François Ozon : « il n'y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, "Été 85" séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

Photo : © Mandarin Production


La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d'exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers?
François Ozon
: Quand j'ai lu le livre, je n'étais pas encore cinéaste, c'est vrai, j'étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j'adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j'avais presque plus envie d'en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n'aurais pas été capable de raconter l'histoire. J'étais quasiment sûr qu'un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s'en emparer et faire un teen movie à l'américaine. Mais ça ne s'est jamais fait. Quand j'en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd'hui, il m'a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l'adapter pendant toute cette période, sans succès.

Après Grâce à Dieu qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j'avais envie de revenir sur quelque chose de plus léger. Je suis retombé sur le bouquin, je l'ai lu et l'ai toujours autant aimé. Je me souvenais vraiment d'une histoire d'amour, mais avec le temps j'avais oublié le contexte familial, social, toute la réflexion sur l'écriture… Trente-cinq ans plus tard, je me suis dit qu'il était temps de se lancer dans une adaptation.

Il y a une dimension nostalgique mais pas mélancolique, c'est-à-dire que ce film reste solaire même s'il parle de la mort, et qu'il ne tombe jamais dans ce spleen accompagnant souvent les évocations du passé des auteurs…
Il y a quand même une nostalgie qui se crée, de par la situation actuelle, de par le Covid, de par le confinement… On voit tout à coup cette histoire comme une espèce de paradis perdu, vu que dans les années 1980, on avait le droit de faire plein de choses… Il faut se souvenir que les années 1980, c'est le sida, l'ultra-libéralisme, le monde du fric ; ce ne sont pas des années extraordinaires. Mais c'est vrai que la patine du temps, en général, adoucit le passé.

Au début du film, le héros explique à son professeur qui lui demande si son devoir est documentaire ou une fiction, que c'est un mélange des deux. C'est aussi le cas pour vous ici ?
Oui, je pense que dans tout film il y a une part de soi. Après, quelle est la part de réalité… Ce film parle du pouvoir de la fiction, de la réinvention une histoire qu'on a vécue. À la fin, on comprend que toute l'histoire est racontée du point de vue d'Alex, et c'est plus ou moins le texte qu'il a écrit pour le juge et l'assistante sociale, qu'il a revisité certaines choses.

Quels sont les éléments esthétiques permettant de recréer l'atmosphère des années 1980 ?
La première chose, c'est d'être en pellicule. C'est vraiment important. Dès qu'on fait un film d'époque, la pellicule est plus adaptée. Frantz ou même Potiche ont été tournés en pellicule.

Je trouve que l'image est vraiment différente ; c'est plus doux, les couleurs sont plus saturées… Il y a quelque chose qui nous ramène dans le passé. On est tellement habitués aujourd'hui au numérique, au coté très clinique, très froid, uniforme de l'image, je trouve que la pellicule apporte un grain — même un peu du flou d'ailleurs. On avait un peu peur au début, parce que tous les plans larges nous paraissaient complètement flous, par rapport à l'image que l'on voit aujourd'hui en numérique, où tout a un magnifique piqué et une grande profondeur de champ. Ça nous a donc fait travailler l'image différemment, mais permis de mieux replonger dans l'époque. Et puis pour les poses, c'est sensuel : vous avez des textures de la peau, le grain… Vous voyez l'acteur qui rougit. En numérique, on ne le sent pas trop, en général…

C'est aussi lié au Super 16…
Oui, c'est vrai qu'aujourd'hui, on arrive presque à retrouver la texture du 35mm avec le numérique — pas complètement, mais en travaillant bien, en mettant de vieilles optiques, on y arrive à peu près. Mais le Super 16, c'est vraiment quelque chose qu'on ne peut pas faire en numérique.

