Pas sages à l'acte : "Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | Badinages et jeux de langues, histoires d'amour et Gymnopédies : Emmanuel Mouret à son meilleur.

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Photo : © Xavier Lambours / Moby Dick Films


C'est l'histoire de plusieurs histoires d'amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu'advient-il lorsqu'on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher…

Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l'image de son délicat Un baiser s'il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d'Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l'accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l'on apprécie à l'écran est bel et bien du Mouret et l'on en redemande.

Les Choses qu'on dit les choses qu'on fait
★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…


Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait

De Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne

De Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne

voir la fiche du film


Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu'ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d'amour présentes et passées...


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Elie Wajeman & Vincent Macaigne : « le médecin de nuit nous donne accès à l’universel »

Médecin de Nuit | Métamorphosé par Elie Wajeman, Vincent Macaigne devient dans "Médecin de Nuit" une grande figure tragique de roman noir, tiraillé entre son éthique professionnelle, ses obligations familiales et ses pulsions, au cœur d’une très longue nuit. Consultation en tête à tête avec le réalisateur et son comédien.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Elie Wajeman & Vincent Macaigne : « le médecin de nuit nous donne accès à l’universel »

Le titre est d’une grande nudité et d’une grande simplicité : Médecin de nuit. Le personnage de Mikaël est aussi celui le médecin de LA nuit, c’est-à-dire de tous les affects, de toutes les misères, de toutes les maladies cachées, de toutes les turpitudes de la nuit… Elie Wajeman : C’est exactement ça. Il est médecin des corps et médecin des âmes nocturnes. Comment l’avez-vous composé ? Y a-t-il une part de collecte documentaire pour établir un profil comme celui de Mikaël ? EW : C’est un mélange. Le premier jet, c’était vraiment un Mikaël que j’ai inventé ; après, ça a été affiné, on l’a retravaillé grâce à l’étape documentaire. Mais ça s’est pas fait comme ça ! Et j’espère que ces médecins solitaires, dans la

Continuer à lire

Pièce rapportée : "Fête de famille" avec Catherine Deneuve

Drame | Un seul être revient… et tout est dévasté. Cédric Kahn convoque un petit théâtre tchekhovien pour pratiquer la psychanalyse explosive d’une famille aux placards emplis de squelettes bien vivants. Un drame ordinaire cruel servi par des interprètes virtuoses.

Vincent Raymond | Mardi 3 septembre 2019

Pièce rapportée :

Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendr

Continuer à lire

Chambre avec vues : "Curiosa"

Drame | De Lou Jeunet (Fr, 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Chambre avec vues :

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeun

Continuer à lire

Sous les couvertures… : "Doubles Vies"

Et aussi | De Olivier Assayas (Fr, 1h48) avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Sous les couvertures… :

Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

Continuer à lire

Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Entretien | Portraits intimes, fresques politiques, cinéma de genre… Olivier Assayas a tâté de tous les registres et vécu autant de vies. Sa nouvelle réalisation les voit doubles, mais lui permet d’évoquer avec clairvoyance les secteurs du livre et du cinéma. Conversation.

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Olivier Assayas : « le cinéma est fait pour poser des questions, pas pour donner des réponses »

Doubles vies a-t-il été difficile à écrire ? Olivier Assayas : Absolument pas ! La seule base, c’était que ça m’amuse. À chaque fois qu’une scène m’ennuyait, je m’arrêtais et j’attendais que me vienne une idée qui m’amuse. J’avais aussi le plaisir de renouer avec des choses qui me manquaient beaucoup, comme tourner en français. Le dernier, c’était Après mai, avec des ados, ce n’était pas du tout la même manière de le penser, de le tourner. À travers le personnage de l’écrivain qui “siphonne“ sa vie privée pour nourrir ses romans, Doubles vies interroge le rapport entre la fiction et l’autofiction… L’espace entre la fiction et l’autofiction est épais comme un papier à cigarettes, dans le sens où les écrivains, quels qu’ils soient, s’inspirent de leur propre expérience — même ceux qui écrivent de la science-fiction : j’ai le sentiment qu’ils sont encore plus près d’eux-même, du monde dans lequel ils vivent que lorsqu'ils racontent des choses à la première personne. Certains ont besoin de jouer avec le feu, parce que ça peut êtr

