Cinéma inferno : "Last Words" de Jonathan Nossiter

Science-Fiction | Après ses documentaires portant sur son autre métier-passion (Mondovino, Résistance naturelle), le cinéaste-sommelier Jonathan Nossiter livre une fiction crépusculaire sur notre civilisation annoncée comme son testament cinématographique. C’est ce qu’on appelle avoir le devin triste…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Photo : © Jonathan Nossiter / Jour2Fête


La Terre, en 2085. Alors que le désert a recouvert la quasi-totalité de notre planète frappée par une épidémie, l'un des ultimes survivants, Kal, découvre à Paris d'étranges bobines de plastique. Elles le conduiront, après un passage en Italie, à Athènes où subsiste un reliquat d'humanité. Ensemble, ils seront les derniers à (re)découvrir la magie d'un art oublié de tous : le cinéma…

Est-ce un effet d'optique, ou bien le nombre de films traitant de catastrophes à l'échelle mondiale ne subit-il pas une affolante inflation — et encore, l'on parle de ceux qui sortent (Light of my Life, Peninsula…), vont sortir (Sans un bruit 2…), en se doutant pertinemment que la Covid-19 et la pandémie vont en inspirer une kyrielle d'autres, à des degrés plus ou moins métaphoriques. Appartenant à la cohorte des prophétiques et des moins optimistes (prouvant par cela à quel point ce natif du Nouveau Monde a épousé les mœurs de l'Ancien), celui de Nossiter assume sa radicalité ; il se paie même le luxe d'être du fond de sa tragique et définitive conclusion, affichée dès son titre, le plus réussi.

Retour inverse de Lumière

D'optique, il est en effet question de bout en bout ici avec cette “projection“ dans un futur où toutes les cultures ont disparu. Où les sols sont devenus infertiles (et les êtres inféconds), les humains retournent peu à peu à l'état sauvage, oubliant jusqu'au langage — alors le cinématographe, pensez ! En rencontrant un ermite centenaire vivant reclus dans les décombres et les trésors de ce qui doit être la Cineteca de Bologne — celle qui organise un festival de patrimoine justement baptisé Il Cinema Ritrovata, “le cinéma retrouvé“ — Kal va non seulement avoir accès au déchiffrement des bobines mystérieuses, mais également à la possibilité d'en fabriquer de nouvelles en acétate de cellulose. En détaillant devant la caméra ce mode opératoire, Jonathan Nossiter revient à la genèse du support sur lequel s'imprime l'image photographique animée des premiers temps. Une démarche d'autant plus signifiante aujourd'hui que la digitalisation quasi-généralisée et surtout rapide de l'ensemble du secteur font passer ce “langage“ de l'analogique, artisanal, pour une langue morte à de nombreux spectateurs. Or, à la différence des appareils numériques, le procédé traditionnel fonctionne toujours sans électricité. Et la pellicule demeure le support de référence lorsqu'il s'agit de conserver un film par-delà le temps.

Il n'empêche que le cinéma ne peut sauver l'humanité d'elle-même ni de ses travers. Ce que Nossiter montre, c'est surtout notre capacité globale à fabriquer des ruines et des vestiges. Ou du moins à laisser des traces de notre passage ; entre orgueil et vanité, celles-ci sont vite balayées par les sables et le temps ! Quant aux rares qui mériteraient d'être partagées, notamment les beautés sauv(egard)ées par la caméra, elles demeureront à tout jamais prisonnières de leur réceptacle, sans plus jamais trouver de destinataire pour les contempler. Alors, allons au cinéma pendant qu'il est encore temps.

Last Words est flanqué de l'habituel avertissement prévenant que « des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ». Sans doute la commission de classification a-t-elle été interpelée par la séquence où un personnage intersexe se caresse ostensiblement son entrejambe dénudé, ou bien parce que la sœur de Kal est mise à mort d'une manière sauvage au début du film. Pour brutales qu'elles puissent paraître à certains publics, ces images sont-elles moins choquantes que l'hypothèse de fin du monde portée par ce film ?

