Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Photo : © Universum Films


Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ?
Adam McKay :
Franchement, non. Ça n'a été qu'au moment de l'invasion de l'Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n'allait pas, qu'une riposte n'était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir.

Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ?
AMcK
: Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n'était pas officiel ni établi.

Avez-vous cherché à rencontrer la famille Cheney ?
AMcK
: Ça n'aurait pas été très utile : si on avait rencontré Lynne ou Dick, il auraient certainement cherché à avoir des prétentions sur le film, à mettre d'une façon ou d'une autre la main dessus. Il n'y avait rien à chercher de leur côté.

Quand vous êtes-vous rendu compte que la stratégie de Cheney avait à voir avec sa passion pour la pêche à la ligne ?
AMcK
: Très vite on est tombé sur cette métaphore, et elle s'est imposée de manière assez évidente. Du reste,

son épouse Lynne disait de lui : « si vous voulez comprendre mon mari, il faut savoir que c'est un pêcheur à la mouche

. Sa patience, la façon dont il comprend très vite qu'il faut des appâts sont très caractéristiques : il a une vision à long terme pour arriver à ses fins, par la manipulation.

Votre film montre le machiavélisme politique, mais aussi formel dans sa manière de prendre les spectateurs à l'hameçon…
AMcK:
(rires) Vous m'avez ferré comme un poisson en mettant le doigt sur ce procédé ! Mais vous savez, l'artiste lui aussi n'a d'autre but que la séduction.

Amy Adams : Je n'ai pas cette sensation d'avoir été dupée, au contraire. Même quand j'avais vu son film précédent The Big Short. Il avait suscité mon attention par sa façon de raconter les choses de façon plus légère, pour mieux nous faire réfléchir et nous donner accès à l'information.

Dès le stade du scénario, c'était extrêmement intéressant. J'aime travailler sur des films qui ont des choses à dire et suscitent des échanges, des discussions ; où il y a un enjeu entre le public et la société. Ça a été le cas sur Her, sur le rapport de la technologie et des relations intimes, ou Arrival les télécommunications Pour Vice, ie savais qu'on était en terrain sûr parce qu'Adam a une vision des choses.

Les arcanes de la politiques, comme ceux de la bourse dans The Big Short, sont complexes. Est-ce que vous les abordez avec l'idée de les vulgariser ?
AMcK
: Je ne considère pas faire de la vulgarisation, au sens où je rendrais accessible des choses inaccessibles. Ce sont des choses assez simples dissimulées sous des couches de jargon et d'artifices qui rendent les mécanismes du pouvoir assez confus et opaques pour le public. J'essaie d'enlever cette couche de fumée pour la rendre plus accessible, et ouverte à tous.

Pendant la production et la fabrication du film, avez-vous redouté de succomber à une forme de fascination pour Lynne et Dick Cheney ? Et si oui, comment avez-vous fait pour vous en prémunir ?
AA
: Je n'ai pas résisté à cette fascination, je me suis complètement laissée porter par le personnage dans la mesure où c'est une femme qui est très convaincue par elle même, droite dans ses bottes et qui sait comment fonctionne son intelligence. J'ai complètement adhéré à sa façon d'être et pris ses positions en assumant son assurance.

AMcK : Bien sûr, ma posture était différente. Amy, en tant qu'actrice devait devenir le personnage et dans une certaine mesure, l'aimer. Pour moi, l'incarnation se posait différemment : le regard était celui de quelqu'un cherchant à comprendre et à répondre à plusieurs questions.

Ce sont des êtres humains, reconnus en tant que tels ; comment ont-ils fait ce chemin-là ? Comment ont-ils pu avoir ces attitudes que l'on peut qualifier de monstrueuses ?

Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre ce processus.

Pour un comédiens, comment transmettre les intentions d'un personnage qui avance masqué
AA
: Pour le personnage de Lynne c'était en effet très important. Elle et son mari sont des personnes qui contrôlent et maîtrisent la parole : ce qu'ils disent est très choisi par rapport à leurs intentions réelles et à leurs pensées. Savoir que ce qu'ils disaient était alors aussi pertinent et révélateur que ce qu'il ne disaient pas. Ça m'a aidée à approcher le personnage.

Plus concrètement, comme êtes-vous entrée dans le personnage de Lynne ?
AA
:J'ai commencé par m'intéresser à sa dimension politique et sociale, à comprendre comment cette femme a joué un rôle à sa façon. Mais ce n'était pas la bonne porte d'entrée et je me suis penchée sur son parcours intime depuis son enfance. Elle a écrit un livre sur sa vie : c'est très intéressant de voir la façon dont elle aborde les luttes qui ont jalonné son parcours ; en quoi elles ont été formatrices et elles l'ont créée.

