Guillaume Nicloux : « le cinéma, c'est le traitement du mensonge »

Les Confins du monde | Le prolifique Guillaume Nicloux a mené Gaspard Ulliel aux tréfonds de la jungle et de l’Histoire pour ce qui pourrait être un prélude français à "Apocalypse Now". Rencontre en tête à tête avec un réalisateur qui compte.

Vincent Raymond | Jeudi 13 décembre 2018

Photo : © DR


La Guerre d'Indochine fait figure d'oubliée de l'Histoire, mais aussi du cinéma. Comment vous êtes-vous intéressé à ce conflit ?
Guillaume Nicloux
: Il y a d'abord une date : le 9 mars 1945 qui m' a été murmurée à plusieurs reprises de façon insistante par ma productrice Sylvie Pialat et Olivier Radot, mon directeur artistique. Mais ça n'a jamais résonné plus que ça. Un jour, il sont revenus à la charge en me disant de regarder ce qui s'était passé. Et j'ai vu : les Japonais — qui à l'époque occupaient l'Indochine parce qu'Hitler les avaient autorisés à prendre possession de ces territoires pour faire la guerre à la la Chine par les terres — avait décidé le même jour à la même heure d'envahir les garnisons et de tuer soldats, femmes et enfants. Ça a été un massacre terrible, une sorte de coup de force opéré par les Japonais pour convaincre De Gaulle de renoncer aux colonies. Comme il n'était absolument pas soutenu pas Roosevelt à l'époque, qui ne voulait pas que la France étende son pouvoir colonial, ça été une espèce d'anarchie, de débandade pour l'armée française.

Le temps que l'on envoie des soldats, qu'on regroupe les forces et les esprits, il y a eu une année et demi de réoganisation très anarchique où les Français ont repris des territoires, des forts, où ils se sont réinstallés. Certains, comme mon personnage de Gaspard dans le film — qui s'inspire de quelqu'un qui a existé, Van der Berg — ont décidé d'adopter une méthodologie guerrière calquée sur celle des Viet Minh, en oubliant les réflexes guerriers de la France, qui suivait des procédures au cordeau. Les Viet Minh attaquaient les queues de colonnes, ils découpaient les corps et les mettaient devant les frontons pour montrer que ça allait être la terreur et qu'ils se battaient pour quelque chose d'essentiel : la liberté et l'indépendance. C'était un postulat indiscutable.

J'ai essayé de naviguer dans cette zone de gris, où on est obligé de passer par là pour la plus noble des causes. En quittant l'Indochine, le pouvoir français a recommencé les même erreurs et a subi de la même façon un échec cuisant et mérité — ce n'est pas un jugement de valeur par rapport à ceux qui se sont engagés ; c'est parce que le colonialisme est une absurdité en soi. J'ai essayé de montrer que pour ce combat là, il faut passer par toutes sortes d'épreuves. À un moment donné, mon personnage se rend compte qu'il occupe ce pays comme les Allemands ont occupé la France et qu'ils ont les mêmes réflexes.

L'apprentissage de la guérilla par Gaspard est-il conscient ou instinctif ?
À votre avis ? Instinctif ? Partons là-dessus. Pour moi, tout l'intérêt, c'est de ne jamais obliger le spectateur à avoir une vision unilatérale des événements. C'est pour cela que mes films refusent la psychologie — une espèce de logique qui obligerait les personnages à obéir à un comportement précis. On voit bien qu'il est foudroyé par une obstination de vengeance et sa passion amoureuse, et qu'il est incapable de choisir.

D'ailleurs, il ne s'agit même pas de choix : c'est une cohabitation impossible et c'est cette espèce de destin foudroyé qui m'intéresse. C'est pour ça que c'est plus une quête existentielle en milieu hostile, dans un temps de guerre, cette guerre qui est définie par cette date, mais elle aurait pu se passer ailleurs. C'est une façon d'occuper le terrain parce que ce moment là est très peu décrit et raconté : il n'y a pas d'images, de films, très peu de témoignages. Ça m'a laissé une très grande liberté pour réinventer cette guerre, pour la fantasmer débarrassée de ses contraintes historiques.