Last Words
★★★★☆Un film de Jonathan Nossiter (It-Fr-É-U, avec avert. 2h06) avec Nick Nolte, Kalipha Touray, Charlotte Rampling…


Last words

De Jonathan Nossiter (It, Fr, 2h06) avec Nick Nolte, Kalipha Touray, Charlotte Rampling

De Jonathan Nossiter (It, Fr, 2h06) avec Nick Nolte, Kalipha Touray, Charlotte Rampling

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En 2085, la Terre n’est plus qu’un immense désert. Les derniers survivants se rejoignent à Athènes, appelés par un ultime espoir... Et si l’Humanité parvenait à trouver la plénitude alors même que tout s’écroule et qu’elle est condamnée ? L’histoire étonnante de la fin du monde, vécue de manière tendre et joyeuse, par les cinq derniers êtres humains.


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“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d’une communa

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Les lauriers sont fanés : "Voyez comme on danse"

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Les lauriers sont fanés :

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois.

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La mémoire dans le faux : "À l’heure des souvenirs"

Drame | de Ritesh Batra (G-B, 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

La mémoire dans le faux :

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire, qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

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Seule avec le silence : "Hannah"

Portrait | de Andrea Pallaoro (Fr-Bel-It, 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Seule avec le silence :

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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"Assassin’s Creed" : Enter the game… over

ECRANS | de Justin Kurzel (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h55) avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons…

Vincent Raymond | Mercredi 21 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire — laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile de jute. Puis, entre de

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45 ans

ECRANS | De Andrew Haigh (GB, 1h35) avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

45 ans

Deux excellentes idées se nichent dans 45 ans — attention, cela ne suffit pas à soutenir un film, mais permet seulement de le voir sans déplaisir et lui assure son content de résonance. La première, c’est de confier à Charlotte Rampling un rôle d’Anglaise taciturne s’apprêtant à célébrer ses 45 ans de mariage — d’où le titre. Bonne pioche : la comédienne, qui a convolé avec le public depuis peu ou prou un demi-siècle, est la distinction british incarnée ; du flegme à l’état brut serti d’un œil bleu glacier. La seconde, c’est un plan de fin d’une beauté tragique, stupéfiante et déchirante, comme une explosion muette à valeur de libération intime ; un ressort se détendant en silence après quatre-vingt-dix minutes de compression continue. Mais tout splendide qu’il soit, ce genre de conclusion façon twist conviendrait davantage à un court-métrage à chute. Andrew Haigh tire à la ligne, dilue son histoire en se reposant sur l’intensité bien commode de sa comédienne, qui habille les (nombreux) silences par sa présence douloureuse. L’Académie des Oscars l’a citée cette année pour ce rôle, la proposant pour la première fois de sa carr

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Résistance naturelle

ECRANS | Libre et irréductible, Jonathan Nossiter poursuit son voyage cinématographique et viticole du côté de l’Italie à la rencontre de producteurs de vins naturels s’opposant joyeusement à des normes destructrices, et croise ainsi mémoire du terroir et mémoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Résistance naturelle

Impossible de parler aujourd’hui du cinéma de Jonathan Nossiter sans évoquer son auteur, cinéaste nomade passant des États-Unis à la Grèce, de la France au Brésil et aujourd’hui l'Italie où il s’est installé — provisoirement ? Nossiter est un utopiste et un révolté, ayant choisi de refuser la loi de l’industrie mais aussi, et c’est peut-être le plus courageux, celle de la signature auteuriste, pour laisser ses films pousser comme des mauvaises herbes intempestives au milieu de la production mondiale. Or, parmi les choses que l’on apprend dans Résistance naturelle, son dernier documentaire, il y a justement l’importance de ces mauvaises herbes pour préserver une terre vivante et laisser ainsi la vigne s’épanouir selon sa nature et non selon les règles fixées par les consortiums politico-industriels de l’agro-alimentaire. La résistance des vignerons avec lesquels Nossiter choisit de partager un bout de leur existence — le film est loin de toute investigation journalistique et privilégie les moments de vie et les discussions autour d’un verre au soleil — c’est celle qui consiste à sortir des appellations trompeuses et normatives — les AOC — pour réinscrire la produ

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«Un geste de solidarité»

ECRANS | Jonathan Nossiter, cinéaste, a fait de Rio, la ville dans laquelle il vit depuis cinq ans, le cadre de son retour à la fiction, pour un film placé sous le signe de la liberté absolue. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 février 2011

