Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Photo : © Stephanie Branchu / Chaz Productions


Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal…

Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu'elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S'approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l'autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d'Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l'ogre symbolique s'incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l'une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le comportement déviant du héros est “expliqué“, marque surtout la clef à partir de laquelle Chantal adulte a pu effectuer sa résilience.

Tableau rude d'une famille über dysfonctionnelle s'achevant en cauchemar après s'être ouvert en tendre fresque romantique, Un amour impossible est aussi une reconstitution d'époque appliquée, fuyant la nostalgie carton-pâte. Marqué par une interprétation d'une belle homogénéité, révélant au passage en la personne d'Estelle Lescure, une jeune comédienne bluffante dans le “rôle“ d'Angot adolescente, ce film démontre également que Catherine Corsini se montre plus à son aise lorsqu'il s'agit de parler d'une autre vie que de la sienne. Question de distance, sans doute.


Un amour impossible

De Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider...

De Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider...

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À la fin des années 50 à Châteauroux, Rachel, modeste employée de bureau, rencontre Philippe, brillant jeune homme issu d'une famille bourgeoise. De cette liaison passionnelle mais brève naîtra une petite fille, Chantal. Philippe refuse de se marier en dehors de sa classe sociale. Rachel devra élever sa fille seule. Peu importe, pour elle Chantal est son grand bonheur, c'est pourquoi elle se bat pour qu'à défaut de l'élever, Philippe lui donne son nom. Une bataille de plus de dix ans qui finira par briser sa vie et celle de sa fille.


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"Les Olympiades" de Jacques Audiard : grands ensembles

Comédie Dramatique | Retour au bercail pour Jacques Audiard après la parenthèse western des Frères Sisters, avec une chronique contemporaine urbaine d’une sensuelle vitalité : le portrait d’un quartier métissé et d’une jeunesse qui l’est tout autant, enveloppé dans un noir et blanc somptueux et des volutes composées par Rone. Une symphonie pour quatre corps.

Vincent Raymond | Mercredi 3 novembre 2021

Inattendu dans ce registre — mais qui s’en plaindra ? —, Jacques Audiard se révèle presque une âme de grisette en s’intéressant aux marivaudages du XXIe siècle entre jeunes adultes du XIIIe arrondissement parisien : Émilie, Camille, Nora et Amber, trentenaires représentatifs de toutes les cultures, origines et orientations, encore dans l’âge des possibles… et de l’indécision structurelle. Jadis happé par les récits sombres scandés de conflits et de violence, le cinéaste semble ici marquer une pause plus contemplative en dévidant les fils amoureux de ses quatre protagonistes. Qu’on se rassure : en scrutant la manière dont ils s’emmêlent, s’embrouillent et se débrouillent au fil du temps, Audiard cerne des formes de violences sous-jacentes psychiques ou psychologiques pas moins brutales ni traumatisantes ! Au delà du chassé-croisé sentimental, Les Olympiades s’ancre puissamment dans le territoire éponyme du film, planté de hautes tours où vit une population brassé

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"La Fracture" de Catherine Corsini : corps social à l’hôpital

Comédie Dramatique | En un quasi temps réel, Catherine Corsini passe au rayons X et à 360° le “moment“ social des Gilets Jaunes dans un lieu essentiel où se joue une comédie humaine si réaliste qu’elle en devient fatalement tragique. Mieux qu’un épisode inédit d’Urgences : une réussite.

Vincent Raymond | Mardi 26 octobre 2021

Certes, il a récupéré une Queer Palm sur la Croisette parce que Marina Foïs et Valeria Bruni Tedeschi y interprètent un couple de lesbiennes en pleine rupture — intrigue très secondaire du film. N’empêche… On se demande bien ce que les festivaliers ou jurés étrangers ont pu saisir et apprécier de La Fracture avec ses références si franco-françaises, dont la conférence de presse à Cannes fut de surcroît cannibalisée par la sur-interprétation d’une déclaration enflammée de Pio Marmaï. Scandale éphémère bien commode qui allumait un contre-feu médiatique là où La Fracture porte plutôt la caméra dans la plaie. Ce que le cinéma de Catherine Corsini fait de plus en plus, avec à chaque fois davantage d’à-propos et d’universalité. Mais pouvait-il en être autrement en choisissant ici comme scène quasi-unique, ce lieu-monde qu’est

