Lara au bal du diable : ""Girl"

Camera d'Or | Le portrait plein de vie d’une adolescente née garçon luttant pour son identité sexuelle et pressée de devenir femme. Une impatience passionnée se fracassant contre la bêtise à visage de réalité, filmée avec tact et transcendée par l’interprétation de l’étonnant·e Victor Polster.

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Photo : © Diaphana distribution


Jeune ballerine de quinze ans, Lara se bat pour rester dans la prestigieuse école de danse où elle vient d'être admise, mais aussi pour accélérer sa transition de garçon en fille. La compréhension bienveillante de ses proches ne peut hélas en empêcher d'autres d'être blessants. Jusqu'au drame.

Girl pose sur des sujets divers un regard neuf, lesquels sont loin de l'être : la danse comme école de souffrance et de vie (on se souvient de la claque Black Swan), la difficulté de mener une transition de genre (voir Transamerica), la vie d'un parent isolé élevant deux enfants. Des thèmes rebattus mais qui, par coagulation et surtout grâce à une approche déconcertante, c'est-à-dire bannissant les situations attendues, trouvent une perspective nouvelle. Ainsi, la question de l'acceptation par la famille du choix intime de la jeune Lara ne se pose même pas ; au contraire bénéficie-t-elle ici d'un accompagnement solide et complice.

Quant aux professeurs de danse, ils n'ont rien des tyrans ordinaires martyrisant les petits rats. Bref, outre l'absence de la mère — qui permet par ailleurs à Lara d'exercer une présence maternante auprès de son petit frère — le contexte s'avère des plus favorables pour son épanouissement. N'étaient les autres ballerines… Leur inconséquence immature va torpiller l'équilibre si miraculeux (et fragile) de Lara. Chahutée, intoxiquée par le groupe comme la Carrie de King et de De Palma, Lara va elle aussi passer à l'acte de manière spectaculaire.

Polster à l'affiche

Le jury de la section Un certain regard a eu la grande intelligence de décerner à Victor Polster un prix d'interprétation sans mentionner de genre, car il incarne totalement l'ambiguïté confondante du personnage, au point que l'on oublie sa masculinité, et ce sans qu'il ait besoin de se livrer à des mimiques efféminées outrées. C'est par sa sobriété qu'il devient elle, par sa retenue et ses larmes rentrées qu'il fait ressentir son incommensurable douleur ; par sa sérénité tranquille qu'elle affiche son bonheur final. On ne sait pas si Polster va continuer dans la danse, mais ce serait une sacrée perte s'il abandonnait le cinéma. Pour Lukas Dhont, on ne se fait pas de souci : le producteur Michel Saint-Jean lui a promis un pont d'or avant qu'il obtienne la Caméra du même métal. Vivement la suite !

Girl de Lukas Dhont (Bel, 1h46), avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Katelijne Damen…


Girl

De Lukas Dhont (Bel, 1h45) avec Victor Polster, Arieh Worthalter...

De Lukas Dhont (Bel, 1h45) avec Victor Polster, Arieh Worthalter...

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Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.


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Faire écran à l’amour : "À cœur battant" de Keren Ben Rafael

Romance | Une curiosité, avec Judith Chemla et Noémie Lvovsky.

Vincent Raymond | Vendredi 9 octobre 2020

Faire écran à l’amour :

Le titre international, The End of Love, est un divulgâcheur de première ! Oui, les deux amants se parlant durant tout le film par Skype interposé, vont rompre à la fin. Anticipant avec une prescience stupéfiante “l’effet Zoom“ du confinement, Keren Ben Rafael montre la déliquescence d’un couple binational séparé par l’attente d’un visa. Elle en France, lui en Israël, leur amour ne survit pas à l’éloignement des corps malgré un bébé et l’omniprésence des écrans. S’il n’a rien de révolutionnaire, le dispositif est ici utilisé de manière très efficace dans un film ménageant d’authentiques séquences de tension dramatique (voire de suspense) en posant l’éternelle question de la difficulté de surmonter des cultures différentes. Une curiosité. À Cœur battant ★★☆☆☆ Un film de Keren Ben Rafael (Fr-Isr, 1h30) avec Judith Chemla, Arieh Worthalter, Noémie Lvovsky…

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À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

Culture Rock | Parmi les événements placés en annexe de son exposition consacré à l'âge d'or du rock lyonnais, la BmL invite Sophie Rosemont à venir présenter son livre Girls rock, indispensable piqûre de rappel sur l'importance (quantitative et qualitative) des femmes dans l'Histoire du rock.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 juin 2019

À la Bibliothèque de la Part-Dieu, haut les filles !

