La femme à la caméra : "Camille"

Biopic | Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Photo : ©Pyramide Films


C'est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D'abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d'une journaliste investie par la nécessité d'éveiller les consciences occidentales à l'imminence du drame centrafricain, mais aussi d'une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu'elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche.

Ce qui conduit à l'insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu'il témoigne d'une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens, se conduisant en expats hautains et désabusés pouvant partir le lendemain pour un théâtre d'opération à l'autre bout du monde, Camille possède une connaissance du terrain qui est sa force autant que sa faiblesse. La passion qu'elle place dans son sujet l'atteint quand les autres photographes ont appris à se protéger : leur appareil est un filtre dont Camille, trop pure sans doute et encore trop tendre, est dépourvue.

Et puis il y a le portrait historico-politique de la République de Centrafrique, et du sanglant massacre qui l'a affectée dans une quasi indifférence internationale. Le mort-kilomètre ayant hélas encore de beaux jours, Camille a des chances d'ouvrir les yeux à pas mal de monde, grâce aussi à Nina Meurisse, interprète habitée du rôle-titre.

Camille
Un film de Boris Lojkine (Fr-Centr, avec avert., 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini…


Camille

De Boris Lojkine (Fr-Centrafr, 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini...

De Boris Lojkine (Fr-Centrafr, 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini...

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Jeune photojournaliste éprise d'idéal, Camille part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas.


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Camille de Toledo : « un temps autre s’est ouvert »

Podcast | Camille de Toledo, écrivain et chercheur, repense sa résidence croisée initiée à Lyon en un rendez-vous de conversations à distance, chaque mardi. Toujours sous l'égide de l’École Urbaine de Lyon, la Fête du Livre de Bron et l’European Lab. Il nous explique.

Sébastien Broquet | Mardi 9 juin 2020

Camille de Toledo : « un temps autre s’est ouvert »

Vous remodelez votre cycle de résidence et de rencontres à Lyon en une forme nouvelle, des conversations nocturnes chaque dimanche soir : pouvez-vous nous présenter ce concept et comment il va se dérouler ? Camille de Toledo : Je crois ardemment aux vertus d’une conversation croisée entre les arts et les sciences humaines, entre une poétique et une politique, entre thérapeutique et savoir. C’est à cette intersection que nous avons lancé avec l’École Urbaine de Lyon, la Fête du Livre de Bron et l’European Lab, en janvier dernier, le cycle "Enquêter, enquêter, mais pour élucider quel crime ?". Nous vivons aujourd’hui à l’heure d’une très vaste révélation d'un "crime terrestre", ce qu’on nomme également en droit un écocide, même si la notion n’est pas encore, hélas, reconnue pénalement. Quand nos affaires humaines, à l’échelle planétaire, ont été interrompues par cet

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Des débuts prometteurs : "La Dernière Vie de Simon"

Fantastique | À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Des débuts prometteurs :

Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille

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À l'école de l'Anthropocène : Les Soucis de la terre

Réflexion | Pour sa deuxième édition, la déjà indispensable École de l'Anthropocène réinvestit les Halles du Faubourg pour passer notre ère à la question et – peut-être – sauver le monde.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 janvier 2020

À l'école de l'Anthropocène : Les Soucis de la terre

Au vu du succès rencontré par sa première édition et du délitement toujours plus inquiétant du monde (poke l'Australie), nous voici de retour À l'école de l'Anthropocène — cette époque, la nôtre, où les activités humaines ont un impact important sur la biosphère — pour une vaste semaine de réflexion portée par l'École Urbaine de Lyon. L'idée, défendue pa son directeur Michel Lussault : « débattre des questions liées aux défis que nos sociétés vont devoir affronter en raison des effets du changement global dont les manifestations sont de plus en plus flagrantes. » « Faire école » c'est bien ici ce dont il s'agit au rythme de cours, ouverts à tous, aussi denses que passionnants, dans le sillage de spécialistes pluridisciplinaires . À celà viennent s'ajouter débats ("A-t-on eu raison d'inventer l'agriculture ?", "Faut-il attendre un post-capitalisme réparateur ?"), ateliers et

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Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : "Les Éblouis"

Drame | Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir :

Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles — en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’eux grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la “communauté“ déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la Vérité en droite ligne et se permettant sur cette assertion les pires outrages. La preuve que tous les monothéismes peuvent produire des brebis frappadingues — sans parler des polythéismes. S’il est en revanche une vérité indubitable, c’est celle que les interprètes dégagent — sont-ils possédés par les person

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

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Un Brin de Folie : café de flore

Café botanique | Un lieu pour boire un thé, admirer les bouquets, goûter des pâtisseries, décider de repartir avec une plante, revenir pour un atelier floral : c’est le pari du café botanique Un Brin de Folie et c’est réussi.

Lisa Dumoulin | Lundi 14 janvier 2019

Un Brin de Folie : café de flore

À deux pas des Terreaux et de sa place tristement grise et dénuée de verdure, le café botanique Un Brin de Folie rééquilibre le paysage. À la fois café et fleuriste, le lieu est couvert de plantes du sol au plafond : des terrariums, des fleurs coupées ou séchées, des plantes en pots, des vases et des cache-pots, des couronnes et des bouquets… De quoi prendre son shoot de chlorophylle et d’oxygène, idéal toute l’année mais encore plus en cette période hivernale, histoire de commencer l’année avec un peu de soleil, fût-il légèrement contrefait. Pour une exposition maximale, privilégiez la mezzanine et son mur peint en jaune soleil : effet placebo assuré. Autre option, le fauteuil en rotin (coussins et plaids inclus) lové près d’une illustration botanique ancienne représentant un tournesol épanoui. À la tête de ce havre de paix Presqu’îlien se trouvent Marion Berger et Camille Boutleux. Marion, la fleuriste, a tenu plusieurs années son magasin de fleurs à Châtillon d’Azergues et s’est spécialisée dans la confection de terrariums. Avant de se lancer à Lyon, elle testa son activité en faisant des dépôts-vente da

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Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

En liberté ! | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clef invisible de nombreuses réussites cinématographiques. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur En Liberté ! Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) : Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’est ren

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Balzac au pied des lettres au Théâtre de la Renaissance

Théâtre | Aimer ou posséder ? Cette question ancestrale est au centre de l'adaptation d'Eugénie Grandet par une jeune troupe de Nouvelle Aquitaine qui se prend les pieds dans le tapis de l’adaptation romanesque.

