Cin'Écully : l'Argentine à l'honneur

Vincent Raymond | Mercredi 21 octobre 2020

Photo : © Sophie Dulac Distribution


Excellente initiative du Cin'Écully de composer non un festival mais une programmation thématique hispanophone à partir des sorties très récentes. Les trois longs-métrages mis en avant du 23 octobre au 6 novembre présentent un fort tropisme sud-américain, pour ne pas dire argentin : Maternal de Maura Delpero et le documentaire de Juan Solanas Femmes d'Argentine qui s'y déroulent évoquent sous deux angles différents la condition féminine — l'un avec des jeunes mères, l'autre autour de la question de l'avortement dans un pays où l'IVG est interdite. Le troisième rendez-vous est le film d'animation signé Aurel Josep, renvoyant à la Guerre d'Espagne et à la peu glorieuse histoire des camps d'internement pour réfugiés républicains en France.


Maternal

De Maura Delpero (It-Arg, 1h29) avec Lidiya Liberman, Denise Carrizo, Agustina Malale

De Maura Delpero (It-Arg, 1h29) avec Lidiya Liberman, Denise Carrizo, Agustina Malale

voir la fiche du film


Lu et Fati sont deux jeunes mères adolescentes qui vivent dans un foyer religieux de Buenos Aires. Sœur Paola y arrive pour prononcer ses vœux perpétuels. Au contact de la maternité des jeunes filles, elle va se confronter à une situation délicate.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Aux Clochards Célestes, variations sur le même t’aime pour Joséphine Chaffin et Clément Carabédian

Théâtre | Au Théâtre des Clochards Célestes, une radiographie douce-amère des couples d’artistes par deux comédiens et metteurs en scène : Joséphine Chaffin et Clément Carabédian.

Nadja Pobel | Vendredi 24 septembre 2021

Aux Clochards Célestes, variations sur le même t’aime pour Joséphine Chaffin et Clément Carabédian

La profession de son épouse ? « Me rendre heureux » confie Gustav Mahler au micro de la radio imaginaire concoctée par l’autrice Joséphine Chaffin et le comédien (notamment pour Christian Schiaretti) Clément Carabédian. Durant une heure, ce duo signe aussi la mise en scène et explore de façon ludique, parfois légèrement didactique (comme durant le passage sur la féminisation des noms de métier) mais surtout habile la place de la créatrice en couple avec un créateur. Dans la peau de l’intervieweuse, Joséphine Chaffin ne questionne à son micro que des hommes. Malher voit en son épouse celle qui lui permet de se construire et non la compositrice qu’elle est aussi, Chopin s’agace : c’est lui qui a fait George Sand. Francis Scott Fitzgerald signe seul ce qu’il co-écrit avec son épouse Zelda. Niki de Saint-Phalle et Jean Tiguely établissent, eux, un rapport d’égalité. Dans un rythme enlevé (Beyoncé et Jay-Z passent aussi par ici, ainsi que Burton / Taylor, Varda / Demy…), les deux fondateurs de la compagnie Superlune maitrisent très bien la joute oratoire et la narration induite par la radio — passage d’an

Continuer à lire

"Les Fantasmes" des frères Foenkinos : six couples en quête d’ardeur

Comédie | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise

Continuer à lire

"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine Bacon

VOD | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 24 mars 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est s

Continuer à lire

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

Graphisme | Au long d'une exposition sacrément futée et fureteuse, le Musée de l'Imprimerie et de la Communication Graphique célèbre le retour aussi triomphal et paradoxal du vinyle ces dernières années, remonte à sa genèse et en explore les singularités. À voir les oreilles grandes ouvertes. Et prolongée jusqu'au 29 août.

Stéphane Duchêne | Mercredi 21 octobre 2020

VinylesMania : Vinyle, Vidi, Vici au Musée de l'Imprimerie

On pourrait appeler "paradoxe du vinyle" le fait qu'un objet symbole du matérialisme moderne ayant connu une extinction de masse se mette à revivre sur le marché alors même que la dématérialisation a triomphé de tous les supports. On a longtemps pensé que le CD, cette invention sonore si révolutionnaire et si pratique, avait définitivement supplanté le disque vinyle. Puis la dématérialisation a fait son œuvre avec l'arrivée du téléchargement (ah, cette époque où il fallait une journée pour télécharger un fichier mp3), puis des plateformes de streaming, et l'industrie du disque a plongé, ringardisant définitivement la forme évoluée du disque. Au final, c'est le dinosaure vinyle qu'on a ressorti des glaces de l'oubli et du grenier de papy pour repeupler les rayons des disquaires et les salons domestiques. Tout cela parce que la dématérialisation, grande pourvoyeuse de nostalgie et de paradoxal désir de possession, a fait du 33t répudié un fétiche, un totem d'appartenance à une caste de (plus ou moins) passionnés. Et si l'on veut comprendre (ou pas) pourquoi, il faut se rendre à l'exposition

Continuer à lire

Mais qu’a fait la police ?! : "Josep" de Aurel

Animation | Premier long-métrage d’un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît.

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Mais qu’a fait la police ?! :

Premier long-métrage d’un illustrateur (Aurel) sur un de ses confrères (Josep Bartolí), en animation de surcroît, Josep raconte comment le personnage-titre, républicain espagnol réfugié en France fut en fait parqué dans un camp par les autorités et maltraité par tous les gendarmes — sauf un. Voilà qui résonne terriblement avec l’actualité des violences policières : y aurait-il une “tradition“ de comportements individuels racistes, d'omerta, d’obligation de suivre le groupe, d’absence de contrôle par la hiérarchie ? Tout cela pèse violemment sur le récit, par ailleurs édifiant, éclairant l’existence mal connue des camps de concentration destinés aux réfugiés anti-franquistes — cette autre tache sur l’Histoire hexagonale. En confrère respectueux, Aurel efface ici son trait pour ne pas faire ombrage à celui de son devancier. Et l’animation, qui préfère un mouvement saccadé à une trop grande fluidité, fait bien écho au style tourmenté, expressionniste, de Josep. On saluera enfin un joli travail sur le magma des souvenirs, qui fait survenir la présence fluctuante de Frida Kahlo.

Continuer à lire

Lyon : au Tambour, la sororité règne

Lieu d'accueil | Le premier lieu lyonnais dédié au bien-être et à l’inclusion des femmes victimes de précarité, d’isolement et de violences a ouvert ses portes le 1er juillet. L’idée ? Qu’elles puissent (re)trouver leur corps, leur identité, leur dignité, leur force. Leur place, aussi. Une initiative plus que nécessaire.

