Fais ce que doigts… : "Au bout des doigts"

De concert | De Ludovic Bernard (Fr, 1h45) avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Photo : © Thierry Valletoux


Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l'intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s'engage…

Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L'Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique — même si la trame de base reste identique : cela demeure l'histoire d'un djeun's s'extrayant de sa banlieue au prix d'un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés.

Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a un telle mine de Rod Paradot qu'on y croirait. N'oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d'une faille intime mais résolu à révéler les talents d'où qu'ils proviennent, il est criant de vérité — à croire qu'il a exercé ces fonctions dans une autre vie. On a donc tous les ingrédients du feel-good movie. Mais, au lendemain de Noël, ça peut aider à faire glisser les marrons glacés. Car tout ce qui monte finit par descendre un jour…

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

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Décharge parentale : "10 jours sans maman"

Comédie | Excédée par la forfanterie paternaliste qu’il manifeste au logis, l’épouse du DRH d’une grande surface s’octroie dix jours de vacances seule ; charge au mari de s’occuper de la maison et des trois enfants, en plus de son travail. Bien sûr, ça ne va pas bien se passer, du moins au début…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Décharge parentale :

L’une des plaies du cinéma contemporain (et tout particulièrement de la comédie française) s’appelle la bande-annonce. Consistant en un concentré de film surmonté façon clip épileptique, ce produit formaté gâche plus les effets et/ou l’histoire qu’il n’éveille la curiosité. Promesse de prévisibilité catastrophique, celle de 10 jours sans maman est l’exemple du parfait repoussoir. Sauf que… Loin d’être un chef-d’œuvre de raffinement, d’intelligence ni d’esthétique (on baigne quand même dans l’uniforme lumière fromage blanc téléfilm), le nouveau Ludovic Bernard (L’Ascension) n’est pas si épouvantable que cela. Même avec Franck Dubosc, c’est dire ! D’abord, il tient son pari d’aborder la question de la méconnaissance de la charge mentale ménagère par le biais de la comédie, il s’attaque à ce tabou existant encore autour de la question de l’apparition des règles chez les adolescentes, et en bonus ironise sur les grotesques méthodes des grosses boîtes, mixte de lean management sauvage et d’injonction à être joyeusement corporate sous la houlette de

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De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Festival | Ode à la langue, à ceux qui l'inventent et la subliment, Les Langagières version 2018 sont de très haute tenue avec, en guest stars au TNP, Lambert Wilson et Isabelle Adjani pour les servir.

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Lambert Wilson et Isabelle Adjani seront au rendez-vous le 1er juin pour incarner Camus et Maria Casarès et donner voix à leur correspondance enflammée, tout juste publiée. Mais ce casting ne doit pas masquer la richesse de ces douze jours qui sont le reflet le plus net qui soit de la politique que mène Christian Schiaretti depuis son accession à la tête du TNP en 2002 et jusqu'à son départ fin 2019 : les mots. Épaulé par les élus de son cercle de création et de transmission (Baptiste Guiton met en scène Je, d'un accident ou d'amour avec Maxime Mansion, lui-même à l'origine du festival En actes) ou d'anciens acolytes de feu sa troupe (Grammaires des mammifères piloté par le toujours très intéressant Philippe Mangenot), il propose une série de spectacles, de lectures voire de récitals (consacré à Aragon, André Velter...) ou encore "séance de spiritisme" (!) autour de Victor Hugo. Toutes les paroles sont réunies

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Troquées : "L’Échange des princesses"

ECRANS | de Marc Dugain (Fr, 1h40) avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei… (sortie le 27 décembre)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Troquées :

Pour asseoir son pouvoir, le régent Philippe d’Orléans ourdit la double union d’un Louis XV de onze ans avec la malheureuse Infante d’Espagne de quatre ans, et de sa fille avec l’héritier d’Espagne. Mais hélas, aucun des deux mariages ainsi arrangé n’est heureux… Derrière la caméra, ce sont les noces entre le cinéaste-écrivain Marc Dugain et sa coscénariste autrice du roman, Chantal Thomas que l’on célèbre. Et elles sont fécondes : rarement récit historique fut rendu avec autant de finesse, de réalisme et cependant de liberté(s). L’un des derniers à nous avoir immergé aussi exactement dans les bouillonnements du XVIIIe siècle était Benoît Jacquot avec Les Adieux à la Reine, également adapté de… Chantal Thomas. Conte absurde où des enfants sont tout à la fois déifiés et traités comme des marionnettes, L’Échange des princesses montre l’ambition des uns, la bigoterie des autres

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Fête comme chez vous : "The Party" de Sally Potter

