“Godzilla vs Kong” de Adam Wingard : monstres et compagnie

Blockbuster | Malgré ses allures de nom de code pour le second tour de la prochaine présidentielle, Godzilla vs Kong est du genre de Fast and Furious : tout entier contenu dans son titre programmatique. Et monstrueusement convenu. En VOD avant (peut-être) une sortie sur grand écran à la réouverture des salles…

Vincent Raymond | Mercredi 28 avril 2021

Photo : © Warner Bros.


En génétique, lorsque l'on croise des individus (animaux, végétaux…) porteurs de caractéristiques différentes et que leurs descendants bénéficient d'une recombinaison favorable les rendant plus performants que leurs parents, ont parle de "vigueur hybride". En cinéma, lorsqu'on a essoré une série et son protagoniste (y compris avec des reboots), on crée un cross over avec une autre série tout aussi usée dans le but de relancer doublement la machine en s'adressant potentiellement à deux audiences. Sur le papier — et d'un point de vue strictement commercial —, l'idée n'a rien de stupide et fonctionne depuis des décennies, des Universal Monsters à Alien vs Predator… jusqu'aux chapitres non encore publiés du MCU contemporain.

Pour Godzilla vs Kong lui-même aboutissement d'un double reboot, ce sont en sus des titans issus de deux traditions parallèles qui se rencontrent : la créature maison de la Warner (Kong) et l'emblématique kaijū nippon de la Toho (Godzilla). Une sorte de conférence internationale au sommet, promettant une vision un peu moins américano-centrée qu'à l'ordinaire. Sauf que les promesses, on le sait, n'engagent que ceux qui les croient. Godzilla vs Kong tient au finale du spectacle pyrotechnique, une pauvre trame éculée servant à justifier des pétarades bariolées dont il ne subsiste pas grand-chose à la fin. Pas même la sempiternelle (et ici très très souterraine) mise en garde contre la tentation humaine de domestiquer la Nature.

Créatures terrestres

L'argument : Godzilla attaque sans raison apparente un site industriel spécialisé dans la robotique. Pour le combattre, son dirigeant sollicite l'aide de l'entreprise Monarch, qui détient Kong sur Skull Island. Le plan consiste à les ramener d'où ils viennent : au centre de la Terre…

Passons sur la resucée Jules Verne X Conan Doyle X Jurassic Park ou le recyclage des idées déjà exploitées dans les dizaines de films précédents (Kong épris d'une fillette, puis à terre avec le cœur au ralenti…) ; ignorons le carnaval des incohérences — la scientifique vivant H24 avec Kong sans s'apercevoir que le singe a appris le langage des signes ; l'anthropomorphisme à tous les étages avec notamment des monstres qui fightent comme des combattants de lucha libre, ou Godzilla qui se moque de Kong et Kong qui dunke comme Michael Jordan ou brandit une hache comme Thor son marteau — pour nous intéresser un instant au catalogue de personnages-clichés et/ou étendards servant à “représenter“ artificiellement le plus de “diversités” possible…

Il faudra peut-être un jour que les scénaristes de blockbusters choisissent autrement les caractéristiques de leurs protagonistes qu'en cochant les cases d'un bingo politiquement correct, caricaturant une société inclusive idéale — celles où les quotas seraient bien remplis, mais où les personnages demeurent prisonniers d'un immuable déterminisme. On a quand même ici chez les sidekicks un Afro-Américain paranoïaque, un “bon gros“ geek un peu basané ainsi qu'une petite fille asiatique handicapée opposés à un patron hispanique fourbe et mégalomane doté d'un homme de main japonais forcément sadique… Ces cache-misère complaisent certainement aux représentants des différents groupes d'influence se bornant à une lecture statistique des génériques ; pas sûr cependant qu'ils fassent progresser les mentalités d'une nation clivée comme jamais en prolongeant autant de stéréotypes archaïques. Heureusement, il y a les FX, hein…

★☆☆☆☆ Godzilla vs Kong
Un film de Adam Wingard (E-U, 1h54) avec Rebecca Hall, Millie Bobby Brown, Alexander Skarsgård…

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Aux chants, élisez ! : "Teen Spirit"