Au-delà du livre, de quoi vous êtes-vous servie ?
AA
: Le matériel écrit ne manquait pas : elle a signé 14 livres à elle seule, et 29 en collaboration. Mais je me suis inspirée de vidéos : elle accompagnait ses livres, faisait des lectures, des conférences, elle était toujours encline à prendre position et à s'exprimer oralement. Tout m'a intéressée dans la façon dont elle ripostait quand il y avait des réactions dans les discussions.

AMcK : Ce qui est étonnant dans leur parcours, c'est que Dick était un garçon sans ambition, moyen sur tous les plans, qui n'attendait pas grand chose de la vie. C'est Lynne qui a tiré son mari vers le haut.

Bizarrement, dans une certaine mesure, j'ai vu ce film comme une grande histoire d'amour : il était éperdument amoureux de cette fille et ce parcours spectaculaire qu'il fait est celui de sa femme, qui a fini par transformer le pays entier.

Comment le film a-t-il reçu aux États-Unis ?
AMcK
: Elle était très intéressante et assez incroyable : il y a eu des gens qui ont aimé et détesté, mais pas là où on s'attendait. Des gens de gauche n'ont pas du tout aimé trouvant que ça n'allait pas assez loin, de droite ont trouvé que c'était bien. Ça ne m'est jamais arrivé d'avoir une réception aussi bizarre…

Des jeunes et des ados sont viennent me voir en me remerciant : « on ne savait pas tout ça et on l'apprend grâce à vous ». Pour les gens plus âgés, c'était une sorte d'explication. Ils ont observé la transformation du pays sans en connaitre les raisons. Ils y voient quelque chose de précieux.

Le clan Cheney a-t-il réagi ?
AMcK
: Pas à ma connaissance…

Le film semble ne reconnaître à George W. Bush qu'une écrasante responsabilité : sa bêtise…
AMcK
:Je ne pense pas qu'il soit si bête que cela. C'est surtout quelqu'un de particulièrement inexpérimenté, qui n'avait aucune idée de la responsabilité pesant sur ses épaules et qui a mis très longtemps — 6 ans — à comprendre à quel point Cheney le manipulait. Il n'était pas dans le rôle qui lui était dévolu. Et cela s'est ressenti, et a contribué à asseoir l'influence de Cheney sur lui. J'ai eu l'occasion de discuter avec quelqu'un de très proche de la famille Cheney, à qui j'ai demandé ce qu'il pensait franchement de Bush ; sa réponse a été un grand éclat de rire…

Christian Bale a remercié Satan quand il a reçu son Golden Globe. Cheney est-il la meilleure incarnation du diable sur terre ?
AMcK
: Il l'a remercié pour d'autres choses, comme les décors et les lumières (rires)

Adam, vous avez jadis collaboré avec Michael Moore. Si vos approches changent aujourd'hui, diriez-vous que vos intentions demeurent parallèles ?
AMcK
:Ce parallèle est tout à fait justifié dans la mesure où nos parcours de jeunesse ont été très proches. Michael vient de Flint dans le Michigan où il a vu les industries disparaître, la ville se déliter complètement et les pouvoirs de l'argent transformer complètement le pays. J'ai également observé une transformation similaire de mon pays. durant de ma jeunesse dans le Massachusetts. Cette sensibilité commune fait qu'il y a des similitudes dans notre démarche.

Après la télévision, la bourse, la politique, à quel sujet voulez-vous vous attaquer ?
AMcK
: Je suis en train de tâtonner. L'idée serait que mon prochain projet parle du réchauffement climatique. C'est quand même, me semble-t-il, la plus grande histoire de l'Humanité.


Vice

De Adam McKay (ÉU, 2h12) avec Christian Bale, Amy Adams...

De Adam McKay (ÉU, 2h12) avec Christian Bale, Amy Adams...

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Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l'homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd'hui…


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La drogue, c’est mal : "My Beautiful Boy"

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La drogue, c’est mal :

David tombe de haut lorsqu’il découvre que son fils aîné, Nicolas, étudiant apparemment sans histoire, est accro depuis la sortie de l’enfance à toutes les substances stupéfiantes que l’on puisse imaginer. David va tenter tout, et même davantage pour que Nic décroche… Franchir l’Atlantique n’a pas spécialement dévié Felix van Groeningen de ses thèmes de prédilection : les familles dysfonctionnelles et passablement infectées par l’intoxication — en général alcoolique. Si les intérieurs et les costumes changent (nous ne sommes plus dans le prolétariat flamand, mais dans la bonne société étasunienne), les addictions sont aussi destructrices. Il ne s’agit évidemment pas de tirer la larme sur le malheureux destin des pauv’ petits gosses de riches, mais de montrer à quel point leurs proches se trouvent désarmés et aveugles face à leur dépendance, misère qui transcende les classes. Hors cela, van Groeningen signe un film témoignage “propre“ et conforme aux canons (pas ceux que l’on écluse), où les comédiens accomplissent la prestation que l’on attend d’eux (mensonge fil

