La suite (du festival) à l'anglaise

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Photo : © Carlotta Films


« Sorry, we missed you ! » Désolé, on a loupé le début du festival, mais en arrivant un peu avant la mi-temps, tout n'est pas perdu — d'ailleurs, vous pourrez encore voir deux fois le film de Ken Loach si terriblement juste quant à la situation des “micro-entrepreneurs“ uberisés (et de la distribution de courriers et colis en Grande-Bretagne).

Édition du quart de siècle frappée par l'infamie du Brexit tout juste prononcé, Ciné O'Clock se présente plus que jamais comme un pont culturel, balloté par les vicissitudes de l'Histoire et l'irrépressible désir de certains nostalgiques de demeurer reclus dans leur insularité. Certes, la nostalgie a parfois du bon, lorsqu'elle permet de ressusciter au moins temporairement et par la grâce de l'écran, des voix et des figures ayant définitivement “brexité“, à l'instar de David Bowie. Emblème de l'affiche, le chanteur qui fut le comédien que l'on sait a droit à deux séances particulières méritées : une Nuit jeudi 13 façon double bill fantastique (avec Les Prédateurs et L'Homme qui venait d'ailleurs) et l'inénarrable soirée blind test autour du documentaire Ziggy Stardust and the Spiders from Mars de Pennebaker.

La réputation musicale du Royaume-Uni n'étant plus à faire, vous ne vous étonnerez pas de trouver en guise de présent pour la St-Valentin une projection du délicieux High Fidelity, savoureuse adaptation de Nick Hornby signée Stephen Frears, ni le biopic Judy en clôture, taillé pour que Renée Zellweger décroche un Oscar. Avant cela, des tasses de thé en pagaille (Downtown Abbey), des histoires de guerre (Mr. Jones), ou de terre (The Lonely Battle of Thomas Reid), entre autres séances. À noter que le festival a toujours le bon goût de se délocaliser dans d'autres salles de la Métropole et au-delà…

Ciné O'Clock
Au Zola jusqu'au dimanche 16 février


Les Prédateurs

de Tony Scott (ÉU, 1h29) avec Catherine Deneuve, David Bowie...

de Tony Scott (ÉU, 1h29) avec Catherine Deneuve, David Bowie...

voir la fiche du film


Première réalisation cinématographique de Tony Scott, frère de Ridley Scott dont on sent l’influence à chaque plan, le film, malgré son casting prestigieux, fut un échec à sa sortie en salle. L’intrigue sombre et mortifère ainsi qu’une esthétique sophistiquée et glacée n’ont pas su trouver leur public. Mais la maîtrise exceptionnelle pour une première réalisation dont fit preuve Tony Scott, la qualité de l’interprétation, la splendeur visuelle des images et l’intrigue subtilement complexe firent, au fil des ans, de cette œuvre originale un film majeur du cinéma américain des années 1980, du cinéma fantastique et du cinéma gay, mais aussi l'une des œuvres phare du mouvement gothique. Au début du film, on peut entendre une célèbre chanson du groupe de rock gothique Bauhaus, Bela Lugosi's dead, clin d'œil à un des plus célèbres interprètes de films de vampire. Le film comprend une scène d'érotisme saphique entre les deux célèbres actrices. La scène est d'une rare délicatesse, et elle est devenue célèbre en partie grâce au duo de femmes extrait de l'opéra Lakmé de Léo Delibes, que l'on entend pendant que Miriam Blaylock transmet son pouvoir à Sarah Roberts par une tendre morsure au creux du bras. Susan Sarandon commente ce passage dans le film documentaire de 1995 The Celluloid Closet, consacré à l'homosexualité dans le cinéma, notamment hollywoodien. Les Prédateurs fait partie de ces quelques films qui ont assuré à Catherine Deneuve le statut, fort apprécié par l'actrice elle-même selon ses dires, d'icône lesbienne et gay.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter