Coppola : le Parrain, dernière époque

Festival Lumière | Le Padre padrone de la famille Coppola arrive cette semaine pour recevoir son dû lyonnais. Plus que la jolie plaque en bois gravée à son nom, c’est l’ovation associée qui devrait lui arracher l’un de ses trop rares sourires. En l’attendant, refaisons connaissance avec lui…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Photo : © Memento Films


Dans la carrière de Coppola, ce ne sont pas les arbres qui cachent la forêt, mais des séquoias. Bien singulier est en effet le tracas d'un cinéaste dont la filmographie est semée d'une collection d'œuvres si puissantes qu'une seule aurait suffi à l'inscrire au Panthéon du 7e art. Signer la trilogie du Parrain, voire les deux premiers, voire la première époque uniquement, l'aurait déjà consacré entre Lean et Leone ; Conversation Secrète en aurait fait un frère de Jerry Schatzberg, John Schlesinger, Arthur Penn, Alan J. Pakula ou Mike Nichols. Quant à Apocalypse Now, il l'autorisait à parler d'égal à égal avec Kubrick. Mais en-dehors de ces films-monstres, si splendidement dissemblables les uns des autres, Francis Ford Coppola a tourné de nombreux autres longs métrages d'importance, privés parfois de notoriété, de succès et/ou de postérité. Si certains furent imposés par des nécessités financières impérieuses, cela ne les empêchaient pas d'être impérieusement composés : comme si la contrainte de commande aiguisait la créativité du cinéaste et l'incitait à mettre davantage de lui-même pour compenser le carcan posé par les studios ou les producteurs. Le Parrain (1972) en témoigne : Coppola s'approprie totalement ce sujet proposé par la Paramount, l'irrigue de références italo-américaines personnelles, incorpore la tarentelle de mariage rythmant celui des Gens de la pluie (1969), invite son propre père Carmine à composer la musique aux côtés de Nino Rota et sa sœur Talia Shire à jouer la fille de Don Corleone… La famille avant tout, et le respect d'une certaine tradition comme mantra.

C'est Francis qui commande

À cette lumière, le film le plus métaphoriquement autobiographique de Coppola est sans nul doute Tucker, l'homme et son rêve (1988). Porté par un Jeff Bridges solaire, ce portrait de l'ingénieur-designer de voitures Preston Tucker est celui d'un indépendant révolutionnaire se heurtant à l'immobilisme des tenants de l'industrie, dont la collusion avec l'exécutif précipitera la perte. Comment ne pas voir de manifeste pro domo dans la croisade de ce visionnaire flamboyant épris de beauté et de vitesse ? Alors laminé par les échecs financiers — en particulier celui de Coup de cœur (1982), pharaonique expérience technologique au service d'une romance musicale intimiste supportée par son seul studio American Zoetrope — Coppola, qui a contribué à créer le Nouvel Hollywood à la fin des sixties, se trouve ravalé au rang de mercenaire de luxe pour les vieux studios et quelques vieux camarades, tel Georges Lucas. Loin de démériter, son abondante production durant les années quatre-vingt constitue une réponse artistique majeure à la tentative d'asservissement. On le sait depuis le tournage d'Apocalypse Now : chez Coppola, l'obstination est une qualité redoutable, parfois dangereuse.

Lumière après l'éclipse

Voilà pourquoi il aurait été imprudent de croire en une éclipse définitive lorsqu'il décida de ralentir son rythme à la fin du XXe siècle. Dix ans après le classique L'idéaliste (1997), Coppola surprend tout le monde en revenant avec une œuvre métaphysique, L'Homme sans âge (2007) compromis fascinant entre la fresque historique, le conte faustien et le questionnement structuraliste à travers l'origine du langage — une sorte de lointain cousin de Au-delà du réel (1980) de Ken Russell. Il fait aussi la preuve qu'un cinéaste presque septuagénaire peut, à l'instar de son personnage, renaître et entamer une nouvelle carrière, débarrassé des contraintes externes. La suite le confirme : Tetro (2009) s'impose comme un désir de forme, une envie de triturer la composante plastique et narrative du cinéma tout en parlant de création, de famille, de transmission dans une famille de créateurs. L'histoire Coppola n'est pas finie puisqu'elle se prolonge à travers Sofia, Roman, Gia ou Nicolas Cage ; et celle de Francis se poursuit dans son futur Megalopolis que l'on espère voir l'an prochain. Après le Prix Lumière, quoi qu'il en soit…

