M. Night Shyamalan : « j'aime les films incomplets où le public remplit les béances de la narration »

Glass | De passage en France pour présenter la fin de sa trilogie entamée il y a 19 ans, M. Night Shyamalan était accompagné d’un seul comédien, mais qui interprète une vingtaine de rôles, James McAvoy. Fragments d’une conférence de presse…

Vincent Raymond | Mercredi 16 janvier 2019

Photo : © Kristy Sparow / Getty Images



L'apparition finale de Bruce Willis après le générique de Split signifiait-elle que Glass déjà planifié, écrit et prêt à être tourné ?
M. Night Shyamalan
: Cela s'est passé étape par étape. Je tenais à faire avec Split un thriller autonome, et j'ai demandé à Disney la permission d'utiliser le personnage de David, joué par Bruce Willis dans Incassable. Contre toute attente, ils ont accepté pour un film Universal. Cette autorisation nous a permis d'envisager la suite. Mais je n'ai rien écrit avant la sortie de Split, j'ai attendu, au cas où le film ne fonctionnait pas, ça n'aurait pas été la peine de tourner une suite. Puis il a fallu demander l'autorisation à Disney et Universal — étant donné que chacun des deux studios est propriétaire à 100% des films et donc de tous les personnages —, en leur précisant que je tenais à en assurer la production, que cela demeure un “petit“ film et que les deux le distribuent conjointement. Ils ont dit OK, c'est ce qui a déclenché le film.

Et vous James, étiez-vous courant dès Split de cette possibilité ?
James McAvoy :
Je ne savais que très peu de choses du projet quand on a commencé. J'avais trouvé dans le scénario une petite référence, un lien possible avec Incassable : « ah, il se fait de l'auto-référence, c'est très cool, c'est sympa » Et pendant les répétitions pour Split, j'ai commencé à comprendre qu'il y avait des liens assez forts avec le personnage de David — en fait, j'ai fait semblant d'avoir compris. En discutant plus tard, Night m'a parlé de cette possibilité de tourner Glass. Comme il y a tellement de projets qui achoppent pour les acteur, je n'y ai pas prêté attention. Pourtant, j'ai vu cette grande promesse devenir peu à peu réalité. C'est merveilleux de voir tout qu'il fallait surmonter pour que ce film soit possible.

De la vingtaine de personnages que vous interprétez, lequel est votre préféré ?
JMcA :
Dans Split, c'était Patricia ; peut-être qu'ici ç'a été Hedwig. Mais j'ai un faible pour ce “petit“ personnage qu'est le “narrateur“, celui qui raconte sa vie à la troisième personne. Je l'ai vraiment adoré.

La Belle et la Bête

Est-il plus difficile de jouer l'hyper-virilité de la Bête ou la démarche d'une femme ?
JMcA :
Je dois dire que c'est la Bête qui a été la plus difficile à trouver. Patricia est venue plus facilement, dès Split. elle était comme une bonne sœur, c'est quelqu'un qui a envie de contact physique, il y a en elle quelque chose qui bout, une envie de sensualité. Même si dans Glass on la voit peu, et qu'elle est surtout avec ses frustrations pouvant créer des effets comiques, on l'amène ici vers quelque chose de plus traumatique et on la voit dans des situations plus compliquées.

La Bête n'a pas été facile à trouver. Il est comme un alien sur Terre. Quand on s'attaque à un tel personnage, le danger, c'est de surjouer et de mal interpréter. On essaie de faire preuve d'élégance, de tact et aussi de sincérité pour le construire. Mais la clef de ce personnage, comme des autres, c'est Kevin, parce qu'il est la source de tous les autres.

Plusieurs scènes de Glass proviennent d'Incassable, et avaient été coupées à l'époque…
MNS :
Il y en a même encore une autre qu'on voulait utiliser dès l'écriture, lorsque David s'adresse à un prêtre, peu de temps après l'accident de train. Il le questionne sur ce qui s'est passé. Le prêtre lui répond : « ça veut simplement dire que vous avez eu de la chance, c'est tout ». David enchaîne : « ce n'est pas possible, je suis le seul survivant, ça a forcément une signification » Et le prêtre ajoute, avant de fondre en larmes : « j'ai un neveu de douze ans qui a péri dans le train, la nuque brisée à plusieurs endroits. Vous voudriez dire que vous seriez l'Élu ? » Cette scène était tellement dramatique et triste que j'ai décidé à la dernière minute de la retirer du montage de Glass, parce que dans un thriller il faut avancer selon les lois du thriller.

