Rich Moore & Phil Johnston : « on donne des coups de coudes, mais avec amour »

Ralph 2.0. | Auteurs des Mondes de Ralph et de Zootopie, les sympathiques Rich Moore & Phil Johnston ont à nouveau uni leurs forces pour donner une suite aux aventures de leurs héros d’arcade. Conversation.

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Photo : © Getty Images


Comment vous avez eu l'idée de projeter Ralph dans l'Internet ?
Phil Johnston
: Elle est venue au-dessus de mon bureau. Nous venions d'avoir un bébé avec ma femme et elle s'est faite avoir par une arnaque sur Internet par un type qui vendait de la viande en ligne. À ce moment-là, on a réalisé que ça arrivait à tout le monde. Et on a imaginé ce qu'il pouvait se passer si jamais Ralph était obligé d'aller dans Internet, s'il se faisait arnaquer, jusqu'où ça pourrait nous mener…

Rich Moore : Ça a juste commencé avec l'idée d'aller dans Internet, sans histoire ; à partir de là, on a commencé à travailler.

L'Internet que vous montrez est un océan de marques. Comment avez-vous fait pour obtenir l'autorisation de les utiliser ?
RM
: On n'avait pas besoin de demander. Aux États-Unis, il existe dans le droit le fair-use qui dit que tant que l'on ne dénigre pas ou que l'on ne détourne pas la marque, on peut l'utiliser dans un film. Ainsi, eBay ne savait même pas qu'ils étaient dans le film avant la sortie du trailer. En revanche, pour les personnages qui sont des licences de marques, il fallait demander. Quant au site Buzztube, nous l'avons créé pour qu'il soit fidèle à l'obsession de Ralph pour le symbole du cœur, il remplace Youtube et son pouce levé.

Avez-vous chiffré le nombre de références que vous citez ?
PJ
: Je pense que personne au studio ne sait combien de référence on a mis ! Pour nous, ce qui était important, c'était que ce soit le World Wide Web — l'Internet du monde. Il n'y a pas que des références américaines, car on ne voulait pas que ce soit différent en Chine ou dans les pays latins, c'est pour cela que l'on voit des références à tous les pays du monde.

Le court-métrage Logorama a-t-il une source d'inspiration pour cette intégration de marques ?
RM & PJ (en cœur)
: Ooooh ! Logorama ! Il n'a jamais vraiment été cité pendant la conception, mais peut-être bien qu'il nous inconsciemment inspirés.

Parmi les références figurent les princesses Disney, que vous chambrez tendrement. C'est presque un crime de lèse-majesté…
PJ :
Pour nous, il fallait trouver le juste milieu entre auto-dérision et hommage — un peu comme si on se donnait des coups de coude avec amour… et des coudes très pointus ! Mais on a pu le faire parce qu'on les connaît bien et qu'on évolue au sein de Disney. C'est comme si je me moquais de Rich ou lui se moquait de moi : c'est possible parce qu'on se connait bien. Mais si quelqu'un de l'extérieur le faisait, ça ne passerait pas.

Y-avait-il malgré tout des limites à ne pas franchir ?
PJ
: Étonnamment, non. Personne au studio ne nous a mis de limites. Mais entre nous, nous avons tout de même coupé des parties que nous jugions peu drôles.

RM : Cela reste une comédie : on voulait montrer que Disney ne se prend pas au sérieux. C'est aussi un film un peu profond où l'on voit l'amitié en train de déchirer et survivre malgré ses fissures.

Vous lorgnez également sur la comédie musicale, avec un spectre d'influences très large…
PJ
: Oui, nos inspirations vont de Bubsy Berkeley, Singin' in the Rain, jusqu'à La la Land ; il y a un peu de John Waters, de La Petite Boutique des Horreurs, mais aussi les grands morceaux de Alan Menken dans les années 1990 et enfin GTA…

Dans vos films, les personnages féminins ont des rôles assez forts ; vous avez de plus engagé des femmes à des postes clefs ? Vous agissez concrètement pour une meilleure parité ?
RM
: C'était très important pour nous. Quand j'ai commencé à travailler sur Les Simpsons il y a trente ans, ça l'était déjà de ne pas avoir que des mecs pour fabriquer cette série qui était sur une famille. Depuis, j'ai essayé de trouver cet équilibre homme/femme à 50/50 dans Ralph, dans Zootopie, surtout lorsqu'il s'agit de créer l'histoire. Dans l'animation, on essaie aussi d'avoir des vieux et des jeunes, de plein de pays différents, issus de la diversité. On y arrive peu à peu ; depuis Les Mondes de Ralph, on sait qu'on ne fait pas nos films que pour les États-Unis, mais pour le monde entier. Et il faut être à la hauteur de cela.

