Philippe Godeau & Omar Sy : « le film parle d'un voyage, il en est aussi un pour moi »

YAO | En dédiant YAO à leurs pères respectifs, Philippe Godeau et Omar Sy insistent sur l’importance de la question de la transmission et des racines se trouvant au cœur du film. Retour sur ses origines en compagnie du scénariste-réalisateur et du comédien.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Photo : © Nouma Bordj


Vous êtes tous deux coproducteurs. Autrement dit, votre implication est double puisqu'elle va au-delà de l'investissement artistique. Pourquoi spécifiquement sur ce film ?
Philippe Godeau
: Omar, c'est l'acteur numéro 1. En faisant un film en Afrique, au Sénégal, j'avais l'envie de partager une expérience, le voyage… Je savais en plus qu'il avait une envie de produire et je trouvais que c'était bien de faire ce voyage à deux. Comme je suis un vieux producteur et un jeune metteur en scène ; qu'Omar est un acteur d'aujourd'hui et novice en production (sourire), je lui ai proposé…

Omar Sy : Et j'ai accepté ! Le fait qu'il me laisse cette place, cette chance même, j'ai accepté parce que l'envie de partager quand on est producteur est rare. Avoir ce partage était intéressant : le film parle d'un voyage, il en est aussi un pour moi ainsi que l'aventure avec Philippe : c'est la première fois que je participe à des discussions sur la manière dont on fait, on réfléchit un film, comment on le prépare, on le tourne, on le monte. Et le voyage n'est pas terminé ! Du coup, mon implication et ma réflexion n'étaient pas les mêmes. J'y ai mis autre chose.

PG : Il fallait que les choses aient un sens et c'était le cas. Après, on s'était dit que s'il y avait un problème ou une question, on en parlerait et qu'il resterait acteur sur le plateau, tout en conservant notre rapport de confiance. Ensuite, concernant l'aspect production, il y avait deux façons de faire ce film : ou bien l'on arrivait avec nos camions en traversant le pays, d'une façon autonome, indépendante ; ou bien on avait l'envie de partager, de faire une équipe qui soit majoritairement sénégalaise, et de tourner dans la continuité pour se fondre dans le temps du voyage. C'est ce que nous avons fait.

Votre personnage se fait traiter de “Bounty“, c'est-à-dire noir dehors, blanc dedans…
OS
: Être traité de Bounty, c'est une insulte. J'aime cette scène parce qu'elle montre à quel point ce n'est pas évident, ni agréable d'entendre ces trucs de préjugés et d'étiquettes. Ça raconte quelque chose d'assez nouveau que l'on ne sait pas forcément quand on ne le vit pas : quand on est d'origine étrangère et qu'on retourne dans le pays d'origine, on peut aussi subir du racisme.

Les binationaux sont exposés au racisme dans leurs deux pays.

Aviez-vous éprouvé le besoin de ce voyage vers vos racines avant qu'on vous propose le film ?
OS
: J'ai eu la chance de le vivre avant. J'allais souvent au Sénégal jeune, mais j'ai fait un voyage important avec mon père à l'âge de 19 ans, où l'on a traversé le pays en voiture. Ce voyage m'a complètement modifié : il a dessiné dans les grandes lignes la personne que je suis aujourd'hui. Mon père a été plus précis sur qui il était, sur l'histoire de notre famille, sur les endroits de ce pays qui lui étaient chers, ses rencontres. C'était important, en fait. Je m'en suis rendu compte après l'avoir vécu. Ce film y fait évidemment un petit peu référence, et j'en avais parlé avec Philippe durant la préparation. Après le tournage, j'ai refait le voyage avec mon père et mon frère, qui n'était pas là il y a vingt ans. Mais dans l'autre sens : à 19 ans, on était partis du village de ma mère en Mauritanie pour Dakar, là on est partis de Dakar. C'était très chouette.

Yao est teinté d'une forme de spiritualité…
PG
: Elle est partout. La scène de la prière du début n'était pas écrite. Quand j'étais en préparation, je me suis retrouvé réellement coincé et j'ai eu la chair de poule. J'ai voulu essayer de le refaire. On a tourné pendant la prière du vendredi. C'est fou la façon dont Omar a baissé la tête inconsciemment dans cette scène, sans qu'on se soit parlé.