Glass est-il un thriller avant d'être un film de super-héros ?
MNS :
Mon truc, c'est de raconter des histoires par le suspense. Celui d'Hitchcock, c'était de raconte une histoire par la tension du cadre, ça lui appartient pour toujours. Je suis de cette école, c'est ça qui me parle dans le cinéma, plus que la façon de raconter par la juxtaposition des plans et le montage — même si j'aime cela. La narration d'Hitchcok est vraiment mon domaine et mon élément.

Pour la séquence dans la fabrique de briques de Glass, on a ainsi alterné les plans, des points de vue supplémentaires, les uns à la suite des autres ; on les permuté, on a renversé la caméra pour suivre le point de vue d'un des protagonistes, on est passé sans cesse par des points de vues différents jusqu'à aller très loin avec la caméra. C'est vraiment un récit avec la caméra qui fait que Glass appartient au domaine du thriller.

L'Indien bouclé

Vous partagez avec Hitchcock le goût pour les caméos…
MNS :
J'aime apparaître dans mes propres films. Mais ce que je ne veux pas, c'est interrompre la narration. Il se trouve que je n'ai pas une présence très… discrète. Dès que j'apparais à l'écran on dit : « tiens voilà l'Indien bouclé, celui qui joue le rôle du voisin », je ne veux pas amener le public à trop se focaliser là-dessus.

Glass s'achève comme Split par une sorte de teaser…
MNS :
Je crois que j'aime les films imparfaits, incomplets ; ceux qui laissent le public, quand il sort de la salle, terminer l'histoire par lui-même en remplissant les béances de la narration. C'est le cas de beaucoup de films appartenant à l'histoire du cinéma que j'aime… et c'est comme cela que j'aime faire des films. Ce à quoi vous faites allusion est de l'ordre de la béance. À chaque fois dans un film — c'est valable pour les deux précédents, Incassable et Split —, on arrive toujours à un moment où le public se dit « ah, mais c'est ça ? », et je l'invite à compléter sa méta-histoire sur la trilogie. Pour ma part, je pense en avoir fini avec ces personnages. Il est temps que je m'en éloigne et que je passe à autre chose.

Vous arrive-t-il d'éprouver l'angoisse de la page blanche ?
MNS :
La page blanche me stimule énormément ! En rentrant chez moi, que ce film soit un succès ou un échec, je vais me mettre à distance pour pouvoir passer à autre chose. Je sais avant tout que j'ai envie d'écrire, mais je n'ai pas résolu tous les aspects de l'écriture. Rien ne m'oblige à écrire ce film, sans doute, mais comme j'ai peur de ne pas y arriver, je dois m'y atteler. Peut-être que ce sera une perte de temps, mais il faut que je me force, que je force le sujet à arriver et les idées à venir. Et c'est comme cela que dans quelques jours, je vais me trouver avec le syndrome de la page blanche.

Mais j'ai une théorie pour en sortir : si je n'arrive pas à écrire, je cherche des idées, quelles qu'elles soient, sans lien commun, sans qu'elles constituent forcément une histoire. Je pense à une femme qui fait ceci ou cela, à un arbre, à son ombre portée, et je les écris. Hier, à l'hôtel, j'ai commencé à écrire que j'aimerais tourner un film avec des mouvements de caméra extrêmement précis allant de A vers B, comme dans Rashômon de Kurosawa. Tant que je n'aurai pas mis de l'ordre dans ces éléments épars, que je ne me serai pas mis à l'écriture, je ne serai pas en paix.

Vous savez, il en est des idées comme des femmes en général : une femme qui vous dit « je t'adore, je te veux, je t'aime », vous dites OK bof, vous n'êtes pas attiré. Mais celle qui vous dit qu'elle est avec quelqu'un, elle vous passionne, vous avez envie de la séduire. C'est exactement ce qui se passe pour moi avec les idées de films. Une idée qui vient, je sais qu'elle m'intéresse moins qu'une idée à laquelle il faut que je travaille, qui n'est pas évidente à faire fonctionner.


Glass

De M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis...