Continuer à lire

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

Continuer à lire

Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

Continuer à lire

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

Continuer à lire

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

Continuer à lire

Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

Continuer à lire

Laborieux : "Le Brio"

ECRANS | de Yvan Attal (Fr, 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Laborieux :

Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d’Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l’antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse — et suivait l’exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n’ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion à la fac, l’équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d’Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu’un concours d’éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l’éthique ! Dans cet emploi de beauf supérieur, Auteuil se dieupardeuïse, mais n’arrive pas être totalement crédible en odieux salaud. Sans doute parce qu’on le voit trop réciter ses répliques goujates. Quant à Camélia Jordana, abonnée aux rôle d’étudiantes, elle sauve sa mise dans ses scènes av

Continuer à lire

"Cherchez la femme" de Sou Abadi : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr, 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde…

Continuer à lire

"La Loi de la jungle" : et si c'était le succès surprise de l’été ?

Critique | Satire de la bureaucratie obstinée et stérile, film d’aventure burlesque, le second long-métrage d’Antonin Peretjatko est beau comme la rencontre de Jean-Luc Godard (première époque) et de Peter Sellers sur une piste de ski en Guyane.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche — de rire — devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le nonsense montypythonesque et l’aventure exotique trépidante dont Philippe de Broca avait le secret) en conservant sa propre “musique”. Tâtonnant dans ses films précédents, i

Continuer à lire

Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

La Loi de la Jungle | Comment faire rire ? Ce casse-tête d’un jour pour les candidats au bac de philo est le lot quotidien d’Antonin Peretjatko, qui reçoit les félicitations du jury grâce à sa dernière copie — pardon, son nouveau film.

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Antonin Peretjatko : « Un gag n’est pas une science exacte »

Est-il facile aujourd’hui de tourner une comédie à la fois burlesque et absurde ? Les cinéastes contemporains semblent timides face à ce style, qui a jadis connu ses heures de gloire… Antonin Peretjatko : C’est effectivement de l’ordre de la timidité ou de l’autocensure. Faire des gags visuels est assez difficile, parce qu’aujourd’hui les scénarios sont financés par des lecteurs. Écrire quelque chose de visuel, c’est aussi délicat que décrire une peinture que vous allez faire ! Cela explique pourquoi il y a autant d’adaptations de BD comiques : les dessins sont déjà là, et l’on peut plus aisément visualiser le potentiel comique du film. Quant aux livres où l’on éclate de rire, il y en a très peu, il faut remonter à Rabelais. La difficulté des gags visuels, c’est qu’ils peuvent avoir un impact sur le scénario et les personnages. Un gag n’est pas une science exacte, on n’est jamais sûr à 100% que cela fonctionne. Et si au tournage ou au montage, on s’aperçoit qu’un effet burlesque situé à un nœud scénaristique très important est raté, on le met à la poubelle. Le problème est qu’il manque alors un étage à la fusée, et il faut retourner une séquence

Continuer à lire

"Diamant noir" : Arthur Harari se frotte au thriller

ECRANS | de Arthur Harari (Fr, 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable — le monde dynastique des diamantaires d’Anvers —, de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu-en-voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif, sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu.

