Notre musique : "Leto"

Biopic | de Kirill Serebrennikov (Rus-Fr, 2h06) avec Teo Yoo, Roman Bilyk, Irina Starshenbaum…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Photo : © WeltKino Filmverleih


URSS, au début des années 1980. Sous le joug d'un régime communiste expirant, une scène rock tente d'émerger, soumettant ses textes aux dirigeants des maisons de la culture. À Leningrad, un jeune musicien émule d'Iggy Pop, Bowie et des Talking Heads, va éclater. Son nom ? Viktor Tsoï.

Les plus quadra-quinquagénaires se souviendront peut-être d'avoir entendu au détour des bandes FM, par l'entremise du camarade Maneval notamment, une poignée d'enregistrements furieusement exotiques souffrant quelques distorsions, gagnées sans doute durant le franchissement du Rideau de fer, parmi lesquels le trépidant Mama Anarkia des Russes de Kino.

C'est aux prémices de ce groupe, dont l'âme était Viktor Tsoï, que l'on assiste ici par le cinéma, qui se dit “Kino“ en russe. Une manière de boucler la boucle, loin d'être la seule. Car la situation de cette figure culturelle contestataire du passé trouve des échos dans celle de Serebrennikov, voix divergente contemporaine, assigné à résidence par le Kremlin depuis le tournage de ce film. Officiellement, pour détournement de subventions ; plus vraisemblablement pour homosexualité et pour avoir fait preuve d'indocilité chronique au théâtre ainsi que d'insolence sacrilège dans son renversant pamphlet Le Disciple.

Si Leto appartient à l'épuisante catégorie “biopic“, il s'en échappe volontiers par la fantaisie en assumant — en la hurlant ! — la part fictive du film, en marquant des ruptures clipesques sur le mode “voilà comment les choses auraient pu se passer“, où l'image scarifiée et la chanson prennent le pas sur la froideur factuelle d'un ensemble souligné par un noir et blanc certes splendide, mais soviétiquement rigoureux. Les séquences qui en découlent, sur Psycho Killer et The Passenger notamment, sont électrisantes. Très punk, dans l'idée.


Leto

De Kirill Serebrennikov (Russ-Fr, 2h06) avec Teo Yoo, Irina Starshenbaum...

De Kirill Serebrennikov (Russ-Fr, 2h06) avec Teo Yoo, Irina Starshenbaum...

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Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s'échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.


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Ben Shemie, perdu dans l'espèce

Space Pop | En marge de Suuns, le Canadien Ben Shemie continue d'explorer les possibilités de l'esprit humain et de la pop expérimentale en les accouplant à une forme de chronologie du hasard dictée par les machines.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 octobre 2019

Ben Shemie, perdu dans l'espèce

Si les disques étaient livrés avec une notice d'utilisation, alors l'A Skeleton de Ben Shemie serait décrit de la manière suivante : « un album pop expérimental aux sons synthétiques froids avec des touches de psychédélisme. » Et force est de constater qu'on ne serait guère plus avancé que le singe de 2001, L'Odyssée de l'Espace devant la découverte du monolithe noir de la connaissance. Ou d'un humain quelconque devant le manuel de mise en route d'une super-intelligence artificielle. D'intelligence artificielle il est justement question sur ce disque, de la question du rapport de l'humain avec la machine aussi (qui commence avec le singe précité découvrant l'outil – et l'arme – en empoignant un os). Cette confrontation, le leader du groupe art-kraut-pop de Montréal

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Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

Musique Contemporaine | Nouveau festival dédié aux musiques contemporaines, Superspectives entremêle musiques savantes et musiques populaires dans un cadre idyllique sur la colline de Fourvière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

