Mais qu'a fait la police ?! : "Josep" de Aurel

Animation | Premier long-métrage d’un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Photo : © Les Films d'Ici Méditerranée


Premier long-métrage d'un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît, Josep raconte comment le personnage-titre, républicain espagnol réfugié en France fut en fait parqué dans un camp par les autorités et maltraité par tous les gendarmes — sauf un. Voilà qui résonne terriblement avec l'actualité des violences policières : y aurait-il une “tradition“ de comportements individuels racistes, d'omerta, d'obligation de suivre le groupe, d'absence de contrôle par la hiérarchie ? Tout cela pèse violemment sur le récit, par ailleurs édifiant, éclairant l'existence mal connue des camps de concentration destinés aux réfugiés anti-franquistes — cette autre tache sur l'Histoire hexagonale. En confrère respectueux, Aurel efface ici son trait pour ne pas faire ombrage à celui de son devancier. Et l'animation, qui préfère un mouvement saccadé à une trop grande fluidité, fait bien écho au style tourmenté, expressionniste, de Josep. On saluera enfin un joli travail sur le magma des souvenirs, qui fait survenir la présence fluctuante de Frida Kahlo.

Josep
★★★☆☆ Un film d'animation de Aurel (Fr-Esp-Bel, 1h14) avec les voix de Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo…


Josep

De Aurel (Fr, 1h20) avec Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo

De Aurel (Fr, 1h20) avec Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo

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Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l'histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d'exception.


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Aux Clochards Célestes, variations sur le même t’aime pour Joséphine Chaffin et Clément Carabédian

Théâtre | Au Théâtre des Clochards Célestes, une radiographie douce-amère des couples d’artistes par deux comédiens et metteurs en scène : Joséphine Chaffin et Clément Carabédian.

Nadja Pobel | Vendredi 24 septembre 2021

Aux Clochards Célestes, variations sur le même t’aime pour Joséphine Chaffin et Clément Carabédian

La profession de son épouse ? « Me rendre heureux » confie Gustav Mahler au micro de la radio imaginaire concoctée par l’autrice Joséphine Chaffin et le comédien (notamment pour Christian Schiaretti) Clément Carabédian. Durant une heure, ce duo signe aussi la mise en scène et explore de façon ludique, parfois légèrement didactique (comme durant le passage sur la féminisation des noms de métier) mais surtout habile la place de la créatrice en couple avec un créateur. Dans la peau de l’intervieweuse, Joséphine Chaffin ne questionne à son micro que des hommes. Malher voit en son épouse celle qui lui permet de se construire et non la compositrice qu’elle est aussi, Chopin s’agace : c’est lui qui a fait George Sand. Francis Scott Fitzgerald signe seul ce qu’il co-écrit avec son épouse Zelda. Niki de Saint-Phalle et Jean Tiguely établissent, eux, un rapport d’égalité. Dans un rythme enlevé (Beyoncé et Jay-Z passent aussi par ici, ainsi que Burton / Taylor, Varda / Demy…), les deux fondateurs de la compagnie Superlune maitrisent très bien la joute oratoire et la narration induite par la radio — passage d’an

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"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

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"Vers la bataille" et "Si le vent tombe" : si loin, si proches

Cinéma | L’époque et la géographie les oppose, mais les protagonistes de "Vers la bataille" et de "Si le vent tombe" ont beaucoup en commun. À commencer par le fait d’être des Français temporairement expatriés et irrésistiblement attirés par le souffle de la guerre…

Vincent Raymond | Mercredi 26 mai 2021

La Guerre et ce qui s’ensuivit, écrivait Aragon. Quelle que soit l’âge du conflit, le déroulement sur le terrain est identique : les corps des belligérants (et des malheureux civils au mauvais endroit, au mauvais moment) finissent hachés par une pluie de boue et de mitraille, après avoir été laminés par l’angoisse d’être touchés. La raison commanderait de fuir à tout prix ces zones de haut péril, mais la raison, on la connaît, a parfois les siennes, hors de toute logique. Pour Louis dans Vers la bataille de Aurélien Vernhes-Lermusiaux, c’est d’aller photographier au plus près l’Expédition du Mexique de 1861 (et sa déroute) à la demande de l’armée française, histoire d'oublier la mort de son fis. Pour Alain dans Si le vent tombe de Nora Martirosyan, c’est d’aller observer de ses yeux cette ligne de front ayant justifié sa venue au Haut-Karabagh pour inspecter un aéroport afin de lui donner l’autorisation d’ouvrir ; cette même ligne de front exigeant que le rapport soit défavorables po

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"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine Bacon

VOD | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 24 mars 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est s

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Nellie Bly, une folle aventure du récit en immersion

Bande Dessinée | La scénariste lyonnaise Virginie Ollagnier et la dessinatrice Carole Maurel se sont emparées du mythique reportage en immersion de Nellie Bly, "10 jours dans un asile", pour façonner un simili-biopic de la journaliste américaine, enfin mise en lumière en France ces dernières années grâce au travail salutaire d'Adrien Bosc, le boss des éditions du Sous-Sol. Les deux autrices sont en dédicace ce vendredi à la Librairie La BD à la Croix-Rousse.

Sébastien Broquet | Vendredi 19 février 2021

Nellie Bly, une folle aventure du récit en immersion

— Quel genre de travail cherchez-vous ? — Je ne sais pas, je suis si lasse... — Vous occuper d'enfants ? Porter une jolie coiffe et un joli tablier blanc ? — Je n'ai jamais travaillé de ma vie. — Vous devez apprendre. Toutes les femmes ont un emploi. — Vraiment ? Cela me surprend, elles sont affreuses. Comme les folles à l'asile. Ainsi débute ce récit situé en 1887, à New York. USA. Par ce dialogue et quelques scènes qui comme dans Shutter Island nous conduisent droit dans un asile, accompagnant un personnage qui ici est une héroïne. Sauf que... Dans le film de Scorsese, Leonardo DiCaprio se présente comme sain d'esprit et le twist repose sur le fait qu'il est justement l'un d'eux, de ces fous. Et qu'ici, Nellie Bly, puisque c'est d'elle dont on parle, c'est l'inverse : elle se fait passer, admirablement bien, pour folle afin d'intégrer le cauchemardesque Blackwell's Island Hopital en tant que pensionnaire. Pour écrire. Raconter. Témoigner. Car Nellie — de son véritable patronyme, Elizabeth Jane Cochrane —, est journaliste, engagée (du moins, en tant que pigiste) en cette même année 1887 par le célèb

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VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

Graphisme | Au long d'une exposition sacrément futée et fureteuse, le Musée de l'Imprimerie et de la Communication Graphique célèbre le retour aussi triomphal et paradoxal du vinyle ces dernières années, remonte à sa genèse et en explore les singularités. À voir les oreilles grandes ouvertes. Et prolongée jusqu'au 29 août.

