Ris amer : "Joker"

Le Film de la Semaine | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Photo : © Warner Bros. / Niko Tavernise


Atteint d'un trouble mental lui provoquant d'irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l'aspire…

Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d'années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d'Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu'un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d'un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un excellent film des années 1970 — l'ambition est d'ailleurs clairement affichée dès la première image, lorsqu'apparaît le “Big W”, logo stylisé de la Warner ayant prévalu dans le studio de 1972 à 1984.

L'œuvre efficace d'un élève appliqué ou d'un moine copiste, au choix, parfaite de minutie dans la reconstitution des décors, des sons, de l'ambiance crasseuse et pauvre du New York/Gotham post-Vietnam et pré-Reagan bien dépeinte par Walter Hill ou Don Siegel. Une œuvre qui recycle, enfile les clichés visuels (le ralenti a dû être obtenu au prix de gros)… et tombe aussi dans les travers du cinéma d'époque, à l'épiderme obstinément clair — heureusement qu'il y a les assistantes sociales et la voisine pour faire alibi. Problème : nous sommes en 2019.

Échos et bonniments

Bien sûr, on peut trouver des analogies entre la situation sociale d'il y a 40 ans et celle d'aujourd'hui légitimant le désir d'échos de Phillips. Seulement, le discours politique de son film n'atteint pas en subversion, ni en profondeur, celui de Schrader — c'est sans doute révélateur de l'actuelle crise globale des idées. Le jury de Venise s'est-il laissé embobiner par la dimension cosmétique du film, sa facture masquant son psittacisme ? Par la semi-audace consistant à “auteuriser“ un film de super-héros en lui donnant une esthétique noire et réaliste, découlant en fait de Frank Miller, Tim Burton et Christopher Nolan ? Trouvait-il révolutionnaire, après avoir sacré un achat de Netflix l'an passé, de laurer un spin-off — non Marvel de surcroît ? Ou bien que Joaquin Phoenix ne méritait pas de Coupe Volpi alors qu'il EST le film, comme aurait pu l'être Christian Bale ? À moins qu'il n'ait succombé, entre deux quintes sardoniques du Joker, à l'un des plus beaux sourires contemporains, celui de Zazie Beetz. On peut en ce cas invoquer des circonstances atténuantes.

Joker
Un film d
e Todd Phillips (É-U-Can, 2h02) avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz…


Joker

De Todd Phillips (ÉU, 2h02) avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz...

De Todd Phillips (ÉU, 2h02) avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz...

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Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société.


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"Joker" au Pathé

Avant-Premières | Dans une semaine, il n’y a que sept jours. Mais lors de la seconde édition du Festival Première, ce sont bien huit films qui sont projetés en (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Dans une semaine, il n’y a que sept jours. Mais lors de la seconde édition du Festival Première, ce sont bien huit films qui sont projetés en avant-première — on vous révèle tout de suite le prodige : le dimanche permet une double séance de films familiaux (Shaun le mouton : la ferme contre-attaque & Angry Birds : copains comme cochons). Plutôt éclectique, la programmation bouclée depuis fort longtemps embarque du lourd : Joker de Todd Philips, récent Lion d’Or à Venise fait partie du voyage, tout comme le très attendu Hors Normes de Nakache & Toledano, clôture de Cannes. À noter aussi Chanson douce, adaptation de Leïla Slimani ou Retour à Zombieland, entre autres… Festival Première Dans les cinémas Pathé du 2 au 8 octobre

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De sang et d’or : "Les Frères Sisters"

Lion d’Argent Venise 2018 | de Jacques Audiard (Fr, 1h57) avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

De sang et d’or :

Mieux vaut ne pas avoir de différend avec le Commodore. Car il envoie ses deux dévoués Charlie et Eli Sisters, tireurs d’élite et cogneurs patentés. Les deux frères vont pourtant faire défection quand une de leurs proies explique avoir découvert un procédé permettant de trouver de l’or… On attendait, en redoutant que la greffe transatlantique ne prenne pas, cette incursion de Jacques Audiard en un territoire aussi dépaysant par les décors, les usages ou les visages, que familier par son poids mythologique et les séquences fondatrices ayant dû sédimenter dans son imaginaire. Mais même délocalisé, le cinéaste n’est pas abandonné en zone hostile. D’abord, il se trouve toujours escorté par son partenaire, le magique coscénariste Thomas Bidegain ; ensuite la langue anglaise ne peut constituer un obstacle puisque son langage coutumier se situe au-delà des mots, dans la transcendance de personnages se révélant à eux-mêmes et aux autres, grâce à un “talent“ vaguement surnaturel. Le tout, dans un contexte physiquement menaçant. Empli de poudre, de sang et