Cette guerre a beaucoup été documentée plus tard, quand elle n'a plus été française mais américaine…
Elle est devenue une guerre américaine à partir de 1949, quand ils ont pris en charge totalement son financement. Ce sont les prémices de la Guerre froide, on commence à rentrer doucement dans quelque chose qui fait qu'on va faire des guerres par procuration, dans d'autres pays, combattre politiquement un projet…

S'il y a beaucoup d'instinct, un personnage incarne une forme de conscience : celui joué par Gérard Depardieu…
Oui : c'est enfin quelqu'un qui essaie de lui permettre de faire retomber la poussière, d'insuffler un peu d'apaisement et une forme de renoncement ; en tout cas d'abandon. D'un point de vue psychanalytique, c'est intéressant car l'abandon, c'est la vraie liberté. C'est une figure assez emblématique parce qu'elle est une sorte de prolongement du père de Valley of Love. Gaspard peut devenir ce fils disparu, ressurgi d'entre les morts, qui va l'accompagner et servir de père de substitution à l'enfant qu'il pourra avoir avec Maï, la prostituée. Donc il y a un tissage, une mise en abyme entre chaque film qui viennent, le rêve que pourrait faire ce père de Valley of Love pour accéder. Un maillage un peu souterrain qu'on n'est pas obligé d'identifier, mais qui se construit d'une façon très inconsciente.

Son attachement aux Confessions de Saint-Augustin n'est pas souterraine ; c'est un maillage entre l'acteur et le personnage…
Cette dimension pas religieuse mais mystique est là entre nous dans notre rapport intime avec Gérard, dans notre vision panthéiste des choses. Cela rejoint ma tentative de débarrasser Diderot de son image anticléricale, notamment sur La Religieuse, et d'aller vers une voie plus large qui n'est pas forcément de l'ordre du religieux mais du sacré, plus gracieux.

Entre sacré et recueillement, le silence dessine comme deux parenthèses au début (à l'instar de 2001 et There will be blood) et à la fin. Quel en est le sens ?
Le film propose immédiatement un rythme, une temporalité. On sent bien que le temps va avoir une importance. Le temps dilaté installe une proposition : lorsque le visage de Gaspard se relève et qu'il regarde le spectateur, c'est une invitation directe à entrer dans son regard, à vivre et à traverser ce moment, à faire un voyage avec lui. Donc d'installer une dynamique nettement rompue avec la façon brutale dont on rentre ensuite dans l'histoire. Ça n'a jamais été prémédité : cette séquence n'a jamais été écrite, et elle devient emblématique. Comme celle de la grotte, avec le profil de Gaspard, elle est venue spontanément : on s'est assis et j'ai laissé filer le magasin entier, pas parce que je le sentais mais parce que j'avais réfléchi à cette possibilité de le conserver au montage.

Un moment d'évidence ?
C'est ça ; c'est ce que je recherche en tournant. D'être débarrassé… En fait, j'aime la contrainte pour trouver le maximum de liberté à l'intérieur. Une fois que j'y suis, j'ai le sentiment de me sentir à l'aise et juste dans ce que je vis ; alors je laisse venir ce que je sens. C'est pour ça que le désir devient plus important que la volonté d'obtenir quelque chose. Je n'ai jamais le désir d'obtenir quelque chose, mais celui d'être surpris et d'être un peu bousculé et surtout de me débarrasser du scénario pour que cela devienne quelque chose de vivant. Mais c'est aussi paradoxal puisque le cinéma, c'est le traitement du mensonge, et qu'il faut mentir sincèrement.