L'étiquette "musique contemporaine" effraie, aujourd'hui encore, beaucoup (trop) de monde, et François Mardirossian (pianiste) et Camille Rhonat (professeur de philosophie) en sont conscients. Les deux anciens camardes de lycée ont mis cette année en sourdine leurs activités professionnelles pour lancer un festival de musique contemporaine qui ferait mentir les idées reçues et décloisonnerait le genre. « Pour nous, entonne le duo, la musique contemporaine n'est pas seulement la musique classique contemporaine, mais aussi bien le jazz, les musiques du monde, l'électro... Par goût personnel, nous avons voulu mettre en avant, pour cette première édition, les compositeurs issus du courant minimaliste, les œuvres et les héritiers de John Cage, Steve Reich, Philip Glass, Moondog... ». Dont acte : une nuit blanche minimaliste aura lieu le samedi 6 juillet de 20h30 à 8h du matin (!), Stefan Lakatos et Bengt Tribukait rendront hommage, la veille, à Mo

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Bordalo II et Skeleton of Colores invités à Peinture Fraîche

Street Art | Bordalo II, Satr, Gleo, Marcela, Miss Me, Skeleton of Colores... la crème de la crème des street artistes du monde entier se donne rendez-vous à Peinture Fraîche, du 3 au 12 mai prochain.

Lisa Dumoulin | Mardi 12 février 2019

Bordalo II et Skeleton of Colores invités à Peinture Fraîche

On vous en a déjà parlé ici, Le Petit Bulletin co-organise avec Cart'1 et l'association Troi3 le festival Peinture Fraîche qui se déroulera du 3 au 12 mai à la Halle Debourg, un ancien entrepôt du 7e arrondissement de Lyon. Nous avions annoncé dès septembre la venue de quatre artistes d'envergure : Inti, Jace, Fin Dac et Alex Face. Voici aujourd'hui l'intégralité des artistes invités. Le portugais Bordalo II est l'une des superstars de cette édition aux côtés de la chinoise Satr. La Colombienne Gleo, la Brésilienne Marcela Ondasdamar, la Canadienne Miss Me et l'Américain Skeleton of Colores viendront représenter l'Amérique latine et du Nord. Côté Europe, direction l'Est : serons accueillis par le festival le Slovaque Suck et les Roumains Ocu et Kero, et un autre compatriote de Fernando Pessoa : Hazul. Parmi les invi

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Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning | Invité à ouvrir la saison de la Cinémathèque Française (qui lui consacre une rétrospective), le cinéaste coréen y a présenté l’avant-première post-cannoise de son nouveau film, "Burning", adapté de Murakami et Faulkner. Conversation privée avec l’auteur de "Peppermint Candy".

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning usant volontiers d’une forme métaphorique, comment interpréter votre choix de faire de votre héros Jongsu un écrivain ayant du mal à écrire, sachant que justement vous avez débuté comme écrivain ? Lee Chang-dong : Effectivement, Jongsu représente un aspirant écrivain, et je voulais montrer un caractère inhérent de ces jeunes gens, au moment où ils se posent beaucoup de questions sur ce qu’ils doivent absolument écrire. J’ai été écrivain. Il y a même un moment où je voulais écrire un roman : après avoir démissionné de mes fonctions ministérielles. Mais autour de moi, les gens étaient furieux, et me disaient de recommencer à faire des films. Alors j’ai abandonné. À présent, je suis un vieux cinéaste (sourire), mais dans mon for intérieur, je pense ne pas avoir trop changé. À chaque fois, je me demande comme un débutant quel film réaliser ; comment dialoguer avec les spectateurs… Cela traduit mes limites et mes faiblesses. Et c’est la raison pour laquelle j’ai

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L’arbre, le père et le puits : "Le Poirier sauvage"

Drame | Un film de Nuri Bilge Ceylan (Tur, 3h08), avec Doğu Demirkol, Murat Cemcir, Bennu Yıldırımlar…

Vincent Raymond | Mercredi 8 août 2018

L’arbre, le père et le puits :