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"Gangsterdam" : very dumb trip

ECRANS | Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en correspondant aux attentes nationales, elles ne font que perdre sur les deux tableaux. Gangsterdam répond bien à cette idée, narrant les aventures de Ruben, Durex et Nora, embarqués malgré eux dans un deal de drogue foireux, entre mafieux aux Pays-Bas. Il n’y a rien de plus triste que de voir un film tentant de ressembler à ce qu’il n’est pas et ne sera jamais. Voix off, blagues de pets et BO moderne passant de Tangerine Dream à Gucci Mane, Romain L

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"War Dogs" : Saddam et Gomorra

ECRANS | de Todd Phillips (E-U, 1h55) avec Miles Teller, Jonah Hill, Bradley Cooper…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Donc, l’administration Bush a permis à n’importe quel gugusse de répondre aux appels d’offres du Pentagone — afin que les plus gros marchés puissent aller aux copains sans qu’on les accuse de favoritisme — et deux magouilleurs ont profité de l’aubaine pour s’enrichir durant la guerre d’Irak, malgré les embargos… Bien sûr, c’est une histoire vraie ; et bien entendu, son adaptation taillée en pantalonnade permet aux protagonistes comme aux autorités d’en sortir à leur avantage. Todd Philips fait montre d’un cynisme très très modéré, hein : il préfère faire rire avec ce sujet pathétique, et prend à dessein une idole de la génération bizness ayant biberonné au Scarface de DePalma, Jonah Hill. Omniprésent depuis Le Loup de Wall Street, ce Melissa McCarthy masculin prompt à l’hystérie interprète ici le “cerveau” de l’escroquerie. Un type qui gesticule, boit, sniffe, dupe, débite plus de propos graveleux qu’un crew de rappeurs en studio d’enregistrement. Mais qui a empoché plein des liasses avec la bénédiction de Washington et pourra même recommencer d’ici moins de dix ans. Alors, si Phil

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Le Nouveau Stagiaire

ECRANS | De Nancy Meyers (ÉU, 2h01) avec Robert De Niro, Anne Hathaway, Rene Russo…

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Le Nouveau Stagiaire

Septuagénaire désœuvré, Ben postule comme stagiaire dans la startup dirigée par la bouillonnante mais débordée Jules. Très vite, sa gentillesse et sa compétence vont le rendre indispensable à tous… Cela fait quand même bizarre de voir un De Niro bien peigné jouer au papy gâteau, sans jamais perdre ses nerfs. Mais chez Nancy Meyers, on fait dans la camomille, dans le film en chaussettes à mater sous la couette, et avec du comédien millésimé. On vante l’élégance et les manières d’antan (sans trop médire sur la jeunesse, hein, parce que les séniors, c’est super tolérant) et tout finit par s’arranger, pour que Anne Hathaway puisse à nouveau sourire de toutes ses 72 dents. Allez, une verveine et au dodo.

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Inherent Vice

ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

ECRANS | C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et (...)

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2015

Paul Thomas Anderson et Joaquin Phoenix à l'Institut Lumière

C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

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"Raging bull", la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

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Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

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Cimino, l’enfer avant l’enfer

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des (...)

Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Cimino, l’enfer avant l’enfer

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l’enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n’avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d’autre pour écrire la chronique d’une petite communauté d’immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie. Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d’où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n’est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l’alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken

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The Immigrant

ECRANS | Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens (...)

Christophe Chabert | Mardi 19 novembre 2013

The Immigrant

Les premiers plans de The Immigrant mettent l’Amérique au cœur de son sujet : la Statue de la liberté, Ellis Island, une file d’immigrants européens attendant leur visa… C’est aussi une image forte venue du cinéma américain, celle qui ouvrait Le Parrain II. En se transportant au début du XXe siècle, James Gray semble promettre une grande fresque en costumes, éminemment romanesque, qui le placerait en descendant naturel de Coppola. Mais une fois ses rôles principaux distribués — d’un côté Ewa, Polonaise prête à tout pour retrouver sa sœur restée en quarantaine sur l’île, et de l’autre Bruno, souteneur qui lui promet de l’aider si elle accepte de rejoindre sa «famille» —, le film se jouera avant tout en intérieurs : un théâtre burlesque, des bains publics ou l’appartement de Bruno Weiss, qui devient une nouvelle prison pour Ewa. En cela, The Immigrant tient plus du roman russe que de la reconstitution hollywoodienne, et la mise en scène de Gray, somptueuse, d’une sidérante fluidité, préfère l’intimisme à la démesure. Chaque miroir, chaque vitre est à la fois un cadre enserrant Ewa à l’intérieur du cadre, mais aussi une paroi s

