Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne »

Le Retour de Mary Poppins | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané cinq Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Photo : © Kristy Sparow / Getty Images for Disney


Signer la suite d'un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ?
Rob Marshall
: À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu'un devait s'atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l'esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute.

Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n'y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l'époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période, qui trouve un écho très contemporain. C'était un exercice d'équilibriste d'arriver à cette touche moderne tout rendant hommage à la comédie musicale d'origine.

Le film de 1964 avait une dimension souterrainement politique (avec la mère de famille suffragette) ; celui-ci évoque l'avidité des banques — même s'il les sauve à la fin…
RM
: C'est inhérent à cette époque de la Dépression à Londres : toutes les maisons étaient saisies par les banques. En réalité, c'est une métaphore de la perte, et comment on la gère à l'âge adulte. Il s'agit là de combats de la vie difficiles à mener.

Emily, comment vous êtes vous préparée à devenir Mary Poppins ? Et qu'allez-vous garder de ce rôle ?
Emily Blunt
: Un de ses parapluies ! Sans le voler, j'ai, disons, mis la main dessus (rires) Sinon, comment je me suis préparée ? D'abord, le script était absolument exquis : on est arrivé à quelque chose de magique, de complexe dans la narration comme dans le jeu d'acteur. Mary Poppins est une sorte de contradiction, finalement, comme une tapisserie riche en couleurs : à la fois pratique et fantastique, elle a les pieds sur terre et la tête en l'air. Elle montre de l'humanité, elle est amusante, mais avec un côté brut de décoffrage. Quant à son excentricité, Rob et moi avons essayé qu'elle soit le reflet du livre.

Mary Poppins est-elle une super-héroïne ?
EB
: Les super-héros veulent toujours récolter des lauriers ; mais elle, pas du tout. Elle est mystérieuse, elle échafaude des plans qui permettent à chacun de se découvrir soi-même. Elle sème des graines pour que chacun découvre un autre point de vue de façon délicate et intelligente. En fait, c'est une super-héroïne qui place chaque personnage au centre de l'histoire.

Le Retour de Mary Poppins aussi une comédie musicale, avec une BO aux tonalités jazz et swing…
EB :
C'était vraiment énergisant de chanter les airs de ce film ! Le compositeur voulait rendre hommage à la musique du film de 1964 — une source d'inspiration. Toutefois, on entre ici dans un autre chapitre de l'histoire, une nouvelle ère. Et il y a des mélodies avec des orchestrations incroyables que j'ai adoré chanter — comme j'ai adoré danser.

Pourquoi ne pas avoir réutilisé les standards du précédent film ?
RM
: Nous aurions pu toutes les utiliser, mais nous développions un projet de comédie musicale originale. Il reste cependant de petites allusions au film de 1964 à des moments pivots. Par exemple, lorsque Mary Poppins apparaît, il y a trois notes. La BO initiale était très belle, mais il nous fallait trouver notre chemin sans avoir à y recourir trop souvent.

De la distribution originale, seul Dick van Dyke figure au générique…
RM
: Il a plus d'énergie à 92 ans qu'il n'en a jamais eu toute sa vie ; c'est de la caféine humaine ! Sur le plateau, il a eu droit à deux ovations. D'abord parce qu'il existait et après avoir tourné. Le compter parmi nous, 54 ans après le premier film, c'était une bénédiction. J'en avais le souffle coupé. Le terme est galvaudé, mais c'était magique.

N'avez-vous pas envisagé de confier une apparition à Julie Andrews, l'interprète historique de Mary Poppins ?
RM
: John De Luca et moi en avons parlé avec elle. C'est une amie de longue date : dans les années 1990, j'ai assuré la chorégraphie d'une production de Victor Victoria à Broadway et elle se réjouissait que nous fassions ce film : « ça a pris du temps, 54 ans ! » Et quand il a été question d'une participation de quelque manière que ce soit, bien avant que l'on commence à écrire le scénario, elle a dit que c'était le film d'Emily Blunt, pas le sien.


Le retour de Mary Poppins

De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda...