Les Russes en ont fait une version

Pourquoi avoir fait appel à Jean-Benoît Dunckel de Air pour la musique ?
Je cherchais quelqu'un qui fasse un son qui sonne un peu “années 1980”, et le groupe Air a été justement très influencé par cette époque — ils sont de la même génération que moi. Je suis tombé sur une interview de Jean-Benoît Dunckel à qui l'on demandait le tube de son enfance. Il a dit cette chanson improbable, Star de la pub, en développant de manière très sérieuse sur le fait que ce morceau était bien produit. Tout à coup, ça a été un flash : je me suis souvenu de ce tube que j'écoutais et aimais aussi en tant qu'ado. Je l'ai donc contacté, on s'est très bien entendus et il a travaillé sur le film.

C'est diabolique, ce truc…
Stars de la pub ? Oui ! Les Russes en ont fait une version, que Félix m'a envoyée. Vous verrez sur YouTube, c'est très spécial…

Dans la bande-orginale, il y a d'autres époques convoquées avec Sailing de Rod Steward…
C'est les années 1970. En fait, je me suis raconté que c'était peut-être la musique du père de David, qui est mort ; qu'il écoutait peut-être ces morceaux. Et la chanson correspondait vraiment à l'histoire.

Et la chanson de The Cure, In Between Days, qui ouvre le film a indirectement donné son nom définitif au film ?
Il s'appelait Été 84 : c'était l'été de mes 17 ans, je trouvais que c'était plus sexy, 84 ; ça sonnait mieux, c'était plus rond. Et puis c'était une allusion à Un été 42, de Robert Mulligan. Au moment du montage, c'était évident que j'allais utiliser le morceau In Between Days, donc on l'a demandé. Robert Smith a dit : « j'aurais bien aimé vous le vendre, mais c'est impossible parce que le morceau est sorti en 85. » Donc là, grand drame, grande discussion avec les producteurs, et donc j'écris une belle lettre à Robert Smith, en disant que j'étais fan depuis toujours, et que j'étais prêt à changer le titre du film s'il acceptait. On en a profité pour négocier le prix, et ça a marché (rires).

Il a répondu, il a dit ok, et donc le film s'appelle Été 85. 85, ça m'embêtait quand-même un peu parce que c'est l'année de la mort de Rock Hudson et que le sida commençait à être vraiment médiatisé.

C'est de l'ordre du fantasme

Félix Lefebre et Benjamin Voisin expliquent avoir effectué un travail de préparation durant trois à quatre mois avant le tournage. Comment intervenez-vous durant cette période : les laissez-vous libres ou leur donnez-vous des instructions de loin en loin?
Je pense qu'il n'y a pas une manière pour diriger les acteurs : il faut s'adapter à chacun. Entre Félix et Benjamin, c'était très différent. Félix, je pense, avait besoin d'être nourri. Je lui ai donc demandé de regarder des films, de lire L'Attrape-cœur de Salinger… Il avait besoin de se plonger dans cette époque. Il s'est donc plongé dans les tubes qu'écoutait sa mère dans les années 1980, c'est lui qui m'a reparlé de Sailing… Il voulait voir des films, donc je lui ai dit de voir ceux qu'il aurait pu voir à l'époque, La Boum par exemple, que Benjamin n'avait pas vu non plus. Je leur ai aussi dit de regarder Un été 42, Stand by me, My Own private Idaho — c'est des années 1990, mais pour la relation entre les deux garçons… Quant à Benjamin, il avait plus besoin de comprendre mes intentions, je pense. Il était davantage sur la mise en scène, sur la psychologie de David, sur comment il devait être, se comporter et développer cette emprise, créer ce charisme. Ça a aussi été un travail physique, car je lui ai demandé de faire du sport pour se développer un peu…

Vous retrouvez aussi Melvil Poupaud.
C'était aussi un clin d'œil, après Grâce à Dieu, après le rôle qu'il a joué, il est ici un prof un peu ambigu. Il s'est beaucoup amusé à ça — c'était assez drôle, on a fait plusieurs versions des scènes, mais c'est assez sobre au finale. Ce qui m'intéressait, c'est d'avoir la transmission. Après, c'est vrai qu'il y a une part de séduction dans la transmission : on a tous eu des professeurs que l'on a particulièrement aimés, et avec qui il y a une attirance. Après il n'y a pas forcément le passage à l'acte. C'est de l'ordre du fantasme. Je pense que le désir est utile dans la transmission. Moi, j'avais une prof d'allemand très sexy, elle avait un truc, j'aimais bien l'écouter… J'aurais peut-être été moins bon si ça avait été un vieux ronchon (rires).