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Malavita

ECRANS | Pur fantasme d’un Luc Besson emballant à la va-vite des concepts de plus en plus boiteux, "Malavita" tente de greffer en Normandie la mythologie du film de mafia new-yorkais. Écrit n’importe comment, sans angle ni point de vue, cette comédie pas drôle sent le naufrage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 26 octobre 2013

Malavita

Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures d’inventaire à la Prévert, alignant les versions premium des produits cheaps livrés par EuropaCorp, dont il assure lui-même la réalisation en y apposant un savoir-faire de moins en moins flagrant. Malavita, adapté d’un roman de Tonino Benacquista, portait pourtant en lui une belle promesse : celle de faire se rencontrer la mythologie phare du cinéma américain, celle des films de mafieux new-yorkais façon Scorsese, et la réalité de la France d’aujourd’hui. On y voit ainsi une famille de repentis s’installer dans un bled paumé en Normandie et tenter d’y faire profil bas, même si le naturel revient toujours au galop. De tout cela, il ne sort qu’une médiocre comédie policière, nonchalante dans ses enjeux, incroyablement mal écrite, et où seuls les deux acteurs principaux (De Niro et Pfeiffer) réussissent à tirer leur épingle du jeu en ne cherchant ni à être des parodies de leurs personnages mythiques, ni des pantins au service d’un film opportuniste. Dégénéré Car Besson ne tire absolument rien de son argum

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Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus

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The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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C'est comme un tremblement de terre

MUSIQUES | Vous aussi vous l'avez senti, n'est-ce pas ? Ce grondement qui, depuis le début du mois, agite les fondations de notre bonne vieille capitale des (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 8 mars 2012

C'est comme un tremblement de terre

Vous aussi vous l'avez senti, n'est-ce pas ? Ce grondement qui, depuis le début du mois, agite les fondations de notre bonne vieille capitale des Gaules. Et vous avez remarqué la façon dont les muses de l'Opéra se cramponnent à leurs piédestaux lorsqu'il se fait entendre. À tous les coups c'est un incident à la centrale du Bugey, et on ne nous en informera qu'une fois que nos os brilleront comme des culs de lucioles, que vous vous êtes dit. Raté : ce grondement n'est pas le dernier râle d'un réacteur agonisant, mais le signal de ralliement de la deuxième édition du Rumble Festival, rendez-vous unique en son genre, en tout cas en France, car tout entier consacré à la bass music. Autrement dit aux musiques électroniques dont les concepteurs ne perçoivent du spectre sonore que les fréquences comprises entre 20 Hz à 200 Hz, à l'image de Goth-Trad, figure japonaise du wob wob wob wob (du dubstep quoi), de Joker et Indigo, qui, à coups de rusés emprunts au gangsta rap pour l'un et à l'electronica pour l'autre, président au renouveau du genre depuis l'Angleterre, des Noisia, darons holandais de la drum'n'bass, ou d

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime.Jérôme Dittmar    

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I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

ECRANS | De Casey Affleck (ÉU, 1h47) avec Joaquin Phoenix, Ben Stiller…

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juillet 2011

I’m still here – the lost year of Joaquin Phoenix

Dans la foulée du tournage de Two Lovers, Joaquin Phoenix craque, renonce à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop, en dépit d’un manque criant de talent dans cette discipline, et de la dépression qui semble le dévorer peu à peu. On le sait à présent, tout cela n’était qu’un canular, confectionné avec la complicité de Casey Affleck, beau-frère de Phoenix. On peut applaudir la performance de l’acteur, qui sera resté plus d’un an dans un rôle qu’on devine lourdement destructeur. On peut aussi se demander, face au résultat final, si le jeu en valait vraiment la chandelle. En fait de scènes trash (Joaquin prend plein de drogues, fréquente des prostituées, a un ego surdimensionné…), I’m still here accumule les clichés ronflants sur le star-system et n’en dit rien, s’enfonçant dans une sombre entreprise de voyeurisme autour d’une star échouée dans une dérive sans sens. Les seules scènes qui fonctionnent sont celles où Phoenix voit son déclin se refléter dans les yeux de ses interlocuteurs : qui d’un Ben Stiller moqué de façon gênante alors qu’il venait lui proposer un rôle dans Greenberg, d’un Puff Daddy effondré à l’écoute de ses pathétiques ba