À l'exception de la regrettée Marie (et de ses Garçons), on ne compte guère de femmes à l'exposition Lyon capitale du rock proposée actuellement par la Bibliothèque municipale de Lyon. Est-ce à dire que le rock est exclusivement une affaire d'hommes ? Qu'à l'époque en tout cas, il l'était ? L'Histoire, essentiellement racontée par les (mâles) dominants tendrait à le prouver. Sauf qu'il ne faut pas gratter longtemps la surface de cette Histoire écrite au masculin pour que tombe l'évidence : les femmes et le rock c'est une histoire aussi vieille que le rock lui-même. Aussi loin que les premières notes de Rosetta Tharpe et Trixie Smith, pionnières (bien plus qu'on ne le sait) amazones de ce genre musical genré. C'est ce que tend non pas à démontrer – il n'y a pas lieu de le faire – mais à simplement montrer, décrire, raconter, la critique Sophie Rosemont (Rolling Stones, Les Inrocks, France Culture). Un travail de fourmi qui aurait pu donner lieu à un épais dictionnaire (les

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De l’amour, de la lutte, de la danse

Avant-Premières | Attention, embouteillage d’avant-premières à prévoir dans toutes les salles lyonnaises ! Rien de très étonnant, en vérité : le mois d’octobre étant surchargé de (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

De l’amour, de la lutte, de la danse

Attention, embouteillage d’avant-premières à prévoir dans toutes les salles lyonnaises ! Rien de très étonnant, en vérité : le mois d’octobre étant surchargé de sorties, les films tentent fort logiquement d’exister auprès des spectateurs le plus en amont possible… Voilà pourquoi chaque cinéma multiplie les soirées exceptionnelles en présence d’équipes. Ainsi, après sa semaine de la comédie, l’UGC Confluence fait place aux sentiments en recevant Cédric Anger, le réalisateur du polar dans le milieux du X des années 1980 L’Amour est une fête (vendredi 14 septembre à 20h) puis Michel Blanc et William Lebghil pour Voyez comme on danse (lundi 17 à 20h), suite de Embrassez qui vous voudrez. Au Cinéma Lumière Terreaux, Debra Granik accompagnera Leave no trace (mercredi 12 à 21h) tandis que Guillaume Senez viendra avec Romain Duris pour Nos batailles (mercredi 19 à 19h30) — deux films qui figuraient dans les sections parallèles du dernier festival de Cannes.

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Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

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Casa, avant le chaos ? : "Razzia"

Le Film de la Semaine | Après Much Loved, Nabil Ayouch poursuit son auscultation des fractures du Maroc contemporain. Derniers instants avant le cataclysme dans un Casablanca qui n’a plus rien à voir avec l’image idéalisée par Curtiz.

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Casa, avant le chaos ? :

Maroc, entre les montagnes de l’Atlas et Casablanca, en 1982 et 2015. Portraits croisés de plusieurs personnages en proie au durcissement du régime et des mœurs, aux préjugés, alors que le religieux gagne du terrain et que les différences sociales mènent à un inévitable chaos… Cette manière de brasser les époques et les protagonistes autour d’une communauté de destins (et de cet événement final annoncé par le titre, cristallisant les tensions, rancœurs et humiliations accumulées) rappelle le “cinéma-choral” à la Iñarritu ou le Magnolia de Paul Thomas Anderson. Mais Ayouch ne le fait pas glisser vers ce pan-humanisme lyrique à la mode il y a une dizaine d’années. Les temps ont changé ; un voile de désenchantement s’est abattu sur le monde, douchant les espérances. Y compris celles suscitées par les Printemps arabes. Empire chérifien, fais-moi peur Jadis apprécié à Rabat pour l’aura internationale dont ses œuvres bénéficiaient,

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Des femmes initiatrices d'un monde nouveau

Art Rebelle | Loin de nous, à Cuba, Lima ou Bogota, des femmes ne cessent de faire des pas vers une société plus juste. Et pour cela, Núria Güell, Nadias Granados, Ana Mendieta, Tania Bruguera et Daniela Ortiz rapprochent l'art de problématiques concrètes (politiques, sociales) avec des œuvres, actes ou performances qui interrogent le rôle de l'artiste femme dans la société civile.

Sarah Fouassier | Mardi 20 février 2018

Des femmes initiatrices d'un monde nouveau

L'engagement comme œuvre d'art Toutes se mettent d'une façon particulière en danger, à l'instar de Núria Güell, artiste espagnole qui questionne les limites et l'éthique même de son engagement par l'organisation d'un concours de lettres d'amour à Cuba, où le gagnant, choisi par un jury composé de prostituées, se verra octroyer le droit de se marier et par extension obtenir la nationalité espagnole. Ainsi, elle inverse subtilement le rapport de domination de l'homme sur la femme, tout en perpétuant l'hégémonie européenne sur les pays du Sud, comme le dénonce la Péruvienne Daniela Ortiz dans un abécédaire aux images d'Épinal retraçant l'histoire colonialiste et raciste de l'Europe. Au-delà du sujet de l'engagement de l'artiste, il s'agit d'interpeller sur le sens et la forme même d'une œuvre. En quoi l'acte de Núria Güell est-il relatif à l'art ? Idem pour Tania Bruguera, performeuse cubaine à l'initiative d'un mouvement international promouvant l'action positive des migrants dans l'avancée de la société (Immigrant Movement). Usage des st

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Girls in Hawaii : vers les lueurs

Pop | Après quatre ans d'absence et un album, sublime, consacré à la douleur de la perte d'un de ses membres, le groupe belge Girls in Hawaïï renaît une fois de plus à lui même et retrouve la lumière en se tournant vers l'électronique et un rien d'abstraction.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 décembre 2017

