Marjane Satrapi : « l'art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Radioactive | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Photo : © Studio Canal


À l'instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c'est un peu vous ?
Marjane Satrapi
: C'est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l'on ne pouvait pas faire chez nous, je comprends donc sa difficulté d'être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m'en fous, en fait. J'apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu'elle ne soit pas quelqu'un de parfait. Je n'ai pas voulu en faire une héroïne, c'est-à-dire l'image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu'elle n'était pas toujours commode. C'était un être humain avec ses imperfections !

Au-delà de l'album de Lauren Redniss, qui vient de paraître, comment avez-vous déterminé ses contours ?
Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l'histoire. Pour moi, on a la perception la plus correcte de qui elle était à travers ses propres écrits, ses lettres, son journal intime et les mots qu'elle utilisait.

Comme dans Poulet aux prunes ou The Voices, votre protagoniste se trouve ici encore dans une situation de huis clos l'obligeant à explorer sa créativité ou ses mondes intérieurs. Serait-ce un écho à votre passé d'illustratrice, confrontée à sa page blanche dans son atelier ?
Si je le fais, c'est de façon inconsciente ; certaines histoires m'intéressent plus que d'autres, et j'essaie juste de faire ce que j'ai envie de faire. Et les envies évoluent à chaque période de la vie. Vous savez, si j'avais voulu conserver ma place, je ne serais jamais passée au cinéma ! J'aurais sorti Persepolis 5, 6, 7, 8, etc. (rires). Je n'ai pas de sécurité dans mon travail, mais si en plus il fallait que je travaille comme une fonctionnaire toujours sur la même chose, j'aurais perdu sur tous les plans ; il me faut la liberté de choisir.

Quand mon agent m'a parlé de ce projet, je savais que depuis les années 1940, il y a eu des films, des séries et des documentaires en veux-tu en voilà sur Madame Curie. Cette histoire valait d'être racontée à condition qu'il y ait un autre point de vue ou une autre vision — c'est là que ça devenait intéressant. D'ailleurs, le film s'appelle Radioactive et pas Marie Curie. Et il réunit tous les sujets : une grande histoire d'amour — une vraie puisqu'il y en a un qui meurt, sans cela il n'y en a pas ; on se fout de Roméo et Juliette s'il se marient et qu'ils ont des enfants —, l'amour pour la science, et les deux caractères de Pierre et Marie Curie. De la découverte du radium à leur mort, c'est une même et seule histoire.

Enfin, il ya avait un côté épique et beau. Car ce qui m'intéresse dans le cinéma (et dans l'art en général), ce n'est pas de recopier la réalité : elle existe déjà. J'ai toujours pensé que l'art était une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté. Et il me faut toujours des mondes un peu parallèles pour explorer ou imaginer des choses. Je ne peux me contenter de retranscrire. C'est aussi pour cela que je prends une actrice comme Rosamund Pike qui, physiquement, ne ressemble pas du tout à Madame Curie. Je ne voulais pas la singer, mais montrer son esprit. En ce sens, ce n'est pas un vrai biopic — d'autant que l'on parle de choses qui arrivent après elle.

Le point de vue du film, ce serait justement celui de l'atome. Et la structure du film, avec ces extensions s'échappant sporadiquement de la linéarité du récit pour révéler le futur de la radioactivité au XXe siècle, rappelle la désagrégation de l'élément radioactif…
Vous avez totalement raison quant à la structure atomique du film : la radioactivité, c'est un grand atome très lourd qui de temps en temps perd de sa masse. Et en perdant des protons et des neutrons, il devient un autre élément, quelque fois solide, parfois gazeux doté d'un autre numéro atomique et demeure néanmoins radioactif. Je n'y avais jamais pensé, mais vous m'éclairez sur mon propre travail (rires). Cette structure originale, on l'a pas mal retravaillée. Dans le scénario, les flash forward étaient placés ailleurs ; on a raconté des choses différentes en les plaçant à d'autres moments.

Au départ, Madame Curie marchait vers son laboratoire et l'on suivait en même temps un gamin courant vers Hiroshima, pendant que le titre Radioactive apparaissait sur la bombe atomique, ce qui sous-entendait “Madame Curie égale la bombe atomique“ ; or ce n'est pas du tout le propos du film. Si en revanche on place cette séquence pendant le discours de Pierre Curie en 1904, où celui-ci se pose déjà la question des résultats que cette chose peut donner entre des mains criminelles, là ça prend tout son sens. De façon générale, on accuse souvent à tort les scientifiques. Or le scientifique, c'est ce qu'il y a de plus humain chez nous : c'est ce qui a poussé les grands singes que nous étions à essayer de comprendre le monde qui nous entoure au lieu d'en avoir peur, qui nous a incité à créer ; c'est la curiosité de l'être humain. Après, la question, c'est : que font les êtres humains de leurs découvertes ?