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 octobre 2020

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

On pourrait appeler "paradoxe du vinyle" le fait qu'un objet symbole du matérialisme moderne ayant connu une extinction de masse se mette à revivre sur le marché alors même que la dématérialisation a triomphé de tous les supports. On a longtemps pensé que le CD, cette invention sonore si révolutionnaire et si pratique, avait définitivement supplanté le disque vinyle. Puis la dématérialisation a fait son œuvre avec l'arrivée du téléchargement (ah, cette époque où il fallait une journée pour télécharger un fichier mp3), puis des plateformes de streaming, et l'industrie du disque a plongé, ringardisant définitivement la forme évoluée du disque. Au final, c'est le dinosaure vinyle qu'on a ressorti des glaces de l'oubli et du grenier de papy pour repeupler les rayons des disquaires et les salons domestiques. Tout cela parce que la dématérialisation, grande pourvoyeuse de nostalgie et de paradoxal désir de possession, a fait du 33t répudié un fétiche, un totem d'appartenance à une caste de (plus ou moins) passionnés. Et si l'on veut comprendre (ou pas) pourquoi, il faut se rendre à l'exposition

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Cin’Écully : l'Argentine à l'honneur

Écully | Excellente initiative du Cin’Écully de composer non un festival mais une programmation thématique hispanophone à partir des sorties très récentes. Les (...)

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

Cin’Écully : l'Argentine à l'honneur

Excellente initiative du Cin’Écully de composer non un festival mais une programmation thématique hispanophone à partir des sorties très récentes. Les trois longs-métrages mis en avant du 23 octobre au 6 novembre présentent un fort tropisme sud-américain, pour ne pas dire argentin : Maternal de Maura Delpero et le documentaire de Juan Solanas Femmes d’Argentine qui s’y déroulent évoquent sous deux angles différents la condition féminine — l’un avec des jeunes mères, l’autre autour de la question de l’avortement dans un pays où l’IVG est interdite. Le troisième rendez-vous est le film d’animation signé Aurel Josep, renvoyant à la Guerre d’Espagne et à la peu glorieuse histoire des camps d’internement pour réfugiés républicains en France.

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Lyon : au Tambour, la sororité règne

Lieu d'accueil | Le premier lieu lyonnais dédié au bien-être et à l’inclusion des femmes victimes de précarité, d’isolement et de violences a ouvert ses portes le 1er juillet. L’idée ? Qu’elles puissent (re)trouver leur corps, leur identité, leur dignité, leur force. Leur place, aussi. Une initiative plus que nécessaire.

Julie Hainaut | Mercredi 9 septembre 2020

Lyon : au Tambour, la sororité règne

La France en général, et Lyon en particulier, est en retard sur l’accompagnement des femmes isolées et en grande précarité. « Les huit accueils de jour lyonnais sont fréquentés à 90% par des hommes. Quant aux seuls bains-douches de la ville (Paris en compte 17 !), ils ont accueilli en avril 2018 plus de 2800 personnes, dont 2075 hommes isolés, 268 femmes isolées, 93 couples et 79 familles. » explique Anne Kahlhoven, l’initiatrice et la coordinatrice du projet Au Tambour ! L’une des raisons ? L’invisibilité de ces femmes. « Se rendre invisible est une stratégie d’évitement. Par peur des agressions, du harcèlement, les femmes seules évitent les lieux mixtes dans lesquels ni leur intimité ni leur sécurité ne peut être assurée. Cette invisibilisation explique sans doute qu’on réfléchisse peu à leurs situations et que les structures d’accueil ne soient pas pensées pour les femmes. » Au Tambour ! est donc un lieu non mixte. Un véritable cocon, un espace hors du quotidien et des difficultés qui accueille les femmes seules. Sans mari et sans enfant, donc. Et c’est une nécessité. C'est après deux années d’enquêtes et d’échange

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Dix expos à cocher dans votre agenda

Bons Plans | Des grands noms avec Picasso ou Doisneau, des méconnus comme Edi Dubien, de l'Histoire et du vinyle, le graphiste du label 4AD ou encore les nouvelles expos du Musée des Confluences : on vous dévoile tout ce qui va se passer dans les mois à venir dans les galeries et musées.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

Dix expos à cocher dans votre agenda

Doisneau à Lyon Le plus célèbre des photographes français, Robert Doisneau (1912-1994), fait l’objet d’une exposition originale au Musée Jean Couty. À travers quatre-vingt dix images, on découvrira ses portraits d’artistes (Tinguely, Derain, Picasso…) et quelques ateliers d’artistes (Giacometti, César…). Une seconde section de l’exposition se penche sur une commande du magazine Vogue au photographe sur la cité lyonnaise à la sortie de la guerre en 1950. Images lyonnaises inédites présentées en parallèle avec des vues de Lyon peintes par Jean Couty. Robert Doisneau, Portraits d’artistes et vues de Lyon Au Musée Jean Couty du vendredi 16 octobre au dimanche 11 avril 2021 Picasso à la plage Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant,

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Fin de l'aventure pour Le Nid de Poule, qui devient couveuse

Théâtre | Fin de partie pour Le Nid de Poule. Après trois d'activité, ses fondateurs partent développer une agence d'accompagnement artistique, imaginée avant le Covid : le Grand Nid de Poule. En espérant que le lieu reste une scène artistique. Et que leur festival à l'Amphi des 3 Gaules, la Basse-Cour, connaisse une seconde édition l'an prochain...

Nadja Pobel | Vendredi 10 juillet 2020

Fin de l'aventure pour Le Nid de Poule, qui devient couveuse

Quelles étaient vos intentions quand vous ouvrez le lieu — non subventionné — en novembre 2017 ? Joseph Elbaz : On voulait professionnaliser des pratiques qu'on avait en amateurs. On était assez étrangers à l'écosystème du théâtre. On faisait partie d'une association, Le Clap, qui présentait des spectacles vivants et audiovisuels. Ç'a pris de l'ampleur (partenariat avec les Subsistances) et on a voulu ensuite avoir un local pour l'asso ; ç'a pris du temps, celui de la maturation du projet. Finalement, on s'est monté en coopérative pour se professionnaliser et on a créé le Nid de Poule en achetant le fond de commerce de l'ancien Théâtre de l’Étoile Royale, rue Royale. On a travaillé ici avec des compagnies en cours de professionnalisation, certaines sortaient d'écoles. On s'est inscrit dans les réseaux professionnels, car la structuration de la filière salle et rue nous intéresse. Marion Viquesnel : On a toujours eu la volonté de mêler théâtre et musique car l'objectif était d'avoir un lieu festif : on voulait mixer le public, faire en sorte

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Les Assises Internationales du Roman voient 2020 en 2.0

Littérature | Du 11 au 17 mai, se produiront les Assises Internationales du Roman. Une nouvelle qui prend une résonance quasi-paranormale dans le contexte d'un paysage culturel sinistré par les conséquences de la grande attaque du Covid-19. Le festival a dû faire sa révolution et tout repenser du sol au plafond (virtuels), en une version 100% numérique ô combien bienvenue et qui relève de l'exploit.

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 mai 2020

Les Assises Internationales du Roman voient 2020 en 2.0

Oui, contrairement à la guerre de Troie, les Assises Internationales du Roman 2020 auront bien lieu ! Parmi tous les festivals programmés entre avril et fin août c'est l'un des seuls festivals à avoir voulu et surtout pu se maintenir. Au prix d'une révolution complète et d'arcobaties organisationnelles. Mais aussi d'une adaptation de son propos à la drôle d'actualité dans laquelle nous évoluons depuis quelques semaines. Mathilde Walton, programmatrice à la Villa Gillet et donc aux Assises, nous a expliqué, il y a quelques jours, combien il était trop triste pour la Villa Gillet d'annuler son festival. Lucie Campos, directrice de l'institution fraîchement arrivée en novembre, nous détaille les raisons et les modalités de ce défi en interview. Chanceuses dans le cataclysme qui fra

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Aurélien Cavagna, le cœur léger

Humour | Aurélien Cavagna, que l’on connaissait pour sa participation au duo Camil et Aurel, présente son premier seul en scène, Cri du cœur. À retrouver tous les mardis jusqu'à fin mars, à l’Espace Gerson. Poétique et drôle.

