Nuit cinéma d'horreur japonais

Vincent Raymond | Mardi 23 avril 2019

Photo : © DR


« Nuits de chine, nuits calines, nuits d'amouuuur », chantait jadis Louis Lynel. Côté nippon, les nuits sont moins romantiques et, au choix, blanches d'insomnie ou rouge sang. L'Institut Lumière vous propose d'en apprécier toutes les nuances à travers quatre films ayant marqué le cinéma mondial des vingt dernières années — au point de susciter pour les deux premiers des remakes. Début des festivités avec Ring de Hidéo Nakata (histoire d'en finir avec la vidéo), puis Dark Water du même Nakata, avant de s'évaporer dans l'univers de Kaïro de Kyoschi Kurosawa et d'achever par la gourmandise 3 extrêmes de Fruit Chan, Takashi Miike et Park Chan-wook. Bon appétit !

Nuit cinéma d'horreur japonais
À l'Institut Lumière ​le samedi 27 avril dès 20h

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Erotic Market : « être non-essentiel, c'est super ! »

Pop | Au Périscope pour présenter la version live de Boredoms & Heartstrings, revisite avec quatuor à cordes de Boredoms, Marine Pellegrini revient sur l'évolution d'Erotic Market, la genèse de ce projet mais aussi les difficultés créatives rencontrées ces derniers mois avec le Covid dans le sillage d'une dépression. Et d'un retour aux affaires qui ne va pas de soi pour tous les musiciens.

Stéphane Duchêne | Mercredi 22 septembre 2021

Erotic Market : « être non-essentiel, c'est super ! »

Tu as poursuivi en solo le projet Erotic Market il y a quelques années, après le premier album du groupe. Pourquoi avoir choisi de continuer sur le même projet ? Marine Pellegrini (Erotic Market) : Quand Lucas [Garnier, autre moitié fondatrice du duo] a décidé d'arrêter en 2016, je n'avais aucune raison esthétique de changer. Pour moi ça restait un contexte que j'aimais, un nom que j'aimais, un style qui me convenait. Je n'avais aucune raison de changer, si ce n'est de jouer le jeu du chat et de la souris avec les programmateurs et les médias, en agitant un nouveau projet. Mais Erotic Market, c'était qui j'étais. Tu t'es mise à travailler différemment ? À la base avec Lucas, je faisais les premières ébauches, texte-musique, et lui étirait tout, il arrangeait. Ça partait toujours d'idées à moi. Aujourd'hui, je travaille un peu de la même façon sauf que je vais peut-être un peu plus loin dans la composition. Mais je fais toujours appel à des gens extérieurs pour arranger, finir de dispatcher les sons. Avoir une vue d'ensemble sur les morceaux, c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire. Sur Queend

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"Bloqués" : kéblo comme Oblomov

Série TV | C'est en 2015 que Gringe entame sa carrière de comédien aux côtés, comme pour sa carrière musicale, de son acolyte Orelsan. Bloqués, imaginé par Kyan (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

C'est en 2015 que Gringe entame sa carrière de comédien aux côtés, comme pour sa carrière musicale, de son acolyte Orelsan. Bloqués, imaginé par Kyan Khojandi, c'est deux trentenaires squattant leur canapé avec un baobab dans la main, deux types qui, « en attendant qu'il se passe quelque chose, ont décidé de ne rien faire ». À la shortcom, souvent hilarante, on doit le personnage de Serge Le Mytho, spin-off qui lancera le talent d'impro de Jonathan Cohen. Mais difficile surtout de ne pas la relier à Comment c'est loin, le film qui met en scène la jeunesse mollusque des deux rappeurs, déjà évoquée par Orelsan dans un morceau adressé à son pote atteint d'oblomovisme, La Morale. Une sorte de Slackers (Richard Linklater) à la française qui dépeint le quotidien de la j

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Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Récit | Rappeur et maître slacker auprès de son acolyte Orelsan au sein de Casseurs Flowteurs ou en solo, dans la série Bloqués ou le film Comment c'est loin, Gringe lève le voile dans son premier livre, Ensemble, on aboie en silence, sur un aspect plus grave de son existence, avec lequel il lui a fallu composer parfois dans la douleur : la schizophrénie de son frère Thibault, diagnostiquée il y a vingt ans. Avant une rencontre au Mob Hotel, il nous entretient de ce livre, de son élaboration avec Thibault, également co-auteur, d'un lien fraternel aussi chaotique que puissant, et de son rapport naissant à d'autres formes d'écriture.

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

Gringe : « reconstituer le puzzle de notre histoire commune »

Qu'est-ce qui a présidé à ce livre ? Dans le premier chapitre vous expliquez avoir été convaincu par la confortable avance proposée par l'éditeur mais c'est peut-être un peu court... Gringe : Je n'avais absolument rien prémédité, c'est vraiment la proposition qui déclenche l'envie à un moment où je finissais la tournée de mon premier album solo, où je n'avais rien de prévu, pas de perspectives de dates et assez peur de m'ennuyer. On me proposait cette carte blanche d'écriture en évoquant la participation de mon frère. Voilà comment c'est né, en septembre-octobre de l'année dernière. Vous avez dû travailler au corps votre frère Thibault pour le convaincre de faire ce livre dont l'un des sujets est sa schizophrénie. Comment se sont passées ces négociations ? Avant qu'il ne décide de s'engager il a fallu le rassurer, lui expliquer les enjeux du bouquin, lui parler de mon approche, du fait que je ne comptais pas le résumer à son état de souffrance. Je le dis en rigolant au début du livre mais l'aspect financier à joué dans le sens où il se re

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Eaux sales et salauds : "Dark Waters"

Le Film de la Semaine | Quand des lanceurs d’alertes et la Loi peuvent faire plier une multinationale coupable d’avoir sciemment empoisonné le monde entier… Todd Haynes raconte une histoire vraie qui, étrangement, revêt une apparence patinée dans l’Amérique de Trump.

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Eaux sales et salauds :

Tout juste promu associé dans un cabinet d'affaires spécialisé dans la défense des grosses firmes, un jeune avocat est sollicité par un fermier voisin de sa grand-mère désireux d'attaquer le chimiquier DuPont qu'il accuse de polluer son sol. Combat du pot de fer contre le pot de terre empoisonnée… Paranoïaques, attention ! Si vous ne suivez pas assidument la chronique judiciaire ni les publications scientifiques d’outre-Atlantique, vous ignoriez peut-être qu’un sous-produit de synthèse omniprésent dans notre quotidien (des batteries de cuisine aux vêtements en passant par les moquettes), miraculeux du fait de ses propriétés anti-adhésives, présentait le *léger* inconvénient de ne pas être dégradé par le vivant tout en provoquant des dommages considérables à la santé. Et que les sociétés l’ayant commercialisé, en toute conscience, avaient préféré arbitrer selon l’équation bénéfices/risques — bénéfices en dollars, évidemment. Nouvelles révélations Nul ne pourra accuser

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Aux chants, élisez ! : "Teen Spirit"

Drame | Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission "Teen Spirit" organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique…

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Aux chants, élisez ! :

Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en assaisonnant le cynisme de ces shows formatés où les dés sont pipés. Rien de bien nouveau, mais l’efficacité de la mise en scène et l’intégrité du personnage de Violet purifient l’ambiance viciée de ce showbiz abrutissant. Teen Spirit De Max Ming

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Juste après la fin du monde : " Ma vie avec John F. Donovan"

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Juste après la fin du monde :

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretint enfant une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, un autre comédien à l’existence torturée, et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin (pour lui) Xavier Dolan aux manettes d’un film étasunien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans son cosmos : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée (une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la “norme hétéro“, de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix…). Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire — elle mérite toute l’attention de l’auteur, puisqu’il s’agit d’un enchâssement de récits —, mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inut

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Lotringer, éditeur explosif

Littérature | La revue Initiales retrace les aventures de Semiotext(e) et de l’éditeur-passeur Sylvère Lotringer. Où la french theory croise la scène punk new-yorkaise à grands coups d'écrits, de riffs de guitares et de rats décapités.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Lotringer, éditeur explosif