La séquence de cauchemar de Marie Curie fait beaucoup penser à celle de Vertigo. Est-ce un hommage ?
Maintenant que vous me le dites…

Je vous assure, j'essaie de ne rendre hommage à aucun film. Parce que dans un hommage, il y a toujours une paresse ; or moi je veux faire mon boulot, pas copier celui de quelqu'un qui a fait un super travail sous prétexte que c'est un hommage. Si je l'ai fait, c'est de façon inconsciente.

On fait forcément des choses de façon inconsciente : tout ce que je vois, lis ; tout ce qui me touche me laisse une empreinte qui forcément, va se transformer. Pour moi, ce n'était pas un hommage ; maintenant, si ça ressemble, tant mieux… et tant pis.

Pour cette séquence, je me suis interrogée sur ce qui pouvait se passer dans notre cerveau lorsque l'on perd quelqu'un que l'on aime autant. Ça m'a rongée pendant des jours et des jours pour trouver comment matérialiser en images un cauchemar. Comme la radioactivité, d'ailleurs : comment la montrer puisqu'elle est invisible ? Dans tout ce film, ma lutte était de montrer des choses invisibles, mettre en images ce qu'on ne peut pas voir.

2020 a été consacrée “année de la bande dessinée“. Avez-vous encore un pied dans le monde de l'illlustration, ou bien celui-ci appartient-il à votre passé ?
Sérieusement, cela appartient au passé. Pour être honnête avec vous, la dernière BD que j'ai faite a été publiée en 2004 ; depuis je n'en ai plus fait. Ce n'est pas que je renie mon passé, j'ai été très contente de faire des BD, mais — c'est très arrogant ce que je vais vous dire — j'ai fait six BD qui ont eu tous les prix et ont été très remarquées. Je ne peux pas le théoriser, mais instinctivement je sais comment faire des BD : je connais les ficelles, j'ai des facilités. Et dès que j'ai des facilités, ça ne m'intéresse plus. Car je n'ai pas d'effort intellectuel à faire, je n'ai pas à creuser dans des endroits de mon cerveau où je n'irais pas spontanément chercher des trucs. Bref, je n'ai pas l'impression de faire un travail honnête, mais plutôt de frauder.

Dans le cinéma, en revanche, il y a quelque chose hors de mon contrôle. Une fois que j'ai terminé une BD, je ne suis pas surprise par quelque chose de merveilleux parce que j'ai tout contrôlé de l'écriture à l'encrage. Au cinéma, je suis obligée de travailler avec des corps de métiers qui sont nettement meilleurs que moi dans leur domaine : le décorateur, le chef-op, tout le monde dans sa spécialité est meilleur que moi. Et donc j'arrive à des trucs que je n'avais même pas imaginés : mon travail m'étonne puisque ce qui sort de moi est transformé et que je n'ai pas de contrôle sur tout. C'est tellement stimulant ! Le reste du temps, quand j'ai besoin de dessiner, je fais de la peinture — où là, je n'ai pas besoin d'avoir de narration. Même si je suis bavarde, parfois j'aime bien me taire aussi (rires). Et entre les deux, je peux trouver un équilibre.

Malgré tout, avez-vous suivi les réactions des professionnels et du Ministre de la Culture à la publication du Rapport Racine pointant la condition souvent précaire des auteurs de BD ?
Je vais dire quelque chose qui va créer des polémiques : je n'ai jamais trop été pour l'art subventionné, parce que la subvention tue l'art, quelque part. Vous savez, quand vous DEVEZ faire un travail artistique, quoiqu'il arrive vous le ferez, quitte à ce que vous vous coupiez les veines pour boire votre propre sang, parce que c'est une question de vie ou de mort. Un traducteur de Tolstoï m'expliquait qu'à l'ère soviétique, il y avait 1200 auteurs russes alors qu'aujourd'hui, il n'y en a plus que 147. Mais il n'y en a toujours eu que 147, à vrai dire ; il y en avait 1000 qui étaient des auteurs officiels.