Girls in Hawaii : vers les lueurs

La dernière fois qu'on avait eu affaire à Girls in Hawaii, ceux-ci nous avait livré un album de deuil, celui du batteur du groupe et frère du chanteur, Denis Wielemans. À voir débarquer ce Nocturne on se dit, sur la foi de son titre, qu'il s'agit ici d'en prendre la suite. Surtout quand sur l'élégiaque ouverture du disque This Light, le groupe répète « Keep your distance from this light », celle qu'on verrait, blanche, au bout du dernier tunnel. Et pourtant un autre genre de lumière vient rapidement contredire ce titre et celui d'un album plein de couleurs. Le même genre de lumière que celle de l'étoile filante qui éclaire la nuit sur la peinture naïve (une toile du peintre britannique Tom Hammick) qui orne la pochette du disque. À moins qu'il ne s'agisse, suivant l'interprétation qu'on en fait, d'un volcan en éruption. Dans les deux cas, une manière brute et poétique d'éclairer la nuit, de l'embraser, et peut-même de l'embrasser, d'en accepter l'augure. De se livrer à une métamorphose aussi, d'accomplir un souhait comme on en fait au passage d'une étoile filante, d'entrer

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Ultra léché

Théâtre | Photographe, Cédric Roulliat a fait les beaux jours et les belles Unes, durant trois ans, de notre confrère préféré, le journal gay mais pas que... Hétéroclite, (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 septembre 2017

Ultra léché

Photographe, Cédric Roulliat a fait les beaux jours et les belles Unes, durant trois ans, de notre confrère préféré, le journal gay mais pas que... Hétéroclite, avec ses clichés calibrés de femmes plus fantasmées qu'érotisées. Cette esthétique est la base même de son premier travail de mise en scène, Ultragirl contre Schopenhauer créé en février dernier à l'Élysée et repris au même endroit jusqu'au 29 septembre. Dans les années 80 à Lyon, une traductrice (Sahra Daugreilh) s'affaire à nous rendre intelligibles des comics. Et de se prendre elle-même pour l'une de ses héroïnes à travers son double fictif (Laure Giappiconi)... Alambiquée, filant à toute allure sans que tout ne soit vraiment compréhensible, cette fable est constamment séduisante par sa vitalité et son ambition affirmée de soigner à la fois le jeu, mais aussi ce qui est souvent annexe dans les petites productions : le décor et les costumes. Cette politesse permet à l'intrigue de progresser malgré un name-dropping presque éreintant quoique drôle. Dans le rôle masculin, David Bescond, tantôt réparateur vind

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Sorcières bien aimées

Riot Girls | La deuxième soirée du collectif lyonnais Dynastits, dédié aux artistes féminines, se tient le vendredi 20 janvier au Sonic. Après une première party sur le thème des (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 17 janvier 2017

Sorcières bien aimées

La deuxième soirée du collectif lyonnais Dynastits, dédié aux artistes féminines, se tient le vendredi 20 janvier au Sonic. Après une première party sur le thème des femmes vénales (où brushing Dallas et bagouses bling-bling étaient de mise), celle-ci convie les sorcières, magiciennes et cartomanciennes de tous styles. Coïncidence, avec le retour de la série Charmed (un préquel est en production) ? Nous ne croyons pas. Au programme : le rock cosmique des Death Valley Girls, des Californiennes possédées qui brûlent à vif sur scène les fantômes de leur garage hanté. Et Tombouctou, des Lyonnais vaudou aux expérimentations sous tension. Mais aussi un blind-test de l’enfer animé par Nina et Fifi du Calvaire et des DJs sets concoctés par Calavera, Ramona Tornado et Old but Gold. Et bien sûr, vos tenues les plus ensorcelantes (dress code oblige...). C’est à 20h30 et ça coûte 8€ (3€ après minuit) mais l’on vous conseille d’arriver tôt : la crypte était complète pour la première édition.

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Aux Célestins, place au burlesque

Réveillon | Si la plupart des théâtres, comme chaque année, ferment le soir du 31 décembre, l'Iris (avec le clown loufoque Philippe Goudard), l'Instant T., le Fou et le (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Aux Célestins, place au burlesque

Si la plupart des théâtres, comme chaque année, ferment le soir du 31 décembre, l'Iris (avec le clown loufoque Philippe Goudard), l'Instant T., le Fou et le Carré 30 partagent ce changement d'année avec leurs spectateurs à l'instar de tous les cafés-théâtres. Seule grande salle à assurer le service le jour J : les Célestins qui, cette saison, programment deux spectacles au lieu d'un. Pas sûr que l'on y gagne au change après la très réjouissante Carmen de Turak ou encore le Theatro Delusio des Flöz. Au menu des petits ce 31 : le très classique et déjà vu Circus incognitus de Jamie Adkins, une suite de numéros très simples quoiqu'évidemment techniques (jonglage, équilibre sur un fil, entre deux échelles...), acces

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes, les suivant et les accompagnant, elle leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique. VR

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The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

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En août, les filles prennent le pouvoir au Sucre

MUSIQUES | Au Sucre, le vendredi, c'est frenchy (XIII de France, panorama de la musique électronique bien de chez nous), le samedi, c'est (...)

Benjamin Mialot | Mardi 28 juillet 2015

En août, les filles prennent le pouvoir au Sucre

Au Sucre, le vendredi, c'est frenchy (XIII de France, panorama de la musique électronique bien de chez nous), le samedi, c'est blacky (Black Summer, cycle mettant au jour les racines africaines des musiques à danser contemporaines)... Et le jeudi ? Le jeudi, c'est désormais girly avec les soirées Girls on Top qui, non contentes de mettre à l'honneur des selectas d'un autre genre, furent-elles d'ici (la vénéneuse P.I.L.A.R., les piles électriques du crew Too Girly DJ's) ou d'ailleurs (la Londonienne Moxie, qui pourra bientôt prendre la double nationalité vue la régularité de ses venues), sont gratuites.