Elliott Aubin | Mardi 18 février 2020

Aurélien Cavagna, le cœur léger

Un cri du cœur, une ode à la vie : pendant près d’une heure et demie, Aurélien Cavagna se dévoile et s’en donne à cœur joie. Tout commence au collège. À 13 ans, on lui détecte un grave problème cardiaque. Opéré, il sera condamné à vivre avec un pacemaker. Entre les frustrations d’une adolescence brimée et les fantasmes d’une vie d’excès, Aurélien aurait pu choisir la rancœur, mais au contraire, il s’est peut-être dit qu’il y avait là surtout de quoi nourrir un spectacle. Au cours de son récit, Aurélien jouera une dizaine de personnages : les caricatures de ses parents, son propre cœur repeint en « vieil acteur français », son premier amour mais aussi son médecin à l’occasion d’une consultation hilarante. Quant à son personnage, il sait très vite le rendre à la fois attachant par l'innocence qu'il incarne et drôle par le côté naïf de celui qui subit les événements. En avoir sur le cœur Entre jeux de mots et autodérision, sa prestation sera rythmée par des intermèdes musicaux très réussis, qui viennent ponctu

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Les mutations de Gwendoline Soublin

Théâtre | Deux spectacles jumeaux et un compagnonnage solide s’annoncent à l’ENSATT où les Clochards Célestes programment les textes de Gwendoline Soublin mis en scène par Philippe Mangenot. Où il est question de la rudesse de la ruralité et d’abandon.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Les mutations de Gwendoline Soublin

La folie rôde toujours au détour des phrases de Gwendoline Soublin. Née en 1987, formée notamment à l’ENSATT (département écrivain), la trentenaire creuse la façon dont se débattent ses contemporains avec les contraintes d’une société marchande et déshumanisée. Ses personnages extrapolent, s’inventent des fictions, délirent parfois dans le sens le plus salutaire qui soit. On dit que Josepha, présenté au festival En acte(s) en 2018 dans son plus simple appareil (des tréteaux, et une semaine de travail) mène sur un parking du très bien nommé Babylone-sur-Isette qui dit l’ancrage territorial et les rêves d’ailleurs. Une jeunesse désœuvrée s’amuse à jouer aux durs pour passer le temps sur le thème « on dit que… » jusqu’à évoquer une vieille dame, Josepha, et ses intentions étranges. Trouble. D’autant que des coccinelles ont envahi les lieux. Dans Pig Boy, l’autrice se remémore son grand-père agriculteur breton, les suicides quotidiens de cette profession et la crise du cochon. Elle invente la suite avec brio, façon

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Aurélie Dupont danse, l'espace d'un instant

Documentaire | Quand il ne tourne pas de fiction, Cédric Klapisch signe des portraits-documentaires. Après celui consacré à Renaud de la Villenie, il s’intéresse à la (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 décembre 2019

Aurélie Dupont danse, l'espace d'un instant

Quand il ne tourne pas de fiction, Cédric Klapisch signe des portraits-documentaires. Après celui consacré à Renaud de la Villenie, il s’intéresse à la danseuse-étoile (et désormais directrice du ballet de l’Opéra National de Paris), Aurélie Dupont — qui avait déjà figuré dans un excellent documentaire de Nils Tavernier, Tout près des étoiles (2001). Pour célébrer les quarante ans de la Maison de la Danse et les trente ans de carrière de la chorégraphe Marie-Agnès Gillot, le réalisateur accompagne cette dernière lors de la projection de son film. On peut espérer un pas de deux. Aurélie Dupont danse, l'espace d'un instant Au Comœdia ​le mardi 17 décembre à 20h

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Thierry Jolivet : grand rassemblement

Portrait | À 32 ans, Thierry Jolivet s'apprête à monter sur scène Vie de Joseph Roulin, ce facteur et ami de Van Gogh dont l'écrivain Pierre Michon a fait œuvre. Autour de lui, des musiciens et des membres de leur Meute avec laquelle il avait éclaboussé le théâtre lors de la création de Belgrade en 2013. Itinéraire en construction.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Thierry Jolivet : grand rassemblement

Il a eu, à l'adolescence, « une passion intense et totale » pour le cinéma mais en aucun cas faire du théâtre n'est une compensation pour le metteur en scène Thierry Jolivet. Enfant, entouré de ses parents profs, il a bien fait quelques ateliers théâtre entre Vienne et Lyon où il grandit mais c'est au lycée Saint-Ex, sur la Croix-Rousse, en suivant les cours de Catherine Marion qu'il voit ses premières pièces, car auparavant sa connaissance en matière de théâtre « était nulle ». Voici qu'il ingurgite des spectacles monstres : Le Dernier Caravansérail d'Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes où il se déplace avec l'établissement scolaire ou Les Vainqueurs d'Olivier Py, « où Christophe Maltot tient la baraque pendant dix heures ! » se souvient-il. Pourtant, le bac en poche, c'est en cinéma qu'il s'inscrit à Lyon 2 où il dit s'ennuyer « sauf au cours de Rebecca Zlotowski », la (future) réalisatrice de

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Aurélie Van Den Daele, auto école sous la Pluie d'été

Théâtre | Habituée aux grands plateaux, et notamment celui de la Croix-Rousse où elle revient après avoir présenté le très léché Angels in America et le très académique L'Absence (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 novembre 2019

Aurélie Van Den Daele, auto école sous la Pluie d'été

Habituée aux grands plateaux, et notamment celui de la Croix-Rousse où elle revient après avoir présenté le très léché Angels in America et le très académique L'Absence de guerre, Aurélie Van Den Daele, artiste associé au théâtre de l'Aquarium, propose, au studio, Pluie d'été (à voir jusqu'au 30 novembre) de Marguerite Duras, une forme pensée pour l'itinérance et questionnant l'éducation et le savoir via cette famille d'immigrés en banlieue dont les enfants ne sont pas scolarisés et, lorsqu'ils le deviennent, s'enfuient car « à l'école j'apprends des choses que je ne sais pas » dit Ernesto, gosse sans âge, avant de devenir un génie autodidacte. Cette fable est donnée en bi-frontal, sur un plateau tenu par le collectif InVivo (qui présente Ceto par ailleurs au TNG cette semaine), dans un espace très resserré où malgré tout émerge un décor dessiné à la craie par deux comédiennes qui endossent tous les rôles avec dextérité, à l'exception de la première demi-heure qui patine fortement pour celle qui est à la fois cet enfant et son père (le simulacre du port de la casquett

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Aurélien Barrau, pour sortir du trou noir

Écologie | Depuis sa virale vidéo de septembre 2018, lors du festival Climax de Bordeaux, Aurélien Barrau est devenu l'une des voix qui portent dans la lutte pour la (...)

