Sa mère la fantôme : "Moi, Maman, ma mère et moi"

Comédie dramatique | De Christophe Le Masne (Fr, 1h27) avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Photo : © Takami distribution


Après vingt ans d'absence, Benoît est de retour dans la maison familiale pour faire du tri avant, peut-être, de la vendre. Entre deux engueulades avec son frère et ses sœurs, il subit les visites intempestives et insistantes de sa mère. Problème : elle est morte l'année d'avant…

Du réalisme magique made in Pays de Loire. Pourquoi pas, après tout… À condition de ne pas être trop regardant sur l'intrigue, façon secret de famille de feuilleton estival, et de tolérer l'arythmie générale qui réclame de supporter dix minutes plan-plan à chaque fois qu'il y a quinze secondes dynamiques. Dommage, car il y a de bonnes idées ou personnages (comme le voisin magnétiseur susceptible) au milieu des incohérences (le puzzle intact après trois décennies au bord de la flotte).

Pour cette réunion de famille, le cinéaste a fait appel à des interprètes ayant tous un haut potentiel de sympathie. Sans doute est-ce parce que lui-même est comédien : il a eu la délicatesse de laisser à chacune et chacun un “solo“ leur permettant d'avoir une partition face au groupe. L'attention, louable, a le défaut d'être un peu trop systématique et de se borner à la reproduction d'une performance identique — en l'occurrence, une gueulante ou une crise de nerfs. À ce jeu-là, c'est l'inénarrable Philippe Rebbot qui s'en sort le mieux. Peut-être parce qu'il donne l'impression de toujours râler…

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Mathieu Amalric : « notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Serre Moi Fort | Une femme feint de quitter son mari et ses enfants ; en réalité, ceux-ci ont disparu dans une avalanche et elle préfère leur inventer une vie à part de la sienne. Tel est l’argument du nouveau film réalisé par Mathieu Amalric, kaléidoscope mental et fascinant, où chaque détail compte. Propos rapportés d’une conversation fleuve…

Vincent Raymond | Vendredi 10 septembre 2021

Mathieu Amalric : « notre génération a fait beaucoup de progrès avec l’émotion »

Le son de votre film débute non par la Norma de Bellini du distributeur Gaumont, ni les jingles des autres coproducteurs Canal+ et Arte, mais par la musique que vous avez choisie pour votre générique. Est-ce vous qui l’avez imposé ? Mathieu Amalric : Oui oui ! Ils ont eu cette gentillesse. Ça n’a pas été un débat ni un conflit à la force du poignet. Franchement, il ne fallait pas d’autre musique, quoi ! Parfois, quand on est spectateur, il y a des logos tellement sophistiqués qu’on pense que c’est le début et… ah non ! En fait, on ne sait plus quand les films commencent. Là, ça commence par la musique jouée par Marcelle Meyer, la même pianiste qu’au générique final. Comment Je reviens de loin, la pièce que vous adaptez ici, vous est-elle parvenue ? Grâce à un ami, acteur et metteur, Laurent Ziserman. On se connaît depuis toujours : il avait joué dans mon premier court-métrage, Sans rires. C’est lui qui va monter aux Célest

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Amalric, Lapid et les autres

Avant-Premières | La rentrée des salles lyonnaises se fait sous d’heureux auspices : les équipes reviennent en force pour accompagner les films à l’occasion (...)

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Amalric, Lapid et les autres

La rentrée des salles lyonnaises se fait sous d’heureux auspices : les équipes reviennent en force pour accompagner les films à l’occasion d’avant-premières. Et il y a parfois des bousculades dans l’agenda ! Ainsi, le lundi 30 août, le public aura le choix entre aller découvrir à 20h Serre-moi fort de Mathieu Amalric en sa présence au Comœdia ou bien Le Genou d’Ahed (Prix du Jury - Cannes 2021) à 20h30 au Lumière Terreaux en présence de Nadav Lapid. Samedi 4 septembre à 20h, c’est au Pathé Bellecour qu’il faudra diriger ses pas pour assister à la séance de Délicieux, escortée par le réalisateur Éric Besnard et le comédien Grégory Gadebois. Une mise en bouche avant d’autres rencontres. Miam !

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Anne Robatel : « défendre un rapport vivant au langage »

Essai | Agrégée d'anglais, professeure en classes préparatoires et traductrice, Anne Robatel a mis à profit ses expériences et interrogations d'enseignante pour livrer un essai très libre, Dieu, le point médian et moi, réflexion personnelle sur un signe typographique qui secoue les usages littéraires et linguistiques. Un court livre réjouissant par sa capacité à interroger les certitudes de chacun. Entretien avec une féministe, oui, mais "perplexe".

Stéphane Duchêne | Mercredi 23 septembre 2020

Anne Robatel : « défendre un rapport vivant au langage »

Peut-être faut-il commencer par l'exergue du livre qui énonce votre définition du féminisme : « pour moi, dites-vous, être féministe c'est être perplexe »... Anne Robatel : Je dois dire que le choix de cette exergue en quatrième de couverture est avant tout celui de mon éditeur, je n'aurais peut-être pas fait le même. Je peux imaginer que cette phrase fasse bondir des féministes que je connais bien. Le problème de ce terme, c'est sa modération, il peut-être associé à un manque d'assurance, une certaine politesse qui en ce moment fait débat. Christine Delphy disait il y a peu dans Le Monde : « j’espère que les féministes ne vont pas rester bien polies. » Ce qu'il faut, c'est faire du bruit, s'affirmer. Vu comme ça, le doute, le questionnement, la nuance desservent les causes politiques. C'est pour cela que je précise que mon texte n’est pas un essai militant, pas plus qu’il n’est un essai savant. Ce choix ou cette mise en valeur de la perplexité est une façon de distinguer ce que j'ai écrit d'un pamphlet, une façon indirecte de soulig

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Journées européennes du patrimoine 2020: le savoir mis à l'honneur

ESCAPADES | Les journées européennes du patrimoine auront lieu les 19 et 20 septembre 2020, malgré le contexte sanitaire difficile. Cette 37e édition propose 463 animations et réunit 50 communes.

Léa Zaïdat | Dimanche 20 septembre 2020

 Journées européennes du patrimoine 2020: le savoir mis à l'honneur

Le thème de cette année est "Patrimoine et éducation : Les portes du savoir". Les origines de l’enseignement et sa démocratisation, l’éducation d’hier et de demain avec les enjeux contemporains qui l’accompagnent : il y en a pour « toutes les envies, les goûts, les souhaits » ! Des nouveautés (le crématorium de Lyon, le 7e SQU’ART, déambulations nocturnes au musée des sciences naturelles…) et des lieux insolites (Subs symphoniques, la Taverne de Curis, le boulodrome municipal Silvio Pantanella) sont à découvrir. La place des femmes dans l’héritage culturel est aussi mise à l’honneur : exposition d’affiches réalisée par l’association Si/si, les femmes existent à Villeurbanne, découverte des "femmes remarquables et agissantes du 6e arrondissement"... Les organisateurs se veulent rassurants et prudents. Les mesures nécessaires au bon déroulement ont été prises dans les différents lieux. Attention : pour respecter les jauges, un nombre important d’animations nécessitent de s’inscrire au préalable et de réserver ! Il est préférable de consulter le site Internet de l’évène