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Music and lyrics au Ciné O’Clock

ECRANS | Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des (...)

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Music and lyrics au Ciné O’Clock

Ciné O’Clock, manifestation consacrée au cinéma britannique par Le Zola, fête ses vingt ans cette année. Et comme tout anniversaire se doit d’être célébré avec des chansons, la tonalité de cette édition sera en partie musicale. Ce sera notamment le cas grâce à la version restaurée de A Hard Day’s Night, rencontre entre les Beatles, au sommet de leur gloire, et le free cinema pop de Richard Lester, qui a immortalisé l’esprit swinging London sur les écrans. À quelques décennies et mutations d’intervalle, la pop britannique est toujours vivace, notamment grâce à un groupe comme Belle and Sebastian, qui célèbre lui aussi ses vingt années d’existence en 2015. Un nouvel album vient de sortir, marquant un virage électro plutôt inattendu, mais juste avant, son leader Stuart Murdoch s’était lancé dans l’aventure cinématographique avec God Help the Girl. Un premier long-métrage encore inédit à Lyon, avec la charmante Emily Browning en songwriter à la recherche d’âmes sœurs pop pour fonder un groupe à Glasgow. Musique toujours avec un ciné-concert autour du Chantage de Hitchcock, qui fait

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Mademoiselle K

MUSIQUES | La synth-pop quelle que soit la forme qu'elle prend au final, est devenue la nouvelle spécialité lyonnaise. On vous a déjà parlé – oui, on sait – de Pethrol, (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 janvier 2015

Mademoiselle K

La synth-pop quelle que soit la forme qu'elle prend au final, est devenue la nouvelle spécialité lyonnaise. On vous a déjà parlé – oui, on sait – de Pethrol, Erotic Market, Holy Two et De La Montagne, voici Kcidy, qu'on pourrait voir comme un savant mélange des quatre précités. Après un passage par les scènes découvertes du Ninkasi en novembre dernier, la jeune femme et son look de prêtresse 80's va enchaîner coup sur coup les deux festivals lyonnais de la rentrée : d'abord All Girls to the Front, un "mini fest" (ou "festival de courte durée", pour les membres de l'Académie Française) autoproclamé féministe avec donc pas mal de filles, de films, de live (Terrine, from Amiens, et Theoreme, from Lyon) et même du body-painting en mode riot grrrl. Autant de choses promettant une "méchante ambiance" et que l'on doit à l'esprit de Kathleen Hannah de Bikini Kill. Puis, moins d'une semaine plus tard, le plus long mais tout aussi défricheur Plug & Play – dont on reparlera, c'est promis Deux occasions de découvrir donc la jeune Pauline Le Caignec et les morceaux de son EP Pursuit, dont l'assez peu o

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A Girl at my Door

ECRANS | De July Jung (Corée du Sud, 1h59) avec Doona Bae, Kim Sae-Ron…

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

A Girl at my Door

Sitôt vu, sitôt oublié à Cannes dans la section Un certain regard, ce drame sud-coréen avait pour ambassadeur son prestigieux producteur, Lee Chang-Dong. Au premier abord, cette peinture cruelle d’une commissaire de police de Séoul mutée dans un bled où elle décide de prendre la défense d’une jeune fille qui s’est réfugiée chez elle, rappelle par son inscription géographique (la province sud-coréenne) et son point de vue (une femme au bord de la rupture intérieure) le sublime Secret Sunshine. Mais là où Lee Chang-Dong est capable de désamorcer tout ce qui pourrait virer à la thèse par la force de son écriture et de sa mise en scène, July Jung pense qu’il faut empiler les sujets sensibles pour livrer un film fort. L’escalade est ici infernale : harcèlement, mauvais traitements, pédophilie, corruption, homophobie… A Girl at my Door croule ainsi sous les intentions au point de virer au ridicule, d’autant plus que le film ne prend absolument aucun risque visuel, se contentant d’un réalisme gluant qui est la marque d’un world cinema d’auteur définitivement calibré pour les festivals internationaux. Christophe Chabert

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Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage et permet à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa «première». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight Club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de «première» : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écriv

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Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

ECRANS | Moins flamboyante que l’an dernier, la rentrée cinéma 2014 demandera aux spectateurs de sortir des sentiers battus pour aller découvrir des films audacieux et une nouvelle génération de cinéastes prometteurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Vent de jeunesse sur la rentrée cinéma

Si l’extraordinaire Leviathan ne lui avait ravi in extremis la place de chouchou de la rentrée cinéma, nul doute qu’elle aurait échu à Céline Sciamma et son très stimulant Bande de filles (sortie le 22 octobre). Troisième film de la réalisatrice déjà remarquée pour son beau Tomboy, il suit le parcours de Meriem, adolescente black banlieusarde qui refuse la fatalité d’une scolarité plombée et se lie d’amitié avec une «bande de filles» pour faire les quatre-cents coups, et en donner quelques-uns au passage, afin d’affirmer sa virilité dans un monde où, quel que soit son sexe, la loi du plus fort s’impose à tous. Cette éducation par la rue et le combat n’est pas sans rappeler les deux derniers films de Jacques Audiard ; Un prophète en particulier, puisque Sciamma cherche elle aussi à filmer l’éclosion dans un même mouvement d’une héroïne et d’une actrice — formidable Karidja Touré. S’il y a bien une com

