Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Photo : © Mars Films


Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ?
Guillaume de Tonquédec
: La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d'agriculteurs. Or il n'y a rien de plus beau que quelqu'un qui parle d'un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m'a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c'était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J'ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m'a le plus touché, c'est l'amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j'ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu'acteur, ce qui est de l'ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice.

Et quand l'un d'entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m'a dit « cette année, je vais, quand même prendre deux semaines de vacances au lieu d'une », ça m'a bouleversé et je me suis dit qu'il fallait être à la hauteur de ces personnages, de ces gens que j'ai rencontrés. Ne serait-ce que pour ce qu'ils m'ont donné : il ont fait confiance à un type, un acteur parisien qui a débarqué chez eux, ils leur ont donné du temps et et des secrets.

Il y a énormément de vérité dans Roxane, ce n'est pas qu'une comédie caricaturale : grâce à Mélanie, c'est un hommage merveilleux à ces gens-là, au travers d'une comédie qui s'assoit sur une base de justesse. On s'est même calé sur le calendrier des poules qui, une fois qu'elles ne sont plus assez performantes, partent à l'abattoir : il a donc fallu tourner toutes les scènes avec les poules avant cette journée.

Au-delà de cette “imprégnation“, comment êtes-vous “devenu“ le personnage — la moustache fait-elle l'agriculteur ? Et surtout, comment avez-vous joué cette partition (que vous avez fatalement déjà vécue) d'un non comédien en train de devenir un apprenti comédien ?
Alors, vous touchez les deux problèmes que je me suis posés tout de suite. Quand on a lu, j'ai dit à Mélanie « Es-tu sûre de ton choix d'acteur ? » Je lui ai donné des noms et puis elle a dit « Non, non ils sont trop chers » (rires) mais surtout, je lui ai dit : « Mélanie, tu as un acteur éminemment parisien, connu pour Fais pas ci, fais pas ça, Le Prénom… est-ce que tu ne te tires pas une balle dans le pieds, est-ce que tu ne devrais pas prendre quelqu'un d'inconnu, quelqu'un qui pourrait nous faire croire plus facilement au personnage ? » Et donc, après la lecture, je lui ai dit que je voulais absolument le faire et que c'était une très mauvaise idée de prendre Olivier Gourmet, (rires) il est beaucoup plus cher que moi alors que c'est totalement faux (rires) Mais je voulais qu'on réussisse ce pari : à la première seconde du film, il fallait qu'on voie un agriculteur et pas du tout Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker etc. Il était hors de question qu'on fasse de la caricature justement ; donc l'histoire de la moustache est inspirée d'un personnage réel.

Tout dans le look vient d'éléments vus dans des documentaires ou qu'on a pu rencontrer pendant le tournage : les bottes m'ont aidés à avoir une démarche lourde, ancrée dans la terre ; le fait d'enlever son alliance (parce que c'est dangereux quand on manipule des machines ou des animaux) et de la mettre sur une épingle à nourrice sur son cœur vient de moi parce que c'est que je fais quand je dois jouer un personnage non marié.

Ensuite, il a fallu faire croire à un acteur débutant. On est plutôt parti sur la base qu'il soit assez juste parce qu'il faut quand même qu'il captive ses poules ; mais aussi parce que le public se serait peut-être un peu ennuyé. Il a quand même besoin de faire des progrès, donc il y a quelque chose d'un parcours initiatique pour le personnage, obligé de s'améliorer pour défendre sa cause. C'est un thème qui m'a beaucoup touché : mettre au service des autres son secret, son talent… Ça se passe assez mal au début mais parce qu'il veut sauver son exploitation et sa famille donc il ose ce coming-out littéraire. C'est à la fois très drôle et très bouleversant mais il l'assume à la fin et il s'épanouit comme agriculteur et comme artiste.

Parmi les textes joués par votre personnage, outre les pièces Rostand et Molière, il y a Guitry et un extrait de Debureau, qui parle des comédiens…
Debureau rend hommage aux comédiens de comédie qui ne sont jamais reconnus. Il a quelque chose qui me touche beaucoup, non pas que je n'aie jamais était reconnu mais souvent la comédie est considérée comme un art mineur. Souvenez-vous de cette polémique il y a peu pour ne pas rendre hommage à Louis de Funès à la Cinémathèque. Ça m'a fait tomber de mon siège : cet acteur qui a inventé un style, qui nous a tous fait rire énormément et nous fait encore rire énormément, n'a pas assez reconnu de son vivant, à mon avis.

