De nouvelles couleurs pour le cinéma italien au Comoedia

Rencontres autour du cinéma italien d’aujourd’hui | Moribond il y a vingt ans, fracassé non pas par un capitaine, mais par un cavaliere à la tête de son armée de chaînes de télévisions, le cinéma italien a repris quelques couleurs, trouvant de dignes héritiers à ses glorieux aînés avalés par la terre.

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Photo : © Le Pacte


Quelques jours après les premières célébrations du centenaire de la naissance de Federico Fellini, le Comœdia, l'Institut Culturel Italien et l'Université Lyon 3 consacrent trois jours à l'actualité de la production transalpine autour de cinq longs-métrages emblématiques, dont quatre inédits et quatre déjà récompensés à travers les festivals.

Profitez-en pour voir, si cela n'avait point été fait, l'étonnant Martin Eden de Pietro Marcello, transposition quasi-contemporaine et ultra politique du roman d'apprentissage de Jack London ayant permis à Luca Marinelli de décrocher la Coupe Volpi à Venise. Politique, la sélection l'est d'ailleurs globalement. Tel le film choisi en ouverture, Effetto Domino de Alessandro Rossetto (en sa présence), auréolé du Prix spécial du jury à Annecy en 2019. Également Prix du Jury, mais à Venise, le documentaire La Mafia non è più quella di una volta de Franco Maresco (représenté par son producteur Rean Mazzone), portant sur le massacre de la via d'Amelio. Carlo Sironi accompagnera Sole, lui aussi distingué par le Prix du Jury, mais à Villerupt.

Enfin, la clôture s'effectuera avec une œuvre très attendue, puisqu'il s'agit du Pinocchio de Matteo Garrone. Le classique de Collodi est un peu pour les cinéastes italiens ce que Les Misérables de Victor Hugo est à leurs homologues hexagonaux : un bâton de maréchal. S'inscrivant à la suite de Comencini, Enzo d'Alò ou Roberto Benigni (qui endosse ici le rôle de Gepetto), Garrone signe un beau film émouvant, avec ce qu'il faut de grotesque et d'enfantin, mais aussi de morale et de politique. On ne se refait pas…

Rencontres autour du cinéma italien d'aujourd'hui
Au Comœdia ​les mercredi 5, jeudi 6 et vendredi 7 février


La Mafia non è più quella di una volta

De Franco Maresco (It, 1h45) avec Letizia Battaglia, Ciccio Mira, Matteo Mannino

De Franco Maresco (It, 1h45) avec Letizia Battaglia, Ciccio Mira, Matteo Mannino

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19 juillet 1992 a lieu le massacre de la via d'Amelio (martyrs de l'antimafia). Franco Maresco dresse le portrait de Ciccio Mira, organisateur de fêtes. Il semble être en quête de rédemption tout en ayant des paroles qui trahissent une certaine nostalgie de " la mafia du passé "...


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Après Miss et James Bond, Pinocchio et La Daronne sont reportés

ECRANS | C’est le film à suspense dont les professionnels du cinéma (et le public) se passeraient bien. Malheureusement, il devrait connaître encore bien des rebondissements avant son dénouement…

Vincent Raymond | Vendredi 6 mars 2020

Après Miss et James Bond, Pinocchio et La Daronne sont reportés

Alors que la fréquentation dans les salles enregistre depuis le début 2020 des résultats calamiteux (-27% à Lyon par rapport à 2019, à date), plombée par l’absence de film très porteur, le Covid-19 s’invite dans le jeu, menaçant franchement la diffusion aux deux bouts de la chaîne. En amont, producteurs et distributeurs ont vite arbitré : craignant que leurs films (donc, leurs investissements) pâtissent d’une moindre exposition et “manquent leur public“ à cause de la pandémie, plusieurs d’entre eux ont préféré décalé leurs sortie. Premier à avoir agi le 3 mars, Warner Bros France pour le film Miss de Ruben Alves (initialement prévu le 11 mars, décalé au 23 septembre). Dans la foulée, on apprenait que Rocks de Sarah Gavron sortirait chez Haut et Court le 17 juin en lieu et place du 15 avril. Et puis le 4 mars, le block-buster mondial sur lequel comptaient toutes les salles pour se refaire une santé au printemps se décommandait à son tour : dans un communiqué laconique, MGM, Universal et les producteurs de Bond, annonçaient le

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London, Italie : "Martin Eden"

Drame | L’Italie, dans une vague première moitié du XXe siècle. Pour avoir défendu un bourgeois dans une bagarre, le jeune marin Martin Eden est introduit dans sa famille. Fasciné par la fille de la maison, il cherche à se cultiver pour s’élever. Mais peut-on impunément quitter sa classe d’origine ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

London, Italie :

Pietro Marcello effectue ici une transposition libre et engagée du roman de Jack London, où les interférences avec l’histoire politique transalpine trouvent un écho dans la forme même du film. L’époque composite dans laquelle les faits se déroulent évoque autant le début du XXe voyant la coagulation du mouvement prolétaire autour de la doctrine marxiste, l’entre-deux-guerre (l’avénement du fascisme), les années soixante dans les bas quartiers napolitains que (de manière fugace) le temps contemporain, où des réfugiés échouent sur les plages italiennes. Un flou volontaire faisant de Martin Eden un personnage somme et atemporel ; une figure symbolique, éternelle voix du peuple arrachée à sa condition par l’éducation et la culture, dont l’élite ne pardonne ni n’oublie la modeste extraction et que son milieu d’origine perçoit comme un social-traître. Un être duplice également, écartelé entre ses identités, fatalement voué à la contradiction intime le poussant à une forme de fuite. Scandant son film d’images d’archives de visages et de foules de toutes les é

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Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

SCENES | Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (...)