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Party Girl

ECRANS | Réalisé par trois anciens élèves de la FEMIS, ce premier film suit, dans un mélange invisible de réalité et de fiction, la vie d’une danseuse de cabaret prête à raccrocher les gants et à se caser avec un homme gentiment bourru. Une réussite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 juillet 2014

Party Girl

Angélique (Litzenburger), la soixantaine, mène une existence à la fois tranquille et joyeusement chaotique de danseuse dans un cabaret. Enfin, elle ne danse plus tellement, laissant ça à de plus jeunes qu’elles et se contentant de faire boire les clients. Même si elle possède encore l’envie de plaire et de faire la fête, elle sent que l’heure de la retraite approche. Alors, elle finit par céder aux avances de Michel, brave gars simple et bourru qui en pince manifestement pour elle. Ils s’installent ensemble et il la demande en mariage. Pour Angélique, cela signifie réunir ses trois enfants, dont le premier est parti à Paris, la deuxième est restée auprès d’elle et la troisième a été placée dans une famille d’accueil.   Angélique, marquise de la nuit Party Girl n’est pas un documentaire, même si tout le monde tient ici peu ou prou son propre rôle ; Angélique est la véritable mère d’un des trois réalisateurs du film — Samuel Theis — et le trio cherche à créer un cinéma qui reproduirait par les moyens de la fiction un effet de réel bluffant. C’est sans doute ce qui intrigue le plus à la vision de Party Girl : à aucun moment Marie Amachouk

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Cannes par la bande (de filles)

ECRANS | Premier bilan d’un festival de Cannes pour le moins insaisissable : les filles y ont pris le pouvoir, à commencer par celles de Céline Sciamma, événement de la Quinzaine des réalisateurs, qui pour l’instant éclipse la sélection officielle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Cannes par la bande (de filles)

On ne sait vraiment pas par quel bout prendre ce drôle de festival de Cannes, compressé à cause des futures élections européennes, et dans lequel se télescopent en compétition gros films longs et parfois assez lourds à digérer et cinéma daté et has been, sinon carrément inepte. Pour l’instant, ami lecteur, réjouis-toi, les deux meilleurs films vus sont aussi ceux qui sortent cette semaine dans les salles françaises : Deux jours, une nuit et Maps to the stars. Il faut reconnaître toutefois qu’en ouvrant sa sélection avec ce navet indiscutable qu’est Grace de Monaco, déjà mort et enterré une semaine seulement après son arrivée sur les écrans, Thierry Frémaux n’a pas vraiment fait démarrer le festival du pied droit… On reviendra donc en détails la semaine prochaine sur la compétition, et on préfèrera lister ici les quelques découvertes faites au gré des sélections parallèles. Les combattantes Lesdites découvertes ont été marquées par l’émergence de figures féminines fortes et absolument contemporaines, comme dans la formidable comédie Les Combattants de Thomas Cailley,

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Cannes 2014, jour 2. Girls power.

ECRANS | "Bande de filles" de Céline Sciamma. "Party girl" de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. "White bird in a blizzard" de Gregg Araki.

Christophe Chabert | Jeudi 15 mai 2014

Cannes 2014, jour 2. Girls power.

Deuxième jour à Cannes, et déjà l’école buissonnière hors de la compétition. Il faut dire que le jeudi est traditionnellement le jour de l’ouverture des sections parallèles, et comme elles sont assez alléchantes cette année, on peut très bien remettre à plus tard la projection du dernier Mike Leigh (2h30 sur le peintre Turner, c’est vrai qu’en début de festival, c’est sans échauffement).   C’est un hasard, mais il est réjouissant : les femmes ont pris le pouvoir dans les trois films vus aujourd’hui, et notamment dans ce qui constitue le premier choc de Cannes, le nouveau film de Céline Sciamma, Bande de filles. Après Naissance des pieuvres et Tomboy, Sciamma confirme qu’elle n’est plus très loin d’être une de nos grandes cinéastes, et ce troisième opus démontre une inéluctable montée en puissance qui n’est pas sans rappeler celle d’un Jacques Audiard. Avec qui elle partage une intelligence du scénario et de la mise en scène, mais surtout l’envie de faire émerger conjointement des héro(ïne)s et des comédien(ne)s qui vont hanter longtemps l’esprit du spectateur, via des trajets de fiction puissants et authentiquement cont

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La griffe des Nuits

MUSIQUES | Faire d'un quartier-étendard en plein développement une plateforme festivalière cohérente : tel est le pari que s'est lancé Arty Farty pour l'édition 2014 de Nuits Sonores en investissant la Confluence. Au-delà de l'enjeu politique, force est d'admettre, à la découverte de la teneur de de sa programmation, que l'affaire est en bonne voie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 26 février 2014