L'artiste se doit d'être insolent. Mais à quel point peut-il l'être s'il est nourri par la main de l'État ? Peut-être que des gens peuvent cracher dans la soupe, moi pas. Si on me donne un truc, je suis infiniment reconnaissante. Mais j'ai un peu de mal à faire du rentre-dedans…

En France, il y a beaucoup d'aides. On ne se rend pas compte. Pour les artistes, c'est le paradis. Par exemple, tous les gens que je connais dans le dessin animé peuvent toucher des allocations d'intermittent : ils travaillent six mois et après, pendant six mois, ils peuvent faire leurs illustrations, leurs dessins… À ma connaissance, ce système incroyable n'existe dans aucun autre pays au monde. En France, il y a cette chose de dire « c'est pas bien ». C'est pas mal de dire aussi que c'est un super pays. Comme Madame Curie, quand je suis arrivée pour étudier ici, j'ai reçu une aide de l'État qui m'a accordé des allocations pour payer mon loyer sans que j'aie rien demandé. Les études étaient gratuites pour moi, j'avais la Sécurité sociale, c'était un truc incroyable ! Pourquoi me donnait-on toutes ces choses ? Des années après, quand j'ai payé des impôts, j'étais évidemment hyper fière de pouvoir faire partie de ce système parce qu'il fonctionnait. J'aime beaucoup ce pays. Vive la France !


Marjane Satrapi, repères

1969 : Naissance le 22 novembre à Racht (Iran)

1994 : Après plusieurs voyages, elle intègre les Arts Déco à Strasbourg

2000 : Publication du premier des quatre volumes de Persepolis, roman graphique autobiographique qui la révèle. Un tome sortira par an jusqu'en 2003

2004 : Poulet aux Prunes, son dernier album, obtient le Prix du meilleur album à Angoulême

2007 : Avec Vincent Paronnaud, elle adapte au cinéma en version animée Persepolis, qui obtient notamment Prix du Jury à Cannes et César du Meilleur Premier film. Suivra Poulet aux prunes en 2011

2014 : The Voices, comédie d'horreur avec Ryan Reynolds


Radioactive

De Marjane Satrapi (Angl, 1h50) avec Rosamund Pike, Sam Riley, Aneurin Barnard...

De Marjane Satrapi (Angl, 1h50) avec Rosamund Pike, Sam Riley, Aneurin Barnard...

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Paris, fin du 19ème siècle. Marie est une scientifique passionnée, qui a du mal à imposer ses idées et découvertes au sein d’une société dominée par les hommes. Avec Pierre Curie, un scientifique tout aussi chevronné, qui deviendra son époux, ils mènent leurs recherches sur la radioactivité et finissent par découvrir deux nouveaux éléments : le radium et le polonium. Cette découverte majeure leur vaut le prix Nobel et une renommée internationale. Mais après un tragique accident, Marie doit continuer ses recherches seule et faire face aux conséquences de ses découvertes sur le monde moderne…


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Brillante fusion pour Marjane Satrapi : "Radioactive"

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Brillante fusion pour Marjane Satrapi :

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Vol suspendu : "Otages à Entebbe"

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1892. Peu avant de quitter l’active, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la “Conquête de l’Ouest”. La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du “gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage” a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérind

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"HHhH" de Cédric Jimenez : tête de mort

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Festival / Pour leur seizième édition, les Rencontre du cinéma francophone en Beaujolais (organisées par Les 400 coups de Villefranche-sur-Saône jusqu’au 13 novembre) affichent une programmation à l’éclectisme revendiqué. Parmi les événements de la manifestation, la venue de Marjane Satrapi le mercredi 9 pour soutenir (il en a, hélas ! un peu besoin…) son beau Poulet aux prunes, et celle de Stanislas Merhar, acteur fétiche de Chantal Ackerman dont il présentera le dernier film en avant-première (La Folie Almayer). Jean-Jacques Jauffret accompagnera son premier film, Après le sud, sorti discrètement sur les écrans il y a un mois et le festival se terminera avec l’avant-première du Havre de Kaurismaki (film pour lequel on éprouve une sympathie modérée ici). Le meilleur, cependant, ne relève pas de l’actualité, mais d’une rencontre autour du "métier" de critique cinéma avec Éric Libiot, plume sympathique de L’Express. Il a choisi d’illustrer son propos par la projection de Regarde les hommes tomber, première œuvre déjà fulgurante d’un certain Jacques Audiard. Un excellent choix — et on ne dit pas ça par solidarité confraternelle

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Poulet aux prunes

ECRANS | Dans Poulet aux prunes, Marjane Satrapi fait mieux que transformer l’essai de Persépolis : avec son comparse Vincent Paronnaud, ils retranscrivent en prises de vue réelles l’imaginaire débordant de ses bandes dessinées, en gorgeant les images d’humour, d’émotion et de poésie visuelle. Christophe Chabert