«Un geste de solidarité»

Petit Bulletin : Pourquoi avoir attendu plus de dix ans avant de tourner une nouvelle fiction après "Signs and wonders" ?Jonathan Nossiter : Ça brûlait en moi. Je suis un amoureux des comédiens et j’avais développé avec certains une amitié profonde. "Mondovino" était un projet qui devait me prendre deux ou trois mois entre deux fictions. Mais le film m’a kidnappé, ou plutôt c’est la complexité et la profondeur des vignerons qui m’ont kidnappé. Du coup, "Mondovino" a pris quatre ans de ma vie. Mais pendant sa sortie, je me suis retrouvé avec des comédiens amis de longue date pour savoir quel genre de film on pouvait faire ensemble. De ces discussions est né "Rio sex comedy". Cependant, "Rio sex comedy" a aussi une très forte part documentaire, jusqu’à brouiller les frontières avec la fiction…Tant mieux. C’était le but. Moi-même, aujourd’hui, j’aurais du mal à dire ce qui relève de l’un ou de l’autre. J’ai intégré le documentaire à la fiction de différentes manières, si bien que pendant des discussions avec les spectateurs, j’essayais de parler de scènes de pure fiction, mais je retombais touj

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Rio sex comedy

ECRANS | Brassant joyeusement documentaire et fiction, Jonathan Nossiter offre un portrait de Rio vu par une bande d’étrangers, pour un film choral euphorique et contagieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 février 2011

Rio sex comedy

Rio, aujourd’hui. Une gloire de la chirurgie esthétique anglaise prodigue ses conseils à de jeunes médecins, et révèle une méthode peu orthodoxe visant à décourager les patients de pratiquer des opérations. Une réalisatrice française interviewe des employées de maison pour connaître leur rapport à leurs maîtres, et se rapproche de son beau-frère caméraman fantasque et libéré. Le nouvel ambassadeur américain de la ville pète les plombs, fuit ses responsabilités et se terre dans une favela où il sympathise avec un tour operator déglingué. Le titre du nouveau film de Jonathan Nossiter, qui marque son retour à la fiction après l’excellent "Signs and wonders", est conforme au programme sur l’écran : il y a Rio, dont il filme tous les habitants, tous les quartiers ; il y a du sexe, notamment de troublantes séquences entre Irène Jacob et Jérôme Kircher, en couple dans la vie civile ; et c’est une comédie loufoque effectivement très drôle, surtout les scènes avec Bill Pullman, dont un moment extraordinaire où, avec perruque et fausse barbiche, il expose au PowerPoint un projet d’échange chiens contre enfants dans les favelas pour tirer les larmes aux occidentaux !.

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Caotica Ana

ECRANS | De Julio Medem (Esp-Fr, 1h57) avec Manuela Vellés, Charlotte Rampling…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Caotica Ana

Après deux ans passés dans les tiroirs du distributeur, le dernier film (ou presque, il a depuis tourné "Une chambre à Rome", qu’on dit plus réussi…) de Julio Medem est effectivement un objet assez ingrat, comme l’excroissance malade de son beau "Lucia y el sexo". Ana (la très affriolante Manuela Velés) est une jeune fille insouciante et libre, vivant avec son père dans une grotte à Ibiza où elle peint des tableaux naïfs. Elle est repérée par une mécène française (Charlotte «qu’est-ce que je fais là ?» Rampling) qui lui propose d’intégrer son vivier d’artistes à Madrid. Elle y tombe amoureuse d’un beau gosse d’origine arabe et découvre à son contact qu’elle peut se souvenir de ses vies antérieures, mais surtout de ses morts. Au-delà du délire new-age (justifié in fine par une allégorie politique rageuse), c’est bien la mise en scène qui s’avère totalement chaotique : très mal filmé (un coït où la caméra fait du va-et-vient au-dessus de la comédienne, beurk !), bourré de clichés (notamment sur l’art contemporain) et de symbolisme grossier (plus une insupportable musique tribale), le film de Medem se prend les pieds dans son sujet, pourtant si personnel (le cinéaste évoque sa sœur

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