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Mariée dans l’ânée : "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

Comédie | ★★★☆☆ De Caroline Vignal (Fr, 1h35) avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Mariée dans l’ânée :

Institutrice et maîtresse du père d’une de ses élève, Antoinette décide de faire une surprise à son amant en le retrouvant dans les Cévennes où il doit randonner en famille avec un âne. Menant Patrick, un baudet têtu, elle part à l’aventure… Moquant les citadins et leurs lubies de reconnexion avec une “nature authentique” (dans des circuits ultra cadrés), ce trotte-movie sentimentalo-burlesque sort des sentiers de la prévisibilité grâce notamment à un défilé de personnages secondaires — dont la légitime de l’amant, subtilement campée par Olivia Côte —, parce qu’il constitue également la rencontre entre un rôle et une actrice. Abonnée aux seconds plans depuis une petite dizaine d’années, souvent employée sur un registre de légèreté fo-folle qui la piégeait, Laure Calamy avait accédé avec Nos Batailles et Ava à des personnages plus nuancés mais trop courts ; rebelote dans Seules les bêtes — film choral oblige. Elle s’épanouit ici totalement avec cette partition du mineur au majeur que Caroline Vignal

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Des Journées Européennes du Patrimoine sur le thème de l'éducation

Journées Européenne du Patrimoine | 18 millions de Français plébiscitent chaque année les Journées Européennes du Patrimoine. Comme souvent à Lyon, c'est l'Hôtel de Ville qui fait le plus d'émules (13 (...)

Nadja Pobel | Vendredi 11 septembre 2020

Des Journées Européennes du Patrimoine sur le thème de l'éducation

18 millions de Français plébiscitent chaque année les Journées Européennes du Patrimoine. Comme souvent à Lyon, c'est l'Hôtel de Ville qui fait le plus d'émules (13 000 personnes l'an dernier). Samedi 19 et dimanche 20 septembre prochain, 297 lieux — une centaine de moins que l'an dernier because Covid — ouvriront leurs portes dans la Métropole sous le thème national de l'éducation. Au hasard des découvertes : la cressonnière de Vaise, seul zone humide de Lyon intramuros habituellement fermée au public. Ou un concert gratuit du nouveau directeur musical de l’Orchestre National de Lyon, le chef danois Nikolaj Szeps-Znaider et 104 musiciens, sous la verrière des Subs, le samedi à 18h et 19h (réservations dès le 9 septembre au 04 78 39 10 02).

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Doudou et dur à la fois : "Mon ninja et moi" d'Anders Matthesen

Animation | Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un “demi-frère“ de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Doudou et dur à la fois :

La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long-métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au “jeune public” — vocable flou qui rassemble bambins jusqu’aux ados. À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celui développé par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi, Anders Matthesen donne le ton dès le début en montrant des enfants exploités dans une usine thaïlandaise, clairement maltraités pour fabriquer les jouets des petits Occidentaux : la mondialisation expliquée par une relation de cause à effet, sans parabole émolliente. De la même manière seront ab

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Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. : "Les Parfums"

Comédie | En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, “nez“ indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux…

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Emmanuelle Devos, et néanmoins patronne…. :

Devenu un visage familier grâce à la série 10% , Grégory Montel avait “éclos“ en 2012 au côté du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentiel du film, cette comédie sentimentale mise beaucoup — à raison — sur les à-côté des personnages : le métier de sentir et composer des fragrances (étrangement peu exploité jusqu’à pré

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Décharge parentale : "10 jours sans maman"

Comédie | Excédée par la forfanterie paternaliste qu’il manifeste au logis, l’épouse du DRH d’une grande surface s’octroie dix jours de vacances seule ; charge au mari de s’occuper de la maison et des trois enfants, en plus de son travail. Bien sûr, ça ne va pas bien se passer, du moins au début…

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Décharge parentale :

L’une des plaies du cinéma contemporain (et tout particulièrement de la comédie française) s’appelle la bande-annonce. Consistant en un concentré de film surmonté façon clip épileptique, ce produit formaté gâche plus les effets et/ou l’histoire qu’il n’éveille la curiosité. Promesse de prévisibilité catastrophique, celle de 10 jours sans maman est l’exemple du parfait repoussoir. Sauf que… Loin d’être un chef-d’œuvre de raffinement, d’intelligence ni d’esthétique (on baigne quand même dans l’uniforme lumière fromage blanc téléfilm), le nouveau Ludovic Bernard (L’Ascension) n’est pas si épouvantable que cela. Même avec Franck Dubosc, c’est dire ! D’abord, il tient son pari d’aborder la question de la méconnaissance de la charge mentale ménagère par le biais de la comédie, il s’attaque à ce tabou existant encore autour de la question de l’apparition des règles chez les adolescentes, et en bonus ironise sur les grotesques méthodes des grosses boîtes, mixte de lean management sauvage et d’injonction à être joyeusement corporate sous la houlette de

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Jean Rouch, revisité par Justine Lequette

Sens Interdits | Sens Interdits commence ce 16 octobre. Zoom sur l'un des spectacles forts du festival, J'abandonne une partie de moi que j'adapte, créé par une jeune troupe belge.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

Jean Rouch, revisité par Justine Lequette

Ce sont des artistes d'aujourd'hui, la trentaine à peine sonnée, mais c'est d'un documentaire de 1961 qu'ils s'inspirent, celui de Jean Rouch et Edgar Morin, Chronique d'un été. Ils cherchent même à reproduire des scènes de façon la plus fidèle possible. Le cinéaste-anthropologue et le sociologue interrogeaient les passants sur leur vision du bonheur ; Justine Lequette, la metteuse en scène et porteuse de cette création, s'en empare tant les réponses faites par les anonymes du film résonnent encore aujourd'hui. Il y est question de la routine du quotidien, des astreintes à se lever toujours à la même heure pour effectuer les mêmes trajets, du fait qu'il « va falloir accepter les emplois précaires car c'est toujours mieux que le chômage ». Les Trente Glorieuses ne disaient pas encore leur fin mais déjà les citoyens la voyaient poindre. De même que l'évaluation de toute chose, même du moins quantifiable en pourcentage, telle cette jeune femme qui se considère « attirante à 62% ». Mai 68 était encore une fiction mais les dysfonctionnements sociétaux apparaissaient dans ce recueil de témoignages. Comment vivez-vous ?

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Guide de vos nuits

Clubbing | Tour d’horizon de la rentrée clubbing pour y voir plus clair dans la nuit.

Anaïs Gningue | Mardi 24 septembre 2019

Guide de vos nuits

À suivre... Dix dates pour célébrer dix saisons à faire bouger le tout Lyon : le rendez-vous est donné par Papa Maman. Devenu incontournable de nos nuits électroniques, le promoteur fête sa première décennie en grandes pompes. Les trois premières dates sont déjà passées mais les festivités se poursuivront le 12 octobre avec Hunee, DJ caméléon couvé par le label hollandais Rush Hour. On retrouvera à ses côtés Sacha Mambo, papa du label Macadam Mambo, et le novateur Call Super. On guette aussi le set de Todd Terje, prince norvégien de l’éclectisme, qui fera danser les grands au Petit Salon le 19 octobre. Pour la dose de légendes, Papa Maman s’offre Robert Hood (10 novembre) et Carl Craig

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Des habitats à explorer

Journées du Patrimoine | Si au niveau national le thème des Journées Européennes du Patrimoine est "Arts et divertissement", la Métropole de Lyon l’axe sur l’habitat. Cap, ce week-end (samedi 21 et dimanche 22), sur ce qui a fait l’habitat social du XXe siècle, dont celui pensé par Tony Garnier, né il y a tout juste 150 ans.