Ralph 2.0 évoque la violence des commentaires publiés sur Internet. Vous-même, comment avez-vous vécu ceux qui ont suivi la sortie du trailer du film ?
RM
: Il y a eu effectivement un premier trailer où l'on voyait notre Tiana qui n'était pas aussi noire que le personnage dans le film en 2D, La Princesse et la Grenouille. On a regardé et on a vu que les gens qui avaient critiqué avaient raison : elle était assez différente. Du coup, on a invité les designers et animateurs à bien étudier le film en 2D, mais aussi les groupes qui avaient critiqué et la première actrice qui avait fair la voix de Tiana pour qu'elle donne son point de vue et on a pu rectifier la situation. C'est dommage qu'on ne l'ait pas fait correctement la première fois, mais on est content d'avoir eu ces commentaires qui nous on permis de rendre sa forme à Tinana. Peu importe d'où ils venaient, du moment qu'on a fait ce qu'il fallait, c'est ce qui compte.

Enfin, pourquoi finir le film avec Rick Astley ?
RM :
(rires) Il y a une blague qui circule par mail depuis plusieurs années aux États-Unis, le Rickrolling. Les gens s'envoient un mail avec en intitulé « j'ai une super nouvelle pour toi », et en fait on tombe sur un clip de Rick Astley qui chante Never Gonna Give You Up. On voulait faire la même chose.


Ralph 2.0

De Rich Moore, Phil Johnston (ÉU, 1h53) avec John C. Reilly, Sarah Silverman...

De Rich Moore, Phil Johnston (ÉU, 1h53) avec John C. Reilly, Sarah Silverman...

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Ralph quitte l’univers des jeux d’arcade pour s’aventurer dans le monde sans limite d’Internet. La Toile va-t-elle résister à son légendaire talent de démolisseur ? Ralph et son amie Vanellope von Schweetz vont prendre tous les risques en s’aventurant dans l’étrange univers d’Internet à la recherche d’une pièce de rechange pour réparer la borne de Sugar Rush, le jeu vidéo dans lequel vit Vanellope. Rapidement dépassés par le monde qui les entoure, ils vont devoir demander de l’aide aux habitants d’Internet, les Netizens, afin de trouver leur chemin, et notamment à Yesss, l’algorithme principal, le cœur et l’âme du site créateur de tendances BuzzzTube…


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La fibre de l’amitié : "Ralph 2.0"

Animation - dès 6 ans | de Rich Moore & Phil Johnston (É-U, 1h53) avec les voix (v.f.) de François-Xavier Demaison, Dorothée Pousséo, Jonathan Cohen…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La fibre de l’amitié :

Ayant provoqué malgré lui la casse du jeu d’arcade de son amie Vanellope, Ralph plonge avec elle dans l’univers multidimensionnel de l’Internet pour trouver l’argent permettant de le réparer. Il leur faudra triompher de nouveaux adversaires et de féroces bugs pour boucler ce niveau… On connaît tous le principe évolutif d’une suite : offrir davantage que l’opus précédent afin d’élargir sa “surface de contact“ pour ne pas perdre le public de base et, si possible, en gagner un nouveau. Contrat rempli pour Ralph 2.0 qui délaisse le monde vernaculaire des jeux d’arcade pour conquérir en toute logique ce qui lui a succédé, son hyper-extension cosmique qu’est Internet. Moore & Johnston le matérialisent avec une indéniable virtuosité graphique et esthétique, comme une réplique de notre réalité, reprenant en cela le concept élaboré dès Tron — auquel leur film rend un hommage en forme de tacle. Le terme “matérialiser“ convient d’ailleurs assez bien à ce territoire virtuel, saturé de banderoles, de log

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À poil les culs terreux ! : "Normandie Nue"

Comédie mal fagotée | de Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison…

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

À poil les culs terreux ! :

Pour attirer l’attention du monde entier sur sa commune où les éleveurs et paysans n’en finissent plus de crever à petit feu, le maire Balbuzard accepte la proposition d’un artiste américain souhaitant photographier ses concitoyens nus dans un champ. Il lui reste juste à les convaincre… Transposer la démarche de Spencer Tunick sur une communauté en pleine lutte sociale, voilà qui aurait pu faire un bon Ken Loach. Sauf que c’est un Le Guay. Et que le cinéaste français a des ambitions de téléfilm, préférant à une comédie à enjeu dramatique des plans brumeux bucoliques, une surabondance de protagonistes vêtus de chemises à carreaux et des sous-intrigues de clocher éculées. Certes, pour la caution sociale, il glisse bien de-ci de-là une allusion aux cours de la viande, à la concurrence germano-roumaine, aux grandes surfaces, à l’usage des produits phytosanitaires, mais cela pue l’alibi comme une fosse à purin. Le Guay semble avoir en outre la même vision étriquée de la campagne que le personnage du néo-rural — un pubard parisien, interprété par Demaison

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"Comment j'ai rencontré mon père" de Maxime Motte : “Je” est un autre

ECRANS | de Maxime Motte (Fr, 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a six ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors, lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papier d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le “je” laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan, l’enfant — doté de la maturité d’un grand pré-ado — se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de “Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux” et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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Les Mondes de Ralph