Drame | Issue d’une famille immigrée polonaise vivant dans l’austérité et la foi sur une petite île britannique, la talentueuse Violet rêve de devenir chanteuse. Quand l’émission "Teen Spirit" organise des auditions près de chez elle, elle tente sa chance, escortée par un coach atypique…

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Aux chants, élisez ! :

Bien qu’elle semble toute de probité candide et de lin blanc vêtue, la diaphane Elle Fanning doit posséder un je-ne-sais-quoi dans sa longiligne silhouette la désignant comme l’interprète idéale d’une ambition dévorante, mais inconsciente. Modèle à l’éclosion diaboliquement faramineuse pour Nicolas Winding Refn (The Neon Demon en 2016), elle mue ici d’oie blanche en popstar en étant propulsée au milieu d'une scintillante foire aux vanités fluo à la demande de l'acteur Max Minghella, qui signe ici son premier long-métrage. Si sa très crédible transfiguration constitue l’un des atouts du film, celui-ci ne se repose pas sur les talents de son interprète (dans tous les sens du terme). Version acidulée de A Star is born à l’heure des télé-crochets, Teen Spirit reprend la trame de la rédemption du vieux mentor en assaisonnant le cynisme de ces shows formatés où les dés sont pipés. Rien de bien nouveau, mais l’efficacité de la mise en scène et l’intégrité du personnage de Violet purifient l’ambiance viciée de ce showbiz abrutissant. Teen Spirit De Max Ming

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Gloria aux lassos : "My Wonder Women"

Biopic | de Angela Robinson (E-U, 1h49) avec Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote…

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Gloria aux lassos :

Université de Harvard, années trente. Chercheur en psychologie avec son épouse, le Pr Marston recrute pour l’assister une étudiante, qui devient l’amante du couple. Ce ménage à trois leur vaut d’être virés. Marston rebondit en instillant ses théories dans une BD féministe, Wonder Woman… La première authentique héroïne de comics méritait bien qu’on rétablisse les conditions particulières de sa genèse faisant d’elle un personnage ontologiquement transgressif, épousant les penchants SM et le goût pour le bondage de son créateur que la censure et le politiquement correct tentèrent d’atténuer à plusieurs reprises. Dominatrice, indépendante, désinhibée, dotée d’un audacieux caractère, Wonder Woman est un fantasme accompli en même temps qu’un modèle d’émancipation. Hélas, le révisionnisme esthétique dont la fiction s’est fait une spécialité ordinaire (en glamourisant, notamment, à outrance les protagonistes) résonne ici comme une contradiction absolue. Plutôt que de préférer l’évocation réaliste (on ne parle pas de ressemblanc

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"Le BGG – Le Bon Gros Géant" : la nouvelle créature de Spielberg

ECRANS | Un film de Steven Spielberg (É-U, 1h55) avec Ruby Barnhill, Mark Rylance, Rebecca Hallplus… (sortie le 20 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Ni club de foot, ni grand magasin parisien ; ni philosophe va-t-en guerre et encore moins chaîne de fast food, l’acronyme BGG désigne la nouvelle créature intégrant l’écurie de Spielberg — déjà fort remplie. Né en 1982 dans l’esprit fécond de Roald Dahl, le Bon Gros Géant avait tout pour l’inspirer, puisqu’il convoque dans un conte contemporain les solitudes de deux “doubles exclus” — une petite orpheline et un monstre rejeté par les siens —, du merveilleux spectaculaire et de l’impertinence. Le cinéaste en tire une œuvre conventionnelle au début, qui s’envole et s’anime dans sa seconde moitié, lorsqu’entre majestueusement en scène une Reine d’Angleterre à la cocasserie insoupçonnée. Spielberg est coutumier de ces films hétérogènes, changeant de ton après une ligne de démarcation nette — voir A.I. Intelligence Artificielle (2001)—, comme d’intrigantes scènes de sadisme sur les enfants, qu’il semble apprécier de recouvrir de détritus ou de mucosités : les crachats de brontosaures dans Jurassic Park (1993) étant ici remplacés par de la pulpe infâme de “schnocombre”. L’humour pot-de-chambre ira d’ailleurs assez loin — jusqu’au