Nadja Pobel | Mardi 2 octobre 2018

Balzac au pied des lettres au Théâtre de la Renaissance

Il l'énonce dans ses intentions : « il n'y a ici pas de distribution de rôles ». Le metteur en scène (de la compagnie Le Temps est Incertain mais on Joue Quand Même) Camille de La Guillonnière n'attribue pas de personnages à ses six comédiens faisant ainsi circuler la parole car, dit-il « c'est vraiment l'écriture de Balzac que nous voulons porter au plateau ». Finement découpée et adaptée, elle s'entend effectivement sans émouvoir toutefois, sous l'éteignoir de phrases dites simultanément par plusieurs d'entre eux, comme un chœur inutile. Eugénie, fille d'un homme avare, qui ira jusqu'à ne pas soigner son épouse car cela a un coût, se prend d'amour pour son cousin. Le père de celui-ci ayant fait faillite, le patriarche s'oppose à cette liaison. Dans un décor simple et efficace fait de fenêtres mobiles, ce récit se déroule simplement mais manque de souffle. « Nous verrons cela » D'où vient que très régulièrement, les metteurs en scène refusent de dialoguer outre mesure les textes non-théâtraux qu'ils adaptent ? Bien sûr, nulle règle n'impose cette forme mais force est de constater dans c

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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Léo Love Caniveau : "Sauvage"

Drame | Un film de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

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Nuit de folie : "Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête"

Comédie | de Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Nuit de folie :

Jamais remis d’avoir publié un roman encensé voilà vingt ans, Bruno traîne sa dépression, vivant en peignoir dans une colocation, lutinant sa voisine à l’occasion. Quand un jour débarquent à l’improviste famille, ami et une demoiselle, il n’imagine pas qu’on veut l’interner… Pour son bien. Inégale dans son rythme et dans sa forme — peut-être pour restituer le tempérament bipolaire de son héros — cette comédie a des allures de film court s’étant doté d’un prologue pour devenir un (tout juste) long-métrage. Ici chez lui comme sur scène, Laurent Poitrenaux s’y dénude volontiers pour meubler l’espace en soliloquant, se montrant tour à tour fragile, extraverti et inquiétant face à cet envahissement inquisitorial orchestré par une mère juive assez gratinée. On sombrerait dans l’anecdotique simple si Ilan Klipper n’avait l’idée avant le dénouement de dynamiter la structure de son récit en disséminant des flashes proleptiques, rappelant les éclats pulsatiles des étoiles de son

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Miou-Miou : « L’époque est à l’autocensure »

Larguées | La moindre des choses, quand on a eu 18 ans en 1968, est d’entretenir vivace l’impertinence de l’esprit. Miou-Miou ne s’est jamais conformée aux règles. Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va commencer. Entretien à l’occasion de la sortie de Larguées d’Éloïse Lang.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Miou-Miou : « L’époque est à l’autocensure »

Eloïse Lang affirme que vous êtes d’une liberté totale. C’est la liberté de Françoise, le personnage qu’elle vous a offert, qui vous a décidée à accepter le film ? Miou-Miou : Alors non ce n’est pas que pour ça ; c’est l’ensemble : l’histoire, l’écriture… Il y a des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires, formidables, vraiment superbes. Et je me suis aperçue en lisant le scénario et en voyant le film que je pratiquais, moi, une autocensure inconsciente. De quelle nature ? Si j’avais fait un film, je n’aurais pas mis de la drogue, des clopes, du rhum, de la baise… Des trucs libres et naturels, finalement. C’est là que je me suis rendue compte que je pratiquais une autocensure inhérente à l’époque, aux réactions incroyables, aux interdictions, aux choses procédurières… Sans m’en rendre compte, inconsciemment, comme nous tous, j’ai l’impression. C’est dans le sens où : pas fumer, pas boire, toutes ces choses où on se dit que ça va être interdit au moins de 12 ans, etc. Toutes ces choses qu’elle a mis avec fluidité, et c’est là où je me suis rendu

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Réunion de Famille : "Larguées"

Comédie | de Éloïse Lang (Fr, 1h32), avec Miou-Miou, Camille Chamoux, Camille Cottin…

Aliénor Vinçotte | Mardi 17 avril 2018

Réunion de Famille :

Le scénario tient en une phrase : deux sœurs, Rose et Alice, l’une célibataire déjantée et sans-gêne, l’autre mariée responsable et sage, organisent un voyage à La Réunion pour tenter de remonter le moral de leur mère, Françoise, délaissée par son mari pour une trentenaire. Pas besoin d’éruption volcanique pour mettre le feu aux poudres... Même si, au premier abord, le synopsis manque d’originalité, avec ses personnages caricaturaux, on se laisse séduire par le cocktail étonnant formé par Miou-Miou et Camille Cottin — la première signant au passage son retour sur grand écran, avec pas moins de trois films cette année. Ici, les répliques fusent, les situations burlesques s’enchaînent grâce aux plans foireux de Rose, qui va devoir assumer de voir sa mère flirter avec l’animateur belge du club de vacances. Les deux actrices brisent les tabous du célibat et abordent sous un regard humoristique des sujets plus graves traversant toute vie. Comme celle de Félix, gamin venant de perdre sa mère, que Rose va prendre sous son aile — mention au jeune interprète, au jeu d’acteur touc

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Viens pas chez moi, j’habite avec une copine : "Ami-ami"

Comédie | Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Viens pas chez moi, j’habite avec une copine :

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex-, le “héros” de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il “vit“ avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté “Guerre des Rose” avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite — sortir du schéma du mâle forcément prédateur a d’ailleurs pour effet de désorienter cert

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Trésors (jeunes) publics : "Des trésors plein ma poche"

Animation | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr, 0h35) animation

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Trésors (jeunes) publics :

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts-métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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Vincent Dedienne : cap sur le cinéma !

ECRANS | Alors qu'il termine sa tournée le 31 décembre avec son seul-en-scène Il se passe quelque chose (à guichets fermés au Radiant et au Toboggan), Vincent (...)

Nadja Pobel | Jeudi 21 septembre 2017

Vincent Dedienne : cap sur le cinéma !

Alors qu'il termine sa tournée le 31 décembre avec son seul-en-scène Il se passe quelque chose (à guichets fermés au Radiant et au Toboggan), Vincent Dedienne passe devant la caméra. Dans une interview qu'il nous a accordé ce mercredi 20 septembre, il nous précise qu'il tourne très prochainement dans un film de Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice du Ciel attendra), un film choral dans lequel il joue le fils de Nicole Garcia. À leurs côtés se trouvent Clotilde Courau, Gustave Kervern, Carmen Maura. Ensuite, il tournera dans Premières vacances, écrit par Camille Chamoux et réalisé par Patrick Cassir avec Camille Cottin, Jérémie Elkaim et Jonathan Cohen. Enfin viendra un film avec Josiane Balasko en janvier. Au théâtre, il sera Porte Saint-Martin dès le 16 janvier dans Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, mis en scène par Catherine Hiegel avec Nicolas Maury (vu chez Cantarella et dans 10 pour cent) et Clotide Hesmes.

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Polars en vacances

Quai du Polar | Vendredi 21 et samedi 22 juillet, Quais du Polar va donner un sens nouveau au fameux oxymore “soleil noir”… tout en vous permettant de prendre des couleurs.