Casquette, sweet à capuche, barbe de trois jours… Tout est dit ou presque sur le portrait photographique qui ouvre le nouveau numéro de la revue Initiales consacré à l’éditeur américain Sylvère Lotringer. Cette "cool attitude" n’est pas chez lui seulement une coquetterie, mais une approche de la vie en générale et de l’édition en particulier. Au début des années 1970, l’universitaire sémiologue globe-trotter (et quelques autres) lance une revue devenue mythique, Semiotext(e) (et maison d’édition à partir des années 1980), qui réunira dans ses colonnes des philosophes, écrivains et artistes de tous horizons : les penseurs français de l’après-1968 (Deleuze, Guattari, Baudrillard, Virillio, Lyotard…), les post-modernes américains (John Cage, Kathy Acker, John Giorno, Philippe Glass…), et d’innombrables inclassables. En novembre 1978, Semiotext(e) redonne aussi à l’écrivain William S. Burroughs toute son importance, largement dénigrée, alors, dans son propre pays. Pendant quelques jours l'év

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Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

Auto-psy d’un couple :

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

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Pôle les mains ! : "Vaurien"

Huis clos | de et avec Mehdi Senoussi (Fr, 1h30) avec Romane Bohringer, Carlo Brandt, Lizzie Brocheré…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Pôle les mains ! :

Lassé d’être discriminé à l’embauche, un chômeur diplômé d’origine arabe prend en otage l’agence Pôle Emploi de Vénissieux. Pendant les quelques heures que dure son acte désespéré, il tente de faire passer son message en direct sur une radio locale, puis de négocier une rançon… Comédien et déjà auteur de plusieurs courts (ainsi que d’un long-métrage), le Lyonnais Mehdi Senoussi ne s’est pas ménagé pour diriger et interpréter ce film, dont on suppose la haute résonance symbolique personnelle : le propos, clairement social et politique, est intégré dans une intrigue de polar. Malheureusement, sa sincérité évidente n’occulte pas les incertitudes d’une réalisation peinant à transcender le huis clos, l’intrigue eût en effet davantage convenu à un format court. Son délayage tristounet est certes un peu racheté par le twist final. Et l’on reconnaît à Senoussi une obstination certaine et le talent d’avoir su en fédérer d’autres autour de lui comme Romane Bohringer, Carlo Brandt ou Pascal Elbé.

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On commence par l'apéro au Transbo, on finit par rouler sur des patins

Les Bons Plans de la Semaine | Un bon plan par jour jusqu'à la rentrée : fuyez l'ennui, suivez le guide. Direction le Transbordeur mercredi soir pour la Summer Session du Petit Bulletin, on clôture ensuite le Bal des Fringants, avant un final endiablé dimanche sur des patins à roulettes.

La rédaction | Mercredi 4 juillet 2018

On commence par l'apéro au Transbo, on finit par rouler sur des patins

Mercredi 4 juillet - Summer Session L’apéro avec l’équipe du Petit Bulletin Chaque année, c’est désormais une tradition, toute l’équipe du Petit Bulletin vous convie à fêter son dernier numéro couvrant tout l’été (on sera de retour le 5 septembre) en sirotant quelques mojitos et mauresques au Transbordeur, où nous investissons la scène extérieure pour deux concerts de pépites à découvrir : Perez en premier lieu, qui vient de sortir son second album, où la pop électronisante du Bordelais enchante les fans de ce Daho post-house. Et en ouverture, on savourera le retour aux couleurs new wave tout aussi 80’s de la paire lyonnaise Spitzer. Il est probable que quelques membres de notre équipe se saisissent également des platines… On compte sur vous ! Au Transbordeur à 19h Jeudi 5 juillet - rock Dernière danse aux Fringants Un dernier bal comme une dernière danse. Le 6 juillet, comme nous vous l'annoncions le mois dernier, le Bal

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Clap de fin pour le Bal des Fringants

Croix-Rousse | Le 6 juillet, le café-concert des pentes de la Croix-Rousse fermera ses portes avec le départ de sa fondatrice vers d'autres cieux.

Sébastien Broquet | Mardi 29 mai 2018

Clap de fin pour le Bal des Fringants

C'est l'un des lieux les plus cools et inventifs de la Croix-Rousse qui fermera ses portes cet été : le Bal des Fringants cesse ses activités avec le départ de sa directrice. Les Lyonnais resteront orphelins de cette programmation pointue et variée à l'horaire décalé, en fin d'après-midi. « Je ferme pour des raisons familiales. On voulait de toute manière déménager, trouver un lieu plus grand, on avait regardé pour reprendre les locaux de 6e Continent... Finalement, on arrête le 6 juillet prochain. Chaque personne de l'équipe va donc poursuivre ses activités séparément » nous explique-t-elle, jointe lundi par téléphone. Une double soirée de clôture est prévue les 5 et 6 juillet, avec le blues du Skeleton Band le premier soir et François Virot le second, qui seront bientôt rejoints par d'autres convives. On notera aussi dans son agenda les quelques dates aguicheuses des jours à venir : Lindo Y Querido ce vendre

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Frime et châtiment : "Luna"

Portrait | de Elsa Diringer (Fr, 1h33) Avec Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Khoudri…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Frime et châtiment :

Encore un peu ado, Luna est accro à Ruben, le beau gosse du groupe. Un soir de beuverie entre potes, elle incite la bande à humilier un type de leur âge, Alex. Lorsque celui-ci débarque dans l’exploitation agricole où elle travaille, sans la reconnaître, elle panique. Puis s’attache à lui… Il est des adéquations naturelles dont l’évidence éclate à l’œil. Telle celle entre Elsa Diringer et sa découverte, la débutante Laëtitia Clément, solaire en dépit du nom de son personnage. Sans l’une ni l’autre, Luna n’aura pas été cet instantané vif et cru d’une jeunesse méridionale traînant ses incertitudes dans les antichambres de la ville, de la vie d’adulte, des responsabilités. Le fait que les deux aient encore un pied, voire un pied et demi dans “le plus bel âge” explique sans doute l’acuité du regard, dépourvu de cynisme ou de désabusement. Pas de contrefaçon non plus dans le langage, les comportements, qui participent d'une revendication sociale, temporelle et géographique. À l’intérieur de ce cadre restreint, Luna va suivre

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Elsa Diringer : « je pense que la violence peut aussi venir d’une femme »

Luna | De passage en quasi voisine aux Rencontres du Sud d’Avignon, la Montpelliéraine Elsa Diringer a présenté son premier long-métrage, Luna. Le portrait d’une jeunesse bouillonnante qu’elle a su approcher, voire apprivoiser. En douceur.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Elsa Diringer : « je pense que la violence peut aussi venir d’une femme »

Comment en êtes-vous venue à la réalisation ? Elsa Diringer : Un peu par hasard. Au départ, je ne voulais pas du tout faire de cinéma. J’ai rencontré un copain dans une salle d’escalade qui m’a emmené sur un tournage et à l’époque, comme j’étais un peu perdue, je me suis dis « bah voilà, je vais faire ça. » Mais je ne savais pas encore exactement quoi. Je me suis inscrite à la fac et je me suis dit qu’il fallait apprendre un métier technique pour gagner ma vie. J’ai découvert la perche et j’ai bien aimé, parce que c’était physique. Ensuite, j’ai fait de l’assistanat, ce qui m’a permis de fréquenter de chouettes plateaux comme ceux de Nicole Garcia, René Féret ou Alain Resnais à la fin. En même temps, j’ai écrit des courts-métrages qui ont été plus ou moins financés. Au bout d’un moment, je me suis dis « arrête de te raconter que tu vas être perchman parce que ce n’est pas vrai, ce n’est pas un métier pour toi. » Et j’ai commencé à écrire mon long-métrage. Mais c’était assez tard. Vers 27 ans. Qu’est-ce qui a déterminé le choix du sujet ? Cela a été un

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Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Ninkasi | Pour ses vingt ans, le Ninkasi s'est offert un lifting : rendez-vous le 16 octobre pour un lieu multiple repensé autour d'une programmation toujours plus éclectique où se croiseront jusqu'en décembre Arrested Development, The Stranglers ou encore Tété. On en parle avec Christophe Moulin, le programmateur.