Conversation secrète
À Saint-Genis-Laval le mercredi 16 à 20h et au Lumière Terreaux le dimanche 20 à 14h30

Tucker : L'homme et son rêve
À Francheville le mercredi 16 à 20h30, à Pierre-Bénite le jeudi 17 à 20h, au Cinéma Opéra le vendredi 18 à 14h30 et au Pathé Bellecour le samedi 19 à 17h

Les Gens de la pluie
Au Lumière Fourmi le vendredi 18 à 20h15

L'Homme sans âge
Au Comœdia le samedi 19 à 20h45

Tetro
À Tassin la Demi-Lune le jeudi 17 à 20h30, au Comœdia le samedi 19 à 11h15

Masterclass Coppola
Au Théâtre des
Célestins le vendredi 18 à 15h

Remise du prix lumière
À l'Amphi3000 le vendredi 18 en soirée
suivie de la projection de Conversation secrète

Nuit du Parrain
À la Halle Tony-Garnier le samedi 19 à 20h30

Apocalypse Now Final Cut
À la Halle Tony Garnier le dimanche 20 à 15h


Conversation avec Francis Ford Coppola

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Le classique se rebiffe

Marché International du Film Classique | Au cœur du Festival Lumière se tient pour la septième année un rendez-vous dédié aux professionnels : le Marché International du Film Classique. L’occasion de se pencher sur la “grandeur (et la décadence ?) des petits commerces de cinéma“ pour reprendre le mot de Godard à l’ère de la dématérialisation forcenée…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Le classique se rebiffe

À bientôt 125 ans, le cinéma entre dans un âge où l’innovation technologique bénéficie concomitamment à la création contemporaine — à travers l’amélioration continu des supports d’enregistrement de son et d’image, comme des procédés de diffusion de l’objet filmique dans les salles, toujours réinventés en 3D, 4DX etc. — et à son patrimoine. Étrange paradoxe que l’abandon de la pellicule analogique originelle pour le numérique : le transfert des images sur bobines en encodages digitaux plaçant à égalité de traitement œuvres contemporaines et œuvres classiques, il permet à ces dernières de faciliter leur renaissance, donc d’accroître leur visibilité. Or les procédés de restauration demeurent coûteux. Et même si certaines émanations des institutions culturelles nationales (le CNC, l’INA, les Cinémathèques…) ou quelques-unes des fondations privées adossées à des distributeurs nantis d’un puissant catalogue (Pathé, Gaumont…) assument ce qui relève d’une mission de service public, la nécessité de trouver des débouchés économiques reste cruciale. L’état des choses Première source de revenus évidente, la salle de cinéma souffre d’un manque de disponibilité : avec 5

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Grandes projections : des films élémentaires

Festival Lumière | En un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, les superproductions en 70mm et les grands classiques passaient à 20h30 sur les six chaînes hertziennes… mais plus dans les salles. Le point commun de ces films ? L’immensité au service du détail.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Grandes projections : des films élémentaires

La vie d’un film est cruellement courte. Sa VRAIE vie, s’entend : alors qu’il est conçu pour la salle, c’est sur une télévision qu’il déroule l’essentiel de son existence, passée sa première exclusivité. Un pis-aller qui a permis de voir durant des décennies, dans des conditions précaires, des films méritant de se déployer, de respirer : le grand écran leur offrant l’air nécessaire pour déployer leur souffle épique ou leur dimension spectaculaire. Élément de base impalpable, invisible et intangible, l’air se filme difficilement. Ce n’est pas le cas de l’eau, de la terre et du feu dont la cinégénie explose cette semaine. L’Eau À tout seigneur, tout honneur : Jacques Deray fut le vice-président de l’Institut Lumière et son film le plus emblématique demeure le solaire et tropézien La Piscine (1969). Les raisons de le voir ne manquent pas ! Pour le symbole des retrouvailles entre les anciens amants Delon et Schneider, pour son évidente charge érotique — les deux interprètes étaient alors au sommet de leur beauté et, de fait, ne cachaient pas grand chose de leur anatomie en tournant aux abords d’une piscine —,