Nadja Pobel | Mardi 17 septembre 2019

Des habitats à explorer

Les États-Unis (Lyon) Dans les années 1920, l’architecte lyonnais Tony Garnier a bâti 1492 logements dans un no man’s land. Révolution lors de l’inauguration en 1934 : le long de cette grande percée entre la Guillotière et Vénissieux, les appartements sont dotés de WC et de douches, un confort sans commune mesure avec les baraques environnantes. La visite (commentée) de l’appartement témoin dans son jus est le meilleur moyen de réaliser ce que furent ces progrès. Lors de ces Journées du Patrimoine, il sera possible de se rendre dans un autre appartement meublé XXIe siècle par Grand Lyon Habitat qui gère cet ensemble, une façon de voir à quoi aboutira la réhabilitation de 250 logements sur quatre ans lancée dès janvier. Pour les 1242 autres, aucun financement n’est encore prévu. Le + : Un mur peint cartographiant les réalisations de Tony Garnier sera inauguré le jeudi 19 septembre à 18h. Visites des appartements témoins des années 30 à 12h30, 15h30, 17h30, 18h et 18h30 et témoin d'aujourd'hui à 11h, 14h, 15h, 16h15 et 17h Réservati

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Cédric Klapisch : « on est tous des anonymes »

Deux Moi | Renouant avec deux des comédiens de Ce qui nous lie, Cédric Klapisch revient dans la foule des villes pour parler… de solitude. Un paradoxe qu’il explique volontiers.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapisch : « on est tous des anonymes »

D’où venu cette idée de mélanger en un seul film thérapie et drame existentiel ? Cédric Klapisch : Un scénario est toujours un mélange d’idées. Là, il y avait le désir d’une sorte d’hommage à ma mère, psychanalyste à la retraite. Il y a six ou sept ans, redoutait le moment où elle aurait son dernier patient. Je me suis interrogé sur ce qu’était son métier. Dans le même temps, je me demandais si une histoire où deux personnes célibataires ne se rencontrant qu’à la fin d’un film pouvait marcher : comme je ne n’en avais jamais vu, j’ai essayé. C’est intéressant de prendre deux personnages un peu au hasard dans la grande ville et d’essayer d’être précis sur cette idée des “deux moi“ : on va assez loin dans l’intime de chacun, à l’inverse des romantic comedy. Ça décale un peu le sujet puisqu’ici on parle d’avant la rencontre. Il y a beaucoup de réminiscences de Chacun cherche son chat — pas seulement parce qu’un chat fait du lien social et par la présence de Garance Clavel ou Renée Le Calm au générique. Ici aussi, vous vous interrogez sur ce que c’est qu'être dans un quartier aujou

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Cédric Klapish est de retour avec "Deux moi"

Drame | Comment deux trentenaires parisiens confrontés à leur solitude et leurs tourments intérieurs, s’évitent avant de se trouver. Cédric Klapisch signe ici deux films en un ; voilà qui explique qu’il soit un peu trop allongé, pas uniquement à cause des séances de psychanalyse.

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

Cédric Klapish est de retour avec

Ils sont voisins, se côtoient tous les jours mais ne se connaissent pas. Entre leur âge, leurs problèmes de sommeil, de boulot ou leurs difficultés à se projeter, Rémy et Mélanie ont beaucoup en commun et à partager. Mais pour le savoir, encore faudrait-il qu’ils se rencontrent… L’idée de jouer sur la frustration des spectateurs en retardant à l’extrême la rencontre de Rémy et Mélanie s’avère sacrément perverse si l’on y réfléchit, puisqu’elle tient du coitus interruptus entre deux personnages se frôlant à peine — chacun étant protagoniste de son histoire à l’intérieur de ce film jumeau. S’ils paraissent ensemble, ce n’est que virtuellement : dans l’esprit du public et par la grâce du montage. Le réalisateur s’égare un peu dans cette dilatation excessive précédant la délivrance collective : une vingtaine de minutes surnuméraires aurait pu rester sur le chutier. Ou alors il aurait fallu opter pour la mini-série en quatre épisodes et quatre heures. Dans la fourmilière Si l’on fait abstraction de la romance, ou si on la considère comme un prétexte, on retrouve les motifs favoris du cinéma de Klapisch : la chronique

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Deux moi

Avant-Première | En reconduisant François Civil et Ana Girardot dans Deux moi, Cédric Klapisch démontre que le titre de son opus précédent, Ce qui nous lie, n’était pas (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Deux moi

En reconduisant François Civil et Ana Girardot dans Deux moi, Cédric Klapisch démontre que le titre de son opus précédent, Ce qui nous lie, n’était pas mensonger. Prévu pour sortir à la rentrée prochaine (le 11 septembre, pour être précis), ce drame de la (double) solitude est présenté à Lyon en avant-première par le trio précité, histoire de fédérer quelques spectateurs esseulés. Et de commencer le bouche à oreilles… Deux moi À l'UGC Confluence ​le mardi 25 juin à 20h

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Secrétaire très particulier : "Séduis-moi si tu peux !"

Comédie | De Jonathan Levine (É-U, 1h56) avec Charlize Theron, Seth Rogen, O'Shea Jackson Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Secrétaire très particulier :

Reporter talentueux mais un peu trop intègre, Frank démissionne quand un magnat pourri rachète son journal. Au même moment, Charlotte Field, la Secrétaire d’État visant la Maison Blanche recherche une plume. Coup de bol, elle a été la baby-sitter de Fred quand il était ado… Actualisation d’un thème hollywoodien ô combien classique — le mariage de la carpe et du lapin, ou plus prosaïquement, de la belle et de la bête — ces retrouvailles sont conformes à ce que l’on peut espérer, compte-tenu de la présence glamour de Charlize Theron et de celle plus transgressive de Seth Rogen : une charmante comédie sentimentale, relevée d’une sauce façon Farrelly — on vous passe l’ingrédient principal. À l’inévitable romance permettant à Madame Parfaite (modèle de luxe, avec élégance incarnée) de fendre l’armure et à Monsieur Tout-le-Monde (version très hirsute) de quitter sa posture d’adolescent rebelle, s’ajoutent les possibilités de comédie offertes par le contexte politico-médiatique, dans les coulisses d'une Maison Blanche occupée par un clown moins intéress

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Yamina Benahmed Daho, l'affaire de tous

Littérature | La parole des femmes se libère, nous dit-on, depuis l'affaire Weinstein et le salvateur mouvement #metoo. Oui, mais elle n'est que réponse à des actes masculins liberticides. La romancière Yamina Benahmed Daho met en perspective une tentative de viol et les conséquences destructrices chez la victime. Limpide et poignant.