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Quel retour feriez-vous de votre première année de programmateur du Ninkasi ? Christophe Moulin : Il y a un an, nous avons commencé les travaux, dont nous ne récoltons pas encore les fruits. C'était une année de transition, mais aussi de complication pour le public, pour les artistes - les backstages étant en travaux. On s'en excuse encore ! C'était une année d'expérimentation, sans pouvoir aller au bout du geste. Ça va vraiment démarrer le 16 octobre : là on va commencer à dérouler la machine telle qu'on l'a réfléchie il y a deux ans. Je garde de très bons souvenirs comme The Game, ou encore la Ninkasi Urban Week où l'on a pu investir l'espace urbain, notre travail sur le Mur7 avec Birdy Kids. C'est ma touche personnelle, cette porosité entre la salle et le quartier. J'ai du mal à rester en place ! C'est normal que les habitants n'entrent pas obligatoirement dans une salle de concerts qui reste un cube fermé. Mais le concert doit sortir à l'extérieur, lui.

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Les événements : à fleuret moucheté

Théâtre | Retour sur la vie d'un tueur fou dans Les Événements, pièce du dramaturge contemporain écossais David Greig. Si Romane Bohringer s'y épanouit, le spectacle manque de fluidité.

Nadja Pobel | Mardi 23 mai 2017

Les événements : à fleuret moucheté

À 48 ans, David Greig est un auteur reconnu par ses pairs, passé par la Royal Shakespeare Company ou le Royal Court de Londres. Avec Lune jaune, la ballade de Leila et Lee, il racontait avec onirisme la réalité crue de deux ados paumés, profondément touchants, laissés sur le bas-côté par une société britannique trop sèche pour entourer ses enfants. Baptiste Guitton, au TNP en 2014, en avait fait une adaptation stylisée et déjà en musique. Car David Greig aime adjoindre à son travail des chansons (comme les dix chanteurs de gospel de sa version des Bacchantes). Avec Les Événements, son dernier texte en date (créé dans le cadre du festival RING de Nancy il y a tout juste un an par Ramin Gray) il donne même la moitié du temps de jeu ou presque à une chorale qui, chaque soir, change. Romane Bohringer est pasteur, chef de chœur, rescapée d'une tuerie perpétrée par l'un de ses élèves. Lointainement inspirée de l'acte terroriste d'Anders Behring Breivik en Norvège, cette pièce progresse par saccades. Si l'actrice ne joue qu'un seul rôle, son partenaire (le fantastique Matthieu Sampeur

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Le Bal des Fringants : « Être un peu en dehors des clous »

Croix-Rousse | Le Bal des Fringants, c'est l'un de ces tout jeunes lieux qui font bouillonner les pentes de la Croix-Rousse d'une ardente énergie, décuplée presque un mois durant par le Quirky Festival. Convivial, décalé, fureteur, le Bal est mené de main de maîtresse par Muriel, activiste de l'ombre et créatrice d'émotions : entretien.

Sébastien Broquet | Mardi 2 mai 2017

Le Bal des Fringants : « Être un peu en dehors des clous »

Comment est né le Quirky Festival ? Muriel : Le festival permet de faire venir des artistes coup de cœur qui n'ont pas forcément la notoriété pour remplir la salle : on peut ainsi les mettre en lumière et amener des gens vers eux. Et un festival, c'est une manière de communiquer sur le Bal des Fringants, avec ce temps fort dans l'année. C'est la troisième édition... La salle n'a que deux ans, mais c'est la troisième édition du festival oui ! Là, c'est l'édition de printemps. Et on aura une suite "été indien" au second semestre, où l'on accueillera notamment Aquaserge et d'autres groupes qui ne sont pas venus depuis longtemps à Lyon. Mais pour ce mois de mai, nous irons aussi trois jours hors-les-murs, en extérieur, à l'amphithéâtre des Trois Gaules. Quelle esthétique musicale est défendue par le Quirky ? À l'origine, c'est l'idée d'être un peu en dehors des clous : on aime bien les mélanges d'esthétique. Avec un fond folk, forcément : je suis bien là-dedans, et ça correspond aux contraintes sonores de la salle. C'est pour ça qu'il y aura Raoul Vig

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Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Quirky Festival | Insolite, biscornue, étrange, voici comment l'on pourrait qualifier la programmation de l'édition printanière d'un Quirky Festival, si riche de révélations et de talents, mêmes confirmés, à découvrir, qu'elle méritait bien une petite sélection suggestive et subjective.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Quirky : l'étrange festival au Bal des Fringants

Raoul Vignal Derrière ce patronyme peu glamour se cache l'une des révélations lyonnaises de ces derniers mois : un artiste folk aux doigts de fées dont l'art du picking et le goût pour la mélancolie évoquent de loin en loin un Nick Drake à moustache. Loin d'être un débutant, Raoul a déjà à son actif trois EP, une BO de film et une petite réputation berlinoise consécutive à un séjour de deux ans dans la capitale allemande. Mais c'est bien son premier album, The Silver Veil (Talitres) qui voit sa côte exploser. Enregistré à Berlin, le disque dont le titre évoque pour le coup le ciel posé comme un drap sur la capitale allemande, lève paradoxalement ce même voile sur un talent au potentiel immense qui fait le lien entre diverses écoles : celle de l'American primitive de John Fahey et Robbie Basho, celle du revival folk contemporain (José Gonzalez, Kings of Convenience) et celle, donc, unique de Nick Drake, décédé à l'âge où Vignal sort son premier album. Comme un signe d'héritage. Raoul Vignal

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Wall drawings : murés à l'intérieur

Musée d'Art Contemporain | Le Musée d'art contemporain réunit une dizaine d'artistes urbains internationaux, et tente une exposition paradoxale : montrer dedans ce qui ne peut exister que dehors.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 octobre 2016

Wall drawings : murés à l'intérieur

Les prémices du street art, il est vrai, proviennent historiquement du champ de l'art contemporain, et il est d'une certaine manière logique qu'il y revienne, même dans l'enceinte un peu "officielle" d'un musée. Les précurseurs de l'art urbain se nomment Ernest Pignon Ernest qui peint au pochoir en 1963 sur le Plateau d'Albion en réaction à la nucléarisation militaire, les étudiants des Beaux-Arts de Paris qui créent de multiples affiches pour Mai 68, Keith Haring qui peint sur les espaces publicitaires libres du métro new-yorkais au début des années 1980... À Lyon, une dizaine d'artistes de rue venus des quatre coins de la planète (La Réunion, Mexique, Ukraine, Pérou, Chine...) investissent les cimaises du MAC de leurs couleurs chatoyantes, de leurs figures allègres et rythmées, et de leur sens virtuose du trait direct et imaginatif. Le tout chapeauté par un commissaire d'exposition qui à lui seul fait caution : Julien Malland (né en 1972), alias Seth, qui a débuté ses œuvres dans les années 1990 sur les murs du 20e ar

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 14 juin 2016

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

16.06.16 > LA PLATEFORME KIBLIND #57 Cherchez pas à comprendre le line-up de cette soirée, allez-y, c'est tout. D'un concours de pétanque molle à un apéro mix en compagnie de la radio RTU et du festival Heart of Glass, Heart of Gold, en passant par des DJ sets du crew Groovedge, de Sacha Mambo et The Pilotwings, les dessins réalisés en direct et projetés de la bande de Mauvaise Foi, des stands d'activistes et de la bonne bouffe, Kiblind a décidé de régaler toute la nuit. Boum. 17.06.16 > OBAMO CAFÉ MIDNIGHT RAVERS C'est l'un des projets les plus passionnants sorti des fourneaux de Jarring Effects ces derniers temps : Midnight Ravers est un projet mené par Dom Pete

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Brain Damage meets Willi Williams

Walk the Walk #4 | Quatrième épisode de notre virée en Jamaïque sur les traces de Brain Damage, qui se confronte à une nouvelle légende : l'immense Willi Williams.

