Toubib or not toubib ? : "Docteur ?"

Comédie | Seul SOS Médecin en service à Paris la nuit de Noël, l’aigri Serge est lui-même si peu vaillant qu’il convainc Malek, un livreur à vélo croisé par hasard, de le remplacer dans ses consultations. Pas de panique : Serge lui dira quoi faire dans l’oreillette. Hélas, Malek est capable de zèle et d’impro…

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Photo : © Apollo Films


Tristan Séguéla n'est pas un débutant dans la comédie, mais il signe là sa première réussite avec ce buddy movie porté à égalité par Michel Blanc et Hakim Jemili : aucun des deux comédiens ne tirant à lui la couverture (de survie). Si l'on sourit d'entrée face au générique illisible griffonné comme une ordonnance, si l'on s'amuse franchement face au défilé des patients et à la liste hétéroclite des symptômes qu'ils présentent, on réprime un peu ses zygomatiques lorsque l'on découvre que l'auteur s'est nourri d'anecdotes authentiques.

Comme souvent, le réel dépasse la fiction. La farce se fait alors plus troublante : en consentant à y prêter attention, cette nuit de garde agitée dessine en creux une cartographie humaine et sociale d'une grande ville d'aujourd'hui (avec ses classes bien déterminées, bien démarquées) et de la souffrance ordinaire. Une souffrance partagée par des praticiens en sous-effectif dont on comprend aisément qu'ils en viennent à sombrer, à l'instar de Serge, dans la dépression et l'alcool.

Rythmé, Docteur ? l'est aussi grâce à sa musique signée par l'irremplaçable Grégoire Hetzel, s'essayant ici à la comédie avec réussite. Auteur cette année notamment de la partition de Roubaix une lumière, récompensé à Luchon pour Thanksgiving, il devrait fort logiquement être au palmarès des César 2020.

Docteur ?
De Tristan Séguéla (Fr, 1h28) avec Michel Blanc, Hakim Jemili, Solène Rigot…


Docteur?

De Tristan Séguéla (Fr, 1h28) avec Michel Blanc, Hakim Jemili, Solène Rigot

De Tristan Séguéla (Fr, 1h28) avec Michel Blanc, Hakim Jemili, Solène Rigot

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C'est le soir de Noël. Les parisiens les plus chanceux se préparent à déballer leurs cadeaux en famille. D'autres, comme Serge, travaillent. Serge est le seul SOS-Médecin de garde ce soir-là. Les visites s'enchaînent, quand tombe l'adresse de sa prochaine consultation. C'est celle de Rose, une relation de famille, qui l'appelle à l'aide. Il arrive sur les lieux en même temps qu'un livreur Uber Eats, Malek, lui aussi de service ce soir-là...


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Docteur ?

Avant-Première | Michel Blanc, le soir de Noël, un numéro d’appel SOS… Vous l’avez ? Non, ce n’est pas le film auquel vous croyez, mais la nouvelle comédie de Tristan Séguéla (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Docteur ?

Michel Blanc, le soir de Noël, un numéro d’appel SOS… Vous l’avez ? Non, ce n’est pas le film auquel vous croyez, mais la nouvelle comédie de Tristan Séguéla dans laquelle le membre du Splendid incarne un toubib de garde pour SOS Médecins se retrouvant confronté à un livreur campé par Hakim Jemili. Les deux comédiens encadreront leur réalisateur lors de l’avant-première lyonnaise du film. Y aura-t-il davantage de docteurs ou de livreurs dans la salle ? Docteur ? Au Pathé Bellecour le mardi 26 novembre à 20h

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Les lauriers sont fanés : "Voyez comme on danse"

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Les lauriers sont fanés :

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois.

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"Orpheline" : critique et entretien avec Arnaud des Pallières

ECRANS | De l’enfance à l’âge adulte, le portrait chinois d’une femme jamais identique et cependant toujours la même, d’un traumatisme initial à un déchirement volontaire. Une œuvre d’amour, de vengeance et d’injustices servie par un quatuor de comédiennes renversantes.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Enseignante et enceinte, Renée reçoit la visite surprise dans sa classe de la belle Tara, fantôme d’autrefois. Peu après, la police l’arrête, dévoilant devant son époux médusé sa réelle identité, Sandra. Elle qui avait voulu oublier son passé, se le reprend en pleine face : sa jeunesse délinquante, son adolescence perturbée, jusqu’à un drame fondateur. Comme vivre après ça ? Il faut rendre grâce à Arnaud des Pallières d’avoir osé confier à trois actrices aux physionomies différentes le soin d’incarner les avatars successifs d’un unique personnage. Ce parti-pris n’a rien d’un gadget publicitaire ni d’une coquetterie, puisqu’il sert pleinement un propos narratif : montrer qu’une existence est un fil discontinu, obtenu par la réalisation de plusieurs “moi” juxtaposés. À chaque étape, chaque métamorphose en somme, Kiki-Karine-Sandra abandonne un peu d’elle-même, une exuvie la rendant orpheline de son identité passée et l’obligeant à accomplir le deuil de sa propre personne pour évoluer, grandir, s’améliorer. Ce qui n’est pas le cas de son vénéneux génie, l’immarcescible Tara, qui revêt les traits de Gemma Arterton. Brelan de dam