Vincent Raymond | Vendredi 21 juillet 2017

Polars en vacances

À l’occasion de la manifestation nationale Partir en Livre, l’association lyonnaise organise deux après-midi de festivités littéraires en plein air dans le parc de l’Institut Lumière. Au programme, des rencontres avec l’autrice Camille Brissot (photo), des ateliers BD, maquillages ciné et jeux de société avec les illustratrices Evemarie et Sandrine Goalec mais également des jeux de piste ainsi que l’incontournable visite du Musée du Cinéma ! Si vous préférez le farniente et arrivez les mains dans les poches, un espace détente et une librairie vous attendent. Ah, inutile d’essayer de les voler : vous pourrez même en gagner sur place… Inscriptions sur www.quaisdupolar.com

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Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

ECRANS | Apparaissant de façon intermittente dans "Rodin", Camille Claudel (ici incarnée par Izïa Higelin) est désormais sortie de l’obscurité où ses contemporains voulaient la reléguer, en partie grâce au 7e art.

Vincent Raymond | Mardi 23 mai 2017

Camille Claudel au cinéma : les batailles, les prisons

On ne dira jamais assez le pouvoir du cinéma lorsqu’il s’agit de réhabiliter une figure oubliée ou injustement dénigrée en son temps. Morte dans l’indifférence générale à l’asile psychiatrique de Montfavet, où sa famille l’avait faite interner trente ans plus tôt, inhumée à la va-vite avant que ses restes ne se trouvent jetés à la fosse commune, Camille Claudel (1864-1943) aurait pu demeurer cette silhouette grise et honteuse hantant l’ombre de ces “grands hommes” que furent son frère Paul et son amant Rodin. Mais grâce au roman Une femme (1982) signé Anne Delbée, suivi deux ans plus tard par une biographie de la main de Reine-Marie Paris, descendante de la sculptrice, la tragédie d’une artiste se fit jour. Isabelle et Juliette Isabelle Adjani s’empara de cette destinée malheureuse, dont elle voulut exalter le lyrisme funeste et passionné dans un biopic. Réalisé par son compagnon de l’époque, le chef-opérateur Bruno Nuytten, le film qui en découla se voulait digne d’un mausolée à la mé

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"Faut pas lui dire" : Ni le voir non plus

ECRANS | de Solange Cicurel (Fr-Bel, 1h36) avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Trois sœurs-cousines complices décident de ne pas révéler à la quatrième, sur le point de se marier, qu’elles ont surpris son promis avec un homme. Mais aussi que son ex, disparu brutalement il y a des années, est de retour… C’est à n’y pas croire (ou à désespérer) : au 4 janvier, tiendrait-on déjà le plus médiocre long-métrage de l’année ? Croisement tératogène entre Comme t’y est belle (pour l’ambiance famille juive) et Le Cœur des hommes version féminine (pour le quatuor principal partageant ses petits secrets intimes), Faut pas lui dire appartient à cette catégorie de films que chacun regrettera d’avoir vu… ou fait — on a, à ce sujet, une pensée pour les malheureuses comédiennes et réalisatrice ayant à vivre lestées du poids de cette ineptie. À peine digne d’une production AB — manquent les rires enregistrés —, cette sottise tentant de rebondir sur des ressorts comiques distendus de vaudeville rétrograde, masque l’indigence de sa trame narrative en la parsemant des plus purs clichés. Tout y passe, sans aucune subtilité : la cougar nympho tombant enfin amoureuse, la femme parfait

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"Ballerina" : sur quel pied danser ?

ECRANS | de Eric Summer & Eric Warin (Fr-Can, 1h29) avec les voix (v.f.) de Camille Cottin, Malik Bentalha, Kaycie Chase…

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

1889. Une orpheline rêvant d’être danseuse s’échappe de son institution bretonne pour tenter d’entrer à l’Opéra. Grâce à un subterfuge, elle obtient une place dans un cours prestigieux… Deux projets graphiques coexistent au sein de Ballerina : une vision architecturale hallucinante de précision réaliste, restituant un lumineux Paris idéalisé de la fin du XIXe siècle, et puis une représentation “gros-nez” passe-partout des personnages. Ce genre de hiatus devrait heurter, il s’est pourtant banalisé, entériné par de nombreuses jurisprudences émanant des studios Pixar, DreamWorks et Blue Sky. Si la production de Ballerina est — curiosité — franco-canadienne, les attitudes et mimiques des personnages respectent des normes standardisées, dépourvues d’aspérités ; seul le maître de ballet présente une expressivité positivement détonnante. Bon, on ne s’ennuie pas vraiment devant cette initiation prévisible, dotée d’élégantes chorégraphies d’Aurélie Dupont, mais c’est en partie grâce à la touche crypto-steampunk délivrée par le comparse de l’héroïne, petite main de Gustave Eiffel.

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"Iris" : thriller mon œil !

ECRANS | de et avec Jalil Lespert (Fr, 1h39) avec également Romain Duris, Charlotte Le Bon, Camille Cotin…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Pendant qu’un riche banquier d’affaires pleurniche sa race maudite auprès de la police la disparition soudaine de son épouse Iris, un garagiste lié à l’affaire sent l’étau se resserrer. Mais s’il tombe, il ne sera pas le seul… Porté par le succès de son très sage biopic autorisé Yves Saint Laurent (2014) et de la série Versailles, Jalil Lespert enchaîne avec un polar aux allures sulfureuses, car agitant le spectre d’Édouard Stern, banquier adepte de pratiques SM, abattu au cours d’un de ses petits jeux. Il vient aussi (consciemment ?) manger dans la gamelle de Boileau-Narcejac et Hitchcock en s’autorisant une sorte de relecture de Vertigo. Sauf que Lespert n’a pas vraiment le métier ni l’originalité stylistique d’un De Palma pour proposer une variation inventive. Ici, c’est l’asepsie g

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Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

Fondation Bullukian | La plasticienne et vidéaste Julie Chaffort a mis en scène dans la nature sept chanteurs issus d'univers aussi différents que le métal ou l'opéra... Une rencontre, entre voix et paysages, aussi intense que singulière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

« La Terre respire et se gorge de repos et de sommeil. Tous les désirs sont désormais changés en rêve, et les gens fatigués rentrent chez eux pour trouver dans le sommeil un bonheur oublié et apprendre à redevenir jeune ! » Cet extrait du si déchirant Adieu, clôturant Le Chant de la terre de Gustav Mahler, nous est revenu aux oreilles en sortant de l'exposition de Julie Chaffort à la Fondation Bullukian. En 1907, Mahler (1860-1911) compose une pièce inouïe mêlant leaders et orchestre symphonique, et rend hommage à la beauté de la nature et de la vie humaine, malgré sa brièveté... Il serait ici inutile d'insister sur les liens étroits entre la nature et la musique (des Quatre saisons de Vivaldi aux oiseaux de Messiaen, en passant par la Pastorale de

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Rosalie Blum

ECRANS | de Julien Rappeneau (Fr, 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie. Dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot. VR

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Le mentir-vrai à la Villa Gillet

CONNAITRE | La romancière Camille Laurens et le philosophe François Noudelmann se retrouvent autour d'une table pour débattre du mensonge... Et nous inviter à en déceler les potentialités créatives. Mais pourra-t-on les croire ?