Sébastien Broquet | Vendredi 3 juin 2016

Brain Damage meets Willi Williams

Willi Williams, c’est le single extrait de cet album, c’est aussi l’artiste qui t’a accompagné sur scène à la sortie du disque : qu’est-ce qu’il y a eu de plus entre vous, lors de cette rencontre ? Martin Nathan : Le choix du single n'a pas été simple. J'aurais pu choisir en effet quasiment n'importe quel titre de l'album, tant j'étais satisfait des prestations des différents intervenants. Par contre, quand il a fallu choisir qui j'allais inviter à venir me rejoindre pour tourner en Europe, je n'ai pas hésité. Wiili m'a instantanément convaincu par sa simplicité, sa disponibilité, son efficacité en studio, sa voix, son aura. De plus, le fait que son hit Armagideon Time, qui l'a promu au statut de légende, ait été repris par The Clash en 1980, est fondateur pour moi. C'est l'un des marqueurs de la collision qu'il y a eu à l'époque entre certains jamaïcains et punk rockers anglais, soit l'un des métissages sociaux-culturels les plus intéressants de ses dernières années. Imaginez le plaisir et la fierté qui furent les miens au moment de r

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Une idée du Mahler

Classique | La musique de Gustav Mahler est un choc. Puissante et joyeuse, primitive et sombre, hors du temps et terrestre à la fois. Révélée dans Mort à Venise, chef (...)

Pascale Clavel | Mardi 17 mai 2016

Une idée du Mahler

La musique de Gustav Mahler est un choc. Puissante et joyeuse, primitive et sombre, hors du temps et terrestre à la fois. Révélée dans Mort à Venise, chef d’œuvre sublime de Visconti, cette musique enchante et bouleverse parce qu’il y a en elle un fort concentré de tous les sentiments humains. Le compositeur donne l’impression vertigineuse de fouiller avec fureur au cœur de ses souffrances les plus intimes. L’Auditorium programme la Symphonie n°1 "Titan" et les Kindertotenlieders dans le même espace/temps : ce sont deux joyaux de la musique romantique qui sont offerts ici. Le baryton allemand Matthias Goerne, avec son grain de voix inimitable et sa présence hallucinée, ne peut que magnifier les Kindertotenlieder, ces chants des enfants morts d’une intensité folle. Quant à la Symphonie n°1, hymne à la nature chantant tristement — il suffit d’entendre une seule fois cette variation incroyable et lancinante sur le thème de frère Jacques pour être atteint ; parfois pétri d’effroi, elle représente tout ce que le 19e siècle finissant a de plus précieux : un regard vif et désenchanté sur le monde. À la baguette,

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Quirky Festival, le petit bal retrouvé

MUSIQUES | Perdu dans une rue non passante du sommet des pentes, le Bal des Fringants pourrait n'être qu'un rade associatif parmi d'autres. Géré par une alumnus du (...)

Benjamin Mialot | Mardi 19 janvier 2016

Quirky Festival, le petit bal retrouvé

Perdu dans une rue non passante du sommet des pentes, le Bal des Fringants pourrait n'être qu'un rade associatif parmi d'autres. Géré par une alumnus du Kraspek Myzik, c'est en vérité un café-concert tout ce qu'il y a de plus intime et chaleureux (et un cabaret burlesque, un atelier de couture ou encore un théâtre jeune public, selon les jours) où se pressent local heroes et indie darlings – à l'instar, récemment, du céleste Anonymous Choir. Pour le faire savoir et du même coup souffler sa première bougie, il organise du 26 janvier au 14 février le Quirky Festival, qui rassemble une petite dizaine de concerts défricheurs. Côté Lyonnais, on y retrouvera notamment l'étonnante électro-pop arabique de Säthonay, l'irrésistible early krautrock de La Société Étrange et les belles expérimentations médiévalo-psyché d'Odessey & Oracle. Côté foreigners, il faudra compter avec le folk plein de terre et de peine de Butch McKoy (frontman du survolté trio post-punk I Love UFO) et le songwriting tout en lignes brisées d’Éric Pasquereau, a.k.a. The Patriotic Sunday,

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Au Transbo, Jarring Effects fête ses 20 ans

MUSIQUES | C'est une bourde lexicale qui n'a l'air de rien, mais qui en dit long sur le désintérêt de nos élites territoriales pour la culture modérément (...)

Benjamin Mialot | Mardi 8 décembre 2015

Au Transbo, Jarring Effects fête ses 20 ans

C'est une bourde lexicale qui n'a l'air de rien, mais qui en dit long sur le désintérêt de nos élites territoriales pour la culture modérément marchande : lors de la conférence de presse de la Fête des Lumières, elles ont présenté Jarring Effects (dont des affiliés devaient mettre en musique la nouvelle création du Theoriz Crew aux Brotteaux) comme un «groupe lyonnais très connu»... alors qu'il s'agit d'une maison de disques indé, en passe de fêter son vingtième anniversaire. L'occasion de dénoncer une autre méprise, consistant à la réduire à une anti-chambre de l'électro-dub made in France (High Tone, Ez3kiel, Brain Damage...), alors que son activisme lui a par la suite attirée les faveurs des amateurs éclairés de bass music au sens large (du dubstep primordial de Scorn à l'electronica à large spectre d'Aucan), mais aussi de hip-hop (toxique chez Oddateee, cinéphile chez Al'Tarba) et de noise (en compilant Hint et en révélant Picore). Partisan du métissage, fut-il géographique ou textural, JFX est aussi à l'initiative de collaborations intercontinentales d'une enthousiasmante cohérence. Il y eut d'abord Cape Town Effects, qui actait l'émerg

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Comment c’est loin

ECRANS | De Orelsan & Christophe Offenstein (Fr, 1h30) Avec Orelsan, Gringe, Seydou Doucouré…

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2015

Comment c’est loin

Les deux compères des Casseurs Flowters et de la capsule télé Bloqués se racontent, mais sans se la raconter, dans cette fiction largement inspirée de leurs débuts normands. Objet composite qui sent le bricolage et l’artisanat, Comment c’est loin assume sa forme bancale, à l’image de ses protagonistes — de sympathiques traîne-savates achoppant sur leur premier single de rap depuis des années. Cette tentative de cinéma se présente comme un concept et revendique, comble de l’honnêteté, la co-signature d’une caution technique : le chef-opérateur Christophe Offenstein, à qui Guillaume Canet doit beaucoup de son aura de cinéaste. On pardonne donc les incertitudes dans le rythme, qui peuvent passer pour des effets de style. Si prochain film il y a, il faudra trouver autre chose…

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’étaient égarés sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la "gasconnerie" folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux "rois" de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoir

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Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

ECRANS | Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, (...)

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Hallucinations Collectives : une compet' hallucinante

Cette année, Hallucinations Collectives a fait une récolte proprement mirifique en ce qui concerne les inédits et avant-premières soumis à appréciation du jury, du public et, pour la première année, du Petit Bulletin, puisque notre fine équipe remettra un prix lors de la cérémonie de clôture. On notera tout d’abord le retour de Peter Strickland, qui avait remporté le Grand Prix en 2013 avec Berberian Sound Studio, pour The Duke of Burgundy, exploration hallucinée d’une relation lesbienne et sado-maso. Le film est produit par Ben Wheatley, titulaire du Grand Prix du festival en 2012 pour son magnifique Kill List. Le génial Alex De La Iglesia avait pour sa part été lauréat de la distinction avec son chef-d’œuvre, Balada Triste, en 2011

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La bataille du Mount Kimbie

MUSIQUES | Quoi de plus beau que la métamorphose d'une chenille en papillon ? Celle de Mount Kimbie, duo d'avant-gardistes de la bass music devenu paire d'orfèvres pop. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 28 novembre 2013