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Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes brisées Quand Marjane

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Persique et signe

ECRANS | Marjane Satrapi, dessinatrice et réalisatrice, adapte sa BD autobiographique «Persepolis» au cinéma et en fait une grande déclaration d'indépendance et de liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persique et signe

Elle a la réputation d'être une grosse fumeuse, et la vision du cendrier suffit à la rassurer. Pas qu'elle soit intimidée par les journalistes ; pas non plus qu'elle ait des craintes quant à l'accueil de Persepolis - Cannes, la longue standing ovation et le prix du jury semblent l'avoir détendue définitivement sur ce point. Mais cette liberté-là, Marjane Satrapi y tient, comme à beaucoup d'autres. Et elle veut être à l'aise pour pouvoir dire avec la plus grande clarté - phrases soigneusement construites et énoncées avec attention - ce qui lui tient à cœur : l'Iran, la France et ce qui, d'elle, relie les deux pays. D'abord une bande-dessinée, sortie chez un éditeur indépendant (L'Association), et dont les quatre volumes vont créer un engouement international ; et aujourd'hui un film, qui condense et élargit l'horizon de cette œuvre autobiographique et pourtant universelle. «Il n'y a aucune bonne raison de faire un film d'une BD qui a eu du succès. C'est même l'idée la plus nulle qui soit...», dit-elle, pince-sans-rire. «Mais la situation s'est présentée dans des conditions idéales. On nous a donné, à Vincent Paronnaud et à moi, un magnifique jouet. On a sauté à l'eau, et o

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Control

ECRANS | D'Anton Corbijn (Ang, 1h59) avec Sam Riley, Samantha Morton...

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

Control

S'attaquer à la légende d'un artiste est un exercice périlleux. Surtout lorsque celui-ci est aussi vénéré et fantasmé que Ian Curtis, chanteur et parolier de Joy Division, disparu à l'âge de 23 ans. Chaque fan s'attendra à ce que le film ne s'adresse à lui et à personne d'autre, que chaque plan mettant en scène son idole soit une glorification ajoutant sa pierre à l'édifice. Anton Corbijn, photographe et clippeur ayant côtoyé Curtis, a su à ce titre couvrir ses arrières, tout en optant pour des partis pris visuels et narratifs tranchants. Il adapte le livre de Deborah Curtis (veuve du chanteur et productrice du film avec Tony Wilson, ancien responsable de Factory Records), et s'est adjoint les services des musiciens originels pour une partie de la bande-son. Mais son optique est de s'intéresser à l'homme plus qu'à ses créations (même s'il sacrifie, en une occasion malheureuse, à une explication de texte expéditive). Corbijn transpose ses obsessions esthétiques (un noir et blanc organique, des jeux déstabilisants sur la profondeur de champs, qui isolent ici le sujet jusqu'à le marginaliser totalement) à une trame diffuse, refusant toute épate. Sam Riley, interprèt

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Persepolis

ECRANS | Émouvante adaptation de sa propre BD par Marjane Satrapi (et Vincent Paronnaud), ce dessin-animé autobiographique n'évoque pas tant les années sombres de l'Iran que notre propre rapport à la liberté. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 juillet 2007

Persepolis

Avant tout, dire ouvertement les choses : Persepolis est un film bouleversant, humaniste mais jamais mièvre, qui fait chialer souvent et rire à peu près tout le temps. C'est l'œuvre d'un petit bout de femme qui a la sagesse des vieux philosophes, la causticité des gamines espiègles qui veulent toujours avoir le dernier mot, la pugnacité des filles qui ne se laissent pas marcher sur les pieds par les fossoyeurs de liberté. Que Marjane Satrapi raconte ici sa propre histoire a le mérite de nous faire comprendre immédiatement d'où ce caractère-là tire sa sève - de l'adversité des temps traversés. Que cette histoire se confonde avec celle de l'Iran basculant de la monarchie à la République islamique, puis dans la dictature répressive lui confère une précieuse dimension pédagogique. Et qu'elle ne soit racontée qu'avec des images dessinées et animées permet de laisser de côté la question du réalisme, mélangeant sans encombre divagations imaginaires et sérieux documenté. Mais à vrai dire, Persepolis nous touche pour une autre raison... Coup de clairon Par-delà l'étonnante réussite graphique du film et ses partis pris casse-cous mais payants (comme la

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