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Un bon Indien… : "Hostiles"

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Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Un bon Indien… :

1892. Peu avant de quitter l’active, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la “Conquête de l’Ouest”. La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du “gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage” a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérind

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No zob in lob : "Battle of the Sexes"

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Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

No zob in lob :

Auteur·e·s d’un redoutable hold up aux bons sentiments et au box office il y a une décennie avec sa grossière contrefaçon de "pitit" film indépendant (Little Miss Sunshine), la paire mixte Jonathan Dayton & Valerie Faris reprend les raquettes. Pour un biopic se doublant d’un sujet de société pile dans l’air du temps : l’inégalité de traitement salarial entre les hommes et les femmes, spectacularisée lors du match de tennis mixte opposant l’ancien champion Bobby Riggs — rien à voir avec L’Arme fatale — à la n°1 mondiale Billy Jean King. Joueur compulsif et macho invétéré, le premier fanfaronnait qu’aucune athlète féminine n’était apte à défaire un porteur de testicules. Jusqu’à ce qu’il se retrouve la queue entre les jambes (6-4, 6-3, 6-3). Les boules pour lui ! Ruisselant d’une musique “contexte temporel” omniprésente, ce catalogue de grimaces attendues s’intéresse moins au sport, à la politique ou au cinéma qu’à la potentielle quantité de citations au Golden Globe et à l’Oscar qu’il peut ravir en surfant sur du consensuel lisse et joliment photographié. Ah sinon, ça fait plai

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Vice ouvre un bar éphémère sur les quais de Saône

Liqueur | Le Repaire, bar éphémère de Vice, ouvre à Lyon le 10 novembre pour trois semaines.

Lisa Dumoulin | Vendredi 4 novembre 2016

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Après un premier succès à Paris en juin dernier, Vice, en partenariat avec une marque d'alcool, inaugure un nouveau bar éphémère à Lyon, investissant le Ké Pêcherie (1 rue de la Platière) sur les quais de Saône. Dès le 10 novembre et pendant trois semaines, il sera transformé en maison de chasse : collections de trophées, fusils et cheminées à larges foyers envahiront les lieux jusque sur la terrasse. La façade aussi sera redécorée, par le collectif Ready Made France qui réalisera une fresque inédite. Le duo est composé de V2M (Vincent de Mestral) et B00K (Adrien Bertrand), deux artistes bien connus des Lyonnais qui ont traîné dernièrement du côté de la Taverne Gutenberg, de la boutique Blitz ou du festival Graffik’Art. Le groupe de médias Vice proposera ainsi moult animations, trois soirs par semaine, de 18h à 1h. Les jeudis seront pilotés par Munchies, la chaîne food, les vendredis par No

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Vice-versa

ECRANS | Les studios Pixar et Pete Docter donnent une singulière lecture de ce que l’on appelle un film-cerveau en plongeant dans la tête d’une fillette de onze ans pour suivre les aventures de… ses émotions ! Aussi ambitieux qu’intelligent, drôle, émouvant et exaltant, voici une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-versa

Vice-versa tombe à pic pour rappeler deux choses essentielles : d’abord, que les studios Pixar sont de grands aventuriers du cinéma, des pionniers qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et semblent se nourrir de défis toujours plus ambitieux. Il a fallu huit ans au génial Pete Docter, déjà auteur de Monstres et compagnie et de Là-haut, pour venir à bout de Vice-versa ; on comprend à sa vision à quel point tous les projets montés par le studio entre temps n’étaient que des récréations — parfois formidables comme Toy Story 3 ou Rebelle, parfois décevantes comme les suites de Cars et de Monstres et Compagnie — en attendant d’accoucher de cette œuvre majeure. Deuxième rappel : le cinéma d’animation n’est pas, comme trop de productions Dreamworks ou Disney récentes ont eu tendance à l’affirmer, une recette commerciale visant à séduire les bambins

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Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

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Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