La bataille du Mount Kimbie

La présence d'une personne de forte corpulence sur la pochette d'un disque n'est jamais anodine. Le petit grassouillet qui roule des mécaniques sur You've Come a Long Way, Baby, l'enregistrement le plus rentable de Fatboy Slim ? L'assurance d'en prendre plein la (smiley) face. Le moustachu à bourrelets qui prend la pose, nu, sur le Hefty Nine du Bloodhound Gang ? La promesse d'une bonne tranche de rigolade subabdominale. Pour son premier album, Crooks & Lovers, le duo anglais Mount Kimbie a lui jeté son dévolu sur une black en jogging écarlate dont le postérieur n'a rien à envier, question circonférence, à celui de The Watermelon Woman (La Femme Pastèque), une habituée des pages de Playboy qui, forte d'un tour de hanches de 120 cm, règne sur le pays des gros popotins, le Brésil. Signe qu'à son écoute nous allions littéralement nous remuer les fesses ? Loupé. Car la black en question s'éloigne nonchalamment de l'objectif, comme Dominic Maker et Kai Campos ont pris leur distance avec le dubstep pour mieux renouveler, à renforts de réverbérations à basse fréquence, de mélodies sous-marines

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New York sous cloche

SCENES | En rajeunissant la comédie musicale "Bells Are Ringing", Jean Lacornerie signe un divertissement de grande qualité... mais qui peine tout de même à soutenir la comparaison avec les productions anglo-saxonnes. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 21 novembre 2013

New York sous cloche

Au milieu du plateau trône une façade, posée sur une tournette telle une vitrine de jeu télévisé. Côté face se dévoile le bureau d'une opératrice téléphonique, Ella Peterson, godiche esseulée qui se plait à recueillir sous de fausses identités les confidences des abonnés : un acteur en mal de rôles, un dentiste se rêvant compositeur, un dramaturge peinant à boucler le script qui fera de lui l'idole du tout-Brooklyn... C'est l'appartement de briques de ce dernier qui se découpe côté pile, havre de paresse et de débauche où, au terme de quelques quiproquos - courtoisies également d'un flic suspectant Susanswerphone, la compagnie employant Ella, d'être une maison close, et d'un mafieux travesti en mélomane cherchant à y installer une opération de paris clandestins -, batifoleront ces deux tourtereaux au bout du rouleau (et du fil).  Mais c'est à cour et à jardin que se joue la réussite de l'adaptation signée Jean Lacornerie de Bells Are Ringing (ou Amélie Poulain chez les bookmakers)

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Rainbow warriors

MUSIQUES | Hollande, Italie, Angleterre, Allemagne, Suisse, Belgique... Pour son quinzième anniversaire, le Riddim Collision se fait plus cosmopolite que jamais. C'est toutefois en Afrique du Sud que le festival des «musiques alternatives» créé par le label Jarring Effects a déniché ses invités les plus excitants : les rappeurs intercontinentaux de Cape Town Effects et le pionnier de la bass music Sibot. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 30 octobre 2013

Rainbow warriors

Cette semaine, la Maison de la Danse accueille en résidence la compagnie Via Katlehong, fondée dans l'un des townships les plus insalubres de Johannesburg, la capitale économique de l'Afrique du Sud. Après elle, ce sera au tour de la chorégraphe Dada Masilo, elle aussi issue de l'une de ces zones résidentielles dans lesquelles, sous l'Apartheid, étaient parquées les populations à la peau un peu plus chargée en mélanine que celle des colons européens, d'investir le lieu pour une relecture black et gay du Lac des cygnes. Le label indépendant Jarring Effects, lui, profitera ce week-end du quinzième anniversaire de son festival, le Riddim Collision, pour présenter la concrétisation de Cape Town Effects, projet mené en étroite collaboration avec son homologue du Cap, Pioneer Unit. Coïncidence ? Aucunement.  De Paris, où la Gaieté Lyrique déroule depuis la rentrée un panorama complet de la scène artistique contemporaine de Johannesburg, à Lans-en-Vercors, où le Hadra Trance Festival a fait l'été dernier de l'Afrique du Sud son invitée d'honneur, ils sont de plus en plus nombreux à porter leur regard le long des côtes au

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Conjuring : les dossiers Warren

ECRANS | Même un cran en dessous de ses précédentes réalisations, "Conjuring" confirme James Wan comme le nouveau héros du cinéma de genre, capable de le prendre au sérieux et de lui rendre son essence terrifiante par une mise en scène fondée sur la suggestion et le sens de l’espace. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 août 2013

Conjuring : les dossiers Warren

L’accueil dithyrambique réservé aux États-Unis par la presse comme par les spectateurs à Conjuring en dit assez long sur la frustration générale provoquée par le cinéma de terreur ces dernières années. On peut résumer ces réactions à une formule simple : enfin un film qui fait vraiment peur. On ne leur donnera pas tort, car Conjuring possède en effet des moments absolument effrayants, provoqués par des visions à vous faire dresser les cheveux sur la tête et une gestion de l’angoisse à déchirer ses accoudoirs. Le vrai prodige du film, cependant, réside dans le fait que James Wan n’y joue jamais la surenchère et se refuse à verser dans les scories récentes du cinéma d’horreur. La mode du found footage, ces faux documentaires dont le bidonnage était tellement manifeste qu’il provoquait plus l’embarras que l’effroi, est même raillée dès le prologue, qui raconte une première enquête des époux Warren, chercheurs en phénomènes paranormaux, autour d’une poupée possédée par une force maléfique. Démarrée sur un classique entretien avec les victimes, poursuivie par un flashback reconstitua

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The Bling ring

ECRANS | De Sofia Coppola (ÉU, 1h30) avec Israel Broussard, Emma Watson…

Christophe Chabert | Mardi 4 juin 2013

The Bling ring

L’accueil tiède (et à nos yeux injuste) réservé à Somewhere malgré son Lion d’or à Venise a sans doute poussé Sofia Coppola à faire profil bas avec The Bling ring, qui n’affiche aucun des atours modernistes de son film précédent. Au contraire, la cinéaste illustre le fait-divers dont elle s’inspire — quatre filles et un garçon californiens dévalisent les villas des stars qu’ils adulent — avec un minium d’effets de style. Son thème de prédilection, à savoir la fascination pour l’oisiveté et la célébrité mêlées, subi lui aussi une torsion déflationniste flagrante. Plutôt que d’épouser le regard de ses personnages, elle adopte une posture distante sinon surplombante, comme si elle tenait la chronique froide de ce qui est avant tout la répétition d’un même cérémonial. L’overdose de marques et le name dropping constant n’est plus une matière de cinéma comme auparavant, mais une observation sociologique qui tend vers un réquisitoire dont les motifs sont plutôt éculés : Internet, la presse people

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Cannes ou le petit air des (h)auteurs

ECRANS | Le festival de Cannes a à peine commencé, et il est déjà temps de pointer les déceptions et les bonnes surprises de sa sélection qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas là où on les attendait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 mai 2013

Cannes ou le petit air des (h)auteurs

Bizarre, bizarre. Alors qu’on attaquait plutôt confiant ce 66e festival de Cannes, sa compétition nous a assez vite brinquebalé d’un sentiment à l’autre, au point de ne plus savoir dès le troisième jour à quel saint se vouer. Ainsi, que pouvait-on attendre du Gatsby le magnifique signé Baz Luhrmann en ouverture ? Pas grand-chose, sinon un film tapis rouge calibré pour monopoliser l’attention et garantir le minimum festif pour lancer la grand-messe cannoise. Surprise, Gatsby vaut infiniment plus que cela, et Luhrmann a réussi à s’emparer de manière fort pertinente du roman de Fitzgerald, cherchant à travers les ruptures de sa mise en scène à en capter les humeurs. De l’euphorie 3D pleine d’anachronismes pop de la première partie à la progressive nudité d’une seconde heure qui plonge dans le mélodrame, mais surtout dans le spleen et les regrets, Gatsby le magnifique enchante et déchante en deux temps et, bien sûr, beaucoup de mouvements — à commencer par ceux, parfaitement dosés, d’un impressionnant Leonardo Di Caprio. À l’inverse, on pouvait légitimement espérer de Fra

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Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

ECRANS | "Jeune et Jolie" de François Ozon. "The Bling ring" de Sofia Coppola. "A touch of sin" de Jia Zhang-ke.