La griffe des Nuits

Depuis l'annonce de son déménagement à la Confluence, on se demandait bien, sorti de quelques évidences, quels lieux allait concrètement investir Nuits Sonores. On sait désormais que le Lab se répartira entre l'Hôtel de région et l'Hôtel de ville, tandis que la partie purement musicale du festival se déroulera sous les halles du Marché de Gros (qui avaient déjà accueilli les éditions 2009, 2010 et 2011), à la Sucrière (NS Days et Mini sonore), à la Maison de la Confluence (pour la traditionnelle carte blanche) et au Parc des Berges (pour le "Sunday Park", un événement de clôture présenté comme un clin d’œil convivial à l'extension de Nuits Sonores à Tanger). En attendant de voir comment le Sucre s’intégrera dans ce circuit et comment les collectifs Superscript² et Looking for Architectures l'habilleront, on remarquera que la programmation des Days, scindée en trois scènes (dont une extérieure), poursuit les efforts de thématisation et de brassage démographique produits l'an passé, mais cette fois avec un vrai souci d'équilibre. Comprenez par-là qu'aucune tête d'affiche ne devrait s'accaparer le public de la Carte blanche comme Laurent Garnier et Carl Cox l'ont fait en 20

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Girls in Heaven

MUSIQUES | Co-leader d'une scène belge alors florissante, révélé par le fantastique From Here to There en 2003, Girls in Hawaïï a mis cinq ans pour réapparaître. Et pas (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 29 novembre 2013

Girls in Heaven

Co-leader d'une scène belge alors florissante, révélé par le fantastique From Here to There en 2003, Girls in Hawaïï a mis cinq ans pour réapparaître. Et pas seulement parce que les Girls ont toujours pris leur temps – il s'était déjà passé cinq ans entre leurs deux premiers albums. Si l'on souligne ce fait, c'est qu'après la tournée Plan Your Escape (2008), le retour du groupe a été quelque peu retardé par un drame à la fois terrible et banal : la disparition du batteur Denis Wielemans, frère du chanteur Antoine Wielemans, victime d'un accident de voiture.  Retard à l'allumage, site Internet laissé en plan pendant deux ans, le deuil a été long mais a fini par accoucher du cathartique Everest. Comme une tentative de prendre de la hauteur par rapport à l'épreuve, de toucher du doigt quelque chose qui les dépasse. Où l'on retrouve un groupe toujours aussi inspiré – et attaché à ses fascinantes nappes de synthés "grandaddyesques" – mais nettement plus sombre dans l'écriture et l'exécution, y compris dans cette douce mélancolie dont Girls in Hawaï

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La rentrée musicale en dix dates

MUSIQUES | Nous ne savions pas dans quelle case faire entrer les dix concerts qui suivent. Mais ils sont tout autant que ceux couverts par nos panoramas, si ce n'est plus, des jalons incontournables de ce début de saison musicale. Stéphane Duchêne, Benjamin Mialot et Térence Caron

Benjamin Mialot | Mardi 24 septembre 2013

La rentrée musicale en dix dates

Born Ruffians Les quatre Canadiens de Born Ruffians avaient produit leur petit buzz en 2008 avec Red, Yellow and Blue, un disque d'indie rock de campagne galopant, joué sans effet, avec humour, en direct du garage de maman. Autant fans de country que de funk ou tout simplement de pop sophistiquée, ils sont surtout imprévisibles et là est tout leur talent. Après Say It, disque attachant où la recette se faisait encore plus raffinée et complexe, Birthmarks, le petit dernier, les voit basculer dans des sphères dansantes, électro-pop même (Permanent Hesitation, Rage Flows), tout en gardant leur versatilité. Un son plus "club-friendly" qui a séduit le brasseur Grolsch et le Sucre, mais qui s'estompera derrière les grosses guitares et la liste de tubes impeccables du groupe. Au Sucre, jeudi 3 octobre

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Nuits Sonores 2013 - Jour 3

MUSIQUES | L'événement de cette troisième journée de Nuits Sonores était la tenue de la toute première Boiler Room (des DJ sets pour happy few retransmis sur le web) lyonnaise. Nous n'y étions pas. Tant mieux, sans quoi nous serions passés à côté d'un paquet de prestations mémorables. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Samedi 11 mai 2013

Nuits Sonores 2013 - Jour 3

Le troisième NS Days était placé sous le signe de la cérébralité, voire de la prise de tête. Le quatrième, lui, aura fait la part belle au corps et à sa mise en pièces méthodique. A coups de kicks plus compacts que les marteaux maniés par Kaori dans le manga City Hunter (Nicky Larson en version franchouillarde) sous la verrière, où les puristes techno Shifted, DVS1, Planetary Assault Systems et Ben Klock ont rivalisé d'implacabilité – surprise, à ce petit jeu, ce n'est pas le patron du label Klockworks, dont le set avait l'an passé failli démolir l'Hôtel-Dieu avant l'heure, qui s'en est le mieux tiré, mais l'Anglais qui a ouvert le bal. A coups de riffs abrasifs du côté du hangar, qui aura notamment vu se succéder Girls Against Boys, le temps d'un concert qui, à défaut d'être à la hauteur de la réputation de ces figures du post-hardcore, a surclassé en tension celles de bon nombre de petites frappes bruitistes, et le duo synth punk australien Civil Civic – qui, joie, n'a rien pe

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Des gars, des filles

MUSIQUES | On connaît peu de gens qui, objectivement, au-delà de l'aura rock 'n' roll du personnage, aimeraient avoir Mark E. Smith de The Fall pour père. Imaginez ce (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 avril 2013