Fraîchement diplômé, Sinan rentre en Anatolie où son père instituteur, plutôt que de rembourser ses dettes de jeu, passe son temps à creuser un puits. Se rêvant écrivain, Sinan tente de réunir des fonds pour éditer son premier roman. Mission ardue dans la Turquie contemporaine… Entre saga et chronique sociale, ce portrait d’une jeunesse désenchantée naturellement en rupture avec ses aînés — le père de Sinan, traînant petits mensonges, son insolvabilité chronique et poussant ses ricanements satisfaits à tout bout de champ, donne carrément le bâton pour se faire battre — Le Poirier Sauvage la montre sans perspective non plus : n’étant pas assurés d’obtenir un emploi d’enseignant, ou déprimés à l’idée d’être affectés à l’intérieur des terres, les jeunes diplômés préfèrent rejoindre les forces anti-émeutes pour casser sans remords du manifestant — voilà qui en dit long sur l’état de l’État. Sans attaquer directement le régime d’Erdogan, Nuri Bilge Ceylan montre la délaïcisation de la Turquie et la prise en main des petites communautés villageoises par de néo-imams à l

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Déclare ta flamme ! : "Burning"

Drame | de Lee Chang-Dong (Cor. du S., 2h28) avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo…

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Déclare ta flamme ! :

Jong-soo accepte de nourrir le chat d’Hae-mi, une amie d’enfance, pendant son voyage à l’étranger. Lorsqu’elle revient, elle est flanquée de l’étrange et fortuné Ben, dont elle semble éprise. Double problème : Jong-soo est épris d’elle et Ben révèle des penchants tordus… « Qui entre pape au conclave, ressort évêque ». Sur la Croisette, la sentence vaut également pour les films adulés par la rumeur — découlant d’un phénomène d’autosuggestion massive lié à la promiscuité et à la surexcitation cannoises… ou à l’habileté des publicitaires. À l’issue de la proclamation du palmarès, leur palme putative envolée, des œuvres entament leur vie en salle auréolées d’une vapeur d’échec ou d’une réputation de victime biaisant leur découverte. Burning aura donc été invisible aux yeux du jury. Singulière mise en abyme pour ce film où la suggestion de présence, l’absence et la disparition physique ont une importance considérable. Ainsi Jong-soo — écrivain en devenir à la production virtuelle, vivant dans une ferme fantôme à portée d'oreilles de la Corée du Nord

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Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

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Léo Love Caniveau : "Sauvage"

Drame | Un film de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

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Lesbien descendu ? : "Un couteau dans le cœur"

Sapho-melon | de Yann Gonzalez (Fr, 1h42) avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Lesbien descendu ? :

Productrice de séries Z porno gay, Anne digère mal sa rupture avec Loïs, sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le réalisateur des Garçons sauvages bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, Gonzalez produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Argento, Jess Franco, Jean Rollin — qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horrifico-déshabillé — pour en justifier la kitschissime maladresse ou l’outrageuse complaisance. Tout ici semble procéder d’une extrême roublardise. En premier lieu le choix de “l’icône” Vanessa Paradis, dont les qua

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Antoine Desrosières et Inas Chanti : « ce film est un grand #MeToo »

À genoux les gars | Rencontre à deux voix avec le réalisateur et l’un de ses co-scénaristes et interprètes. Le duo complice ayant façonné À genoux les gars évoque les coulisses d’un film atypique, et ses prochaines ramifications à découvrir, voire à entendre…

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Antoine Desrosières et Inas Chanti : « ce film est un grand #MeToo »

Vous revoici après une éclipse exceptionnellement longue : votre précédent long métrage au cinéma, Banqueroute, datait de 2000… Antoine Desrosières : Ah, ma drôle de carrière… Que dois-je en dire ? Je dois me justifier ? (rires) Je ne me suis jamais perdu, j’ai toujours eu des projets ; simplement, ils ne se montaient pas. Le seul miracle à noter, c’est que j’ai toujours vécu de mon métier sans être obligé d’en faire un autre, et en nourrissant ma famille. Mais les années étaient longues et j’avais l’impression curieuse de mener la vie d’un autre, et non la mienne propre. Ma vie, c’est de faire des films et je voyais les années passer sans faire de films, donc c’était bizarre. Je ne savais pas du tout si j’arriverais à en refaire un jour. Et aujourd’hui, on est là. Mais vous aviez commencé très jeune : À la belle étoile (1993) est sorti pour vos 22 ans… AD : Oui, mais ce n’est pas une raison pour arrêter pendant 18 ans ! L’avance que j’avais prise au début, je l’ai perdue. Bon, Oliveira a fait son premier film au temps du muet et à partir de 70 ans, i