Julie Hainaut | Mercredi 9 septembre 2020

Lyon : au Tambour, la sororité règne

La France en général, et Lyon en particulier, est en retard sur l’accompagnement des femmes isolées et en grande précarité. « Les huit accueils de jour lyonnais sont fréquentés à 90% par des hommes. Quant aux seuls bains-douches de la ville (Paris en compte 17 !), ils ont accueilli en avril 2018 plus de 2800 personnes, dont 2075 hommes isolés, 268 femmes isolées, 93 couples et 79 familles. » explique Anne Kahlhoven, l’initiatrice et la coordinatrice du projet Au Tambour ! L’une des raisons ? L’invisibilité de ces femmes. « Se rendre invisible est une stratégie d’évitement. Par peur des agressions, du harcèlement, les femmes seules évitent les lieux mixtes dans lesquels ni leur intimité ni leur sécurité ne peut être assurée. Cette invisibilisation explique sans doute qu’on réfléchisse peu à leurs situations et que les structures d’accueil ne soient pas pensées pour les femmes. » Au Tambour ! est donc un lieu non mixte. Un véritable cocon, un espace hors du quotidien et des difficultés qui accueille les femmes seules. Sans mari et sans enfant, donc. Et c’est une nécessité. C'est après deux années d’enquêtes et d’échange

Continuer à lire

Dix expos à cocher dans votre agenda

Bons Plans | Des grands noms avec Picasso ou Doisneau, des méconnus comme Edi Dubien, de l'Histoire et du vinyle, le graphiste du label 4AD ou encore les nouvelles expos du Musée des Confluences : on vous dévoile tout ce qui va se passer dans les mois à venir dans les galeries et musées.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

Dix expos à cocher dans votre agenda

Doisneau à Lyon Le plus célèbre des photographes français, Robert Doisneau (1912-1994), fait l’objet d’une exposition originale au Musée Jean Couty. À travers quatre-vingt dix images, on découvrira ses portraits d’artistes (Tinguely, Derain, Picasso…) et quelques ateliers d’artistes (Giacometti, César…). Une seconde section de l’exposition se penche sur une commande du magazine Vogue au photographe sur la cité lyonnaise à la sortie de la guerre en 1950. Images lyonnaises inédites présentées en parallèle avec des vues de Lyon peintes par Jean Couty. Robert Doisneau, Portraits d’artistes et vues de Lyon Au Musée Jean Couty du vendredi 16 octobre au dimanche 11 avril 2021 Picasso à la plage Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant,

Continuer à lire

Fin de l'aventure pour Le Nid de Poule, qui devient couveuse

Théâtre | Fin de partie pour Le Nid de Poule. Après trois d'activité, ses fondateurs partent développer une agence d'accompagnement artistique, imaginée avant le Covid : le Grand Nid de Poule. En espérant que le lieu reste une scène artistique. Et que leur festival à l'Amphi des 3 Gaules, la Basse-Cour, connaisse une seconde édition l'an prochain...

Nadja Pobel | Vendredi 10 juillet 2020

Fin de l'aventure pour Le Nid de Poule, qui devient couveuse

Quelles étaient vos intentions quand vous ouvrez le lieu — non subventionné — en novembre 2017 ? Joseph Elbaz : On voulait professionnaliser des pratiques qu'on avait en amateurs. On était assez étrangers à l'écosystème du théâtre. On faisait partie d'une association, Le Clap, qui présentait des spectacles vivants et audiovisuels. Ç'a pris de l'ampleur (partenariat avec les Subsistances) et on a voulu ensuite avoir un local pour l'asso ; ç'a pris du temps, celui de la maturation du projet. Finalement, on s'est monté en coopérative pour se professionnaliser et on a créé le Nid de Poule en achetant le fond de commerce de l'ancien Théâtre de l’Étoile Royale, rue Royale. On a travaillé ici avec des compagnies en cours de professionnalisation, certaines sortaient d'écoles. On s'est inscrit dans les réseaux professionnels, car la structuration de la filière salle et rue nous intéresse. Marion Viquesnel : On a toujours eu la volonté de mêler théâtre et musique car l'objectif était d'avoir un lieu festif : on voulait mixer le public, faire en sorte

Continuer à lire

Les Assises Internationales du Roman voient 2020 en 2.0

Littérature | Du 11 au 17 mai, se produiront les Assises Internationales du Roman. Une nouvelle qui prend une résonance quasi-paranormale dans le contexte d'un paysage culturel sinistré par les conséquences de la grande attaque du Covid-19. Le festival a dû faire sa révolution et tout repenser du sol au plafond (virtuels), en une version 100% numérique ô combien bienvenue et qui relève de l'exploit.

Stéphane Duchêne | Vendredi 8 mai 2020

Les Assises Internationales du Roman voient 2020 en 2.0

Oui, contrairement à la guerre de Troie, les Assises Internationales du Roman 2020 auront bien lieu ! Parmi tous les festivals programmés entre avril et fin août c'est l'un des seuls festivals à avoir voulu et surtout pu se maintenir. Au prix d'une révolution complète et d'arcobaties organisationnelles. Mais aussi d'une adaptation de son propos à la drôle d'actualité dans laquelle nous évoluons depuis quelques semaines. Mathilde Walton, programmatrice à la Villa Gillet et donc aux Assises, nous a expliqué, il y a quelques jours, combien il était trop triste pour la Villa Gillet d'annuler son festival. Lucie Campos, directrice de l'institution fraîchement arrivée en novembre, nous détaille les raisons et les modalités de ce défi en interview. Chanceuses dans le cataclysme qui fra

Continuer à lire

Les mutations de Gwendoline Soublin

Théâtre | Deux spectacles jumeaux et un compagnonnage solide s’annoncent à l’ENSATT où les Clochards Célestes programment les textes de Gwendoline Soublin mis en scène par Philippe Mangenot. Où il est question de la rudesse de la ruralité et d’abandon.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Les mutations de Gwendoline Soublin

La folie rôde toujours au détour des phrases de Gwendoline Soublin. Née en 1987, formée notamment à l’ENSATT (département écrivain), la trentenaire creuse la façon dont se débattent ses contemporains avec les contraintes d’une société marchande et déshumanisée. Ses personnages extrapolent, s’inventent des fictions, délirent parfois dans le sens le plus salutaire qui soit. On dit que Josepha, présenté au festival En acte(s) en 2018 dans son plus simple appareil (des tréteaux, et une semaine de travail) mène sur un parking du très bien nommé Babylone-sur-Isette qui dit l’ancrage territorial et les rêves d’ailleurs. Une jeunesse désœuvrée s’amuse à jouer aux durs pour passer le temps sur le thème « on dit que… » jusqu’à évoquer une vieille dame, Josepha, et ses intentions étranges. Trouble. D’autant que des coccinelles ont envahi les lieux. Dans Pig Boy, l’autrice se remémore son grand-père agriculteur breton, les suicides quotidiens de cette profession et la crise du cochon. Elle invente la suite avec brio, façon

Continuer à lire

Thierry Jolivet : grand rassemblement

Portrait | À 32 ans, Thierry Jolivet s'apprête à monter sur scène Vie de Joseph Roulin, ce facteur et ami de Van Gogh dont l'écrivain Pierre Michon a fait œuvre. Autour de lui, des musiciens et des membres de leur Meute avec laquelle il avait éclaboussé le théâtre lors de la création de Belgrade en 2013. Itinéraire en construction.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Thierry Jolivet : grand rassemblement

Il a eu, à l'adolescence, « une passion intense et totale » pour le cinéma mais en aucun cas faire du théâtre n'est une compensation pour le metteur en scène Thierry Jolivet. Enfant, entouré de ses parents profs, il a bien fait quelques ateliers théâtre entre Vienne et Lyon où il grandit mais c'est au lycée Saint-Ex, sur la Croix-Rousse, en suivant les cours de Catherine Marion qu'il voit ses premières pièces, car auparavant sa connaissance en matière de théâtre « était nulle ». Voici qu'il ingurgite des spectacles monstres : Le Dernier Caravansérail d'Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes où il se déplace avec l'établissement scolaire ou Les Vainqueurs d'Olivier Py, « où Christophe Maltot tient la baraque pendant dix heures ! » se souvient-il. Pourtant, le bac en poche, c'est en cinéma qu'il s'inscrit à Lyon 2 où il dit s'ennuyer « sauf au cours de Rebecca Zlotowski », la (future) réalisatrice de