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Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Festival Lumière | En guise d’amuse-rétines nocturne, Gaspar Noé a composé un appétissant sandwich cinématographique qui devrait teinter d’une belle couleur rubis les rêves de ses spectatrices et spectateurs. Estomacs délicats et autres ténias, passez votre chemin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Le Cas Noé : La boucle est bouclée

Film après film, on ne cesse de le seriner, voire de le suriner : Gaspar Noé compte parmi le cercle (vicieux) très fermé des auteurs possédés par une ambition d’écriture de la forme cinématographique, et pour qui l’expérience de visionnement doit permettre au public de dépasser sa passivité habituelle en instaurant une interaction quasi-organique entre l’objet projeté et le spectateur. Si d’aucuns qualifient Noé de “provocateur“ parce qu’il traite de sujets mordant la marge (inceste, sexe, viol, drogue, mort, etc.), le cinéaste vise surtout à provoquer une émotion qui ne soit pas pré-mâchée. Infusée, perfusée par le registre expérimental, mais aussi imprégnée des formes kubrickiennes et godardiennes, son œuvre dispose toutefois d’une voix originale et bien timbrée, reconnaissable dès ses premiers grenats. Concept singulier — sans doute taillé pour les couche-tôt lyonnais —, la Mini-nuit du Festival Lumière permettra aux dubitatifs de réviser leur jugement, et aux aficionados de se faire un triple bang(halter). Abracadabra ! Des trois films présentés, le deuxième constitue la principale sur

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Festival Lumière : par où commencer ?

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Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Festival Lumière : par où commencer ?

Des films par dizaines, des projections par centaines, des invités… par milliers ? Peut-être pas, mais suffisamment pour que chaque spectatrice ou spectateur trouve son bonheur. Si cette édition du 10e anniversaire est ardemment attendue pour le prestige du récipiendaire du Prix 2019, Francis Ford Coppola n’étant présent qu’en fin de seconde semaine, vous aurez de quoi voir auparavant. Rappelons que le Village du Festival, rue du Premier-Film, organise sa fête de lancement vendredi 11 octobre à 19h et propose dès 20h tous les soirs dans le parc — nouveauté de l’année — des concerts gratuits : Éric le Rouge ouvrira le bal (il le fermera également le dimanche 20). Suivra samedi 12 dès 17h30 la traditionnelle soirée d’ouverture à la Halle Tony-Garnier devant un parterre de vedettes et un film surprise. Et dimanche, quand le Marché International du Film Classique ouvrira ses portes, accueillant également la première édition du Salon du DVD, le Festival recevra ses premiers hôtes d’honneur : Frances McDormand, Donald Sutherland, Vincent Delerm et Daniel Auteuil, mais aussi Barb

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Encore plus d’étoiles devant les yeux

Festival Lumière | Francis Ford Coppola, Bong John Ho, Ken Loach, Daniel Auteuil et Marina Vlady ne seront pas seuls à visiter les salles obscures lyonnaises en octobre prochain : Frances McDormand, Donald Sutherland, Marco Bellocchio, Gael Garcia Bernal ou Vincent Delerm seront aussi du voyage…

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Encore plus d’étoiles devant les yeux

Paradoxe n°1 : à Lyon, on le sait, plus les salles sont obscures, plus l’on a de chances d’y trouver des étoiles — surtout à l’automne. Paradoxe n°2 : il fallait se rendre au Cinéma du Panthéon à Paris pour découvrir les nouveautés de la programmation du 11e Grand Lyon Film Festival dévoilées par son directeur, Thierry Frémaux. Valaient-elles le détour ? Sans nul doute pour certaines. D’abord, toutes les annonces de juin ont été confirmées et complétées — la précision n’est pas superflue, si l’on se remémore la triste déconvenue du Projet Godard l’an passé. Auteur d’une « œuvre d’un chaos insensé » selon Thierry Frémaux, Coppola sera bien présent parmi les Ghosn… pardon, les gones. Et son Prix Lumière sera l’occasion de re-projections d’une part non négligeable de sa filmographie : des raretés de ses débuts comme Dementia 13 ou La Vallée du Bonheur, Les Gens