OS : C'est plus le personnage que moi. Ce personnage est dans une sorte de quête, il ne sait même pas ce qu'il cherche, on sent bien qu'il lui manque des choses, il est dans un rythme de vie assez intense. Il sort de l'avion, on lui liste ses rendez-vous ; à peine a-t-il mis le pied hors de son avion qu'il est tiré par les obligations. Et la première chose qui lui arrive, c'est qu'on lui dit stop, arrête-toi, tu n'as pas le choix, réfléchis, interroge-toi ; vois ces gens qui s'arrêtent. Juste le fait de s'arrêter, qu'est-ce que ça peut faire…

Êtes-vous revenu différent de ce tournage ?
OS
: Bien sûr, il y a toujours des choses qui sortent de ces choses-là. Le fait que ce film existe, il y a une vraie satisfaction, une vraie fierté que les gens le voient. Et l'envie après de faire d'autres choses dans ce sens. C'est important d'avoir rencontré des acteurs et techniciens sénégalais. Sur le plan personnel, je me suis rappelé à quel point ça me faisait du bien d'aller au Sénégal.

Quel rapport entretenez-vous avec le cinéma africain et sénégalais ?
OS
: Le cinéma africain, je n'en vois pas beaucoup. À part depuis le tournage. Auparavant, je n'avais jamais pu avoir de discussion avec un cinéaste africain ; Yao a ouvert cela. Peut-être qu'ils pensaient que c'était loin de moi et que je n'en avais aucune envie. Je commence un petit peu à en rencontrer. Sinon, il y a eu Tombouctou, et La Pirogue qui m'ont aidé pour préparer Samba.

Alors, à quand un autre film au Sénégal ?
OS : On verra. Je vais attendre que celui-là sorte, déjà (rires).


YAO

De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse...

De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse...

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Depuis son village au nord du Sénégal, Yao est un jeune garçon de 13 ans prêt à tout pour rencontrer son héros : Seydou Tall, un célèbre acteur français. Invité à Dakar pour promouvoir son nouveau livre, ce dernier se rend dans son pays d’origine pour la première fois. Pour réaliser son rêve, le jeune Yao organise sa fugue et brave 387 kilomètres en solitaire jusqu’à la capitale. Touché par cet enfant, l’acteur décide de fuir ses obligations et de le raccompagner chez lui.


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Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

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Omar Sy : « c’est à mon instinct que je me connecte le plus »

L’Appel de la Forêt | Entre Los Angeles et Paris, Omar Sy mène une prolifique carrière transatlantique. Avant d’attaquer le tournage de la série Arsène Lupin, il est à l’affiche de trois films en ce début 2020 : après Le Prince oublié et avant Police, on peut le voir dans L’Appel de la forêt…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Omar Sy : « c’est à mon instinct que je me connecte le plus »

Tout le monde a envie d’avoir un “Buck“ dans sa vie. C’est votre cas ? Omar Sy : J’en ai deux : un Cane Corso et un American Staff ! Mais j’espère que tout le monde a un “Buck“, que ce soit un frère, un pote, une copine, une chérie ou même ce qu’a Buck : un loup qui symbolise son instinct et qui le guide. J’espère qu’on est tous connectés à cette petite voix dans notre tête et qu’on l’écoute un petit peu plus. C’est ce que dit le film, et le livre aussi, je crois. Après, je ne connais pas Jack London, c’est pas mon pote ! (sourire). Ce que je comprends de ce qu’il nous raconte, Buck, c’est nous. On peut le voir comme un enfant qui devient un homme. Un enfant à qui on a appris des choses qui ne marchent pas toujours dans la vie. Alors, il s’adapte. Il s’adapte sans cesse et finalement, son vrai guide, c’est son instinct. Les réponses sont en lui. J’ai l’impression que pour nous aussi, c’est pareil. Malgré son imaginaire, malgré la communication, même s’il met des habits, l’Homme reste un animal.

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Loup y es-tu ? : "L'Appel de la forêt"

Aventure | La destinée de Buck, bon gros chien arraché à sa famille du sud des États-Unis pour être revendu au Yukon en pleine fièvre de l'or ; son parcours de maître en maître et son éveil à son instinct primitif, jusqu'à ce que le loup en lui parvienne enfin à s'exprimer à nouveau…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Loup y es-tu ? :