C'est aussi le propre du roman…
La différence est que le cinéma vous impose une image, alors que la lecture vous permet de la fantasmer, de la fabriquer ; et que le roman vous rend libre. Après, vous pouvez remplir les blancs, c'est pour cela qu'il y a des moments volontairement très elliptiques pour permettre au spectateur d'inventer son propre cheminement — la case manquante…

Vous enchaînez les réalisations. Après Les Confins du monde, vous avez terminé une série pour Arte et Netflix, Il était une seconde fois, et vous entamez le tournage ce 5 décembre d'un nouveau film avec Depardieu et Houellebecq…
Ça fait quelques années que j'ai trouvé l'équilibre le plus juste possible en fabricant ces films et en les écrivant. Donc j'essaie de profiter de cette chance de faire des films. Ils ne se font pas facilement mais depuis une dizaine d'année grâce à Sylvie Pialat qui accepte de produire les films j'ai envie d'écrire et de réaliser, ou à des gens comme Gregory Gajos et Alexandra Henochsberg de Ad Vitam Distribution. Je me considère comme extraordinairement chanceux. Même : je n'en reviens pas qu'on ait pu monter tous ces films et qu'on continue. Que je puisse tourner le début d'un film le jour où celui-ci sort, c'est formidable, c'est un luxe incroyable !

Parfois très différents, vos films affichent dans leur éclectisme une cohérence de plus en plus marquée…
Je suis convaincu que ça forme quelque chose, que ça raconte un truc si on met tout bout à bout. Ça dit des choses, surtout à partir du moment où ils ont été écrits d'une manière plus claire. Je pense qu'ils racontent tous la même chose, d'une certaine façon. Le film de genre permet de camoufler des intrigues. Je suis sûr que si on prend Cette femme-là, on va trouver des résonances très fortes certains des derniers films. Il y a dans les caves des chemins qui rejoignent les autres pièces.

Dans L'Enlèvement de Michel Houellebecq aussi. On voit bien à partir de Holiday que ce ne sont que des films d'enfermement, sous le prisme de la comédie décalée ou ici dans une forêt, donc ça traduit bien quelque chose. Enfermés dehors… Et là je les renferme de nouveau, Depardieu et Houellebecq, dans une thalasso, du début à la fin. Et dans la série aussi, mais sur une temporalité, un rétrécissement, encore plus formel. Gaspard a le premier rôle ; c'est presque un prolongement du personnage des Confins du monde, démultiplié dans quelque chose de contemporain. C'est comme s'il cherchait maintenant à retrouver Maï qui l'a laissé tomber…


Les confins du monde

De Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix...

De Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix...

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Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d'un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s'engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances.


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 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

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Ménagerie et ménages :

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Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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Valley of Love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of Love

«Putain, la chaleur !» dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie — étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert — et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of Love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec elles. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars — notamment le beau

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le silence de sa religieuse incapable de se révolter contre les injustices qu’elle subit ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppe

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Vendredi 1 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou des références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Gr

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Lumière, jour 2 : Grands enfants

ECRANS | Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg. Dites-lui que je l’aime de Claude Miller.

Dorotée Aznar | Jeudi 6 octobre 2011

Lumière, jour 2 : Grands enfants

Il y a une histoire qui lie Jerry Schatzberg à l’Institut Lumière. Il a fait partie des cinéastes qui ont rejoué "La Sortie des usines Lumière" pour le centenaire du cinématographe ; quelques années après, il avait été invité pour présenter "L’Épouvantail", et la projection dans la salle du hangar fut pour lui l’occasion de redécouvrir sur grand écran et dans le format scope original un film qu’il n’avait plus revu depuis des années ; pour la première édition du festival Lumière, il avait investi le village et y avait présenté ses photographies récentes, le cinéaste retrouvant, peut-être contraint et forcé, sa vocation initiale. La photographie, de rock et de mode, c’est ce qui quarante ans auparavant lui avait permis de passer à la réalisation avec "Portrait d’une enfant déchue", présenté à Lumière 2011 dans une copie neuve fulgurante de beauté. Du coup, rien d’étonnant à le voir, ce mardi, passer la journée seul dans ce même village, assis à une table, visiblement heureux d’être là. Schatzberg est un peu chez lui à Lyon, et chacune des projections de son film est l’occasion d’un bel hommage des spectateurs, venus nombreux découvrir cette première œuvre d’une bluffante modernit

