OSEF le nombrilisme : "Garçon Chiffon" de Nicolas Maury

Comédie | Ego trip rural avec distribution de prestige.

Vincent Raymond | Mardi 27 octobre 2020

Photo : © Les Films du Losange


Comédien à la carrière en pointillés, Jérémie est surtout un jaloux maladif obsédé par sa petite personne ayant tendance à surdramatiser lorsqu'il ne s'auto-apitoie pas sur ses malheurs. Largué par son mec (fort logiquement à bout), il part se réfugier chez sa môman à la campagne… Autobio divergée cathartique ? Ego trip rural avec distribution de prestige — dont les camarades de la série Dix pour cent ? Bande-promo personnelle à l'usage de futurs metteurs en scènes (« regardez, je peux tout jouer et même chanter ! ») ? Le numéro de l'artiste blessé en dedans, léchant ses plaies en public en détaillant ses relations complexes avec sa mère a déjà été servi à moult reprises — encore récemment par Guillaume Gallienne — ; peut-être faudrait-il davantage d'originalité et de vrai recul (d'avantage qu'une autodérision de façade) pour qu'il prenne ? Moins de clichés parisianistes, aussi, pour intéresser cette France du terroir dont ces bonnes gens de la capitale se réclament quand elles sont en crise, et qui en définitive reproduisent ce décalage jadis souligné par Michel Delpech dans sa chanson Le Loir-et-Cher.

Garçon chiffon
★☆☆☆☆ Un film de et avec Nicolas Maury (Fr, 1h48) avec également Nathalie Baye, Arnaud Valois…


Garçon chiffon

De Nicolas Maury (Fr, 1h48) avec Nicolas Maury, Nathalie Baye, Arnaud Valois

De Nicolas Maury (Fr, 1h48) avec Nicolas Maury, Nathalie Baye, Arnaud Valois

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Jérémie, la trentaine, peine à faire décoller sa carrière de comédien. Sa vie sentimentale est mise à mal par ses crises de jalousie à répétition et son couple bat de l’aile. Il décide alors de quitter Paris et de se rendre sur sa terre d’origine, le Limousin, où il va tenter de se réparer auprès de sa mère...


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Lesbien descendu ? : "Un couteau dans le cœur"

Sapho-melon | de Yann Gonzalez (Fr, 1h42) avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Lesbien descendu ? :

Productrice de séries Z porno gay, Anne digère mal sa rupture avec Loïs, sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le réalisateur des Garçons sauvages bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, Gonzalez produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Argento, Jess Franco, Jean Rollin — qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horrifico-déshabillé — pour en justifier la kitschissime maladresse ou l’outrageuse complaisance. Tout ici semble procéder d’une extrême roublardise. En premier lieu le choix de “l’icône” Vanessa Paradis, dont les qua

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En l’absence des hommes : "Les Gardiennes"

Le Film de la Semaine | Xavier Beauvois transpose un roman de 1924 racontant comment les femmes ont assuré l’ordinaire et l’extraordinaire d’une ferme pendant la Grande Guerre. Une néo qualité française pétrie de conscience sociale et humaine ; du cinéma de réconciliation, en somme.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

En l’absence des hommes :

1915. Privée de ses hommes partis au front, la ferme du Paridier doit continuer à tourner. À l’approche des moissons, Hortense embauche Francine, une orpheline dure à la tâche pour la seconder auprès de sa fille Solange. Les saisons se suivent et Francine semble adoptée… C’est une figure bien paradoxale que Xavier Beauvois s’emploie à dessiner de film en film (et poursuit donc ici tout naturellement) : celle de l’absence, de la disparition, de l’effacement. Succédant à La Rançon de la gloire (2013) et son histoire de sépulture sans mort, Les Gardiennes évoque les morts sans sépulture de la grande boucherie de 14-18. Un conflit d’ailleurs quasiment traité in absentia puisque le Paridier, barycentre des héroïnes, se trouve loin de la ligne de front : quelques rares images de contextualisation au début, puis des cauchemars des militaires en permission, montrent le visage effrayant des combats. Le front et la ferme Pourtant, dans cette saga paysanne “de l’arrière”, la

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Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

Les Gardiennes | Pour sa troisième collaboration avec Xavier Beauvois, Nathalie Baye incarne la matriarche d’une ferme tentant de préserver ses terres alors que la Grande Guerre fait rage. Rencontre avec une comédienne drôle et investie.