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“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Comédie | À la fois prologue et poursuite de la série télévisée, film d’épée et de fantasy, épopée dramatique teintée de notes burlesques et d’éclats symphoniques, Kaamelott – Premier Volet marque le retour attendu de l’inclassable saga arthurienne comme celui du réalisateur Alexandre Astier. Une concrétisation artistique ouvrant sur une prometteuse trilogie.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

“Kaamelott – Premier Volet“ de et avec Alexandre Astier : le Retour du Roi

Deux tailles, deux ambiances… La porosité est faible entre le petit et le grand écran. S’il arrive qu’un succès au cinéma trouve des prolongations en feuilletonnant à la télévision en version longue des sagas (Le Parrain, Jean de Florette/Manon des Sources) ou en donnant naissance à une déclinaison/spin off (M*A*S*H, Fame, L’Arme Fatale, Star Wars : Clone Wars, The Mandalorian…), plus rares sont les séries TV à atteindre les salles. Et encore : sous forme de reboot semi-nostagique, comme en témoignent Chapeau melon et bottes de cuir (1998), The Wild Wild West (1999), Starsky et Hutch (2004) ou The Man from U.N.C.L.E. (2015). Rares exceptions à ce jour, Espace détente (long métrage autour de Caméra café, 2005), Sex and the City (2008) ou Downtown Abbey (2019) ont poursuivi dans la foulée de leur diffusion — et avec leur distribution originale — des aventures conçues pour la récurrence télévisuelle. Mais elles ressemblaient surtout à des épisodes de luxe. Jusqu’à Kaamelott - Premier Volet, excep

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Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Kaamelott | Alors que sort le mercredi 21 juillet le film plus attendu de l’année, Alexandre Astier revient sur la genèse et le tournage de "Kaamelott - Premier Volet". Écriture, personnages, musique, image, distribution… L’auteur-réalisateur-compositeur-interprète aborde tous les postes et ouvre des perspectives. Attention, spoilers ! Vous viendrez pas nous dire qu’on vous aura pas prévenus !

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Alexandre Astier : « vous croyiez connaître Arthur… »

Dix ans se sont écoulés entre la fin du Livre VI de la série télévisée et Kaamelott - Premier Volet. La même durée dans la fiction pour les personnages (donc l’équipe) que pour le public… Néanmoins, vous avez vécu à la fois avec et sans Arthur durant tout ce temps puisqu’il a été celui de la préparation du film… Alexandre Astier : Il y a déjà un avantage à cet arrêt : la série se termine sur un mec lui-même à l’arrêt, plus du tout concerné par ce qui se passe dans une Bretagne sur laquelle il n’a plus aucun impact, et qui erre à Rome comme un clochard. Le royaume de Logres, aux prises avec ses anciens camarades, est devenu un état dictatorial mené par un taré, dans un bain de collaboration et de résistance. Du point de vue d’Arthur, comme ça ne le concerne plus, ça aurait pu durer vingt ou trente ans. Dire « je pars ; non, je déconne, en fait je reviens », ça ne peut pas marcher ! Il faut justement que celui qui ne voudrait pas revenir soit obligé de revenir sur une seule patte. L’autre avantage concerne l’écriture. À part quelques grands traits, je ne pouvais pas s

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

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Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

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36 chants d’elles : "Haut les filles"

Documentaire | Alors que la scène française contemporaine semble renaître grâce à l’énergie des rockeuses, François Armanet part à la rencontre de quelques-unes de celles qui ont marqué de leurs voix, textes, notes et présence le dernier demi-siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

36 chants d’elles :