De M. Night Shyamalan (ÉU, 2h09) avec James McAvoy, Bruce Willis...

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Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn - l’homme incassable - poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…


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50 nuances de Grey :

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Avec le nouveau festival Superspectives, la musique contemporaine au pluriel

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

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Ben Glassberg, premier chef invité associé de l'ONL

Auditorium de Lyon | Pour la première fois de son histoire, l'Orchestre National de Lyon aura un chef invité associé : il s'agit du Britannique Ben Glassberg.

Sébastien Broquet | Mardi 12 mars 2019

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« Nous avons créé spécialement pour Ben Glassberg le titre de chef invité associé, car les musiciens et la direction souhaitaient continuer la belle collaboration entamée lors du 55e Concours de Besançon. Dans les cinq ou dix ans à venir, Ben Glassberg va peaufiner son métier de chef. Pour progresser, il aura besoin d’un orchestre bienveillant, qui le connait et avec lequel il pourra construire des choses sur le long terme. L’Orchestre National de Lyon est heureux de participer à la carrière d’un artiste si talentueux » explique Aline Sam-Giao, directrice de l'Auditorium, dans un communiqué annonçant pour la première fois la nomination d'un chef invité associé. Le rajeunissement se poursuit donc au sein de cette vénérable institution, puisque le jeune diplômé en musique de l'Université de Cambridge est âgé de seulement 24 ans. Se dévoile avec cette nomination un double objectif : rajeunir, mais aussi transmettre et accompagner. Le Britannique signe pour trois saisons, lors desquelles il dirigera l'Orchestre National de Lyon aussi bien pour des chefs d’œuvre du répertoire que des pièces plus rares de compositeurs re

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En verre et contre tous : "Glass"

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Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

En verre et contre tous :

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Glass Animals : la vie des autres

Pop | Surpris par le succès de son premier album, le quatuor Glass Animals, s'est lancé pour le second, How to be a human being, dans une sorte d'épopée pop du quotidien.

Stéphane Duchêne | Mardi 25 avril 2017

Glass Animals : la vie des autres

L'affaire devrait plaire à l'écrivain François Beaune, lui qui, depuis quelques années, passe la majeure partie de son temps à recueillir comme un entomologiste des histoires vraies de vrais gens tout autour de la Méditerranée et un peu partout en France – initiative qui a produit deux ouvrages remarquables : La Lune dans le puits et le roman Une histoire de Gérard en Occident – comme s'il s'agissait de répondre par petites touches, comme on compose un puzzle, à une question qui pourrait être : « Comment être un être humain ? » C'est en effet le titre, How to be a human being (en anglais et sans point d'interrogation), du second album de Glass Animals sur lequel ils ont peu ou prou tenté de livrer un manuel de l'être humain. L'idée est venue au leader chanteur Dave Bailey, alors que le groupe goûtait à peine le succès de leur premier disque Zaba : des centaines de milliers d'albums vendus, des centaines de millions de streams sur Spotify, des scènes parfois énormes marquant les étapes d'une de ces tournée dont les temps morts sont propices à

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"Miss Peregrine et les enfants particuliers" : abracadabra, Tim Burton est ressuscité !

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Dépositaire des histoires de son grand-père qui vient d’être assassiné et énucléé par un monstre, un ado part à la recherche d’une boucle temporelle où vit depuis le 3 septembre 1943 Miss Peregrine et son orphelinat pour enfants doués de pouvoirs surnaturels. Son but ? Vraisemblablement les protéger, venger son aïeul et plus si affinités… Comme un enfant pour grandir doit se résoudre à abandonner ses antiques doudous chéris, fallait-il que Tim Burton se défasse de tous ses collaborateurs de longue date pour arrêter de tourner en rond — ou en vain ? Au rebut, Johnny “mono-expression figée” Depp, Helena “harpie transformiste” Bonham-Carter, Danny “boîte à musique” Elfman, pareils à des objets transitionnels le raccrochant à ses vieux pots éventés desquels il ne sortait plus que de vilaines soupes depuis des années. Il lui a sans doute fallu se faire violence pour aller chercher des talents compatibles avec son univers — certains, comme Eva Green, Terrence Stamp ou Bruno Delbonnel avaient déjà fait un round d’observation chez lui. Mais le résultat vaut le “sacrifice” : Miss Peregrine… e