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Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes : "Trois visages"

Le Film de la Semaine | Passé expert dans l’art de la prétérition et de la mise en abyme, le cinéaste Jafar Panahi brave l’interdiction qui lui est faite de réaliser des films en signant une œuvre tout entière marquée par la question de l’empêchement. Éblouissant Prix du scénario à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Jafar Panahi, éblouissant Prix du scénario à Cannes :

Dans une vidéo filmée au portable, Marziyeh, une jeune villageoise se montre en train de se pendre parce que la comédienne Behnaz Jafari n’a pas répondu à ses appels à l’aide. Troublée, Behnaz se rend sur place accompagnée par le réalisateur Jafar Panahi. Mais Marziyeh a disparu… Avoir été mis à l’index par le régime iranien en 2010 semble avoir stimulé Jafar Panahi : malgré les brimades, condamnations et interdictions diverses d’exercer son métier comme de quitter son pays, le cinéaste n’a cessé de tourner des œuvres portées par un subtil esprit de résistance, où se ressent imperceptiblement la férule des autorités (le confinement proche de la réclusion pénitentiaire dans Taxi Téhéran ou Pardé), où s’expriment à mi-mots ses ukases et ses sentences — c’est encore ici le cas, lorsqu’un villageois candide demande benoîtement pourquoi Panahi ne peut pas aller à l’étranger. Auto-fiction Le cinéaste Panahi joue ici son propre rôle, tout en servant dans cette fiction de chauffeur et de témoin-confident à s

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La Loi n’a pas dû marcher : "En guerre"

On ne Loach rien ! | « Celui qui combat peut perdre. Celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Citant Brecht en préambule, et dans la foulée de La Loi du marché, Stéphane Brizé et Vincent Lindon s’enfoncent plus profondément dans l’horreur économique avec ce magistral récit épique d’une lutte jusqu’au-boutiste pour l’emploi. En compétition à Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

La Loi n’a pas dû marcher :

Quand la direction de l’usine Perrin annonce sa prochaine fermeture, les représentants syndicaux, Laurent Amédéo en tête, refusent la fatalité, rappelant la rentabilité du site, les dividendes versés par la maison-mère allemande aux actionnaires, les sacrifices consentis. Une rude lutte débute… Nul n’est sensé ignorer La Loi du marché (2015), pénultième réalisation de Stéphane Brizé, qui s’intéresse à nouveau ici à la précarisation grandissante des ouvriers et des employés. Mais il serait malvenu de lui tenir grief d’exploiter quelque filon favorable : cela reviendrait à croire qu’il suffit de briser le thermomètre pour voir la fièvre baisser. Mieux vaudrait se tourner vers les responsables de ces situations infernales conduisant le vulgum pecus à crever de préférence la gueule fermée. Des responsables que Brizé, et Lindon son bras armé, désignent clairement, révèlent dans leur glaçant cynisme et la transparence de leur opacité.

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Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures : "Plaire, aimer et courir vite"

ECRANS | Pour raconter ses jeunes années entre Rennes et Paris, quand le sida faisait rage, Christophe Honoré use de la fiction. Et les spectateurs, avec un pensum dépourvu de cette grâce parfois maladroite qui faisait le charme de ses comédies musicales. En compétition Cannes 2018.

