La science des rêves : "Dreams" de Kim Hagen Jensen

Animation | Emma vit heureuse avec son cochon d’Inde et son père jusqu’à ce que celui-ci invite sa nouvelle compagne et surtout sa peste de fille sous leur toit. Emma ayant découvert le moyen de contrôler les rêves, elle veut en user pour arrondir les angles. Hélas, les choses vont lui échapper…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Photo : © KMBO


S'il y a « quelque chose de pourri au royaume du Danemark » — outre l'acculturation forcée des Inuits groenlandais, bien sûr —, il se loge certainement dans les histoires de familles et leurs dysfonctionalités conflictuelles. Cette “tradition“ de longue date s'avère néanmoins fructueuse : illustrée en son temps par Hamlet, reprise depuis avec profit par Vintenberg (Festen, La Chasse…), elle donne lieu sur les écrans français cet été à trois productions notables. Entre le remarquable Mon ninja et moi déjà sorti et le saisissant A Perfect Family à venir, Dreams occupe une place à part puisqu'une recomposition familiale bancale y constitue “seulement“ une amorce. Une clef justifiant le recours aux royaume des songes où la fillette en difficulté peut raccommoder les tourments du quotidien — n'est-ce pas d'ailleurs une des fonctions du rêve que de “purger les circuits“ en usant des voies de l'inconscient ?

Vieux fantasme de l'humanité ensommeillée, la faculté d'orienter les rêves autorise toutes les déclinaisons du merveilleux (Le Prince oublié) au terrifiant (voir le cycle Les Griffes de la nuit). Kim Hagen Jensen s'adressant à un jeune public, son univers se révèle davantage proche de celui de Monstres & Cie : les songes étant fabriqués par des espèces de Minions bleus soumis à une autorité bureaucratique, perturbée par l'irruption d'Emma. Pas très original donc, mais comme l'image est joliment ouatée, le ton non bêtifiant et l'histoire rythmée, le contrat est rempli.

Dreams
Un film d'animation de Kim Hagen Jensen (Dan, 1h18)


Dreams

De Kim Hagen Jensen (Dan, 1h19) avec Audrey D'Hulstère, Lola Dubini, Steve Driesen

De Kim Hagen Jensen (Dan, 1h19) avec Audrey D'Hulstère, Lola Dubini, Steve Driesen

voir la fiche du film


Emma est une jeune fille qui partage sa chambre avec Coco son cochon d’Inde. Une nuit, dans son sommeil, elle bascule dans un monde merveilleux. Elle découvre alors qu’elle a le pouvoir d’entrer dans le monde des rêves et de changer le futur. Sa vie devient extraordinaire ! Jusqu’au jour où revenir dans le monde réel s’avère plus compliqué que prévu…


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Joe Bel fait de beaux rêves

Pop | Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 novembre 2018

Joe Bel fait de beaux rêves

Il aura fallu peut-être plus de temps que prévu pour que celle dont on tirait le portrait il y a déjà cinq ans ne publie enfin son premier album. Entre-temps bien sûr, la jeune femme a produit des EP, pas mal tourné et même joué dans un film, Tout pour être heureux, dont elle signa une partie de la BO. Cet album, Joe Bel en a rêvé, elle l'a appelé Dreams, et on présume qu'il est à la hauteur de ses songes. D'abord parce qu'il est magnifiquement réalisé par Marcus Paquin (The National, Arcade Fire, Timber Timbre). Ensuite parce qu'en neuf titres d'une grande précision, on y retrouve la chanteuse telle qu'en elle-même : tantôt vibrante de simplicité aux commandes de ballades au piano (Before), à la guitare (I Believe) ou subtilement mais richement arrangés (Dreams, That Belongs to me, le sublime In the Morning) ; tantôt irrésistible de groove, comme sur le hit No, N

Continuer à lire

Stephen Sayadian : porno, morale et mise en scène

CONNAITRE | Événement au festival Only porn du Lavoir public : une soirée en hommage à Stephen Sayadian, un des rares auteurs du cinéma pornographique, dont les films ont tous cherché à mettre le porno en abyme dans une démarche pop et subversive. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Stephen Sayadian : porno, morale et mise en scène

Quelle place pour le cinéma porno dans l’histoire du cinéma ? Du point de vue de la qualité, mineure, mais pas inexistante. Les cinéastes X dignes de son nom ne sont pas nombreux, et peu peuvent s’enorgueillir d’avoir construit une "œuvre". Stephen Sayadian fait donc figure d’exception, et les trois films qui ont assuré sa gloire culte — Night Dreams, Café Flesh et Dr Caligari — démontrent une approche du genre résolument personnelle. Sayadian, qui officiait sous le pseudonyme de F. X. Pope, ne se cache pas derrière son petit doigt : dans ses films, les actes sexuels ne sont pas simulés — mais, trente-cinq ans plus tard, les canons du hard ont bien évolué, et les toisons pubiennes très drues sont clairement moins à la mode. En revanche, ils sont toujours mis en abyme par la mise en scène : dans Night Dreams, une jeune femme est soumise à une expérience médicale novatrice : elle est droguée pour pouvoir enregistrer ses rêves érotiques ; le film avance donc par une suite de scènes qui tiennent autant de l’hallucination psychédélique que de la représentation fantasmatique. Dans le café du sexe perdu Chez Sayadian, le spe

Continuer à lire

Une équipée de rêve

MUSIQUES | En première partie de Mogwaï, le canadien Taylor Kirk, alias Timber Timbre, vient présenter son déjà cinquième album, "Hot Dreams", variation capiteuse et lynchienne sur un univers folk où noirceur et bizarrerie cherchent à se frayer un chemin vers la lumière. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 1 juillet 2014

Une équipée de rêve

Si le patronyme Timber Timbre – "Timber!" étant le cri poussé par les bûcherons pour prévenir de la chute d'un arbre – fait référence à la cabane en bois dans laquelle le canadien Taylor Kirk a commencé sa carrière de musicien – une waldenisation, ou la pop dans les bois, qui commence à devenir sérieusement virale – l'auditeur francophone pourra lui s'attacher à y voir l'expression d'un timbre vocal impressionnant. Si Timber Timbre s'inscrit de fait dans la tradition du folk pastoral, boisé, mais aussi passablement musqué, qui sied à son décor, le capitaine Kirk déborde quelque peu de cette étiquette sur son récentHot Dreams. Parti enregistrer l'affaire du côté de Laurel Canyon, temple historique du pop-folk américain où il ne fut pas rare de croiser d'autres Canadiens (Neil Young, Joni Mitchell), Kirk se laisse aller à un penchant certains pour le crooning un peu schlass – quant on a une voix pareille, on la bichonne –, la soul dessalée et les envolées en cinémascope (l'impressionnant Run From Me qui démarre chez Roy Orbison pour finir chez Morricone). Ouvrir les rideaux

Continuer à lire