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X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

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Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

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Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

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Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour le

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De par sa connaissance monstrueuse du cinéma et son admiration pour Howard Hawks, Tarantino devait s’y attendre : lorsque l’on commence à s’immiscer dans l’univers du western, s’en extraire n’a rien d’une sinécure. Une question d’adhérence (celle du sang frais et visqueux aux bottes ?) ou d’adhésion intime à sa logique dramaturgique parfaite et épurée. Car l’Ouest n’est pas un monde sans foi ni loi. Connaissant des règles absolues et définitives, il séduit par sa radicalité claire, impitoyable, ne souffrant pas la moindre circonstance atténuante. L’Histoire américaine s’y est écrite, forgée à partir de mythes (con)fédérateurs. Depuis, nombreux sont les auteurs et cinéastes à être venus puiser dans cet immense territoire narratif, cet idéal de liberté faisant figure de paradis perdu et abstraction du rigorisme moral contemporain — tel Tarantino. Vous ne trouverez donc pas de minauderies hypocrites dans Les Huit salopards, ni de révisionnisme des comportements d’époque pour éviter de heurter nos ligues de vertu d’aujourd’hui. Puisque l’histoire se déroule après la Guerre de Sécession, ça fume, ça boit, ça jure, ça donne du «nigger», ça

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«La musique de Glass : une invitation à contempler» - Interview de Bruce Brubaker

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Stéphane Duchêne | Samedi 10 octobre 2015

«La musique de Glass : une invitation à contempler» - Interview de Bruce Brubaker

Pourquoi cette fascination pour le travail de Philip Glass ? Que représente-t-il pour un musicien tel que vous ? Bruce Brubaker : Pour moi, certains des morceaux que Philip a écrit pour le piano ouvrent un territoire d'expérience et de temps musicaux qui ne seraient tout simplement pas accessibles autrement ! Bien sûr, il y a là de jolis sons et des harmonies qui nous comblent émotionnellement mais, plus que tout, leur qualité première et d'être dans l'instant, le présent et de nous y projeter – maintenant ! Reste qu'on peut légitimement se demander à quoi bon jouer les oeuvres de Philip Glass à sa place. C'est un peu, toute proportion gardée, comme jouer du Mozart avec Mozart regardant par-dessus votre épaule. Que peut-on apporter à ces œuvres de plus que leur auteur ? Pour moi, le circuit musical complet de la “musique écrite” se décline comme suit : l'auteur de la musique, l'interprête et ensuite l'auditeur. Chacune de ces composantes est nécessaire. Quand un auteur a terminé d'écrire, son texte peut-être lu de bien des manières différentes. Il est très intéressant d'entendre un compositeur jouer sa propre musique, mai

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The Visit

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Bruce Brubaker, San Fermin et Yael Naim ouvrent la saison 2015/2016 des PB Live

MUSIQUES | Philip Glass joué par Bruce Brubaker au Sucre, Yael Naim qui fricote pour la quasi première fois avec le Quatuor Debussy en la Chapelle de la Trinité et le retour de San Fermin au Marché Gare : cette saison, le PB Live voit triple.

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On avait laissé les Petit Bulletin Live résonner sur les dernières notes du Songs of Time Lost de Piers Faccini et Vincent Segal au Temple Lanterne en novembre dernier – ces derniers y refaisant un passage le 10 décembre. Certes, le temps fut long, mais comme l'a chanté Francis Lalanne, «on se retrouvera», et ce dès le 21 octobre. Et pas avec Francis Lalanne, c'est dire si le public est gâté. Et pas que pour une seule date, mais trois. Cette année, le PB Live, après une remise en forme, s'est converti à la tactique bien connue de Jacques Anquetil et de notre précieux et enthousiaste partenaire Rain Dog Productions :«On part à fond, on accélère au milieu et on finit au sprint.» Donc on part à fond, avec du lourd et du pointu, un bon 53x12 en langage cycliste mais qui, une fois lancé, roule tout seul : Bruce Brubaker joue Glass. Au Sucre. Parce que personne ne joue mieux Glass que Brubaker, à part peut-être Glass lui-même. On y revient de toute façon très vite. Sachez simplement que, interprétées par un tel virtuose, les études pour piano solo de Philip Glass,

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Cinéma : une rentrée en Force

