Chambre avec vues : "Curiosa"

Drame | De Lou Jeunet (Fr, 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Photo : © Curiosa Films


Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu'elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques…

Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l'expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d'électron satellite, ou d'observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d'autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu'une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d'un rejeton adultérin.

Aussi paradoxal que cela paraisse, c'est le voyeurisme de l'érotomane Louÿs qui permettra l'émancipation de Marie : en découvrant l'exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s'affranchir d'un patriarcat plus obscène que ses poses suggestives et entamer — certes sous un nom d'emprunt masculin — sa carrière d'autrice. Trois quarts de siècle avant la première grande vague féministe, coïncidant avec l'explosion du porno, on note donc déjà cette conjonction entre prise en charge par la femme de l'image de son corps nu et de sa sexualité/affirmation de sa valeur intellectuelle ou artistique. Pour suivre Bourdieu, la domination d'un genre sur l'autre se résume donc bien à des questions de sexe.


Curiosa

De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider...

De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider...

voir la fiche du film


Pour éponger les dettes de son père, Marie de Héredia épouse le poète Henri de Régnier, mais c’est Pierre Louÿs qu’elle aime, poète également, érotomane et grand voyageur. C’est avec lui qu’elle va vivre une initiation à l’amour et à l’érotisme à travers la liaison photographique et littéraire qu’ils s’inventent ensemble.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Le Discours" de Laurent Tirard : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | Laurent Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby. Avec Sara Giraudeau et Kyan Khojandi.

Vincent Raymond | Vendredi 11 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêchent pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipien

Continuer à lire

Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours | À l’écran, on l’a connu odieux ("Le Sens de la fête"), irrésistible de drôlerie ("Mon inconnue"), fuyant ("Antoinette dans les Cévennes") mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe — de la Comédie Française — poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du "Discours", adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe : « j’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux : « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste, et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, sa névrose… C’est quelqu’un qui se débat, il est complètement obsédé par l’am

Continuer à lire

Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

Continuer à lire

Mariée dans l’ânée : "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal

Comédie | ★★★☆☆ De Caroline Vignal (Fr, 1h35) avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Mariée dans l’ânée :

Institutrice et maîtresse du père d’une de ses élève, Antoinette décide de faire une surprise à son amant en le retrouvant dans les Cévennes où il doit randonner en famille avec un âne. Menant Patrick, un baudet têtu, elle part à l’aventure… Moquant les citadins et leurs lubies de reconnexion avec une “nature authentique” (dans des circuits ultra cadrés), ce trotte-movie sentimentalo-burlesque sort des sentiers de la prévisibilité grâce notamment à un défilé de personnages secondaires — dont la légitime de l’amant, subtilement campée par Olivia Côte —, parce qu’il constitue également la rencontre entre un rôle et une actrice. Abonnée aux seconds plans depuis une petite dizaine d’années, souvent employée sur un registre de légèreté fo-folle qui la piégeait, Laure Calamy avait accédé avec Nos Batailles et Ava à des personnages plus nuancés mais trop courts ; rebelote dans Seules les bêtes — film choral oblige. Elle s’épanouit ici totalement avec cette partition du mineur au majeur que Caroline Vignal

Continuer à lire

"Jumbo", l'enthousiasmant premier film de Zoé Wittock

Fantastique | Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juillet 2020

Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long-métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant

Continuer à lire

Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

Continuer à lire

Consumée d’amour : "Portrait de la jeune fille en feu"

Le Film de la Semaine | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Consumée d’amour :

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un seul livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée p

Continuer à lire

Je t’aime, je t’aime : "Mon inconnue"

Comédie | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Je t’aime, je t’aime :

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint avec ce troisième long-métrage le fatidique “film de la maturité“ ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time, 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin, 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps — n’assumant qu’à moitié le fantastique et le côté “décalque“ de Coppola, Camille redouble (2012) de Noémie Lvovsky n’en fait évidemment pas partie. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue nar

Continuer à lire

Petit pavillon : "Les Drapeaux de papier"

Drame | De Nathan Ambrosioni (Fr, 1h42) avec Guillaume Gouix, Noémie Merlant, Sébastien Houbani…

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Petit pavillon :

Charlie habite seule, entre ses rêves artistiques et son boulot de caissière, au seuil de la précarité. Débarque alors dans sa vie Vincent, son frère aîné libéré de prison. Une cohabitation de fait s’engage, d’autant plus difficile que Vincent doit se réinsérer et apprendre à gérer sa colère… Abordons d’emblée la question de l’âge du réalisateur, puisque sa grande jeunesse (19 ans) n’a pas manqué d’être divulguée : entre "l’argument de vente“ et la performance, elle constitue objectivement une curiosité, tant la précocité est monnaie peu courante dans l’industrie cinématographique. Elle permet également de rappeler la réelle proximité entre l’âge des personnage et celui de l’auteur, mais aussi d’expliquer — voire excuser — sa naturelle et sans doute inconsciente porosité aux atmosphères et/ou situations déployées par quelques devanciers. Ainsi en est-il de ce frère dévoré par une rage incoercible, gâchant les chances qui lui sont offertes, cousin lointain de celui interprété par Viggo Mortensen dans Indian Runner (1991) de Sean Penn. Ou de ces scènes vo

Continuer à lire

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

Continuer à lire

Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

Continuer à lire

"Diamant noir" : Arthur Harari se frotte au thriller

ECRANS | de Arthur Harari (Fr, 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable — le monde dynastique des diamantaires d’Anvers —, de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu-en-voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif, sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu.

Continuer à lire

Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam : Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres — sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes — et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, Le Cœur régulier-film ressemble à une Biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

Continuer à lire

Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité toute aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux — une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée — vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage — «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… — exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sai

Continuer à lire

Les Amours imaginaires

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Canada, 1h40) avec Monia Chekri, Niels Schneider…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Les Amours imaginaires

Xavier Dolan est gay. C’est l’incroyable nouvelle que ce Québécois de 22 ans nous assène avec ces assommantes "Amours imaginaires". Il est gay, donc il joue un gay dans un film qui, de la première à la dernière image, de Wong Kar-Wai à Christophe Honoré en passant par Demy, recycle le soi-disant cinéma gay avec un mélange d’esbroufe et de prétention. Par ailleurs, Xavier Dolan est un grand cinéaste. C’est le fabuleux mantra que ce très jeune réalisateur se répète à chaque plan de son deuxième long-métrage. Témoignages face caméra, ralentis sur des gens qui marchent, qui fument, qui se frôlent, dialogues alternant stylisation poétique et truculence tabernacle, Dolan ne doute jamais de son génie. Et pourtant… "Les Amours imaginaires", qui montre un garçon et une fille faire une fixette sur le même beau ténébreux, précieux et maniéré, mais qui en fait n’est ni gay, ni sexué (alors que tout est censé nous le faire croire dans le film !) n’est qu’un scénario de sitcom adolescent à l’idiotie confondante et au nombrilisme affligeant. CC

Continuer à lire