Continuer à lire

Conte d’été : "Ma folle semaine avec Tess"

Récit initiatique | En vacances familiales sur une petite île néerlandaise, Sam se lie d’amitié avec une fillette de son âge, Tess, aussi délurée qu’il est enclin à la solitude. Si Tess va l’aider à s’ouvrir au monde, Sam va lui permettre en retour de faire la connaissance d’une personne comptant beaucoup pour elle…

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Conte d’été :

Si vous vous souvenez du Grand Chemin (1988) de Jean-Loup Hubert et de ses deux jeunes protagonistes faisant les 400 coups dans les champs, Sam et Tess vous évoqueront sans doute leurs dignes successeurs : ici aussi, un gamin timoré transplanté à la campagne se fait dessaler par une fillette fantasque, vêtue comme l’as de pique — les costumiers n’ont pas lésiné : on croirait une Punky Brewster batave — et à la vie familiale compliquée. Récit initiatique dans lequel les enfants imitent avec leur maladroite innocence les rites des adultes pour se convaincre qu’ils appartiennent à leur monde, ce film aux couleurs chaudes et marquées est parsemé d’éclats sombres — les petites bouffées d’angoisse inhérentes aux contes gothiques, souvent symbolisées par une fuite en forêt. Rien qui soit de nature à traumatiser le jeune public hexagonal, lequel risque d’être plus choqué par la légendaire permissivité des parents néerlandais… Ma folle semaine avec Tess U

Continuer à lire

Je t’aime, je t’aime : "Mon inconnue"

Comédie | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Je t’aime, je t’aime :

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint avec ce troisième long-métrage le fatidique “film de la maturité“ ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time, 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin, 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps — n’assumant qu’à moitié le fantastique et le côté “décalque“ de Coppola, Camille redouble (2012) de Noémie Lvovsky n’en fait évidemment pas partie. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue nar

Continuer à lire

Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

Jazz | Avant de probablement passer en biennale, l'incontournable festival À Vaulx Jazz fête ses 30 ans. Et si le programme comme sa durée sont resserrés, l'amateur de jazz et les fidèles auront de quoi retrouver ce qui fait son sel.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 février 2017

Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

À Vaulx Jazz, 30e. Les mauvaises langues argueront que pour entrer dans sa quatrième décennie, le festival vaudais aurait pu frapper plus fort. D'autres se demanderont où sont passées les compositions artisanales en forme de masques tribaux ou de totems surréalistes de Bruno Théry, marque visuelle depuis des lustres, remplacées par le travail de jeunes graphistes lyonnais. En retournant la lorgnette on peut aussi, tout en saluant l'initiative de rendre les choses plus lisibles en recalant son hors-les-murs au mois de mars, voir là la volonté d'un festival qui a envie de se donner un coup de jeune, un coup de frais, histoire de ne pas basculer dans la routine. Bref d'aborder ses 30 ans du bon pied. Et de fêter ça dignement, quand on annonce que le festival pourrait passer en biennale (et donc fêterait ses 31 ans dans deux ans). Car il y aura quand même du grand nom jazz à se mettre sous l'esgourde. Le plus fidèle d'entre eux (qui fit ses débuts français en ce même festival il y a tout juste dix ans) étant

Continuer à lire

Joséphine Kaeppelin : l'artiste à la lisière du réel

La BF15 | Joséphine Kaeppelin fait partie de ces nombreux artistes qui jouent avec les symboles, les dispositifs, les façons d'agir ou de penser propres à notre époque. (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 février 2017

Joséphine Kaeppelin : l'artiste à la lisière du réel

Joséphine Kaeppelin fait partie de ces nombreux artistes qui jouent avec les symboles, les dispositifs, les façons d'agir ou de penser propres à notre époque. Mi-fascinés, mi-écœurés par l'un ou l'autre des motifs du monde contemporain (que ce soit les flux numériques, le virtuel, le capitalisme financier, les nouveaux modes de communication, etc.), ces artistes s'en emparent, le creusent, le détournent, le déclinent sous diverses formes, sans trop savoir pour autant où ils vont en faisant cela, ni quelle est leur position éthique... On ne peut le leur reprocher : l'artiste est d'abord un trouble-fête (un trouble-fait), pas un moraliste ni un candidat à l'élection présidentielle. Joséphine Kaeppelin, elle, s'intéresse en particulier « aux standards du monde du travail » comme elle nous le confie, et plus généralement encore à « l'équilibre entre les machines et l'humain ». À la BF15, la Lyonnaise née en 1985 présente une exposition en trois temps : une première salle où elle montre et vend des tissus « communicants », des tissus-messag

Continuer à lire

"Snowden" : pleurez, vous êtes fliqués

ECRANS | Suivant à la trace Laura Poitras (Citizenfour, Oscar du documentaire), Oliver Stone s’intéresse à son tour au lanceur d’alerte Edward Snowden, et raconte son combat souterrain contre la NSA, en l’accommodant façon film d’espionnage. Didactique, classique, mais efficace.

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Affecté aux services de renseignements des États-Unis, un informaticien brillant et patriote, découvre avec stupeur que les grosses compagnies liées aux télécommunications collectent et transmettent les données privées de leurs utilisateurs sans leur consentement. Ulcéré, il décide de dénoncer publiquement cet espionnage général infondé. Quitte à renoncer à sa liberté. Guerres, terrorisme, biopics de stars ou de personnalité politiques… Pareil à nombre de ses confrères, Oliver Stone a signé la majorité de ses films en réaction à des événements ayant dramatiquement marqué l’histoire immédiate et/ou la société américaine. Parallèlement, à chaque fois qu’il s’est octroyé une escapade vers une autre “contrée“, il a donné l’impression de tourner un film par défaut, n’ayant pas eu à se mettre devant la caméra de sujet plus conforme à ses attentes — en témoignent le péplum Alexander (2004) et même la suite de Wall Street, L’Argent ne dort jamais (2010). Contrôles : halte + sup ! Sno

Continuer à lire

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Lyon Street Food Festival | Au premier Lyon Street Food Festival ce week-end, l'on croisera la route des meilleurs food trucks du coin mais pas seulement : des Apothicaires à la Mère Brazier, les top chefs de la ville se la jouent street credibility. Fameux.