À quel moment avez-vous avez choisi les mères de vos personnages ?
Isabelle Nanty, qui joue la mère d'Alex, j'ai quasiment pensé tout de suite à elle, c'était un peu évident. C'est une actrice que j'aime beaucoup, et je trouvais que ça pouvait marcher avec Félix, donc j'ai été ravi qu'elle accepte de jouer dans le film.

J'ai lu une critique qui disait : « Ozon est plus inspiré par Les Tuche que par Jeanne Dielman», tout ça parce qu'à un moment, je fais éplucher des pommes de terre à Isabelle Nanty… Sauf que moi, j'ai jamais vu Les Tuche !

J'ai fait une référence aux Tuche sans le vouloir, pourquoi pas ? Et puis Valeria Bruni Tedeschi, il fallait une actrice un peu dingue, et elle était parfaite pour jouer le rôle, parce qu'elle peut être à la fois très drôle et en même temps tragique, elle a toutes ces facettes. Et puis elle était parfaite pour jouer cette ambiguïté de mère un peu incestueuse. Félix a été un peu perturbé par cette scène ou elle lui baisse le pantalon (rires).

Et pour l'interprète de Kate, la jeune fille au pair anglaise décisive pour le récit ?
Dans le bouquin, qui est anglais, elle était norvégienne. Je l'ai voulue anglaise parce qu'à cette époque, on était très focalisés sur la culture anglaise. Il y avait quelque chose de très exotique : on allait en week-end à Londres en bateau, j'écoutais beaucoup de new wave anglaise et il y avait ce fantasme de la petite Anglaise plus dégourdie que la petite Française. On a envoyé des scènes à plusieurs écoles de théâtre à Londres, et Philippine Velge (qui est en fait américano-belge-anglaise) m'a envoyé une scène. Elle parlait bien français et était charmante. Je ne l'imaginais pas forcément comme ça au départ, mais j'ai aimé ce côté un peu Jean Seberg, avec les cheveux courts.

Été 85 traite de l'homosexualité, mais sur un mode plus léger que certains films récents tels que Call me by your Name…
Si le livre m'avait plu à l'époque, c'est que justement c'était pas problématisé. C'est une histoire d'amour universelle, finalement, que ce soit deux garçons, un garçon et une fille ou deux filles, n'aurait pas changé grand-chose. C'est ça que j'ai aimé, il y a quelque chose de très naturel, de très pur dans cette histoire d'amour.

Quand je réfléchis aux représentations de l'homosexualité de l'époque, les films que je voyais c'était L'Homme blessé de Patrice Chéreau, Querelle, Maurice de James Ivory, Another Country et bon Les Nuits fauves, c'est après… C'était toujours de très beaux films, mais des films qui liaient toujours l'homosexualité à la transgression, à la douleur, à quelque chose de compliqué, qui correspondait à l'état de la société à l'époque. Et puis après, il y a eu le sida, et la vision s'est encore obscurcie. J'avais donc envie d'en parler de manière beaucoup plus légère. Mais c'est vrai que les jeunes gays d'aujourd'hui ont beaucoup plus de représentations positives que ce que nous pouvions avoir à l'époque, souvent liées au malheur et à la transgression.

Une robe d'été, je l'avais fait un peu comme ce film : en réaction à l'époque. Parce que c'était dans les années 1990, où la communauté gay était extrêmement touchée par le sida, par la mort, et j'avais envie de montrer des relations sexuelles de manière très légère, protégées, puisqu'il y avait des préservatifs. et montrer que c'était toujours possible d'avoir une vie amoureuse et sexuelle libre. Donc c'était aussi en réaction à l'époque.