ECRANS | "Vice Versa" de Pete Docter

Christophe Chabert | Mercredi 20 mai 2015

Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

Lundi matin, 11h. Alors que commençait la deuxième moitié du festival sous le signe d’interrogations diverses et variées résumables en : «Est-ce que c’est un bon cru, cette édition 2015 ?», la lumière est apparue sur l’écran du Théâtre Lumière, et tout a soudain été bouleversé. Nous en premier, en sanglots durant les quinze dernières minutes du film, puis systématiquement lorsqu’on l’évoquait aux gens qui ne l’avaient pas encore vu ; mais aussi l’ordre d’un festival qui, jusque-là, manquait singulièrement de hiérarchie. La lumière, c’est celle de Vice Versa (Inside Out) de Pete Docter, dernier-né des studios Pixar, et c’est peu de dire qu’il s’agit d’un événement considérable, un classique instantané du cinéma et une date dans l’histoire de l’animation. Surtout, c’est le genre de choc dont on ne se remet pas, une projection qui restera à jamais gravée dans nos mémoires, petite bille bleue et jaune stockée quelque part au fond de notre conscience que des mains agiles iront régulièrement ressortir pour nous refoutre le frisson, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Car ce que raconte Vice Versa, dans un élan méta-phys

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L'Angleterre en force à Nuits Sonores

MUSIQUES | ​Best of de la saison qui s'achève, la programmation de Nuits Sonores 2015 est aussi la plus cosmopolite que le festival ait connue. Mais désormais, à la fin, ce sont nos voisins d'outre-Manche qui gagnent : bouillon de la bass culture à l'aune de laquelle la house et la techno n'en finissent plus de se réinventer, l'Angleterre est, par l'entremise de sa capitale, LA grande nation électronique des années 2010. La preuve en dix ambassadeurs. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

L'Angleterre en force à Nuits Sonores

Daniel Avery / Shackleton On l'a découvert de jour l'an passé, cette fois c'est de nuit que l'on pourra prendre la mesure de la versatilité du ténébreux rouquin, qui plus est sur une scène toute entière dédiée à la résidence qu'il anime à la mythique Fabric. Depuis Drone Logic, Daniel Avery n'a rien produit. Pas grave : ce premier album, classique instantané de techno charnelle (ou de rock stockable dans le cloud ?), reste un an et demi après sa parution l'une des plus belles incarnations de ce «chant de la machine» qui, chaque printemps, exerce sur nos concitoyens la même fascination que la voix des sirènes sur les marins qui croisaient jadis en mer de Sicile. Nuit 1 – Halle 2 Á l'Ancien marché de gros, mercredi 13 mai à 3h15

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

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Un Moi(s) de cinéma #4

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Lundi 2 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #4

Au sommaire de ce quatrième numéro : • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson • Selma de Ava DuVernay • The Voices de Marjane Satrapi • Hacker de Michael Mann • À trois on y va de Jérôme Bonnell

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Le mystère Pynchon

CONNAITRE | Ses romans étaient réputés inadaptables, tant ils foisonnent d’intrigues, d’énigmes et de tours de force défiant toute logique figurative ; Thomas Pynchon, qui cultive le secret mais redouble, à 74 ans, de créativité et de culot, vient pourtant d’être porté à l’écran par Paul Thomas Anderson… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Le mystère Pynchon

Jusqu’à sa mort, J. D. Salinger faisait figure de grand romancier américain invisible ; dorénavant, il n’y a plus que Thomas Pynchon pour occuper ce titre, à une différence (de taille) près : si Salinger a conjointement cessé de publier en même temps qu’il se retirait hors de tout espace public, Pynchon, lui, paraît atteint d’une frénésie créative en constante accélération, ce qui lui fait un point commun avec un autre artiste cultivant le secret, Terrence Malick. Bref, Pynchon n’est pas du genre à apparaître dans les grands raouts littéraires genre fêtes du livre, ce qui explique en partie sa notoriété très relative par rapport à certains de ses confrères — Banks, De Lillo ou Paul Auster, au hasard. Ce déficit tient aussi à la complexité de son œuvre, pas facile à domestiquer mais qui a su créer une horde d’inconditionnels prête à se lancer dans les exégèses les plus folles, sinon à cartographier chaque roman pour en pister les ramifications. La France a découvert Pynchon en 1975 avec ce qui reste son chef-d’œuvre, L’Arc en ciel de la gravité : au crépuscule de la Deuxième Guerre mondiale, les services secrets britanniques utilisent Tyrone Slothrop

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Inherent Vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

ECRANS | C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2015

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

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Foxcatcher

ECRANS | Histoire vraie, acteurs visant la performance, mise en scène arty, sous-texte politique lourdement appuyé : Bennett Miller se montre incapable de légèreté pour traiter cette histoire de mentor toxique cherchant à transformer un lutteur en futur médaillé olympique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2015