Adrien Simon | Mardi 20 septembre 2016

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

Continuer à lire

"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | Un film de Sébastien Marnier (Fr, 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

Continuer à lire

Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr/Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection — au risque de créer des impressions (fautives) de cuirs en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classiques et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs — au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph. Si le titre lorgne im

Continuer à lire

Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr, 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir, Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas, Rémi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai, Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mention spéciale à la séquence de jérémiades sous-titrée et à la couette ornée de petites fraises. VR

Continuer à lire

Un AIR de famille

CONNAITRE | Dépression, remise en question, deuil, dysfonctionnement familial, rapport compliqué à son pays natal, et parfois tout cela à la fois : à travers les personnages de leur roman, une bonne partie des auteurs de cette édition des assises se pose la question frontale de savoir ce qui est universellement pourri au royaume de l'être humain ; et que la littérature pourrait, peut-être, résoudre. Ces cinq-là en particulier.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 mai 2015

Un AIR de famille

Céline Curiol «Agglutinés à mon désarroi, mes mots, des mots qui ne tranchaient rien, ne séparaient rien, ne créaient rien. Seulement s'enchaînaient. Et avec eux moi. Qu'ils pétrifiaient.» Le 15 août 2009, Céline Curiol sombre dans une grave dépression dont, avec le recul, elle nous livre aujourd'hui l'expérience douloureuse (Un quinze août à Paris, Actes Sud) et les cheminements difficiles (notamment sur le plan familial) pour s'en sortir, toutes ces «maintes petites luttes, maintes résistances, maintes attentions.» La dépression est aussi ici une traversée, une mutation, la quête d'une nouvelle identité : «Cet autre, c'est en moi qu'il fallut le trouver» écrit-elle. Jean-Emmanuel Denave Au Centre hospitalier Le Vinatier jeudi 28 mai à 18h30 Aux Subsistances vendredi 29 mai à 15h30 Aux Subsistances dimanche 31 mai à 11h

Continuer à lire

A Vaulx, du jazz à foison

MUSIQUES | Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

A Vaulx, du jazz à foison

Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

Continuer à lire

Anthony Joseph à A Vaulx Jazz : un poète hors-les-murs

MUSIQUES | Puisqu'il s'agit d'évoquer à travers la figure imposante de Sun Ra ce que l'on appelle majestueusement la Great Black Music, inutile de s'arrêter en si bon (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

Anthony Joseph à A Vaulx Jazz : un poète hors-les-murs

Puisqu'il s'agit d'évoquer à travers la figure imposante de Sun Ra ce que l'on appelle majestueusement la Great Black Music, inutile de s'arrêter en si bon chemin quand se profile la venue d'un autre ressortissant de cette catégorie qui contient mille succursales : Anthony Joseph, au croisement désormais bien connu de l'afro beat, du hip-hop et du spoken word. Quand tout se présente bien, ces choses-là se marient dans des agapes d'évidence et c'est le cas avec Joseph, qui pratique la poésie au-delà des limites de la musique puisqu'il est plus largement écrivain et professeur à l'université. Héritier inévitable des dinosaures du boom bap type The Last Poets comme de Fela Kuti, on n'en retrouve pas moins sur son dernier disque quelque chose qui va justement de Sun Ra au lignage afro-futuriste assumé par les P-funkers de Parliament et Funkadelic, particulièrement évident sur le morceau d'ouverture Time : Archeology. L'album lui-même s'appelle Time et joue avec cette notion, se révélant tout à la fois vintage dans ses sonorités –– ce qui n'est pas nécessairement nouveau concernant Joseph, avec ou sans le Spasm Band, ici sans –– mais aussi noto

Continuer à lire

Un incertain Monsieur Klein

ECRANS | Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Un incertain Monsieur Klein

Ce mois-ci, la Ciné-collection du GRAC propose un film essentiel, dans notre panthéon personnel de l’histoire du cinéma : Monsieur Klein. Loin d’être une rareté — il triompha aux Césars l’année de sa sortie, en 1976 — il fait partie de ces œuvres mystérieuses vers lesquelles on retourne sans cesse. Alain Delon apporte le scénario à Joseph Losey qui l’avait dirigé dans L’Assassinat de Trotsky, conscient que le cinéaste américain, juif chassé par le maccarthysme, saura mieux qu’aucun autre trouver la note juste pour raconter cette histoire qui entrecroise questionnement identitaire, paranoïa sous le Paris occupé et préparation méthodique de la rafle du Vel’ d’Hiv’. Delon y est Robert Klein, marchand d’art égoïste et sans scrupule, qui n’hésite pas à profiter des persécutions juives pour racheter, à bas prix, les toiles de maître qu’ils vendent pour payer leur passage en zone libre. Un matin, il trouve sur son palier un exemplaire d’Actualité juive qui lui est adressé ; il part à la recherche de cet autre Monsieur Klein avec qui on l’a confondu, mais plus il met ses pas dans ceux de son double, plus il se retrouve pris au piège d’une machine étati

Continuer à lire

Joseph Drouet : «Houellebecq a une vision simple et lucide de ses contemporains»

SCENES | Parmi les nombreux comédiens venus grossir les rangs du collectif Si vous pouviez lécher mon cœur, Joseph Drouet interprète plusieurs personnages des "Particules". Il revient pour nous sur le travail d'adaptation. Propos recueillis par Florence Barnola

Florence Barnola | Mardi 27 janvier 2015

Joseph Drouet : «Houellebecq a une vision simple et lucide de ses contemporains»

Comment avez-vous travaillé cette adaptation ? Joseph Drouet : Les membres du collectif ont un rapport très fort au texte, ils travaillent beaucoup à la table, cherchent le rythme de chaque réplique... Ca a l’air très vivant et très naturel, pour autant c’est très précis. Les quatre personnages principaux étaient distribués dès le début, nous avons su assez vite quelle partie nous allions avoir pour pouvoir la creuser. Le premier jour des répétitions, Julien [Gosselin] est arrivé avec un très gros paquet de textes. Nous avons tout lu, puis nous avons essayé des choses sur scène. Un tiers n’a pas été gardé. Julien est un directeur d’acteurs. Il peut être dur sur les choses qu’il veut obtenir. Le placement et la mise en scène l’intéressent assez peu, ce qui est important pour lui c’est l’interprétation et comment on traite tel ou tel personnage. Il s’agit de restituer le texte simplement mais en étant engagé. C’est presque du chœur de tragédie. Etiez-vous familier de Michel Houellebecq avant cette création ? Oui, je connaissais quelques romans. J’aimais beaucoup. N

Continuer à lire

Ceux qu'il faut (re)découvrir

MUSIQUES | En tête d'affiche ou en première partie de Just Rock?, il fera bon humer le talent de ces quatre frenchies dans le vent. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

Ceux qu'il faut (re)découvrir

Joseph & The Merricks Si sa prestation est annoncée sous le nom de Joseph & The Merricks, c'est que le dénommé Joseph Merrick, s'accompagne cette fois d'un solide groupe. Dans lequel on retrouvera le raffiné Stéphane Garry (Pockett) aux manettes du second album de l'Ardéchois, Fatalitas, et dont la production illumine plus que jamais sa polymorphie monstrueuse : je-m’en-foutisme appliqué, finesse absolue des reliefs imparfaits et gracieuse tension entre aspiration pop-folk et intimations punk. Jeudi 9 octobre au Transbordeur   Isaac Delusion Passé avant l'été par les Summer Sessions du Transbo, Isaac Delusion est la petite bête pop qui monte. Qui monte vers les proverbiales nuées, notamment, et très régulièrement portée ou porteuse, tout dépend comment on se place, d'une dream pop particulièrement volatile qui entendrait non seulement pénétre

Continuer à lire

Lyon's Club

MUSIQUES | Qu'elle soit un concept fumeux ou pas, la scène musicale lyonnaise est là et bien là. La preuve avec ce petit passage en revue – non exhaustif – d'un automne rock'n'gone. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Lyon's Club

