numéro Une" de Tonie Marshall

Le Film de la Semaine | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Elle fut la première :

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme », ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certa

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Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Entretien | Dans Vénus Beauté (Institut), elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour Numéro Une, Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’

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"War and breakfast" : à leurs corps défendus

Théâtre | En adaptant plusieurs des dix-huit courtes pièces de War and Breakfast, Amine Kidia signe un cinglant spectacle, avec une justesse d’interprétation parfois stupéfiante. C'est le spectacle rugueux obligatoire de cette rentrée.

Nadja Pobel | Mardi 12 septembre 2017

Au Lavoir Public où ils l'ont créée en 2016, les comédiens de War and Breakfast ont joué de la peu commune et peu facilitatrice géographie du lieu. Cette inventivité va fatalement être moins originale aux Clochards Célestes. Quoique... le public sera à nouveau en bi-frontal : un premier indicateur de la manière (avec poigne et poignante) dont cette jeune troupe s'est accaparé ce texte violent de Mark Ravenhill. L'auteur britannique y dresse en une vingtaine de tableaux un réquisitoire sans état d'âme de l'Occident guerrier et meurtrier et de la violence avec laquelle l'horreur s'invente au petit déjeuner. Amine Kidia met en scène (et lui-même) des élèves sortis du Conservatoire de Lyon, tous impeccables de densité pour ces rôles qui exigent un travail minutieux tant le pathos guette ou, pire, un excès de ton dramatique qui soulignerait des mots suffisamment radicaux pour qu'ils ne soient pas boursouflés par les acteurs. Fast and furious Dans la pièce 12, Mer(e), Savannah Rol est cette mère dont le fils a été tué. Elle monologue, se traite de « grosse conne de flemmarde qui fo

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Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Pop | Programmé à Fourvière, Benjamin Clementine, figure spectrale du piano-voix venu d'ailleurs, est enfin de retour sur scène et avec un single Phantom of Aleppoville qui lui va comme un linceul et annonce la suite, magnifique et toujours aussi aventureuse.

Stéphane Duchêne | Mardi 27 juin 2017

Benjamin Clementine, le fantôme de la Liberté

Benjamin Clementine s'est toujours avancé comme un spectre. Lorsqu'il arrive sur scène, orné de son manteau noir, c'est bien à une rencontre paranormale que l'on a l'impression d'avoir affaire. Or on le sait les spectres, fantômes ou esprits frappeurs, quelle que soit la manière dont on les nomme seraient avant tout des entités intranquilles coincées entre les vivants et les morts par un flot de souffrances irrésolues les empêchant de franchir la frontière d'un autre monde – si tant est que ce monde fut possible. C'est sans doute pourquoi sa musique est à ce point capable de nous hanter. Parce qu'elle est la complainte d'un spectre habillé de noir, une ombre sur de l'ombre, de la noirceur sur de la noirceur, de la souffrance sur de la souffrance. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'un des morceaux qui a fait décoller la popularité du géant anglais avait pour titre Condolence, avec cette impression qu'on n'avait jamais rien entendu de tel, et que pourtant, il y avait là quelque chose de familier. Dans cette chanson, où il se disait né d'un néant consécutif à un orage, il chantait, cette drôle d'impression de déjà vu : « I swear, that you

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"Le Grand Méchant Renard et autres contes" de Benjamin Renner : animaux animés

ECRANS | Révélé par le tendre Ernest & Célestine, le réalisateur Benjamin Renner revient avec un projet qu’il a cette fois couvé depuis l’œuf : une lointaine (et désopilante) relecture du Roman de Renart, mâtinée de Konrad Lorenz et de Robert McKimson. Une nouvelle réussite.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