Foxcatcher

Qu’aime-t-on dans le cinéma américain lorsque celui-ci s’aventure hors de ses sentiers les plus commerciaux ? Sa capacité à traiter avec simplicité les sujets les plus ambitieux, à mettre le spectacle et l’efficacité au profit de leur exact contraire, une approche critique et dialectique du monde. Récemment, J. C. Chandor avec son extraordinaire A Most Violent Year en a fait la démonstration éclatante : voilà un cinéaste qui ose raconter des choses complexes sur son pays et son économie sans perdre de vue le plaisir du spectateur. Depuis son premier film — le biopic Truman Capote — Bennett Miller semble, à l’inverse, adopter une posture particulièrement hautaine par rapport à ce cinéma-là, comme s’il devait faire sentir à tous les niveaux sa supériorité d’artiste et le sérieux de sa démarche. Foxcatcher ne fait qu’enfoncer le clou, tant il clame dès ses premières images son envie de ne pas sombrer dans la vulgarité d’un tout-venant qu’au demeurant il est assez seul à exécrer. Miller bannit ainsi toute forme de légèreté de son film,

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L’Amérique au firmament…

ECRANS | Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas : de janvier à juin, c’est le retour des super auteurs du cinéma américain avec des films qu’on dira, par euphémisme, excitants. À l’ombre de ces mastodontes vrombissants, une poignée de cinéastes d’ici devraient leur donner le change. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 6 janvier 2015

L’Amérique au firmament…

Les Wachowski, Eastwood, Gonzalez Iñarritu, Paul Thomas Anderson, Michael Mann, Tim Burton, George Miller, à qui on ajouterait bien James Wan et Josh Whedon : le premier semestre 2015 se pose en miroir inversé du dernier semestre 2014. Fini le renouvellement générationnel, les cinéastes du monde entier qui arrivent à une forme de maturité créative, les francs-tireurs décidés à faire trembler le cinoche mainstream ou son frère jumeau, le world cinéma… Certes, il y en aura quelques-uns d’ici à fin mai ; mais ce sont bien les superauteurs américains qui risquent de faire la pluie et le beau temps sur l’actualité cinématographique d’ici là. Après un mois de janvier en forme de tour de chauffe, ce sont donc Larry et Lana Wachowski qui ouvrent le bal avec leur Jupiter Ascending le 4 février — que son distributeur français a, de manière particulièrement débile, rebaptisé Jupiter : le destin de l’univers. Après la fresque spatio-temporelle de Cloud Atlas, génial puzzle d’une ambition folle, les Wachowski s’envoient en l’air pour

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Exodus : Gods and Kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : Gods and Kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. Emmanuel Carrère dans Le Royaume, Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’armes du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse Now), Moïse (Christian Bale, entre beau

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Man of steel

Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d’acier» : l’alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l’intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l’introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d’un ton pénétré pendant que la musique d’Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c’est le metteur en scène d’Inception qui a clairement posé le to

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The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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Benjamin Gibbard

MUSIQUES | Former Lives (City Slang/Pias)

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 novembre 2012

Benjamin Gibbard

Benjamin Gibbard, chanteur et leader de Death Cab For Cutie, c'est un peu notre assistant d'anglais, le type qui articule bien ses phrases, le type normal qui ressemble au voisin de palier mais dont toutes les filles et certains garçons sont amoureux au lycée – alors que pourtant il n'a pas vraiment un physique à tout casser.     Le truc c'est que là, notre pauvre assistant d'anglais, celui qui a toujours si bien parlé d'amour et offert tant de « c'est notre chanson » à des milliers de couples sur les campus des facs américaines, s'est fait larguer comme une vieille tong trois fois dans les huit dernières années (c'est notre passage Closer mais il se justifiera dans quelques lignes). Dont une par Zooey « Paul » Deschanel – oui, il paraît qu'elle est un peu zinzin, en tout cas elle en a l'air et on l'imagine tout à fait tomber d'un train en pyjama ; cha

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juillet 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus,

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Boys next door

MUSIQUES | Chantre d'une pop plaintive et rassérénante à la fois, Death Cab for Cutie revient enchanter les vieux garçons et les jeunes filles avec l'excellent Codes & Keys et un concert à l'Epicerie Moderne qui promet d'être riche en tubes. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 mai 2012