Lors d'une discussion en ligne portant sur les coiffeurs, leurs pronostics de football et l'Olympique de Marseille, un grand connaisseur du rock et de bien d'autres choses nous lâcha, magie d'un fil de discussion : «le concept de groupes lyonnais, well... ». Certes, toute personne rejetant l'idée que l'on puisse être Lyonnais juste «parce qu'on a fait sécher ses chaussettes une fois à Lyon», comme nous l'a récemment exposé notre critique cinéma maison, souscrira sans mal à cette réflexion. Mais on ne va pas faire comme si "ces gens-là" n'existaient pas puisqu'ils ne cessent de nous prouver le contraire. Telle Billie, qui nous prépare quelques remixes des titres de son album Le Baiser. L'excellent album de Denis Rivet – ex-King Kong Vahiné pour les intimes – est à venir, lui, le 30 octobre, et Denis jouera un peu partout pendant cet automne à commencer par ce même jour, le

Continuer à lire

Le Start Festival, ce n'est que le début

MUSIQUES | A peine ses trois petits tours (de Lyon, de France et du monde) estivaux terminés, le Sucre embraye sur la deuxième édition du Start Festival. Et reçoit pour l'occasion une belle brochette de bâtisseurs et un sonneur de cloche de rentrée tout trouvé. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 2 septembre 2014

Le Start Festival, ce n'est que le début

Premier temps fort de la saison, mais aussi premier paradoxe : alors que sa pyramide des âges est d'une largeur à faire se retourner Khéops dans son sarcophage, Le Sucre commencera par nous entretenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Une époque, qui s'étire des 70's aux 90's, au fil de laquelle Lyon s'est imposée dans une curieuse indifférence comme une plaque tournante des musiques alternatives. Le festival la fera revivre au cours d'une conférence, la première d'une série consacrée à l'underground d'ici, fut-il de pierre (comme le Palais d'hiver, l'Olympia du coin, ou le fameux Pez Ner) ou de chair (de la new wave unisexe de Marie et les garçons aux Deity Guns, cousins passagers de Sonic Youth). Cinq jours plus tard, le coup d'envoi d'un autre cycle de rencontres mettra un terme à l'événement. Sa vocation : discuter des mutations de l'espace urbain. Son invité : le controversé Rudy Ricciotti, Grand prix national d’architecture auquel on doit, entre autres réalisations, le superbe cube alvéolé abritant le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à

Continuer à lire

L’esprit et la lettre

MUSIQUES | On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

L’esprit et la lettre

On allait écrire que dans le Love Letters des laborantins pop de Metronomy, infiniment bien produit et qui régalera sans doute les amateurs de vinyles et de son analogique – il a été enregistré dans le temple vintage Toe Rag – il manquait l’essentiel : des tubes. C’est effectivement ce qui apparaît lorsque l’on commence à se pencher sur ce troisième album, ou plutôt ce qui n’apparaît pas. L’emballage est tellement beau, le paquet cadeau si riche de couches successives, qu’on a le plus grand mal à dénicher le trésor qui s’y cache. Peut-être aussi, depuis Nights Outs (2008), s’est-on habitué, en enfants trop gâtés rendus paresseux par les sucreries, à un excès de générosité mélodique qui culmina fort haut avec The English Riviera, son The Look ravageur et sa Corinne aguicheuse. Le tube c’est la lettre de la pop, mais il y a, dit Saint-Paul dans son deuxième épître aux Corinthiens, la lettre et l’esprit. Et si l’on accepte ce principe, alors Love Letters et son esthétique suédée font mouche à coups de compositions aux rondeurs bizarres, profondément mélancoliques et infiniment vénéneuses (Monstrous, enfant du placard de Bowie, Mi

Continuer à lire

Madame rêve

MUSIQUES | Dotée d’une voix insensée et de qualités d’interprète hors-normes, la lady du Colorado Josephine Foster embrume les frontières entre folk old-time, musique classique et psychédélisme tordu, pour une plongée au pays des rêves bizarres à la douceur anesthésiante. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 29 avril 2014

Madame rêve

Un temps, Josephine Foster a envisagé de donner sa voix à l’opéra, qu’elle commença d’étudier à l’Université Northwestern de Chicago en provenance du Colorado, avant de s’en détourner, désarçonnée par les maniaqueries du milieu. Des chanteuses de grands airs, Josephine a gardé cette voix un peu déboitée, naturellement amplifiée et corvéable à l’envie et à la fantaisie ; ce goût de la performance déclamatoire rendue à la plus intense théâtralité, de cette note qu’on va chercher coûte que coûte quitte à se mettre les cordes vocales en tire-bouchon. Car en même temps, en recouvrant sa liberté musicale, Josephine s’est débarrassée du costume corseté de conventions qui étreint tout interprète lyrique, pour mieux plonger dans les eaux vives du psychédélisme, se baigner dans le formol du folk archaïque des Appalaches et même sauter dans le vide, un néant où le temps n’a pas d’âge – on est d'ailleurs incapable de lui en donner un à elle. La louve et l’agneau Un jour, Josephine s

Continuer à lire

Hey Jo

MUSIQUES | Ceux qui l'ont connu comme guitariste de ces sacrés showmen pop de Green Olive – irrésistible machine à tubes rangée des bolides en sortie d'une tournée (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2014

Hey Jo

Ceux qui l'ont connu comme guitariste de ces sacrés showmen pop de Green Olive – irrésistible machine à tubes rangée des bolides en sortie d'une tournée américaine et à l'aube de ce qui aurait pu être une jolie petite "carrière" – se souviennent sans doute du premier disque solo de Joseph Merrick, Circus Circus. Où cet Ardéchois, Lyonnais d'adoption, étalait toute sa science de la désinvolture pop et une guirlande d'influences allant d'Elliot Smith à Omar Rodriguez Lopez et John Frusciante.  Rarement on avait entendu type si cool chanter No Cool – preuve sans doute que la désinvolture est parfois le masque de la tension. Dans la foulée, le jeune homme quittait Lyon pour un "vrai métier" à la Capitale – foutue fuite des cerveaux, tiens.  Sauf que le revoilà avec un autre album, Fatalitas, réalisé avec la complicité de Stéphane Garry des excellents Pokett, et qui o

Continuer à lire

Pas de repos pour les expos

ARTS | Ludiques, émouvantes ou impressionnantes, ces expositions ont, à l'instar de celle du CHRD, rythmé notre automne. La trêve hivernale est l'occasion (la dernière pour certaines) de les revoir ou de les découvrir. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Vendredi 20 décembre 2013

Pas de repos pour les expos

Joseph Cornell et les surréalistes à New York  C'est l'événement artistique de ce début de saison à Lyon. Le Musée des Beaux-Arts nous invite à découvrir Joseph Cornell (1903-1972), drôle d'artiste américain n'ayant jamais ni peint ni sculpté. Proche des surréalistes émigrés à New York dans les années 30-40, Cornell est un fabuleux "fabricateur" d'images usant de techniques aussi diverses que le collage, des montages personnels d'images filmées ou l'assemblage poétique d'objets dans de petites boîtes ou de mini-théâtres. Un univers très émouvant et inventif qui est présenté au milieu d’œuvres d'artistes surréalistes importants (Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, René Magritte...). A noter aussi, la sortie récente d'un beau catalogue sur l'exposition aux éditions Hazan. Au Musée des Beaux-Arts, jusqu'au lundi 10 février   Tony Cragg et Sigmar Polke 

Continuer à lire

Beauté convulsive

ARTS | «Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 octobre 2013

Beauté convulsive

«Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de mettre en pratique l'adage d'André Breton : "la beauté sera convulsive ou ne sera pas", de laisser l'humour surgir au détour du lyrisme. Peintre surréaliste, Dorothea l'a été naturellement, fixant ses rêves sur la toile avant même de connaître les surréalistes» écrit Gilles Plazy dans sa belle monographie de l'artiste américaine (1910-2012). Celle-ci partage avec Joseph Cornell un parcours très similaire : d'abord surréaliste (et non sans distance critique) puis plus personnel et singulier, proche de l'expressionisme d'un Francis Bacon en ce qui concerne Tanning. Ces deux grands artistes ont aussi la malchance d'être très peu connus en France, à tort. Enfin, si Cornell a dédié nombre de ses œuvres à des danseuses, des actrices ou des chanteuses, il partagera avec Dorothea Tanning (quatrième épouse de Max Ernst !) un lien encore plus étroit à travers une correspondance abondante et une complicité artistique au long cours.