Vincent Raymond | Lundi 14 mai 2018

Un peu, pas du tout et avec de bonnes chaussures :

Paris, 1993. Écrivain dans la radieuse trentaine, célibataire avec un enfant, Jacques a connu beaucoup de garçons. Mais de ses relations passées, il a contracté le virus du sida. Lors d’une visite à Rennes, il fait la connaissance d’Arthur, un jeune étudiant à son goût. Et c’est réciproque… Il faudrait être d’une formidable mauvaise foi pour taxer Christophe Honoré d’opportunisme parce qu’il situe son nouveau film dans les années 1990 à Paris — ces années de l’hécatombe pour la communauté homosexuelle, ravagée par le sida —, quelques mois après le triomphe de 120 battements par minute. Car Plaire, aimer et courir vite s’inscrit dans la cohérence de sa filmographie, dans le sillage de Non, ma fille tu n’iras pas danser (2009) pour l’inspiration bretonne et autobiographique et des Chansons d’amour (2007) ou d’Homme au bain (2010) pour la représentation d’étreintes masculines. L’ego lasse

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Ce qui nous liait : "Everybody knows"

¿Quién? | Sous le délicieux présent, transperce le noir passé… Asghar Farhadi retourne ici le vers de Baudelaire dans ce thriller familial à l’heure espagnole, où autour de l’enlèvement d’une enfant se cristallisent mensonges, vengeances, illusions et envies. Un joyau sombre. Ouverture de Cannes 2018, en compétition.

Vincent Raymond | Mercredi 9 mai 2018

Ce qui nous liait :

Comme le mécanisme à retardement d’une machine infernale, une horloge que l’on suppose être celle d’une église égrène patiemment les secondes, jusqu’à l’instant fatidique où, l’heure sonnant, un formidable bourdonnement précipite l’envol d’oiseaux ayant trouvé refuge dans le beffroi. C’est peut dire que l’ouverture d’Everybody knows possède une forte dimension métaphorique ; sa puissance symbolique ne va cesser de s’affirmer. Installée au sommet de l’édifice central du village, façon nez au milieu de la figure, cette cloche est pareille à une vérité connue de tous, et cependant hors des regards. Elle propage sa sonorité dans les airs comme une rumeur impalpable, sans laisser de trace. Battant à toute volée sur une campagne ibérique ensoleillée, telle une subliminale évocation de l’Hemingway période espagnol, cette cloche rappelle enfin de ne « jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour [soi]. » Pour l’illusion du bonheur et de l’harmonie, également, dans laquelle baignent Laura et ses enfants, qui revient en Espagne pour assister au mariage de sa sœur. Et retrouver sa f

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L’avenir, c’était moins pire avant : "Blade Runner 2049" de Denis Villeneuve

Science-Fiction | Denis Villeneuve livre avec Blade Runner 2049 une postérité plus pessimiste encore que le chef-d’œuvre de Dick & Scott. Tombeau de l’humanité, son opéra de bruine crasseuse et de poussière survit à sa longueur ainsi qu’à l’expressivité réduite de Ryan “Ford Escort” Gosling.

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

L’avenir, c’était moins pire avant :

2049, sur une Terre à la biocénose ravagée. Blade Runner, K. est un réplicant d’un modèle évolué chargé d’éliminer ses congénères réfractaires à l’autorité humaine. K. découvre lors d’une mission qu’une réplicante, en théorie stérile, a jadis accouché. L’enfant-miracle est très convoité… C’est peu dire que le monde a les yeux braqués sur Denis Villeneuve, “celui qui s’est risqué” à prolonger le cauchemar de Philip K. Dick modifié par Ridley Scott. Demi-suite en forme de résonance — y compris musicale, même si Vangelis n’a pas été reconduit, supplanté par l’incontournable Hans Zimmer — ce nouvel opus permet au cinéaste de travailler en profondeur ses obsessions : l’identité brutalement perturbée (Incendies, Maelström, Un 32 août sur Terre…) et la contamination de la réalité par les songes ou les souvenirs (Enemy, Premier Contact). Bref, de remettre en cause ce qui s’apparente de près ou de loin à une certitude d’airain. La singularité de Blade Runner en était une. Plus maintenant. Du futur, fai