Boys next door

Rolling Stone a écrit un jour à propos de Ben Gibbard, leader et chanteur de Death Cab For Cutie qu'il chantait comme un «voisin de palier plaintif». Or c'était un compliment. Il y a pourtant toujours eu, ou presque, dans la musique de Death Cab For Cutie une certaine appétence pour une forme de grandiloquence romantique. Et sans doute cela n'est-il aucunement contradictoire. Imposé comme l'un des phares de l'indie-pop avec Transatlanticism en 2003 Death Cab For Cutie n'a fait que conforter une chose que l'on savait déjà : le romantisme est une affaire de garçon plaintif. Le type même de groupe à faire écouter à la fille que l'on voudrait séduire avec le risque qu'elle vous balance : «c'est de la musique de gonzesses, ça, non ?». Non, c'est de la musique de garçons plaintifs. Comment expliquer autrement que la plupart de leurs tubes, ceux de Transatlanticism, mais pas que, tapissent nombre de BO d'œuvres ciné et télé où il n'est question que de problèmes de grands garçons qui ont du mal à grandir (Six Feet Under, The OC, Californication,

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Crazy, stupid, love

ECRANS | Les deux réalisateurs d’I love you Philip Morris s’essayent à la comédie romantique chorale mais ne confectionnent qu’une mécanique théâtrale boulevardière et ennuyeuse, dont seul s’extirpe le couple formé (trop tardivement) par Ryan Gossling et Emma Stone. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

Crazy, stupid, love

Emily (Julianne Moore) demande en plein dîner le divorce à son mari Cal (Steve Carell). Dévasté, il ne voit pas que la toute jeune baby-sitter de ses enfants n’a d’yeux que pour lui, et préfère s’en remettre à Jacob (Ryan Gossling), playboy aux mille conquêtes croisé dans un bar, qui va lui donner des cours de séduction et faire de lui un vrai tombeur. D’abord tenté par l’envie de rendre jalouse son ex, Cal finit par prendre goût à cette nouvelle vie, renonçant à l’amour éternel pour les plaisirs d’un soir. Après I love you Philip Morris, John Requa et Glenn Ficarra s’inscrivent dans un genre américain par excellence, la comédie du remariage, dont les rebondissements forment l’échine de Crazy, stupid, love. Ils tentent cependant d’en renouveler le principe en la mariant avec une comédie de mœurs entre Robert Altman (en moins cruel) et James L. Brooks (en moins arthritique), créant autour de l’intrigue principale des micro-intrigues qui se croisent furtivement avant d’entrer en collision dans le dernier acte. Le monde est Stone Ce finale dit d’ailleurs la vérité sur le film tout entier : il est sans arrêt écrasé par sa mécaniqu

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Fighter

ECRANS | Opération retour en grâce pour David O’Russell avec cette chronique de deux frères boxeurs inséparables et pourtant rivaux : un film qui, malgré quelques beaux moments de cinéma, déçoit par son conformisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Fighter

On n’en voudra pas à David O’Russell d’avoir cherché à sortir du bourbier dans lequel le fiasco public et critique de "J’♥ Huckabees" l’avait fourré. Opération réussie : avec quelques oscars et un beau score au box-office américain, le cinéaste s’est visiblement remis en selle — il a déjà fini un autre film depuis. "Fighter", projet longuement porté par Darren Aronofsky, n’est pas sans évoquer "The Wrestler" : son esthétique réaliste, son goût du mélodrame et son contexte sportif (la boxe remplaçant le catch), sans parler de la trajectoire de son personnage secondaire, qui va de la déchéance au rachat. Mais les choses s’arrêtent là. Alors que "The Wrestler" s’inventait au plus près de son acteur et ne quittait pas un parti-pris radical dans sa mise en scène, "Fighter" louvoie entre clichés du film à oscars et rares tentatives pour ramener le sujet vers une matière plus personnelle. Les Atrides font de la boxe O’Russell rate à peu près complètement le double parcours de Micky (Wahlberg, plutôt pas mal), dont la carrière de boxeur va de combats foireux en matchs ratés, et de son frère aîné Dicky (Christian Bale, dans un ca

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Crazy night

ECRANS | De Shawn Levy (ÉU, 1h28) avec Steve Carell, Tina Fey…

Christophe Chabert | Dimanche 9 mai 2010

Crazy night

"Crazy night", c’est la réunion de deux vedettes populaires de la télé américaine, l’une (Carell) ayant déjà fait ses preuves sur grand écran, l’autre (Fey) s’y cherchant une crédibilité, pour une screwball comedy taillée sur mesure. Un couple de quadras englués dans la routine conjugale décide de s’encanailler au cours d’une virée à Manhattan, mais un quiproquo les entraîne dans une sombre affaire impliquant un ponte de la mafia, des flics ripoux, un politicien érotomane… Non seulement "Crazy night" manque cruellement de rythme, mais sa raison d’être semble avoir échappé à son réalisateur, le tâcheron Shawn Levy, qui ne laisse jamais l’espace nécessaire à ses deux comédiens pour s’exprimer. Plutôt que de les laisser improviser leurs numéros, il surdécoupe, monte à la serpe et pratique des inserts absurdes, là où il aurait fallu laisser la caméra tourner tranquillement. Du coup, seuls les gags purs fonctionnent à peu près à l’écran. Mais la photo horrible, les caméos inutiles ou pathétiques (pauvre Ray Liotta !), la morale familialiste rampante ; tout concourt à rendre "Crazy night" plus glauque que distrayant. CC

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Les Faux

SCENES | Assistant la saison dernière de Gilles Chavassieux, le jeune Vicentiu Rahau passe à la mise en scène avec son texte «Les Faux» à voir au théâtre de l'Élysée (...)