ECRANS | Cette rentrée 2015 ressemble à une conjonction astronomique exceptionnelle : naines, géantes, à période orbitale longue ou courte, toutes les planètes de la galaxie cinéma s’alignent en quelques semaines sur les écrans. Sortez vos télescopes ! Enfin… chaussez vos lunettes. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Cinéma : une rentrée en Force

C’est l’étoile Jacques Audiard, tout de Palme laurée, qui a annoncé la fin de la trêve estivale en mettant Dheepan en orbite le 26 août — une précocité qui n’égale pas celle de Winter Sleep l’an passé : le film de Nuri Bilge Ceylan avait jailli début août sur les écrans. Dans son sillage, l’intégralité (ou presque) du palmarès cannois va se révéler : Mon roi de Maïwenn (Prix d’interprétation féminine pour Emmanuelle Bercot) et Chronic de Michel Franco (Prix du scénario) le 21 octobre, The Lobster de Yorgos Lanthimos (Prix du Jury) le 28, Le Fils de Saul de László Nemes (Grand Prix) le 4 novembre. Si l’on excepte Maïwenn, il y a là un étonnant tir groupé ; comme si les jeunes cinéastes étrangers distingués sur la Croisette s’étaient ligués pour tenter d’exister commercialement. Car la concurrence en salle sera rude : d’abord, les poids lourds écartés de Cannes mais chouchous du public préparent leur revanche. Youth, nouvelle méditation mélancolique sur l’âge et le temps qui file signée Paolo Sorrentino, réunissant

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Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

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Prochain PB Live : Philip Glass par Bruce Brubaker

Pianiste virtuose considéré comme l'un des maîtres actuels de la musique répétitive, c'est Bruce Brubaker qui ouvrira en grand la saison des Petit Bulletin Live pour un concert exceptionnel au Sucre le 21 octobre. Au menu, l'une de ses spécialités : la (ré)interprétation de l'oeuvre pour piano solo de Philip Glass. Mieux : dans l'esprit du Philip Glass Ensemble primordial qui squattait lofts et galeries, Brubaker évoluera devant un public qui aura tout loisir de choisir sa position d'écoute (debout, assis, couché) dans un rooftop laissé à nu et prêt à accueillir l'hypnose minimaliste. Billetterie : http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Musique-classique-BRUCE-BRUBAKER-PLAYS-PHILIP-GLASS-LYBRU.htm

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Kingsman : services secrets

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Drôle de film raté que ce Kingsman, antipathique à force de chercher la connivence et le deuxième degré avec le spectateur. L’idée est de créer une sorte de James Bond 2.0 qui connaîtrait par cœur les codes de son modèle et se plairait à les pasticher en multipliant clins d’œil et références décalées. Une sorte de Scream de l’espionnage que Matthew Vaughn, tentant de reprendre la formule déjà contestable de son Kick-Ass, plonge dans une esthétique de comic book où la violence, pourtant extrême — corps coupés en deux, têtes qui explosent — serait dans le même temps totalement déréalisée. Même le propos politique, plutôt judicieux sur le papier — comment un nerd félé, incarné par un Samuel L. Jackson s’amusant manifestement à jouer avec son cheveu sur la langue, utilise le consumérisme ambiant pour pratiquer une ségrégation radicale entre les élites et le peuple, promis à l’autodestruction — ne va finalement pas plus loin qu’une grosse baston dans une église et des décapitations en série transformées en feux d’artifices multicolores. Des idées to

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Notwist again

MUSIQUES | Après un concert magique en ce même lieux en 2008, les Allemands de The Notwist, vingt-cinq ans d'âge, reviennent à l’Épicerie Moderne avec sous le bras une ribambelle de tubes glacés et exigeants et un album tout chaud comme ultime preuve d'une forme olympique mais jamais ostentatoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

