Ministère à mère : "La Sainte Famille"

Comédie Dramatique | Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Photo : © Pyramide Films


La particule de son patronyme laisse supposer que l'auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d'une lignée enracinée dans l'aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d'Île-de-France ; où l'usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance.

Si on ne peut dire qu'on n'a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise — c'est même le fonds de commerce d'un certain cinéma français —, ce qui tranche ici, c'est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l'écoute et l'étreinte que dans l'hystérie collective, tout mucus sorti. Et la fin, d'une infinie tendresse, s'avère un modèle de douceur. Mais La Sainte Famille sonne aussi le glas de ce “monde ancien“, conscient de sa désuétude, qui anticipe sa dissolution en même temps que la disparition de ses aînées : le partage des biens familiaux, du vivant des aïeules et sous les yeux de la fantasque mère (formidable Marthe Keller), tient d'ailleurs lieu de liquidation symbolique.

Il y a également ce regard sur le monde politique recherchant du sang neuf dans la société civile ; ce cercle tournant tout seul et cependant en quête de visages vierges à afficher, davantage que d'idées innovantes pour changer les choses. Un brin désabusé, mais avec élégance.

La Sainte Famille
Un film de et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr, 1h30) avec également Marthe Keller, Léa Drucker, Laura Smet…

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Prenez garde ! : "Je promets d'être sage"

Comédie | Lassé par ses années d’échec au théâtre, Franck se fait recruter comme gardien vacataire dans un musée. Sa présence suscite l’hostilité de Sibylle, une consœur rigide, mais complète le staff et permet au conservateur de lancer un inventaire des collections. Au grand dam de Sibylle…

Vincent Raymond | Samedi 17 août 2019

Prenez garde ! :

Imaginez ce que peut donner la rencontre d’un chien fou et d’une minette sauvage dans un magasin de porcelaine : à peu de choses près, voilà à quoi équivaut l’association entre Franck et Sibylle ; deux caractères tellement dissonants qu’ils sont fatalement faits pour s’entendre. Cette comédie trépidante s’inscrit dans la droite ligne du cinéma de Pierre Salvadori, où prédominent fantaisie des situations, dialogue parsemés d’absurdités cocasses et courses-poursuites. Ronan Le Page laisse quelques zones d’ombre bienvenues sur le passé de Sibylle et donc la latitude de l’imaginer ou le déduire de ses actes. Quel plaisir : rien n’est plus agaçant qu’un scénario où la moindre intention a besoin d’être justifiée. Couronnée cette année pour une prestation dramatique — un registre dans lequel elle excelle (la voir face au regretté Maurice Bénichou dans la pièce Blackbird suffisait à s’en persuader) —, Léa Drucker possède également le rythme et l’abattage nécessaires pour camper un personnage de comédie aussi imprévisible que Sibylle, dont la mythomanie (un brin kleptomane) évoque l’héroïne de …C

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Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Roxane | Révélé au grand public par "Le Prénom" ou la série "Fais pas ci, fais pas ça", le comédien se glisse pour "Roxane" dans le bleu de travail d’un éleveur de poules amoureux de théâtre. Et se révèle convainquant dans ce premier film. Conversation lors des Rencontres du Sud.

Vincent Raymond | Lundi 26 août 2019

Guillaume de Tonquédec : « Quand on choisit un rôle, il y a toujours une résonance avec sa propre vie »