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"Un petit boulot", poilant polar

ECRANS | de Pascal Chaumeil (Fr, 1h37) avec Romain Duris, Michel Blanc, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Que fait un chômeur en galère lorsqu’un petit parrain local lui propose de tuer son épouse volage contre dédommagement ? Eh bien il accepte, et il y prend goût… Rigoureusement amorale mais traitée sur un mode semi-burlesque, cette aventure de pieds-nickelés débutant dans le crime restera ironiquement comme le meilleur film du réalisateur de L’Arnacœur Pascal Chaumeil, disparu il y a un an — et ce, malgré une petite baisse de rythme dans le dernier tiers, quand l’apprenti sicaire succombe aux charmes d’une jeune femme un peu trop lisse. Davantage de pétillant (ou de détonnant) eût été bienvenu… Outre une belle distribution réunissant des comédiens se faisant rares, Un petit boulot bénéficie en la personne de Michel Blanc des services d’un scénariste-dialoguiste tant précis que percutant, en phase avec l’humour anglo-saxon du roman-source de Iain Levinson. Lorsque l’on mesure tout ce qu’il insuffle ici en rythme, présence et humour noir, on s’étonne d’ailleurs qu’il ne reprenne pas du service comme cinéaste.

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Modification horaires "Tonnerre" au Comœdia

ECRANS | Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette (...)

Nadja Pobel | Lundi 3 février 2014

Modification horaires

Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette semaine. Une séance à 21h20 a été ajoutée jeudi 30 et vendredi 31 janvier, ainsi que samedi 1er et mardi 4 février. En résumé, voici la programmation de Tonnerre de Guillaume Brac pour la semaine du 29 janvier au 4 février 2014 au Comœdia :   Mer, jeu, ven, sam, mar : 14h00 / 18h00 / 21h20 Dim : 14h00 / 16h00 Lun : 14h00 / 18h00 / 20h00 / 22h00

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Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels — Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur la piste du mélodrame criminel, et plus encore par la présence, charnelle, intrigante et émouvante de Solène Rigot.

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Lulu femme nue

ECRANS | De Solveig Anspach (Fr, 1h27) avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Lulu femme nue

Signe des temps : après Elle s’en va, voici un nouveau portrait de femme qui choisit la rupture sociale, l’errance et l’aventure au confort étouffant de sa vie bourgeoise. Là où Bercot se fourvoyait dans une vague et embarrassante pulsion ethnologique, Solveig Anspach choisit au contraire la fantaisie comique pour montrer comment Lulu se "dénude" socialement, réapprend l’amour physique puis la compassion envers autrui. La première moitié, où elle batifole avec un ancien repris de justice à qui ses deux frères un peu tarés collent en permanence aux basques, fait preuve d’un sens du croquis burlesque sans doute hérité de la BD originale. Le tandem Karin Viard / Bouli Lanners fonctionne à la perfection, et la mise en scène, qui utilise avec intelligence l’écran large pour donner de l’air aux situations, prend à revers le bâclage en vigueur dans la comédie française. La deuxième partie, autour de la vieille dame interprétée par Claude Gensac, est moins convaincante, plus attendue et moins farfelue, mais le film a pour lui sa concision et

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L'Exercice de l'État

ECRANS | Avec «L’Exercice de l’État», Pierre Schoeller réussit à donner de la chair et un rythme à l’action politique, dans un film vif et rapide, magistralement mis en scène et interprété. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 19 octobre 2011

L'Exercice de l'État

L’Exercice de l’État pose cette question : c’est quoi, aujourd’hui en France, faire de la politique ? Tel un philosophe étudiant précisément l’intitulé de la question, Pierre Schoeller ne s’intéresse d’abord qu’au «faire» ; cela implique un environnement, un rythme, des circulations, des gestes et des outils que le film, avec une précision tout à fait inédite dans le cinéma français, s’applique à rendre immédiatement crédibles. Un exemple au début : quand le ministre des transports Bernard Saint-Jean monte dans sa voiture de fonction et y retrouve son attachée de communication, celle-ci lui lit les titres de la presse matinale en faisant défiler les Unes sur son IPad. Il n’est pas inutile de préciser que ce contact avec le monde, doublement médiatisé (l’écran tactile et la dir’ com’ exaltée), suit une séquence qui montrait exactement l’inverse : le Ministre, seul et solennel, dans une chapelle ardente où ont été regroupées les victimes d’un dramatique accident d’autocar. Levé du lit après un cauchemar ô combien signifiant (des hommes masqués installent un bureau ministériel pour y assister à une cérémonie où une femme nue — la République ? se fera avalée par un énorme crocodile

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Et soudain tout le monde me manque…

ECRANS | De Jennifer Devoldere (Fr, 1h38) avec Mélanie Laurent, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Et soudain tout le monde me manque…