L'acteur de comédie est pourtant indispensable et devrait rembourser par la sécurité sociale. Je dis ça en rigolant mais je le pense vraiment : c'est très difficile de savoir faire rire. Autant un comédien de comédie peut réussir à être et un tragédien ; autant un tragédien ne saura pas forcement faire rire parce qu'il faut du rythme. Quand on regarde de grandes comédies ce qui arrive au personnage est un drame, donc il faut être capable d'être bouleversant pour d'autant plus faire rire. Ce texte est très difficile et particulièrement bouleversant.

Ce que j'aime aussi beaucoup, c'est que les textes sont mis en situation : ils ne sortent pas par hasard. Debureau arrive quand il est désespéré et le fait changer d'avis. Ça me touche parce que j'ai eu beaucoup de mal à apprendre à lire et à écrire — j'en ai même fait un livre. Ce qui arrive au personnage me touche parce que le parcours est similaire : avoir une vie bouleversée grâce aux auteurs. Tout le monde devrait y avoir accès. La culture, les grands auteurs, sont ceux que vous vous aimerez et pas forcément ceux qu'on veut absolument vous imposer.

Il faut libérer les gens et leur dire « Lisez, c'est tellement formidable ; peut-être, que vous rencontrerez un grand auteur, celui dont la phrase ne s'adresse qu'à vous, qui vous parle de ce que vous vivez et vous donne des clés pour réussir. ».

Vous pensez que les rôles qui viennent à vous sont ancrés à votre situation ?
Oui, ça m'a fait la même chose avec Le Prénom — je nous souhaite les mêmes chiffres ! (rires) Quand je l'ai lu je me suis dit « c'est pas vrai, il y a une caméra caché » parce qu'il y avait beaucoup de choses qui pouvait me ressembler dans le personnage de Claude. J'étais prêt à me retourner pour voir si les auteurs étaient là pour voir comment j'allais réagir.

Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance, une correspondance avec sa propre vie, ça vous touche, c'est pour ça que vous dites oui. C'est comme ça que je conçois le métier d'acteur — je me trompe peut-être, d'autres le font différemment mais pour moi, c'est se mettre au service de l'univers de quelqu'un qui vous a touché. C'est comme ça qu'on le servira et défendra au mieux l'histoire, qu'on pourra essayer de dire au public « ça m'a touché, j'espère que ça vous touchera aussi ». Je ne fais pas des films ou des pièces pour faire quelque chose en plus : maintenant, j'ai la chance de pouvoir choisir donc je ne choisis que des trucs qui me font plaisir. C'est une position très agréable et que je revendique.

Comment avez-vous “joué“ avec les poules ?
Je ne l'avais jamais, d'où l'intérêt de cette semaine de stage intensif, d'immersion « Vis ma vie ». Le premier jour où je suis arrivé en Bretagne, on est arrivés de nuit parce que c'est mieux pour les manipuler, elles sont plus calmes — sinon, ça peut être même dangereux : il peut y avoir des mouvements de foule de poules, si je puis dire, (rires). Donc j'ai commencé par apprendre comment attraper cinq poules — je ne sais pas si vous avez déjà essayé d'attraper une poule mais ce n'est pas évident, elle court vite ! Le lendemain, il a fallu que je voie si je n'avais pas peur des poules et ça m'a beaucoup plu. Et il y avait ce fameux dresseur qui m'a appris comment donner confiance à une poule.

Donc il faut savoir s'apprivoiser mutuellement et surtout pour jouer avec la fameuse Roxane. Entre les prises, le dresseur me disait « Est-ce que tu veux que je la reprenne ? » et moi je disais « Non, non je la garde ! » On a fait tout comme un couple amoureux ou amical, on est restés ensemble, un lien très joli s'est créé. À l'écran, c'est celle qui m'écoute à chaque fois que je vais lire des textes à l'ensemble des poules rousses ; c'est toujours elle qui est à côté de moi. Ce n'est pas du tout évident d'avoir un animal qui reste à côté de vous. Je pouvais m'adresser à elle, de temps en temps je posais le texte pour quelle puisse regarder. C'est génial, parce qu'on croit vraiment — et c'était le cas d'ailleurs, qu'elle participait au jeu. De temps en temps, je la voyais un peu bouger alors je lui disais « Tu vois, tu es d'accord » en improvisation parce que c'est ce qui donnait la véracité et le lien avec l'animal.