Notwist again

On dit que The Notwist se serait un peu ramolli après vingt-cinq ans d'activité. Faux. C'est bien mal connaître les teutons de Weilheim. Il n'y a qu'à écouter les singles de leur dernier album, Close to the Glass, pour s'en convaincre, qu'il s'agisse du ravageur Kong, dans la droite lignée des grandes chansons du groupe, mélange de chaleur humaine et de distanciation glacée tout entier contenu dans la voix blanche de Martin Archer, ou de la plus expérimentale tambouille électro-free jazz du titre éponyme.  De voir aussi l'énergie déployée par les Teutons lors de leur concert au Divan du monde, tapant sur leurs batteries, maltraitant leurs guitares, triturant leurs "beat-onios" électroniques – ces fameuses manettes de Wii déjà utilisées par le drôlissime Martin "Console" Gretschmann tels des nunchakus lumineux pour commander ses machines à distance lors du dernier passage du groupe à l'Epicerie Moderne, qui restera dans les annales comme un très grand concert... Et surtout continuant de faire preuve d'une inventivité d'interprétation sans faille mais aussi de la générosit

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Philip Glass : de l'autre côté du miroir

MUSIQUES | En écho au festival stéphanois Nouveau Siècle, Philip Glass, 76 ans, investit pour un soir le théâtre de la Renaissance. Au programme, un récital des œuvres les plus marquantes pour piano solo de celui qui est présenté tantôt comme le plus populaire des minimalistes répétitifs, tantôt comme le plus répétitif des minimalistes populaires. Explications. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 10 janvier 2014

Philip Glass : de l'autre côté du miroir

A l'image du minimalisme dont il est issu et auquel on continue de le rattacher aujourd'hui, Philip Glass a fait l’objet de nombreux débats d'initiés, souffrant de la comparaison avec la musique savante plus complexe, mais aussi coupable d'avoir su trouver un public et connu un important rayonnement. En gros, de s'être fourvoyé, d'avoir vendu son âme à la pop, et le tout sans trop se fouler la couenne. De Glass, le violoniste David Harrington, fondateur du Kronos Quartet – complice régulier du compositeur – a ainsi dit en février 2012 dans le Village Voice : «Certains musiciens méprisent ouvertement sa musique, arguant qu’elle est simple, voire simpliste (…). Ils feraient mieux d’essayer d’en faire autant. La musique de Philip requiert la plus extrême clarté d’interprétation de sons, de tons, de rythmes que l’on puisse musicalement imaginer. Il développe une impulsion, une humeur et un type de texture uniques à travers le seul usage de la répétition». Sutra Bien sûr, on arguera qu’il n’y a pas de fumée sans feu et l’on aura sans doute raison, car le style, la méthode, le label Philip Glass, sa tendance à l’auto-citation – fruit de la répé

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After Earth

ECRANS | Étrange sensation face à cette rencontre entre la dynastie Smith et l’ex-prodige déchu Shyamalan, celle d’assister à un film dont la simplicité le tire à la fois vers la beauté et vers l’ennui, à une œuvre coincée entre l’épure et l’esbroufe, la sincérité et les arrières pensées. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 juin 2013

After Earth

La première surprise d’After Earth, c’est qu’il n’y a à proprement parler aucune surprise. Comprenez : pas de twist spectaculaire, pas de grands morceaux de bravoure, pas de 3D débordante. Même les décors, soigneusement choisis pour représenter une terre revenue à l’état sauvage après une catastrophe écologique ayant obligé l’humanité à la déserter, ne sont jamais regardés comme des éléments d’exotisme rétro-futuriste, mais dans l’ordinaire d’une nature ayant repris ses droits ancestraux. Ça, c’est pour le versant M. Night Shyamalan, et on peut voir After Earth comme un autodafé de son horrible Dernier maître de l’air : là où hier, la surenchère était de mise pour tenter de retrouver le crédit des studios, c’est un principe déflationniste qui s’applique ici, mais qui conduit paradoxalement à retrouver l’éclat de ses premières œuvres. Même lenteur calculée, mêmes dialogues chuchotés comme si les personnages se réveillaient d’un accident en état

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La Renaissance se confirme

SCENES | Le théâtre oullinois attend avec impatience l’arrivée du métro B à sa porte. Ce sera chose faite le 11 décembre. En attendant, Roland Auzet, son directeur-artiste, a conçu sa deuxième saison avec de très nombreuses collaborations pour proposer pas moins de 42 spectacles ! Décryptage des mois à venir dans ce qui s’impose comme LE lieu consacré aux liens entre entre musique et théâtre dans la petite couronne lyonnaise. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 15 avril 2013