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Volutes américaines

ECRANS | Reprise / "Il était une fois en Amérique", le chef-d’œuvre de Sergio Leone, ressort en copies neuves. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Volutes américaines

Sergio Leone a longuement mûri ce qui allait être son chant du cygne, précoce pour un cinéaste alors au sommet de son ambition d’artiste. Lui, l’Italien qui fantasma toute sa vie une Amérique dont il réinventait la légende en rêvant librement à partir de son cinéma, mettait enfin les pieds sur cette terre promise. Mais, comme conscient de ce statut d’éternel étranger, son Il était une fois en Amérique est aussi une forme de long rêve (3h45), encadré dans des volutes d’opium que le personnage principal, Noodles (De Niro), inhale pour oublier un passé qui le hante. Ses premiers émois érotiques d’adolescent, les mauvais coups effectués avec la bande qu’il avait formée autour de Max (James Woods), puis leur business mafieux florissant dans les années 30 où le gang met à mal rivaux, policiers et politiciens avec une énergie conquérante, cette même énergie qui provoquera leur chute quand l’ambition et les trahisons prendront le pas sur l’intérêt commun… Leone, grand cinéaste marxiste, montre que l’individualisme n’est jamais très loin quand l’argent est en jeu, et que le système lave plus blanc, transformant une crapule en homme politique respectable. Le génie d’Il était

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Limitless

ECRANS | De Neil Burger (ÉU, 1h45) avec Bradley Cooper, Robert De Niro…

Dorotée Aznar | Jeudi 2 juin 2011

Limitless

Un écrivain raté découvre une drogue miraculeuse, capable de solliciter 100% de l’activité cérébrale, et, pour assouvir ses nouvelles et mystérieuses ambitions, devient un trader génial et charismatique – du moins tant qu’il n’est pas en manque. De ce high concept gentiment racoleur, Neil Burger et la scénariste Leslie Dixon tirent un film-univers à la Hyper tension, où la surenchère est de mise grâce à une réinvention constante des règles en vigueur. Aussi ludique que vulgaire, le traitement de cette histoire sidère par son amoralité soutenue – peu importe ce que fait le héros, l’important est qu’il se shoote à nouveau ! Dans le paysage de plus en plus normalisé des séries B américaines, Limitless offre une respiration inattendue, tout en tendant à l’industrie hollywoodienne le reflet déformé de son irresponsabilité. Oui, carrément. FC

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Stone

ECRANS | De John Curran (ÉU, 1h45) avec Robert De Niro, Edward Norton…

Dorotée Aznar | Mardi 3 mai 2011

Stone

Un juge apathique tombe dans un engrenage mollement infernal en entretenant une liaison avec la compagne d’un détenu. Étrange thriller à contretemps dans ses meilleurs moments, Stone peine à lutter contre une mise en image neurasthénique et le manque cruel d’enjeux de son intrigue - un peu comme si John Curran s’était dit que la seule frontière entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur était le rythme. On se tourne alors du côté d’un casting qui aurait pu apparaître comme audacieux dix ans plus tôt, mais les têtes d’affiche ne relèvent pas vraiment le niveau. De Niro a l’air de s’emmerder sec, Edward Norton nous compose un mix sans passion entre ses rôles de Peur Primale et American History X, et Milla Jovovich tente une énième fois de donner tout ce qu’elle a, avec cette candeur cocaïnée qui la rend, parfois, si fascinante. Cette curiosité mise à part, on est prêt à parier qu’on n’en aura strictement aucun souvenir d’ici deux mois. FC

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Machete

ECRANS | De Robert Rodriguez et Ethan Maniquis (ÉU, 1h45) avec Danny Trejo, Robert De Niro, Jessica Alba, Steven Seagal…

Christophe Chabert | Mardi 23 novembre 2010

Machete

Nostalgie du film de vidéo-club, suite. Après "Expendables" et "Piranha", voilà "Machete", équivalent mexicain des films de la blaxploitation dans les années 70. Parti d’une fausse bande-annonce (géniale) pour le double programme Grind house, "Machete" est devenu un vrai long-métrage, gonflant son casting de départ de stars (De Niro, qui va loin dans la bouffonnerie) et de super has-beens (Don Johnson, Lindsay Lohan et surtout Steven Seagal, toujours aussi farci aux pancakes). Le début du film est excellent : l’introduction, gore à souhait, où la femme et l’enfant de Machete (Danny Trejo, très drôle dans son sérieux absolu et ses répliques badass, dont le déjà légendaire «Machete don’t text») sont massacrés sous ses yeux, puis le premier acte où, devenu un clandestin ordinaire, il est recruté pour abattre un politicien réactionnaire. Le film possède alors la solidité d’un bon Carpenter. Mais plus il avance, moins il dissimule sous un second degré bien pratique son j’m’en foutisme évident. Les divers fils de l’intrigue sont grossièrement résolus (rien à voir avec la virtuosité de "Planète terreur" du même Rodriguez) et la grande scène finale est un sommet de bâclage où aucun racc