C’est un peu la kermesse de fin d’année à la ferme, où Renard présentent trois spectacles interprétés par les animaux : comment le lapin a remplacé à la patte levée la cigogne dans la livraison d’un bébé, comment le canard s’est substitué au Père Noël ; entre les deux s’intercalant l’histoire de Renard, devenu papa poule de poussins destinés à son estomac… D’abord, un constat anecdotique : Benjamin Renner n’a toujours pas signé de long-métrage original puisqu’après Ernest & Célestine (adapté de Gabrielle Vincent), ce programme est en réalité constitué d’un assemblage de trois courts à l'origine prévus pour la télévision, tiré de sa propre BD. Cela ne signifie pas que l’univers de Renner souffre d’un manque d’originalité, au contraire ! Il insuffle dans ses réalisations un savant dosage d’humour et de poésie mêlés, qui fait écho à sa touche graphique. Les œufs sont frais Chez lui, le trait délimite des zones mais ne les clôt jamais tout à fait ; quant aux couleurs, elles obéissent aux caprices c

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Benjamin Biolay au Deezer Festival

Festival | Pour cette première édition, le leader du streaming en France bourlingue entre Nantes, Lyon et Marseille. Sur une scène à 360°, les Lyonnais pourront (...)

Corentin Fraisse | Mardi 13 juin 2017

Benjamin Biolay au Deezer Festival

Pour cette première édition, le leader du streaming en France bourlingue entre Nantes, Lyon et Marseille. Sur une scène à 360°, les Lyonnais pourront notamment profiter des concerts de Benjamin Biolay, Broken Back, Joris Delacroix et Jorrdee : un line-up aussi varié que relevé. Soirée gratuite en guise d’amuse-bouche, plus que festival, histoire de patienter tranquillement avant de pouvoir savourer ceux de l’été.

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Les 5 expos à voir en juin

Art | 1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 1 juin 2017

Les 5 expos à voir en juin

1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences d'images et de souvenirs personnels : des Paysages mentaux, des Architectures fantômes. Ou encore des Rêves d'expositions, notre série favorite, où Frédéric Khodja met en scène une sorte de studio photo où rideaux, cadres vides, figures géométriques s'ouvrent sur de nouveaux espaces énigmatiques. Ces rêves s'avèrent être d'ailleurs étonnamment proches de l'univers d'un David Lynch et des prémices de la troisième saison de Twin Peaks ! 2/ Frédéric Houvert à Néon, jusqu'au 24 juin Frédéric Houvert a invité au centre d'art Néon trois autres artistes (Daniel Mato, Laurent Proux et Fabio Viscogliosi) pour une exposition épurée aux confins de l'abstraction, de l'ornementation et du minimalisme. Les formes et les sensation

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Les événements : à fleuret moucheté

Théâtre | Retour sur la vie d'un tueur fou dans Les Événements, pièce du dramaturge contemporain écossais David Greig. Si Romane Bohringer s'y épanouit, le spectacle manque de fluidité.

Nadja Pobel | Mardi 23 mai 2017

Les événements : à fleuret moucheté

À 48 ans, David Greig est un auteur reconnu par ses pairs, passé par la Royal Shakespeare Company ou le Royal Court de Londres. Avec Lune jaune, la ballade de Leila et Lee, il racontait avec onirisme la réalité crue de deux ados paumés, profondément touchants, laissés sur le bas-côté par une société britannique trop sèche pour entourer ses enfants. Baptiste Guitton, au TNP en 2014, en avait fait une adaptation stylisée et déjà en musique. Car David Greig aime adjoindre à son travail des chansons (comme les dix chanteurs de gospel de sa version des Bacchantes). Avec Les Événements, son dernier texte en date (créé dans le cadre du festival RING de Nancy il y a tout juste un an par Ramin Gray) il donne même la moitié du temps de jeu ou presque à une chorale qui, chaque soir, change. Romane Bohringer est pasteur, chef de chœur, rescapée d'une tuerie perpétrée par l'un de ses élèves. Lointainement inspirée de l'acte terroriste d'Anders Behring Breivik en Norvège, cette pièce progresse par saccades. Si l'actrice ne joue qu'un seul rôle, son partenaire (le fantastique Matthieu Sampeur

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