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"Le Disciple" : en vérité je vous (mau)dis

ECRANS | de Kirill Serebrennikov (Rus, 1h58) avec Petr Skvortsov, Viktoriya Isakova, Svetlana Bragarnik…

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Pris d’une crise mystique chrétienne de plus en plus aiguë, un lycéen jusqu’alors effacé devient une sorte de boussole morale qu’aucun adulte n’ose plus contester, maniant avec adresse foi dogmatique et connaissance littérale des textes bibliques. Une professeure ose encore l’affronter… Voilà certainement l’un des films les plus adroits des dernières années consacré à un mécanisme de radicalisation individuelle : celui d’un ado complexé trouvant dans une singularité extrême le moyen d’exercer une tyrannie absolue, et d’inverser totalement son rapport au monde. Il montre également l’hypocrisie lâche et virale de la communauté adulte face à l’énoncé de sa “profession de foi” : au lieu de faire bloc pour en démonter les absurdités, elle se laisse contaminer avec délices, abondant pour légitimer des idées réactionnaires et réactiver un obscurantisme caché sous le tapis. Kirill Serebrennikov nous prouve qu’un illuminé se réclamant d’une idéologie totalitaire, quelle qu’elle soit (religieuse ou politique) n’est rien d’autre qu’un détonateur agissant sur la société, ce baril de poudre faussement apaisé ne demandant qu’à s’échauffer par le discours.

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L'Angleterre en force à Nuits Sonores

MUSIQUES | ​Best of de la saison qui s'achève, la programmation de Nuits Sonores 2015 est aussi la plus cosmopolite que le festival ait connue. Mais désormais, à la fin, ce sont nos voisins d'outre-Manche qui gagnent : bouillon de la bass culture à l'aune de laquelle la house et la techno n'en finissent plus de se réinventer, l'Angleterre est, par l'entremise de sa capitale, LA grande nation électronique des années 2010. La preuve en dix ambassadeurs. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

L'Angleterre en force à Nuits Sonores

Daniel Avery / Shackleton On l'a découvert de jour l'an passé, cette fois c'est de nuit que l'on pourra prendre la mesure de la versatilité du ténébreux rouquin, qui plus est sur une scène toute entière dédiée à la résidence qu'il anime à la mythique Fabric. Depuis Drone Logic, Daniel Avery n'a rien produit. Pas grave : ce premier album, classique instantané de techno charnelle (ou de rock stockable dans le cloud ?), reste un an et demi après sa parution l'une des plus belles incarnations de ce «chant de la machine» qui, chaque printemps, exerce sur nos concitoyens la même fascination que la voix des sirènes sur les marins qui croisaient jadis en mer de Sicile. Nuit 1 – Halle 2 Á l'Ancien marché de gros, mercredi 13 mai à 3h15

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Nuits Sonores 2015 - La programmation de jour

MUSIQUES | La première moitié du programme de Nuits Sonores 2015 est tombée, entraînant dans sa chute son lot d'impatiences et de surprises. Brace yourselves, habitants de la Confluence, spring is coming. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 14 janvier 2015

Nuits Sonores 2015 - La programmation de jour

Si Wagner fait naître chez certains des sentiments belliqueux à l'encontre de la Pologne, la prochaine édition de Nuits Sonores, elle, devrait vous donner envie de passer l'été au pays de Copernic. Car c'est Varsovie, capitale qui s'impose depuis quelques années comme l'une des cool du Vieux continent, qui sera à l'honneur de la traditionnelle carte blanche. L'occasion de découvrir tout un contingent de producteurs et groupes aux noms pour le moment nimbés de mystère : Xenony, Piotr Kurek (accompagné par le collecteur analogique Étienne Jaumet), Black Coffee, Alte Zachen ou encore Polonezy Fanfare.Nonobstant cette escale, Nuits Sonores (et ses événements connexes bien sûr, du participatif Extra! au réflexif Lab) restera fermement ancré à la Confluence, selon le même découpage que l'an passé : le détachement polonais à la Maison de la Confluence, les soirées éponymes à l'ancien Marché de gros et les Days à la Sucrière. Tiercé gagnant Premier dévoilé, le contenu de ces derniers, aux inévitables et néanmoins agréables relents de Sucre (à l'instar de la