Avez-vous tourné dans une authentique exploitation ? Guillaume de Tonquédec : La réalisatrice, Mélanie Auffret, est petite-fille d’agriculteurs. Or il n’y a rien de plus beau que quelqu’un qui parle d’un sujet qui le touche — surtout dans un premier film. Sa nécessité de raconter m’a embarqué. Et je me suis laissé imposé avec plaisir une semaine de préparation : pour moi qui suis un citadin, c’était important de voir la vie des agriculteurs dans les fermes. Souvent, elle prétextait des décors à trouver pour me laisser seul avec eux sur un gros tracteur en rase campagne, ou avec des vaches ou des haricots à planter… J’ai appris b eaucoup de trucs ! Mais honnêtement, ce qui m’a le plus touché, c’est l’amour des agriculteur pour leur patrimoine, pour la terre, les animaux, leur travail… Tous ceux que j’ai rencontrés mon dit : « je ne voudrais pas faire autre chose ». Ça résonnait en moi, en tant qu’acteur, ce qui est de l’ordre de la passion, du sacerdoce, presque du sacrifice. Et quand l’un d’entre eux, qui a 55 ans et qui bosse du lundi au dimanche, m’a dit « cette année, je vai

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Les œufs de la rampe : "Roxane"

Comédie | De Mélanie Auffret (Fr, 1h28) avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Les œufs de la rampe :

La coopérative du village ayant mis un terme au contrat le liant à son exploitation avicole, Raymond tente le tout pour le tout pour sauver ses poules : lui, le passionné de théâtre, se filme sur Internet en train de déclamer des vers à ses gallinacés. Au cas où ça ferait un buzz… Pas très éloigné en thématique (ni sur la carte) du pathétique Normandie nue, ce premier long-métrage de Mélanie Auffret touche infiniment plus juste que la pantalonnade téléfilmesque de Philippe Le Gay. Oh, il y aura bien des esprits forts pour dénigrer par principe une comédie sociale s’inscrivant dans la ruralité ou moquer certains raccourcis. N’empêche : Roxane parle avec une appréciable fraîcheur de sujets aussi profonds que ceux abordés par Hubert Charuel dans Petit paysan : le cynisme des gros agro-industriels organisant la disparition des petites exploitations, le manque de soutiens accordés aux paysanneries non productivistes, l’avidité des banques “spécialisées“, l’absence de solidarité inter-professionnelle ou cette désespérance chroni

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Blues de la blouse : "L'Ordre des médecins"

Urgences | De David Roux (Fr-Bel, 1h33) avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Blues de la blouse :

Médecin hospitalier avalé par les urgences quotidiennes d’un métier vocation-passion, Simon fait admettre sa mère pour une rechute cancéreuse. Face à la gravité du mal, à l’inertie de certains collègues et à la résignation de sa mère, il se met en congé pour s’occuper d'elle… Ce premier long-métrage de David Roux mérite de se frayer son chemin singulier dans la jungle des films (et désormais de la série) “médicaux“ initiés par Thomas Lilti. Car en dépit de ce que le titre peut laisser supposer, il s’agit ici surtout des ordre et désordre d’un médecin en particulier ; de sa vie réduite par la force des choses à la pratique hospitalière — par contiguïté, on devine que l’addiction de Simon est largement partagée, même si tous ne vivent pas leur métier comme un apostolat. D’une certaine manière, il est la pathologie de son existence tout en étant son remède — la dose fait le poison, pour reprendre Paracelse. Le grand mérite de ce film est d’opérer (si l’on ose) un virage à 180° à l’intérieur de l’institution, permettant au soignant de la contempler en position distan

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Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Place Publique | En moralistes contemporains, Bacri et Jaoui cernent depuis plus d’un quart de siècle les hypocrisies et petites lâchetés ordinaires face à la notoriété ou à l’illusion du pouvoir. Conversation croisée avec un duo osmotique.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Jean-Pierre Bacri & Agnès Jaoui : « le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis »

Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On garde les même méthodes. Quel a été le point de départ de l’écriture de Place Publique ? AJ : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : « tiens, peut-être que ce sera une pièce… » L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précèdent, Au bout du conte qui avait cinquante-trois décors. Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoirs entre les gens — parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’en égratigner certains ? JPB : Si vous observez avec honnêteté, quand v

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L’essence de la défaite : "Place Publique"