Ce panorama du rock au féminin, à la fois agréable et foutraque par son côté joyeusement a-chronologique, s’avère fatalement frustrant : il manque forcément dans cette évocation les témoignages des disparues dont on aurait aimé entendre le point de vue (et d’écoute), comme France Gall. Et puis on déplore les impasses sur quelques voix importantes, telle que celle de Corine Marienneau (ex Téléphone), trop souvent marginalisée ou de Zazie aux abonnées absentes, quand certaines artistes du moment se retrouvent sur-représentées. Le showbiz ne change pas : infligeant ses purgatoires ici, cajolant ses favoris là… Heureusement, il accorde une place prépondérante à cette figure majeure qu’est Françoise Hardy, dont la carrière et le parcours à nul autre pareil vaudraient bien une dizaine de documentaires. Sa voix posée, et ses mot simples tranchent avec le commentaire spiralé lu par par Élisabeth Quin, tout droit sorti de la plume d’Armanet et Bayon. Haut les Filles Un film de François Armanet (Fr, 1h19) avec Françoise Hardy, Jeanne Added, Jehnny B

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Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Sibyl | Le troisième long-métrage de Justine Triet, "Sybil", sera le dernier à être présenté aux jurés du 72e festival de Cannes. Avant les marches et donc le palmarès, la scénariste-réalisatrice évoque la construction de ce film complexe et multiple…

Vincent Raymond | Jeudi 23 mai 2019

Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Est-ce difficile de parler d’un film où la confession occupe une place aussi importante ? Justine Triet : Le plus difficile quand on fait un film, c’est quand il n’est pas assez vu ou qu’il reste très peu en salle… C’est une expérience que j’ai un peu connue avec mon premier, La Bataille de Solférino. Le reste franchement, c’est chouette… (rires) Sibyl parle de la création et aussi de la transgression (des confessions, des serments médicaux)… Est-ce qu’il faut une part de transgression dans tout acte de création ? Je pense que oui. C’est difficile de ne pas être tenté de transgresser pour écrire, pour faire un film, pour tourner : on est tous des vampires, d’une certaine façon. Après, Sibyl va beaucoup plus loin que la majorité des gens et ça m’intéressait de pousser mon personnage dans les limites extrême. Quand elle est sur l’île, elle ne distingue même plus ce qui est de l’ordre de la réalité et de la fiction : elle est dans un vertige absolu de son existence, elle a dépassé les limites …

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Voleuse de vie : "Sibyl"

Dramédie | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux, s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jarmusch, Sibyl était LE film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Voleuse de vie :

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl est contactée par Margot, une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sibyl accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde », lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales, un grand artiste — mais être humain parfaitement immonde — proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de psychopompe La tentation est grande d’effectuer une interprétation lacanienne

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Chambre avec vues : "Curiosa"

Drame | De Lou Jeunet (Fr, 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Chambre avec vues :

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeun

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Route que coûte : "Continuer"

Cavale | De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Route que coûte :

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizstan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)… Tirée du roman homonyme de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes — celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son

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Invitation à Virginie Efira

Institut Lumière | Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Invitation à Virginie Efira

Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute semble de moins en moins permis —, qu’elle figure à l’affiche du succès français de l’automne Le Grand Bain, qu’elle a incarné avec grâce le rôle difficile de la mère de Christine Angot dans Un amour impossible, et qu’elle sera bientôt la mère d’un garçon difficile dans l’adaptation de Laurent Mauvignier, Continuer, Virginie Efira s’octroie une respiration rue du Premier-Film où elle conversera avec le maître des lieux, avant la projection de Victoria (2016) de Justine Triet. Histoire de mesurer le chemin qu’elle a accompli depuis. À l’Institut Lumière le mercredi 16 janvier à 21h

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Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

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"Victoria" : Perdita

ECRANS | de Justine Triet (Fr, 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour, héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors, faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira (“tellement à contre-emploi”, comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste (“tellement avec des lunettes”) et Melvil Poupaud (“tellement revenu en grâce”). On sent bien que Justine Triet lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne, un écrivain pervers lymphatique joué par Laurent Poitrenaux vampirisant dans ses romans la vie de son ex. Pas de quoi s’étra

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"Diamant noir" : Arthur Harari se frotte au thriller

ECRANS | de Arthur Harari (Fr, 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable — le monde dynastique des diamantaires d’Anvers —, de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu-en-voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif, sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu.