La Renaissance se confirme

Une fois n’est pas coutume, voici une saison théâtrale qui commence… en juin ! Le Théâtre de la Renaissance se délocalisera sur la colline de Fourvière pendant les Nuits avec FoRest de Jérôme Thomas, accompagné d’un impromptu le 10 juin entre ce circassien et Roland Auzet, son acolyte dans Deux hommes jonglaient dans leur tête, une pièce qui ne cesse de tourner depuis sa création en 2008. Pour parfaire ce dialogue entre le festival et le théâtre, l’ensemble autrichien de musique baroque Franui mettra en notes une des Vies minuscules de Pierre Michon, lue par le génial André Wilms. Partenaires particuliers Tout au long de la saison, le Théâtre de la Renaissance va donc s’associer à d’autres manifestations culturelles du territoire comme la Biennale d’Art contemporain, en accueillant une installation musicale de Michel Aubry sur le site du Bac à Traille. Le festival international de théâtre des Célestins, Sens interdits, fera lui halte pour la première fois à Oullins avec le retour du Chœur de femmes de 48 polonaises pour une trilogie les 26

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Qui es-tu Django ?

ECRANS | Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 janvier 2013

Qui es-tu Django ?

Django unchained, hommage ou remix ? Les deux et plus encore. Au commencement il y a Django, légende du western italien. Année 1966 : dans la foulée de Pour une poignée de dollars, Sergio Corbucci explore le genre avec frénésie et s'inspire d'une BD où un personnage trimballe partout un cercueil. De cette figure, il tire une intrigue épurée (un pistolero venge sa femme tuée par un chef de gang raciste), prétexte à une relecture décharnée des Sept samurais. Plantant son décor dans un Far West fantomatique et boueux, peuplé de personnages violents et corrompus, Django se taille alors vite une réputation de petit objet déviant et sulfureux. Succès populaire, le film acquiert une telle aura qu'il engendre quantité de pseudo-suites, clones bâtards, les distributeurs étrangers ne se gênant pas pour rebaptiser Django tout ce qui vient d'Italie avec un colt. Il faut attendre 1987 pour enfin voir débarquer une suite, officielle, sans Corbucci aux commandes mais toujours Franco Nero dans le rôle titre (le Django original). Stallonemania oblige, le film a des airs de Rambo 2 dans l'Ouest - un juste retour des choses quand on sa

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Django unchained

ECRANS | Chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs cupides et racistes, «Django Unchained» n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu aujourd’hui à offrir 2h45 de spectacle qui semblent passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios écrits contre toutes les règles hollywoodiennes, privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves torses nus et l’haleine fumante traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure n’avait rien d’artificiel : elle marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il donnait une réelle gravité à ses sujets, prenant ce qu’il montre

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Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l'automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

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Classic Pop

MUSIQUES | Kronos QuartetÀ l'origine ensemble de chambre, le Kronos Quartet est la formation la plus innovante du classique contemporain et même de la planète (...)

Stéphane Duchêne | Dimanche 7 octobre 2012

Classic Pop

Kronos QuartetÀ l'origine ensemble de chambre, le Kronos Quartet est la formation la plus innovante du classique contemporain et même de la planète musicale, ne reculant devant aucune barrière pour jouer, entre autres, les dévoreurs de musiques pop. La preuve avec ses adaptations de Jimi Hendrix, Sigur Ros, Television ou Bob Dylan. Francesco TristanoPianiste classique de formation formé à la Juillard School, également spécialiste de baroque (Frescobaldi, Bach), le Luxembourgeois, qui émarge sur le label créé par Agoria, InFiné, trempe régulièrement ses doigts dans l'électronique et la musique contemporaine : au sein du trio Aufgang ou lorsque, sur Not for Piano, il reprend des pièces électroniques de Jeff Mills, Derrick May ou Autechre. Philip GlassSymphonies tirées de Heroes et Low de David Bowie, collaborations avec Suzanne Vega et Mick Jagger, album avec Leonard Cohen (The Book of Longing), adaptation pour orchestre du Icct Hedral d'Aphex Twin ou pour piano du Sound of Silence de Paul Simon... Le compositeur contemporain d'opéras, de musiq

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Expendables 2

ECRANS | Retour de «l’unité spéciale» emmenée par Stallone, avec quelques nouvelles recrues prestigieuses, pour un deuxième volet mieux branlé que le précédent, assumant sans complexe son côté série B d’action vintage. Curieusement plaisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 22 août 2012