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Yamina Benahmed Daho, l'affaire de tous

L'apaisement vient quand elle cuisine. Laver et éplucher des légumes lui permet enfin de se concentrer sur autre chose que le traumatisme survenu au petit matin d'une année toute neuve. Un homme alors la pousse dans un hall, la brutalise et pose violemment ses mains sur son corps et ses organes sexuels. Elle parviendra à s'enfuir par une porte entrouverte, retrouver la rue et un passant temporairement protecteur. De la sauvagerie, les gestes interdits et l'attaque venue lâchement de dos, Alya va conserver une peur tenace, invalidante. La façon dont elle se propage, se déjoue, s'encadre dans la sphère publique, dans le cercle intime et par les pouvoirs publics est le propos de ce roman si bien-nommé De mémoire. L'écrivaine Yamina Benahmed Daho choisit de raconter cela aussi scrupuleusement que les traces laissées (invisibles) le permettent. Ainsi s’enchaînent et se croisent les récits faits à un médecin généraliste le lendemain de l'agression, à une gardienne de la paix, un médecin légiste, un psychiatre, une psychanalyste, un juge d'instruction... soit quatre années de traversée avec ces nouveaux compagnons étranges. Car comme

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Thomas Hauert : une traversée du chaos

Moi de la Danse | Chorégraphe suisse établi en Belgique, Thomas Hauert travaille depuis vingt ans au bord du chaos et de l'informe. Pièce fragile et libre, pour huit interprètes, How to proceed se veut l'écho d'un état du monde contemporain, comme l'explique Thomas Hauert dans cet entretien. La pièce est présentée cette semaine aux Subsistances dans le cadre du festival Moi de la Danse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Thomas Hauert : une traversée du chaos

Votre nouvelle création How to proceed marque les vingt ans de votre compagnie ZOO, et l'idée de collectif y semble importante ? Thomas Hauert : Oui, quatre danseurs travaillent avec moi depuis vingt ans, les autres depuis une dizaine d'années, et la compagnie a fonctionné pour cette pièce de manière particulièrement forte en collectif de création. Chacun a apporté son regard, sa matière, ses idées... Ici - d'autant plus qu'au moment de cette création je traversais personnellement une phase dépressive et de crise d'inspiration - la cohésion du collectif, la confiance, une forme d'amour ont permis d'aboutir à cette pièce. Quel est son point de départ ? C'est une forte inquiétude face à notre époque. Journaux et reportages nous bombardent chaque jour de mauvaises nouvelles sur le climat, les injustices sociales, les guerres... Cela provoque un grand nombre d'émotions concrètes de l'ordre du sentiment d'impuissance, de la frustration, de la colère... Ces émotions hétérogènes constituent la base de la pièce et elles sont aussi le moteur de so

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Plongée dans le noir avec la Galerie Céline Moine

Peinture | Deux galeristes investissent un nouvel espace d’exposition sur la Presqu’île pour chanter les louanges du noir. Avec des classiques comme Rembrandt et Dürer, et des artistes contemporains comme Baptiste Fompeyrine ou Julie Legrand...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Plongée dans le noir avec la Galerie Céline Moine

De mémoire, il nous semble que, dans une interview, entre deux verres, Serge Gainsbourg lâchait cette phrase: « le noir ce n’est pas une couleur, c’est une valeur ». Qu’un mélomane défende la tonalité phare de la mélancolie, il n’y a là rien de très surprenant, tant les deux (musique et mélancolie) semblent résonner mutuellement. Pour un plasticien, les choses sont plus compliquées, et si Dürer a signé une célébrissime Melancholia, il faudra attendre Kasimir Malevitch (Carré noir en 1923), Ad Reinhardt (et sa série de monochromes noirs poursuivie jusqu’à la fin de sa vie en 1967), ou le grand maître français du noir, Pierre Soulages, pour chanter les louanges (les puissances) du noir. Entre-temps, le noir avait mauvaise réputation (psychologique, religieuse, morale) et apparaissait surtout dans les œuvres artistiques pour des raisons techniques : l’encre de Chine, le graphite, la gravure, et jusqu’aux débuts de la photographie en noir et blanc. Je suis le Ténébreux... La Galerie Céline M

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Devoirs de mémoire avec Philippe Sands et Javier Cercas

Littérature | Après le Temps du temps, la Villa Gillet poursuit son cycle "temporel" avec le Temps de la mémoire. Une rencontre avec l'avocat Philippe Sands et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 6 novembre 2018

Devoirs de mémoire avec Philippe Sands et Javier Cercas

Après le Temps du temps, la Villa Gillet poursuit son cycle "temporel" avec le Temps de la mémoire. Une rencontre avec l'avocat Philippe Sands et l'écrivain et traducteur Javier Cercas, tous deux à l'origine d'enquêtes croisant histoire familiale et grande histoire. Avec Retour à Lemberg (Albin Michel), Philippe Sands plonge aux origines de la justice internationale, et plus particulièrement du procès de Nuremberg à travers les figures de Raphael Lemkin et de Hersch Lauterpacht, introducteurs des notions de génocide et de crime contre l'humanité. Tous deux ont vécu à Lviv/Lemberg gouvernée en 1942 par le nazi Hans Frank, l'homme qui annonça la « Solution finale » et où grandit

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Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

Auto-psy d’un couple :

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

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Des journées pour les gourmets

Journées du Patrimoine | Dans la région lyonnaise, les Journées du Patrimoine seront placées sous le signe du goût et de la gastronomie : et si on commençait par le chocolat ?

Sébastien Broquet | Mardi 11 septembre 2018

Des journées pour les gourmets

La Métropole de Lyon ayant une cité de la gastronomie à mettre en avant, elle s'est permise de modifier légèrement le thème national (l'art du partage) de ces 35e Journées du Patrimoine pour l'adapter en "goût en partage"... « Fort de sa situation géographique et de son histoire, notre territoire offre une vision globale du parcours des aliments : de la production à la distribution en passant par l'élaboration et la consommation. Les patrimoines concernés sont autant de témoins que, dans notre Métropole, le bien manger se partage de la culture ouvrière jusqu'aux tables étoilées » est-il ainsi revendiqué par les organisateurs. Alors, rassurons tout de suite nos lecteurs : oui, il sera toujours possible d'aller voir le bureau du maire, comme chaque année (en étant patient dans la file d'attente), oui les traboules et la Maison des Canuts sont au programme, le Musée des Confluences aussi, oui l'Hôtel de Région peut se visiter (samedi de 13h à 17h), et oui on peut retourner admirer le gigantesque plafond de la Brasserie Georges ; trois autres micro-brasseries se sont de plus ajoutées aux visites : La Canute Lyonnaise à Pierre-

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Invitation à Sandrine Kiberlain

Institut Lumière | Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Invitation à Sandrine Kiberlain

Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de ses pairs en 2014 pour 9 mois ferme. Mais elle avait bien failli décrocher la statuette parallélépipédique quelques années plus tôt pour sa prestation dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé. C’est ce film qui sera projeté à l’occasion de l’invitation qui lui est offerte par l’Institut Lumière : après un échange avec le maître des lieux Thierry Frémaux, et la projection du court-métrage qu’elle a réalisé, Bonne figure (2016), on la retrouvera dans ce rôle d’institutrice au côté de Vincent Lindon. Mademoiselle Chambon À l’Institut Lumière le jeudi 28 juin à 19h

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Mémoire Vive prend l'air

Festival | Prélude au déménagement du CCO, le festival Mémoire Vive explore cette année le parc de l'Autre Soie où théâtre de rue, interventions citoyennes, réflexions numériques et bien sûr musique vont s'entrechoquer le samedi 19 mai.