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Une promesse

ECRANS | De Patrice Leconte (Fr-Ang, 1h38) avec Rebecca Hall, Alan Rickman, Richard Madden…

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

Une promesse

En Allemagne en 1912, un jeune homme nommé Friedrich intègre une grande usine de sidérurgie dont le directeur, malade, lui confie un rôle de secrétaire particulier. Il va tomber amoureux de la très belle — et beaucoup plus jeune — femme de son patron et mentor, mais c’est une relation platonique et chaste qui s’instaure, longuement interrompue par le départ de Friedrich au Brésil, puis par le début de la guerre. Adapté de Stefan Zweig, Une promesse souffre d’abord de sa fidélité un peu compassée à la nouvelle originale (Le Voyage dans le passé), le film déposant partout une petite poussière culturelle et chic liée sans doute au caractère propret de sa reconstitution. Le mélodrame y est constamment corseté par une espèce de rigidité mortifère qui évacue humour, trouble et érotisme. Surtout, là où le cinéaste avait pris l’habitude de styliser à outrance ses films sérieux, Une promesse manque désespérément de personnalité visuelle, à la lisière d’un téléfilm Arte. De plus,

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Iron Man 3

ECRANS | Ce troisième volet des aventures de Tony Stark n’est pas à la hauteur des deux précédents, et l’arrivée de Shane Black derrière la caméra s’avère plutôt contre-productive, partagé entre retrouver son mauvais esprit des années 80 et s’inscrire dans une ligne post-"Avengers". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 25 avril 2013

Iron Man 3

Les deux premiers Iron Man avaient séduit par leur sens du contre-courant : à une époque où les super-héros au cinéma se devaient d’avoir une névrose intime et où le réalisme à la Nolan commençait à faire école, Jon Favreau, pourtant pas le cinéaste le plus fin de la terre, avait fait de Tony Stark un homme sans états d’âme, déconneur et flambeur, œuvrant pour la bonne cause comme un industriel exploiterait un marché juteux. Surtout, Iron Man se confondait avec son acteur, Robert Downey Jr, dont le débit mitraillette et la décontraction affichée avaient dans le fond plus de poids que la lourde armure qui le transformait en justicier. Une sorte de héros cool et pop dont ce troisième volet ne sait plus tellement quoi faire… Shane Black, scénariste culte dans les années 80 et 90, réputé pour son esprit badass et ses vannes provocatrices, par ailleurs auteur d’une très bonne comédie policière déjà avec Downey Jr, Kiss Kiss Bang Bang, a été appelé à la rescousse de la franchise, et se retrouve avec un fardeau à porter : faire le premier film de super-héros

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The Town

ECRANS | De et avec Ben Affleck (ÉU, 2h03) avec John Hamm, Rebecca Hall…

Christophe Chabert | Vendredi 10 septembre 2010

The Town

Le quartier irlando-américain de Charlestown à Boston est considéré comme le centre névralgique de la criminalité organisée. C’est là-bas que Ben Affleck a décidé de poser sa caméra pour filmer la traque d’un gang de braqueurs par une horde de flics emmenés par un agent du FBI particulièrement tenace. Après le mélancolique "Gone baby gone", Affleck monte d’un cran et s’essaye au polar d’action ; il y parvient plutôt bien d’ailleurs, car "The Town" possède une indéniable efficacité, ménageant plusieurs morceaux de bravoure spectaculaires où l’acteur-cinéaste fait preuve d’une réelle maîtrise de l’espace et du suspense. De plus, en posant un regard romantique sur le personnage de braqueur qu’il interprète (via une histoire d’amour avec une directrice de banque et un héritage criminel mal réglé avec son père) et en faisant du chef du FBI (John Hamm, assez génial) un sommet de raideur et de brutalité, il pratique une habile inversion des rôles entre le «bon» et le «méchant». Cela étant, si on le compare à ses modèles un peu trop visibles ("Les Infiltrés", "Heat" ou l’oublié mais puissant "Les Anges de la nuit"), "The Town" manque de cette originalité nécessaire, dans sa mise en scèn

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