Une robe d'été parlait plus d'un éveil à la sexualité. Là, je dirais que c'est plus un éveil à l'amour, aux sentiments. Le film est vraiment raconté du point de vue d'Alex, qui est dans une vision très romantique de l'amour — ça m'a plu cette histoire racontant la confrontation de deux conceptions de l'amour. Dans la scène de rupture, qui est pour moi une très belle scène que j'ai presque gardée telle qu'elle vient du livre, il y a la conception amoureuse passionnelle d'Alex qui idéalise l'autre, et celle de David, beaucoup plus mûre, qui a déjà compris, qui a déjà vécu, qui est peut-être dans une vision un peu plus cynique de la relation amoureuse — en tout cas, de liberté. Le film est plus raconté du point de vue des sentiments que de la sexualité. Ce n'est pas par hasard si ici je reste derrière la porte quand ils ont leur première nuit d'amour. Dans Une robe d'été, je passe la porte, on voit tout. Ce sont deux optiques différentes.

Là c'était important de raconter le film du point de vue de cet adolescent, avec ce côté un peu naïf et même innocent qu'il peut avoir sur les sentiments. J'ai vraiment fait le film en pensant à l'adolescent que j'étais à 17 ans, à quel film j'aurais voulu voir à cette époque ; je sais pas si les adolescents d'aujourd'hui vont être touchés, on va voir… Je pense que c'est aussi un film sur l'adolescence. Quand l'on est jeune, quand on a notre première fois, on est dans une forme d'idéalisation. On a été éduqués — surtout les jeunes filles — avec l'idée d'un prince charmant ou d'une princesse charmante. Mais quand on est confrontés au réel, on se rend compte que les choses sont un peu plus compliquées…

Avez-vous déjà au moins un autre projet ?
Oui, il y en a un. Il n'y a toujours qu'un seul projet ; je ne fais pas deux films à la fois. J'ai besoin d'en terminer un pour partir sur autre chose. Je peux dire qu'il y a un petit lien avec ce film, puisque l'actrice qui jouera est plus ou moins citée : c'est Sophie Marceau — [Tout s'est bien passé, adaptation du récit d'Emmanuèle Bernheim, NdlR].


Eté 85

De François Ozon (Fr, 1h40) avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge

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L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu'un été ? L’été 85...


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Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

«Je ne suis pas un metteur en scène sadique»

Dans vos derniers films, vous vous aventuriez vers des choses inédites chez vous. Dans Jeune & Jolie, vous reprenez les choses là où vous les avez laissées avec 5X2 : un concept très fort, la question du désir qui redevient centrale…François Ozon : L’envie première était de reparler de l’adolescence. Je me suis rendu compte que je n’avais pas parlé de l’adolescence depuis Sous le sable, qui est un film important car c’est là que j’ai rencontré Charlotte Rampling. J’ai ensuite fait beaucoup de films avec des personnages nettement plus matures, et le fait de travailler avec les deux jeunes acteurs de Dans la maison m’a donné envie de retourner vers l’adolescence. Je ne pense pas tellement à mes films d’avant, mais disons que ça me ramenait à mes premiers courts-métrages. Je pouvais reparler de l’adolescence et du désir adolescent mais avec mon regard d’aujourd’hui, une distance que je n’avais pas à l’époque. Chaque film est un peu une expérimentation, je voulais voir ce que ça donnerait.

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Jeune & jolie

ECRANS | Avec ce portrait d’une adolescente qui découvre le désir et brave les interdits, François Ozon prouve sa maîtrise actuelle de la mise en scène, mais ne parvient jamais à dépasser le regard moralisateur qu’il porte sur son héroïne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Jeune & jolie