ECRANS | de Sally Potter (G-B, 1h08) avec Kristin Scott Thomas, Timothy Spall, Patricia Clarkson…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Fête comme chez vous :

Ministre de la Santé ! Tout juste nommée à ce poste prestigieux, Janet compte fêter la nouvelle avec son mari et des proches. Hélas, la soirée en petit comité va sonner l’halllali de son couple, de ses amitiés, de sa carrière, de ses illusions… Sally Potter réunit une distribution de poids pour ce tout juste long métrage — bien lui a pris de ne pas chercher à le rallonger par principe en diluant l’intrigue : elle l’aurait abîmée. Empruntant au théâtre son huis clos, elle ne se trouve cependant pas prisonnière de son décor grâce à une réalisation et un montage nerveux, à l’unisson de l’ambiance électrique de la soirée. Le choix esthétique du noir et blanc, marqueur inconscient du genre polar, surprend — et l’affiche, montrant l’héroïne brandissant un pistolet (reprenant une double image-clef du film) pourrait l’accréditer. En réalité, la dualité des personnages se trouve ainsi représentée (et ses moyens termes dans leurs nuances de gris). Et si le noir finit par dévorer l’écran, c’est parce que la fête célèbre en définitive le deuil des idéologies ; on imagine ma

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"Corporate" : critique et interview du réalisateur Nicolas Silhol

ECRANS | Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail, suite à un suicide dans son entreprise. Jusqu’où (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail, suite à un suicide dans son entreprise. Jusqu’où restera-t-elle fidèle à sa hiérarchie ? D’une grande rigueur réaliste et peuplé d’un casting hétéroclite venant de la télévision, du théâtre ou du cinéma classique, Corporate dissèque les méthodes de management amorales mais totalement acceptées par nos entreprises modernes. Enveloppant son histoire d’une mise en scène économe, froide et sans éclat, son discours sur l’injustice sociale demeure louable mais aurait été plus audible dans un documentaire. À se demander si le récit ne passe pas à côté de son sujet tant l’inspectrice du travail (justement campée par Violaine Fumeau) et son regard sur cet univers sans pitié placent au second plan une intrigue policière dispensable. Nicolas Silhol : « Je n’avais pas envie de faire un reportage » Les DRH que l’on porte dans le cœur sont rares. Pourtant, c’est bien sur ce métier clivant que le réalisateur Nicolas Silhol a décidé de tourner son premier thriller. Entretien avec le patro

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"L’Empereur" : l’éternel retour

KIDS | Ni suite, ni remake du film qui avait apporté à Luc Jacquet il y a douze ans une notoriété mondiale, L’Empereur s’avance (en dandinant) comme une (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Ni suite, ni remake du film qui avait apporté à Luc Jacquet il y a douze ans une notoriété mondiale, L’Empereur s’avance (en dandinant) comme une extension de La Marche de l’Empereur. Suivant littéralement ab ovo le cycle de l’existence de son animal fétiche, ce récit aurait pu se nommer “Une histoire immortelle” — mais il était déjà retenu par Orson Welles — voire “Le Miraculé”, si Mocky n’en avait eu l’idée plus tôt. Car le palmipède du titre va devoir braver mille dangers pour accéder à l’âge adulte. Et chacun des flashbacks constituant ce doc-nature relatera un de ces périls, lui donnant des reflets de film à suspense : comment l’œuf survit au froid ; comment le poussin éclôt, grandit malgré les conditions extrêmes et les prédateurs sur la banquise, avant de rejoindre l’océan guidé par son instinct pour se jeter (ou pas) à l’eau… Riches d’images stupéfiantes, dont certaines combinant intelligence et poésie (les manchots vu à l’envers sous l’eau, semblent voler vers les hauts-fonds) ce voyage antarctique narré par Lambert Wilson se double d’un hymne à la fragilit

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"L’Ascension" : La montagne, ça lui gagne

ECRANS | de Ludovic Bernard (Fr, 1h43), avec Ahmed Sylla, Alice Belaïdi, Kevin Razy…

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

L’être humain est un animal social capable, même inconsciemment, d’empathie avec ses congénères : bâillez donc dans une rame de métro pour en avoir une preuve concrète. Ce réflexe mimétique fonctionne-t-il également avec le sourire ? Ludovic Bernard semble désirer le démontrer dans ce feel-good movie, multipliant les plans plein cadre sur des personnages aux mines réjouies et bienveillantes, respirant l’air pur des montagnes et le bonheur de vivre. Pour accroître le taux de bonnes ondes, son héros Samy — un jeune gars de Saint-Denis parti sans préparation aucune à l’assaut de l’Everest afin de conquérir la Nadia dont il est épris — ne se trouve confronté qu’à de sympathiques interlocuteurs ou partenaires. Ni une brève algarade avec des Anglais pleins de bière, ni l’attitude rigide de son guide taciturne (mais protecteur vis-à-vis de ce débutant) ne peuvent passer pour de réelles adversités dans son expédition, somme toute relativement tranquille. Même s’il se défend bien question altimétrie, L’Ascension aurait pu viser plus haut encore avec un scénario plus relevé ou ayant davantage de relief. Sa for

