Battling Vieux : "Vous êtes jeunes, vous êtes beaux"

Réforme des retraites | À 73 ans, Lucius se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre “vieux“, il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona, qui sait ?

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Photo : © Destiny Films


Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s'ajoute à un propos fort ainsi qu'à une interprétation solide. Or si c'est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu'elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres ; Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une “non-comédie” — et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n'aient pas l'imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards le Wrestler d'Aronofsky. La confidentialité de cette production risque de l'empêcher de briguer le parallélépipède doré — concourir pour les César n'est pas “donné“ à tout le monde.

Portrait d'une société cynique, vénale et dépourvue de compassion (en d'autres termes, la nôtre chargée de quelques heures supplémentaires de virtualité anesthésiante), ce Fight Club version EHPAD distille une sourde inquiétude souterraine — à l'instar des combats qu'enchaîne Lucius — au milieu de l'indifférence festive de néo-yuppies inconscients de la métaphore. Et surtout de la mise en garde qu'elle représente pour leur future personne. Une réussite esthétique et artistique. Poings à la ligne.

Vous êtes jeunes, vous êtes beaux
Un film de Franchin Don (Fr, 1h40) avec Gérard Darmon, Josiane Balasko, Patrick Bouchitey…


Vous êtes jeunes, vous êtes beaux

De Franchin Don (2019, Fr, 1h40) avec Gérard Darmon, Josiane Balasko, Patrick Bouchitey...

De Franchin Don (2019, Fr, 1h40) avec Gérard Darmon, Josiane Balasko, Patrick Bouchitey...

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Lucius, 73 ans, vit seul et modestement. Un jour, il fait la connaissance de Lahire qui lui propose d'améliorer son maigre quotidien en participant à des combats de boxe clandestins. Par nécessité et parce qu’il sait que ses jours sont comptés, Lucius accepte la proposition.


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Antonin Peretjatko : « je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

La Pièce rapportée | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçu par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Mercredi 24 novembre 2021

Antonin Peretjatko : « je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

Était-ce facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ? Josiane Balasko: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable. Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film… Antonin Peretjatko : On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à savoir un intérieur un peu haussmannien, plus classique comme on peut s'y attendre dans la bourgeoisie. Elle contournait un peu le cliché de ce qu’on pouvait attendre et surtout ses coursives m’on très vite inspiré des idées de mise en scène. En plus, quand on a visité des immeubles hau

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"Retour chez ma mère" : un double portrait de femmes réussi

ECRANS | Un film de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la “génération boomerang” humiliée par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d’autant plus réussi qu’il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire. Malgré les apparences, la mère n’y est pas qu’une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament — sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandra Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l’écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, la seconde retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante. Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l’ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Ma

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr, 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir, Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas, Rémi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai, Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mention spéciale à la séquence de jérémiades sous-titrée et à la couette ornée de petites fraises. VR

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Mes héros

ECRANS | De Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac...

Jerôme Dittmar | Jeudi 6 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis, veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeux et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit coeur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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Low Cost

ECRANS | De Maurice Barthélémy (Fr, 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Judith Godrèche, Gérard Darmon...

Dorotée Aznar | Vendredi 3 juin 2011

Low Cost

Puisque nos objets nous ressemblent, il ne faut pas s'étonner que Low Cost soit à l'image de son sujet. C'est-à-dire rien, ou rien d'autre qu'une énième comédie française qui, toujours pas remise des Bronzés, voit la vie en beauf. Satire boursouflée et méchante d'une bande de pieds nickelés empêtrés dans les misères des voyages discount, le nouveau Maurice Barthélémy accumule le pire. L'ex-Robins des bois confond caricature et racisme. Il se complait dans un huis clos hystérique, d'une lourdeur agressive et répétitive à faire passer Il y a-t-il un pilote dans l'avion pour du Billy Wilder. Avec Low Cost, Barthélémy et ses potes ne trompent plus personne. Rance, crétin, complaisamment régressif, leur cinéma donne mal au cœur. Jérôme Dittmar

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Le Hérisson

ECRANS | De Mona Achache (Fr-It, 1h40) avec Josiane Balasko, Togo Igawa, Garance Le Guillermic…

Christophe Chabert | Jeudi 25 juin 2009

Le Hérisson

Dans les cercles de lecteurs, après des mois de succès phénoménal, le livre de Muriel Barbery L’Élégance du hérisson avait été rebaptisé Le Hérisson tout court. Comme Les Ch’tis au cinéma l’an dernier… Le film tiré de ce best-seller que tout le monde a lu (sauf nous) prend acte de ce diminutif, ce qui lui permet au passage de prendre aussi ses distances avec le roman. Il faut dire qu’indépendamment de son origine littéraire, Le Hérisson se présente comme une œuvre d’une terne modestie, à la tristesse constante proche par instants de la neurasthénie. Tout est dit quand Paloma, la petite fille qui assume l’arc narratif principal, saisit une caméra Hi-8 (cette caméra vidéo pré-DV dont Alain Cavalier avait fait un usage superbe dans La Rencontre et Vies) et filme son quotidien bourgeois et étriqué, soudain révélé par la pauvreté de l’image. Mona Achache, dont c’est le premier film, ne fait pas de vague non plus dans sa mise en scène, propre, invisible, évanescente. L’éloge de la bonté d’âme manifestement héritée de Barbery, qui culmine dans la relation entre la concierge Renée (Balasko, en mode Cette femme-là, son plus grand rôle) et son voisin japonais Ozu (magnétique Togo I

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Cliente

ECRANS | de et avec Josiane Balasko (Fr, 1h45) avec Nathalie Baye, Éric Caravaca…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2008

Cliente

Une quinquagénaire friquée se paie un gigolo trentenaire, marié et dans la dèche ; voilà un sujet qui convenait parfaitement à Josiane Balasko. Pour preuve : elle l’avait déjà traité dans un bouquin éponyme, faute de trouver des producteurs assez courageux pour le porter directement à l’écran. Plus personnel que son précédent et désastreux L’Ex-femme de ma vie, Cliente n’en est pas moins raté. Un ratage latent plus que criant, le film se contentant d’accumuler des scènes assez convenues et platement filmées, des dialogues pimentés de mots d’auteur pas toujours heureux jusqu’à un dernier tiers franchement laborieux. Ce qui manque pour que la sauce prenne, c’est le désir : les rapports Baye-Caravaca ne sont jamais charnels, alors qu’ils ne sont, au départ du moins, rien d’autre, et tout le trouble qui devrait en découler en est annihilé. Seule la description d’une banlieue multiraciale qui ne pose pas de problème à ceux qui y vivent apporte un peu de chaleur à un film étrangement désincarné et lointainement ennuyeux.CC

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