Jeune & jolie : un titre qui est autant une référence au magazine pour adolescentes qu’une mise au point de la part de François Ozon. Il ferme ainsi sa longue parenthèse d’actrices vieillissantes et revient à la jeunesse érotisée de ses premières œuvres, courtes ou longues. L’introduction tient lieu d’énorme clin d’œil : sur une plage déserte, Isabelle, seize ans — prometteuse Marine Vacth, sorte de Lætitia Casta en moins voluptueuse — retire le haut de son maillot de bain, se pensant à l’abri des regards. En fait, la scène est vue depuis les jumelles de son petit frère et en deux plans, trois mouvements,  Ozon s’offre un digest de son premier âge de cinéaste : la plage comme lieu de fantasmes, ses alentours comme repaire des désirs troubles. Clin d’œil donc, mais trompe-l’œil aussi : ce voyeurisme-là n’est qu’une fausse piste et même si par la suite tous les regards se tourneront vers Isabelle pour percer son inexpliquée conversion à la prostitution, Ozon ne cherche jamais à créer de suspens malsain autour de ses activités : au contraire, c’est l’évidence

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Syndrome de Stockholm

MUSIQUES | Vous voulez vous convaincre que la vie en Suède n'est qu'une lente, froide et sombre agonie baptisée "ennui", un interminable magasin Ikea dépourvu des (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 janvier 2013

Syndrome de Stockholm

Vous voulez vous convaincre que la vie en Suède n'est qu'une lente, froide et sombre agonie baptisée "ennui", un interminable magasin Ikea dépourvu des passages secrets qui permettent de s'en échapper pour aller profiter de son attaque de panique sur le parking sans passer par le rayon literie ? Avec Holograms – qui rime vaguement avec "hooligans" – vous en aurez pour vos couronnes – là-bas, point d'euros. Parce que la Suède, le groupe de Stockholm, issu de la classe ouvrière, la taille en pièces. Et en biseau bien coupant avec ça. La social-démocratie, le modèle scandinave ? Une illusion, des Holograms. Du bullshit sauce gravlax. Bien sûr, comme ils sont jeunes on pourrait croire qu'ils exagèrent un tantinet. Sans doute parce qu'il est plus compliqué de s'inventer une rébellion dans la paisible Suède que sous l'Angleterre de Thatcher ou à Téhéran. Toujours est-il que comme la littérature noire suédoise le laisse entendre – de Millenium à tant d'autres – il semblerait qu'il y ait un lièvre à lever et qu'il ait un goût de malaise. C'est ce malaise que l'on ressent à l'écoute du punk tordu d'Holograms, où les synthés viennent troubler une

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Début octobre dans la maison Ozon

ECRANS | Pendant longtemps, François Ozon se méfiait de la presse, des interviews et de la nécessité d’expliquer ses films. Depuis Potiche, on le sent plus détendu, plus sûr de lui et prêt à rentrer dans les méandres de son œuvre avec humour et malice. La preuve avec cet entretien. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Début octobre dans la maison Ozon

On se dit en voyant Dans la maison que c’est le film où vous répondez le plus ouvertement aux reproches adressés à votre cinéma mais aussi où vous le définissez par rapport à la littérature, comme une théorie de votre pratique…François Ozon : Au départ, c’est une pièce de théâtre, ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Mais quand on fait une adaptation, c’est qu’on s’y retrouve, qu’il y a des choses qui vous plaisent. Ce qui m’a plus, c’est la relation prof-élève et que ce ne soit pas dans un seul sens, qu’il y ait une interactivité, que le gamin apporte autant au prof que le prof au gamin, cette idée de la transmission. Quant à répondre exactement à ce qu’on me reproche, c’est vous qui le dites, je ne l’ai pas théorisé. Il y a quand même des dialogues qui évoquent le fait d’aimer ses personnages ou de les regarder de haut…Ah ! Ce qui m’amusait dans tous ces trucs théoriques que dit le prof, c’est que ça me rappelait ces gens qui veulent donner des cours sur le scénario, ces théoriciens venus des États-Unis. Je lis ça et je n’arrive jamais à rentrer dans ce moule, cette méthode. Je sais que ce sont des co

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Dans la maison

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Kristin Scott-Thomas, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2012