Donc aucune poule n'a été martyrisée dans ce film ?
Non !

Et sinon, aimeriez-vous jouer Cyrano ?
Oui, j'aimerais, j'adorerais ! J'ai eu la chance de pouvoir en jouer ici une partie. J'aurais bien aimé jouer Christian à un moment, mais là je pense que c'est un peu tard. (rires) Je pense qu'on le joue souvent comme un imbécile : juste beau et idiot, bellâtre, alors que je trouve que le rôle est vachement plus intéressant que ça. C'est un type intelligent ; simplement l'amour le rend con, il perd ses moyens parce qu'il est amoureux. C'est un thème super, beaucoup plus intéressant que la façon dont on le traite, ce pauvre personnage… Peut-être qu'un jour je jouerais Cyrano ; je vous appellerai pour les interviews ! (rires)

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Entre la mère et le pire de famille : "Jusqu’à la garde"

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Chanteurs/cultes : "Coexister" de Fabrice Eboué

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Chanteurs/cultes :

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Tête de classe : "Les Grands Esprits" de Olivier Ayache-Vidal

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr, 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

 Tête de classe :

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La Chambre bleue

Que s’est-il passé dans la chambre bleue ? Le film fait d’abord semblant de ne rien cacher des ébats auxquels se sont livrés Julien et Esther, qui se sont connus au lycée et se retrouvent, quadras et mariés, pour vivre une passion adultère. Mathieu Amalric filme leurs corps nus dans des compositions ouvertement picturales et fragmentées, soulignées par une image au format carré et un usage méticuleux des longues focales : une lèvre mordue, un sexe féminin, une main qui caresse un ventre ; et au milieu une goutte de sang sur un drap immaculé, qui trouvera un écho plus tard dans un éclat de confiture qui tombe sur un sol blanc. Cette déconstruction de l’espace s’accompagne d’une déconstruction du temps : un crime a été commis et Julien se retrouve devant des policiers, un avocat, un psychologue… Qui a tué qui et pourquoi ? La Chambre bleue n’a pourtant rien d’un polar et ce qui intéresse Amalric dans le roman de Simenon, c’est un tout autre mystère : celui qui unit deux amants dont le secret est soudain dévoilé aux yeux de tous. C’est ce mystère qui rôde dans les interstices des plans, au carrefour d’une mise en scène faussement exhibitionniste et du déballage méd

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Rubber

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À la lecture du synopsis du nouveau film de Quentin Dupieux (alias Mr Oizo, talentueux réalisateur du trop mésestimé Steak), une question s’impose : comment une histoire de pneu tueur peut-elle tenir la route (AH AH AH AH AH - pardon) pendant une heure et demi ? Le malicieux auteur nous répond dès la fulgurante introduction, petit chef-d’œuvre en soi. L’un des personnages principaux y assène face caméra un hilarant monologue sur la suspension d’incrédulité au cinéma, avant qu’un contrechamp nous dévoile un parterre de spectateurs sur le point s’assister à la même histoire que nous. Le postulat de Rubber se dévoile de façon moins énigmatique, et pose son ambition de mise en abyme permanente de ce qui va nous être donné à voir. Mais même là, on n’est pas encore totalement rassurés sur la potentielle prétention de l’objet, ce que la suite se chargera heureusement de contredire. Rubber n’entend pas offrir de réflexion définitive sur le 7e art et sa perception, mais joue de la façon la plus ludique possible avec ses codes, sans prendre pour autant le spectateur pour un con - ça aurait été tellement facile de jouer le démissionnaire jusqu’au bout en prenant