Garden Party | Entre cuisine, dépendance et grand jardin, le nouveau ballet orchestré par Jaoui et Bacri tient de la comédie de caractères, s’inscrivant dans la lignée du théâtre de Molière, au point de tendre à respecter la triple unité classique. Une féroce et mélancolique vanité.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

L’essence de la défaite :

Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en perte de vitesse, son ex- Hélène, leur fille, et une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des fats décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants, portant leur misère pathétique en sautoir. Jaoui et Bacri bousculent une nouvelle fois les lois de la chimie en changeant le vinaigre en nectar — mais, après tout, d’aucuns racontent qu’un mage d’antan changeait l’eau en vin… Le buffet des vanités À peine vécue par celle qui l’organise (Léa Drucker, parfaite en Gatsby moderne vissée à

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Entre la mère et le pire de famille : "Jusqu’à la garde"

Le Film de la Semaine | Drame familial anxiogène, au réalisme brut et à l’interprétation terrifiante de vérisme, le premier long-métrage de Xavier Legrand offre à Denis Ménochet un rôle de monstre ordinaire le faisant voisiner avec le Nicholson de Shining au rayon des pères perturbés.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Entre la mère et le pire de famille :

L’an dernier, il fallait en remontrer au jury de la Mostra pour se distinguer sur la Lagune : la sélection vénitienne était en effet aussi éclectique qu’éclatante, comptant notamment Three Billboards…, Mother!, The Shape of Water, Downsizing et L’Insulte. Face à une telle concurrence, qui aurait misé sur le premier long-métrage de Xavier Legrand ? Qui aurait imaginé qu’il figurerait doublement au palmarès, meilleur réalisateur et meilleur premier film ? Au moins le public de son court-métrage Avant que de tout perdre, prologue de ce film résonant aussi fort qu’un uppercut. Jusqu’à la garde s’ouvre dans l’intranquillité d’une audience de séparation entre les époux Besson. Elle, frêle, craintive mais décidée de s’éloigner de lui, massif, menaçant au regard lourd. Entre eux, la garde de leurs enfants. Une fille bientôt majeure et un fils, revendiqué par chacun… Legrand, comme son nom l’indique Xavier Legrand réussit à prolong

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En l’absence des hommes : "Les Gardiennes"

Le Film de la Semaine | Xavier Beauvois transpose un roman de 1924 racontant comment les femmes ont assuré l’ordinaire et l’extraordinaire d’une ferme pendant la Grande Guerre. Une néo qualité française pétrie de conscience sociale et humaine ; du cinéma de réconciliation, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

En l’absence des hommes :

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense embauche Francine, une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange. Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne “de l’arrière”, la

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Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

Les Gardiennes | Pour sa troisième collaboration avec Xavier Beauvois, Nathalie Baye incarne la matriarche d’une ferme tentant de préserver ses terres alors que la Grande Guerre fait rage. Rencontre avec une comédienne drôle et investie.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

C’est plutôt rare de vous voir dans un film d’époque… Nathalie Baye : Il y a très longtemps, j’avais fait L’Ombre rouge, un film improbable de Jean-Louis Comolli qui se passait pendant la dernière guerre, Et puis j’avais fait le Moyen Âge avec Le Retour de Martin Guerre — mais Laura n’était pas née (rires). Je me souviens qu’à l’époque, l’équipe maquillage-coiffure m’avait fait essayé des trucs, et que j’étais effondrée : on aurait dit Mamie Nova (rires) ! Pour Les Gardiennes, on a cherché. Une fois qu’on a trouvé le juste équilibre, c’était merveilleux. Car lorsque que vous arrangez les cheveux et le maquillage d’une manière particulière, que vous sentez le poids du costume, une partie du travail est faite. Et toute la gestuelle suit. Quand je me rhabillais “normalement”, je ne marchais plus du tout de la même manière. Vos gestes étaient-ils à ce point différents ? On marche, on bouge différemment… On devient ce qu’on doit être au moment d’interpréter ses personna