Christophe Chabert | Jeudi 16 mai 2013

Cannes - Jour 2 : du vieux avec des jeunes

Ce deuxième jour — moins pluvieux que ce qui avait été annoncé — a marqué l’irruption de la jeunesse dans les différentes sélections. Pas la jeunesse des cinéastes, mais la jeunesse comme sujet d’étude. Ce qui, en soi, dit déjà la limite de Jeune et jolie de François Ozon (en compétition) et The Bling ring de Sofia Coppola (en ouverture d’Un certain regard) : deux films qui prétendent faire un point sur la jeunesse contemporaine, mais qui n’en gardent en définitive qu’une matière à dissertation, sentimentalo-cul chez Ozon, sociologique chez Coppola. Jeune et jolie est en cela particulièrement contestable. Il attrape son héroïne, Isabelle (Marine Vacth, très bien, même si le film aurait pu lui ouvrir une palette d’émotions encore plus grande), dix-sept piges, dans la lunette d’une paire de jumelles, sur une plage déserte, en plein bronzage topless. Ozon s’offre un effet de signature très visible par rapport à son œuvre, mais c’est une fausse piste ; pas de voyeurisme là-dedans, mais le portrait en «quatre saisons et quatre ch

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One dubstep beyond

MUSIQUES | Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 1 mars 2013

One dubstep beyond

Harmony Korine a le sens du contre-emploi. Caster de jeunes égéries Disney en bimbos assoiffées d'alcool fort, de semence masculine et d'argent liquide, il fallait oser. En revanche, confier la mise en musique de leur virée hédoniste à Skrillex – et au pauvre Cliff Martinez qui, deux ans après avoir tracé son sillon au cul de la Ferrari Testarossa de Kavinsky pour Drive, se retrouve de nouveau sur le bas-côté médiatique - relève du perfect match. Parce que ce cyber goth de 25 ans est, qu'on le veuille ou non, l'un des musiciens les plus emblématiques de la jeunesse d'aujourd'hui, cette fameuse Génération Y, aussi connectée et désinvolte que la précédente, subordonnée à Nirvana, était repliée et angoissée. Comment en est-il arrivé là ? En hissant le dubstep, musique urbaine et physique née au début du siècle à Londres, du rang de curiosité locale à celui de phénomène planétaire. Pas seulement en rompant avec le ton introspectif qui caractérisait le genre à son émergence, mais aussi et surtout en le salissant au contact de l'eurodance ou du rock – il fut le chanteur de From First to Last, groupe d'emocore sans génie. Les étudiants ricains comme les autres, quand

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Quand la ville gronde

MUSIQUES | Ne jamais employer l'expression "envoyer du gros". C'est l'une des règles élémentaires du journalisme musical. Comme toutes les règles, elle a son exception : on peut y recourir pour parler de bass music, cette frange souterraine et tonitruante des cultures électroniques, et des événements qui la promeuvent, à l'image de l'impeccable Rumble Festival. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Vendredi 1 mars 2013

Quand la ville gronde

La scène se déroule au printemps 2003, à Clermont-Ferrand. Ce soir-là, la Coopérative de Mai accueille Fred Avril, compositeur de musiques de film dont la carrière pop fut aussi honnête qu'éphémère. Sa prestation, elle, n'a rien d'extraordinaire et le public le fait savoir en éclusant bruyamment ses bières. Soudain, il se saisit d'un potard géant et le tourne d'un cran. Un monstrueux bourdonnement s'échappe des enceintes. Silence dans la salle. Les vêtements se décollent des peaux comme des masques peel off. Il le tourne d'un cran supplémentaire. Les cages thoraciques résonnent au point qu'on ne s'entend plus battre du cœur. Encore un cran. La situation devient limite supportable. Avril reprend son set. Soulagement et déception dans l'assistance, encore saisie de cette impression unique d'être à la fois en pleine conscience de soi et sur le point d'exploser tel un œuf dans un micro-ondes. Impression qu'une seule musique nous aura fait éprouver depuis : la bass music. Marée de basses Autant dire que nous n'étions pas les derniers à nous réjouir lorsque, en 2011, est né le Rumble Festival, événement tout entier consacré à cette appellation d'ori

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Harmony retrouvé

ECRANS | Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Harmony retrouvé

Qu’est-il arrivé à Harmony Korine ? On l’avait découvert en auteur précoce (19 ans !) du premier film de Larry Clark, Kids, choc instantané qui remettait à plat la mythologie des teenagers américains en la baignant dans un seau de réalisme morbide — comme une répétition générale de ce Spring breakers. Puis on l’avait retrouvé réalisateur du formidable Gummo, où il filmait sans pince-nez l’Amérique, inventant un cinéma du fragment cauchemardesque et rempli d’humour très noir. On se disait alors qu’on tenait un cinéaste majeur. Puis vint son étrange incursion du côté du Dogme danois inventé par Von Trier et Vinterberg pour un Julien Donkey Boy qui ressemblait à une caricature autiste de Gummo. Ensuite, ce sont les tabloïds qui nous apportèrent des nouvelles d’Harmony Korine ; celles d’un garçon perdu dans la drogue et les excès, loin du cinéma, bousillé par sa sacralisation prématurée. Mister Lonely, son troisième film, en roue libre, ne rassurait pas sur son état de santé psychique. Pendant les cinq années suivantes,

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Spring Breakers

ECRANS | On le croyait égaré dans les paradis artificiels, mais Harmony Korine était en train de les filmer : avec Spring breakers, il envoie quatre bimbos de la classe moyenne vivre le «rêve américain» en Floride, pour un aller sans retour où expérimentations furieuses, visions élégiaques et distance ironique composent une sorte de Magicien d’Oz à l’ère du dubstep et de l’ecstasy. Une claque ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Spring Breakers

«Spring break, bitches !» : c’est le slogan lancé sur une plage à l’attention de centaines d’étudiants américains ivres de bière et avides de sexe, en maillots de bain ou topless, saisis sur fond de dubstep dans un ralenti qui vient souligner les défauts de leurs corps pas si parfaits. Ici, de la cellulite sur les fesses et les cuisses ; là, une trop visible marque de bronzage une fois le bikini tombé. «Spring break, bitches !» : c’est aussi un mot de passe qui ouvre sur une autre planète, soudain libérée de cette gravité qui pèse sur l’adolescence. Les parents, les cours, la morale, les interdits, tout cela disparaît quand ce nouveau magicien d’Oz qu’est le rappeur-gangsta James Franco, qui se fait appeler Alien, prononce la formule magique. Le magicien des doses L’apesanteur, Harmony Korine en fait le motif principal de sa mise en scène. Spring breakers se maintient une heure trente durant dans un flottement permanent, le cinéaste prélevant de brefs instants à l’intérieur des scènes pour construire une temporalité irréelle où le passé, le présent et le futur se télescopent sans cesse. L’expérience, hautement narcotique, pro

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Prix Jacques Deray 2013

ECRANS | Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Prix Jacques Deray 2013

Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de l'Institut), récompense le meilleur film policier français de l’année. Pour 2013, le Prix est attribué à Une Nuit, film qui, on le confesse, a échappé à notre vigilance et au générique duquel figurent Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan et Richard Bohringer. Il succède au navrant Polisse de Maïwenn. Il sera remis à son réalisateur, Philippe Lefebvre, en sa présence et en celle de Bertrand Tavernier, le président de l'Institut, samedi 16 février au terme de la projection d'une oeuvre de Deray.