De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda...

voir la fiche du film


Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages pleins de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Graine de malheur : "Little Joe"

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Graine de malheur :

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

Continuer à lire

Mary à tout prix (et pareille à elle-même) : "Le Retour de Mary Poppins"

Comédie Musicale | De Rob Marshall (É-U, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Mary à tout prix (et pareille à elle-même) :

Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique pour s’occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s’emploie à sauver leur maison d’une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer… Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d’abord parce qu’elle s'applique davantage à répliquer l’opus initial qu’à le prolonger, histoire de montrer l’immutabilité de la nounou — laquelle pourtant à changé de physionomie en changeant d’interprète. Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l’air, en plus propre sur lui), l’oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche, la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contemporaines, cette Mary Poppins est donc plus une 2.0 qu’une n°2. Mais si la trame se conforme à l’original, cet épisode se distingue

Continuer à lire

The Danish Girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish Girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites — ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries… VR

Continuer à lire

Edge of Tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of Tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of Tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship Troopers, inspiré d’un bouquin d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne — quinze minutes — on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge — Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place — un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une «full métal bitch» campée par la passionnante Emily Blunt — l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth — magistral dramaturge anglais — et Christopher MacQuarrie — déjà derrière l’excellent

Continuer à lire

Bright star

ECRANS | De Jane Campion (ÉU-Ang, 1h59) avec Abbie Cornish, Ben Whishaw…

Christophe Chabert | Mercredi 23 décembre 2009

Bright star

L’histoire d’amour entre le poète romantique John Keats et sa jeune voisine Fanny Brawne, amour d’abord hésitant, puis passionné et finalement tragique, semblait un sujet en or pour Jane Campion, un peu en déshérence depuis sa Palme d’or avec "La Leçon de piano". Mais "Bright star" repose sur une convention envahissante qui, si on la rejette, met le film par terre. Campion dénie à ses personnages le droit à la quotidienneté, et les fige dans un langage et des situations qui renvoient sans arrêt à leurs aspirations poétiques. Il y a quelque chose comme un cliché absolu à voir Keats et Brawne se réciter toutes les cinq minutes un poème en prenant un air pénétré, ou à les regarder se tourner autour, n’osant pas se rapprocher charnellement malgré leur évidente communion spirituelle. L’humour cynique à la Oscar Wilde apporté par le personnage de Brown, ami et négatif de Keats, sonne tout aussi artificiel… La mise en scène de Campion, corsetée jusqu’au pléonasme, accentue encore la sensation d’être devant la vision fantasmée d’une époque, comme peuvent l’être certains péplums où tous les personnages s’expriment avec des dialogues de tragédie antique. La cinéaste, autrefois chantre d’u

Continuer à lire

Sunshine cleaning

ECRANS | De Christine Jeffs (ÉU, 1h20) avec Amy Adams, Emily Blunt…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Sunshine cleaning

Sunshine cleaning tente de répondre à une question qui hante bon nombre d’esprits plus ou moins équilibrés : que deviennent donc les pom-pom girls après leur gloire lycéenne ? Rose, par exemple, égérie adolescente aux succès indécents, regarde désormais sa trentaine froidement dans les yeux. Entourée de sympathiques losers lui tenant lieu de famille, elle se met en tête de créer une entreprise de nettoyage de scènes de crime ; d’où gags, quiproquos, et résurgences dramatiques de traumas originels. Depuis que des petits malins ont cracké le code de la nouvelle comédie US indépendante, on peine un peu à trouver notre compte dans des œuvres reproduisant les mêmes schémas sans jamais les renouveler cinématographiquement. Un zeste de cellule familiale gentiment branque (on retrouve même Alan Arkin dans un rôle rappelant de façon tenace son personnage dans Little Miss Sunshine), une pincée de fausse provocation se faisant en fait l’expression d’un désir de retour à la norme (dans l’exacte lignée de Juno), des situations décalées mais pas trop… Le résultat n’est pas forcément désagréable à regarder, si ce n’est qu’on est à ce point en territoire connu que la résolution de l’in

Continuer à lire