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Tête de classe : "Les Grands Esprits" de Olivier Ayache-Vidal

ECRANS | de Olivier Ayache-Vidal (Fr, 1h46) avec Denis Podalydès, Léa Drucker, Zineb Triki…

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

 Tête de classe :

Un agrégé de lettres sentencieux exerçant dans un lycée prestigieux se trouve victime de sa forfanterie et muté pour un an dans un collège difficile de banlieue. Arrivant coincé comme un chien dans un jeu de quilles, il fera l’unanimité en juin auprès de ses collègues et ouailles…[bâille] Remix entre Le plus beau métier du monde, L’École pour tous et Entre les murs, ce premier longmétrage d’Olivier Ayache-Vidal ne peut décemment pas revendiquer l’originalité ; aimable, il reste bien naïf dans sa vision des choses : dans la vraie vie, ça finit rarement aussi bien. Reposant grandement sur l’aptitude naturelle de Denis Podalydès à porter du velours côtelé et à citer des grands textes (bien sûr, Luchini aussi aurait pu convenir, mais il devait avoir conseil de classe), cette comédie qui prétend se jouer des présupposés aligne les clichés comme un cancre des bulles. Vision rousseauiste des élèves, atténuation de la réalité, sauvetages-miracles, il n’y a guère que l’évocation des filandreuses procédures internes qui soit drôl

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"L’Économie du couple " : un douloureux huis clos

ECRANS | Un film de Joachim Lafosse (Bel/Fr, 1h40) avec Bérénice Bejo, Cédric Kahn, Marthe Keller…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Déjà qu’il est peu plaisant d’être le témoin privilégié d’une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupe à la grimace, d’arguties fielleuses, de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d’une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal. Des considérations tristement mesquines, à hauteur de porte-monnaie, montrant combien (sic) la passion est volatil, et ce qu’il peut rester d’un mariage lorsque la communauté amoureuse se trouve réduite… aux acquêts. Douloureux, éprouvant à voir — pour ne pas dire à subir —, ce quasi huis clos est moins insupportable lorsque des amis, invités dans cet enfer domestique, sont pris à témoins par les deux belligérants. Le temps d’une seule séquence, qu’on soupçonne d’être le prétexte du film — un court-métrage aurait suffi. Pour achever la punition, on se mange ici après Camping 3 un nouveau titre de Maître Gims in extenso. Pas très charitable pour le spectateur…

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Tiens-toi droite

ECRANS | De Katia Lewkowicz (Fr, 1h35) avec Marina Foïs, Laura Smet, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Tiens-toi droite

Désireux de redonner du souffle à un féminisme attaqué de toute part par les tenants réac' de la pensée zemmourienne, Tiens-toi droite s’enfonce dans un récit multiple dont les contours sont particulièrement flous. Les protagonistes sont présentées par une voix-off introductive — la mère de famille nombreuse, la miss réduite à un objet sexuel, la chef d’entreprise dont la vie personnelle est entamée par son activité professionnelle — mais en cours de route, Lewkowicz en rajoute une quatrième, une petite fille boulotte obsédée par les canons de la beauté féminine telle que la société les impose. Impossible de voir dans ce genre de coup de force narratif autre chose qu’un grand fouillis qui semble avoir échappé à tout contrôle : si Tiens-toi droite a un sujet, il n’a à proprement parler aucune forme, ni scénaristique, ni filmique, avançant au gré des intentions de son auteur et de séquences sans début ni fin, visiblement rapiécées par un montage hystérique. Le film paraît surtout totalement coupé du monde réel, fantasme d’une cinéaste qui oublie le spectateur, proche de ces piles de romans français qui déferlent à la rentrée littéraire et disparaissent en

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La Chambre bleue

ECRANS | Comme un contre-pied à "Tournée", Mathieu Amalric livre une adaptation cérébrale, glacée et radicale d’un roman de Simenon, où l’exhibition intime se heurte au déballage public, laissant dans l’ombre le trouble d’un amour fou et morbide. Intrigant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

