Papa, maman, forbans : "Kajillionaire" de Miranda July

Comédie | Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990.

Vincent Raymond | Jeudi 1 octobre 2020

Photo : © Focus Features, LLC


Un couple d'escrocs semi-clochards et leur fille de 26 ans Old Dolio vivent de combines médiocres en attendant l'arnaque absolue. Attirée par cette famille atypique, une jeune beauté joint le gang. Et c'est le cataclysme intérieur…

N'était le générique attestant leur présence à l'écran, on refuserait d'admettre que sous la défroque usée et hagarde des protagonistes se cachent Debra Winger et Evan Rachel Wood. Mais il y a aussi quelque chose de réjouissant à les (non) voir, puisqu'elles s'effacent totalement derrière des personnages, passant leur temps à se faire oublier d'un monde les ayant exclues. Avec ces bras cassés et son absurdité burlesque, Miranda July retrouve la tonalité du cinéma indé US du milieu des années 1980 à 1990 pratiqué par Jarmush, LaBute, DiCillo, Zwigoff voire Wes Anderson… — ne manque ici que Steve Buscemi pour assurer la caution vintage ! Si elle évite le maniérisme, elle ne résiste pas à un p'tit cliché en insistant lourdement sur l'obsession de Old Dolio pour le Big One. La méchanceté pure et la folie de ses parents rattrapent heureusement cette facilité.

Kajillionaire
★★★☆☆ Un film de Miranda July (É-U, 1h45) avec Evan Rachel Wood, Richard Jenkins, Debra Winger…


Kajillionaire

De Miranda July (Eu, 1h45) avec Evan Rachel Wood, Debra Winger, Gina Rodriguez...

De Miranda July (Eu, 1h45) avec Evan Rachel Wood, Debra Winger, Gina Rodriguez...

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Theresa et Robert ont passé 26 ans à former leur fille unique, Old Dolio, à escroquer, arnaquer et voler à chaque occasion. Au cours d'un cambriolage conçu à la hâte, ils proposent à une jolie inconnue ingénue, Mélanie, de les rejoindre, bouleversant complètement la routine d'Old Dolio.


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Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

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Cogan

ECRANS | Exemple parfait d’une commande détournée en objet conceptuel, le nouveau film d’Andrew Dominik transforme un thriller mafieux en métaphore sur la crise financière américaine. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Cogan

Brad Pitt en blouson de cuir avec un fusil à canon scié : c’est l’affiche de Cogan, et tout laisse à penser que ça va envoyer du bois. Générique : alors qu’on entend une déclaration de Barack Obama durant la campagne de 2008, une silhouette s’avance sous un hangar pour déboucher sur un terrain vague. Est-ce Brad ? Non, juste un petit voyou venu monter un coup avec un autre gars de son engeance. S’ensuit un dialogue coloré qui laisse à penser que ce Cogan sera en définitive plutôt dans une lignée Tarantino/Guy Ritchie. Un braquage en temps réel, filmé avec une certaine tension même si l’enjeu paraît étrangement dérisoire, contribue à brouiller encore les pistes. Quant à la star, au bout de vingt minutes, on ne l’a toujours pas vue à l’écran. Lorsqu’elle débarque, c’est pour aller s’enfermer dans une voiture et discuter à n’en plus finir avec un type en costard cravate officiant pour les pontes de la mafia (génial Richard Jenkins, au passage). À cet instant, le spectateur doit se rendre à l’évidence : Cogan n’est pas plus un polar que le précédent film d’Andrew Dominik,

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Rhum express

ECRANS | De Bruce Robinson (ÉU, 2h) avec Johnny Depp, Amber Heard, Richard Jenkins…

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Rhum express

On comprend que Johnny Depp ait eu envie de rendre hommage à son ami Hunter S. Thompson en portant à l’écran un manuscrit que Depp avait lui-même déniché au fond de ses archives. Mais pourquoi est-il allé chercher Bruce Robinson, le lieutenant Pinson d’Adèle H. et le réalisateur de deux films cultes tournés il y a plus de vingt ans ? Robinson n’est de toute évidence pas l’homme de la situation. Face à ces journalistes qui, dans les années 60 à Porto Rico, boivent beaucoup de rhum, testent quelques drogues et vivent des aventures guignolesques, il tente de conserver la plus grande impassibilité. L’effet est immédiat : c’est comme regarder des mecs bourrés dans une soirée alors que l’on n’a pas touché une goutte d’alcool ; plus pathétique que drôle. Dans Las Vegas parano, film loin d’être parfait mais vraiment pertinent, Gilliam nous faisait participer à l’ivresse par sa mise en scène. Ici, on a juste l’impression d’être de trop, et le cabotinage de Johnny Depp, la plastique d’Amber Heard ou la mâchoire serrée d’Aaron Eckhart ne changent rien à l’affaire. Christophe Chabert

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