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Depardieu, évidemment…

ECRANS | Entretien / Jean-Paul Rappeneau, cinéaste rare, précieux et exigeant, présentera au troisième festival Lumière la copie restaurée du Sauvage et, pour la séance de clôture, celle de Cyrano de Bergerac, en hommage à Gérard Depardieu, Prix Lumière 2011. Propos recueillis par Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Depardieu, évidemment…

L’année dernière vous êtes venu présenter La Vie de château avec Pierre Lhomme, votre chef opérateur, au festival Lumière. Quelles avaient été vos impressions ?Jean-Paul Rappeneau : J’en garde un souvenir magnifique. Ni moi, ni Pierre Lhomme n’avions vu le film depuis longtemps, en tout cas pas en salles. Se retrouver avec un public très nombreux, notamment beaucoup de garçons et de filles qui ne l’avaient jamais vu parce qu’ils étaient trop jeunes, et qui à la fin applaudissent longuement, c’était formidable. En plus, cette année, avec l’hommage à Gérard Depardieu, Cyrano de Bergerac va être projeté dans la Halle Tony Garnier ; du coup, je vais venir avec un de mes petits-fils de 8 ans, et j’ai hâte de voir la tête qu’il va faire quand il verra le film dans cette salle ! Vous avez deux actualités pendant le festival : cette projection de Cyrano, et la copie restaurée du Sauvage. Comment avez-vous été associé à cette restauration ?Le négatif original du Sauvage avait été abîmé parce qu’on avait tiré trop de copies, et il n’était plus possible d’en tirer d’autres. Pour préserver le film, il fallait restaurer.

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Le grand Gégé en pleine Lumière

ECRANS | Événement / À partir de vendredi, il n’y en aura plus que pour lui. Les trois derniers jours du festival Lumière vont voir Gérard Depardieu écraser de sa (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 30 septembre 2011

Le grand Gégé en pleine Lumière

Événement / À partir de vendredi, il n’y en aura plus que pour lui. Les trois derniers jours du festival Lumière vont voir Gérard Depardieu écraser de sa stature d’acteur hors du commun (car c’est bien ce qu’on pense de Depardieu ici) le festival. Ses apparitions, qui devraient être plus nombreuses que celles d’Eastwood et Forman les années précédentes, risquent d’être inoubliables — le samedi, avant la remise du Prix Lumière, il va faire le tour des salles pour présenter les films de la rétrospective qui lui est consacrée. Ses amis comédiens et cinéastes se retrouveront tous le soir dans l’Amphithéâtre 3000 pour la fameuse cérémonie du Prix Lumière avec la projection de La Femme d’à côté de Truffaut (un bon film tourné dans la région, bien avant que celle-ci ne s’entiche de produire des films, et pas des bons !). Mais certains s’offriront un clin d’œil spécial, comme Gustave Kervern et Benoît Délépine, qui l’ont sublimé dans Mammuth et qui iront animer une séance autour de Sous le soleil de Satan, chef-d’œuvre de Maurice Pialat dans lequel Depardieu délivre une de ses prestations les plus fines et marquantes. Enfin, le dimanche après-midi, c’est à la Halle Tony Garnier que l’on

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Je n'ai rien oublié

ECRANS | De Bruno Chiche (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup…