Sébastien Broquet | Mardi 15 mai 2018

Mémoire Vive prend l'air

Ce n'est pas vraiment un festival, Mémoire Vive, même s'il en revendique le nom. D'ailleurs, on ne sait pas vraiment à quel "objet" on a affaire avec ce rendez-vous de mai concocté par le CCO, de moins en moins au fil des éditions et pourtant, inexorablement, on tilte sur cette journée où tout s'emmêle et tout se coordonne, entre théâtre de rue et réflexions numériques, entre spectacles traditionnels et abolition de la distance entre spectacteurs et artistes. Tenez, où classer le Collectif X et son théâtre participatif étiquetté Villes #2 ? Déjà, rappeler que le thème de cette année pour Mémoire Vive, c'est l'urbanité et le mouvement : il faut dire que le CCO s'apprête à migrer du côté de l'Autre Soie, quittant son spot historique de Villeurbanne (où l'on se souvient avoir vu les murs suinter un soir de concert de Shellac, mais c'est une autre histoire) et qu'habiter un nouvel environnement, gérer une transition géographique, automatiquement ça touche de près l'équipe organisatrice (on en parle page 2). Mais revenons au Collectif X : après enquête et participation des habitants, deux extraits de cette création seront dé

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Le pays où le travail est moins cher : "Vent du Nord"

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Le pays où le travail est moins cher :

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

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Philippe Rebbot : « le doute est la meilleure chose qui puisse arriver dans la vie »

Entretien | Il promène sa silhouette dégingandée depuis une décennie sur tous les écrans, incarnant les types biens comme les gars un peu falots. Dans Vent du Nord, il est un ouvrier essayant d'attraper ses rêves avec un filet de pêche. Entretien avec Philippe Rebbot.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Philippe Rebbot : « le doute est la meilleure chose qui puisse arriver dans la vie »

Vent du Nord porte une morale un peu désespérante pour la jeunesse : elle doit quitter l’endroit où elle a grandi pour survivre… Philippe Rebbot : Je ne sais pas si c’est une morale, mais c’est une vérité désespérante. Quand il y a pas d’avenir, il y a pas d’avenir ! Ce n’est pas un film social, on est en plein dans l’actualité. Le moyen de bosser maintenant quand on est jeune, c’est d’être mobile et il va falloir se démerder avec ça. Nous, les comédiens, on a déjà accepté ça. On est des saltimbanques. De luxe (sourire). Il est beaucoup question de précarité dans vos premiers rôles… Davantage de fragilité. Parce que je crois être fragile et que ça se voit. On vient me chercher parce que je dois dégager une vibration à la fois marrante et fragile, qui me ressemble. Je suis dans la vie, mais en même temps, la vie me fait peur… Après, on peut aller contre sa nature : je ne suis pas à l’abri d’un rôle de banquier — mais d’un banquier fragile. Ou d’un Président de la république — mais d’un président qui doute. Le doute, c’est la

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Figure libre : "Moi, Tonya"

Biopic | De Craig Gillespie (É-U, 2h) avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan…

Aurélien Martinez | Mardi 20 février 2018

Figure libre :

L’histoire se souvient de Tonya Harding comme de la première patineuse étasunienne à avoir fait un triple axel en compétition : classe. Mais aussi – plus que tout même – pour avoir été mêlée à un scandale quelques jours avant les Jeux olympiques de 1994 à Lillehammer : l'agression de sa rivale Nancy Kerrigan à coups de barre en métal, dont les images filmées après l’attaque (et les « Why ? Why ? Why ? » de Kerrigan) ont fait le tour du monde : moins classe. Tonya Harding est une de ces figures controversées que les États-Unis adorent produire à la chaîne. Une figure à laquelle le cinéaste australien Craig Gillespie vient de consacrer un biopic passionnant, justement parce que ce n’est pas tant un biopic (même si les acteurs et actrices ressemblent parfaitement aux véritables protagonistes) qu’un film sur le rêve américain et, surtout, l’une de ses faces les plus sombres – les blancs pauvres, appelés "white trash", représentés ici de la pire des manières. Du coup, l’agression comme le patinage ne sont presque que secondaires pour Craig Gillespie : il s’attache principalement à montrer une battante qui fait tout pour s

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Olivier Sauton, l'apprenti sorcier

Seul en Scène | Charismatique, érudit, caricatural aussi, Luchini fascine le comédien Olivier Sauton qui dialogue avec lui dans un one-man-show où il épouse les traits physique et de caractère de son mentor.

Nadja Pobel | Mardi 6 février 2018

Olivier Sauton, l'apprenti sorcier

Luchini est là tout le temps, sans être là, au point qu'il a fallu modifier l'affiche pour ne pas prêter à confusion : "Olivier Sauton dans Fabrice Luchini et moi". Tout est dit. La vedette rohmérienne, après avoir été troublée et séduite par ce one-man-show créé en 2014, fut plus tatillonne sur cette production quand la bise (tempête) fut venue. Et pour cause : Olivier Sauton a vu réapparaître il y a tout juste un an, quand il semblait promis à un Molière du seul-en-scène, des tweets antisémites qu'il reconnaît avoir écrit et qu'il considère sans se forcer comme nauséabonds. Il a, fut un temps, frayé le même chemin que Dieudonné. Temps révolu, dit-il sur scène en regardant son public. Et « le petit con attardé » qu'il évoque à propos de cette époque est finalement le même que celui qu'il met en scène dans ce spectacle et dont on voit l'appétit à se cultiver et à s'élever au-dessus de la bêtise crasse. Tenant solidement en main son spectacle, en grande partie grâce à un talent d'imitation incontestable, il fait apparaître Luchini, croisé au hasard d'une nuit (c'est véridique) qui devient son maître (c'est fictif). L'apprenti v

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Qui suis-je quand je danse ?

Le Moi de la Danse | Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de (...)

Anne Huguet | Mercredi 17 janvier 2018

Qui suis-je quand je danse ?

Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de mettre en valeur les belles singularités de la danse contemporaine d’aujourd’hui, s’intéressant plutôt aux trajectoires personnelles et explorant la singularité des gestes chorégraphiques. Qui suis-je quand je danse ? Quelle partie de moi nourrit mon geste ? Qu’est-ce qui me fait danser ? Comment mon langage et ma gestuelle évoluent ? Fidèle à ses bonnes habitudes, le festival donne à voir de la danse mais aussi fait danser les spectateurs (danse-minute pour s’initier au lindy-hop ou popping, Bal dansant avec Thomas Lebrun) et alterne conférences ("Grand témoin" avec Christian Rizzo), ateliers, workshops et projections. À ne pas rater cette année : Flatland, œuvre vidéo multiprimée des deux artistes iraniens Alireza Keymanesh et Amir Pousti qui donnent vie, de manière poétique, par le biais de la danse, à des formes géométriques.