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 mars 2016

Le mentir-vrai à la Villa Gillet

Si quelqu'un vient à vous affirmer « je mens », vous vous retrouvez dans une véritable "purée" logique. Car si c'est vrai, alors c'est faux. Si c'est faux, alors c'est vrai. Depuis l'Antiquité, ce genre de paradoxe agite les méninges des philosophes, avant même que le mensonge ne devienne par la suite un problème moral. Dans son dernier livre (Le Génie du mensonge, aux éditions Max Milo), le philosophe François Noudelmann n'aborde le mensonge ni sous l'angle logique, ni sous l'angle moral, mais à travers un prisme plus "psychologique". Il extrait de l'histoire de la philosophie les contradictions apparentes entre les idées d'un penseur et la "réalité" de son existence. Qu'un Rousseau écrive un grand traité sur l'éducation (L'Émile) au moment même où il abandonne ses cinq enfants, qu'un Sartre concocte l'idée d'engagement après la période d'Occupation qu'il a vécue plutôt peinard, qu'une Simone de Beauvoir écrive les fondamentaux du féminisme dans Le Deuxième sexe alors qu'elle adresse concomitamment à son amant ses fantasmes de jouissance servile, ou qu'un Deleuze se fasse le chantre du nomadisme alors qu'il déteste les v

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Par accident

ECRANS | De Camille Fontaine (Fr, 1h25) avec Hafsia Herzi, Émilie Dequenne, Mounir Margoum…

Vincent Raymond | Mardi 13 octobre 2015

Par accident

Amra écrase un piéton alors qu’elle est au téléphone. Effondrée, cette jeune mère, dont l’époux n’est pas en règle, s’attend au pire. Mais à sa grande surprise, Angélique, une jeune infirmière délurée, témoigne en sa faveur. Elles deviennent amies… Sur le papier, tout semble y être : une ébauche d’intrigue à la Highsmith, un contexte social bien marqué avec des personnages dignes de Guédiguian et même la touche arty — le Beau Bizarre (Christophe) pour une B.O.… bizarre. Pourtant, ça ne prend jamais tout à fait, malgré des comédiens estimables — parmi lesquels la découverte Mounir Margoum. Peut-être aurait-il fallu n’épouser que le point de vue d’Amra pour sentir une tension grandissante de thriller, et non des fragments. Le vrai mystère du film concerne cependant le look Bruno Gollnisch d’Emmanuel Salinger. Est-il délibéré ? En tout cas, il effraie.

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Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

SCENES | Roland Petit, Merce Cunningham, Saburo Teshigawara, Maguy Marin, Alain Platel... La nouvelle saison danse s'annonce riche en têtes d'affiche. elle réserve aussi bien des projets singuliers et enthousiasmants, comme celui, collectif et ambitieux, de Florence Girardon sur "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

Landscape / Coup Fatal Le Japonais Saburo Teshigawara danse autant avec la musique qu'avec la lumière, développant une gestuelle singulière, tour à tour poétique ou tranchante et précise comme une lame. Il revient cette saison à Lyon avec une pièce récente, Landscape (2014), un duo sous forme de quasi-improvisation avec la danseuse Rihoko Sato, sur des musiques de Bach (Variations Goldberg) et de John Cage (In a Landscape) interpré- tées sur scène au piano par le touche-à-tout Francesco Tristano – il s'est notamment produit aux côtés du pionnier techno Carl Craig et de l'Orchestre des Siècles à la Villette. Les 22 et 23 septembre à la Maison de la danse Qu'il nous déçoive ou qu'il nous enthousiasme, Alain Platel présente depuis plusieurs décennies des pièces sombres, souvent aux bords de la folie. Coup fatal, crée en 2014 pour le Festival d'Avignon, est un étonnant volte-face du chorégraphe belge qui, sur des musiques baroques se mêlant à des rythmes africains (jouées live par un orchestre d'une quinzaine de musiciens) et avec le concours d'énergiques danseurs congola

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Au café-théâtre cet été

SCENES | Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au café-théâtre cet été

Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre empestant la canicule ? Vous avez tout l'été pour vous forger une opinion, à vos risques et périls, surtout si vous le faites à la Comédie-Odéon, où Jocelyn Flipo reprend Couic, un huis clos en trompe-l’œil aussi divertissant qu'anxiogène. Non, en vrai, la plupart des lieux sont équipés d'une climatisation, à l'instar de l'Espace Gerson, qui en fait l'un des principaux arguments en faveur du retour entre ses murs de Victor Rossi, alors que ses grinçantes chroniques de l'absurdité du monde se suffisent à elles-mêmes – et prépareront le terrain pour Camille et Aurel, qui réhabilitent avec une énergie communicative la forme trop délaissée du duo burlesque. Du côté des Tontons Flingueurs aussi, on prend le même et on recommence, à savoir le one-man-show follement chic et intimiste de Jefferey Jordan, tandis qu'on pourra (re)découvrir au Complexe du Rire le faux bellâtre et vrai performer Gérémy Crédeville et la décomplexée Naho. Pour des nouvelles têtes, à moins de vouloir essuyer

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Du mouvement à la BF15

ARTS | Se mettre en mouvement, est-ce forcément changer, se confronter à l’altérité ? Telle est l'une des questions essentielles de notre époque où l'on peut se (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 1 juillet 2015

Du mouvement à la BF15

Se mettre en mouvement, est-ce forcément changer, se confronter à l’altérité ? Telle est l'une des questions essentielles de notre époque où l'on peut se déplacer à toute allure d'une ville à l'autre sans être dépaysés, encore moins métamorphosés. La jeune commissaire d'exposition Veronica Valentini tente à la BF15 de renouer avec cette belle expérience décrite par Hugues Bazin : «Favoriser le mouvement (ne pas confondre mouvement et rapidité), c'est instaurer un autre rapport au temps de l'expérience où le chemin se dessine en marchant, où l'expérience, en particulier celle de la rencontre, est plus importante que la destination du voyage.» Elle a ainsi invité une poignée de jeunes artistes dans le centre d'art lyonnais afin qu'ils le transforment en «lieu de travail et de sociabilité». Camille Bondon (née en 1987 à Lyon), par exemple, a établi un dispositif où la responsable de la BF15 tire chaque jour trois cartes au sort et les reproduit à la craie sur un tableau, comme une sorte d'horoscope ésotérique quotidien. Julie C. Fortier (diplômée en parfumerie, née en 1973) propose elle au visiteur de répandre un parfum visant à changer notre p

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Le Quatuor Béla fait ses nuits