ECRANS | De Rich Moore (USA, 1h41) Avec (voix) : John C. Reilly, Jack McBrayer, Sarah Silverman

Jerôme Dittmar | Dimanche 2 décembre 2012

Les Mondes de Ralph

En perdant son savoir-faire dans l'animation traditionnelle, Disney a perdu aussi ce qui fit de chaque film un évènement. Malgré les efforts de John Lasseter, tête de Pixar désormais chez Mickey, la prouesse technique comme gage de virtuosité a disparu. Ainsi encore des Mondes de Ralph, où des personnages de jeu vidéo, l'un un méchant rétro façon Donkey Kong en 8bits, l'autre une héroïne buggée d'un jeu de course girly, collaborent dans l'espoir de s'intégrer socialement. L'idée d'un croisement entre Toy Story et la culture jeu vidéo (le film multiplie les références) avait tout pour plaire. Hélas, le concept s'effondre dans une intrigue recyclée que jamais la laideur de l'ensemble ne sauve. Entre une héroïne au look d'icône de sonnerie pour téléphone portable, des univers graphiquement peu inspirés et un moralisme de spot McDo, la vulgarité plane. Un bref regard en arrière suffit pour voir que Disney ne sait décidément plus faire des belles choses. Jérôme Dittmar

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Sans laisser de traces

ECRANS | De Grégoire Vigneron (Fr, 1h35) avec Benoît Magimel, François-Xavier Demaison…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Sans laisser de traces

Le tandem Vigneron / Tirard responsable du "Petit Nicolas" nous vend un thriller qui se voudrait immoral, mais qui est surtout très bête. Résumons : un futur PDG, presque self-made-man (il a quand même épousé la fille du patron), a des remords. Le produit qui a fait sa gloire au sein de l’entreprise repose sur un brevet spolié à un petit inventeur. Pensant aller le dédommager pour régler ses problèmes de conscience, il finit par le buter avec l’aide d’un ancien pote loser. Le reste est à l’avenant de ce début branlant : mou comme de la chique, reposant sur un casting improbable (Magimel, comme absent à lui-même, et Demaison, qui est loin de savoir tout jouer…), des dialogues affreux et surtout, un parfait connard en guise de protagoniste, qui blâme le monde entier de la médiocrité de ses actes sans jamais se remettre en question. Son apologie de la «chance» ressemble en fait à un plaidoyer pour un monde décomplexé face à l’argent, au crime, à la goujaterie, etc. CC

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Divorces

ECRANS | De Valérie Gugnabodet (Fr, 1h40) avec François-Xavier Demaison, Pascale Arbillot…

Christophe Chabert | Mardi 6 octobre 2009

Divorces

Ça va mal au pays de la comédie française… Après 'Victor' la semaine dernière, 'Divorces' enfonce le clou du cercueil : point de salut hors le recensement vulgaire et téléfilmé de la médiocrité ordinaire, comme si le spectateur ne pouvait rire face à l’écran que de sa bassesse et de la merde quotidienne dans laquelle il est englué. Bizarre, tout de même, comme remède contre la morosité ambiante ! Toujours est-il que Valérie Guignabodet, pourtant réalisatrice de l’intéressant 'Danse avec lui', se pourlèche les babines face à ce jeu de massacre entre un couple d’avocats spécialisés dans le divorce à l’amiable, dont la belle alliance est menacée par leur propre séparation. On apprendra, entre autres questions vitales à la survie de l’humanité, que le couple, c’est castrateur, que le ticket de métro, pour vous mesdames, est une bonne manière de réveiller l’appétit sexuel de monsieur, et que quand on appelle une jeune chienne une «chiotte», c’est drôle. Non ? On est d’accords, alors… CC

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Coluche

ECRANS | D’Antoine De Caunes (Fr, 1h43) avec François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Coluche

Coluche ressemble exactement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’Antoine De Caunes : la copie sans rature d’un élève ayant si peur de mal faire qu’il ne fait pas grand chose. Tous ses films sont ainsi, et celui-ci peut-être plus que les autres… Plutôt qu’une bio filmée, Coluche évoque un moment de la vie de l’acteur, quand il décide de se présenter aux présidentielles en 1981. Décision intéressante, mais dont on ne trouvera jamais de justification à l’écran. La période ? Juste un décorum folklorique… La politique selon Coluche ? Un poujadisme irresponsable mais finalement salutaire. Sa vie privée ? Des fêtes et de la came, mais pas vraiment de drame à l’horizon. Ce qu’il manque à tout ça, c’est un point de vue qui donnerait du relief aux événements qui se succèdent à l’écran. Film plat agité par d’agaçants gimmicks de réalisation et plombé par le syndrome Patrick Sébastien (Demaison transparent, Drucker enlaidie…), Coluche laisse indifférent ; un comble vu le côté polémique du personnage… CC

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