Nadja Pobel | Lundi 11 janvier 2010

Les Faux

Assistant la saison dernière de Gilles Chavassieux, le jeune Vicentiu Rahau passe à la mise en scène avec son texte «Les Faux» à voir au théâtre de l'Élysée jusqu'au 16 janvier. Il s'est inspiré de Dino, un vagabond rencontré en Italie, et en a fait une incarnation du Job biblique. Les souffrances de son personnage résident dans une introspection poussée au point d'abandonner famille et vie sociale. Parfois trop naïve et un peu bavarde sur les concepts philosophiques de bonheur ou d'éternité, cette pièce trouve néanmoins son rythme par la présence des quatre musiciens qui, en live, interprètent des airs tsiganes. NP

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Public enemies

ECRANS | De Michael Mann (Éu, 2h11) avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard…

Christophe Chabert | Vendredi 3 juillet 2009

Public enemies

Depuis qu’elle a atteint les sommets avec Heat, Révélations et Ali, l’œuvre de Michael Mann se cherche, entre expérimentations et relectures de ses propres mythologies. Public Enemies ne fait pas exception à cette règle et suscite une certaine déception. L’évocation de la «carrière» de John Dillinger, célèbre braqueur de banques des années 30, est certes une merveille de sophistication formelle, inventant une forme totalement nouvelle pour mettre en scène un film d’époque (la reconstitution y est invisible, Mann privilégiant tout ce qui est intemporel : les costumes sombres, la forêt plutôt que la ville, le cinématographe). Mais c’est aussi une reprise à l’identique du thème de Heat : deux figures métaphysiques de chaque côté de la loi, l’une romantique et créatrice (le gangster), l’autre désespérément figée dans son envie de destruction (le flic). Cet antagonisme passe ici au forceps, à travers le jeu crispé de Bale et celui, plus séduisant, de Depp. Quant à l’histoire d’amour entre Dillinger et Billie Frechette (Marion Cotillard), elle est littéralement écrasée par l’ambition plastique du cinéaste. Si les scènes de fusillade sont exceptionne

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Sunshine cleaning

ECRANS | De Christine Jeffs (ÉU, 1h20) avec Amy Adams, Emily Blunt…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Sunshine cleaning

Sunshine cleaning tente de répondre à une question qui hante bon nombre d’esprits plus ou moins équilibrés : que deviennent donc les pom-pom girls après leur gloire lycéenne ? Rose, par exemple, égérie adolescente aux succès indécents, regarde désormais sa trentaine froidement dans les yeux. Entourée de sympathiques losers lui tenant lieu de famille, elle se met en tête de créer une entreprise de nettoyage de scènes de crime ; d’où gags, quiproquos, et résurgences dramatiques de traumas originels. Depuis que des petits malins ont cracké le code de la nouvelle comédie US indépendante, on peine un peu à trouver notre compte dans des œuvres reproduisant les mêmes schémas sans jamais les renouveler cinématographiquement. Un zeste de cellule familiale gentiment branque (on retrouve même Alan Arkin dans un rôle rappelant de façon tenace son personnage dans Little Miss Sunshine), une pincée de fausse provocation se faisant en fait l’expression d’un désir de retour à la norme (dans l’exacte lignée de Juno), des situations décalées mais pas trop… Le résultat n’est pas forcément désagréable à regarder, si ce n’est qu’on est à ce point en territoire connu que la résolution de l’in