Sébastien Broquet | Mardi 8 octobre 2019

Aurélien Barrau, pour sortir du trou noir

Depuis sa virale vidéo de septembre 2018, lors du festival Climax de Bordeaux, Aurélien Barrau est devenu l'une des voix qui portent dans la lutte pour la défense du climat face aux excès d'un monde régit par trop de croissance. Le professeur de l'université de Grenoble-Alpes et astrophysicien reconnu, spécialiste des trous noirs, a enchaîné avec un appel publié dans Le Monde en compagnie de Juliette Binoche (qu'il a rencontré sur le tournage de High Life de Claire Denis) et signé par près de 200 personnalités, intitulé Le Plus Grand Défi de l'histoire de l'Humanité. Depuis, il poursuit son combat politique et citoyen au fil de conférences autour de la crise écologique qui sont fort suivies (celle de Lyon est déjà annoncée complète) et font de lui un lanceur d'alerte très écouté. Rendez-vous le mercredi 16 octobre à 19h à l'Université Catholique de Lyon (au 10 place des Archives) pour écouter les solutions qu'il préconise.

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Conte d’été : "Ma folle semaine avec Tess"

Récit initiatique | En vacances familiales sur une petite île néerlandaise, Sam se lie d’amitié avec une fillette de son âge, Tess, aussi délurée qu’il est enclin à la solitude. Si Tess va l’aider à s’ouvrir au monde, Sam va lui permettre en retour de faire la connaissance d’une personne comptant beaucoup pour elle…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Conte d’été :

Si vous vous souvenez du Grand Chemin (1988) de Jean-Loup Hubert et de ses deux jeunes protagonistes faisant les 400 coups dans les champs, Sam et Tess vous évoqueront sans doute leurs dignes successeurs : ici aussi, un gamin timoré transplanté à la campagne se fait dessaler par une fillette fantasque, vêtue comme l’as de pique — les costumiers n’ont pas lésiné : on croirait une Punky Brewster batave — et à la vie familiale compliquée. Récit initiatique dans lequel les enfants imitent avec leur maladroite innocence les rites des adultes pour se convaincre qu’ils appartiennent à leur monde, ce film aux couleurs chaudes et marquées est parsemé d’éclats sombres — les petites bouffées d’angoisse inhérentes aux contes gothiques, souvent symbolisées par une fuite en forêt. Rien qui soit de nature à traumatiser le jeune public hexagonal, lequel risque d’être plus choqué par la légendaire permissivité des parents néerlandais… Ma folle semaine avec Tess U

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Flip et flippés

Cirque | Dans Départ Flip, ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes (...)

Nadja Pobel | Mardi 30 avril 2019

Flip et flippés

Dans Départ Flip, ils et elles grimpent sur un toit de cordes et rampent. Nous les regardons là-haut comme nous regarderions au zoo une kyrielle de singes se mouvoir avec attention et agilité. Qui sont-ils ? Leurs trapèzes encore enroulés à la structure métallique sont leur langage, celui avec lequel ils vont devenir une tribu à laquelle nous convie Aurélie La Sala, ancienne boxeuse, circassienne qui a repris seule la compagnie Virevolt fondée avec Aurélien Cuvelier. Sans numéro d’épate, au sol, dans les airs, amassés sur un cube à 80 cm du sol comme si une mer menaçante allait les aspirer, les acrobates signent un spectacle bouleversant sur ce qu’il nous reste de liberté, la capacité et/ou la nécessité d’être seul ou plusieurs, comment on se débat avec les contraintes extérieures et nos urgences intérieures. À voir au Théâtre de Villefranche le samedi 4 mai à 17h.

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Je t’aime, je t’aime : "Mon inconnue"

Comédie | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Je t’aime, je t’aime :

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint avec ce troisième long-métrage le fatidique “film de la maturité“ ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time, 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin, 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps — n’assumant qu’à moitié le fantastique et le côté “décalque“ de Coppola, Camille redouble (2012) de Noémie Lvovsky n’en fait évidemment pas partie. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue nar

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Chaplin de mère en fille aux Célestins

Théâtre | Dans la famille Thierrée Chaplin, on demande la sœur : Aurélia. En parfaite héritière de sa célèbre lignée, elle signe un spectacle léger comme des bulles de savons.

Nadja Pobel | Mardi 18 décembre 2018

Chaplin de mère en fille aux Célestins

Des fauteuils claquants d'une vieille salle d'attente et un tournoiement de personnes interchangeables. D'emblée ce spectacle, créé cet été au festival de Spoleto en Italie, est une valse qui ne va cesser durant 1h10. Aurélia Thierrée Chaplin est dirigée par sa mère Victoria Chaplin (fille du cinéaste) qui fait d'elle une cleptomane lunaire. Où qu'elle aille, elle dérobe des bijoux, des vêtements sur des portants, des lampes et se fond illico dans un fauteuil ou disparaît derrière des draps. La magie rôde à chaque coin de ce spectacle car la voleuse est talentueuse. Elle sait en tournant sur elle-même rendre un tailleur volé. C'est bien l'un des soubassements de cette création que ces tours de passe-passe qui font le sel de ce que ses parents ont créé au tout début des années 70, le Cirque Bonjour devenu Imaginaire puis Invisible, aux origines du nouveau cirque. Subrepticement, les objets s'animent et prennent vie. Ainsi un cintre devient oiseau, un porte-manteau se transforme en un ruminant. Et tout une série

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Douceurs aux Célestins

Théâtre | Comme à chaque fin de saison, il n'en reste qu'un pour les fêtes : les Célestins qui double la dose (19h puis 21h) avec cette fois-ci deux spectacles plus que prometteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

Douceurs aux Célestins

Exit Jamie Adkins et le burlesque lourdigue des Sea Girl, cette année, les spectacles de 19h et 21h des Célestins s'adressent à un seul public qui peut tenter l'aventure en groupe sur les deux créneaux, avec une loufoquerie et une douceur garanties. Sans pouvoir faire de critique faute d'avoir pu voir en amont ces deux propositions, il est évident qu'elles se placent, a priori, du côté de l'enchantement. Dans un premier temps, Aurélia Thierrée (fille de Victoria Chaplin et donc petite-fille du cinéaste, et sœur du James de La Grenouille avait raison) est à l'honneur. Cette dernière interprète ce spectacle imaginé par sa mère et qui ressemble à leur illustre famille. Ici une cleptomane est manipulée par les objets qu'elle dérobe et un porte-manteau se met à marcher, des sièges s’esquivent et une robe prend vie. Elle retrouvera sans doute ici ce qui a fait son enfance lorsqu'elle furetait sur les plateaux de ses parents et leur spectacle éternel joué depuis quarante ans, le Cirque Bonjour

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C’est encore au programme !

Festival Lumière | Le clap de fin ne claquera que dimanche soir. D’ici là, focus sur quelques-un des rendez-vous de cette seconde partie de festival…

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

C’est encore au programme !