Dans la maison

Germain Germain (bonjour Nabokov !) est un prof de français désespéré par la nullité de ses élèves. Alors qu’il lit leurs médiocres rédactions à sa femme qui, elle, tient une galerie d’art contemporain sur le thème sexe et pouvoir (bonjour Sade !), l’une d’entre elles sort du lot. L’élève y raconte son envie de s’introduire dans la maison d’un de ses camarades pour s’approcher de cette vie bourgeoise, avec une mère archétypale des «femmes de la classe moyenne» (bonjour Flaubert !). Germain pense qu’il y a là un talent à canaliser, sans savoir qu’il met le doigt dans un dispositif dangereux : celui qui brouille la frontière entre la réalité et la fiction, mais aussi celui de François Ozon, qui déroule ici une mécanique ludique où l’on ne sait jamais si ce que l’on nous raconte est le fruit d’une narration objective, si celle-ci a été influencée par les conseils de Germain ou encore si elle n’est que le reflet de l’imagination de son élève. Le voyeurisme littéraire de l’un rencontre le voyeurisme réel de l’autre, et tout le monde finit par vivre son fantasme (d’auteur frustré, d’adolescent orphelin, de femme délaissée) par procuration. Ozon s’amuse manifestement — et on s’

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Potiche

ECRANS | Pour son déjà douzième long-métrage, l’insaisissable François Ozon s’empare d’une pièce de boulevard signée Barillet et Grédy pour en tirer une adaptation très libre, politique, drôle et mélancolique, au casting parfait et à la mise en scène fluide et élégante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 novembre 2010

Potiche

Un mot d’abord sur l’étrange carrière de François Ozon. Peu de cinéastes français contemporains ont été aussi prolifiques (un film par an depuis 1998), aussi éclectiques et aussi inégaux. Impossible à partir de sa déjà imposante filmographie de faire des généralités : il a fait de grands films intimistes ("5X2", "Le Temps qui reste") mais en a raté à peu près autant ("Swimming Pool", "Le Refuge") ; avec des sujets plus conséquents, les fortunes sont aussi diverses, du baroque provocateur "Les Amants criminels" au romanesque neurasthénique d’"Angel" ; quand il adapte du théâtre, cela peut donner un film poussif comme "8 femmes", mais aussi une bonne claque comme "Gouttes d’eau sur pierres brûlantes". "Potiche" ajoute encore du paradoxe : d’abord, il sort la même année que ce qui est sans doute le pire film d’Ozon ("Le Refuge") ; ensuite, il s’apparente à une commande ouvertement grand public façon "8 femmes" ; enfin, il s’agit d’une comédie, genre qui a peu réussi à Ozon depuis son initial "Sitcom". Pourtant, le cinéaste est ici à son meilleur, et si "Potiche" est avant tout un excellent divertissement, il aborde des territoires encore inconnus dans l’œuvre d’Ozon.

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Le Refuge

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy…

Christophe Chabert | Jeudi 21 janvier 2010

Le Refuge

Le Refuge plonge tête la première dans ce qui guette le cinéma de François Ozon : son côté Patrice Leconte auteuriste où un film = une idée + un casting. C’était le cas de Swimming pool, son plus mauvais film à ce jour, ça l’est encore plus ici car Ozon y rajoute une donnée intenable : un discours sournoisement planqué derrière son récit. Soit un couple de junkies ; le mec (Melvil Poupaud) meurt et la fille (Isabelle Carré) tombe enceinte. Elle trouve refuge dans une maison au bord de l’océan, où le frère gay de feu-son amant la rejoint. Elle décide de garder l’enfant, et découvre dans ce frère en rupture avec sa famille bourgeoise un père de substitution possible. La fin viendra enfoncer le clou : oui, les homos peuvent être d’excellents pères, meilleurs que certains hétéros. Soit. Mais la démission totale de Ozon en tant que scénariste (le film n’est qu’accumulation de dialogues dignes de Plus belle la vie) et cinéaste (il n’y a rien à regarder dans les plans, plats comme un téléfilm) donne le sentiment que Le Refuge n’est qu’un prétexte pour un futur débat sur la question. Christophe Chabert

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Ricky

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h30) avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez…

