Mikaël Muller : « si les salles de cinéma ont fermé, c'est pour mieux rouvrir »

Nous, les chiens | Directeur de la programmation chez Les Bookmakers / The Jokers, Mikaël Muller détaille les raisons ayant présidé au positionnement précoce du film "Nous, les chiens" pour la date de réouverture des salles de cinéma. Ils furent (parmi) les premiers…

Vincent Raymond | Mardi 30 juin 2020

Photo : © The Jokers films


À la faveur du décret lié à l'état d'urgence sanitaire, de nombreux distributeurs ont basculé leurs film en VOD. Or vous dès le début du confinement chez The Jokers / The Bookmakers, vous avez positionnés la sortie Nous, les chiens à la réouverture des cinémas…
Mikaël Muller :
On est resté fidèles à notre ligne de conduite. Au moment où l'on a commencé à travailler sur la programmation et la promotion de ce film, on entendait effectivement parler de ce fameux confinement qui allait arriver. Pour des raisons diverses et variées, de nombreux distributeurs ont décidé de retirer leurs films du line-up ; nous, au contraire, on a décidé d'avancer la sortie de Nous, les chiens au 8 avril. Dans notre esprit, il n'était pas imaginable, toutes les salles étant potentiellement encore ouvertes à la date du 8 avril, qu'il n'y ait pas de film d'animation sur cette période. Après, il y a eu confinement et on a voulu le rendre disponible dès la réouverture, pour accompagner les cinémas dans la reconquête des public. Ça nous a paru un enjeu majeur.

Pourquoi on tient à ce film ? Déjà, parce que c'est le premier film d'animation de The Jokers, parce qu'il est malin, innovant, sensible et qu'il parle du droit individuel et collectif au bonheur, du désir de liberté, d'émancipation… Et sa fin est hyper poétique, rebelle, pleine de surprises. On le recommande à toute la famille, et aux enfants à partir de 6 ans.

Quelle a été la réponse des exploitants à cette proposition?
Elle a été très favorable ! On a recommencé la programmation lundi 1er juin, et les discussions, les appels, les mails n'arrêtent pas : il y a un véritable enthousiasme puisque parmi tous les films qui sont ressortis au cinéma le 22 juin, c'est le premier film d'animation. Il faut quand même se rappeler que c'est la première fois dans l'histoire du cinéma que les salles ont été fermées et pour une période aussi longue. Même durant mai-68 à Paris les salles de cinéma n'avaient pas fermé ! On a traversé, à notre très modeste niveau, une étape historique ; il fallait donc, pour s'attirer les faveurs du public, rappeler au spectateur que si les salles de cinéma ont fermé, c'est pour mieux rouvrir. Pour les accompagner en toute sécurité, pour rappeler qu'effectivement il n'y a aucune crainte — même si je peux comprendre et partager les inquiétudes de certains. Il y a des consignes très strictes, un protocole sanitaire qui sera mis en place, et qui, on l'espère, améliorera la situation. Pour toutes ces raisons, on est assez confiants.

À notre modeste niveau, Nous, les chiens accompagne cette réouverture et montre au public qu'on peut retourner au cinéma avec ses enfants pour voir un bon film d'animation. Les petits sont restés confinés chez eux pendant deux mois et demi ; on peut enfin ressortir, aller au parc, se promener en forêt et faire des activités.

Il n'est pas destiné qu'au jeune public…
Tout à fait. Chez The Jokers, on est très attaché à la promotion de la culture coréenne, et notre public est très fidèle depuis Parasite ; on proposera de la VO également au amoureux du cinéma asiatique, en fonction des villes dans certains cinémas.


Nous, les chiens

De Oh Sung-yoon, Lee Choon-Baek (Cor, 1h42) avec Claire Tefnin, Pierre Le Bec, Pierre Lognay

De Oh Sung-yoon, Lee Choon-Baek (Cor, 1h42) avec Claire Tefnin, Pierre Le Bec, Pierre Lognay

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Le chien est le meilleur ami de l’homme. Affectueux, fidèle… mais lorsqu’il vieillit ou se comporte mal, il est parfois abandonné comme un mouchoir souillé. Et lorsqu’il se retrouve seul face à la nature, l’instinct animal et l’esprit de meute reprennent le dessus. Solidaire, déterminée, notre petite bande de chiens errants va peu à peu réapprendre à se débrouiller seule. Et découvrir la liberté, au cours d’un extraordinaire voyage.


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L’esprit de la meute : "Nous, les chiens"

Animation | Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique…

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L’esprit de la meute :

Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des Hommes si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage parce qu’ils ne n’ont plus

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