La Chambre bleue

Que s’est-il passé dans la chambre bleue ? Le film fait d’abord semblant de ne rien cacher des ébats auxquels se sont livrés Julien et Esther, qui se sont connus au lycée et se retrouvent, quadras et mariés, pour vivre une passion adultère. Mathieu Amalric filme leurs corps nus dans des compositions ouvertement picturales et fragmentées, soulignées par une image au format carré et un usage méticuleux des longues focales : une lèvre mordue, un sexe féminin, une main qui caresse un ventre ; et au milieu une goutte de sang sur un drap immaculé, qui trouvera un écho plus tard dans un éclat de confiture qui tombe sur un sol blanc. Cette déconstruction de l’espace s’accompagne d’une déconstruction du temps : un crime a été commis et Julien se retrouve devant des policiers, un avocat, un psychologue… Qui a tué qui et pourquoi ? La Chambre bleue n’a pourtant rien d’un polar et ce qui intéresse Amalric dans le roman de Simenon, c’est un tout autre mystère : celui qui unit deux amants dont le secret est soudain dévoilé aux yeux de tous. C’est ce mystère qui rôde dans les interstices des plans, au carrefour d’une mise en scène faussement exhibitionniste et du déballage méd

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96 heures

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h36) avec Niels Arestrup, Gérard Lanvin, Laura Smet…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2014

96 heures

Pris en otage par Kancel, un truand suave mais très méchant, le patron de la BRB a 96 heures pour avouer quel est l’enfant de salaud qui l’a balancé et l’a envoyé croupir derrière les barreaux. Entouré d’hommes de main aussi bêtes que sadiques, Kancel boit du bon vin, fait un barbecue, va rendre visite à sa fille et à son petit fils et s’énerve de temps en temps, de préférence quand on ne s’y attend pas. Un rôle sur mesure pour un Niels Arestrup excellent mais qui, cette fois-ci, ne sauve pas le film de la médiocrité totale. Entre un Gérard Lanvin qui laisse ses couilles tranquilles pour s’occuper exclusivement de l’oreillette très visible dans laquelle on lui souffle ses dialogues, des rebondissements que l’on devine en moyenne vingt minutes avant leur arrivée à l’écran et une direction artistique calamiteuse qui souligne le budget visiblement serré de cette série B mal assumée au scénario débile, tout est au bas mot grotesque et dépourvu de toute intensité dans le suspense. Depuis son nanar Truands, on ne croit plus trop en un sursaut de Schoendoerffer ; 96 heures confirme qu’il ferait mieux d’aller tourner des épisodes de Braquo — à moins qu

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Fedora, star au crépuscule

ECRANS | Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 septembre 2013

Fedora, star au crépuscule

Fedora revient sur les écrans, après une longue absence. Cette phrase marche pour le film de Billy Wilder, quasi-invisible depuis sa sortie en 1978, mais aussi pour l’histoire qu’il raconte : celle d’une star mythique, recluse sur une île à Corfou entourée d’une vieille infirme, d’une gouvernante, d’un garde du corps et d’un médecin alcoolique, qu’un producteur «indépendant» cherche à convaincre de faire son come back dans une nouvelle adaptation d’Anna Karenine. Tout fait retour dans Fedora, y compris Billy Willder lui-même, qui offre une variation évidente autour d’un de ses plus grands succès, Sunset Boulevard. Le cinéma a changé en un quart de siècle, et la gloire du muet terrassée par le parlant s’est transformée en diva énigmatique, Dorian Gray féminine pour laquelle la chirurgie esthétique remplace le tableau diabolique. En revanche, William Holden est toujours là, mais lui accuse le poids des années, tout comme Hollywood, balayé par «les jeunes cinéastes barbus» et leurs «caméras légères». La puissa

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Au galop

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr, 1h33) avec Valentina Cervi, Marthe Keller…