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Nathalie Baye : « Quand je tombe, je tombe vraiment »

C’est plutôt rare de vous voir dans un film d’époque… Nathalie Baye : Il y a très longtemps, j’avais fait L’Ombre rouge, un film improbable de Jean-Louis Comolli qui se passait pendant la dernière guerre, Et puis j’avais fait le Moyen Âge avec Le Retour de Martin Guerre — mais Laura n’était pas née (rires). Je me souviens qu’à l’époque, l’équipe maquillage-coiffure m’avait fait essayé des trucs, et que j’étais effondrée : on aurait dit Mamie Nova (rires) ! Pour Les Gardiennes, on a cherché. Une fois qu’on a trouvé le juste équilibre, c’était merveilleux. Car lorsque que vous arrangez les cheveux et le maquillage d’une manière particulière, que vous sentez le poids du costume, une partie du travail est faite. Et toute la gestuelle suit. Quand je me rhabillais “normalement”, je ne marchais plus du tout de la même manière. Vos gestes étaient-ils à ce point différents ? On marche, on bouge différemment… On devient ce qu’on doit être au moment d’interpréter ses personna

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Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

120 battements par minute | Auréolé du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes, le scénariste et réalisateur de 120 battements par minute revient sur la genèse de ce film qui fouille dans sa mémoire de militant.

Vincent Raymond | Lundi 21 août 2017

Robin Campillo : « Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu »

Comment évite-t-on de tomber dans le piège du didactisme ? Robin Campillo : Ça fait longtemps que se pose pour moi le problème des scénarios qui prennent trop le spectateur par la main comme un enfant et qui expliquent absolument tout ce que vivent les personnages. La meilleure façon que j’aie trouvée, c’est de reprendre ce truc à Act Up Paris : il y avait un type qui fait l’accueil, qui expliquait très bien comment fonctionnait la prise de parole. Mais ensuite, quand on était dans le le groupe, on ne comprenait absolument plus rien à la manière dont fonctionnaient les gens : il y avait trop d’informations ! On s’apercevait que le sujet sida était éclaté en plein d’autre sujets, et on était perdus. J’ai donc voulu jeter le spectateur dans cette arène, comme dans une piscine pour qu’il apprenne à nager tout seul. Je voulais qu’il n’ait pas le temps de réagir à ce qui se produisait, aux discours ni aux actions, lui donner l’impression que les choses arrivaient sans qu’il ait le temps d’en prendre conscience. Les films sont beaucoup plus forts quand on s’y perd un peu, quand on ne sait pas ni où ni à quel moment on

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À Cannes, il a eu le Grand Prix : "120 battements par minute" de Robin Campillo

Act Up Paris | de Robin Campillo (Fr, 2h20) avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

À Cannes, il a eu le Grand Prix :

Histoires de révoltes et de combats. Celles des militants d’Act Up Paris à l’orée des années 1990, sensibilisant à coup d’actions spectaculaires l’opinion publique sur les dangers du sida et l’immobilisme de l’État. Et puis la romance entre Nathan et Sean, brisée par la maladie… Grand Prix à Cannes, ce mixte d’une chronique politique et d’une histoire sentimentale est aussi une autobiographie divergée de Robin Campillo. Ancien membre d’Act Up, il a toute légitimité pour évoquer le sujet de l’intérieur, en assumant sa subjectivité, et tenant compte du temps écoulé. Le portrait collectif qu’il signe n’est ainsi ni un mausolée aux victimes, ni un panégyrique aux survivants, ni un documentaire de propagande : il s’inscrit dans un contexte historique, à l’instar d’un conflit armée. Campillo emprunte d’ailleurs sa construction aux films de guerre, chaque génération ayant les siennes — les AG étant les réunions d’état-major avant les actions et manifs ; le champ de bataille les lieux d’intervention. Sauf qu’il y a ici deux guerres à mener : l’une, visible, contre les insti

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

Le Film de la Semaine | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce de Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

La parentèle recuite dans sa rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de têtes à têtes : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiches ; on la craignait comme un artifice obscène, un signe extérieur de richesse vulgaire, un mesquin coupe-file pour la Croisette… Oubliant qu’une réunion de comédiens de renom dans un quasi huis clos les condamne à se mesurer les uns aux autres ; accen

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Laurence anyways

ECRANS | Bonne nouvelle : Xavier Dolan fait sa mue et commence à devenir le cinéaste qu’il prétend être. Si Laurence anyways est encore plein de scories, d’arrogances et de références mal digérées, on y trouve enfin de vraies visions de cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 juillet 2012

Laurence anyways

Jusqu’ici, on avait du mal à excuser le côté tête à claques de Xavier Dolan, sinon par la fougue de sa jeunesse (il n’a que 23 ans et signe déjà son troisième film). S’imaginant à la fois comme un esthète et un penseur, il enfilait les clichés comme des perles et surfilmait ses maigres fictions, n’en révélant finalement que la profonde vacuité. La première heure de Laurence anyways montre Dolan tel qu’en lui-même. Pour raconter la décision de Laurence Alia (Melvil Poupaud, deuxième choix du réalisateur après la défection de Louis Garrel, une bonne chose à l’arrivée) de devenir une femme au grand désarroi de son amie Fred (Suzanne Clément, parfaite), il sort l’artillerie lourde : citations littéraires et références cinématographiques, hystérie pour figurer les rapports amoureux, ralentis chichiteux pour souligner les émotions et une barrique de tubes 80’s afin de coller avec l’époque du récit… C’est très simple : on se croirait face à un vieil Adrian Lyne ! Le clou étant cette fête costumée sur l’air de Fade to grey, où Dolan pousse son goût du vidéoclip kitsch jusqu’à son point de non retour. Désordre(s) Alors qu’on s’apprêtait à ferme