À l’instar de Joseph Conrad, Jack London “vécut“ avant d’écrire (même s’il sut marier les deux de concert) et donc écrivit sur l’aventure en connaissance de cause. Ce n’est sans doute pas un hasard si ses romans d’apprentissage rencontrent encore aujourd’hui un succès inentamé par-delà les générations et au-delà des transpositions — en témoigne la récente variation sur Martin Eden signée par Pietro Marcello. Plus remarquable encore est le fait que le roman d’apprentissage d’un non-humain, un chien, touche autant nos congénères ; d’autant qu’à rebours de son époque exaltant l’industrialisation triomphante, London y exaltait des valeurs quasi rousseauistes de retour à la nature ! Par un des étranges renversements auxquels l’Histoire nous a habitués, les notions de recherche ou de préservation de l’étincelle de sauvagerie innée sont au cœur des préoccupations contemporaines : à l’asservissement et la standardisation urbaine jadis célébrés, on préfère désormais l’authentique et la nature. L’Appel de

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En fin de conte : "Le Prince Oublié"

Le Film de la Semaine | Le combat de personnages pour pouvoir survivre après la défection de leur public épouse celui d’un père pour rester dans le cœur de sa fille. Beau comme la rencontre fortuite entre Princess Bride et une production Pixar dans un film d’auteur français signé Hazanavicius.

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

En fin de conte :

Tous les soirs, Djibi raconte à sa fille Sofia des histoires qu’il crée pour elle, où un Prince triomphe du diabolique Pritprout. Mais à son entrée au collège, Sofia se met à s’inventer ses propres histoires, causant la mise au chômage des personnages de l’univers imaginé par son père… De la même manière que l’histoire du Prince oublié navigue continûment entre deux mondes, la sphère du “réel“ et celle de l’imaginaire, le cinéma de Michel Hazanavicius offre au public un double plaisir : suivre le spectacle déployé par la narration (à savoir les aventures/mésaventures des personnages) tout en l’incitant à demeurer vigilant à la mécanique du récit, à sa méta-écriture et aux fils référentiels dont il est tissé. L’approche hypertextuelle constitue d’ailleurs une composante essentielle de son œuvre depuis le matriciel La Classe américaine ; au point qu’Hazanavicius semble avoir voulu illustrer par l’exemple les différentes pratiques recensées par Gérard Genette dans Palimpsestes : pastiche et travestissement pour les OSS 117

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On en sait plus sur le défilé de Biennale de la Danse 2020

Danse | Le défilé de la Biennale de la Danse aura lieu le dimanche 13 septembre 2020, rue de la République sur la Presqu'île, dans le cadre de la saison Africa 2020. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

On en sait plus sur le défilé de Biennale de la Danse 2020

Le défilé de la Biennale de la Danse aura lieu le dimanche 13 septembre 2020, rue de la République sur la Presqu'île, dans le cadre de la saison Africa 2020. Avec pour particularités pour cette édition une collaboration étroite entre les douze groupes de danseurs amateurs du défilé et des artistes africains, une ouverture entonnée par la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, et un finale concocté par le danseur nigérian Qudus Onikeku dans une ambiance de danses urbaines et de hip-hop. Le défilé 2020 est affublé aussi d'une marraine et d'un parrain prestigieux : la chorégraphe sénégalaise Germaine Acogny et le Prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege.

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« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Le Chant du loup | Auteur et scénariste de "Quai d’Orsay", Antonin Baudry s’attaque à la géopolitique fiction avec un thriller de guerre aussi prenant que documenté, à regarder écoutilles fermées et oreilles grandes ouvertes. Rencontre avec le cinéaste et ses comédiens autour d’une apocalypse évitée.

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

« Ce film est une tragédie grecque dans un sous-marin aujourd’hui »

Pour une première réalisation de long-métrage, vous vous êtes imposé un double défi : signer un quasi huis clos en tournant dans des sous-marins, mais aussi donner de la visibilité au son… Antonin Baudry : C’était l’une des composantes, dans l’idée de créer un espace immersif. Il fallait d’abord reproduire le son et ensuite avoir une représentation visuelle des choses qu'on entend, et une représentation dans le son des choses qu'on voient. C’est envoûtant : on a essayé de recréer des écrans à la fois beaux et réalistes, qui jouent narrativement, politiquement également. Cela fait partie du décor, du rapport entre les êtres humains et les machines, les sonars, donc de la problématique du film. Le terme “Chant du Loup“ préexistait-il ? AB : C'est le nom que l’on donne souvent à des sonars ennemis, parce qu’il reflète cette notion de danger. Une fois, quand j'étais à bord d’un sous marin à moitié en exercice et en mission, une espèce de sirène a retenti et j'ai vu que tout le monde se crispait un peu. J’ai entendu quelqu'un qui disait : « Arrêtez ! C'est le chant du loup ! » C