Nadja Pobel | Mardi 22 décembre 2015

Au TNP, un Pinocchio en chair et en os

Comment raconter Pinocchio sans marionnette ? Avec les deux éléments-clés de son éthymologie, rappelée par le metteur en scène et acteur Didier Galas : le pin (pino) et l'œil (occhio), synthétisés ici par une cabane ajourée. Elle sert de refuge au petit personnage qui, devenu chair, relate les aventures insensées qui ont précédé : l'attaque par le chat et le renard, sa transformation en âne, son engloutissement par la baleine.... Réfutant tout réalisme, Didier Galas mise sur son talent de conteur et invente une situation nouvelle : le théâtre est en fait la salle d'attente du salon de coiffure dans le lequel officie l'ancien pantin. Repenti, il a accédé à un métier moins merveilleux que sa vie passée, mais bien moins destructeur aussi. On est loin de la créativité débordante dont avait faire preuve Joël Pommerat pour restituer cette histoire universelle. L'exercice que propose Galas est radicalement différent puisqu'il fait de son jeu l'axe majeur de son spectacle. Avec agilité et gouaille, il donne un tempo relevé à cette heure de récit (dès 7 ans), n'hésitant pas à interpeller son public et à jouer (malheureusement un peu trop) avec la cap

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Réveillon 2015 : du côté du théâtre

SCENES | De moins en moins de salles restent ouvertes pour le 31. Les Célestins eux, se tiennent à la tradition, avec un spectacle à destination des grands et (...)

Nadja Pobel | Mardi 15 décembre 2015

Réveillon 2015 : du côté du théâtre

De moins en moins de salles restent ouvertes pour le 31. Les Célestins eux, se tiennent à la tradition, avec un spectacle à destination des grands et petits. Cette année, il sera signé Turak, que l’on a connu jadis avec son armée de pingouins en pommes de terre et de retour pour une création où il mêle son univers loufoque à celui d’un classique, Carmen. Ce maître du théâtre d’objets, de son vrai nom Michel Laubu, plonge l’héroïne espagnole dans sa Turakie, ce pays imaginaire pensé comme un «reflet un peu déformé du monde qui nous entoure». Il a choisi au passage de transposer cette célèbre histoire sous l’eau avec, en entame de show, un film d’animation montrant un orchestre composé de moules, crabes et langoustines jouant de la trompette, des cymbales ou du violon – apparaîtront ensuite ses fameuses créatures bricolées, dont une Carmen avec cheveux de vinyle et portant pour robe une toile de tente. À noter que si un musicien est sur le plateau, c’est le précieux guitariste Rodolphe Burger qui a prêté son talent à la bande son enregistrée. Toujours à destination des enfants (dès 7-8 ans), le TNP ouvre lui s

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Pinocchio

ECRANS | De Enzo d'Alo (Fr-Bel-It-Lux, 1h20) animation

Jerôme Dittmar | Dimanche 17 février 2013

Pinocchio

Comment apporter un regard neuf sur Pinocchio après tant d'adaptations ? En passant après Disney, l'Italien Enzo d'Alo avait l'avantage. Il avait surtout pour lui de pouvoir corrompre, comme ceux l'ayant précédé, le conte de Collodi, fable furieusement moralisatrice visant en son temps à remettre les pulsions anarchistes de l'enfant dans le droit chemin. Moderne après les modernes, d'Alo reprend le matériau d'origine, les situations, les personnages, l'énergie incontrôlable de son héros distrait préférant s'amuser plutôt qu'étudier. Mais si la visée conservatrice est largement adoucie voire renversée - l'école y est montrée comme un enfer, le film peine toutefois à se trouver une voie sacrée de substitution. Malgré un style pictural irréprochable, peu de poésie ou d'étrangeté se dégage des images de cette relecture qui préfère les courses-poursuites, l'ivresse rythmique et le rap à la fable métaphysique sur le devenir humain des choses. De là à dire que l'époque est coupable... Jérôme Dittmar

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La science des rêves

SCENES | L’homme par qui la magie fait sens : l’indispensable metteur en scène Joël Pommerat ne lésine avec les artifices du théâtre pour passer à la loupe ses contemporains sans oublier de montrer leurs rêves et cauchemars. La preuve par l’exemple avec "Ma chambre froide" accueilli au TNP pendant dix jours. Portrait et critique.

Nadja Pobel | Mercredi 21 décembre 2011

La science des rêves

Joël Pommerat a cessé d’être acteur à 23 ans en 1986. Pas encore très vieux mais une évidence est là : il ne veut pas être une marionnette sur laquelle un metteur en scène tout puissant dépose un rôle préconçu. Car pour lui, l’acteur est au cœur du dispositif théâtral, le metteur en scène doit composer avec son être entier et le dépouiller de ses automatismes et de son savoir-faire. Pommerat se met alors à «écrire des spectacles». Ni metteur en scène, ni écrivain, mais bien auteur de spectacle. Ses pièces sont pourtant publiées, mais deux mois après le début des représentations car elles sont écrites au plateau, fignolées en jeu. Avec sa troupe fidèle, il fonde la compagnie Louis Brouillard au début des années 90. Ce nom, pas tout à fait anodin, donne une idée du bonhomme : «Je me dis parfois que Louis Brouillard a vraiment existé comme Louis Lumière, qu’il a inventé le théâtre et que je suis le seul à le savoir» disait-il en plaisantant récemment au micro de France Culture. Plus sérieusement, il fige ce nom à une époque où le théâtre du Soleil est omniprésent, où les jeunes compagnies prennent un nom de météo (embellie, vent…). Lui opte pour le brouil

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