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam : Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres — sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes — et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, Le Cœur régulier-film ressemble à une Biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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Et ta sœur

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h35) avec Grégoire Ludig, Virginie Efira, Géraldine Nakache…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Et ta sœur

De même qu’on parle d’auteurs pour écrivains, il doit exister des réalisateurs pour cinéastes, dont les films, s’ils passent quasi inaperçus sur nos écrans, exercent une irrépressible attraction sur leurs confrères — au point de les inciter à en tourner des remakes. Le cinéma de Lynn Shelton semble être de cette trempe, qui a déjà conduit Yvan Attal à transposer Humpday (devenu sous sa patte Do Not Disturb) ; c’est à présent au tour de Marion Vernoux de succomber à son appel en adaptant ici l’obscur Ma meilleure amie, sa sœur et moi (2013). Le résultat n’a certes rien de déshonorant, mais on a du mal à comprendre le sens de sa démarche : le fond ni la forme n’ont l’air d’être transcendés par l’auteure française, ni de connaître de substantielle modification — on reste dans du marivaudage insulaire, avec effet téléfilm de prestige. Demeure, enfin, cette question sans réponse : sachant que l’improvisation constitue l’une des caractéristiques majeures du travail de Shelton, pourquoi avoir cherché à répliquer par l’écriture ce qui avait été obtenu d’instinct ?

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La Belle Saison

ECRANS | De Catherine Corsini (Fr, 1h45) avec Cécile De France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

La Belle Saison

En 1971, les échos de mai 68 se font sentir dans les revendications des femmes au sein d’un MLF en pleine dynamique contestataire. C’est là que se rencontrent Delphine (Izïa Higelin), fille de paysans, et Carole (Cécile De France), parisienne et prof d’espagnol. C’est le coup de foudre, franc et direct — on n’est pas chez Diane Kurys ; Carole abandonne son mec, puis la capitale pour suivre Delphine dans sa ferme familiale, dont elle s’occupe après l’AVC de son père. Alors que l’introduction parisienne avait une certaine vigueur, que ce soit pour filmer les réunions politiques furieuses ou la naissance du désir chez les deux femmes, cette très longue partie campagnarde relève du scénario platement illustré. Corsini enchaîne les conflits dramatiques — se cacher ou ne pas se cacher ? Partir ou rester ? Les champs ou la ville ? — et les situations crypto-boulevardières — le pauvre personnage de Kevin Azaïs en amoureux transi en fait méchamment les frais — sans parvenir à élever le débat. Une jolie photo aux teintes chaudes, une représentation très frontale de l’homosexualité féminine et une musique ouvertement mélodramatique ne suffisent pas à sortir le film de s

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites-lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité toute aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux — une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée — vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage — «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… — exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sai

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L’Internationale ?

CONNAITRE | La littérature peut-elle changer le monde ? On aurait beaucoup de mal, aujourd’hui, à répondre par l’affirmative, après la fin des idéologies et de la littérature (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 24 mai 2013

L’Internationale ?

La littérature peut-elle changer le monde ? On aurait beaucoup de mal, aujourd’hui, à répondre par l’affirmative, après la fin des idéologies et de la littérature dite "engagée". Mais qu'elle s'en fasse un peu l’écho, ou mieux, nous le fasse percevoir et vivre autrement, n’a rien de négligeable. Dans ses écrits sur le cinéma, l’écriture ou l’art, le philosophe Jacques Rancière décèle de nouveaux «partages du sensible» et, contre les fondamentalistes de la pureté moderniste, ose cette hypothèse revigorante : «Tous ceux qui ont été enrôlés au titre du paradigme moderniste – de Mallarmé à Malevitch, de Seurat à Mondrian ou Schönberg – visaient tout autre chose que l’autonomie de l’art : ils voulaient faire de la poésie le sceau nouveau de la communauté ; donner à la peinture la formule scientifique propre à fonder un nouvel art monumental ; définir les formes pures servant à construire les édifices et le mobilier d’une vie nouvelle». Invité important de l’édition 2013 des Assises Internationales du Roman, Rancière pourrait servir de symbole (ou de prisme de lecture) à cette manifestation sensible au