Des gars, des filles

On connaît peu de gens qui, objectivement, au-delà de l'aura rock 'n' roll du personnage, aimeraient avoir Mark E. Smith de The Fall pour père. Imaginez ce vieux grigou déambulant en chaussons – rien que de l'imaginer en chaussons – dans le salon toute la journée en maugréant des borborygmes traînants, la tête massacrée par les drogues et un moral qui n'a de cesse de plonger depuis la lecture un peu trop littérale de La Chute d'Albert Camus. On en connaît beaucoup en revanche qui se réclament ou méritent de se réclamer de son héritage spirituel – si tant est que l'expression fut adaptée. A commencer par Girls Against Boys qui, dans la même veine, encore plus labourée (par les aiguilles ?) et plus métal hurlante, trimbale l'esprit corrosif de The Fall tête la première et à l'américaine : façon Hummer pour la rythmique à deux basses et Limo pour les tubes. Les choses étant bien faites, c'est pile au milieu de la tournée fêtant le vingtième anniversaire de Venus Luxure N°1 Baby, titre ô combien "fallien", que le quatuor, "âgé" lui de 25 ans (génération Fugazi et

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Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

MUSIQUES | «Nuits Sonores n'est pas un festival de blockbusters». La phrase est de Vincent Carry, le directeur de Nuits Sonores et elle a rarement été aussi appropriée que pour l'édition 2013 du festival, l'équipe d'Arty Farty ayant choisi de rester stable sur ses fondamentaux plutôt que de se lancer dans la course à la surenchère que laissait entrevoir le très solennel dixième anniversaire de l'événement. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 24 janvier 2013

Nuits Sonores 2013 - La prog de jour

Ça pour une belle fête d'anniversaire, c'était une belle fête d'anniversaire : de l'édition du bouquin commémoratif 10 ans sans dormir à l'accueil des séminaux New Order en passant par la conclusion de sa programmation nocturne sur un plateau secret, le festival Nuits Sonores a l'an passé mis les petits plats dans les grands au moment de célébrer sa décennie d'existence. A tel point qu'on ne voyait pas bien comment il allait pouvoir poursuivre sa croissance sans verser dans l'excès. Arty Farty nous a ouvert les yeux ce matin : l'édition 2013 de l'événement ne sera ni plus maousse ni plus timide que les précédentes, elle sera dans leur droite lignée, c'est-à-dire urbaine, sélective, éclectique et réflexive. A ceci près qu'elle durera six jours, mitoyenneté calendaire du 8 mai et de l'Ascension oblige.Pour le reste donc, les habitués du festival seront en terrain connu, en tout cas pour ce qui concerne la partie diurne des

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Leos et les bas

ECRANS | Six films (dont un court métrage) en 28 ans avec de grandes galères et de longues traversées du désert : la filmographie de Leos Carax est un roman.

Christophe Chabert | Jeudi 28 juin 2012

Leos et les bas

1984 : Boy meets girl Le programme du titre n’est pas trompeur : dès son premier film, Leos Carax s’affirme avant tout comme un metteur en scène plus que comme un raconteur d’histoires, souvent banales chez lui. En noir et blanc, il filme la rencontre entre Alex, ado lunaire, et Mireille (Perrier), comédienne rongée par le mal-être. L’influence de Godard est sensible dans les nombreuses dissonances visuelles et sonores qui forment déjà le style Carax, mais aussi dans la rumination sur le cinéma en déclin, assassiné par la vidéo. 1986 : Mauvais sang Le tournage, compliqué, de ce deuxième film couronné par le prix Louis Delluc, va forger la réputation d’un Carax perfectionniste et irresponsable. Avec le recul, on voit bien quel mur le cinéaste s’apprête à se prendre en pleine face : alors qu’il radicalise encore son esthétique, où chaque plan doit être une œuvre en soi et où le scénario (qui entrecroise histoire d’amour, polar et trame d’espionnage) n’est que le prétexte à cette quête de la sidération, Carax engloutit des fortunes que même certains films «populaires» n’osent pas impliquer. Par ailleurs, Mauvais sang marque sa

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Nid d'abeilles

MUSIQUES | Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 9 décembre 2011

Nid d'abeilles

Le coup du «Un gars, une fille, une guitare, le blues» c'est pas la première fois qu'on nous le fait. Le truc c'est qu'avec She Keeps Bees, le 18 décembre au Kraspek Myzik en compagnie de Jesus is my girlfriend, ça ne va guère plus loin. La formule n'est pas plus alambiquée, elle ne cherche pas à se compliquer la vie. Jessica Larrabee (un nom à jouer dans un western, auquel elle doit d'ailleurs son surnom, Bee) à une voix à se damner dont elle se sert comme d'un casseur de cailloux pour se donner du courage sous le cagnard. Sans effet de manche aucun, à l'ancienne. Pendant qu'Andy LaPlant (vivace mais pas verte) casse ces mêmes cailloux à grands coups de bâtons. Ressort de l'ensemble, un blues-rock qui tranche avec le reste de la production mixte habituelle : un côté laid-back, une rage rentrée qui jamais ne saute à la gorge. Plus blues de perron que blues de cave. Si bien qu'on pourrait croire ces deux-là échappés de quelques plantations du Sud, quand ils sont de Brooklyn la grouillante. Mais il est vrai que de plus en plus, on garde des abeilles en ville pour préserver l'équilibre naturel du monde.Stéphane Duchêne