Continuer à lire

Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) Avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam : Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres — sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes — et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, Le Cœur régulier-film ressemble à une Biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

Continuer à lire

Les Innocentes

ECRANS | Anne Fontaine, qui apprécie toujours autant les sujets épineux et a pris goût aux distributions internationales, en a débusqué un en Pologne : l’histoire de religieuses enceintes après avoir été violées par des soudards soviétiques…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Les Innocentes

C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites aux périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice (Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait bancal d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension), il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. L’histoire pourrait hélas se dérouler en des temps contemporains : Les Innocentes montre que des médecins doi

Continuer à lire

Emmanuel Mouret : «Le souci des autres et le souci de soi»

ECRANS | Depuis Laissons Lucie Faire, son premier film, nous avons noué un dialogue fructueux et passionnant avec Emmanuel Mouret, et c’est un plaisir de le prolonger pour la sortie de Caprice. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Emmanuel Mouret : «Le souci des autres et le souci de soi»

Jusqu’à quel point vos films se répondent, positivement ou négativement, entre eux ? Y a-t-il par exemple une suite logique entre Caprice et Une autre vie, ou au contraire une volonté de rupture ? Emmanuel Mouret : Difficile de répondre… Le scénario de Caprice était déjà écrit avant que je tourne Une autre vie, lui-même écrit il y a une dizaine d’années. Ça ne veut pas dire que je ne les retravaille pas ; sur Caprice, j’ai quasiment mis deux ans à trouver la fin, elle a été écrite après le tournage d’Une autre vie. Je pense qu’ils se répondent nécessairement, puisque tout ce qu’on vit nous traverse et nous change. Même s’il y a des choses que l’on retrouve dans mes films, j’ai le désir d’en explorer de nouvelles. Donc je réagis au film précédent quoi qu’il en soit. Que vous ayez trouvé la fin de Caprice après Une autre vie

Continuer à lire

Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites-lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

Continuer à lire

Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, "Eden" de Mia Hansen-Løve évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque, celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un «period movie», un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Løve répond en apparence à ce cahier des charges, puisqu’il s’étend sur une quinzaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno, avec en figures de proue les deux membre

Continuer à lire

Tristesse Club

ECRANS | Premier film sous influence Wes Anderson à l’humour doucement acide de Vincent Mariette, où deux frères et une sœur partent enterrer un père/amant devenu un fantôme dans leur vie, pour un road movie immobile stylisé et séduisant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse Club

Dans Tristesse Club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vus depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ;  il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constit

Continuer à lire

Modification horaires "Tonnerre" au Comœdia

ECRANS | Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette (...)

Nadja Pobel | Lundi 3 février 2014

Modification horaires

Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette semaine. Une séance à 21h20 a été ajoutée jeudi 30 et vendredi 31 janvier, ainsi que samedi 1er et mardi 4 février. En résumé, voici la programmation de Tonnerre de Guillaume Brac pour la semaine du 29 janvier au 4 février 2014 au Comœdia :   Mer, jeu, ven, sam, mar : 14h00 / 18h00 / 21h20 Dim : 14h00 / 16h00 Lun : 14h00 / 18h00 / 20h00 / 22h00

Continuer à lire

Tonnerre

ECRANS | De Guillaume Brac (Fr, 1h40) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Menez…

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels — Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur la piste du mélodrame criminel, et plus encore par la présence, charnelle, intrigante et émouvante de Solène Rigot.

Continuer à lire

Une autre vie

ECRANS | D’Emmanuel Mouret (Fr, h35) avec JoeyStarr, Jasmine Trinca, Virginie Ledoyen…

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Une autre vie

Aurore, pianiste qui ne joue plus depuis la mort de son père, rencontre Jean, électricien spécialisé dans la pose d’alarmes, qui vit avec Dolores, modeste vendeuse de chaussures. S’ensuit un triangle amoureux mélodramatique, à l’émotion contenue par une mise en scène qui préfère les chuchotements aux cris, la pudeur à l’hystérie, et qui revient comme un aimant sur la question centrale du cinéma d’Emmanuel Mouret : une phénoménologie du sentiment amoureux qui scrute les lapsus, les actes manqués et les hésitations plutôt que les discours emplis de certitudes. En délaissant son ton habituel de fantaisie légère à la Rohmer pour les violons du drame conjugal à la Truffaut — et en laissant sa place à l’écran à un JoeyStarr un peu pétrifié par l’enjeu — Mouret se prend les pieds dans le tapis du pléonasme. Film sérieux ne veut pas forcément dire film qui se prend au sérieux, et c’est tout le problème d’Une autre vie, dont on se demande sans cesse ce qui l’empêche de rétrouver ne serait-ce qu’un peu de cette quotidienneté badine qui faisait le charme de Changement d’adresse ou de