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Cyprien

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Bien sûr, on pourrait se contenter de considérer ce produit de con-sommation pour ce qu’il est : un accident industriel grandiloquent et franchement gênant pour tous ses protagonistes. Le problème, avec ce décalque vaseux de Dr Jerry et Mister Love, c’est qu’il s’agit probablement du plus gros doigt d’honneur jamais fait en direction de la communauté geek. Une communauté dont on peut reconnaître l’élitisme stérile, le communautarisme forcené ou l’aveuglement théorique, mais de là à traiter ses membres de «losers et d’attardés mentaux» (dixit le personnage principal dans son monologue final), il y a quand même un pas que ce médiocre navet, du haut de sa condescendance crasse, n’hésite pas une seconde à franchir dans toute sa matoise inconscience. Pour vous confronter au sujet avec autrement plus de pertinence et de sincérité, on vous conseillera plutôt la vision de la très bonne sitcom américaine The Big Bang Theory. FC

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Coluche

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Coluche ressemble exactement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’Antoine De Caunes : la copie sans rature d’un élève ayant si peur de mal faire qu’il ne fait pas grand chose. Tous ses films sont ainsi, et celui-ci peut-être plus que les autres… Plutôt qu’une bio filmée, Coluche évoque un moment de la vie de l’acteur, quand il décide de se présenter aux présidentielles en 1981. Décision intéressante, mais dont on ne trouvera jamais de justification à l’écran. La période ? Juste un décorum folklorique… La politique selon Coluche ? Un poujadisme irresponsable mais finalement salutaire. Sa vie privée ? Des fêtes et de la came, mais pas vraiment de drame à l’horizon. Ce qu’il manque à tout ça, c’est un point de vue qui donnerait du relief aux événements qui se succèdent à l’écran. Film plat agité par d’agaçants gimmicks de réalisation et plombé par le syndrome Patrick Sébastien (Demaison transparent, Drucker enlaidie…), Coluche laisse indifférent ; un comble vu le côté polémique du personnage… CC

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En mode majeur

SCENES | Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mai 2008

En mode majeur

Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au moment où les lumières se sont éteintes, une émotion palpable avait gagné les rangs. Certes il y a le texte de Davis Harrover, tranchant, sans concession. Certes le thème de la pièce (une jeune femme retrouve un homme avec qui elle a eu des rapports sexuels alors qu'elle avait douze ans et lui quarante) est de nature à troubler le public. Mais une simple lecture ne suffit pas à s'en convaincre. Il fallait mettre ces mots dans la bouche de Maurice Bénichou, faire jaillir cette violence de la frêle Léa Drucker pour réaliser à quel point Blackbird est une œuvre forte et subtile. Claudia Stavisky, à la mise en scène, a choisi de se conformer scrupuleusement aux descriptions données par l'auteur, la rencontre entre Una et Ray se fait donc dans une usine, dans une grande pièce encombrée de déchets où les employés ont l'habitude de déjeuner. Cette sobriété permet de laisser tout l'espace aux personnages, et de souligner l'ambiguïté de la relation qui a existé entre Una et Ray. Il l'a aimé alors qu'il n'en avait pas l

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Acteur sans alibi

SCENES | Maurice Bénichou partage avec Léa Drucker l’affiche de «Blackbird» aux Célestins et celle du «Grand Alibi» de Pascal Bonitzer au cinéma. Rencontre avec un acteur exigeant et habité par ses rôles et par son métier. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 avril 2008

Acteur sans alibi

Petit Bulletin : Comment avez-vous été contacté pour ce rôle dans Blackbird ? Connaissiez-vous le texte de David Harrower ? Maurice Bénichou : Je l’ai découvert à cette occasion. Léa Drucker et Claudia Stavisky m’ont demandé si je souhaitais jouer le rôle masculin, j’ai lu le texte qui m’a beaucoup plus, et j’ai accepté. C’est très simple. Qu’est-ce qui vous a intéressé ? Le personnage ? Le sujet ? La langue ? Tout. Le personnage, bien sûr, mais pas seulement. Je trouve qu’il y a une forme tout à fait remarquable, que l’on retrouve dans la traduction. Il y a une réflexion sur le langage qui est étonnante. Ce sont des gens perdus dans leurs souvenirs et dans l’impossibilité de communiquer ; il doivent attendre la fin de la pièce pour pouvoir communiquer normalement. L’argument est très simple : c’est l’histoire d’un homme qui a une vingtaine d’années de plus qu’une jeune femme. Ils se sont connus alors qu’elle avait douze ans et lui quarante, il y a eu acte de pédophilie, mais en vérité ils étaient amoureux l’un et l’autre, et on le découvre à l’occasion de leurs retrouvailles. C’est une histoire d’a

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