Jerôme Dittmar | Jeudi 11 octobre 2012

Au galop

On n'a rien contre les films de dandy parisien, du moment qu'ils sont à la hauteur du dandysme. Beaucoup moins proche d'Eustache que d'Assayas, sans avoir la prétention d'être l'un ou l'autre, le premier long de l'acteur Louis-Do de Lencquesaing rappelle cet adage. Histoire d'un romancier parisien et des trois femmes de sa vie (sa mère, sa fille et sa maîtresse), Au galop n'est pas du genre à savoir tenir sa monture. Platement filmés, ces petits désordres amoureux et existentiels ressemblent à une compilation "tendance du cinéma français" avec au programme : adultère, mort, naissance, liberté, amour, famille et droits de succession. Beaucoup pour un seul homme. L'air de déjà vu n'aurait rien de fâcheux si De Lencquesaing nourrissait ses intrigues autrement que d'un lointain regard sur les choses. Et si son personnage n'était pas qu'un grand vide (plus ou moins voulu, peu importe) qui finalement ne révèle rien. Le manque de matière est ici un peu alarmant. Jérôme Dittmar

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Le Père de mes enfants

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Mia Hansen-Löve rend hommage à la figure tragiquement disparue du producteur Humbert Balsan, en s’intéressant à ce et ceux qui restent après le deuil. Un film simple et bouleversant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 décembre 2009

Le Père de mes enfants

L’histoire du "Père de mes enfants" rejoint, d’une certaine manière, celle de sa fabrication. Mia Hansen-Löve, ancienne critique aux "Cahiers du Cinéma" et protégée d’Olivier Assayas, décide de passer à la réalisation avec "Tout est pardonné". Peu après la fin du tournage, son producteur Humbert Balsan, figure majeure du cinéma d’auteur mondial, se suicide dans son bureau. Pour son deuxième long, Hansen-Löve retrace par la fiction les derniers jours de Balsan, se laissant un maximum de liberté avec la réalité pour accoucher d’un film vraiment émouvant, où le vide laissé par la disparition d’un homme passionné doit être comblé à tous les niveaux : professionnel, intime, familial… La mort au travail Le "Père de mes enfants" commence comme une petite chronique très française : le producteur Grégoire Canvel (Louis-Do de Lencquesaing, formidable de naturel) rejoint sa petite famille dans sa maison de campagne, se fait arrêter par la police parce qu’il roule trop vite, joue un peu avec ses enfants. Ambiance de félicité domestique que soulignent les rythmes bondissants du "Egyptian reggae" de Jonathan Richman… Mais les choses vont vi

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Cyprien

ECRANS | De David Charhon (Fr, 1h38) avec Elie Semoun, Léa Drucker…

Christophe Chabert | Mercredi 18 février 2009

Cyprien

Bien sûr, on pourrait se contenter de considérer ce produit de con-sommation pour ce qu’il est : un accident industriel grandiloquent et franchement gênant pour tous ses protagonistes. Le problème, avec ce décalque vaseux de Dr Jerry et Mister Love, c’est qu’il s’agit probablement du plus gros doigt d’honneur jamais fait en direction de la communauté geek. Une communauté dont on peut reconnaître l’élitisme stérile, le communautarisme forcené ou l’aveuglement théorique, mais de là à traiter ses membres de «losers et d’attardés mentaux» (dixit le personnage principal dans son monologue final), il y a quand même un pas que ce médiocre navet, du haut de sa condescendance crasse, n’hésite pas une seconde à franchir dans toute sa matoise inconscience. Pour vous confronter au sujet avec autrement plus de pertinence et de sincérité, on vous conseillera plutôt la vision de la très bonne sitcom américaine The Big Bang Theory. FC

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Coluche

ECRANS | D’Antoine De Caunes (Fr, 1h43) avec François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Coluche

