Brassée façon bulgare : "Je vois rouge"

Documentaire | De et avec Bojina Panayotova (Fr, 1h23)

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Photo : © JHR Films


Son père sculpteur et sa mère professeure ayant émigré de Bulgarie dans les années 1970, Bojina Panayotova a grandi en France. La récente ouverture des archives de son pays d'origine la pousse à partir enquêter sur sa famille, contre l'avis de celle-ci. Elle y découvrira d'inattendues collusions avec le régime communiste…

Documentaire en voix-je comme son titre l'indique, ce film-enquête inscrit un récit familial dans la grande Histoire avec un mixte d'ingénuité et d'exhibitionnisme : Bojina Panayotova semble indifférente aux remarques embarrassées de ses proches lorsqu'elle leur annonce vouloir fouiller ce passé, pas plus qu'elle ne prend la peine de les prévenir qu'elle les filme ou enregistre leurs conversations à leur insu — à sa décharge, ce comportement à la hussarde ne traduit pas une intention malveillante de sa part ; il est en revanche assez emblématique des Millennials autocentrés. En découlent des crispations et des crises entre la fille et ses parents, faisant apparaître un psycho-drame extime comme second motif dans le documentaire, aux enjeux dramatiques si puissants — le tournage devient la cause d'une brouille — qu'il prend presque le pas sur le mystère originel.

Par ce film, la cinéaste semble vouloir faire la démonstration que toute vérité est bonne à découvrir, quitte à ce que l'inventeur ou inventrice de ladite vérité en paye le prix. En l'occurrence, c'est toute la famille Panayotov qui ramasse à l'écran — Bojina compris : ses tendances voyeuristes et son indiscrétion apparaissent grâce à l'honnêteté du montage qui conserve également certains propos violents décochés par ses parents exaspérés. À sa manière, ce portrait est donc autant sincère et édifiant que maladroit et agaçant.

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