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Frangins malgré eux

ECRANS | Adam McKay Sony pictures home entertainment

Christophe Chabert | Jeudi 4 juin 2009

Frangins malgré eux

Les rois de la comédie débile sont de retour ! En salles, les distributeurs les envoient au casse-pipe à coups de sorties techniques ; en DVD, ils font le bonheur des fans, de plus en plus nombreux. Frangins malgré eux, production Judd Apatow avec le duo à hurler Will Ferrell / John C. Reilly, est une merveille appelée à devenir un fleuron de cette vague incongrue. Deux vieux garçons de 39 ans doivent cohabiter après le mariage de leurs parents respectifs. Les beaux-frères se foutent d’abord sur la gueule (grandiose séquence des couilles sur la batterie), avant de découvrir qu’ils ont tout pour être les meilleurs amis du monde (fabuleux passage de la construction du lit superposé). Le film avance à cent à l’heure sur le sentier d’un scénario certes prévisible, mais dynamité par des idées particulièrement déjantées. Le génie de Frangins malgré eux, c’est d’assumer jusqu’au bout l’immaturité de ses personnages, en faire non seulement un ressort de comédie mais aussi une morale : les adultes coincés en tireront la leçon en se rappelant l’ado qu’ils ont été, et y puiseront une nouvelle énergie. La philosophie geek triomphe donc face à la normativité sociale et ses divers renoncements.

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Frangins malgré eux

ECRANS | D’Adam McKay (ÉU, 1h38) avec Will Ferrell, John C. Reilly…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 novembre 2008

Frangins malgré eux

Dale et Brennan sont les versions hardcore du fameux Tanguy d’Étienne Chatiliez. Des quasi quadragénaires, glandeurs, asociaux, puérils à s’en taper la tête contre les murs, accrochés aux basques de leurs parents célibataires. Quand ces derniers tombent amoureux et se marient, les grands enfants vont devoir apprendre à cohabiter… S’il est carrément plaisant de retrouver l’équipe de choc responsable des hilarants Présentateur Vedette : la légende de Ron Burgundy et Ricky Bobby, roi du circuit (Will Ferrell devant la caméra, Adam McKay derrière et Judd Apatow à la production), il est encore plus réjouissant de constater que la troupe sort des schémas narratifs dans lesquels elle semblait s’engoncer. Fini le focus sur un personnage infatué, sa chute et sa rédemption, place à la savoureuse émulation entre deux individus irrécupérables, propice à un jeu de massacre des convenances familiales en vigueur. Le caractère volontairement régressif des deux personnages principaux, campés avec un génie comique ineffable par John C. Reilly et Will Ferrell, permet en effet de brocarder avec violence les cultes de la réussite et de l’arrogance sociale pour mieux enfoncer le clou d’une différence fi

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Max la menace

ECRANS | de Peter Segal (ÉU, 1h49) avec Steve Carell, Anne Hathaway…

Dorotée Aznar | Jeudi 4 septembre 2008

Max la menace

Hollywood n’en finit plus de racler les fonds de tiroir de la nostalgie télévisuelle… C’est aujourd’hui au tour du héros créé par Mel Brooks dans les années 60 de subir un lifting - soit un agent secret qui compense ses maladresses sur le terrain par des dons de déduction extraordinaires allant jusqu’au grotesque. Le film de Peter Segal a beau vouloir jouer la carte d’un comique de situation un minimum recherché (mais alors, vraiment un minimum) et tenter d’atténuer le côté convenu de son intrigue par des scènes d’action rébarbatives, jamais il ne parvient à dépasser son statut de produit estival inoffensif. On retiendra uniquement à son crédit d’avoir propulsé Steve Carell en tête d’affiche, garant d’une poignée de sourires chez le spectateur contrit. On enjoindra plutôt les fans du grand Steve à se procurer la saison 3 de The Office US, sortie en DVD cet été… FC

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3h10 pour Yuma

ECRANS | de James Mangold (ÉU, 2h02) avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda…

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

3h10 pour Yuma

James Mangold est une anguille ; un modeste artisan se glissant dans tous les genres sans jamais chercher à y apposer sa patte. C’est ce côté caméléon qui a fini par rendre son cinéma attachant. Après le thriller horrifique (Identity) et le biopic musical (Walk the line), il s’attaque donc, toujours profil bas, au remake de 3h10 pour Yuma, western signé Delmer Daves qu’il ressuscite avec un casting renversant : Crowe, Bale, Fonda et l’étonnant Ben Foster dans un excellent second rôle de tueur sans merci… Un fermier (Bale), revenu éclopé du front, doit payer une dette à un puissant propriétaire pour conserver son domaine familial ; un bandit de grand chemin (Crowe) se fait connement arrêter lors d’une attaque de banque. L’un devra escorter l’autre pour espérer sauver sa famille de la faillite. Le charme de 3h10 pour Yuma tient curieusement à son caractère bancal. Mangold vise ouvertement l’héritage du western classique, avec ses codes, ses clichés et ses scènes à faire ; mais, conscient de l’empreinte d’Eastwood et de Peckinpah sur le genre, il voudrait aussi y ajouter une dimension mélancolique et crépusculaire en faisant tomber la barrière entre son «héros» et son «méchant», l’un

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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