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Gaby Baby Doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Gaby Baby Doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby Baby Doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futi

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Shackleton, l'aventurier des basses perdues

MUSIQUES | Dans la grande famille de la bass music, on voudrait le fils qui a foutu le camp et s'en est mieux sorti que tout le monde. Bonne pioche cette semaine au Sucre avec la venue de Sam Shackleton, Grand Manitou du dubstep qui voit plus loin que le bout de son drop. Beaucoup plus loin. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Shackleton, l'aventurier des basses perdues

Sam Shackleton n'a sans doute aucun lien de parenté avec l'explorateur Ernest Shackleton. Mais son goût de l'aventure est à la mesure de celui qui permit à son compatriote britannique, véritable héros de la conquête de l'Antarctique au début du vingtième siècle, de survivre à vingt-deux mois d'errance par moins 45 degrés. Toute proportion gardée : là où Ernest fut capable de traverser près de deux milles bornes d'océan en canot et au sextant pour secourir son équipage, l'un des actes de bravoure les plus notables de Sam a consisté à saborder son premier label, Skull Disco, après la parution d'une douzaine de références d'un avant-gardisme à faire passer Burial pour une idole des springbreakers. Mais il en dit long sur l'attitude foncièrement punk – il a d'ailleurs fait ses premiers pas dans le rock indiscipliné – qui, depuis dix ans, le pousse à défricher depuis sa base berlinoise des territoires sonores vers lesquels l'homme n'a jamais tendu l'oreille, tournant le dos à cette scène dubstep qui l'a vu naître et reçoit depuis ses messages comme on est touché par la grâce divine. Il y a des mondes ailleurs Car Shackleton a tout "vu" – notamment l'Afrique

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Dallas Buyers Club

ECRANS | Le réalisateur de "C.R.A.Z.Y." s’empare de l’histoire vraie de Ron Woodroof, Texan pure souche, bien réac’ et bien homophobe, qui s’engage contre l’industrie pharmaceutique américaine après avoir découvert sa séropositivité. D’une édifiante linéarité, n’était la prestation grandiose de Matthew McConaughey. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 février 2014

Dallas Buyers Club

L’histoire est incroyable mais vraie, et comme souvent dans ce type de fictions à sujet, l’argument semble suffire à donner au film un poids dramaturgique. Alors que le SIDA commence à faire des ravages dans la communauté gay — la mort de Rock Hudson et son tragique coming out post mortem font la Une des journaux — un électricien Texan bas du front, qui fait du rodéo et conchie les homos (dans son jargon, ce sont des «fiottes» ou des «pédés») découvre qu’il est séropositif. Son monde et ses valeurs s’écroulent, d’autant plus que les médecins ne lui donnent que trente jours à vivre. Après un petit cours accéléré en bibliothèque et la rencontre avec une doctoresse sincère et pure — Jennifer Garner — il découvre que 1) un traitement basé sur l’AZT peut retarder la maladie ; 2) ledit traitement fait en définitive plus de mal que de bien, mais que 3) il existe d’autres médicament qui, à défaut de traiter le virus lui-même, peuvent s’attaquer aux maladies opportunistes déclenchées par la déficience du système immunitaire. Problème : les labos et le gouvernement, main dans la main car on est dans l’Amérique libérale et reaganienne, font tout pour empê

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Les Coquillettes

ECRANS | De et avec Sophie Letourneur (Fr, 1h12) avec Camille Genaud…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Les Coquillettes