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Date limite

ECRANS | De Todd Phillips (ÉU, 1h35) avec Robert Downey Jr, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Lundi 8 novembre 2010

Date limite

À la fois buddy movie et road movie, "Date limite" est à "Very bad trip" ce que "Funny People" était aux précédents films de Judd Apatow : une variation douce-amère, moins drôle mais plus profonde. Peter, un architecte propre sur lui (Downey Jr, sobre, remarquable) et Ethan, un hurluberlu qui veut devenir acteur à Hollywood (Galifianakis, mélange détonnant de lourdeur et de subtilité) doivent tailler la route ensemble, entre coups de gueule et coups de blues. Détail qui donne tout son sens à cette rencontre de fiction : Peter va devenir père et Ethan promène les cendres du sien dans un paquet de café. Le scénario orchestre des variations autour de ce thème, certaines réussies (les deux gamins turbulents de Juliette Lewis), d’autres avortées (la sous-intrigue avec Jamie Foxx, à la conclusion expéditive). "Date limite" parvient, dans ses meilleurs moments, à faire vaciller la frontière entre le comique et le tragique : une engueulade avec un vétéran de l’Irak, une séquence où Ethan contourne ses piètres talents d’acteur en se laissant déborder par l’émotion… Sans oublier l’ambivalence de son attirance pour Peter : homosexualité ou solitude ? Todd Phillips laisse des points de susp

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Very bad trip

ECRANS | De Todd Philips (ÉU, 1h30) avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2009

Very bad trip

Si le titre français (!) cherche la comparaison avec le déplaisant Very bad things, cette réjouissante comédie de Todd Philips est à rapprocher du mythique Eh mec, elle est où ma caisse ? Partis célébrer un enterrement de vie de garçon à Las Vegas, quatre Américains très moyens vont effectivement faire un mauvais trip et se réveiller sans aucun souvenir et surtout sans trace du futur marié. S’ensuivent des péripéties imprévisibles (donc à ne pas trop raconter) qui donnent lieu à des situations salaces et rocambolesques où les trois gugusses chercheront à remonter leur propre piste effacée à coups d’alcool et de drogues. La force du film tient d’abord à sa réunion d’acteurs épatants extirpés de la télé et projetés sur grand écran, répliques de personnages sans charme paumés dans un environnement hostile à force d’être rutilant. Verhoeven l’avait déjà montré dans Showgirls : on ne dénonce pas la vulgarité, on s’y vautre jusqu’à l’écœurement du spectateur. Au fil des séquences, c’est donc un portrait effarant de Vegas qui se dessine, où la frustration, la violence et la misère sexuelle sont poussées jusqu’à leur point limite par le double effet de la régr

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, Two Lovers impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 11 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’i

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La Loi et l’ordre

ECRANS | de Jon Avnet (ÉU, 1h40) avec Al Pacino, Robert De Niro, John Leguizamo…

Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2008

La Loi et l’ordre

Une nouvelle rencontre entre Pacino et De Niro, quinze ans après Heat, ça faisait rêver. La présence du tâcheron Jon Avnet derrière la caméra avait en revanche de quoi faire frémir. Mais de là à envisager un tel naufrage, il fallait avoir beaucoup d’imagination… La Loi et l’ordre, c’est le genre de scénario moisi au fond d’un tiroir qui n’aurait jamais été exhumé sans cette perspective opportuniste de réunir les deux monstres sacrés. Bavarde, grossièrement manipulatrice et idéologiquement puante, cette histoire de flic ripou mais sympa qui pallie les manques de la justice traditionnelle en allant flinguer du délinquant est mise en scène avec une balourdise infernale par Avnet, même pas capable de valoriser ses deux stars. Sont-ils bons ? Sont-ils mauvais ? Le montage clippé, l’incapacité à faire durer une scène ou à laisser du silence entre les répliques tue toute possibilité de juger leur prestation. Mais le film est si médiocre que, de toute façon, on oubliera vite qu’ils se sont égarés là-dedans.CC

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