Encore plus d'étoiles devant les yeux

Festival Lumière | Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Photo : © Fox Searchlight


Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l'on a de chances d'y trouver des étoiles — surtout à l'automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D'abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n'est pas superflue, si l'on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l'an passé.

Auteur d'une « œuvre d'un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l'occasion de re-projections d'une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens de la Pluie, la Trilogie du Parrain (qui aura droit à sa Nuit), Apocalypse Now dans sa dernière version final cut — choisi pour faire la clôture —, Outsiders, Rusty James dans une version restaurée par l'éditeur Criterion, Cotton Club, Gardens of Stone, Tucker, Dracula, L'Homme sans âge ou Tetro, sans oublier Conversation secrète ni le maudit Coup de cœur. Pour compléter cette galaxie coppolienne, deux films de son épouse Eleanor : le fantastique documentaire Aux cœurs des ténèbres (1992) et une fiction, Bonjour Anne (2016). De quoi faire un festival dans ce festival qui, encore un paradoxe, compte moins de films mais davantage de projections.

Validée également la rétrospective André Cayatte, que le patron de l'Institut et du festival n'est pas peu fier de programmer. Pas parce que ce cinéaste estampillé “qualité française“ fut à la fois honni par Truffaut et apprécié par Bazin, mais parce que cette remise en avant a provoqué la restauration de ses œuvres par Gaumont. Même si dans la liste certains titres font grincer les dents de Bertrand Tavernier (tel Les Risques du métier), Thierry Frémaux tient à ce qu'ils soient projetés, faisant sienne la philosophie de Langlois :

On ne considère pas que des films sont moyens ou mineurs : on les projette.

Également fruit d'une restauration récente par la Fondation Pathé, La Roue d'Abel Gance sera donné en deux séances matinales à l'Auditorium : il faut bien cela pour venir à bout des sept heures de cette œuvre atypique.

Malgré tout, cette édition 2019 signe l'arrivée d'une nouvelle (et bienvenue) section rétablissant un semblant de hiérarchie dans la politique de réhabilitation : les classiques… classiques. Ou la certitude de pouvoir découvrir des chefs-d'œuvre incontestables sur grand écran au-delà de l'année de leur restauration. Figurent donc ici La Nuit du Chasseur, Citizen Kane, M. le Maudit, Drôle de drame, Le Plaisir, Quand passent les cigognes… À réserver à celles et ceux qui se défient encore du noir et blanc !

Les invités et invitées

Laissée en blanc en juin, la plus que jamais d'actualité “Histoire permanente des femmes cinéastes“ se consacre cette année à l'Italienne Lina Wertmüller, réalisatrice de D'amour et de sang, Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été ou Pasqualino. Il n'est pas exclu que cette artiste militante (et nonagénaire) assiste à cet hommage. Son nom complètera une affiche qui commence à se densifier, puisque l'on sait désormais qu'à Daniel Auteuil — qui devrait présenter un spectacle de poésie autour de Paul-Jean Toulet —, à Marina Vlady et à Bong Joon Ho (avec une Carte blanche au cinéma coréen) ; à Ken Loach de passage pour la sortie de son nouveau film, il faut ajouter Marco Bellocchio, lui aussi en promo et en post-Cannes. Le réalisateur italien toujours au top quand il s'agit de scruter l'histoire immédiate de son pays, débarquera sans doute avec Le Traître sous le bras, mais aussi Les Poings dans les poches et Bonjour, Nuit.

Une figure souvent antipathique du cinéma international, qui avait manqué à l'hommage à Jane Fonda sera de la partie cette année : Donald Sutherland. À travers sa filmographie, ce sont les années 1970 que l'on revisitera : M*A*S*H*, Klute, Casanova, Don't look now, FTA ainsi que Des gens comme les autres… Enfin, une comédienne rare a accepté de se déplacer — d'après Thierry Frémaux, elle refuse contractuellement toute promotion — en la personne de Frances McDormand. L'actrice aux deux Oscar (Fargo, 3 Billboards) donnera pourtant comme les autres invités du festival une masterclass. Il se dit que son époux Joel Coen sera aussi du voyage.

Et puis, en vrac, Vincent Delerm pour un récital-cinéma à l'image de celui fait par Lavilliers l'an passé, un hommage à Reggiani auquel participera l'académicien (et habitué) Jean-Loup Dabadie, la paire Nakache-Toledano pour l'avant-première de son nouveau film, Hors normes, Alain Chabat pour Mission Cléopâtre à la Halle Tony-Garnier et Gael Garcia Bernal pour son second long-métrage en tant que cinéaste. Demeurent inconnus pour l'instant les films choisis pour l'ouverture et le Prix Lumière.