Claire Denis convie Aurélien Barrau Faisant partie des invitées d’honneur de cette 10e édition, Claire Denis vient présenter Trouble Every Day (2001) ce mercredi 17 à 21h45 avec Béatrice Dalle et Alex Descas. Mais elle fait précéder à 19h cette séance à l’Institut Lumière de l’avant-première de son nouveau film, High Life, déjà montré à Toronto. Une œuvre de science-fiction portée par la musique de Stuart Staples des Tindersticks, qu’elle introduira en compagnie de sa comédienne Claire Tran et de l’un des astrophysiciens qui l’ont conseillée durant la préparation, Aurélien Barrau. Ce dernier n’est d’ailleurs pas un inconnu du grand public : son intervention en faveur d’un sursaut écologique lors du Climax Festival 2018 a été massivement vue en ligne et partagée sur les réseaux sociaux. La cinéaste donnera le lendemain une masterclass à 11h30 à la Com

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Black Music : Des chaînes de fer aux chaînes en or

Projection | Pierre Evil, vous ne le connaissez peut-être pas sous ce nom, mais c'est l'une des plumes les plus érudites du mouvement hip-hop : un spécialiste ne se (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 février 2018

Black Music : Des chaînes de fer aux chaînes en or

Pierre Evil, vous ne le connaissez peut-être pas sous ce nom, mais c'est l'une des plumes les plus érudites du mouvement hip-hop : un spécialiste ne se satisfaisant pas de la seule punchline, mais explorant au plus profond les racines de ce genre qu'il affectionne. Il en a fait un livre en 2005, Gangsta Rap (Flammarion), puis un second consacré à la ville de Detroit, Detroit Sampleur en 2014, remarqué. Vous le connaissez peut-être sous le nom de Pierre-Yves Bocquet, ou du moins vous avez entendu ses mots : il fût la plume des discours de François Hollande lors du dernier quinquennat... Pierre Evil a aussi co-écrit un documentaire réalisé par Marc-Aurèle Vecchione, intitulé Black Music : Des chaînes de fer aux chaînes en or, que programme la toujours pertinente bibliothèque de la Part-Dieu. Soit l'histoire des musiques qui ont accompagné les luttes pour l'émancipation des Noirs américains, du blues au rap en passant par le jazz ; de l'abolition de l'esclavage au bling-bling libéral des rappeurs, de Strange Fruit à Fight the Power, retour sur un son qui a cad

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Déjeuner chez Wittgenstein : un plat qui se mange froid

Théâtre | Furieusement grinçant, emportant les conventions familiales et l'amour de la patrie dans un même élan, Déjeuner chez Wittgenstein est une œuvre majeure de Thomas Bernhard. Aurélie Pitrat nous propose de passer à table. Prenez place !

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Déjeuner chez Wittgenstein : un plat qui se mange froid

Il faut arpenter Vienne, s'extirper d'un centre bien sage pour aller grimper sur la colline viticole du Grinzing. Et tenter de trouver la tombe de Thomas Bernhard. Car si Google Map la localise immédiatement, dans ce petit cimetière, il n'y a aucune indication, alors que sont listées les figures nationales (inconnues des Européens) reposant ici. Vertige. Le plus célèbre des Autrichiens est planqué. La nation n'est pas reconnaissante. Et pour cause : le dramaturge décédé en 1989 n'a pas épargné ses compatriotes, tant la sphère privée que publique. Déjeuner chez Wittgenstein (1984) ne fait pas exception à cette règle. C'est même un sommet du genre. Deux sœurs attendent le retour de leur frère interné à l'hôpital. Si l'une se moque de le retrouver, feuilletant à bout de nerfs le journal où figure cette étrange injonction à la « réalisation de soi », l'autre a tout fait pour le sortir de là et recréer cette famille en deuil de parents récemment disparus. Bien sûr, il n'y aura pas de récompense à ce dévouement qui ne dit rien d'un supposé amour filial mais tout d'individus en charpie se débattant comme ils peuvent avec leu

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Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Entretien | Clowns à l’écran et sur les planches, le duo Abel & Gordon se balade aux quatre coins de la capitale, occasion idéale pour tous les hommages et toutes les rencontres. Cartographie d’un univers partagé qui rend la réalité si triste et les pitres si beaux.

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

Dominique Abel & Fiona Gordon : « ce qu’on fait en réalité, c’est du théâtre à l’écran »

Avez-vous essayé de retrouver la fibre unique du réalisme poétique ? Dominique Abel : On s’inspire de ces films, même si on a trouvé nos propres lieux, qui dégagent une magie bien particulière : je pense à cette statue de la Liberté qui a été un vrai cadeau du ciel. L’idée de mettre un SDF qui plante sa tente à ses pieds, c’était chouette. On a été nourri par plusieurs styles différents, mais on adore le burlesque : Max Linder, Buster Keaton, Charlie Chaplin, Laurel et Hardy, ou les créateurs plus contemporains comme Kaurismäki. Mais nos goûts sont plus larges que ça. Emmanuelle Riva était-elle l’une de ces références ? D.A : On ne l’avait jamais vu dans un autre registre que celui du drame. Elle était très curieuse, vivante avec le rire incroyable d’une jeune fille de 14 ans. Elle faisait beaucoup de théâtre et nous, ce qu’on souhaitait, c’était de répéter pour atteindre une mécanique propre à notre jeu. À ça, e

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Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

Jazz | Avant de probablement passer en biennale, l'incontournable festival À Vaulx Jazz fête ses 30 ans. Et si le programme comme sa durée sont resserrés, l'amateur de jazz et les fidèles auront de quoi retrouver ce qui fait son sel.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 février 2017

Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

À Vaulx Jazz, 30e. Les mauvaises langues argueront que pour entrer dans sa quatrième décennie, le festival vaudais aurait pu frapper plus fort. D'autres se demanderont où sont passées les compositions artisanales en forme de masques tribaux ou de totems surréalistes de Bruno Théry, marque visuelle depuis des lustres, remplacées par le travail de jeunes graphistes lyonnais. En retournant la lorgnette on peut aussi, tout en saluant l'initiative de rendre les choses plus lisibles en recalant son hors-les-murs au mois de mars, voir là la volonté d'un festival qui a envie de se donner un coup de jeune, un coup de frais, histoire de ne pas basculer dans la routine. Bref d'aborder ses 30 ans du bon pied. Et de fêter ça dignement, quand on annonce que le festival pourrait passer en biennale (et donc fêterait ses 31 ans dans deux ans). Car il y aura quand même du grand nom jazz à se mettre sous l'esgourde. Le plus fidèle d'entre eux (qui fit ses débuts français en ce même festival il y a tout juste dix ans) étant

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Joséphine Kaeppelin : l'artiste à la lisière du réel

La BF15 | Joséphine Kaeppelin fait partie de ces nombreux artistes qui jouent avec les symboles, les dispositifs, les façons d'agir ou de penser propres à notre époque. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 février 2017

Joséphine Kaeppelin : l'artiste à la lisière du réel

Joséphine Kaeppelin fait partie de ces nombreux artistes qui jouent avec les symboles, les dispositifs, les façons d'agir ou de penser propres à notre époque. Mi-fascinés, mi-écœurés par l'un ou l'autre des motifs du monde contemporain (que ce soit les flux numériques, le virtuel, le capitalisme financier, les nouveaux modes de communication, etc.), ces artistes s'en emparent, le creusent, le détournent, le déclinent sous diverses formes, sans trop savoir pour autant où ils vont en faisant cela, ni quelle est leur position éthique... On ne peut le leur reprocher : l'artiste est d'abord un trouble-fête (un trouble-fait), pas un moraliste ni un candidat à l'élection présidentielle. Joséphine Kaeppelin, elle, s'intéresse en particulier « aux standards du monde du travail » comme elle nous le confie, et plus généralement encore à « l'équilibre entre les machines et l'humain ». À la BF15, la Lyonnaise née en 1985 présente une exposition en trois temps : une première salle où elle montre et vend des tissus « communicants », des tissus-messag

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L'humour vintage traverse les générations

De Charlot à Laurel & Hardy | Charlot, Buster Keaon, Laurel et Hardy. Le jeune public va pouvoir découvrir ce qui a fait marrer papy, mamy, grand papy, grand mamy etc... Et rire à son tour.