Continuer à lire

Au-delà du réel

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts consacre une très belle exposition à Joseph Cornell et à ses liens étroits avec le surréalisme dans les années 30 et 40. On y découvre à la fois un artiste majeur un peu oublié en France et quelques chefs-d’œuvre de ces sorciers de l'image que furent Man Ray, Salvador Dali, Max Ernst, René Magritte, Yves Tanguy ou Dorothea Tanning. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 23 octobre 2013

Au-delà du réel

Pour user d'une litote, on dira de Joseph Cornell qu'il est un artiste méconnu en France. Depuis 1981 et une exposition au Musée d'art moderne de Paris, rien ou presque à son propos. Il jouit pourtant aux Etats-Unis, d'après Sylvie Ramond (directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon et co-commissaire de l'exposition Matthew Affron du musée de Philadelphie), «du statut de véritable icône de l'art américain, au même titre qu'un Jackson Pollock par exemple». Les commissaires tentent donc de rattraper le temps et l'intérêt perdus, tout en précisant «ne pas avoir voulu organiser une rétrospective, mais tenter de réinsérer Cornell parmi l'univers surréaliste, très important à New-York dans les années 1930 et 1940». Il y a là une petite coïncidence amusante, puisque la dernière fois que le musée des Beaux-Arts a exposé de grands artistes américains (Mark Rothko, Jackson Pollock, Barnett Newman... dans l'exposition Repartir à zéro en 2008), c'était au contraire pour montrer combien ces derniers ont voulu se libérer de l'imagerie illusoire et détachée de toute signification historique ou existentielle du... surréa

Continuer à lire

Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

ARTS | Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard (...)

Nadja Pobel | Lundi 14 octobre 2013

Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard Demierre. L’exposition Joseph Cornell et les surréalistes à New York : Dalí, Duchamp, Ernst, Man Ray… est ouverte toute la soirée. Le pianiste Bernard Demierre joue en regard du travail cinématographique de Joseph Cornell, et invite les visiteurs à écouter les compositions d’artistes très admirés par ce dernier : Debussy, Ravel, Satie, auxquels il rend de multiples hommages dans son travail. Concerts à 18h15, 19h30 et 20h45 (25 minutes) Modalités de réservation : A partir du mois de novembre, vous pouvez acheter à l’avance son billet d’entrée pour la nocturne, au tarif de 5€, ainsi que sa place pour le concert de son choix au tarif de 3€. Vous pouvez dès à présent acheter des billets sur la billetterie en ligne:

Continuer à lire

Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

Continuer à lire

Joséphine

ECRANS | D’Agnès Obadia (Fr, 1h28) avec Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Bérengère Krief…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Joséphine

Librement adapté du personnage créé dans sa BD par Pénélope Bagieu, Joséphine se présente surtout comme un Bridget Jones à la française, avec son héroïne célibataire et complexée, cherchant l’amour en se contentant, temporairement, d’un plan cul régulier avec un homme marié et de la compagnie de son chat nommé Brad Pitt, plus l’amitié de sa bande — copine d’enfance, collègue de bureau et pote homo. Tout cela pourrait avoir le charme sucré de la comédie girly, d’autant plus qu’il y a un talent certain du côté des comédiens — Marilou Berry, notamment, actrice encore sous-employée par le cinéma d’ici ; or Obadia se repose complètement sur son casting pour venir à la rescousse d’une production bâclée et sans âme. Le scénario accumule jusqu’à l’overdose les péripéties et la réalisatrice s’avère incapable de mettre en scène les gags, passés au hachoir d’un montage hystérique pour créer un rythme illusoire. On a l’impression que tout a été vite fait mal fait, au point qu’il faut vraiment avoir le nez dans le seau de pop corn pour ne pas remarquer les faux ra

Continuer à lire

Oblivion

ECRANS | Après "Tron l’héritage", Joseph Kosinski avait toutes les cartes en main pour confirmer son statut de nouveau maître de la SF avec cette adaptation de son propre roman graphique. Hélas, le voilà rattrapé par son fétichisme kubrickien, qu’il tente vainement de transformer en blockbuster à grand spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 avril 2013

Oblivion

Dans une des pubs qui l’avaient fait connaître, Joseph Kosinski s’amusait à faire circuler le spectateur dans la reproduction virtuelle de l’hôtel Overlook imaginé par Stanley Kubrick pour Shining. Dans Tron l’héritage, qui marquait ses débuts prometteurs au cinéma, il recréait la chambre de 2001 et envoyait ses personnages dans un bar qui ressemblait comme deux gouttes de lait à celui d’Orange mécanique. Autant dire que Kosinski fait une fixette sur l’immense Stanley ; ce qu’on ne lui reprochera pas, loin de là, mais disons qu’il faut avoir les épaules solides pour oser se mesurer à un tel monument. Face à Oblivion, qui croule sous les références à 2001 — jusqu’au nom d’une des boîtes de production du film, Monolith Pictures ! — on ne peut que constater que cette obsession est filtrée par une culture geek avec laquelle elle ne fait pas forcément bon

Continuer à lire

Culture hors sol

ARTS | L’artiste Vincent Lamouroux livre une brillante mise en scène d’œuvres d’art contemporain appartenant au FRAC. Mais oublie que ses jeux de formes gagneraient en épaisseur à nous parler du fond, voire tout simplement du sol. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 avril 2013

Culture hors sol

Il est toujours amusant de parler, de fêter du temps avec de l’espace. C’est en tout cas ce qu’a choisi de faire le Fond régional d'art contemporain Rhône-Alpes pour son trentième anniversaire en invitant Vincent Lamouroux (un «fabricateur d’espace», un sculpteur) à revisiter une partie de ses collections en les mettant en scène de manière originale. «J’ai voulu jouer avec l’architecture des lieux et, en imaginant ces boîtes blanches éclatées, ouvrir des points de regard et des points de fuite» dit l’artiste. L’architecture en question étant celle de l’Hôtel de Région, mise au point par le grand architecte français Christian de Portzamparc. Un bâtiment raté qui semble n’avoir aucun sol, aucun ancrage, avec son impressionnant volume d’air dans l’allée centrale et ses petits et innombrables bureaux disposés en hauteur comme autant de nids d’oiseaux que l’on imagine peu douillets. L’Hôtel de Région plane et l’exposition de Lamouroux itou. Car pour faire de l’espace avec du temps (et la questi