Dorotée Aznar | Jeudi 24 mars 2011

Je n'ai rien oublié

Involontairement grotesque et d'une lourdeur sidérante, "Je n'ai rien oublié" s'impose comme le pinacle d'une longue tradition de nanars dont nous sommes les garants. Roman de gare jamais sublimé autour d'une famille bourgeoise menacée par son lourd secret, le film de Bruno Chiche ressemble à du Chabrol dégénéré. Du chacha téléfilmé, avec un Depardieu alzheimerisé (toute l'intrigue repose là-dessus), qui n'a jamais été aussi je m'en foutiste et aberrant. Pauvre en tout, ce thriller pour grabataires définitivement perdus invite à se poser cette question : c'est quoi, finalement, le cinéma français ? À bien regarder son histoire, la grandeur y est presque une anomalie dans un océan de médiocrité. Jérôme Dittmar

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Jimmy Rivière

ECRANS | De Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h30) avec Guillaume Gouix, Hafsia Herzi…

Dorotée Aznar | Vendredi 4 mars 2011

Jimmy Rivière

Ça y est, à force de nous imposer ses crises de foi en série, le cinéma d’auteur français nous a soulevé le bide. Malgré ses maigres bonnes intentions, ce chemin de croix d’un jeune gitan tiraillé entre sa nouvelle confession pentecôtiste et ses passions pour la boxe et le corps de sa copine est aussi incertain que son héros et semble même pétrifié à l’idée de traiter véritablement son sujet. La mise en scène hésite en permanence entre naturalisme et esthétisation, pour un rendu tout sauf immersif. Le scénario, tout en boucles mal fermées et répétitions pénibles, s’enfonce dans le sol à force de piétiner, et la direction d’acteurs chaotique (même Hafsia Herzi en devient insupportable) achève malheureusement de rendre la vision de ce premier film assez douloureuse. FC

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Holiday

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h30) avec Jean-Pierre Darroussin, Judith Godrèche…

Christophe Chabert | Samedi 4 décembre 2010

Holiday

Dans la meilleure scène de Holiday, un architecte nain et sa femme partouzeuse proposent au couple Darroussin-Godrèche un «strip-Scrabble». En fait, le nouveau Guillaume Nicloux, le plus réussi depuis Cette femme-là, est plutôt un strip-Cluedo. Dans ce château chabrolien où se croise une galerie de personnages loufoques et sexuellement détraqués (de la frigidité à l’obsession), un meurtre sera commis, mais il ne s’agit pas tant de connaître la victime ou le coupable ; il faut plutôt se laisser aller à l’humour noir et lubrique du film, au mélange des genres et des sexes. La mécanique narrative n’est pas toujours parfaite, et Darroussin en met une couche de trop dans la déglingue blasée, mais Nicloux retrouve son sens de la mise en scène atmosphérique en y associant un vrai tempo comique. On se croirait en train de regarder un Agatha Christie dialogué et filmé par le Bertrand Blier de la grande époque — beau compliment, non ? Christophe Chabert

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La Tête en friche

ECRANS | Après "Deux jours à tuer", Jean Becker revient en province avec un joli film à l’humanisme sincère, porté par un très grand Gérard Depardieu. CC

Christophe Chabert | Mercredi 26 mai 2010

La Tête en friche

Il est de bon ton de se moquer du cinéma de Jean Becker, son goût pour la France profonde, son cinéma où le texte a plus d’importance que la mise en scène, souvent réduite à un cinémascope dispensable et une lumière proprette. Pour les mêmes raisons, on pourrait dire de Becker qu’il est un auteur mineur, dont les réussites et les échecs dépendent du matériau qu’il adapte — ici, un livre de Marie-Sabine Roger. Depuis la mort de Sébastien Japrisot, qui lui avait écrit ses meilleurs films, le cinéma de Becker est inégal, mais on sent s’y affirmer une sincérité totale, un projet humain autant que cinématographique. La première partie de Deux jours à tuer par exemple ne trompait personne : la cruauté y sonnait faux, et le récit finissait par expliquer pourquoi. La Tête en friche n’a pas besoin de ce genre d’artifices pour toucher juste. Oui, c’est un film gentil, c’est même un film sur la gentillesse, mais où la violence est un vestige du passé qu’il faut s’arracher du crâne tel un éclat d’obus… Des livres et lui Pour Germain, gros nounours rustre mais aimable qui cultive son jardin et travaille au noir pour survi