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Fist & Chips, Cake Moss et Shakiramisu au menu de Braise-Moi

Food & Queer | Braise-moi est un livre de recettes, non pas de grand-mère ou de vieil oncle mais plutôt de plume libérée. Édité par nos amis du mensuel Hétéroclite, imaginé par Émilie Bouvier et joliment mis en images par notre photographe Anne Bouillot, le recueil donne à voir sous un jour nouveau notre pratique de la cuisine, grâce à des jeux de mots et à un travail graphique qui modifient toute la saveur des plats.

Dalya Daoud / Rue89Lyon | Mardi 28 novembre 2017

Fist & Chips, Cake Moss et Shakiramisu au menu de Braise-Moi

Quand on parle de cuisine, on a souvent l’image d’une femme derrière les fourneaux ou d’un chef étoilé (et moins d’une cheffe). Est-ce le terrain sur lequel Braise-moi se rend, l’air de rien ? Émilie Bouvier alias Boubi : Si Braise-moi a une dimension féministe, à plusieurs niveaux, il ne s’inscrit pas dans le sillage d’une mère Brazier ni n’a pour objectif de redorer le blason des cheffes. Tout simplement car ce livre ne revendique aucune prétention gastronomique. Les recettes sont facilement réalisables, destinées à une cuisine plutôt quotidienne. En revanche, il prend indéniablement à rebours les codes du livre de cuisine traditionnel et se moque des règles imposées aux femmes en tant que maîtresse de maison (en filigrane dans les recettes), et en matière de régime alimentaire (avec une recette comme le Cake Moss par exemple). Au contraire, Braise-moi propose une vision décomplexée et libérée de la cuisine en s’adressant aussi aux femmes débarrassées de leurs activités mulièbres. Une recette comme Les Cookies Dinker par exemple, soit des cookies salés, rend hommage aux femmes libérées (qui c

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Joyeuse Nawell : "C’est tout pour moi"

Comédie | de Nawell Madani & Ludovic Colbeau-Justin (Fr, 1h43) avec Nawell Madani, François Berléand, Mimoun Benabderrahmane…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Joyeuse Nawell :

Encore un self-biopic ?! Et d’une stand-upeuse en plus, qui malgré son jeune âge prétend nous narrer son incroyable parcours contrarié vers le succès ? En effet. Mais défiez-vous des a priori : en dépit d’un argument cousu de fil blanc et d’un charmant égocentrisme bien canalisé, Nawell signe une très agréable comédie “auto-centrée“, avec la dose de distance, de dérision et de griffures pour éviter le prospectus ou le mélo, qui de surcroît tient sur la longueur. Combien “d’épopées” d’artistes s’essoufflent après vingt minutes ayant duré sept heures ? Nawell Madani s’est certes nourrie d’épisodes réels pour construire son film. Mais la part de vécu authentique comme le contexte de la découverte de sa vis comica importent peu : l’essentiel étant que le personnage qu’elle interprète à l’écran ait une cohérence dramatique solide. Singulièrement, ce n’est pas la battante, la performeuse efficace ni la belle plante qui ressort de ce portrait, mais la candide ; la jeune femme sincère dont une meute de vautours aux aguets (escrocs et/ou confrères de la scène) profitent sans complexe.

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Islam pour mémoire

Documentaire | Engagé contre l’islam intégriste, Abdelwahab Meddeb (disparu en 2014) était de ces intellectuels et artistes à la voix qui comptent et qui portent — d’autant (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Islam pour mémoire

Engagé contre l’islam intégriste, Abdelwahab Meddeb (disparu en 2014) était de ces intellectuels et artistes à la voix qui comptent et qui portent — d’autant qu’il animait une émission de radio régulière sur France Culture. Désireuse de perpétuer son message, la documentariste Bénédicte Pagnot a réalisé avec Islam pour mémoire un film voyageant à travers la culture de l’islam, qu’elle vient présenter en compagnie de l’universitaire Tahar Kalfoun. Notez qu’un thé à la menthe est offert à la fin de la séance. Islam pour mémoire Aux Alizés à Bron le jeudi 12 octobre à 20h

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Eau-delà du patrimoine

Journées du Patrimoine | Cernées par un fleuve et une rivière, Lyon et sa métropole mettent cette année l'eau au cœur des Journées Européennes du Patrimoine.

Nadja Pobel | Mardi 12 septembre 2017

Eau-delà du patrimoine

Le thème national des JEP, la jeunesse, n'a pas été décidé suffisamment tôt pour que la Métropole de Lyon ne s'en empare. Qu'importe, avec l'eau, elle fait sien ce week-end dense où 600 lieux s'ouvrent à vous, dont près d'un tiers relatif à cette approche locale. Depuis la loi du 3 janvier 1992, l'eau est même consacrée comme patrimoine commun de la nation. Oubliez les croisières des voies navigables de France prises d'assaut et cap sur : La darse nautique. Les JEP se prolongent le soir avec les installations lumineuses de la compagnie Louxor. Et une baleine surgira ainsi de l'eau. Sept autres installations multimédia vont irriguer la Confluence, dont l'une élaborée à partir de témoignages de victimes d'inondations. Ces artistes avaient déjà conçu une série de crayons qui flottaient à la surface du Rhône lors de la Fête des Lumières 2013. Vendredi 15 et samedi 16 septembre de 20h30 à 23h30 Chapelle de l'île Barbe. Fermée la majeure partie du temps (sauf sur rendez-vous), ce qu'il reste de la chapelle du Ve siècle permettra notamment, via le déblaiement et la très belle m

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Entretien avec la réalisatrice de Ôtez-moi d'un doute | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

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Paire de pères et pères aperts : "Ôtez-moi d’un doute" de Carine Tardieu

Le Film de la Semaine | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples “bombes” intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante. Quinzaine des Réalisateurs 2017.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Paire de pères et pères aperts :

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’inté

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"Embrasse-moi !" de Océanerosemarie & Cyprien Vial

Du genre raté | de Océanerosemarie & Cyprien Vial (Fr, 1h26) avec Océanerosemarie, Alice Pol, Grégory Montel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Enchaînant les petites amies, Océanerosemarie est installée… dans l’instabilité. Mais lorsqu’elle rencontre Cécile, une sculpturale photographe célibataire, elle promet de changer. Chiche ? Connue pour fustiger à la scène comme à la ville les pratiques discriminatoires envers la communauté LGBT (notamment le refus d’accorder le mariage pour tous), l’autrice/actrice fait ici un grand pas en faveur de l’égalité : elle prouve qu’on peut signer en France une bluette lesbienne tout aussi calamiteuse que les navrantes comédies romantiques hétéro faisant florès. Pour autant, commettre une profession de foi qui nivelle artistiquement par le sous-sol, est-ce si productif ? Pense-t-elle RÉELLEMENT qu’il faille recourir à une esthétique de salle de bains et de sitcom réunies, un étalage de poncifs sur le “L World” et Michèle Laroque en second rôle pour faire évoluer les mentalités ? Embrasse-moi trahit une forme de candeur ; comme si Océanerosemarie avait sous-estimé la complexité du genre dont elle tente ici de s’emparer.