Du nouveau pour l'Institut Lumière

En marge de ces annonces, Thierry Frémaux a promis qu'il fallait s'attendre pour l'année prochaine à des festivités particulières, 2020 marquant les 125 ans de l'invention du Cinématographe Lumière. Fustigeant à mots couverts et choisis la dématérialisation forcenée du cinéma à une époque où Netflix symbolise « la revanche d'Edison sur Lumière », il a également officialisé la création à l'Institut Lumière d'une « DVDthèque mondiale, ce qui est une première car aucune Cinémathèque ne le fait » afin de rassembler tous les supports physiques films et non-films (bonus, etc.) tant qu'ils sont disponibles. Comptant actuellement de 7 000 titres, le fonds actuel devrait être enrichi par des dépôts des éditeurs.

Bien entendu, cet ambitieux projet de préservation de la “mémoire DVD du monde“ nécessitera de la place. Peut-être pas un silo comme la BM de la Part-Dieu, mais à tout le moins quelques centaines de mètres linéaires faisant aujourd'hui défaut à la bibliothèque Raymond-Chirat. Or il se trouve que l'Institut a sous le coude un vaste projet de Cité du Cinéma imaginée par Renzo Piano, présenté lors de la soirée d'ouverture de Lumière 2018 devant un parterre médusé. L'architecte génois serait dans les starting-blocks, et de futures annonces pourraient filtrer lors du prochain festival…

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"Nomadland" de Chloé Zhao : une reconquête de l’Ouest

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Une rentrée en C majeurs

Institut Lumière | Cassavetes, Coppola, Carpenter, Clint… Étrange convergence d’initiales, mais surtout de prestigieuses signatures à l’affiche de l’Institut Lumière en ce mois de septembre, où l’on joue avec vertiges du rétroviseur et de la lorgnette.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Une rentrée en C majeurs

Navigant entre passé, futur — l’avant-première des Misérables le 25 — et anticipation d’un retour vers le futur (la reprise de films de Francis Ford pour annoncer sa venue lors du Prix Lumière), la programmation ressemble en effet à un délicieux travelling compensé. À force de sauts temporels, on en finirait presque à se prendre pour l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée, l’un des films sélectionnés avec le rétro Outsiders et le palmé Conversation secrète en guise d’apéritif ! Du Festival Lumière, il en sera question aussi avec Mystic River de Clint Eastwood projeté en hommage aux 10 ans de la remise du Prix à son premier récipiendaire (jeudi 5). Tout aussi mélomane (mais dans un autre registre) que Clint et aussi féru de westerns que lui, John Carpenter sera également à l’honneur pour un format adapté à ses atmosphères : une nuit comptant quatre titres. The Thing, Fog, Les Aventures de Jack Burton et, pour finir, son prophétique chef-d’œuvre

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« Un démiurge », « un mammouth ». C’est par ces mots que le directeur de l’Institut Lumière a salué le récipiendaire du Prix Lumière 2019. Onzième à recevoir la distinction (mais lauréat de « l’édition des dix ans », pour reprendre les termes du directeur du festival), Francis Ford Coppola et sa légitimité ne sauraient être contestés. Riche d’une carrière s’étendant sur six décennies, jalonnée d’œuvres fondatrices, marquantes ou à (re)découvrir, le jeune octogénaire figure parmi les créateurs du Nouvel Hollywood et demeure un inlassable expérimentateur. Entré au Panthéon cinématographique bardé de lauriers il y a quarante ans — il avait alors déjà décroché deux Palmes d’Or, deux Oscars du Meilleur film —, le cinéaste n’a depuis cessé de remettre le fruit de ses succès dans de nouvelles aventures cinématographiques, composant une œuvre où, régulièrement, la jeunesse américaine voit ses ambitions fracassées par les guerres ou les crises. S’il faut s’attendre (avec impatience) à la traditionnelle rétrospective et à la masterclass du cinéaste, on peut espérer que celui-ci vien

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Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