Antoine Allègre | Mardi 20 décembre 2016

L'humour vintage traverse les générations

À chaque vacances scolaires, l'Institut Lumière soigne les zygomatiques des minots avec un programme aux petits oignons baptisé Cinématokid. Une fois n'est pas coutume, un cycle noir et blanc est initié pour cette fin d'année, permettant aux enfants de découvrir des légendes de l'humour. Tout commence — en fanfare — le mercredi 21 décembre avec la projection des Temps Modernes de Charlie Chaplin, assurément — avec Le Dictateur — le chef d'œuvre de Charlot. Ouvrier désabusé et éreinté dans une usine dévorante, il plaque tout et recueille une orpheline pour faire face à l'aprêté de ce monde. Éminement poétique, émouvant et drôle à pleurer, cela fait désormais 80 ans que ce film émerveille le public — qu'il soit pubère ou pas. Piqûre de rappel le 27, même endroit, même heure. Le vendredi 23 décembre, Stan Laurel et Oliver Hardy, le tandem le plus poilant de l'histoire est à l'honneur avec le court-métrage Aidons-nous ! ou le premier épaule — à sa manière — le second à dissimuler les

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Réveillonnez en humour !

Café-Théâtre | Que vous soyez néophytes ou adeptes, le réveillon est une date idéale pour se ruer dans les café-théâtres. Le 31 décembre, il y en a pour tout le monde, les petits comme les grands, ceux qui ont envie de rire comme ceux qui veulent redécouvrir les classiques.

Gabriel Cnudde | Mardi 13 décembre 2016

Réveillonnez en humour !

Milady en sous-sol Alors qu'Alexandre Astier et Jean-Christophe Hembert viennent d'achever la tournée de l'Exo Conférence, d'autres acteurs de la série Kaamelott investiront le Boui Boui le soir du réveillon avec une pièce délirante. Avec Jacques Chambon (Merlin dans Kaamelott) aux commandes, Milady en sous-sol revisite La Belle au bois dormant. Sauf que cette fois-ci, le prince charmant se fait laminer par le dragon, laissant la princesse, jouée par Chrystel Rochas, seule dans son donjon. Jusqu'à l'arrivée d'Eddie, le prince de la lose, interprété par Aurélien Portehaut (Gauvin dans Kaamelott). S'en suit une myriade de dialogues absurdes entre deux personnages qui n'ont rien à faire ensemble. Portée par deux acteurs talentueux et un texte juste, Milady en sous-sol revisite un conte vieux comme le monde. Jouissif. Au Boui Boui à 17h15 Sois parfaite et t'es toi ! Si le café-théâtre permet avant tout de rire et de passer un bon moment, il est aussi un art qui permet de véhiculer un message. Avec Sois parfaite

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Anne Maurel sur les traces de Giacometti

CONNAITRE | Déjà journal bimestriel, revue pluridisciplinaire semestrielle, Hippocampe devient aussi éditeur avec la publication ce mois-ci de Je descends la rue de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 novembre 2016

Anne Maurel sur les traces de Giacometti

Déjà journal bimestriel, revue pluridisciplinaire semestrielle, Hippocampe devient aussi éditeur avec la publication ce mois-ci de Je descends la rue de Siam (carnets sonores et photographiques) du créateur sonore Jean-Guy Coulange, et Avec ce qu'il resterait à dire (sur une figurine d'Alberto Giacometti) de Anne Maurel. Cette dernière se lance dans une sorte de fiction-documentaire sur une minuscule sculpture de Giacometti, représentant une femme aimée. « L'émotion ressentie à la vue de la figurine sous sa vitrine est revenue m'envahir, comme si elle me mettait en cause, moi et le sentiment de l'espace devant moi. Dans la distance me séparant d'un autre corps, il y avait comme un élan interrompu. » dit Anne Maurel, dont l'écriture tente de prolonger cet élan avec des mots. Pour lancer sa nouvelle activité d'éditeur et cet ouvrage, Hippocampe organise une soirée avec Anne Maurel à la galerie Michel Descours le mercredi 30 novembre à 19 heures.

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"Snowden" : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras (Citizenfour, Oscar du documentaire), Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote, découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalité politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre “contrée“, il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes — en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup ! Sno

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3 questions à... Aurélie Van Den Daele

3 questions à | Associée notamment au théâtre de l'Aquarium, Aurélie Van Den Daele revient sur l'Amérique de Reagan et les sombres années de l'apparition du sida. Avant d'être une série HBO, Angels in America était une pièce de théâtre qu'elle adapte en 5 heures.

Nadja Pobel | Mardi 4 octobre 2016

3 questions à... Aurélie Van Den Daele

Qu'est-ce qui vous a poussé à monter cette pièce se passant dans une époque, les 80's, que vous n'avez pas connue ? Aurélie Van Den Daele : Notre équipe est née en 1980, on a grandi avec cette génération sida, comme on nous a appelé. Adolescente, j'ai beaucoup lu des auteurs comme Hervé Guibert, j'ai été interpellée par l'attitude de la société à l'égard de cette maladie, le fait que le problème a été long à se mettre en place au niveau de la santé publique. Cette pièce s'inscrit vraiment dans une réflexion que j'avais eu plus jeune, on a été nombreux à militer dans l'équipe, c'est la raison éthique de ce choix et c'est vrai que formellement, c'est une pièce magistrale qui aborde de nombreux registres : la comédie, la tragédie, avec du fantastique, de l'onirisme... Théâtralement, c'est un défi de mise en scène et une grande stimulation. Comment avez-vous abordé scéniquement ce texte ? Le lien entre théâtre et cinéma nous intéresse beaucoup dans la compagnie. Tony Kushner

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Rencontre au Lavoir Public avec Aurélie Van Den Daele

Théâtre | Après une rentrée vitaminée avec Vincent Dedienne (jusqu'au 1er octobre), le théâtre de la Croix-Rousse propose de regarder les années sombres du sida, aux (...)

Sébastien Broquet | Vendredi 23 septembre 2016

Rencontre au Lavoir Public avec Aurélie Van Den Daele

Après une rentrée vitaminée avec Vincent Dedienne (jusqu'au 1er octobre), le théâtre de la Croix-Rousse propose de regarder les années sombres du sida, aux États-Unis, sous Reagan. Angels in America (du 6 au 8 octobre), la pièce de Tony Kushner, matière à une série HBO avec castings de stars (Al Pacino, Emma Thompson, Meryl Streep) est portée intégralement (en cinq heures) à la scène par la jeune Aurélie Van Den Daele, associée actuellement à L'Aquarium. La jeune metteuse en scène vous en parlera au Lavoir Public le mardi 4 octobre à 19h, questionnée notre collègue Stéphane Caruana du journal Hétéroclite.

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Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Lyon Street Food Festival | Au premier Lyon Street Food Festival ce week-end, l'on croisera la route des meilleurs food trucks du coin mais pas seulement : des Apothicaires à la Mère Brazier, les top chefs de la ville se la jouent street credibility. Fameux.