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Dead man talking

ECRANS | De et avec Patrick Ridremont (Belg, 1h41) avec Virginie Efira, François Berléand…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Dead man talking

Qui trop embrasse, mal étreint. Pour sa première réalisation, Patrick Ridremont avait visiblement beaucoup de sujets à traiter : la relativité de la justice, la mise en spectacle de celle-ci par l’intrusion de la télévision, les regrets d’un homme condamné à laisser sa vie en plan sans l’avoir accomplie… Sa mise en scène traduit le même appétit de tout faire en même temps : de la comédie de caractère, de l’étude psychologique, un zeste de film noir… Cette générosité n’est pas blâmable, mais elle est contre-productive à l’écran ; surtout, le film souffre d’une esthétique de court-métrage étiré, avec ses décors cheap et irréalistes, son concept décliné jusqu’à plus soif et surtout, l’omniprésence d’un dialogue sentencieux qui prend sans cesse le pas sur l’image et l’action. Quant à Virginie Efira, pourtant en passe de trouver enfin une crédibilité sur grand écran avec 20 ans d’écart, elle est ici totalement à côté de la plaque. Christophe Chabert

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Trois mondes

ECRANS | De Catherine Corsini (Fr, 1h40) avec Clotilde Esme, Raphaël Personnaz…

Jerôme Dittmar | Jeudi 29 novembre 2012

Trois mondes

L'influence récurrente du cinéma d'Iñárritu serait-elle le signe que la fin du monde approche ? Récit choral autour d'un sans-papiers tué par un chauffard en fuite, Trois mondes commence à la façon d'un 21 grammes, par un enchevêtrement de destins croisés où tout bascule. Autant dire qu'on commence à en avoir assez de cette partition saoulante voulant réduire les choses à un découpage tragique et providentiel. Après une heure de calvaire cosmique, le film relève pourtant timidement la tête, et cette histoire de dilemme bifurque pour questionner les limites de la compassion (une femme témoin de l'accident se lie avec l'épouse du sans-papiers et celui qui l'a tué, rongé par les remords). Catherine Corsini donne alors un peu d'ambiguité à son raisonnement binaire (chacun sa classe, chacun ses raisons d'agir), et trouve en Clotilde Hesme un alter ego à ses conflits intérieurs. Le film sort hébété de son humanisme torturé, et nous pas plus avancés devant un constat moral sans issue. Jérôme Dittmar

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- Pourquoi Angot ?

CONNAITRE | - Parce que c’est une déflagration. L’auteur de Pourquoi le Brésil ?, parfois insupportable sur les plateaux télé, trop habituée aux pages people des (...)

Nadja Pobel | Mercredi 14 novembre 2012

- Pourquoi Angot ?

- Parce que c’est une déflagration. L’auteur de Pourquoi le Brésil ?, parfois insupportable sur les plateaux télé, trop habituée aux pages people des magazines et souvent d'une impudeur agaçante dans ses écrits, vient de signer un livre indispensable – et c’est la seule chose que l’on demande à un écrivain - pour peu que le lecteur accepte de plonger en enfer. Une semaine de vacances se lit d’une traite, la nausée grandissante et la sidération constante de voir ce qu’un écrivain peut faire avec seulement des mots alignés. Pas de chapitre et pas de paragraphe pour dire la domination d’un homme sur une femme. Ceux qui ont lu Angot depuis 1999 connaissent d’ores et déjà le sujet. Pour les autres, mieux vaut ne rien savoir et se laisser embarquer car tout est plus subtil qu’il n’y parait. L’écrivain a enfin abandonné le «je» pour se placer au même niveau que ses lecteurs et ainsi les impliquer totalement, sans une omniscience inutile et néfaste : elle observe, comme nous observons, le pouvoir d’un sujet éduqué, maîtrisant le langage et le corps, sur une autre, devenue objet, sans parole et donc sans défense. La description des actes est cli