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Le Ring de glace

MUSIQUES | S'il y a une ville qu'on connaît peu c'est bien Edmonton, près d'un million d'habitants, au cœur de l'Alberta, et capitale historique de l'industrie (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 novembre 2012

Le Ring de glace

S'il y a une ville qu'on connaît peu c'est bien Edmonton, près d'un million d'habitants, au cœur de l'Alberta, et capitale historique de l'industrie pétrolière et gazière canadienne. Tout juste les fans de hockey sur glace ont-ils entendu parler des Oilers qui dominèrent les années 80 menés par Wayne "The Great One" Gretzky, l'équivalent sur patin de Maradona. Cela fit un peu de publicité à la ville, tandis que sa rivale Calgary raflait toute l'attention médiatique avec ses Jeux Olympiques. À part ça, pas grand chose pour une ville pourtant culturellement très riche (son Art Gallery designée par Randall Stout justifie à elle seule le – long – détour). Outre Michael J. Fox, ce qui pose sa ville, Edmonton a également vu naître les deux membres de Purity Ring, barrés depuis à Montréal – les ingrats – c'est-à-dire là où ça se passe au pays de la feuille d'érable. Mais alors qu'on aurait pu penser, sensible que l'on est au cliché de la musique confectionnée au nord d'une ligne reliant Portland à New-York via Chica

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Année Erotic ?

MUSIQUES | On ne vous fera pas l'affront de vous traduire le nom d'Erotic Market, même notre bilingue d'ancien Président de la République aura compris. De toute manière, (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 19 octobre 2012

Année Erotic ?

On ne vous fera pas l'affront de vous traduire le nom d'Erotic Market, même notre bilingue d'ancien Président de la République aura compris. De toute manière, il suffit d'écouter quelques secondes de ce jeune groupe lyonnais pour que le marché de l'érotisme s'empare de vous comme une jeune fashionista d'un cachemire à moins 70% un jour de soldes. Il n'y avait guère qu'Echo Orange, maison d'énergumènes comme Fireball FC, Daisy Lambert ou The Rebels of Tijuana, pour se faire souteneur d'un projet aussi allumé et addictif (aidé en cela par le Grolektif et Jarring Effects en un curieux mélange de genres). Lequel est manifestement en train d'aguicher au-delà du périphérique lyonnais puisque le buzz – celui du râle de l'amour physique – fait son petit bonhomme de chemin avec un taux de pénétration non négligeable. La faute à un titre qui commence à pas mal tourner : Rumblin', méla

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Le Blues de la rentrée

MUSIQUES | En cette rentrée musicale, Lyon a, comme tout un chacun, le blues. Sauf qu'en l'espèce, c'est plutôt très bon signe et annonciateur d'un automne riche en fibre musicale. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 13 septembre 2012

Le Blues de la rentrée

Inutile de présenter le blues du dimanche soir, c'est une réalité identifiée (quasi) scientifiquement. On sait d'ailleurs depuis cet été – en tout cas, pour ce que ça vaut, un sondage l'a montré – que le blues du dimanche soir commence en réalité le dimanche... matin pour atteindre un pic vers 16h13 – la science est implacable et précise comme une Rolex. Prenons donc ce phénomène et multiplions-le par la racine carrée de la rentrée scolaire, que multiplie la nostalgie d'un été doré, moins les bouchons et les marmots qui braillent à l'arrière du Kangoo, plus l'arrivée imminente de l'automne, et la perspective d'un dimanche après-midi de novembre devant Michel Drucker, et vous obtenez une sorte de super blues du dimanche soir : le blues de la rentrée. Avec ceci de spécifique qu'il peut – cela a été établi par nos soins à l'aide d'une savante approximation – durer jusqu'à Noël. Talk about the blues Car même si l'on s'en tient à un strict point de vue musical, notre rentrée 2012, «elle vient de là, elle vient du blues», comme dit notre poète national. Ça a même commencé très fort le 4 septembre dernier, le jour même de la rentrée scolaire (comment

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Quel Damage ?!

MUSIQUES | High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 avril 2012

Quel Damage ?!

High Damage, comme son titre l'indique, c'est la rencontre, sous l'égide Jarring Effects, le choc, entre High Tone et Brain Damage. Ne pas s'attendre pour autant à pertes et fracas, ni à des «damage» collatéraux dévastateurs. D'une part, parce que High Tone est habitué de ce genre de duel amical labellisé «In a dubtone session» (Kaltone avec Kaly Live Dub, Zentone avec Zenzile...). D'autre part, parce qu'on est ici dans le clash, le crash, mais au ralenti, tout en infra-basses et rythmique electro-dub traîne la patte, le tout rehaussé de filtres sur les voix, échos, reverbs et clins d'œil world jusqu'au moyen et même à l'extrême orient. Qu'est-ce qui fait dès lors que l'on reste assez imperméable à ce bon disque d'électro-dub ? Le fait qu'il soit sans surprise ? Le fait qu'il soit répétitif par essence autour de sa base électro-dub ? Le fait que le genre ait quelque peu fait son temps et vieillisse assez mal (ou est-ce nous ?) ? Le fait qu'il n'y ait guère dans ce genre précisément de juste milieu entre une musique d'ambiance à écouter chez soi en comatant, ou en live, secoué de basses et emporté par la houle ? Pour le tenants de la seconde option, ça se passe au

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100 dessus-dessous

MUSIQUES | Musique / De l’eau a coulé sous les ponts du Rhône depuis Fantasques Hits, la première compilation très «dub des pentes» de Jarring Effects sortie en 1998. Cent références plus tard, JFX a plus que déchiré cette étiquette. La preuve par cinq titres choisis sur leur triple compile, FX 100, qui augure de sang neuf et de collisions multiples. Propos recueillis par Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 9 septembre 2011

100 dessus-dessous

Le morceau historique : Royale Salute de Brain Damage & Sir Jean Monsieur Mô, directeur du label : Une bombe dans son registre. Ici Brain Damage retourne à ses racines reggae-dub, qui sont aussi les racines de Jarring. Même si l’ensemble de la compile reflète davantage l’ouverture du label sur le hip-hop, l’électro et les OVNI, la rencontre entre Brain Damage et Sir Jean est représentative du concept : pour cette centième référence, on a privilégié les collaborations et les remixes. On ne voulait pas faire une rétrospective classique. Le remix qui remue : Spank d’High Tone remixé par Niveau Zero C’est tout à fait le genre de remix qui remue de l’intérieur. On est loin ici du côté dub sound-system des premiers High Tone. Spank (issu de leur dernier album) subit un lifting dubstep par Niveau Zero, la valeur montante du genre. Il injecte une profondeur et une puissance colossales au titre original, et le résultat reflète bien la patte sombre et cérébrale qu’on aime retrouver sur les dancefloors. Parfait pour danser dans sa tête. La collaboration la plus (d)étonnante du tracklisting : Juniper de Filastine Y La Bamba (Filastine remix). Un morceau folk inclass

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La Grande Catherine

MUSIQUES | Jeudi 14 juillet

Dorotée Aznar | Mardi 12 juillet 2011

La Grande Catherine

Ring n' roll, cela pourrait sonner comme le titre d’un énième album anecdotique et fantaisiste de cette vieille ganache de Ringo Starr (aperçu début juillet sous nos latitudes). C'est en fait celui du disque qui marque le grand retour de Catherine Ringer aux affaires après la perte de son alter-ego musical Fred Chichin. En solo et roll, Ringer mettra la gomme sur la scène des Nuits de Fourvière pour nous prouver que l'esprit des Rita Mitsouko est lui toujours bien vivant. Et plus que jamais. SD

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The Promise / The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story Columbia Sony Music

MUSIQUES | BRUCE SPRINGSTEEN

Stéphane Duchêne | Vendredi 26 novembre 2010

The Promise / The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story
Columbia Sony Music

Alors que ses plus dignes héritiers, les géantissimes Arcade Fire, sont en plein bourre, il convient sans doute de rappeler qui dans le domaine du rock sombre aux envolées lyriques, reste le patron. Et la patron, le Boss, celui qu'on a qualifié dans les 70's de Dylan de son époque, reste et restera Bruce Springsteen. Témoin un splendide et inépuisable coffret, disponible en version 2 CD ("The Promise") ou en format luxueux 3 CD et 3 DVD ("The Promise : The Darkness on the Edge of the Town Story"). À la fin des années 70, "Darkness..." sonna la fin de la récréation des Trente Glorieuses, ramenant sous des projecteurs en bout de course la réalité sociale de l'Amérique bientôt livrée aux mains du Reaganisme triomphant (lequel trouva par la suite le moyen de faire du brûlot "Born in the USA", un argument de campagne patriotique, oubliant d'en écouter autre chose que le titre). "Darkness..." fut aussi, quelques années avant le dépouillé "Nebraska", un sérieux coup d'arrêt au lyrisme de "Born to Run" qui le précédait. "The Promise" est l'occasion de découvrir maints diamants noirs issus des sessions de ce chef d'oeuvre et que Springsteen choisit alors de laisser dans leur écrin ou d'offr

