Planche de salut : "La Source"

Comédie | Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Photo : © Apollo Films


Du parcours “éclaboussant“ de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l'écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d'un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s'accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct.

On objectera que le schéma est classique, mais le film l'est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l'une et l'autre sont en effet considérés ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga déploie une écriture plus resserrée, disséminant çà et là quantité de petites trouvailles dynamisant sa mise en scène. À mettre à son crédit également, le choix du débutant Amine “Sneazzy” Khemissa issu du groupe 1995 (dont le premier EP se nommait justement, La Source) pris en main par un Christophe Lambert toujours aussi lunaire et enroué, mais parfait en mentor décalé. Seules ombres au tableau : les prothèses musculaires de l'ex-Greystoke et le jeu un peu, disons… léger de la mère et de la grande-sœur de Samir. La parenthèse solaire parmi les maîtres-nageurs secouristes fait heureusement passer à l'arrière-plan ces petits agacements.

La Source
Un film de Rodolphe Lauga (Fr, 1h45) avec Sneazzy, Thomas Goldberg, Christophe Lambert…


La source

De Rodolphe Lauga (2019, Fr-Bel, 1h45) avec Sneazzy, Christophe Lambert...

De Rodolphe Lauga (2019, Fr-Bel, 1h45) avec Sneazzy, Christophe Lambert...

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Samir vit dans une cité populaire, en banlieue d’une grande ville de province. Entre l'ennui et les petits coups foireux pour tuer le temps avec les potes, son père le forme à la plomberie. Quand celui-ci décède brutalement, Samir n’a plus d’autre choix que de reprendre l’entreprise familiale.


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La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

La Source des femmes

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu’il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d’un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n’y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c’est un film féministe ! On peut aussi diviser l’orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c’est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c’est un film d’auteur ! Au secours…Christophe Chabert

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La voix de la sagesse

ECRANS | Ringard, has been ou simplement mal regardé par les cinéastes ? Christophe Lambert, devenu un gage assuré de nanardise ces dernières années, rebondit avec sa prestation crédible dans "White Material" de Claire Denis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 19 mars 2010

La voix de la sagesse

Quand on rencontre Christophe Lambert, on est d’abord frappé par sa voix. Une voix chevrotante, presque une voix de vieillard, comme étouffée au niveau du larynx, ce que les micros de cinéma n’ont pas encore vraiment souligné. Dans White Material, Claire Denis s’occupe plutôt de donner à Lambert un corps nouveau et crédible d’époux, de père et de propriétaire terrien en Afrique. Le film, assez emmerdant dans son auteurisme poseur, se fait d’un coup modeste pour filmer cet acteur-revenant dans un costume d’homme ordinaire qui tente de garder son sang-froid face à la folie du monde. La prestation est convaincante. Mais elle donne envie d’en voir — et d’en entendre — plus de la part de Christophe Lambert. Vingt ans de nanars La facilité serait de dire qu’il revient de loin. Facile car, en définitive, il y est encore. Depuis le Claire Denis, Lambert a tourné dans une superproduction allemande dont on ne verra sûrement jamais la couleur chez nous, et qui sent bon le projet foireux, ce dont l’acteur s’est fait le spécialiste depuis près de vingt ans. Sa filmo, commencée sur les chapeaux de roues avec Greystoke, tou

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