Adrien Simon | Mardi 20 septembre 2016

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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Au musée des Beaux-Arts, des images aux mots

Assises Internationales du Roman | Dans le cadre des Assises Internationales du Roman, le Musée des Beaux-Arts invite des écrivains à venir parler d'un tableau choisi parmi ses collections. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 mai 2016

Au musée des Beaux-Arts, des images aux mots

Dans le cadre des Assises Internationales du Roman, le Musée des Beaux-Arts invite des écrivains à venir parler d'un tableau choisi parmi ses collections. Cette année, on pourra entendre Noémie Lefebvre, Stefan Hertmans ou Christine Angot. Parallèlement, Les Presses Universitaires de Lyon publient un beau livre illustré, rassemblant onze interventions des années précédentes : des textes variés, allant du lyrisme de Geneviève Brisac sur Nave Nave Mahana de Gauguin à l'humour d'Aurélien Bellanger comparant le Saint Dominique et Saint François de Rubens aux blockbusters qui ont à la fois chamboulé son adolescence et l'histoire du cinéma. Jakuta Alikavazovic nous replonge dans le fantomatique portrait de famille d'Eugène Carrière, oscillant entre apparition et disparition, tandis que Maylis de Kerangal se penche sur la force du vide qui sépare la Vierge et l'Ange Gabriel dans une Annonciation sculptée du 14e Siècle... C'est aussi un espace entre-deux (le purgatoire) qu'interroge avec brio Philippe Forest avec le Dante de Flandrin, entre-deux comme l'est l'espace de cet ouvrage, dans la relance des images par les mots.

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr/Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection — au risque de créer des impressions (fautives) de cuirs en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classiques et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs — au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph. Si le titre lorgne im

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La crème du cupcake

Gourmandises | Ok, le printemps est là. Ok, on va bien devoir enfiler son bikini à un moment ou à un autre. Est-ce une raison pour se nourrir uniquement de salades et de smoothies détox ? Non. Notre corps réclame gras, réconfort, bonheur.

Julie Hainaut | Mardi 26 avril 2016

La crème du cupcake

Une semaine que l’on sillonne la ville en se bourrant la panse de gâtelets bariolés, à la recherche du meilleur cupcake. Le problème existentiel du moment ? Dénicher le petit gâteau à la fois beau et bon, moelleux et crémeux (mais pas trop écœurant), doté d’une ganache pas trop bourrative et d’un biscuit bien dosé en sucre. Un challenge. Résultat des courses après cette (dure) semaine : une balance qui fait grise mine, des déceptions gustatives, mais surtout trois adresses incontournables où apprécier ces petits gâteaux individuels ultra-colorés. 1/ Laureline’s Corner Il y a des signes qui ne trompent pas. L’accueil affable et la déco romantique du salon de thé de Laureline par exemple. Depuis trois ans, cette pâtissière toujours tout sourire égaie nos mirettes et nos papilles à coup de petites douceurs salées et sucrées de tailles plus que généreuses et souvent ornées d’oursons à la guimauve. À chacun de nos passages, le choix s’annonce cornélien. Chocolat au cœur (coulant) caramel et beurre salé, fruits rouges et chocolat blanc, vanille-Nutella… Les alliances sont toujours délicates, les saveurs à tomber et le choix réjouissant. À tester égale

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À la poursuite du cerf-bipède

SCENES | Aux confins du fantastique et de l’absurde, Sergi Lopez et Jorge Pico, artistes engagés (enragés ?) signent un spectacle drôle, fou, corrosif d’une (...)

Sébastien Broquet | Mardi 22 mars 2016

À la poursuite du cerf-bipède

Aux confins du fantastique et de l’absurde, Sergi Lopez et Jorge Pico, artistes engagés (enragés ?) signent un spectacle drôle, fou, corrosif d’une grande virtuosité. Espagnols (catalan pour l’un), ils jouent en français ; l’un parle et l’autre brame. Lopez campe un explorateur obsessionnel (et obnubilé par le tennis) partant à la recherche d’une créature légendaire jouée par son acolyte. La bête cornée, jamais découverte à ce jour, est une proie difficile à chasser car invisible pour l’œil humain. On dit qu’elle serait dotée d’une âme… La forte complicité qui unit les deux compères est le fuit d’une longue amitié qui débuta sur les bancs de l’École Internationale de Théâtre de Jacques Lecoq, au début des années 1990 et les a amené, en 2011, à imaginer, écrire (dans leurs diverses langues), mettre en scène ce spectacle qu’ils promènent encore sur les routes aujourd’hui. Cette fable délirante, qui a connu un énorme succès au off d’Avignon il y a deux ans, pousse le spectateur à accepter son animal intérieur avec force, bonheur et fous rires. Florence Barnola 30/40 Livingstone À la salle

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr, 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir, Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas, Rémi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai, Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mention spéciale à la séquence de jérémiades sous-titrée et à la couette ornée de petites fraises. VR

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Réveillon 2015 : du côté du café-théâtre

SCENES | ​Mieux vaut en rire, qu'ils disent. Dont acte : parmi les nombreuses occasions qui vous sont offertes de faire le deuil dans la bonne humeur de cette annus horribilis que fut 2015, voici les cinq qui méritent le plus votre attention.

Benjamin Mialot | Mardi 15 décembre 2015

Réveillon 2015 : du côté du café-théâtre

Milady au sous-sol Quelle tête en l'air ce Jacques Chambon ! Alors que Cendrillon faisait un matériau de nouvel an tout trouvé, c'est La Belle au bois dormant qu'il choisi de détourner, prolongeant le sommeil de la princesse jusqu'au XXIe siècle. Ça va que le résultat, romance anachronique pleine de pep's et de tendresse (grâce, notamment, à l'interprétation du couple Chrystel Rochas/Aurélien Portehaut, d'une complicité contagieuse), est à la hauteur de ses meilleurs travaux – tous fondés sur un même postulat réconciliateur. En tête le huis clos maritime Plein phare, d'ailleurs visible à la Comédie Odéon à 16h. Au Boui Boui à 17h30

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Une Belle au bois dormant tout sauf assomante

SCENES | Ça commence un peu comme une perversion de Joël Pommerat. Si la Belle au bois dormant, Berthe de son petit nom, s'est piqué le doigt sur un fuseau, ce (...)

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Une Belle au bois dormant tout sauf assomante

Ça commence un peu comme une perversion de Joël Pommerat. Si la Belle au bois dormant, Berthe de son petit nom, s'est piqué le doigt sur un fuseau, ce n'est pas sous l'emprise de la fascination, mais pour se soustraire à son ennuyeuse condition de princesse. Le souci, c'est que le preux chevalier censé la réveiller a vécu heureux et eu beaucoup d'enfants avec une autre – ou succombé aux embûches menant à sa ronflante promise. Du coup, c'est Eddie, un naze de la cambriole, qui va s'y coller 536 ans plus tard. À partir de là, Jacques Chambon, auteur de ce Milady en sous-sol, reprend ses droits – l'auguste et le clown blanc, la dichotomie freudienne, vous connaissez la chanson de geste. Car tout sépare Eddie et Berthe, y compris des siècles d'évolution des mœurs et des droits : elle est cash et pragmatique, lui est hypersensible et philosophe, et Chambon n'aurait pu leur trouver meilleurs interprètes que le couple Chrystel Rochas / Aurélien Portehaut. Non seulement parce que les bouilles polissonnes de la première et le timing de star du muet du second font tout le sel de quiproquos plus ou moins attendus – le cinéma ayant déjà pas mal exploré

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’étaient égarés sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la "gasconnerie" folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux "rois" de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoir

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Au café-théâtre cet été

SCENES | Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre (...)