Sophie Letourneur va présenter au festival de Locarno son nouveau film. Elle y embarque ses comédiennes, chaudes comme la braise, pendant qu’elle ne rêve que d’une chose : coucher avec Louis Garrel, qui vient de son côté présenter La Meule. L’affaire est racontée quelques mois plus tard dans son salon, avec ces mêmes copines, créant des va-et-vient entre le récit rapporté et sa mise en images. Un dispositif qui rappelle Eustache pour une idée qui évoque Jacques Rozier. Soit. À l’arrivée, c’est un cas d’école en forme de désastre filmique. Que des trentenaires se comportent comme des adolescentes, c’est déjà embarrassant. Que Locarno soit décrit comme un festival de sous-préfecture et l’été comme un morne automne, c’est cocasse. Que l’on y croise tout ce que la presse parisienne compte de critiques snobs venus faire un tour dans le nouveau film de leur copine, on dit adieu à la déontologie minimale et on comprend comment ce cinéma-là survit, en tuant à petit feu les journaux qui l’encensent. Mais le plus grave, c’est l’inanité totale du projet : en levant le voile sur l’arrière-cour du film d’auteur à la f

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Portrait / La traversée du temps

ECRANS | Avec La Vie au ranch, Sophie Letourneur a séduit la presse ado et cinéphile. Parcours, méthodes et rencontre avec une jeune cinéaste qui compte. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 8 octobre 2010

Portrait / La traversée du temps

Les films de Sophie Letourneur ont cette faculté de fusionner l’intime et l’universel. D’être au point de rencontre, souvent risqué, entre l’autobiographie et la fiction. Sans l’avoir croisé, on a presque tous déjà vécu son cinéma. Et sommes amenés à le revivre, autour d’un verre, entre amis, lors d’une soirée qui se prolongera tard dans la nuit. Il devient rare de rencontrer des auteurs, français et singuliers, comme Sophie Letourneur. À peine plus de trente ans et déjà un court, deux moyens et un long, le tout en six ans, sans aucune formation dans le cinéma ni de vrai contact avec le milieu. Venue des Arts déco, elle s’intéresse au quotidien et à l’anodin, thèmes qui deviendront ceux de plusieurs films expérimentaux et documentaires. Obsédée par le son, elle prend pour habitude d’enregistrer les conversations de son entourage, procédé qui lui servira pour ses fictions. Auxquelles Letourneur passe en 2004 avec un court, La Tête dans le vide, film de filles (déjà) tourné entre copines à partir de souvenirs et autres documents personnels. Le style est alors trouvé, un cinéma est né. Bulles Très vite, Letourneur va définir son

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La Vie au ranch

ECRANS | De Sophie Letourneur (France, 1h32) avec Sarah Jane Sauvegrain, Eulalie Juster, Mahault Mollaret…

Dorotée Aznar | Vendredi 8 octobre 2010

La Vie au ranch

On débarque dans La Vie au ranch comme dans une soirée aux airs de déjà vécu : un appartement, de la musique, des gens, partout, qui boivent, clopent, parlent. Dès le premier plan la caméra s’attarde sur un groupe de copines dont émergeront Pam, Lola et Manon, trois amies parisiennes d’une vingtaine d’années préférant glander et parler mecs plutôt que penser à leurs études. Ici pas d’exposition ni de récit balisé, le jeu semble improvisé, la narration a priori absente, les scènes s’enchaînant par blocs, comme les soirées, toujours arrosées. Pour son premier long après Manue Bolonaise et Roc & Canyon, Sophie Letourneur continue de filmer le quotidien pour y travailler par touches le motif de la transition. Si on voulait délimiter son sujet, on pourrait dire qu’il est celui de la post-adolescence : état de grâce et à la fois d’incertitude où l’on jouit sans saisir les nécessités du lendemain et le poids de la réalité. Il est surtout un film sur le groupe, brillamment mis en scène, par inflexions de dialogues en apparence anodins et une subtile mise en espace de la parole rythmant l’action : circulant d’abord en circuit fermé, dans des appartements exigus fixant les liens entre

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