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Le Dernier maître de l’air

ECRANS | M. Night Shyamalan s’aventure dans le blockbuster familial avec cette adaptation d’un dessin animé sous forte influence manga. Le résultat, laborieux, confus et peu inspiré, confirme la perte de vitesse de l’ex-wonder boy d’Hollywood. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 9 juillet 2010

Le Dernier maître de l’air

Avec une frénésie qui confine à l’hystérie pure et simple, Le Dernier Maître de l’air nous jette à la figure dès ses premières secondes son univers visuel, les clés de sa mythologie et leur application concrète. Cet empressement ressemble à un aveu : M. Night Shyamalan, en acceptant de tourner ce lourd blockbuster inspiré d’une série animée lorgnant ouvertement sur l’héritage des mangas japonais façon Dragonball, a flanqué aux orties tout ce qui jusque-là définissait son style. À savoir, un savant mélange entre une durée flottante et un espace qui, même replié sur la subjectivité de quelques personnages ordinaires, finissait par s’ouvrir à des mondes infinis (les fantômes de Sixième sens, les super-héros d’Incassable, l’invasion extra-terrestre de Signes ou, sommet de son œuvre, la grande peur réactionnaire du Village). Le Dernier Maître de l’air, à l’inverse, ne crée jamais de lien intime à l’écran entre ses héros et l’univers dans lequel ils évoluent. Ce devrait pourtant être le sujet du film : la lutte entre des enfants ayant la capacité de contrôler des éléments naturels (l’eau, l’air

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Life during wartime

ECRANS | De Todd Solontz (ÉU, 1h38) avec Allison Janney, Ciaran Hinds…

Dorotée Aznar | Vendredi 23 avril 2010

Life during wartime

Conçu par son auteur comme une suite à son glauquissime "Happiness", "Life during wartime" récupère quelques-uns de ses personnages clés (en leur donnant ceci dit d’autres interprètes), et sonde les tréfonds de leur état post-traumatique. Todd Solontz ne recrée pas pour autant l’atmosphère hautement malsaine, quasi complaisante de son précédent opus – il est guidé ici par une autre énergie, toute en confrontations dialoguées. Ce qui donne lieu, en dépit d’une mise en scène en retrait, à bon nombre de séquences brillantes, superbement écrites et encore mieux interprétées par un casting impeccable. Portrait en creux d’une Amérique paumée et fissurée, "Life during wartime" s’impose comme un condensé de la filmographie de Solontz, et témoigne de sa maturité exponentielle : le film recoupe les interrogations sur la fiction qui animaient "Storytelling" et "Palindromes", rend tangible la solitude dévorante de ses personnages, lesquels ne sont plus appréhendés avec la condescendance qui pouvait gêner aux entournures dans "Happiness" ou "Bienvenue dans l’âge ingrat". Un peu comme Gaspar Noé dans "Enter the Void", Todd Solontz sort grandi de ne plus considérer ses anti-héros comme de simp

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Labiche deux fois

SCENES | Critique / Pierre Pradinas met en scène deux courtes pièces d’Eugène Labiche au Théâtre de la Croix-Rousse, 29 degrés à l'ombre et Embrassons-nous Folleville. Deux pièces radicalement différentes pour un voyage d’1h40 dans l’univers de l’auteur. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Labiche deux fois

Tout commence dans le jardin d’une propriété cossue, un dimanche où l’on s’ennuie ferme chez Monsieur de Pomadour, comme on s’ennuie ferme tous les dimanches chez Monsieur de Pomadour. Effet de la chaleur excessive (29 degrés à l’ombre) sans doute, les débordements ne se font pas attendre. Un invité qui ne l’était pas coutissé la maîtresse de maison tandis que son lâche époux tente par tous les moyens de ne pas sauver son honneur. La tension entre les personnages s’exacerbe, et puis, et puis rien ! À peine un regard pas si innocent en direction du jardinier et chacun reprend le cours de sa morne existence. Pierre Pradinas propose une version «moderne» de cette courte pièce de 30 minutes (des acteurs en costumes de ville, une pelouse qui peut évoquer n’importe quel jardin) et créé un décalage d’autant plus grand avec la pièce qui suit immédiatement 29 degrés à l’ombre. Danse de coupleLe temps d’un changement de costumes et de décors écalir et les acteurs réapparaissent sur scène. Autres lieux, autres temps, Embrassons-nous Folleville nous transporte chez le marquis de Manicamp qui s’est mis en tête de marier son impétueuse fille Berthe au pauvre Folleville qui en aime un

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«Ne pas devenir des vieux acteurs tout pourris»

SCENES | Propos / Romane Bohringer, comédienne, interprète deux rôles deux femmes aux antipodes dans les deux Labiche mis en scène par Pierre Pradinas. Propos recueillis par DA

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

«Ne pas devenir des vieux acteurs tout pourris»

Pierre PradinasPierre est un metteur en scène que j’aime et avec lequel j’adore travailler. J’aime ses imperfections, sa folie. Le théâtre qu’il propose est extrêmement vivant et spontané. C’est avec lui que j’ai découvert Labiche, je n’avais jamais vu, ni jamais lu une pièce de Labiche. Pour Pradinas, il ne faut pas chercher à être drôle, la drôlerie vient de la justesse. C’est Labiche qui est drôle, les acteurs doivent simplement servir le texte. Pierre ne veut pas imprimer sa patte, il veut juste raconter la pièce, c’est pourquoi la scénographie est très simple et le jeu est très simple également. Pierre ne fait rien «par-dessus» l’auteur. Deux femmesLes deux pièces présentées sont vraiment très différentes : il y a une pièce «contemporaine» et une pièce en costumes. Une pièce un peu folle, très courte et dans laquelle il ne se passe finalement rien et une autre qui répond aux critères du vaudeville. Dans la première, «29 degré à l'ombre», je suis Madame de Pomadour, une sorte de Madame Bovary qui s’ennuie dans sa petite vie bourgeoise. Dans «Embrassons-nous Folleville !», j’interprète le rôle de Berthe, une rebelle, que j’imagine un peu comme une adolesce

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Riddim rédemption

MUSIQUES | Festival / Collision des rythmes et mutation des genres, le festival de Jarring Effects impose sa vision alternative de l’électro. Trois nuits en marge du confort et du conformisme au Marché de Gros. Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 25 septembre 2009

Riddim rédemption

Cette année, les mauvaises langues qui prétendent que le Riddim rassemble trop souvent un public sorti du rayon bières de Lidl et des artistes aussi sexy qu’un cirque interlope de Groznyï seront priés d’aller cracher leur médisance ailleurs. Car cette onzième édition pourrait bien en remontrer à ceux qui daubent sur le dub en oubliant que Jarring est avant tout un label pluriel. Même si, «rootsitude» oblige, la soirée du vendredi restera dévolue au dub maison (High Tone, Twelve & Rico…) et aux sound systems d’obédience jamaïcaine, le reste de la programmation sort allègrement des sentiers battus par la génération sweat-treillis des petits-fils de King Tubby. Le hip-hop, notamment, se taillera la part du lion sur les deux scènes du samedi. De l’imprononçable K-The-I ??? aux inimitables performances buccales d’Under Kontrol (champions du monde du beatboxing), du bon vieux rap US d’Oddateee aux accents grime de Ben Sharpa, ce plateau «bass culture» proposera tout ce qu’il faut pour renouer avec l’ombilic du groove «pô pô pô». Mais la collision des rythmes ne se limitera pas cette année à un vaste panel de beats et de breaks, si représentatif soit-il de l’underground électrophile. Avis

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