Expendables 2

«On devrait tous être au musée». C’est une des dernières répliques d’Expendables 2, et cela résume parfaitement l’esprit de cette improbable franchise : les papys du cinéma d’action font de la résistance, un dernier tour de piste de prestige qui est aussi, pour certains, l’occasion de sortir de la malédiction du direct to DVD qui les frappe. Pour ce deuxième épisode, Stallone, fort du succès du premier, a d’ailleurs réussi la totale (ou presque, Steven Seagal manque à l’appel !) en incorporant au casting Jean-Claude Van Damme et Chuck Norris et en laissant plus d’espace à Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger, au-delà des simples apparitions clin d’œil du premier. La recette est peu ou prou la même : une équipe de mercenaires, une mission, de la castagne et des vannes en guise de dialogues. Plus une pincée de distanciation mélancolique sur l’air de «On est trop vieux pour ces conneries», lucidité bienvenue même si elle n’empêche pas les vétérans d’exhiber gros bras et dextérité dans le carnage lorsque l’occasion se présente — fréquemment. À l’est, que des anciens On pouvait craindre qu’en laissant sa place derrière la caméra

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Moonrise kingdom

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Dorotée Aznar | Mardi 31 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“ tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités. Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men au commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connue vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop ra

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Le Dernier maître de l’air

ECRANS | M. Night Shyamalan s’aventure dans le blockbuster familial avec cette adaptation d’un dessin animé sous forte influence manga. Le résultat, laborieux, confus et peu inspiré, confirme la perte de vitesse de l’ex-wonder boy d’Hollywood. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 9 juillet 2010

Le Dernier maître de l’air

Avec une frénésie qui confine à l’hystérie pure et simple, Le Dernier Maître de l’air nous jette à la figure dès ses premières secondes son univers visuel, les clés de sa mythologie et leur application concrète. Cet empressement ressemble à un aveu : M. Night Shyamalan, en acceptant de tourner ce lourd blockbuster inspiré d’une série animée lorgnant ouvertement sur l’héritage des mangas japonais façon Dragonball, a flanqué aux orties tout ce qui jusque-là définissait son style. À savoir, un savant mélange entre une durée flottante et un espace qui, même replié sur la subjectivité de quelques personnages ordinaires, finissait par s’ouvrir à des mondes infinis (les fantômes de Sixième sens, les super-héros d’Incassable, l’invasion extra-terrestre de Signes ou, sommet de son œuvre, la grande peur réactionnaire du Village). Le Dernier Maître de l’air, à l’inverse, ne crée jamais de lien intime à l’écran entre ses héros et l’univers dans lequel ils évoluent. Ce devrait pourtant être le sujet du film : la lutte entre des enfants ayant la capacité de contrôler des éléments naturels (l’eau, l’air

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L'œil de Glass

MUSIQUES | Aux Nuits de Fourvière, Philip Glass jouera pour la première fois en France la partition qu'il a composée pour le dernier volet de la trilogie Qatsi de Godfrey Reggio. L'occasion de revenir sur les rapports que Glass entretient avec l'image en général et le cinéma en particulier. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 juillet 2005

L'œil de Glass

Quand Philip Glass accepte en 1976 de travailler avec Godfrey Reggio sur Koyaanisqatsi, ce n'est pas sans réticence. L'idée de créer une partition pour un film ne l'enthousiasme guère, et c'est vraiment la spécificité du projet qui lui donne envie de franchir le pas. 20 ans plus tard, Glass est désormais un des musiciens incontournables en matière de bande originale de films, ses services étant loués aussi bien pour des films indépendants que pour des productions plus ambitieuses commercialement. Un renversement de situation qui est aussi le reflet de l'itinéraire personnel de Glass, parti de la musique "savante" pour se rapprocher ensuite de formes plus populaires, refusant de se laisser enfermer dans un ghetto élitiste de "music snobs" (comme il nous le déclarait en l'an 2000). 70 : Reggio, un après-Wilson L'expérience cinématographique de Glass avec Koyaanisqatsi découle pourtant logiquement de son travail antérieur avec Bob Wilson. Le metteur en scène, à l'époque, invente un théâtre bâti sur le visuel, l'image, la lumière, et l'association avec Philip Glass pour l'opéra Einstein on the Beach marquera l'aboutissement de ce

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