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Depardieu, seul au sommet

ECRANS | Portrait / L’année 2010 permet à Gérard Depardieu de retrouver de grands rôles dans de bons films. CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Depardieu, seul au sommet

Dire que Depardieu effectue en 2010 un come-back sur les écrans est assez absurde. Car les écrans, Depardieu ne les a jamais quittés ; mais il se contentait de prêter sa silhouette à des personnages furtifs qu’il rendait toutefois inoubliables. Deux exemples : Guido, le mentor de Mesrine dans L’Instinct de mort et Abel, mauvaise conscience de l’escroc Miller dans À l’origine. Xavier Gianolli fut un des premiers à lui refaire confiance pour porter un film entier sur ses épaules ; il avait raison car même si Quand j’étais chanteur est plutôt emmerdant, Depardieu y est formidable. Lassitude Le problème de Depardieu, c’est son statut d’acteur populaire condamné à apparaître dans tout ce qui se fait de pire en matière de blockbuster français. Il fallait le voir dans Disco ou Coco, simple donneur de répliques masquant à grand peine sa lassitude du plateau. Usé par trop d’Astérix, décrédibilisé par d’improbables daubes comme Michou d’Auber, Rrrrhhhh, Olé ou San Antonio, Depardieu avait fini par oublier deux choses : il est un comédien instinctif

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Mammuth

ECRANS | De Gustave Kervern et Benoît Delépine (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Miss Ming…

Christophe Chabert | Mercredi 14 avril 2010

Mammuth

Quelles traces laisse un homme dans un monde où le travail est devenu la vraie mesure de la vie ? Des bulletins de salaire, des attestations de cotisation retraite… Mais ces traces, la société libérale n’est-elle pas en train de les effacer à coups de concentrations industrielles, de délocalisations et de faillites ? C’est l’expérience que va vivre Serge Pilardosse ; à l’orée de ses soixante ans, il doit faire le tour de ses anciens employeurs pour espérer toucher une pension à taux plein. Il enfourche donc sa vieille moto allemande (une Munchen Mammut) et part sur les routes à la recherche des précieux documents. Sauf que… Entre patrons grabataires, entreprises envolées, rencontres malheureuses ou au contraire libératrices, Serge va perdre de vue sa quête et découvrir autre chose… Parti comme une suite logique de leur précédent Louise-Michel (une charge vacharde contre l’absurdité capitaliste), Mammuth, comme son personnage, bifurque en cours de route. Kervern et Delépine aussi : leur film est sans doute le plus libre, le plus grisant et le plus touchant qu’ils aient réalisés. Loin des plans millimétrés d’Aaltra et d’Avida, la chair filmique

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L'Autre Dumas

ECRANS | De Safy Nebou (Fr, 1h45) avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Dominique Blanc…

Christophe Chabert | Mardi 2 février 2010

L'Autre Dumas

Après Molière et La Fontaine, Dumas a à son tour droit à un film qui, loin du biopic classique, fantasme en toute liberté un épisode réel de sa vie. Pas de thèse donc dans "L’Autre Dumas", mais un angle : les rapports entre l’écrivain et son nègre Auguste Macquet, aussi raide, laborieux et royaliste que son maître est bon vivant, génial et républicain. Le film joue sur ces trois tableaux (les mœurs, la création, la politique) à travers un gentil vaudeville prétexte et une mise en scène qui fuit l’académisme (caméra portée et plans serrés) sans toujours y parvenir. L’intérêt de "L’Autre Dumas" n’est pas là, de toute façon — ni dans la prestation de Poelvoorde, très bon mais… Non, le film, c’est Depardieu. L’acteur d’abord, qui rappelle ici qui est le patron, en donnant un relief colossal à toutes ses répliques, imposant une présence phénoménale, toujours dans l’action, jamais dans la démonstration. Mais aussi l’homme, car ce Dumas-là a beaucoup à voir avec Depardieu lui-même : ses problèmes avec les femmes, sa tendresse maladroite avec sa fille, son goût pour la bouffe, pour le vin, pour l’excès. "L’Autre Dumas" aurait pu s’appeler "Le Vrai Depardieu", tant c’est lui qui bouffe l