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"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr, 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors, imaginez-en un consacré à l’icône irénique Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite — pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que “JYC”, comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher : hagiographie consensuelle ou étude critique des nombreuses vies du bonhomme ? Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes ! Si Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’e

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept — une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc — pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque — exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre — la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive la so

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Only God forgives

ECRANS | Nicolas Winding Refn rate le virage post-Drive avec ce film vaniteux qui ressemble à l’œuvre d’un chef décorateur surdoué cherchant sans y parvenir quelque chose à raconter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 mai 2013

Only God forgives

Quand on avait découvert Drive, Nicolas Winding Refn n’était plus un inconnu : la trilogie Pusher et le génial Bronson avaient déjà montré l’étendue de son talent et de ses ambitions. Si surprise il y avait, c’était celle d’un cinéaste qui synthétisait dans une forme pop et romantique un creuset d’influences et de codes qu’il arrivait à régénérer. Avec Only God forgives, Winding Refn tombe dans son propre maniérisme et ce qui hier relevait du plaisir se transforme ici en effort désespéré pour faire autre chose que de l’imagerie pure et simple. L’argument, en soi, n’est pas plus original que celui de Drive : en Thaïlande, deux frères vivotent entre matchs de boxe et trafics de drogue. Le plus âgé, dans un coup de folie, tue une prostituée, avant d’être à son tour massacré par le père éploré, poussé dans son geste par un flic sadique adepte du karaoké. Débarque alors la maman de la fratrie, qui va pousser le frangin survivant à accomplir sa vengeance. Destockage à Bangkok Passons sur le sous-texte

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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’«idée originale» du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des «films X» est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette ainsi Molière dans une médiocre

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison d’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des «femmes de la classe moyenne» (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement — et on s’

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Vous n’avez encore rien vu

ECRANS | À travers un dispositif sophistiqué mais vite répétitif, Alain Resnais interroge l’éternel retour de l’art et la disparition de ceux qui le font vivre, dans une œuvre plus mortifère que crépusculaire plombée par le texte suranné de Jean Anouilh. Fin de partie ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Vous n’avez encore rien vu

Depuis sa belle association avec Bacri et Jaoui, Alain Resnais semble tourner chacun de ses films comme si c’était le dernier, ou plutôt en intégrant à ses récits cette conscience du spectateur : maintenant nonagénaire, le réalisateur rédige manifestement son testament artistique. Pourtant, les relents d’angoisse qui venaient pétrifier l’hiver de Cœurs ou la fugue printanière des Herbes folles n’avaient rien de surprenants de la part d’un homme dont le premier film était un documentaire de montage sur les camps de concentration nazis… Si crépuscule il y a, c’est plutôt dans la forme des films : on avait beau parler de «légèreté» et de «fantaisie», on sentait de plus en plus que ce cinéma-là trahissait son âge. Vous n’avez encore rien vu ne laisse plus de doute : Resnais régresse ouvertement vers un temps (les années 40) où les prémisses de ce cinéma moderne dont il fût un des ambassadeurs voisinaient avec un néo-classicisme théâtral aujourd’hui poussiéreux. Retour vers le passé Il y a donc le dispositif : de

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après "La Belle Personne" de Christophe Honoré (d’après "La Princesse de Clèves"), Bertrand Tavernier s’attaque à "La Princesse de Montpensier". Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mé

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Des hommes et des dieux

ECRANS | Les derniers jours des moines de Tibéhirine reconstitués par un Xavier Beauvois fasciné par son sujet, mais peu inspiré dans sa mise en scène, qui emprunte les chemins les plus attendus et évacue systématiquement le politique au profit du religieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux, ce n’est pas 12 hommes en colère, mais 7 moines en paix. Comme pour son précédent Petit lieutenant, qui prenait ses aises avec le polar tout en en respectant les lieux communs, Xavier Beauvois retrace les derniers jours des moines de Tibéhirine avant leur massacre dans les montagnes de l’Atlas algérien en détournant les codes du huis clos «cas de conscience». Pas de procès cependant ; la décision finale n’a de conséquence que pour ceux qui la prennent : partir en abandonnant sa mission ou rester quitte à y laisser la vie. Le scénario du film est donc rythmé par trois grandes scènes de réunion où chacun doit prendre position, donner ses raisons puis finalement participer au vote. Le reste du temps, Beauvois alterne entre plusieurs modes de récit : la rencontre entre les moines et les habitants du village (les moments les plus libres du film, quoique non exempts de facilités didactiques), l’irruption des terroristes puis de l’armée au sein du monastère et les rituels liturgiques filmés dans leur continuité. Le goût du sacré Si le cinéaste fait preuve d’une indéniable ma