MUSIQUES | Décidément, les quatuors à cordes lyonnais aiment à trouver refuge (f)estival en Rhône-Alpes. À l’instar des ballades ardéchoises des Debussy, le Quatuor Béla, son (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Le Quatuor Béla fait ses nuits

Décidément, les quatuors à cordes lyonnais aiment à trouver refuge (f)estival en Rhône-Alpes. À l’instar des ballades ardéchoises des Debussy, le Quatuor Béla, son altiste Julian Boutin en tête, élit domicile en Savoie autour du lac d’Aiguebelette et convie une myriade d’artistes pour ses Nuits d'Été. Mais pas que : le programme propose des spectacles du matin au soir, avec des concerts quotidiens à 11h et 20h30. Chouchouté par le théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, le Quatuor Béla est en train de se construire une place à part dans le paysage musical : novateur, l’ensemble privilégie les œuvres rares, ambitieuses et les rencontres originales. Les Nuits d'Été sont fidèles à cet esprit en s’ouvrant au jazz (Marc Ducret), au cirque (Camille Boitel), au bal ou encore à la botanique ! Les grands noms du classique sont également de la partie : David Guerrier (cor), Jean-Frédéric Neuburger (piano) ou Bruno Helstroffer (théorbe) notamment se produiront dans les scènes, fermes, granges, forêts et jardins investis par un festival qui a tout pour devenir un incontournab

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Bloc party

SCENES | Dans 2001 : l'odyssée de l'espace, un enregistrement dans lequel le Dr. Floyd fait état de la découverte, sur la Lune, d'un monolithe de fabrication (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 4 décembre 2013

Bloc party

Dans 2001 : l'odyssée de l'espace, un enregistrement dans lequel le Dr. Floyd fait état de la découverte, sur la Lune, d'un monolithe de fabrication extraterrestre, se conclue par ces mots : «Son origine et sa fonction demeurent totalement mystérieuses». On pourrait en dire autant de l'hexaèdre en bois qui se dresse au milieu du plateau de Bounce!, la nouvelle création de Thomas Guerry et Camille Rocailleux. En tout cas pendant ses cinq premières minutes. Passé ce délai et une collision inopinée avec un interprète, il deviendra tour à tour, par le truchement de subtils jeux de lumière et de la propension de ses concepteurs à faire du moindre élém

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Les corps impatients

SCENES | Le chorégraphe Thomas Guerry et le percussionniste Camille Rocailleux, fondateurs de la compagnie lyonnaise Arcosm, imaginent et défendent aux quatre coins du monde des spectacles inclassables, où la fantaisie le dispute à la prouesse. A l'occasion de leur nouvelle création ("Bounce!", au Théâtre de Vénissieux), rencontre avec ces deux grands enfants à la complicité féconde. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 4 décembre 2013

Les corps impatients

Vous vous êtes rencontrés au CNSMD il y a une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui vous a attiré l’un vers l’autre ? Thomas Guerry : C’est le langage qui nous a rapprochés. Camille utilisait son corps comme instrument, ma danse était très musicale, on se comprenait sans se parler. Au sortir du Conservatoire, frustrés du manque de passerelles qu’il y avait là-bas entre la musique et la danse, on a partagé un atelier le temps d’un été, sans autre volonté que d’échanger. A l’issue de cette session, on a présenté quelques rendus dans un festival et c’est André Curmi, directeur de la Scène Nationale d’Angoulême, qui nous a mis au défi de monter un spectacle à partir de cette matière. L’été suivant, nous avons créé Echoa. Camille Rocailleux : Il n’y avait aucun plan de carrière au départ. Nous étions portés par un sursaut d’énergie lié au terme de notre cursus et voulions simplement voir comment nos univers pouvaient s'imbriquer.

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Elle s’en va

ECRANS | D’Emmanuelle Bercot (Fr, 1h50) avec Catherine Deneuve, Camille…

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

Elle s’en va

Catherine Deneuve en patronne de restaurant avec une mère intrusive et une fille irresponsable, qui pète gentiment une durite et décide de prendre sa bagnole pour partir à l’aventure sur les routes de France, voilà qui sent le clin d’œil amusé autour de la star à contre-emploi. Qu’Ozon soit passé par là auparavant importe peu, car c’est ailleurs que se joue l’échec du nouveau film de Bercot : dans son regard très Marie-Chantal sur la province française, alors qu’on la sent vouloir s’inscrire dans le sillage d’un Depardon. Il faut tout de même débarquer de Mars (ou de Paris) pour s’étonner d’y trouver des vieillards qui roulent leur cigarette en tremblant, des beaufs qui draguent tout ce qui passe dans des boîtes de nuit et des réunions d’anciennes miss au Casino L’Impérial d’Annecy. Le road movie autorise certes toutes les déviations, mais là, c’est plutôt le fossé du ridicule que le film se prend régulièrement. Quand Bercot injecte un peu de tenue romanesque dans l’errance, via l’apparition du petit-fils, cela ne s’arrange pas vraiment, avec un sentimentalisme dégoulinant qu’on ne lui connaissai

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La traversée du tempo

SCENES | En comparaison du reste du répertoire de la compagnie Arcosm, Traverse a tout d'un spectacle mineur. Créé en 2011, il n'a pas l'élégance plastique d'Echoa, (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 28 mars 2013

La traversée du tempo

En comparaison du reste du répertoire de la compagnie Arcosm, Traverse a tout d'un spectacle mineur. Créé en 2011, il n'a pas l'élégance plastique d'Echoa, première création qui voyait une paire de musiciens et autant de de danseurs se transmettre leurs pratiques au cœur d'un échafaudage (et culmine à plus de 800 représentations à travers le globe). Il n'a pas non plus l'extravagance baroque de La Mécanique des anges, opéra rock à huit corps en passe de devenir un long-métrage. Encore moins l'intensité dramatique de Solonely, dernière œuvre en date de la compagnie, la première où ses fondateurs, le chorégraphe Thomas Guerry et le compositeur Camille Rocailleux, apparaissent seuls en scène. Il est cependant le plus représentatif des questionnements formels qui animent le duo depuis sa rencontre au conservatoire de Lyon. Autrement dit de son attachement au rythme et à la scénographie, exprimé qui dans une séance endiablée de percussion corporelle, qui dans la métamorphose d'une cuisine tout ce qu'il y a de plus ringard en batterie king size. Mais aussi et surtout de sa sa

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Camille Claudel 1915

ECRANS | De Bruno Dumont (Fr, 1h35) avec Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