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À l'origine

ECRANS | Remonté et raccourci après sa présentation cannoise, le quatrième film de Xavier Gianolli y a gagné en force, cohérence et mystère, donnant à l’odyssée d’un petit escroc construisant un tronçon d’autoroute un caractère épique et fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 novembre 2009

À l'origine

Lors du dernier festival de Cannes, 'À l’origine' avait surtout frappé par sa durée un peu mégalo (2h35 !) et son désir de tout expliquer, frisant la surdose psychologique. Xavier Gianolli a depuis revu sa copie, dans le bon sens : la version qui sort en salles est bien meilleure, puisqu’elle ressert et opacifie les enjeux, se concentre sur l’action et relègue les motivations à l’arrière-plan (il en reste toutefois quelques traces dans des dialogues qui, parfois, mettent dans la bouche des personnages les intentions de l’auteur). Ainsi du protagoniste de l’histoire ; on ne sait plus rien du passé de ce type bizarre qui, dès les premiers plans, monte un «coup» aussi énorme qu’étrange. Il se fait passer pour Philippe Miller, patron d’une filiale fictive de la CGI, une entreprise de travaux publics qui a arrêté net la construction d’une autoroute sous la pression des écologistes locaux défendant une race de scarabées. Miller fait croire qu’il va la remettre en chantier. Son plan fonctionne au-delà de ses attentes : dans une région dévastée par le chômage, il apparaît comme un messie moderne, ressuscitant les rêves de travail de la population, élus ou citoyens, entrepreneurs ou simples

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Bellamy

ECRANS | De Claude Chabrol (Fr, 1h50) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin…

Christophe Chabert | Vendredi 20 février 2009

Bellamy

«Terminus en gare de Sète» : dans un raccourci rigolard, Claude Chabrol commence son dernier film par une fin funeste, cadrant dans un panoramique la tombe de Georges Brassens et une voiture calcinée en bord de mer, son conducteur décapité à ses côtés. Quelques minutes plus tard, l’apparition du commissaire Bellamy, plus pépère que Navarro et Derrick réunis, laisse entendre que le polar promis sera remis à un autre film. Il y a bien un crime, mais l’assassin, joué par un Jacques Gamblin guignolesque et inspiré, avoue tout de suite, et la vague enquête se traîne entre un repas sardonique chez un couple gay et une querelle entre époux à la maison. Il faut donc regarder ailleurs, vers la relation entre Bellamy et son demi-frère Jacques (Clovis Cornillac, en grande forme), faite de rivalité, de jalousie, de remords et de regrets. Dans ce drôle de film anti-dramatique, au sens où tout événement est noyé dans un quotidien terne et morne, Chabrol suggère au spectateur que l’homme est ainsi fait qu’il ne s’intéresse qu’à l’anecdotique et loupe ce qui dans une vie en constitue l’essentiel. Bellamy préfère la souffrance du criminel à celle de ce frère paumé, son rôle de flic à son rôle de ch

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Mesrine, l’instinct de mort

ECRANS | de Jean-François Richet (Fr-Canada, 1h53) avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu…