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La mort dans les oreilles : "Le Chant du loup"

Drame | De Antonin Baudry (Fr, 1h55) avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La mort dans les oreilles :

L'ouïe hors du commun de Chanteraide lui permet d’identifier grâce à sa signature sonore n’importe quel submersible ou navire furtif. Mais à cause d’une hésitation, l’infaillibilité du marin est remise en cause. Une crise nucléaire sans précédent va pourtant le rendre incontournable… Scénariste sous le pseudonyme d’Abel Lanzac de la série BD et du film Quai d’Orsay, le diplomate Antonin Baudry change de “corps“ mais pas d’état d’esprit en signant ici son premier long-métrage : une nouvelle fois en effet, c’est une certaine idée du devoir et de la servitude à un absolu qu’il illustre. Les sous-mariniers forment un “tout“ dévoué à leur mission, comme le ministre des Affaires étrangères l’était à sa “vision“ d’une France transcendée par sa propre geste héroïque. Mais s’il s’agit de deux formes de huis clos (l’un dans cabinets dorés du pouvoir, l’autre parmi les hauts fonds), tout oppose cinématographiquement les projets. Le Chant du loup assume l’audace rare dans le paysage hexagonal de conjuguer intrigue de géopolitique-fiction f

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Cahier d’un retour au pays des ancêtres : "YAO"

Comédie dramatique | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Cahier d’un retour au pays des ancêtres :

Petit Sénégalais de treize ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître son livre par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400km séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve “voyagé“, guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le fatum va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un cicérone malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Godeau et Sy ont tenté manifestement d’éviter le “folklorisme“ tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays. Toutefois, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui le veut… et le genre road movie, qui lui aussi e

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Demain, j’arrête (ou pas) : "Never-Ending Man : Hayao Miyazaki"

Documentaire | de Kaku Arakawa (Jap, 1h12) Avec Hayao Miyazaki, Toshio Suzuki, Yuhei Sakuragi…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Demain, j’arrête (ou pas) :

En 2013, après plusieurs faux-départs, le cinéaste Hayao Miyazaki effectue l’annonce solennelle de sa retraite définitive. Peu dupe, Kaku Arakawa entreprend de le suivre et enregistre son incapacité à demeurer inactif : le fondateur des studios Ghibli se remet rapidement au travail… D’une insolente brièveté, ce documentaire tourné au plus près de Miyazaki — parfois sous son nez pendant qu’il déguste son bol de ramen — possède de nombreuses vertus. Dont celle de nous immiscer dans l’intimité du père de Totoro, révélant ses habitudes et ses manies (le port de la blouse, les cigarettes, les tressautements de jambes machinaux) d’un über perfectionniste conscient d’avoir, à l’instar d’un Cronos, dévoré ses enfants par crainte qu’il ne lui succèdent. On pourrait croire qu’il s’agit d’une charge contre un vieux maître reclus dans son égotisme et la certitude de son indépassable excellence ; or justement, Miyazaki ne cesse de s’ouvrir à la nouveauté (ici, à la 3D) et à la jeunesse. Et quand il ose avouer vouloir réaliser dans un premier temps un nouveau court-métrage, Boro la ch

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"Sahara" : Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans le désert ?

Critique + Rencontre | Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Appartenant à des peuples ne frayant jamais ensemble, Ajar le serpent des sables et Eva la serpente de l’oasis bravent les interdits en franchissant les frontières de leurs territoires. Mais leur expédition tourne mal et Eva est capturée par un montreur de reptiles. Ajar part à sa recherche… Dans le paysage plutôt singulier de l’animation français, où fleurissent d’un côté des créations aux partis-pris stylistiques et/ou scénaristiques radicaux (Avril, Ma vie de courgette, Tout en haut du monde…), de l’autre de médiocres décalques des studios américains (Le Petit Prince), Sahara apparaît comme une curiosité. Car s’il emprunte à ces dernières leur esthétique “standardisée” ainsi que la bonne vieille trame d’une quête initiatique riche en personnages aux formes rondes et aux couleurs vives, le propos ne se trouve pas pour autant aseptisé. Derrière l’apparente convention se tient un buddy movie solide à l’animation tout sauf boiteuse — en même temps, a-t-on déjà vu serpent boiter… Pierre Coré n’est pas là pour épater l’œil en oubliant de raconter son histoire, il réfléchit à une harm

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"Norm" : Qui a vu l’ours ?