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Victor

ECRANS | De Thomas Gilou (Fr, 1h35) avec Pierre Richard, Sara Forestier, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Jeudi 1 octobre 2009

Victor

Pure pâtisserie industrielle manufacturée par un cinéaste en pleine déconfiture (on ne s’est jamais remis du plan couscous de son Michou d’Auber), Victor est un film qui craint. L’introduction est racontée à toute berzingue, planquant telle la poussière sous le tapis l’absence de crédibilité du propos (un journal people organise un concours pour recueillir un vieillard : n’importe quoi !). Ensuite, on débarque le personnage principal (Sara Forestier, pauvre actrice en quête d’un second souffle commercial) au profit d’une pathétique satire à la Chatiliez où tout le monde, à un moment ou à un autre, est un gros enfoiré qui truande son prochain, au mépris de toute logique scénaristique. Ce triomphe cynique de la mesquinerie et de la médiocrité filmé à la va-comme-je-te-pousse dans une ambiance de grivoiserie bien franchouillarde fout franchement la gerbe, et on finit par en vouloir à Pierre Richard d’avoir prêté son talent à cette galéjade sinistre reposant sur une image de l’humanité on ne peut plus dégueulasse. CC

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Comme les autres

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr, 1h33) avec Lambert Wilson, Pilar Lopez de Ayala…

Dorotée Aznar | Mardi 26 août 2008

Comme les autres

Emmanuel, pédiatre, et Philippe, avocat, filent le parfait amour dans leur loft parisien. Seule ombre au tableau, Emmanuel veut un enfant et Philippe non. D’où clash, rencontre d’une potentielle mère porteuse sans-papiers, gags, doutes et autres quiproquos affectifs. Parti pour faire un documentaire sur l’homoparentalité, Vincent Garenq a compilé les anecdotes recueillies pour émailler la lénifiante linéarité de son script de quelques péripéties ne faisant guère illusion. L’absence totale de mise en scène, une fâcheuse tendance à enfiler les clichés comme des perles et des personnages peu crédibles malgré leur engoncement buté dans des stéréotypes “bon teint“ (Lambert Wilson et Pascal Elbé sont aussi crédibles en couple rive gauche que, disons, Laspalès et Chevallier en artistes martiaux) achèvent de caractériser Comme les autres comme une énième comédie de mœurs soumise aux diktats artistiques télévisuels. Ou le syndrome du réalisateur pétri de bonnes intentions dans son approche d’un sujet “sensible“, et qui à force de marcher sur des œufs finit par ne plus rien dire du tout…FC

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Le Grand Alibi

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h33) avec Miou-Miou, Lambert Wilson, Valeria Bruni Tedeschi, Maurice Bénichou...

Dorotée Aznar | Mardi 29 avril 2008

Le Grand Alibi

Le charme des films de Pascal Bonitzer repose sur la folie douce de ses personnages bloqués dans leurs errements amoureux. Dans son dernier film Le Grand Alibi, adaptation d'un roman d'Agatha Christie, il parvient à tenir le suspense de l'enquête. Ce qui n'est pas rien. Jusqu'au bout, on ne s'ennuie pas, cherchant à connaître l'auteur des deux meurtres, épaulé par le truculent Maurice Bénichou en charge du dossier. Pourtant, le vrai sujet de film, les passions amoureuses, est négligé. Ce qui aurait pu donner un film intense reste un métrage imprécis, notamment lors de la scène de résolution, un rien bâclée. Les premières scènes, pourtant, mettent l'eau à la bouche : échanges cinglants entre des personnages dont on découvre les relations peu saines. Les tons se mélangent : farce noire, vaudeville amoureux teinté de morbide, comédie de mœurs, polar, où est-on ? Un peu dans tout cela. Dans une immense maison bourgeoise perdue dans la campagne parisienne, un sénateur passionné d'armes (Pierre Arditi), et sa femme (étonnante Miou-Miou), épouse manipulatrice sous des apparences d'idiote, reçoivent pour le week-end. Deux jeunes filles, que le spectateur pourrait prendre pour l

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