Continuer à lire

2 automnes 3 hivers

ECRANS | Un joli film signé Sébastien Betbeder, à la fois simple et sophistiqué, qui raconte des petites choses sur des gens ordinaires en tentant de leur donner une patine romanesque, comme un croisement entre les chansons de Vincent Delerm et celles de Dominique A. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

2 automnes 3 hivers

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu "star" d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce film signé Sébastien Betbeder. Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques. Les Amants parallèles Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il retourne courir,

Continuer à lire

Les Rencontres d’après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Les Rencontres d’après minuit

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d’après minuit, d’une nullité toute aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux — une maison hi-tech au milieu d’une forêt enneigée — vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage — «L’Étalon», «La Chienne», «La Star»… — exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d’être particulièrement mal écrite. Parfois, c’est comique, mais on ne sai

Continuer à lire

La Bataille de Solferino

ECRANS | Un micmac sentimental autour d’un droit de visite paternel le soir de l’élection de François Hollande. Bataille intime et bataille présidentielle, fiction et réalité : Justine Triet signe un film déboussolant dont l’énergie débordante excède les quelques défauts. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

La Bataille de Solferino

Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, et son comportement un brin borderline ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Ce drame ordinaire a été raconté mille fois, mais La Bataille de Solférino lui donne une dimension cinématographique unique : Lætitia est journaliste à Itélé et la voilà contrainte d’aller couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, au siège du PS rue de Solférino. Là encore, le scénario est connu, mais c’est le télescopage entre ces deux dramaturgies écrites d’avance — la crise du couple séparé et la victoire de François Hollande — qui donne au film sa vibration d’incertitude. Justine Triet fait entrer la fiction dans la réalité par surprise et sans filet ; quand Vincent débarque rue de Solférino dans la ferme intention de régler ses comptes avec son ancienne compagne, on craint à plus d’une reprise que cette foule en liesse, ivre mais pas que de joie, ne s’en prenne à lui comme s’il était un trouble-fête un peu trop hargneux

Continuer à lire

La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts-métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé Vincent Macaigne, dont l’aura de metteur en scène de théâtre — dont on a pu lire du

Continuer à lire

L’Art d’aimer

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h25) avec François Cluzet, Frédérique Bel, Judith Godrèche…

Christophe Chabert | Mercredi 16 novembre 2011

L’Art d’aimer

Critique / Depuis Changement d’adresse, le cinéma d’Emmanuel Mouret tournait en rond dans ses ratiocinations amoureuses et son envie de fantaisie, déclinant le personnage campé par Mouret acteur et sa sympathique gaucherie dans des situations timidement burlesques. L’Art d’aimer lui donne enfin un nouvel horizon, tout en renforçant la petite musique qui lui sert de style. Dans cette ronde de personnages qui éprouvent, chacun à leur manière, le décalage entre suivre leurs désirs et prendre en compte le désir des autres, il place dès l’ouverture une pincée de tristesse qui, paradoxalement, ne rendra que plus drôle les segments suivants. La colonne vertébrale, par exemple, où un François Cluzet magistral tente de séduire une Frédérique Bel hilarante dans ses perpétuelles valses-hésitations, va à l’essentiel (un appartement, deux acteurs) mais pousse la folie de la situation jusqu’au vertige. Par instants, Mouret s’approche d’un vrai trouble des sentiments, comme lors de ce double adultère voulu mais avorté qui devient une preuve d’amour, ou dans le marivaudage sexuel à l’aveugle qui se développe entre Julie Depardieu et Laurent Stocker. Précis autant que précieux,

Continuer à lire

Les Amours imaginaires

ECRANS | De et avec Xavier Dolan (Canada, 1h40) avec Monia Chekri, Niels Schneider…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