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De vrais mensonges

ECRANS | De Pierre Salvadori (Fr, 1h45) avec Audrey Tautou, Sami Bouajila, Nathalie Baye…

Christophe Chabert | Mercredi 1 décembre 2010

De vrais mensonges

Quand un cinéaste qu’on aime rate un film, cela ne remet pas en cause l’estime qu’on peut avoir pour son travail. C’est le cas de Salvadori avec "De vrais mensonges", où l’on retrouve ce qu’on apprécie d’ordinaire chez lui — une écriture rigoureuse et un regard doux-amer sur des personnages à côté de leurs pompes — mais comme joué par un orchestre aux instruments déréglés. La théâtralité des situations et des dialogues n’est assumée qu’à moitié (par exemple, le choix de décors naturels renvoie à un réalisme hors sujet), l’humour ne fonctionne jamais et le film est plombé par un cruel manque de rythme mal camouflé par un montage hystérique. Quant aux acteurs, si Nathalie Baye est à l’aise en mère déprimée virant femme cougar, Bouajila adopte d’incompréhensibles airs de tragédien et Tautou se perd dans des mimiques qui enlèvent toute spontanéité et tout naturel à son jeu. Un coup d’épée dans l’eau, surtout après l’excellent "Hors de prix". CC

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Les Bureaux de Dieu

ECRANS | De Claire Simon (Fr, 2h) avec Nathalie Baye, Michel Boujenah…

Dorotée Aznar | Vendredi 31 octobre 2008

Les Bureaux de Dieu

De ses observations dans plusieurs Plannings familiaux français, la réalisatrice a tiré un film construit en une succession de plans-séquences, ignorant sciemment toute notion de mise en scène. Un casting littéralement hallucinant y compose le personnel en proie aux interrogations les plus diverses sur la sexualité – le résultat est souvent pertinent, mais le côté procédurier du film, son côté “œuvre nécessaire“ finit par prendre le pas sur son appréciation. Même les apartés avec l’évanescent Emmanuel Mouret n’apportent pas vraiment les respirations escomptées, et l’ensemble finit par devenir extrêmement pesant. FC

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Cliente

ECRANS | de et avec Josiane Balasko (Fr, 1h45) avec Nathalie Baye, Éric Caravaca…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2008

Cliente

Une quinquagénaire friquée se paie un gigolo trentenaire, marié et dans la dèche ; voilà un sujet qui convenait parfaitement à Josiane Balasko. Pour preuve : elle l’avait déjà traité dans un bouquin éponyme, faute de trouver des producteurs assez courageux pour le porter directement à l’écran. Plus personnel que son précédent et désastreux L’Ex-femme de ma vie, Cliente n’en est pas moins raté. Un ratage latent plus que criant, le film se contentant d’accumuler des scènes assez convenues et platement filmées, des dialogues pimentés de mots d’auteur pas toujours heureux jusqu’à un dernier tiers franchement laborieux. Ce qui manque pour que la sauce prenne, c’est le désir : les rapports Baye-Caravaca ne sont jamais charnels, alors qu’ils ne sont, au départ du moins, rien d’autre, et tout le trouble qui devrait en découler en est annihilé. Seule la description d’une banlieue multiraciale qui ne pose pas de problème à ceux qui y vivent apporte un peu de chaleur à un film étrangement désincarné et lointainement ennuyeux.CC

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Passe-passe

ECRANS | Tonie Marshall réussit une hilarante et généreuse comédie fourre-tout au casting aussi improbable que réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2008

Passe-passe

D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche prudente faite de connivence complice et de calcul marketing. Tonie Marshall, elle, choisit de faire l’inverse, avançant en kamikaze sur tous les fronts, du burlesque à la comédie de caractère, du rire grinçant à la franche déconnade. Ce qui produit un film apparemment sans queue ni tête, à l’intrigue parfois incompréhensible mélangeant sans ménagement trafics internationaux et petites combines, coucheries politiques et coup de foudre romantique, altermondialisme et Alzheimer, Darry Cowl et Frank Sinatra. En fait, Passe-passe est plutôt un film à plusieurs têtes et plusieurs queues, tiré vers des extrêmes a priori inconciliables qui lui confèrent pourtant sa folie contagieuse. Bien vu, bien connuCe poisson-film a cependant un corps et des arêtes : le couple hilarant formé par Nathalie Baye et Edouard Baer. Elle, grande bourgeoise fuyant son amant de ministre avec un sac bourré de billets ; lui, prestidigitateur raté naviguant à vue entre une mère malade et un beau-frère magouilleur. Ce tandem-là est

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