Christophe Chabert | Mercredi 4 février 2009

Ricky

Après le ratage d’Angel, François Ozon revient à un cinéma modeste proche de ses premières œuvres avec ce très curieux Ricky. La première demi-heure est une belle surprise : Ozon s’y frotte au quotidien d’une ouvrière dans une usine de produits chimiques (Alexandra Lamy, tout à fait crédible et assez épatante), mère célibataire nouant une relation avec un autre ouvrier (Sergi Lopez, très bon lui aussi). Le réalisme de cette ouverture ne se dépare pas d’une sècheresse de trait et d’un sens de l’inquiétude qui laissent penser que le cinéaste signe ici son retour en forme et en force. Mais tout cela ne fait que préparer le twist énorme qui est en fait le vrai sujet du film : la naissance d’un bébé ailé, que l’on cache puis que l’on tente maladroitement d’exhiber au monde, avant de le laisser s’envoler comme dans un conte pour enfants. Ozon nous supplie de croire à l’impossible, mais avec des effets spéciaux de téléfilm et des séquences franchement foirées (la scène du supermarché avec ses figurants aux taquets !), c’est beaucoup demander au spectateur. Il est lui-même trop conscient de ce qu’il raconte, notamment des sous-textes évidents charriés par son histoire,

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5X2

ECRANS | FRANÇOIS OZON (Fox Pathé Europa)

| Mercredi 30 mars 2005

5X2

Fraîchement accueilli à sa sortie, 5X2 a droit aujourd'hui a une luxueuse édition DVD, rendant justice à ce film qui relance l'intérêt pour la carrière de François Ozon, plombée par deux indignes navets (8 femmes et Swimming Pool). La beauté fascinante de cette radioscopie clinique et déchirante autour d'un naufrage amoureux, dont la narration à rebours fait revivre le couple tel un phœnix renaissant de ses cendres, est paradoxale : troué par des ellipses béantes qui sapent toute tentative d'explication psychologique ou causale, 5X2 dégage pourtant une puissante odeur de vérité humaine comme si, sans jamais rien expliquer, Ozon livrait tout de même les clés pour comprendre les relations entre ses personnages. La solution à cette énigme est à chercher dans les bonus (nombreux) du DVD, notamment dans ces interviews confessions où Ozon lui-même pousse ses acteurs à faire le point sur leurs personnages, révélant ainsi tout ce qui transpire dans leur jeu sans jamais être exprimé au grand jour. Sous ses allures de drame bourgeois étriqué (ce qu'on lui a beaucoup reproché), le film est beaucoup plus expérimental et complexe qu'il n'y paraît, ce que d

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Angel

ECRANS | François Ozon renoue avec la veine de 8 femmes dans ce mélodrame en anglais qui ne craint ni les clichés, ni les excès, mais n'évite pas une ironie assez destructrice. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mars 2007

Angel

S'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à François Ozon, c'est d'exploiter un filon. Chacun de ses films semble répondre à des impératifs personnels, une volonté d'expérimenter au détriment d'une fidélité à un style ou à un propos. En fait, Ozon est un peu notre Soderbergh... Alors, si Angel rappelle par son jeu sur les codes 8 femmes, et si son sujet n'est pas sans échos avec celui de Swimming Pool, il reste une curiosité dans son œuvre et traduit un désir d'aller de l'avant. Adapté d'un roman d'Elizabeth Taylor, Angel montre comment une jeune fille prolotte vivant au-dessus de l'épicerie maternelle rêve de devenir une écrivain à succès. Première surprise : elle le devient très vite, sans réelle difficulté. Les portes de la gloire s'ouvrent, matérialisées par les grilles de Paradise, grande demeure aristocratique qui la faisait rêver et qu'elle rachète une fois ses romans fleur-bleue transformés en best-sellers. Pendant la première heure du film, Ozon adopte vis-à-vis du récit une attitude déroutante : il redouble l'incroyable (au sens propre du mot) destin d'Angel par une mise en scène complètement artificielle, une musique dégoulinan

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