Les Amours imaginaires

Xavier Dolan est gay. C’est l’incroyable nouvelle que ce Québécois de 22 ans nous assène avec ces assommantes "Amours imaginaires". Il est gay, donc il joue un gay dans un film qui, de la première à la dernière image, de Wong Kar-Wai à Christophe Honoré en passant par Demy, recycle le soi-disant cinéma gay avec un mélange d’esbroufe et de prétention. Par ailleurs, Xavier Dolan est un grand cinéaste. C’est le fabuleux mantra que ce très jeune réalisateur se répète à chaque plan de son deuxième long-métrage. Témoignages face caméra, ralentis sur des gens qui marchent, qui fument, qui se frôlent, dialogues alternant stylisation poétique et truculence tabernacle, Dolan ne doute jamais de son génie. Et pourtant… "Les Amours imaginaires", qui montre un garçon et une fille faire une fixette sur le même beau ténébreux, précieux et maniéré, mais qui en fait n’est ni gay, ni sexué (alors que tout est censé nous le faire croire dans le film !) n’est qu’un scénario de sitcom adolescent à l’idiotie confondante et au nombrilisme affligeant. CC

Continuer à lire

Fais-moi plaisir

ECRANS | De et avec Emmanuel Mouret (Fr, 1h40) avec Judith Godrèche, Déborah François…

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Fais-moi plaisir

Satellite géostationnaire de la planète cinéma français, Emmanuel Mouret élabore film après film une formule qui n’appartient qu’à lui et à son drôle de corps, signature physique d’un univers empruntant à Rohmer et à Guitry, en plus érotique, sinon névrotique. Si la formule ne varie que peu, les résultats sont contrastés : excellent dans Changement d’adresse, décevant dans Un baiser s’il vous plait et contrasté pour ce Fais-moi plaisir. Démarré sur un ton de badinage en chambre à la fausseté trop assumée, le film bascule quand son anti-héros (Mouret lui-même) accomplit son fantasme à la demande de sa compagne : aller à un rendez-vous pour coucher avec une autre fille (et se la sortir ainsi de l’esprit). Commence alors un autre film, qui lorgne sur le Blake Edwards de La Party sans vraiment trouver ni son ton, ni son rythme. Mais grâce à ses bifurcations réalistes (passage par l’Élysée et un président impeccablement campé par Jacques Weber) dans un récit hautement fantaisiste, et par ses escapades toujours inattendues (une belle parenthèse avec la bonniche Déborah François, une conclusion joyeusement amorale), Fais-moi plaisir n’arrive pas à être totale

Continuer à lire

Les amours de Mouret

ECRANS | À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Les amours de Mouret

À peine sorti de la FEMIS, Emmanuel Mouret se plaisait déjà à casser les clichés associés aux cinéastes venus de l’école. Dans un premier long-métrage qui devait autant aux fantaisies tropéziennes de De Funès et Max Pécas qu’aux comédies de Rohmer, le balbutiant Laissons Lucie Faire, il plantait son corps de grand dadais gaffeur au milieu d’une intrigue abracadabrantesque où l’espionnage et les sentiments faisaient mauvais ménage. Depuis, il a affiné son style et trouvé ses marques d’auteur : un sens du dialogue fait de lapsus et de répliques performatives, un mélange d’obsessions et de frustrations sexuelles, un égal dosage entre vaudeville à la Feydeau et marivaudage. Depuis son remarquable Changement d’adresse, Mouret tente de grands écarts, comme dans son dernier Fais-moi plaisir, qui lorgne vers le slapstick et le conte : «Je voulais filmer des gags qui ne naissent pas seulement des dialogues, mais aussi des situations physiques» commente-t-il. «Tout est né de l’idée de la braguette dans les rideaux, qui m’avait marqué dans la scène du Grand blond entre Pierre Richard et Mireille Darc». Une référence toujours aussi peu FEMIS… CC

Continuer à lire