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Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Norm, un gentil ours polaire doué de la parole, gagne New York escorté par des lemmings indestructibles pour faire sa fête à Mr. Greene, un fourbe promoteur aux allures de baba-cool mais voulant envahir l’Arctique. Devinez qui gagnera à la fin ? Un dessin animé dénonçant l’avidité des grosses entreprises et la personnalité janusienne de leurs dirigeants, avec un sous-texte écologiste : pourquoi pas, ça ne peut pas faire plus de mal à la cause qu’un documentaire de Mélanie Laurent. Malheureusement, ce discours un peu divergent se plaque sur une forme oscillant entre le banal et le bancal — à l’instar des lemmings crétins à tout faire, épigones de Minions en moins jaunes et plus velus. Sans être déplaisant à voir, Norm ne captive pas. On a ainsi tout le loisir de tenter de reconnaître les voix des doubleurs, d’observer les arrière-pl

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"Demain tout commence" : préparez vos mouchoirs

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Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Ah ah ! Si l’affiche sur fond blanc, avec un Omar Sy rigolard laisse croire à une comédie, ne vous y trompez pas : Demain tout commence est signé par un amateur de mélo en la personne d’Hugo Gélin, déjà responsable de Comme des frères — aurait-il des accointances avec un fabricant de mouchoirs en papier ? Il convoque ici l’acteur préféré des Français pour un rôle de papa célibataire susceptible de perdre doublement sa fille Gloria : parce que sa mère démissionnaire décide brutalement d’en récupérer la garde, et parce que la gamine est atteinte d’une sale maladie… Parfait mash-up de la chanson de Balavoine Mon fils ma bataille et du tire-larmes L’Arbre de Noël de Terence Young (1969), ce piège à sentiments se referme impitoyablement sur le spectateur un peu trop sensible, conditionné par l’ambiance de fin d’année et le cocon d’amour irréel tissé autour de la petite Gloria, über choyée par ses deux papas — sans pourtant virer gamine pourrie-gâtée. Louchant vers le cinéma anglo-saxon jusqu’au strabisme, ce film un peu trop produit pour être sincère n’arrive pas à trouver la spontanéité ni la l

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Sy, papa Sy

ECRANS | Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Sy, papa Sy

Futur président du jury du prochain festival de l’Alpe d’Huez, Omar Sy tient à montrer qu’il sait toujours (faire) rire : après avoir commencé l’année par la tragédie Chocolat, il revient la finir sur les écrans avec une comédie, Demain tout commence. Un film qui sortira quasiment après-demain (le 7 décembre), mais qu’il a choisi de présenter en avant-première en compagnie de son réalisateur Hugo Gélin (Comme des frères) et de sa jeune partenaire, Gloria Colston, l'interprète de sa (presque) fille. Au Méga CGR à Brignais le mardi 15 novembre à 19h ; au Pathé Bellecour et à l’UGC Confluence à 20h

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"La Tortue rouge" : enfin, Michael Dudok de Wit passe au long-métrage

ECRANS | Présenté en ouverture du Festival d’Annecy après un passage à Cannes dans la section Un certain regard, ce conte d’animation sans parole mérite de faire parler de lui : aussi limpide que la ligne claire de son trait, il célèbre la magie de la vie — cette histoire dont on connaît l’issue, mais dont les rebondissements ne cessent de nous surprendre.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Le Néerlandais Michael Dudok de Wit aura pris tout son temps avant de franchir le pas du long-métrage. Pourtant, il devait se douter que, loin de l’attendre au tournant, le public ayant découvert — et apprécié — ses films courts multi-primés Le Moine et le Poisson (1994) ou Père et Fille (2000) avait grand hâte de voir sa poésie muette empreinte de tendresse se déployer dans la durée. Étonnamment, c’est du côté des studios nippons Ghibli que l’ancien résident de Folimage aura trouvé asile — il s’agit au passage d’une belle ouverture pour la maison fondée par Takahata et Miyazaki, qui n’avait jusqu’alors jamais accueilli d’auteur non-asiatique. Une collaboration somme toute logique : Dudok de Wit se trouve en parfaite communion philosophique et spirituelle avec ses aînés, chantres comme lui d’une relation pacifiée, d’une osmose retrouvée entre l’Homme et son envir

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Chocolat

ECRANS | Avec quatre réalisations en dix ans — dont trois depuis juin 2011 — on va finir par oublier que Roschdy Zem a commencé comme comédien. Il aurait intérêt à ralentir la cadence : son parcours de cinéaste ressemble à une course forcenée vers une forme de reconnaissance faisant défaut à l’acteur…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Chocolat