Benjamin Mialot | Mardi 7 juillet 2015

Au café-théâtre cet été

Question : avoir le sens de l'humour est-il toujours un facteur de longévité lorsqu'on le met à l'épreuve dans le cadre asphyxiant d'un café-théâtre empestant la canicule ? Vous avez tout l'été pour vous forger une opinion, à vos risques et périls, surtout si vous le faites à la Comédie-Odéon, où Jocelyn Flipo reprend Couic, un huis clos en trompe-l’œil aussi divertissant qu'anxiogène. Non, en vrai, la plupart des lieux sont équipés d'une climatisation, à l'instar de l'Espace Gerson, qui en fait l'un des principaux arguments en faveur du retour entre ses murs de Victor Rossi, alors que ses grinçantes chroniques de l'absurdité du monde se suffisent à elles-mêmes – et prépareront le terrain pour Camille et Aurel, qui réhabilitent avec une énergie communicative la forme trop délaissée du duo burlesque. Du côté des Tontons Flingueurs aussi, on prend le même et on recommence, à savoir le one-man-show follement chic et intimiste de Jefferey Jordan, tandis qu'on pourra (re)découvrir au Complexe du Rire le faux bellâtre et vrai performer Gérémy Crédeville et la décomplexée Naho. Pour des nouvelles têtes, à moins de vouloir essuyer

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Un AIR de famille

CONNAITRE | Dépression, remise en question, deuil, dysfonctionnement familial, rapport compliqué à son pays natal, et parfois tout cela à la fois : à travers les personnages de leur roman, une bonne partie des auteurs de cette édition des assises se pose la question frontale de savoir ce qui est universellement pourri au royaume de l'être humain ; et que la littérature pourrait, peut-être, résoudre. Ces cinq-là en particulier.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 mai 2015

Un AIR de famille

Céline Curiol «Agglutinés à mon désarroi, mes mots, des mots qui ne tranchaient rien, ne séparaient rien, ne créaient rien. Seulement s'enchaînaient. Et avec eux moi. Qu'ils pétrifiaient.» Le 15 août 2009, Céline Curiol sombre dans une grave dépression dont, avec le recul, elle nous livre aujourd'hui l'expérience douloureuse (Un quinze août à Paris, Actes Sud) et les cheminements difficiles (notamment sur le plan familial) pour s'en sortir, toutes ces «maintes petites luttes, maintes résistances, maintes attentions.» La dépression est aussi ici une traversée, une mutation, la quête d'une nouvelle identité : «Cet autre, c'est en moi qu'il fallut le trouver» écrit-elle. Jean-Emmanuel Denave Au Centre hospitalier Le Vinatier jeudi 28 mai à 18h30 Aux Subsistances vendredi 29 mai à 15h30 Aux Subsistances dimanche 31 mai à 11h

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Des garnis vernis

ARTS | C'est le genre d'endroit dont on dit en rentrant de Berlin, Prague ou Cracovie qu'«il n'y a que là-bas que l'on peut voir ça». Et pourtant, c'est à Lyon que (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 mai 2015

Des garnis vernis

C'est le genre d'endroit dont on dit en rentrant de Berlin, Prague ou Cracovie qu'«il n'y a que là-bas que l'on peut voir ça». Et pourtant, c'est à Lyon que ça se passe, en pleine presqu'île, à 300 mètres de "l'édilique" place des Terreaux, dans les neuf chambres attenantes à un appartement que Madame Tabardel a acheté il y a plusieurs décennies et où vécurent des garnis, des hommes de passage qui louaient leur espace pour une nuit ou des mois (aucune femme, par crainte de la prostitution). Á cette atmosphère déjà particulièrement perturbante que crée le fait d'entrer chez des gens dont on ne sait pas ce qu'ils sont devenus, s'ajoute le travail de commissariat d’exposition d'Aurélia et Héloïse Zahedi, petites-filles de la propriétaire, qui ont convié des artistes à faire cohabiter leurs œuvres avec les ombres du passé. Là, des statues de bois africaines peuplent des chambres où trônent bidets et lavabos recouverts de poussière ; ailleurs, le plasticien Tristan Alexandre a lui incrusté des figures qui apparaissent par intermittence dans les miroirs ; plus loin, des impressions à l'encre de pétale de rose de Quentin Derouet se juxtaposent à des gravur

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Le petit théâtre photo d'Aurélie Pétrel

ARTS | Á l'Espace d'arts plastiques de Vénissieux, Aurélie Pétrel poursuit son exploration des registres du voir, du montrer, du représenter. Dès ses débuts, la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Le petit théâtre photo d'Aurélie Pétrel

Á l'Espace d'arts plastiques de Vénissieux, Aurélie Pétrel poursuit son exploration des registres du voir, du montrer, du représenter. Dès ses débuts, la photographe (née en 1980) a exposé ses travaux de différentes manières dans l'espace, poussant le spectateur à s'interroger sur cet obscur objet du désir qu'est l'image. La photographie relève chez elle de la construction d'un théâtre au sens étymologique du terme («lieu où l'on regarde»). Á Vénissieux, Aurélie Pétrel a d'ailleurs concrètement travaillé avec le metteur en scène Vincent Roumagnac, qui a "activé" ses photographies d'abord disposées sur une scène de théâtre puis déplacées contre un mur, en tas, devenant dès lors peu ou pas visibles. Empêcher ou perturber le voir fait partie des directions de travail de l'artiste avec, sous-jacentes, ces questions : l'image est-elle si transparente que cela, toute image est-elle montrable ? Ailleurs, ce sont des maquettes au sol qui nous permettent de découvrir des photographies de petit format, comme autant d'expositions miniatures. Aurélie Pétrel a aussi invité un autre artiste à partager l'espace d'exposition avec elle, le dessinateur Jérôm

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Sublimissito

SCENES | Formée dans son Japon natal, où elle a étudié le ballet classique dès ses cinq ans avant de partir poursuivre sa formation aux États-Unis, (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Sublimissito

Formée dans son Japon natal, où elle a étudié le ballet classique dès ses cinq ans avant de partir poursuivre sa formation aux États-Unis, Kaori Ito est une danseuse d'exception, qui illumine même les plateaux les plus bancals de sa présence et de sa technique. De Philippe Decouflé à Angelin Preljocaj en passant par Alain Platel ou James Thierée, de nombreux chorégraphes européens renommés ne s'y sont pas trompés. C’est dire si, en décidant de dresser son portrait chorégraphique, le touche-à-tout Aurélien Bory (dont a récemment pu redécouvrir l'excellent Plan B), avait toutes les cartes en main pour créer un très beau spectacle. C’est justement ce qu’il a fait : son Plexus (littéralement «réseau de filets nerveux ou de vaisseaux») est un hommage sublime à la danseuse et à son corps, qui n'a de frêle que l'apparence au vu de ce qu’elle en fait, elle qui a été «soumise à des influences contraires, tiraillée entre des choix artistiques». «Ces tensions l'ont traversée» explique Aurélien Bory en note d’intention. Dans une scénographie très visuelle, faite de milliers de fils en nylon, Kaori Ito est ainsi tour à tour f

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A Vaulx, du jazz à foison

MUSIQUES | Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

A Vaulx, du jazz à foison

Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

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