Camille Claudel 1915

Avec ce Camille Claudel 1915, Bruno Dumont aura au moins réussi une chose : montrer que rien ne résiste au dogmatisme de sa démarche, ni actrice star, ni reconstitution d’époque, ni évocation d’un personnage réel. Même les véritables pensionnaires de l’asile où Camille Claudel se trouve enfermée sont réduits par la caméra de Dumont à n’être que des figures grimaçantes sorties d’une toile de Jérôme Bosch, ersatz des comédiens amateurs de ses films précédents. Dans le dossier de presse, le réalisateur et son actrice parlent de la «rienté» (sic) qu’on voit à l’écran : Camille ne fait rien et il ne se passe rien, elle attend la visite de son frère Paul en regardant la lumière et en préparant ses repas. C’est en fait Paul qui intéresse vraiment Dumont : une scène résume son discours, celle où, en écrivant une lettre, il bande ses muscles comme pour éprouver son propre corps. Depuis La Vie de Jésus, la question du dualisme chrétien hante Dumont, du pêché charnel à la libération de l’esprit hors de son incarnation terrestre. Il rabâche la question dans des films de plus en plus exsangues, focalisés sur cette quête religie

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Camille en dix chansons

MUSIQUES | Camille est sans aucun doute ce qu’il est arrivé de mieux à la chanson française ces dernières années. À l’occasion de son concert à la Bourse du travail, retour sur le parcours de cette artiste atypique et prolifique en dix titres. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Lundi 11 février 2013

Camille en dix chansons

Les Ex(album Le Sac des filles)L’histoire raconte que Camille a validé son stage de fin d'études à Sciences-Po Paris en 2002 avec l’enregistrement du Sac des filles. Un premier album agréable mais pas forcément révolutionnaire, sur lequel l’auteure-compositrice fait néanmoins preuve d’un certain talent dans l’écriture. En témoigne le titre Les Ex, construit en allitérations : «Tu m'exaspères avec tes ex / Avec tes ex à  deux vitesses [...] / Mais je sais / Que les ex c'est sexe c'est sexy». Si la version studio n’est pas déplaisante, c’est en live que le morceau prend véritablement toute sa force. Comme tout l’univers de Camille. Seeing Is Believing(album Ennemy & Lovers de Scratch Massive)Jean-Louis Murat, Gérard Manset, Sébastien Martel... Dès le début de sa carrière, Camille a collaboré avec du beau monde. Au rayon des rencontres inattendues, elle a notamment coécrit et interprété un morceau sur le premier album de Scratch Massive sorti en 2003. Morceau

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Valsons toujours

ECRANS | Que faire le 31 décembre au soir à Lyon lorsqu’on aime la musique classique et que l’on ne veut ni du sirupeux, ni du mièvre ? Une seule possibilité cette (...)

Pascale Clavel | Dimanche 16 décembre 2012

Valsons toujours

Que faire le 31 décembre au soir à Lyon lorsqu’on aime la musique classique et que l’on ne veut ni du sirupeux, ni du mièvre ? Une seule possibilité cette année, se rendre à l’Auditorium et se remplir les oreilles de mélodies douces et ravissantes. Pour cette soirée là, pas de chichis, juste un best of, des morceaux choisis pour faire la fête. Du début à la toute fin, le public va pouvoir se mettre à l’aise et fredonner à peu près tout parce que les oeuvres choisies sont collées à l’inconscient collectif depuis fort longtemps. Un programme cousu avec une  délicatesse et une volupté de tous les instants : l’Ouverture d’Orphée aux enfers d’Offenbach, Introduction et Rondo pour violon et orchestre de Saint-Saëns, España de Chabrier, Le Chevalier à la rose de Richard Strauss et bien sûr la très attendue Valse de l’Empereur de Johann Strauss fils. Parce qu’un nouvel an sans valse, c’est un peu comme faire des frites sans pomme de terre : inconcevable. Arrêtons-nous d'ailleurs un instant sur cette valse de l’Empereur, donnée, redonnée, jouée, rejouée par les meilleurs et les pires orchestres du mon

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"Je me dirige vers quelque chose qui me ressemble plus"

MUSIQUES | A l'occasion de la sortie de "Mothers & Tygers" et de sa tournée qui passe par le Théâtre de Vénissieux ce vendredi, Emily Loizeau s'est confiée sur la genèse de cet album, sa découverte de William Blake, sa maternité et la consolidation de son univers musical. Propos recueillis par Aurélien Martinez.

Stéphane Duchêne | Jeudi 15 novembre 2012

Comment en êtes-vous arrivée à William Blake ?Emily Loizeau : Récemment, je suis retombée sur un de ses textes que ma grand-mère me lisait quand j’étais petite. Ça m’a donné envie de me plonger dans ce recueil de poèmes qu’est Songs of Experience. Je le lisais pendant l’écriture de mon disque, j’y ai trouvé beaucoup de résonnance avec ce que j’étais en train de faire. D’où l’idée de vous exprimer aussi bien en anglais qu’en français...Depuis l’enfance, je vis avec les deux langues. Et même si, à un moment donné, j’ai eu envie de faire un disque tout en anglais (ce que je ferai sans doute un jour), je crois que j’ai vraiment besoin des deux langues pour m’exprimer pleinement. Votre nouvel album est très intimiste et apaisé...J’avais envie de ce moment de confidence, d’intimité – le fait que je me sois isolée dans les Cévennes n’est pas anodin... Ma récente maternité a provoqué un bouleversement intérieur. D’un seul coup, le regard sur l’existence change, tout prend une autre couleur : la transmission, la filiation, la vieillesse, la mort... On pe

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Camille redouble

ECRANS | Noémie Lvovsky signe son meilleur film avec cette comédie à la fois burlesque et mélancolique où une quadragénaire revit ses 16 ans, retrouve ses parents défunts et son grand amour. Comme si Nietzsche, Coppola et la psychanalyse étaient passés à la moulinette d’une fantaisie foutraque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Camille redouble

Actrice condamnée à jouer les silhouettes dans des films gore, quadragénaire larguée par son mari Eric, Camille voit son existence partir à vau-l’eau, se laissant glisser dans les volutes de cigarettes et les vapeurs d’alcool — apesanteur retranscrite dans un générique génial, comme on n’en voit pas souvent dans le cinéma français. Par la grâce d’un horloger un peu sorcier (Jean-Pierre Léaud, apparition émouvante) et après un nouvel an entre copines très arrosé, elle fait un malaise et se réveille le 1er janvier 1985 à l’hôpital, quelques jours avant de rencontrer Eric et quelques semaines avant la mort de sa mère. Elle a toujours quarante ans dans sa tête mais pour son entourage elle en a à nouveau seize. Magie de la mise en scène : Noémie Lvovsky, qui a choisi avec courage de se mettre en scène dans le rôle de Camille, n’opère aucun rajeunissement physique pour marquer cette transformation. Ce coup de force figuratif est à l’image du film tout entier : absolument libre, s’appuyant sur la croyance du spectateur et lui offrant en retour un joyeux foutoir dans lequel se glissent de beaux moments de mélancolie. Grande école Camille est donc confrontée

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Incertain regard

SCENES | Portés par une scénographie ingénieuse digne d’une boîte à magie géante, Boris Gibé et Camille Boitel ont imaginé un spectacle ambitieux et surprenant qui se joue des perspectives. Aurélien Martinez