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Hail ! Hail ! Rock'n'roll

MUSIQUES | Rock / Nous sommes en 2011 après Jésus-Christ, et toute la Gaule vibre au rythme d'un rock'n'roll surproduit, poseur et inoffensif. Toute ? Non ! Car des (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 28 octobre 2011

Hail ! Hail ! Rock'n'roll

Rock / Nous sommes en 2011 après Jésus-Christ, et toute la Gaule vibre au rythme d'un rock'n'roll surproduit, poseur et inoffensif. Toute ? Non ! Car des îlots peuplés d'irréductibles bad boys à rouflaquettes (et des bad girls à la crinière arrosée à l'eau oxygénée) résistent encore et toujours à l'envahisseur. Dans le Grand Lyon, le Trokson et le Clacson sont de ces poches de résistance et le secret de leur endurance tient en un festival : le Big Tinnitus qui, une fois l'an depuis 2008, permet à leur population de faire le plein de décibels, d'aérer sa collec' de boucles de ceinture ornées de cartes à jouer et de humer d'inimitables parfums de bière chaude et de cuir ruisselant de condensation. Mais laissons-là les clichés. Car avant d'être le défenseur d'une certaine idée du rock, le Big Tinnitus est un événement à la programmation modèle, au sens où s'y mêlent le starpower, la découverte et l'insolite. Les 3, 4 et 5 novembre, on pourra ainsi prendre la mesure du petit culte entourant les

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Make The Girl Dance

MUSIQUES | SOIRÉE / Ami lycéen, on sait, en ce printemps, tes hormones parlent pour tes oreilles. Qu'importe la musique pourvu qu'il y ait de la muse, depuis que le (...)

Dorotée Aznar | Lundi 25 avril 2011

Make The Girl Dance

SOIRÉE / Ami lycéen, on sait, en ce printemps, tes hormones parlent pour tes oreilles. Qu'importe la musique pourvu qu'il y ait de la muse, depuis que le tube Baby Baby Baby t'étourdis sur You Tube, tu n'en peux plus de voir toutes ces filles nues déambuler dans la rue. Tu claironnes «J'veux Tellier sur mon iPod» et ta copine renchérit : «J'veux être dans le top de Justice / la main de Gaspard sur ma cuisse». OK baby, on a compris : tu as eu ton hymne, maintenant tu veux ta soirée wannabe. Problème : pour Ibiza tu as l'iTunes, mais tu n'as pas la thune. T'inquiètes, baby. Si tu ne vas pas faire danser les filles, Make The Girl Dance viendra les faire danser pour toi : vendredi 29 avril au Sound Factory. Et on n'oublie pas son t-shirt Jockey Slut ni les pailles dans le daïquiri. SL

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Girlfriend experience

ECRANS | De Steven Soderbergh (ÉU, 1h25) avec Sasha Grey, Chris Santos…

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juillet 2009

Girlfriend experience

Exception faite du fulgurant Bubble, on doit confesser une certaine perplexité quant à la tournure que prend la carrière de Steven Soderbergh, sur sa propension à s’emparer de récits lourdement convenus et à les pétrir d’expérimentations narratives absconses. Ici, il suit le quotidien d’une call-girl dont la spécialité est de se faire passer pour la petite amie de ses clients, sur fond d’élection présidentielle américaine et de crise économique. Théoriquement, le sujet aurait pu être passionnant, mais dans les faits, Soderbergh aligne les scènes de dialogues interminables filmées à une froide distance, emprisonne le spectateur dans un processus dramatique totalement hermétique, à la prétention mal digérée dans sa volonté de mise en abyme des événements par rapport à l’actualité du moment. Un supplice auteuriste dont le seul avantage est sa courte durée… FC

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Papys belges à Hawaii

MUSIQUES | Musique / Les Belges de Girls in Hawaii négocient avec habileté le virage du deuxième album : «Plan your escape» prouve leur dextérité mélodique et perpétue dignement l’héritage des grandioses Grandaddy. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 11 mars 2008

Papys belges à Hawaii

Il en va de l’Histoire du rock récent comme d’une leçon de géographie écrite par un savant ivre : des lignes impossibles apparaissent reliant des points du globe séparés par des milliers de miles, des filiations s’inventent à cinquante ans d’écart et des contrées jusqu’alors désertiques se transforment en oasis chatoyantes. Quand le premier album de Girls in Hawaii est sorti, on ne parlait que de cette surprenante irruption d’un rock belge qui n’avait peur de rien, et surtout pas de s’exporter dans le reste de l’Europe. Aux précurseurs dEUs s’ajoutaient les allumés de Ghinzu et le popeux Austin Lace, avant que le duo post-Libertines The Tellers ne vienne mettre tout le monde à genoux. Girls in Hawaii, qui est donc un groupe de mecs francophones basés à Liège, faisait figure d’élément fédérateur à cette scène joyeusement anarchique. Ses influences vastes comme un réseau Internet (de Nirvana à Sparklehorse en passant par les Pixies), la qualité de ses compositions et de ses arrangements, sa fière énergie à les transmuer sur scène en pure dynamite rock : le groupe avait tout pour plaire et, d’ailleurs, il a beaucoup plu (et pas que de la drache). La Grande évasion

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