Coluche ressemble exactement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’Antoine De Caunes : la copie sans rature d’un élève ayant si peur de mal faire qu’il ne fait pas grand chose. Tous ses films sont ainsi, et celui-ci peut-être plus que les autres… Plutôt qu’une bio filmée, Coluche évoque un moment de la vie de l’acteur, quand il décide de se présenter aux présidentielles en 1981. Décision intéressante, mais dont on ne trouvera jamais de justification à l’écran. La période ? Juste un décorum folklorique… La politique selon Coluche ? Un poujadisme irresponsable mais finalement salutaire. Sa vie privée ? Des fêtes et de la came, mais pas vraiment de drame à l’horizon. Ce qu’il manque à tout ça, c’est un point de vue qui donnerait du relief aux événements qui se succèdent à l’écran. Film plat agité par d’agaçants gimmicks de réalisation et plombé par le syndrome Patrick Sébastien (Demaison transparent, Drucker enlaidie…), Coluche laisse indifférent ; un comble vu le côté polémique du personnage… CC

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En mode majeur

SCENES | Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 21 mai 2008

En mode majeur

Théâtre / Léa Drucker et Maurice Bénichou s'avancent sur scène et saluent pour la quatrième fois, les spectateurs sont debout. Quelques instants auparavant, au moment où les lumières se sont éteintes, une émotion palpable avait gagné les rangs. Certes il y a le texte de Davis Harrover, tranchant, sans concession. Certes le thème de la pièce (une jeune femme retrouve un homme avec qui elle a eu des rapports sexuels alors qu'elle avait douze ans et lui quarante) est de nature à troubler le public. Mais une simple lecture ne suffit pas à s'en convaincre. Il fallait mettre ces mots dans la bouche de Maurice Bénichou, faire jaillir cette violence de la frêle Léa Drucker pour réaliser à quel point Blackbird est une œuvre forte et subtile. Claudia Stavisky, à la mise en scène, a choisi de se conformer scrupuleusement aux descriptions données par l'auteur, la rencontre entre Una et Ray se fait donc dans une usine, dans une grande pièce encombrée de déchets où les employés ont l'habitude de déjeuner. Cette sobriété permet de laisser tout l'espace aux personnages, et de souligner l'ambiguïté de la relation qui a existé entre Una et Ray. Il l'a aimé alors qu'il n'en avait pas l

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Acteur sans alibi

SCENES | Maurice Bénichou partage avec Léa Drucker l’affiche de «Blackbird» aux Célestins et celle du «Grand Alibi» de Pascal Bonitzer au cinéma. Rencontre avec un acteur exigeant et habité par ses rôles et par son métier. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 24 avril 2008

Acteur sans alibi

Petit Bulletin : Comment avez-vous été contacté pour ce rôle dans Blackbird ? Connaissiez-vous le texte de David Harrower ? Maurice Bénichou : Je l’ai découvert à cette occasion. Léa Drucker et Claudia Stavisky m’ont demandé si je souhaitais jouer le rôle masculin, j’ai lu le texte qui m’a beaucoup plus, et j’ai accepté. C’est très simple. Qu’est-ce qui vous a intéressé ? Le personnage ? Le sujet ? La langue ? Tout. Le personnage, bien sûr, mais pas seulement. Je trouve qu’il y a une forme tout à fait remarquable, que l’on retrouve dans la traduction. Il y a une réflexion sur le langage qui est étonnante. Ce sont des gens perdus dans leurs souvenirs et dans l’impossibilité de communiquer ; il doivent attendre la fin de la pièce pour pouvoir communiquer normalement. L’argument est très simple : c’est l’histoire d’un homme qui a une vingtaine d’années de plus qu’une jeune femme. Ils se sont connus alors qu’elle avait douze ans et lui quarante, il y a eu acte de pédophilie, mais en vérité ils étaient amoureux l’un et l’autre, et on le découvre à l’occasion de leurs retrouvailles. C’est une histoire d’a

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