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Archi beau

Architecture | Qui n’a jamais eu envie d’être une petite souris pour découvrir l’intérieur d’une maison d'artiste ? Visiter des maisons d’architecte, c’est ce que propose (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 20 juin 2017

Archi beau

Qui n’a jamais eu envie d’être une petite souris pour découvrir l’intérieur d’une maison d'artiste ? Visiter des maisons d’architecte, c’est ce que propose les Journées d’Architectures à vivre, organisées par le magazine Àvivre depuis 2000. Le week-end du 16 au 18 juin puis du 23 au 25 juin, des voisins vous ouvrent les portes de leurs demeures : contemporaines, photogéniques, ingénieuses, écologiques… des projets de création ou de rénovation qui prouvent qu’architecture et vie quotidienne forment un beau mariage. À Lyon intramuros, visitez un duplex sur cour à la Guillotière qui devrait être tout juste terminé, un appartement de canut à la Croix-Rousse ou encore une rénovation très épurée en bois et anthracite dans le 9ème arrondissement. Autour de Lyon, plusieurs maisons également dont une belle extension en bois à Rillieux-la-Pape ou un ensemble très contemporain à Caluire-et-Cuire. Au total, une cinquantaine de propriétés en Rhône-Alpes sont ouvertes à la visite. Retrouvez tout le catalogue et inscrivez-vous (2€) sur www.journeesavivre.fr.

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Je est un migrant : Patrick Chamoiseau dialogue avec Michel Lussault

Littérature | Le géographe Michel Lussault, dont nous vous avons parlé avec enthousiasme dans ces colonnes, s'entretiendra à Bron avec l'écrivain Patrick Chamoiseau qui vient de publier un essai revigorant, "Frères migrants".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 mai 2017

Je est un migrant : Patrick Chamoiseau dialogue avec Michel Lussault

« L'Europe envisagée comme solitude au monde ! » Rien ne saurait plus indigner l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, penseur avec Édouard Glissant du concept de "Tout monde". Contre la mondialisation capitaliste et financière (la « barbarie » dit-il), Patrick Chamoiseau rappelle, dans Frères migrants, que « la planète n'est pas seulement globalisée par l'appétit capitaliste. Elle est par nature une. Un seul lieu où l'horizon ne s'ouvre que sur lui-même, où la perspective se renouvelle autour d'un cœur unique. Les mondes multiples se percevant autonomes et se croyant étanches n'existent que dans les stases de nos imaginaires. » Cette globalité des multitudes, cette humanité transversale faite de pluralité, Patrick Chamoiseau lui donne une figure, une existence concrète à travers la richesse, la beauté et la matérialité de sa langue. Celle-ci prend en écharpe lyrique (c'est-à-dire : en sonorités, en couleurs, en parfums) les rêves comme les cauchemars du monde contemporain.

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"Bienvenue au Gondwana" : coup de pompe Afrique

ECRANS | de Mamane (Fr, 1h40) avec Antoine Gouy, Michel Gohou, Digbeu Cravate…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Après le méphitique À bras ouverts, censé rire de l’hypocrisie des intellos bobos (en perpétuant les pires clichés sur les Roms), voici une poussive satire de la Françafrique et des républiques bananières ; à l’inconvenant succède donc le convenu. Dans Bienvenue au Gondwana, l’humoriste Mamane donne un visage au pays chimérique gouverné par la prévarication qu’il a imaginé. Et y propulse des “observateurs internationaux” pour surveiller l’improbable scrutin auquel se présente le président-fondateur, un despote invisible. Sans doute Mamane n’a-t-il pas su trancher entre franche farce (sur le modèle du Crocodile du Botswanga) et la charge subtile (façon Rabbi Jacob) ; voilà pourquoi son film dégage ce sentiment d’incomplétude, et paraît timoré lorsqu’il s’agit d’aligner un peu de discours. La comédie française populaire contemporaine devrait revoir ses prétentions politico-sociales : elle n’est pas à la hauteur. À moins qu’elle n’ait pas d’auteur pour cela en ce moment.

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Mémoire Vive ouvre une nouvelle fenêtre

Art Numérique | Le festival Mémoire Vive, au CCO ce samedi, expérimente les formes et laisse une large place à l'art numérique.

Sébastien Broquet | Mardi 21 mars 2017

Mémoire Vive ouvre une nouvelle fenêtre

Le festival Mémoire Vive, qui s'installe sereinement dans le paysage local, est par essence indescriptible tant varient les propositions au sein de cet événement qui n'aime rien tant que provoquer la rencontre, attirer le regard là où il ne se serait pas posé naturellement et initier l'écoute (de l'autre, du monde, de soi-même), comme l'illustre cette année le focus fait autour du thème de la "fenêtre" à ouvrir, qu'elle soit réelle ou sur écran tactile. Récapitulons : c'est un parcours, il commence dehors par une balade urbaine, en vélo. Se réapproprier la ville, d'abord ; mais en musique, grâce aux pauses orchestrées par Pédalo Cantabile, auto-libellé karaoké acoustique. Prendre langue, ensuite. Par des lectures, assurées par la poète Samira Negrouche, Sonia Viel, le dramaturge Hakim Bah et le romancier Mouloud Akkouche (lequel rédigera une nouvelle sur cette journée, lue en clôture). Prendre l'initiative, dans la foulée : via un fablab, où l'on commencera par une battle (de mots d'amour ou de punchlines boxeuses), avant une sorte de cadavre exquis, et une conclusion assurée par la fabrication autono

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Klaus Michael Grüber, vivant !

Opéra | Parfois, très rarement, dans cet art si éphémère qu'est le théâtre et a fortiori l'opéra, ressurgissent de grands metteurs en scène. Neuf ans après sa mort, Klaus Michael Grüber revit avec la reprise de son Couronnement de Poppée. Esquisse de ce que fut ce maître des scènes européennes.

Nadja Pobel | Mardi 14 mars 2017

Klaus Michael Grüber, vivant !

Il y a d'abord une aura, celle que convoque son nom. Klaus Michael Grüber dont les cendres ont été réparties sur Belle-Île-en-Mer un jour de juin 2008, juste après sa mort des suites d'un cancer, est un pan du théâtre. Celui d'une exigence et d'une intemporalité qui permet notamment aujourd'hui à son assistante Ellen Hammer, aux commandes de la reprise du Couronnement de Poppée de ne pas craindre une « entreprise muséale ». Sans jamais adapter ou contemporanéiser les textes qu'il a pu monter, il a su leur donner une nouvelle lecture comme cette Bérénice qui a entendu bien des fauteuils claquer avant de devenir un classique à son tour. En 1984, invité à la Comédie Française, il avait donné à l'héroïne racinienne une allure presque métallique en confiant cette indication à la protagoniste principale Ludmila Mikaël : « la parole froide, le cœur brûlant ». Né en 1941 au bord du Neckar (Bade Würtemberg) dans une Allemagne aux mains des nazis, Grüber, apprenti-acteur au Conservatoire de Stuttgart, est rapidement parti en Italie où il devient l'assistant de Giogio S

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Voyage dans la mémoire de l'opéra

Opéra de Lyon | Mettez trois œuvres mythiques dans un même espace temps, ajoutez trois metteurs en scène encore plus mythiques, laissez passer quelques décennies et faites les revivre dans un Festival Mémoires.