Rien de tel, pour un réalisateur désireux de s’assurer un consensus tranquille, qu’un bon vieux film-dossier des familles ou la biographie d’une victime de l’Histoire. Qu’importe le résultat artistique : il sera toujours considéré comme une entreprise morale nécessaire visant à rétablir une injustice et réduit à sa (bonne) intention de départ, si naïve qu’elle soit — on l’a vu il y a peu avec le documentaire mou du genou Demain de Cyril Dion & Mélanie Laurent, encensé pour les vérités premières qu’il énonce, malgré sa médiocrité formelle et sa construction scolaire. Chocolat est de ces hyper téléfilms néo-qualité française qui embaument la reconstitution académique et s’appuient sur une distribution comptant le ban et l’arrière-ban du cinéma, figée dans un jeu "concerné", dans l’attente de séquences tire-larmes. La bande originale de Gabriel Yared, étonnamment proche des mélodies de Georges Delerue — mais ce doit être un hasard, Yared étant plutôt connu pour ses “hommages” à John Williams — incitant fortement à l’usage du mouchoir. Un

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Samba

ECRANS | Retour du duo gagnant d’"Intouchables", Nakache et Toledano, avec une comédie romantique sur les sans papiers où leur sens de l’équilibre révèle à quel point leur cinéma est scolaire et surtout terriblement prudent. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Samba

Alors que le triomphe d’Intouchables leur ouvrait toutes les portes, Olivier Nakache et Éric Toledano ont choisi avec Samba de tracer tranquillement leur sillon. Mais en territoire miné. Car il faut être passablement inconscient pour tourner une comédie romantique sur les sans-papiers où une cadre en burn out (Charlotte Gainsbourg) devient bénévole dans une association et s’éprend d’un cuistot en situation irrégulière (Omar Sy). Le plus surprenant étant qu’ils réussissent à le faire sans froisser quiconque alors que le sujet, passionnel, cristallise l’opinion française depuis un quart de siècle. Exploit ? Pas vraiment, car c’est justement cette méthode, consistant à chercher sans arrêt l’équilibre pour quêter l’unanimité, qui finit par rendre le film agaçant. Le mot méthode n’est pas employé au hasard : Nakache et Toledano ont une manière bien à eux de rassurer le spectateur, de remettre toujours la balle au centre et, finalement, de jouer la carte de la plus grande prudence. Ainsi, chaque fois qu’ils s’approchent un peu trop près d’une situatio

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"Le Voyage de Chihiro" à Lumière 2014

ECRANS | L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 29 août 2014

L'édition 2014 du festival Lumière se dévoile un peu plus, avec l'annonce de la projection du sublime Voyage de Chihiro de Hayao Myiazaki, mercredi 15 octobre à 14h30 à la Halle Tony Garnier. Le prix des places est à l'avenant de ce créneau familial : 6€ pour les adultes, 4 pour les enfants. Pour réserver, c'est toujours par ici : http://billetterie.festival-lumiere.org/institutlumiere/manifestations.aspx

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Le Vent se lève

ECRANS | Pour ses adieux au cinéma, Hayao Miyazaki propose une fable ample, adulte et très personnelle mêlant histoire du Japon et envol romanesque pour dessiner un autoportrait en créateur aveuglé par sa passion. Magnifique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Le Vent se lève

Ce n’est pas la première fois qu’Hayao Miyazaki annonce sa retraite cinématographique ; c’est même devenu un sujet de plaisanterie comme furent, en leur temps, les adieux des mythiques Compagnons de la chanson… Non seulement Le Vent se lève donne un crédit évident à ce départ longtemps reporté, mais il explique aussi en creux les tergiversations du maître. Le parcours de son protagoniste, Jiro, évoque ainsi métaphoriquement celui de Miyazaki lui-même : celui d’un homme mû par une passion si exclusive qu’elle lui fait passer à côté du monde et de la vie. Ainsi, dès son plus jeune âge, Jiro s’obsède pour l’aviation, ayant trouvé un mentor imaginaire en la personne de Giovanni Caproni, pionnier italien de la construction. Devenu ingénieur, il va tout faire pour donner au Japon des modèles dignes de ceux fabriqués en Europe, et notamment dans l’Allemagne hitlérienne. Car Le Vent se lève se déroule dans une période tumultueuse de l’Histoire japonaise que Miyazaki circonscrit à deux événements : le séisme qui dévaste la région de Kanto et la participation de son pays à la Deuxième Guerre mondiale. Une dernière envolée Du premier, spectaculairement re

