Quand le sport vient au secours de l'émancipation féminine : "La Permission"

ECRANS | de Soheil Beiraghi (Irn, 1h28) avec Baran Kosari, Amir Jadidi, Sahar Dowlatshahi…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

Photo : © Sophie Dulac Distribution


Capitaine de l'équipe féminine iranienne de futsal, Afrooz doit disputer une compétition internationale en Malaisie lorsqu'elle découvre que son époux a révoqué son autorisation de sortie du territoire. Entre stupeur et colère, elle lutte quasi seule pour changer les choses…

Voici un film étrangement en phase avec l'actualité. Bref rappel : le 10 novembre dernier à Téhéran, pour la première fois depuis 1979, des femmes ont eu la possibilité d'assister à un match de football dans un stade largement occupé par des hommes, à l'occasion de la finale de la Ligue des Champions asiatique. Un spectaculaire contraste avec l'histoire d'Afrooz, qui se déroulait “en vrai“ quelques mois plus tôt.

Comme souvent dans le cinéma iranien contemporain — dont on ne cesse de signaler l'audace politique autant que formelle — la construction est dialectique : face à un problème administratif ou une énigme, la complexité des faits se déploie progressivement, révélant de nombreuses ramifications au fil d'un dialogue incisif, mais jamais pesant. Nul manichéisme dans le traitement des personnages : chacun et chacune recèle ici comme partout ailleurs sa teinte de gris, plus ou moins sombre. Certes, c'est le cadre légal iranien qui donne à la fin d'une relation amoureuse des disproportions grotesques quand l'omnipotent mari éconduit use de basses rétorsions sur son épouse. Ignorant cette épée de Damoclès et menant une existence (très) indépendante, Afrooz n'a pas non plus anticipé ce coup de Trafalgar — son seul tort dans ce système machiste vicié.

Un système absurde qui montre comment la jalousie capricieuse et égoïste d'un individu peut, au nom de la foi (?) et des règles en usage dans une nation, nuire aux intérêts de cette dernière. Quand le sport vient au secours de la démocratie et de l'émancipation féminine…

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La Permission de minuit

ECRANS | De Delphine Gleize (Fr, 1h50) avec Vincent Lindon, Quentin Challal, Emmanuelle Devos…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

La Permission de minuit

La Permission de minuit permet à Delphine Gleize de sublimer le thème qui parcourait ses courts et ses longs-métrages : la question de la normalité face au pathologique. À travers l’amitié entre un médecin quinquagénaire et un adolescent atteint d’une maladie génétique rare lui interdisant de s’exposer à la lumière, la cinéaste aborde la question avec la bonne distance. La maladie et le cérémonial qui l’entoure (des combinaisons futuristes, une maison aux vitres teintées…) introduisent une étrangeté presque fantastique dans le récit. Les rapports entre David et Romain, très crus et loin du sérieux de la relation médecin patient, sont un autre contre-pied au mélodrame attendu. Le choix de Vincent Lindon, acteur intense et intègre, est pour beaucoup dans ce naturel bienvenu. Dommage que Gleize soit meilleur cinéaste que scénariste : le deuxième acte perd du temps avec le personnage-fonction d’Emmanuelle Devos, et le film n’arrive pas à se choisir une fin. Il faut dire qu’il trouve son point d’orgue bien plus tôt, dans une très belle et très gonflée scène d’amour entre deux ados où Gleize ne détourne pas plus le regard de la nudité qu’elle ne le faisait de la maladie. CC

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