Le matérialisme dans lequel évoluent les personnages du deuxième film de Jennifer Devoldere vaut métaphore de sa production. Une fois de plus, voilà une comédie air du temps, mais qu’on pourrait qualifier sans injure de banale (doit-on faire semblant de n’avoir jamais vu un film sur les angoisses d’une trentenaire parisienne et célibataire ?), qui s’est laissée grignoter par son mode de financement. Une star dans le premier rôle ? Mélanie Laurent tient plutôt de la starlette, refusant sans raison crédible de montrer ses seins dans une scène d’amour… Mais elle est bankable ! Des marques à presque tous les plans, et même dans les dialogues ? Ce n’est pas de la pub, voyons, c’est du réalisme urbain chic ! Des chansons branchées pour illustrer toutes les dix minutes les clips censés résumer les récits parallèles ? Ça ne dissipe pas le déjà vu. Reste Michel Blanc ; après Une petite zone de turbulences, on sent bien qu’il cherche à parler de son angoisse face au temps qui passe et à la mort qui rôde. Dommage qu’il le fasse dans des comédies sans envergure, car il le fait franchement bien. CC

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Une petite zone de turbulences

ECRANS | D’Alfred Lot (Fr, 1h48) avec Michel Blanc, Miou-Miou, Mélanie Doutey…

Christophe Chabert | Samedi 9 janvier 2010

Une petite zone de turbulences

Alfred Lot nous avait bien amusé avec sa "Chambre des morts" (pour les distraits, un "Silence des agneaux" revu par Julie Lescaut !) ; il semble qu’ici, il se soit mis au service de Michel Blanc, qui signe l’adaptation d’un livre de Mark Haddon et se donne le rôle principal, un retraité hypocondriaque et acariâtre qui ne se résout pas au mariage de sa fille. Le résultat est, au choix, anodin ou irritant. Anodin car on peut regarder tout cela comme un téléfilm gonflé, mou du genou et ultra-prévisible — inutile, donc. Ce qui irrite, si on y regarde de près, c’est d’abord l’absence d’ironie face à des personnages égoïstes, qui n’ont d’autres problèmes qu’existentiels — pas de questions d’argent entre nous ! Ensuite, l’hypocrisie avec laquelle le film se refuse à affronter ses recoins les plus sombres : l’exemple parfait reste cette scène où Blanc se mutile avec des ciseaux en pensant s’arracher une tumeur. La scène est brutale, sanglante, et pourtant Lot y ajoute une musique guillerette en complet décalage avec ce qui se passe à l’écran. Ce n’est pas une posture esthétique ; juste une manière de rassurer à peu de frais le spectateur. Ou de le prendre pour un idiot…

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La Fille du RER

ECRANS | D’André Téchiné (Fr, 1h45) avec Émilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 11 mars 2009

La Fille du RER

Après deux films historiques forts (Les Égarés et Les Témoins), André Téchiné se lance dans un projet contemporain, l’affaire de la fausse agression antisémite du RER. Présenté en deux parties pas du tout égales (Les Circonstances et Les Conséquences), La Fille du RER repose sur un foutoir scénaristique qui ressemble à une trop longue exposition enchaînée à une conclusion expédiée. En lieu et place du développement, on a droit à des digressions peu pertinentes sur des personnages secondaires dessinés à la truelle… Formellement, ça part aussi dans tous les sens, mais produit parfois de belles séquences, comme ce tchat par webcams interposées où les visages seuls finissent par exprimer l’émotion produite par les mots. Téchiné n’a donc pas grand-chose à dire sur son sujet, et sa mécanique romanesque paraît plus artificielle que jamais, peu aidée par la maladresse des dialogues et des acteurs. À l’exception notable d’Émilie Dequenne : vieillie et amaigrie, la Rosetta des Dardenne retrouve l’instabilité fiévreuse du rôle qui l’a révélée, introduisant une ambiguïté qui est le seul trouble d’un film assez essoufflé. CC

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Musée haut, musée bas

ECRANS | de Jean-Michel Ribes (Fr, 1h33) avec Michel Blanc, Muriel Robin, André Dussollier…

Christophe Chabert | Vendredi 14 novembre 2008

Musée haut, musée bas

En théorie, il est ridicule de dire d’un film qu’il «n’est pas du cinéma». Après tout, si c’est filmé et monté, c’est projetable, donc c’est du cinéma. Mais Musée haut, musée bas, franchement, c’est pas du cinéma. L’écriture n’est qu’un amoncellement pénible de mots d’auteur sans une once de vie et de spontanéité. Et la suite de sketchs enchevêtrés au petit bonheur qui fait figure de scénario est aussi artificielle qu’un show télé dont le concept serait exploité jusqu’à l’overdose (les tribulations de spectateurs dans un musée, point). Enfin, le jeu des acteurs ne s’appuie que sur les codes du théâtre, de la diction aux entrées-sorties, et la caméra (enfin, la steadycam) tourne autour d’eux comme une toupie déréglée dans des décors-tableaux sortis de l’imagination d’un scénographe sous LSD. Impossible de rire, ou même de sourire, à ce truc vieillot, surgi de nulle part et alignant les clichés avec une méchanceté sinistre. La fin est un aveu : c’est un naufrage ! CC

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