Pascale Clavel | Mardi 28 février 2017

Voyage dans la mémoire de l'opéra

C'est un incroyable triptyque que propose Serge Dorny à l’Opéra de Lyon : on connaissait le goût du directeur pour les festivals exotiques et décalés, mais cette fois le pari semble plus audacieux. Il suppose que l’on ne nous serve pas du réchauffé, du déjà vu, de la chose artistique fanée et cela suppose aussi que nous soyons encore surpris. Que peut-on faire pour sauvegarder la mémoire d’un spectacle ? Qu'en garde-t-on ? Qu’oublie-t-on ? Les trois grands metteurs en scène d’origine sont morts : comment préserver la mémoire de leur spectacle ? Comment reconstruire sans refaire à l’identique ? La re-création est un risque : de figer le spectacle une fois pour toute, d'en perdre la vitalité. Il faut imaginer ces reprises comme des reconstructions de mises en scène mythiques, qui vont être réanimées par les collaborateurs des artistes d’origine. Le chemin est tout tracé mais il faut savoir l’agrémenter, le réactualiser pour que les spectacles parlent aux spectateurs d’aujourd’hui, jouer d’un côté sur la mémoire, mais aussi sur le neuf : les interprètes étant eux-mêmes nouveaux. Mémoire vive L’Opéra de Lyon réunit-là trois

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Ciné O’clock, 22e prise

Festival | Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se (...)

Julien Homère | Mardi 7 février 2017

Ciné O’clock, 22e prise

Malgré le Brexit, les relations entre la France et l’Angleterre se portent à merveille du côté de Villeurbanne. Durant une semaine, le festival Ciné O’Clock se révèle une Arche de Noé jouissive pour tous les amoureux des cinémas britannique et irlandais. La programmation embrasse un large spectre de 21 œuvres : les spectateurs pourront rattraper les films d’hier et d’aujourd’hui. De la Palme d’Or de Ken Loach (Moi, Daniel Blake) à la petite pépite bis Les Daleks envahissent la Terre, le festival propose de revoir ou découvrir tout ce que l’Irlande et l’Angleterre peuvent offrir d’aussi fou que solennel, d’aussi connu qu’oublié, d’aussi vieux que récent. Pour ceux qui voudront se replonger dans l'année écoulée, ou s’évader dans les années 1980, le quatrième long-métrage de John Carney,

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Le rythme dans le moi-peau

Le Moi de la Danse | Les Subsistances présentent la deuxième édition du passionnant rendez-vous Le Moi de la Danse : un festival de soli, où le moi se fait dansant, vibrant, changeant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Le rythme dans le moi-peau

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse. Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité

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"Le Petit locataire" : un dernier pour la route

ECRANS | de Nadège Loiseau (Fr, 1h39) avec Karin Viard, Philippe Rebbot, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Aux abords de la ménopause, une fringante grand-mère se découvre enceinte. Compliqué, quand on fait tourner quasi seule une maisonnée comprenant une aïeule déclinante, un mari velléitaire, une fille immature mère-célibataire, et qu’il faut s’éviter toute émotion… Version rallongée d’un court-métrage (retournée avec une nouvelle distribution, du coup), cette comédie n’a pas grand chose de surprenant dans le ventre. Alors, elle se repose confortablement sur sa distribution, les rôles-clefs étant confiés à des interprètes coutumiers d’emplois similaires : Karin Viard en tornade fofolle mais attach(i)ante et Philippe Rebbot en aboulique sympa mais lunaire — tous deux habillés en un peu trop démodé pour être réaliste. Ça n’est pas bien méchant ; pas tellement rythmé non plus : une enfilade de gags en gestation jusqu’au terme, précipité par quelques contractions artificielles. L’impression d’une soirée téléfilm sans les chaussons, en somme. La toujours lumineuse présence d’Hélène Vincent, en ancêtre yoyotante, et celle du bonhomme Antoine Bertrand, apportent heureusement une bouffée de poésie fanta

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Le vin fait de la résistance

Le Mois du Vin Naturel | Trois salons dédiés, des dégustations, des fêtes, des dédicaces d'ouvrages : durant un mois, à Lyon, le vin naturel est à l'honneur... Le vin quoi ?

Adrien Simon | Mercredi 2 novembre 2016

Le vin fait de la résistance

On perdrait son temps à chercher la définition stricte (ou pire, le cadre légal) du vin naturel : il n'en existe pas. On parle aussi bien de vin nu, nature, vivant, rebelle, pour qualifier l'œuvre de vignerons dont on peut dire, minimalement, qu'ils sont en rupture avec le mode de production conventionnel. La culture de la vigne est aujourd'hui une grande consommatrice de pesticides (20% des stocks utilisés par l’agriculture française, pour à peine 4% des terres cultivées). Et la fabrication du vin autorise l'usage de 47 additifs différents. Les vignerons nature — et c’est ce qui a priori les rassemble — ont pris le parti de ne plus jouer aux apprentis-chimistes. Ils refusent l’usage de produits nocifs dans les vignes et l'interventionnisme durant la vinification. Et sont tentés de ne pas filtrer, ni sulfiter, leurs nectars lorsqu'ils les mettent en bouteille. Sébastien Milleret, caviste à la Croix-Rousse (Ô vins d’anges) rappelle le cercle vicieux de l'agro-industrie : « traiter chimiquement la vigne induit des effets de bord : le cycle de la plante est déréglé, on obtient des raisins carencés ; il faut ensuite rattraper les dégâts... avec des béq

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"Mademoiselle" : telle est éprise qui croyait prendre

ECRANS | Expert ès dispositifs raffinés, Park Chan-wook emboîte ici combines et jeux de séduction dans un brasillant thriller esthético-érotique, où les retournements et rebondissements prolongent le plaisir comme le désir. D’une sensualité perverse aussi délicate que délicieuse. Hmmm…

Vincent Raymond | Mardi 1 novembre 2016

Mademoiselle est de ces films qui déploient leur luxuriance opératique dans un mouvement à l’élégance ininterrompue. Si l’idée saugrenue venait de lui associer un végétal, ce ne serait pourtant ni la fougère arborescente balayée par les vents, ni la venimeuse digitale pourpre, mais un simple oignon. Un de ces bulbes lisses à la rotondité douce frôlant la perfection, composé de maintes couches concentriques que la curiosité brûle d’ôter une à une… jusqu’à ce que l’on se retrouve contraint de se rincer l’œil. Une fois encore, Park Chan-wook a bien mené son jeu — en l’occurrence, un jeu de la chatte et de la souris, ou de dupes dupé(e)s. L’histoire débute dans les années 1930 avec l’infiltration d’une jeune Coréenne au service d’une richissime Japonaise vivant recluse chez son oncle. Complice d’un soi-disant comte nippon ayant des vues sur la magot de la seconde, la première est chargée de chanter les louanges du bellâtre pour favoriser l’union. Mais rien, évidemment, ne se déroulera comme prévu… Narratio interrupta & multiplicatur coitus Depuis qu’il nous a dessillés avec Old Boy (2003) — claque légitime

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