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Une rentrée en C majeurs

Institut Lumière | Cassavetes, Coppola, Carpenter, Clint… Étrange convergence d’initiales, mais surtout de prestigieuses signatures à l’affiche de l’Institut Lumière en ce mois de septembre, où l’on joue avec vertiges du rétroviseur et de la lorgnette.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Une rentrée en C majeurs

Navigant entre passé, futur — l’avant-première des Misérables le 25 — et anticipation d’un retour vers le futur (la reprise de films de Francis Ford pour annoncer sa venue lors du Prix Lumière), la programmation ressemble en effet à un délicieux travelling compensé. À force de sauts temporels, on en finirait presque à se prendre pour l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée, l’un des films sélectionnés avec le rétro Outsiders et le palmé Conversation secrète en guise d’apéritif ! Du Festival Lumière, il en sera question aussi avec Mystic River de Clint Eastwood projeté en hommage aux 10 ans de la remise du Prix à son premier récipiendaire (jeudi 5). Tout aussi mélomane (mais dans un autre registre) que Clint et aussi féru de westerns que lui, John Carpenter sera également à l’honneur pour un format adapté à ses atmosphères : une nuit comptant quatre titres. The Thing, Fog, Les Aventures de Jack Burton et, pour finir, son prophétique chef-d’œuvre

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Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

Lumière 2019 | Coppola en tête d’affiche, le retour de Ken Loach, des zombies et Bong Joon-ho. La première fournée d’annonce du Festival Lumière 2019 a été faite. Préparez vos coups de cœur !

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Festival Lumière 2019 : de plus en plus Ford !

« Un démiurge », « un mammouth ». C’est par ces mots que le directeur de l’Institut Lumière a salué le récipiendaire du Prix Lumière 2019. Onzième à recevoir la distinction (mais lauréat de « l’édition des dix ans », pour reprendre les termes du directeur du festival), Francis Ford Coppola et sa légitimité ne sauraient être contestés. Riche d’une carrière s’étendant sur six décennies, jalonnée d’œuvres fondatrices, marquantes ou à (re)découvrir, le jeune octogénaire figure parmi les créateurs du Nouvel Hollywood et demeure un inlassable expérimentateur. Entré au Panthéon cinématographique bardé de lauriers il y a quarante ans — il avait alors déjà décroché deux Palmes d’Or, deux Oscars du Meilleur film —, le cinéaste n’a depuis cessé de remettre le fruit de ses succès dans de nouvelles aventures cinématographiques, composant une œuvre où, régulièrement, la jeunesse américaine voit ses ambitions fracassées par les guerres ou les crises. S’il faut s’attendre (avec impatience) à la traditionnelle rétrospective et à la masterclass du cinéaste, on peut espérer que celui-ci vien

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Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Festival Lumière | Le Prix Lumière 2019 sera décerné à Francis Ford Coppola au cours de la 11e édition du Festival Lumière qui se tiendra du 12 au 20 octobre à Lyon.

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Francis Ford Coppola, 11e Prix Lumière

Il est le premier cinéaste à avoir remporté l’Oscar pour un film et sa suite (Le Parrain et Le Parrain 2e partie), à avoir décroché deux Palmes d’Or “de l’ère moderne“ (Conversation secrète et Apocalypse Now)… Producteur, scénariste, monteur, viticulteur, à la fois figure tutélaire du Nouvel Hollywood et patriarche d’une impressionnante dynastie de cinéma, Francis Ford Coppola succède donc à son camarade Martin Scorsese (2015, également passé chez Roger Corman) et à Jane Fonda (2018) — deux autres grandes figures du Nouvel Hollywood. Âgé de 80 ans, Coppola qui n’a plus sorti de long-métrage depuis 2012 et son fascinant Twixt, n’a pour autant pas pris sa retraite et développe de nouveaux projets. Il profitera peut-être de sa venue à Lyon entre les 12 et 20 octobre prochains pour en révéler la teneur. Le Prix Lumière, qui constitue une reconnaissance pour la contribution du récipiendaire au cinéma mond