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

Mesrine, l’instinct de mort

Difficile d’évoquer ce premier volet du diptyque Mesrine sans signaler que non seulement sa seconde partie est meilleure, mais qu’elle se passe largement de cette longue introduction. C’est la grande faiblesse de L’Instinct de mort : au bout de deux heures remplies jusqu’à la gueule d’explosions, de péripéties et de suspense, on ne sait toujours rien de Jacques Mesrine, et surtout pas ce que Richet veut raconter du personnage. Ici, c’est plutôt Kill Mesrine : trimballé à coups d’ellipses béantes d’époque en époque, de pays en pays, de genre en genre, Mesrine n’est qu’un pantin, prétexte à un exercice de style assez vain et parfois ridicule. Mesrine fait la guerre d’Algérie, Mesrine en Espagne, Mesrine trouve un deuxième souffle et enfin, gratinés, Mesrine au Québec et Mesrine en Amérique avec vieil Indien et Grand Canyon fordien. N’importe quoi ? Oui, et ce serait ludique si Richet s’avérait aussi inspiré que dans ses précédents films. Mais quand il filme une scène d’évasion comme du Peter Berg avec caméra épileptique et montage illisible, ça sent plus le pop-corn que la mise en scène. Curieuse entrée en matière donc : L’Instinct de

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Disco

ECRANS | de Fabien Onteniente (Fr, 1h43) avec Franck Dubosc, Emmanuelle Béart, Gérard Depardieu...

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

Disco

Les Ch'tis peuvent dormir tranquilles... Ce n'est pas cet abominable Disco qui va leur faire de l'ombre ; au contraire, on espère que les spectateurs seront cohérents et infligeront à cette comédie cynique le camouflet commercial qu'elle mérite ! Après Camping, Onteniente et Dubosc touchent le fond : ils se débarrassent en cinq minutes de leur exposition pour s'enfoncer dans le développement fastidieux d'un scénario rachitique (un vieux beau espère gagner un concours de disco pour emmener son fils en vacances en Australie) reposant sur son seul acteur principal, qui ne joue à l'écran que de sa stupéfiante autosatisfaction. Le film s'enfonce alors dans un culte de la ringardise qui nie l'essentiel : l'esprit libertaire qui animait les années disco. Réac (la famille, l'amour, l'amitié virile contre la femme castratrice) et raciste (les Polonais en prennent pour leur grade), dialogué et filmé n'importe comment, il n'y a que deux leçons à tirer de ce nanar antipathique : même embourbé dans des projets improbables, Depardieu garde la classe. Et Le Havre, qu'Onteniente cherche pourtant à montrer comme un sommet de grisaille, est une bien belle ville ! CC

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Astérix aux jeux Olympiques

ECRANS | De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (Fr-All-Esp-It, 1h55) avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Alain Delon, Benoît Poelvoorde...

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2008

Astérix aux jeux Olympiques

L'échec artistique de ce troisième Astérix, patent et douloureux, peut se résumer facilement. Le projet de blockbuster paneuropéen de Thomas Langmann voulait fédérer les talents de chaque pays coproducteur. Des talents, il y en a (Depardieu, Poelvoorde, Delon, Cornillac, Astier, Segura, Garcia...), mais chacun est réduit à jouer sa partition en solo, souvent dans le registre qu'on lui connaît déjà. Ni le scénario, basique, ni la réalisation, occupée à justifier le budget du film, n'assure le liant. Langmann tenait aussi à se démarquer de la vision donnée par Chabat dans le précédent volet, jugé trop «Canal». Pourtant, dès le monologue de Delon, ce que l'on voit à l'écran, c'est un immense acteur en train de jouer en live son guignol. Rupture tranquille, donc, qui au fil du film se déporte de la chaîne cryptée vers TF1, avec la sainte trinité variétoche/comédie populaire/sport en ligne de mire. Sur le modèle des superproductions américaines formatées, Astérix aux jeux Olympiques ne repose que sur des équations marketing hasardeuses où chaque séquence est supposée répondre aux attentes d'une catégorie de spectateurs. C'est l'aveu terrible des 15 dernières minutes où il n'

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