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Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Il est le premier cinéaste à avoir remporté l’Oscar pour un film et sa suite (Le Parrain et Le Parrain 2e partie), à avoir décroché deux Palmes d’Or “de l’ère moderne“ (Conversation secrète et Apocalypse Now)… Producteur, scénariste, monteur, viticulteur, à la fois figure tutélaire du Nouvel Hollywood et patriarche d’une impressionnante dynastie de cinéma, Francis Ford Coppola succède donc à son camarade Martin Scorsese (2015, également passé chez Roger Corman) et à Jane Fonda (2018) — deux autres grandes figures du Nouvel Hollywood. Âgé de 80 ans, Coppola qui n’a plus sorti de long-métrage depuis 2012 et son fascinant Twixt, n’a pour autant pas pris sa retraite et développe de nouveaux projets. Il profitera peut-être de sa venue à Lyon entre les 12 et 20 octobre prochains pour en révéler la teneur. Le Prix Lumière, qui constitue une reconnaissance pour la contribution du récipiendaire au cinéma mond

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Une ville mise aux placards : "3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance"

Le film de la semaine | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand/Woody Harrelson/Sam Rockwell) et une narration exemplaire, ce revenge movie décalé nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Une ville mise aux placards :

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel & Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur, Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré avec Bons baisers de Bruges (2008) — polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze — fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi.

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Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

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Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Twixt

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Jerôme Dittmar | Jeudi 5 avril 2012

Twixt

Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme sans âge et Tetro annonçaient cette nouvelle condition surgissant comme un long processus de maturation dans sa carrière. Twixt lui ouvre une nouvelle voie, plus escarpée, plus radicale, qu'il faut atteindre avec la même exigence folle que son auteur. On ne trouvera pas chez lui d'objet plus vertigineux que cet épisode des Contes de la crypte tourné comme un film d'avant-garde rétro futuriste. Chef d'œuvre total aux allures de série B hybride, Twixt dresse une grande ligne verticale dans la filmographie de Coppola. Pour en sortir un méta-film onirique flottant sur les terres détournées de Stephen King ; un voyage mélancolique où le spectre d'Edgar Allan Poe guide Val Kilmer, écrivain sur le déclin, dans les limbes rêvées où gît le deuil de sa fille. Les grands motifs de l'auteur se mélangent : le temps

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Tetro

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Christophe Chabert | Mercredi 16 décembre 2009

Tetro

Comme sorti de nulle part, Tetro frappe d’abord par sa beauté plastique : dans un noir et blanc superbe et des plans magnifiquement composés, un jeune marin débarque à Buenos Aires pour y retrouver son frère, un écrivain qui n’écrit plus depuis qu’il a quitté l’Amérique et sa famille. Il se fait appeler Tetro, sa jambe est dans le plâtre après un accident de voiture, et il affiche un mélange d’aigreur et de désinvolture qui donne le ton du film, drôle et mélancolique, dans sa première partie. Après un Homme sans âge plutôt déroutant, Coppola reprend les choses en main et rappelle, sans tapage, quel grand cinéaste il est. S’il joue désormais profil bas, le réalisateur du Parrain ne trompe personne : intimiste et modeste, Tetro ne l’est que superficiellement. Au fil des flashbacks en couleur, à mesure que l’intrigue familiale se développe, Coppola impose au spectateur une tragédie qui se mesure largement au théâtre grec ou à celui de Shakespeare : un père spolie son frère et dérobe la femme de son propre fils, réduit du coup à masquer sa paternité pour cacher sa honte. Cette matière éminemment ambitieuse, la mise en scène, remarquable, l

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Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

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Les frères Coen ont écrit les scripts de No country for old men et de Burn After Reading simultanément, alternant les phases d’écriture d’un jour à l’autre. En voyant ce dernier, on devine le rôle cathartique qu’il a dû jouer dans le travail d’adaptation scrupuleux du roman de Cormac McCarthy : les Coen prennent un plaisir évident à brosser une galerie de personnages tous plus graves les uns que les autres, à les mettre dans des situations complaisamment grotesques - sans pour autant les juger avec condescendance, mais en faisant de leur idiotie l’un des moteurs de l’intrigue. Le film conte les mésaventures d’Osbourne Cox (John Malkovich, constamment au bord de la crise de nerfs), un agent de la CIA mis au rencard, trompé par sa femme au profit d’un érotomane et dont les mémoires atterrissent dans les mains du personnel d’un club de gym : Linda (Frances McDormand, géniale), la cinquantaine honteuse qui se rêve en bimbo retouchée, et son comparse Chad, littéralement abruti (Brad Pitt, incroyable). Ce qui ne devait être qu’une banale tractation va progressivement basculer dans un chaos incontrôlable. La conjuration des imbéciles

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L'Homme sans âge

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Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2007

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