Continuer à lire

Lincoln

ECRANS | On pouvait craindre un film hagiographique sur un Président mythique ou une œuvre pleine de bonne conscience sur un grand sujet, mais le «Lincoln» de Spielberg est beaucoup plus surprenant et enthousiasmant, tant il pose un regard vif, mordant et humain sur les arcanes de la démocratie américaine. Une merveille, qui conclut une (inégale) trilogie spielbergienne sur l’esclavage. Texte : Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2013

Lincoln

Ce n'est peut-être qu’un hasard… Toujours est-il que ce film sur Abraham Lincoln au début de son second mandat de Président des États-Unis est sorti au moment où Barack Obama, qui n’a jamais caché son admiration pour Lincoln, était lui-même réélu Président. Hasard aussi, Lincoln affronte sur les écrans (et aux Oscars) Django unchained, Spielberg et Tarantino se disputant ainsi un même sujet : celui de l’esclavage. Tarantino n’a pas caché au cours de ses interviews avoir souhaité faire avec Django un anti-Amistad, c’est-à-dire un film où les Noirs ont vraiment la parole et n’ont pas besoin de porte-voix blancs pour plaider leur cause. De fait, Spielberg, à l’époque un peu écartelé entre ses grands films sérieux, sa franchise jurassique et ses productions télé, était passé à côté de son affaire. Lincoln pourrait tomber exactement sous le coup de la même critique : un film qui se dissimule derrière la vérité historique — car, scoop, ce sont bien des blancs qui ont mis fin à l’esclavage — pour mieux réduire au silence sur l’écran les princi

Continuer à lire

Looper

ECRANS | Conçu comme un casse-tête spatio-temporel mais aussi comme une série B mélangeant science-fiction et action, le film de Rian Johnson est la bonne surprise américaine de l'automne, à la fois cérébral, charnel, trépidant et poétique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Looper

Boucler la boucle. C’est en substance l’enjeu de Looper, jusque dans son titre, qui désigne les tueurs du film, chargés de supprimer les témoins gênants d’exactions commises 30 ans plus tard et envoyés dans le passé grâce à une machine à remonter le temps. Loopers, car vient fatalement le moment où ce sont eux, ou plutôt leur double de trente ans plus âgé, qu’ils doivent supprimer, contre quelques lingots d’or qui leur assureront une "retraite" méritée ; la boucle est donc bouclée. Quand arrive le tour du héros, Joe, le protocole est rompu : son autre lui débarque tête nue, se débat et réussit à s’échapper. Pas le choix : il faut le retrouver au plus vite, car sinon c’est lui qui sera exécuté, mettant fin de facto à l’existence de son alter ego. Compliqué ? Ce n’est pourtant que la trame de base d’un film dont le scénario se montre particulièrement généreux avec le spectateur. Rian Johnson fait partie de ces cinéastes matheux (proche cousin par exemple d’un Christopher Nolan) pour qui une œuvre est avant tout une suite d’équations entremêlées dont la logique, une fois comprise, s’avère imparable. Là où le garçon a vraiment du talent, c’est qu’il ne se contente p

Continuer à lire

Anthony King

MUSIQUES | Si chaque année Anthony Joseph écume les festival en tous genres et de tous genres, c'est d'abord sûrement parce qu'il a du talent mais aussi parce que sa (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 1 mars 2012

Anthony King

Si chaque année Anthony Joseph écume les festival en tous genres et de tous genres, c'est d'abord sûrement parce qu'il a du talent mais aussi parce que sa musique protéiforme s'intègre dans n'importe quelle programmation. Soul king assumé, Anthony Joseph et son bien nommé Spasm Band naviguent essentiellement là où se rencontrent dans un grand fracas les puissants océans musicaux : Cap de Bonne Espérance Afro-funk, Cap Horn soul-caribéen. Ce Trinidadien installé à Londres, poète reconnu avant d'être chanteur, est un prêcheur héritier des beatniks converti par la transe des mots à celle de la scène. À elle toute seule, la musique de celui qui fantasme le Trinidad d'avant l'esclavage, faite d'incantations et de rythmes métisses est l'illustration des théories de l'écrivain Edouard Glissant. D'abord celle de «l'antillanité» qui revendique une identité caribéenne non exclusivement réductible à ses racines africaines. Puis celle de la créolisation du monde : ce «métissage qui produit de l'imprévisible», ce «mouvement perpétuel

Continuer à lire

La star, cette inconnue...

ECRANS | Il faut écouter le monologue d’Harry Dawes (Humphrey Bogart) au début de La Comtesse aux pieds nus pour mesurer à quel point Hollywood fait du surplace. (...)

Christophe Chabert | Jeudi 23 février 2012

La star, cette inconnue...

Il faut écouter le monologue d’Harry Dawes (Humphrey Bogart) au début de La Comtesse aux pieds nus pour mesurer à quel point Hollywood fait du surplace. Nous sommes en 1954, Dawes est un cinéaste has been cherchant un producteur pour financer son prochain film, producteur qui lui-même cherche une nouvelle tête à mettre en haut de l’affiche. Dawes dit à peu près ceci : «Il produisait des films qui avaient deux dimensions, quand ils en avaient déjà une». Joseph L. Mankiewicz, qui n’avait aucune estime pour les nababs hollywoodiens, leur crache son venin à la figure, au moment où ceux-ci ne jurent (déjà !) que par la 3D. Le film tout entier est une réponse virulente au formatage qui régnait alors : le personnage central, la danseuse espagnole Maria Vargas devenue actrice puis comtesse italienne, n’existe que par le regard que les autres portent sur elle, et toute l’histoire est racontée en flahbacks depuis ses funérailles. Personnage public adulé par les masses et désiré par les hommes, elle reste pourtant une énigme que la narration, passant d’un point de vue à un autre, ne fera qu’opacifier. Comme s’il avait le pressentiment que quelque chose était en t

Continuer à lire

Podcast / Entretien avec Lili Reynaud - Dewar

ARTS | Le Magasin de Grenoble invite l’artiste Lili Reynaud-Dewar à investir son espace jusqu’au 24 Avril 2012.

Dorotée Aznar | Mercredi 15 février 2012

Podcast / Entretien avec Lili Reynaud - Dewar

Date de première diffusion:  7 Février 2012Emission n°97 Durée: 35’38 minInvité: Lili Reynaud-Dewar, artisteContenu: Le Magasin de Grenoble invite l’artiste Lili Reynaud-Dewar à investir son espace jusqu’au 24 Avril 2012. La jeune plasticienne a accepté de répondre à nos questions sur ‘Ceci est ma maison’, l’exposition complexe qu’elle propose.     Chroniques: Califragilisticse penche sur la notion d’habitat au micro de MattCoco; Gwilherm Perthuis introduit une nouvelle somme française sur Joseph Beuys. Liens utiles : Texte de Florence Dérieux à propos de L. Renaud-Dewar sur le site de la Zoo Galerie Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine 

Continuer à lire

Un Indien dans la ville

MUSIQUES | Fort d'un premier album chaudard baptisé "Sunny Side Up", Slow Joe & the Ginger Accident, mariage d'un lapin lyonnais et d'une carpe indienne, vient démontrer sur la scène du festival Plug & Play que derrière la belle histoire, il y a des talents dont il aurait été ballot que le destin ne les réunisse pas. Présentation de l'artiste, du festival et interview d'un autre de ses invités. Textes et entretien : Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 6 janvier 2012