Christophe Chabert | Mardi 3 avril 2012

Incertain regard

Curieuse proposition que ces Fuyantes. Puisqu’il faut la mettre dans une case, celle un brin fourre-tout du nouveau cirque convient… bien qu’elle soit terriblement réductrice. Car la force de ce spectacle est justement d’arriver à mettre en place son univers propre au croisement des arts (cirque, danse, théâtre, art plastique, art numérique…), sans qu’aucun ne prenne le pas sur les autres. Aux manettes de cet ovni, on retrouve Boris Gibé et Camille Boitel. Le premier a fondé en 2004 la cie Les Choses de Rien, pour travailler «sur la danse acrobatique, l’exploration aérienne, le théâtre corporel, la manipulation d’objets». Des expérimentations qui parlent évidemment au second, lauréat en 2002 de la première édition de l’opération Jeunes talents cirque que le public grenoblois a découvert la saison dernière à la MC2 avec le sidérant L’immédiat. Deux artistes atypiques donc, dont la collaboration, attendue, ne pouvait donner que quelque chose de riche. Juste une illusion d’optique Dans un monde déshumanisé et quasi-robotisé, cinq êtres semblent condamnés à errer sans repères tangibles. Cette idée prend rapidement forme grâce à une scénogr

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Low life

ECRANS | De Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval (Fr, 2h03) avec Camille Rutherford, Arash Naimian…

Christophe Chabert | Jeudi 29 mars 2012

Low life

Rabâchant de manière obsessionnelle leur sujet de prédilection (les sans-papiers brimés par un État français au bord du fascisme), le couple Klotz - Perceval avait jusqu’ici réussi à imposer un ton, mêlant mise en scène rigoureuse et surgissement de corps encore marqués par la réalité. Avec Low Life, ils ont voulu changer d’axe : regarder non pas les migrants clandestins mais leurs soutiens, une jeunesse qui relève plus d’un fantasme bressonien (Le Diable probablement, gros surmoi du film) que d’une quelconque contemporanéité. Le résultat est insupportable d’arrogance satisfaite, les comédiens rouillant dans les plans en débitant d’une voix blanche un texte impossible, mélange de slogans politiques et de poésie romantique sur fond de musique électro lancinante. On ne leur jette pas la pierre, c’est bien le dogmatisme des cinéastes qui est en cause, et leur avant-gardisme supposé est plutôt un cache-misère à leur incapacité à raconter correctement leur histoire. La deuxième heure, interminable, bascule dans le romanesque en racontant la claustration volontaire et parano de deux amants (l’une française, l’autre afghan). Ça aurait pu être du Polanski ; c’est juste

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Bonnes étoiles à Fourvière

CONNAITRE | Et voici la programmation complète (ou presque, tant elle est riche) des Nuits de Fourvière 2012 ! Certains événements étaient déjà connus, mais s’y ajoutent d’excellentes surprises, qu’elles soient musicales ou théâtrales… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 mars 2012

Bonnes étoiles à Fourvière

Les fuites ayant été nombreuses cette année (mais comment, à l’heure d’internet, garder sous cloche pendant trois mois les dates de tournée d’artistes que leurs fans observent comme le lait sur feu ?), on savait déjà que Les Nuits de Fourvière 2012 allaient envoyer du lourd. Cela faisait un bail que les organisateurs rêvaient d’accueillir Björk (le 30 juin), et ce sera donc chose faite cette année, après le lancement (passé un peu inaperçu) de son album concept multimédia Biophilia. Rêve aussi avec la reformation des Stone Roses (le 25 juin), groupe culte de la brit-pop flamboyante des années 90, dont le concert s’est inscrit in extremis dans la programmation. Enfin, retour en force de Bartabas, certes un habitué du festival, mais avec une de ses productions XXL, Calacas, où les cavaliers célèbrent la fête des morts mexicaine déguisés en squelettes sur leurs toujours impressionnantes montures (du 11 juin au 17 juillet au Parc de Parilly). Mais tout cela, on le savait déjà, donc. De A à Ben En revanche, deux poids lourds s’ajoutent à la liste : Ben Harper (le 17 juillet

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Flâneries artistiques

ARTS | Exposition / Laisser flâner son regard parmi les univers d’artistes méconnus… Deux possibilités pour cela cette semaine avec la nouvelle mouture de «Rendez-vous» rassemblant des plasticiens émergents, ou une exposition plus discrète proposant de superbes "Chemins de verre»… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 20 octobre 2011

Flâneries artistiques

Rendez-vous a trouvé son cadre idoine depuis que l’événement se déroule à l’Institut d’Art Contemporain. Vingt jeunes artistes nationaux ou internationaux y sont exposés et chacun est doté d’un espace personnel. Les œuvres présentées, c’est le jeu, sont de qualité inégale et s’emparent de tous les médiums : photographie, peinture, installation, vidéo… Les thématiques abordées sont elles aussi très diverses, des sciences à l’onirisme, de la sociologie à l’histoire, de l’architecture à la poésie… Parmi cette multiplicité de formes et de propositions, on découvre plusieurs cas d’espèces. Des artistes un peu flemmards comme Fouad Bouchoucha qui, sous couvert de l’importance des nouvelles technologies, se contente de réaliser une sorte de documentaire vidéo sur une entreprise téléphonique à Marseille. Des artistes efficaces telle Julia Cottin qui fait «pousser» dans une salle une forêt de colonnes en bois sculpté, oscillant entre nature et architecture. Il y a aussi les esthètes du numérique comme Thomas Léon proposant un film sur une cité imaginaire dans une ambiance de science fiction. Ou encore des artistes en devenir à l’instar de Camille Llobet qui s’intéresse à l’insoupçonné, à

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Lourdes

ECRANS | De Jessica Hausner (Autriche-Fr, 1h35) avec Sylvie Testud, Léa Seydoux, Bruno Todeschini…

Christophe Chabert | Jeudi 7 juillet 2011

Lourdes

En matière de film sur Lourdes, Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky paraissait indépassable, pour peu qu’on goûte les farces énormes et anticléricales. On pouvait craindre que Jessica Hausner, disciple d’Haneke et réalisatrice du glacial Hôtel, en prenne le contre-pied absolu. En fait, pas tant que ça, et c’est la bonne surprise de Lourdes. Les cadres implacables d’Hausner ne sacralisent rien, mais renvoient les rituels à leur dimension ridicule, inquiétante ou absurde. Elle retrouve même l’ambiance de complot paranoïaque de son film précédent, le miracle qui touche la paralytique Sylvie Testud étant interprétable de multiples façons : coup de foudre amoureux ou simulacre orchestré par la vieille femme qui partage sa chambre ? Toujours sur le fil (la post-synchronisation tue tout naturel dans le jeu des acteurs), parfois un peu ostentatoire dans sa mise en scène, Lourdes trouve toutefois un ton singulier, un comique de l’étrangeté permanente pas désagréable. Christophe Chabert 

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Rosalie Blum

CONNAITRE | Ce qui frappe à la lecture du premier tome de Rosalie, c'est le culot de l'auteur, cette façon de prendre son temps alors que, pourtant, elle lance ses (...)