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Les Amours imaginaires

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Canada, 1h40) avec Monia Chekri, Niels Schneider…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Les Amours imaginaires

Xavier Dolan est gay. C’est l’incroyable nouvelle que ce Québécois de 22 ans nous assène avec ces assommantes "Amours imaginaires". Il est gay, donc il joue un gay dans un film qui, de la première à la dernière image, de Wong Kar-Wai à Christophe Honoré en passant par Demy, recycle le soi-disant cinéma gay avec un mélange d’esbroufe et de prétention. Par ailleurs, Xavier Dolan est un grand cinéaste. C’est le fabuleux mantra que ce très jeune réalisateur se répète à chaque plan de son deuxième long-métrage. Témoignages face caméra, ralentis sur des gens qui marchent, qui fument, qui se frôlent, dialogues alternant stylisation poétique et truculence tabernacle, Dolan ne doute jamais de son génie. Et pourtant… "Les Amours imaginaires", qui montre un garçon et une fille faire une fixette sur le même beau ténébreux, précieux et maniéré, mais qui en fait n’est ni gay, ni sexué (alors que tout est censé nous le faire croire dans le film !) n’est qu’un scénario de sitcom adolescent à l’idiotie confondante et au nombrilisme affligeant. CC

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L’Amour c’est mieux à deux

ECRANS | De Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Virginie Efira, Manu Payet…

Christophe Chabert | Vendredi 30 avril 2010

L’Amour c’est mieux à deux

Sous ses allures de comédie romantique à l’anglaise, ce sinistre sous-produit n’est en fait qu’un vaudeville relooké qui ne cache guère sa nature rance et sa beaufitude satisfaite. Si le nom du comique sarkoziste Farrugia figure sur l’affiche comme co-réalisateur, c’est bien l’imbitable Franck Dubosc qui est à l’origine du désastre, auteur d’un scénario où figurent des dialogues aussi fins que «Je m’appelle Ariel et je suis homo», ou une scène pathétique de chat dont le quiproquo repose sur une faute de frappe autour du mot «col». Niveau réalisation, on a droit à des clips réguliers censés résumer l’action et qui ne font, prouesse, que la ralentir encore. Enfin, un mot sur Virginie Efira : pendant que ses deux collègues cabotinent à outrance, elle se contente de débiter son texte sans aucune conviction, comme si elle passait des essais pour le rôle. On la préférait dans la Nouvelle Star ! CC

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Le bonheur en monnaie de singe

SCENES | Danse / «Parler de la bourgeoisie, c'était d'abord et avant tout parler du bonheur... Tout le monde a à se situer par rapport à ce milieu... Toutes les (...)

| Mercredi 31 janvier 2007

Le bonheur en monnaie de singe

Danse / «Parler de la bourgeoisie, c'était d'abord et avant tout parler du bonheur... Tout le monde a à se situer par rapport à ce milieu... Toutes les classes sociales éduquent à la bourgeoisie, qui est assimilée à l'art de vivre», déclare Christine Angot. À partir de ce principe (que l'on partage), le spectacle de la chorégraphe Mathilde Monnier et de l'écrivain Christine Angot, La Place du singe, dépasse l'autobiographie pour titiller nos propres corps et consciences. À Angot la lecture d'un texte sur la condition bourgeoise, à partir de sa propre expérience d'amour-haine pour ce milieu, et de celle de Monnier qui a toujours essayé quant à elle d'y échapper. Un texte vif, tranché, heurté, récurrent, comique. À Monnier son contrepoint dansé, les postures grimaçantes et singées, les mimiques de gosse rebelle, le corps entravé et insurgé, les explosions soudaines et presque folles... Une chorégraphie sur le fil, brouillée, improvisée, telle une conscience malheureuse du corps qui attend sa libération sans jamais vraiment y parvenir. La bourgeoisie reste en travers de la gorge, insiste, comme un diable ressort de sa boîte, de son entreprise... Aux côtés de la danseuse, la voix d'Ang

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