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Ghibli fête sa révolution

ECRANS | C’est la dernière annonce (fracassante) du festival Lumière : comme le lapin sorti du chapeau, un hommage aux studios Ghibli du grand Hayao Miyazaki, qui (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 septembre 2013

Ghibli fête sa révolution

C’est la dernière annonce (fracassante) du festival Lumière : comme le lapin sorti du chapeau, un hommage aux studios Ghibli du grand Hayao Miyazaki, qui fêtent en 2013 leurs 25 ans. Miyazaki a jeté un petit froid au festival de Venise ; alors que son dernier film, Le Vent se lève… il faut tenter de vivre, était en compétition — d’où il est, au passage, reparti bredouille — le maître annonça sa retraite de réalisateur. Certes, tel un compagnon de la chanson, il n’en est pas à sa première tentative — depuis Chihiro au moins, il annonce son envie de raccrocher les pinceaux et la caméra — mais cette fois, ça a l’air sérieux. Quoiqu’il en soit, le patrimoine Ghibli est énorme, et le travail accompli par Miyazaki représente une révolution incontestable dans le domaine du cinéma animé. Abordant des thèmes nouveaux — la menace qui pèse sur l’écologie, la guerre — à travers le prisme de l’enfance ou du merveilleux, poussant l’interpénétration entre le réel et le fantastique jusqu’à les rendre indissociables, il a bâti une mythologie qui n’appartient qu’à lui, imposant un trait là encore extrêmement perso

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L’Écume des jours

ECRANS | Avec cette adaptation du roman culte de Boris Vian, Michel Gondry s’embourbe dans ses bricolages et recouvre d’une couche de poussière un matériau littéraire déjà très daté. Énorme déception. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

L’Écume des jours

Plus madeleine de Proust adolescente que véritable chef-d’œuvre de la littérature française, L’Écume des jours avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique, devenue difficile à voir pour cause de gros échec à sa sortie en salles. Le cinéma français ayant redécouvert les vertus de son patrimoine littéraire, voici donc Michel Gondry qui s’y colle. Le moins que l’on puisse dire est que, là où beaucoup auraient jugé l’univers métaphorico-poétique de Vian ardu à transposer à l’écran, Gondry est face à lui comme un poisson dans l’eau, trouvant une matière propice à déverser toutes ses inventions visuelles. Trop propice, tant les premières minutes du film fatiguent par leur accumulation d’idées passées au broyeur d’un montage hystérique. On n’a tout simplement pas le temps de digérer ce qui se déroule sous nos yeux, Gondry enchaînant à toute blinde les trouvailles, multipliant les accélérés, les changements d’échelle ou les trucages à la Méliès. D’une certaine manière, sa fidélité à Vian est déjà un handicap : là où il aurait pu faire le tri, il préfère empiler 

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Mais qui a retué Pamela Rose ?

ECRANS | De et avec Kad Merad et Olivier Baroux (Fr, 1h30) avec Audrey Fleurot, Omar Sy…

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Mais qui a retué Pamela Rose ?

Un air de fête du slip flotte au-dessus de cette suite de Pamela Rose, réalisée cette fois par Kad et Olivier eux-mêmes. En effet, le film a été gavé jusqu’à la gueule de tous les types d’humour existants, produisant beaucoup de déchets en pensant sans doute toucher tous les segments de public. Les deux zouaves se sont sans doute bien amusés, allant jusqu’à s’autociter période Kamoulox, se vieillir avec fausses bedaines et grotesques moustaches texanes, ou se distribuer en faux commentateurs de catch. À leurs côtés, une moitié du casting d’Intouchables tente de garder une certaine dignité au milieu de cette pantalonnade assez sinistre qui pense que le cinéma, c’est seulement plus gros et plus cher que la télévision. On est même éberlué de voir que la meilleure idée du film, celle qui pouvait légitimer cette suite, débarque seulement vingt minutes avant la fin ! Dans son envie de rire de tout n’importe comment, Mais qui a retué Pamela Rose ? prend parfois acte de cette inflation ridicule, et ce sont bien les seuls moments où l’on