Nadja Pobel | Lundi 16 mai 2011

Rosalie Blum

Ce qui frappe à la lecture du premier tome de Rosalie, c'est le culot de l'auteur, cette façon de prendre son temps alors que, pourtant, elle lance ses personnages dans une enquête quasi policière. Mais Camille Jourdy choisit de nous immiscer dans la vie de ses bonshommes de papier sans que leur action ne prédomine sur la galerie de portraits. Vincent, trentenaire morose, décide de suivre Rosalie dans la rue sans autre motif que celui de mettre un peu de piment dans son existence. Le tome 2 offre le point de vue de Rosalie, qui a compris qu’elle était suivie. Le tome 3, quant à lui, donne les clés de l'intrigue, mais cette enquête permet avant tout d'apprécier la minutie du trait de Camille Jourdy.

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Au détail près

CONNAITRE | La Lyonnaise d'adoption Camille Jourdy s'est déjà fait un nom dans le monde de l'illustration. Primée au festival d'Angoulême son attachante trilogie "Rosalie Blum", elle sera au festival de la BD à Lyon le 18 juin. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 16 mai 2011

Au détail près

Elle dit n'avoir jamais fait que ça : dessiner. Camille Jourdy ne voulait pas faire d'études qui mènent à un «vrai» métier. L'école, ce n'était pas son truc. Elle n’a donc étudié que ce qu'elle aimait. Et aujourd'hui, elle parvient même à en vivre. Née à Dôle, dans le Jura, en 1979, dans une famille qui peignait et pratiquait la gravure sur bois, Camille Jourdy a grandi avec des rêveurs à qui elle ressemble. Mais derrière le tableau nonchalant qu'elle dresse, se cache pourtant une grande détermination. À force de ne pas renoncer à ce quoi elle aspirait, Camille Jourdy n'a pas perdu de temps. Le bac en poche, elle intègre l'école des Beaux-Arts d'Épinal. «Les écoles des Beaux-Arts sont très différentes les unes des autres, mais la plupart sont tournées vers l'art contemporain ; celle d'Épinal est petite, mais elle axe sa formation sur l'illustration». Elle apprend donc les techniques du dessin et commence à créer un univers. Déjà, il est fait de multiples personnages qui se croisent sans se connaître. Ce ne sont pas des héros, plutôt des personnages ordinaires, souvent solitaires, qui s'inventent des histoires. Ses premiers travaux sont vite publiés. Lorsque, dans un salon de

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«Le théâtre n’est pas réservé à une élite»

SCENES | Entretien / Camille Germser, adepte des paillettes, des plumes, des boules à facettes et du music-hall met en scène «ses» filles dans "Les Précieuses ridicules". Première virée dans le classique pour cet homme de théâtre pas comme les autres. Propos recueillis par Mélanie Vivenza et Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Samedi 4 décembre 2010

«Le théâtre n’est pas réservé à une élite»

Petit Bulletin : Votre mise en scène est-elle fidèle au texte de Molière ?Camille Germser : En fait, on attaque notre deuxième version de la pièce. On a beaucoup enlevé, décalé pour finalement revenir à quelque chose de plus fidèle à ce que Molière a écrit. Le plus gros travail a été d’imaginer le plus grand nombre de digressions dans la pièce. Parlez-nous de ces «digressions»Je profite de certains moments comme les changements de scène pour faire intervenir la musique. Au total, il y aura entre quinze et vingt moments musicaux. La pièce de Molière dure environ 40 minutes, mon spectacle 1h30. La nomenclature a été totalement revue, j’ai redistribué les répliques… Le risque n’est-il pas de «casser» le rythme de la pièce ?C’était l’une de mes craintes. C’est pourquoi toutes les séquences que j’ai ajoutées sont extrêmement rythmées. Par ailleurs, "Les Précieuses ridicules" est une pièce très simple à comprendre et c’est facile de «revenir» à la langue de Molière après les passages musicaux. Pourquoi monter un classique qui dénote un peu au regard de vos précédents spectacles ? Vous sentez-vous en charge d’une «transmission» des textes clas

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Thomas Guerry & Camille Rocailleux, La Mécanique des anges

SCENES | Vous rêviez d'une sorte de huis clos sartrien sous forme de puzzle baroque chorégraphique et musical ? Alors courrez au Toboggan du 7 au 11 décembre voir (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 décembre 2010

Thomas Guerry & Camille Rocailleux, La Mécanique des anges

Vous rêviez d'une sorte de huis clos sartrien sous forme de puzzle baroque chorégraphique et musical ? Alors courrez au Toboggan du 7 au 11 décembre voir "La Mécanique des anges" de Thomas Guerry (chorégraphe et metteur en scène) et Camille Rocailleux (compositeur et percussionniste). Huit danseurs, comédiens, chanteurs, musiciens rock et classique s'y adonnent avec énergie à un tourbillon fantasque et lyrique s'adressant plus aux sens qu'à l'esprit logique ou dramaturgique. Les autres, ceux pour qui les images même les plus réussies formellement ont besoin de consistance, passeront leur chemin. JED

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Les Muses s’amusent

SCENES | Théâtre / Treize interprètes sur le plateau, de la musique live, une histoire alambiquée : Les Muses de Camille Germser est un spectacle riche, parfois déroutant mais très enthousiasmant. Renan Benyamina

Christophe Chabert | Vendredi 27 février 2009

Les Muses s’amusent

Camille Germser, metteur en scène de revues théâtrales colorées et excitantes, nous l’avait promis : cette fois, il y aura une histoire et des personnages. Sur scène donc, une troupe qui s’atèle à la création d’une pièce dont personne ne connaît l’auteur. Cette pièce s’intitule Les Muses ; nous découvrirons bientôt qu’elle est l’œuvre de David Bowie. En raconter davantage est périlleux, tant le spectacle repose sur le principe de la mise en abyme. Le théâtre dans le théâtre, la confusion entre décor et réalité, entre acteurs et personnages, c’est un peu le dada de Camille Germser. Les comédiens sont en train de répéter la pièce que nous sommes censés voir. Un décor en fond de scène figure une salle de théâtre vide ; un autre, fictif celui-là, est dressé entre la scène et la vraie sale, représentant une fausse assemblée de spectateurs : nous. Vous suivez ? Le metteur en scène est interprété par Emmanuel Daumas, qui est aussi metteur en scène de la pièce aux côtés de Germser. Pour éclairer ses compagnons sur leurs rôles respectifs, il leur présente une maquette du décor («ah, c’est émouvant le moment de la maquette» s’exclame une comédienne). Là, un lacet tout emmêlé traîne, insignif

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