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Twixt

ECRANS | Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 5 avril 2012

Twixt

Adoptant l'adage bressonien voulant que le public ne sache pas ce qu'il veut, Francis Ford Coppola ne se soucie plus de plaire, il est libre. L'Homme sans âge et Tetro annonçaient cette nouvelle condition surgissant comme un long processus de maturation dans sa carrière. Twixt lui ouvre une nouvelle voie, plus escarpée, plus radicale, qu'il faut atteindre avec la même exigence folle que son auteur. On ne trouvera pas chez lui d'objet plus vertigineux que cet épisode des Contes de la crypte tourné comme un film d'avant-garde rétro futuriste. Chef d'œuvre total aux allures de série B hybride, Twixt dresse une grande ligne verticale dans la filmographie de Coppola. Pour en sortir un méta-film onirique flottant sur les terres détournées de Stephen King ; un voyage mélancolique où le spectre d'Edgar Allan Poe guide Val Kilmer, écrivain sur le déclin, dans les limbes rêvées où gît le deuil de sa fille. Les grands motifs de l'auteur se mélangent : le temps

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Tetro

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Esp-It-Arg, 2h07) avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich…

Christophe Chabert | Mercredi 16 décembre 2009

Tetro

Comme sorti de nulle part, Tetro frappe d’abord par sa beauté plastique : dans un noir et blanc superbe et des plans magnifiquement composés, un jeune marin débarque à Buenos Aires pour y retrouver son frère, un écrivain qui n’écrit plus depuis qu’il a quitté l’Amérique et sa famille. Il se fait appeler Tetro, sa jambe est dans le plâtre après un accident de voiture, et il affiche un mélange d’aigreur et de désinvolture qui donne le ton du film, drôle et mélancolique, dans sa première partie. Après un Homme sans âge plutôt déroutant, Coppola reprend les choses en main et rappelle, sans tapage, quel grand cinéaste il est. S’il joue désormais profil bas, le réalisateur du Parrain ne trompe personne : intimiste et modeste, Tetro ne l’est que superficiellement. Au fil des flashbacks en couleur, à mesure que l’intrigue familiale se développe, Coppola impose au spectateur une tragédie qui se mesure largement au théâtre grec ou à celui de Shakespeare : un père spolie son frère et dérobe la femme de son propre fils, réduit du coup à masquer sa paternité pour cacher sa honte. Cette matière éminemment ambitieuse, la mise en scène, remarquable, l

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L'Homme sans âge

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Fr-Roum-All, 2h20) avec Tim Roth, Bruno Ganz...

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2007

L'Homme sans âge

Un vieux professeur, foudroyé en pleine rue, est transporté comme grand brûlé à l'hôpital. Quand il retrouve l'usage de la parole, les médecins se rendent compte qu'il a rajeuni d'une trentaine d'années. Ce miracle inexpliqué ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd : nous sommes en Roumanie en 1942, et les Nazis s'interrogent sur les capacités de cet "homme sans âge" qui, autrefois, travaillait sur l'origine du langage. Le problème étant que cet homme-là est atteint d'une forme étrange de schizophrénie, et qu'il ne peut effacer de sa mémoire le souvenir de la femme qu'il a aimée. Passé et présent, éternel retour et cours de l'Histoire, quête philosophique et tragédie amoureuse : pour son grand retour derrière une caméra après dix ans d'absence, Francis Ford Coppola montre qu'il a gardé son ambition intacte. L'Homme sans âge, adapté d'un roman de Mircea Eliade, est un film-monde où le cinéaste tente un grand pont entre le Rosebud de Citizen Kane et l'os transformé en vaisseau spatial de 2001, entre le romanesque à l'épreuve du siècle et la métaphysique la plus pointue. Car ce qui surprend, en plus de la maestria des images et de la mise

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