Un Indien dans la ville

Il y a quelques années nous avions rencontré, à l'occasion d'un dossier du Petit Bulletin consacrée aux lauréats du regretté tremplin Dandelyon (parmi lesquels on trouvait également Coming Soon) un certain Cédric de la Chapelle. Cédric était alors le leader enflammé et roux de S., un groupe de rock français particulièrement hardcore et assez génial qui, s'il avait percé, aurait probablement rendu fou plus d'un référenceur Google. Plus calme à la ville, Cédric, qui nous avait reçu chez lui à la coule du côté de la place Sathonay, était alors prof de maths et, entre deux roulages de clopes et deux bières, ne semblait pas imaginer une seconde être un jour happé par le succès, cette Money Mama («Money talks, bullshit walks») chantée par Slow Joe & the Ginger Accident, le groupe dont il est aujourd'hui l'instigateur. Dartford indien Car entre temps, on connaît l'histoire, Cédric de la Chapelle est allé traîner son short de bain en 2007 sur une plage de Goa et comme dans un récit du Perceval de Kaamelott, y a croisé un vieux. Dans Kaamelott, c'est là que les choses auraient pris fin (le vieux serait mort ou quelque chose comme

Continuer à lire

Footnote

ECRANS | Une comédie philosophique — philologique pour être précis — sur fond de rivalité intellectuelle père-fils ; difficile de faire plus singulier que le quatrième film de Joseph Cedar, une originalité qui est à la fois sa qualité et sa limite. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 23 novembre 2011

Footnote

De quoi parle Footnote ? La réponse ne va pas de soi, tant il faut démêler à l’intérieur de son scénario ce qui relève du prétexte spectaculaire et ce qui tient de la substance profonde. Par exemple, dans la relation entre Eliezer et Uriel Shkolnik, doit-on prendre en compte le fait qu’ils sont tous deux philologues spécialisés dans l’étude du Talmud, ou peut-on sauter à pieds joints sur cette notion (qui prend toutefois une place considérable dans le film) et y voir une rivalité beaucoup plus universelle entre un père éternellement frustré par son manque de reconnaissance et un fils qui a mis ses pas dans les siens, réussissant tout ce que lui a raté ? C’est le dilemme que pose le nouveau film de Joseph Cedar, dont l’impressionnant et très sombre Beaufort ne laissait pas soupçonner qu’il s’aventurerait vers un sujet aussi casse-gueule, qui plus est traité sur le ton de la comédie sophistiquée. Philo bazooka La sophistication de la mise en scène est l’autre problème à régler pour essayer (mais y arrive-t-on vraiment ?) de savoir si l’on a en face de soi un grand film tortueux ou une œuvre qui, à trop vouloir embrasser, finit par ma

Continuer à lire

Esclave en fusion

ECRANS | Cette semaine dans la sélection «À vos classiques !» à l’Institut Lumière, "The Servant" de Joseph Losey est une des réussites exemplaires du cinéaste et de son scénariste Harold Pinter lorsqu’ils œuvraient ensemble en Angleterre dans les années 60. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 8 juin 2011

Esclave en fusion

The Servant (1963) repose sur ce qu’on appelle des «coups de théâtre», renversements de situations dessinant une implacable machination dont le personnage principal, l’aristocrate Tony, serait la victime. Au sens strict du terme, il y a bien quelque chose de théâtral dans ce film magistral de Joseph Losey : son scénariste, Harold Pinter, immense dramaturge anglais qui collaborait là pour la première fois avec le cinéaste en exil. Si The Servant sort rarement de la maison de Tony, si les dialogues sont écrits avec la précision du théâtre pinterien, la force du film est avant tout dans sa mise en scène. La caméra de Losey est la véritable source du sentiment d’étrangeté et d’inquiétude qui naît dès les premiers plans. La visite de Barrett (Dirk Bogarde, génial d’ambiguïtés psychologique et sexuelle) chez Tony est résumée dans un atypique champ-contrechamp : d’un côté, Barrett, debout et droit comme un I ; de l’autre, Tony, allongé sur un canapé, encore endormi. Dans les deux axes, c’est un léger travelling vers le bas ou vers le haut qui vient contredire le sens de la scène : si Barrett se met au service de Tony, c’est bien lui qui le domine depuis la pr

Continuer à lire

Cannes, jour 4 : Beauté volée

ECRANS | Sleeping beauty de Julia Leigh. Miss Bala de Gerardo Naranjo. Footnote de Joseph Cedar.

Dorotée Aznar | Lundi 16 mai 2011

Cannes, jour 4 : Beauté volée

Cette année, Thierry Frémaux a décidé d’inviter dans la compétition officielle deux premiers films, décision qui sent à la fois l’envie de renouveler le cheptel de cinéastes «cannois» et le désir de couper l’herbe sous le pied de la Quinzaine et de la Semaine de la critique (où, pour l’instant, on n’a vu qu’un seul film, le très auteurisant et vain Las Acacias). Sleeping beauty de Julia Leigh était le premier d’entre eux, et c’est pour l’instant le film le plus faiblard de cette compétition assez stimulante. Leigh raconte l’itinéraire de Lucy (Emily Browning, revenue de Sucker punch et qui se jette à corps perdu dans son rôle) lassée des petits boulots foireux qu’elle exerce pour payer son loyer, et qui accepte de participer à un réseau bizarre de prostitution où tout est permis, sauf la pénétration. Cela vaut pour un film qui n’est dérangeant qu’en trompe-l’œil, la mise en scène clinique et glaciale de Leigh ne masquant pas longtemps un certain puritanisme dans ses représentations. Mais ce n’est pas le plus grave dans Sleeping beauty ; ce qui énerve vraiment, c’est la manière dont on nous rabâche du discours à

Continuer à lire

Tron l'héritage

ECRANS | De Joseph Kosinski (ÉU, 2h06) avec Garrett Hedlund, Jeff Bridges…

Christophe Chabert | Mercredi 2 février 2011

Tron l'héritage

"Tron l’héritage", suite d’une folie 80’s devenue culte, est sans conteste le premier film post-"Avatar", autrement dit celui qui prolonge les leçons technologiques et théoriques du monument de James Cameron. Il en partage d’ailleurs les mêmes faiblesses (plus criantes encore) : un scénario sur lequel on a toujours plusieurs longueurs d’avance et un acteur principal transparent. Osera-t-on dire qu’on se fout un peu de ces défauts ? Cela laisse au moins le cerveau disponible pour apprécier les incroyables arabesques visuelles créées par Joseph Kosinski (un réalisateur venu de la pub, mais ayant étudié le design et l’architecture) et se plonger dans le puissant sous texte qui rend "Tron l’héritage" passionnant. Le film démarre en 2D à l’époque du premier film, et se poursuit de nos jours par un hacking sauvage du fils de Kevin Flynn sur l’entreprise fondée par son père disparu, récupérée par des costards-cravates cupides. Linux contre Microsoft ? C’est une première piste que le film abandonne rapidement, mais qui témoigne de son envie d’élever le débat. Quand Flynn débarque dans le monde virtuel inventé par son pate

Continuer à lire

Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

Continuer à lire