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Intouchables

ECRANS | Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 octobre 2011

Intouchables

Raconter l’amitié entre un ancien homme d’affaires, tétraplégique après un accident de parapente, et un gaillard de banlieue tout juste sorti de prison, en voilà du sujet casse-gueule. Mais Olivier Nakache et Eric Toledano ont su slalomer entre les écueils et si leur film s’avère émouvant, c’est aussi parce que l’émotion ne surgit jamais là où on l’attend. On aurait pu se retrouver avec une double dose d’apitoiement (sur les handicapés et sur les déclassés), mais les deux s’annulent et le film raconte la quête d’une juste distance entre ce qui nous contraint (son corps ou ses origines) et ce que l’on aspire à être. C’est en refusant la compassion facile que le film trouve son ton, parfois au prix d’un effort un peu mécanique pour ménager l’humour et la mélancolie, mais en s’appuyant sans arrêt sur son atout principal : un couple de comédiens qui, comme les personnages qu’ils interprètent, ne semblaient faits ni pour se rencontrer, ni pour se compléter à l’écran. Rivé à son fauteuil, Cluzet doit réfréner son tempérament explosif et physique, tandis qu’Omar Sy, assez bluffant, troque en cours de route sa nonchalance sympathique pour une gravité et une précision qu’on ne lu

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Le Dernier pour la route

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr, 1h47) avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Le Dernier pour la route

Qu’allait donc faire Philippe Godeau, producteur français important, notamment de Pialat (Le Garçu) et Despentes (Baise-moi), une fois passé derrière la caméra ? Avec cette adaptation du récit autobiographique d’Hervé Chabalier racontant son passage en centre de désintoxication pour lutter contre son alcoolisme, Godeau s’efface devant son sujet, mais surtout devant ses acteurs. La mise en scène, à quelques affèteries en flashbacks près, cherche la discrétion et la note juste, une élégance invisible et efficace qui ne confond jamais objectivité et froideur, vérité humaine et psychologisme. Le Dernier pour la route est donc un film d’acteurs au sens le plus noble du terme : Cluzet, impressionnant, magnifique, bouleversant, mais aussi une Mélanie Thierry transfigurée, formidable en nymphette autodestructrice, incapable de saisir la main qu’on lui tend pour la sauver de la noyade. Les meilleures scènes du film prennent le temps de capter ce fil fragile où un destin peut basculer sur un geste, un regard, une parole mal dite, mal comprise ou mal interprétée. Un beau film, tout simplement. CC

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Ponyo sur la falaise

ECRANS | Cinéma / Après un Château ambulant spectaculaire mais gratuitement sophistiqué, Hayao Miyazaki retrouve une ligne claire avec ce film pour tous les publics, récit d’apprentissage aux accents cosmiques et wagnériens, dans la lignée de Chihiro et Totoro. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 avril 2009

Ponyo sur la falaise

Trait naïf, dialogues rares, couleurs primaires : l’ouverture de Ponyo sur la falaise clame haut et fort le retour d’Hayao Miyazaki à la simplicité. À mille lieux sous les mers, un homme amphibie, mi-commandant de bateau, mi-chef d’orchestre, règne sur un petit peuple aquatique de poissons somptueux et de créatures étranges, communauté réunie dans un sous-marin surpeuplé qui s’apprête à revenir à la surface. En démarrant son film par l’invention de sa mythologie, avant de la confronter avec la réalité terrestre d’un petit village côtier où vit une infirmière qui attend le retour de son marin de mari en compagnie de leur jeune fils, Miyazaki inverse les termes habituels de son cinéma. Dans Le Voyage de Chihiro ou dans Mon Voisin Totoro, les humains découvraient un autre monde enchanté et effrayant ; ici, c’est ce monde qui va à la rencontre du grand autre, à travers la figure de Ponyo, petit animal étrange qui, une goutte de sang humain absorbé, grandit et se transforme en petite fille. La Chevauchée des MérousEn filigrane, on retrouve donc le goût des parcours initiatiques et les grandes orgues écologiques du maître. Mais Ponyo sur la falaise est avant tout, notamment d

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Mon Voisin Totoro

ECRANS | de Hayao Miyazaki (1988, Japon, 1h26) animation

Christophe Chabert | Mercredi 29 juin 2005

Mon Voisin Totoro

Dans un monde idéal, l’empire Disney serait dissout au profit des seuls projets du studio Pixar, et nous n’aurions pas dû attendre toutes ces années pour découvrir les fabuleux chefs-d’oeuvre du studio Ghibli. En attendant cet idéal, foncez donc revoir cette merveille d’onirisme et de sensibilité, seul, avec des enfants, ou même avec des vieux.

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