Bergman, Tati et une tortue rouge sur Netflix en mai

Plan Canapé | Puisque les cinémas vont rouvrir le 19 mai et que vous allez enfin pouvoir revoir des films sur grand écran, célébrez proprement votre rupture avec vos plateformes de VOD. Et justement, avec trois œuvres l’un des maîtres de la question, Ingmar Bergman, qui arrivent sur Netflix en mai.

Vincent Raymond | Vendredi 30 avril 2021

Photo : © Carlotta


« En mai, fait ce qu'il te plaît ». Oui, bon, presque… En attendant d'aller se faire une toile au ciné, révisons quelques indispensables classiques d'Ingmar Bergman : Netflix ajoute dès le 1er mai à son catalogue des Danaïdes Le Septième Sceau (1957), Scènes de la vie conjugales (1974) et Sonate d'automne (1978), soit trois regards sur la vie (donc la mort), le couple et la famille. Le premier est un conte métaphorique, le second une série de saynètes sur la vie à deux — et l'adaptation d'une série télévisée qui, à l'époque de sa première diffusion, a eu plus de succès en Suède que GoT, La Casa de Papel et Les Simpson réunis — ; quant au troisième, il constitue un face à face perturbant entre une mère et sa fille autour d'un partenaire commun souriant sardoniquement de ses 88 dents : un piano. Leur force à tous trois : être puissamment intemporels, donc totalement contemporains.

Sur un registre plus aérien, la maison Toudoum programme également dès le 1er mai trois long-métrages d'un visionnaire génial et obstiné, cousin putatif de Buster Keaton dans l'acrobatie, l'humour et la malchance : Jacques Tati. En hélas trop peu de films, l'auteur-interpète sut croquer avec une férocité poétique l'évolution de la société française durant les Trente Glorieuses. On en jugera avec Les Vacances de M. Hulot (1953), Mon Oncle (1958) et le pharaonique Playtime (1967).

Enfin, parce que la liste des films de mai est longue comme le bras, n'oublions pas de citer l'arrivée le 27 mai de La Tortue rouge (2016), film d'animation de Michael Dudok de Wit produit par les studios Ghibli narrant l'histoire d'un naufragé sur île déserte. Un peu comme le spectateur confiné attendant le retour à la vie normale…

Sur Netflix

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Tati Chloé Serre à la BF15

Art Contemporain | La jeune performeuse et sculptrice Chloé Serre ouvre à la BF15 plusieurs chantiers (chorégraphie, exposition) afin de cerner, par le geste et par l'espace, ce qui constitue l'os même de nos relations aux autres.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 24 septembre 2018

Tati Chloé Serre à la BF15

« Ouvrez quelques cadavres : vous verrez aussitôt disparaître l'obscurité que la seule observation n'avait pu dissiper ». C'est avec cette phrase, presque avec ce geste, que Xavier Bichat ouvrait en 1801 l'ère de la médecine moderne. En 2018, chorégraphes et artistes ouvrent, eux, des corps vivants afin de parfaire l'observation de notre société contemporaine, la "clinique" de notre monde et de ses malaises et travers... Avec rage et violence chez la chorégraphe Maguy Marin (voir notre chronique de sa création Ligne de crête sur notre site), avec plus de douceur et dans un esprit beaucoup plus burlesque chez la jeune plasticienne et performeuse Chloé Serre. Nourrie des écrits du sociologue Erving Goffman (La mise en scène de la vie quotidienne)

Continuer à lire

Persona grata : "À la recherche d'Ingmar Bergman"

Documentaire | de et avec Margarethe von Trotta (All-Fr, 1h40) avec également Liv Ullmann, Ruben Östlund…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Persona grata :

Qu’elle soit érotique ou artistique, l’influence d’Ingmar Bergman sur ses confrères cinéastes est bien connue : Truffaut et surtout Woody Allen ont largement rendu hommage à leur aîné. Au tour d’une réalisatrice de payer son tribut au vénérable Suédois : Margarethe von Trotta. Arpentant les rues de Paris, Stockholm, Munich, les plage de Fårö comme les méandres de sa propre mémoire, l’autrice des Années de plomb (1981) part à la rencontre des décors, des inspirations, des témoins (famille, collaborateurs, exégètes…) du cinéaste disparu. Et en livre un portrait personnel sans pompe ni tabou, parlant autant d’elle que de lui. Plus filiale qu’idolâtre, Margarethe von Trotta effectue en effet un inventaire aussi lucide qu'honnête de l’œuvre comme de l’artiste. Inventaire partagé par ses proches : Bergman a magnifiquement filmé l’enfance… tant qu’elle le représentait ; son abondante progéniture n’était en revanche perçue que comme le gage d'amour de chacune des femmes ayant partagé

Continuer à lire

"La Tortue rouge" : enfin, Michael Dudok de Wit passe au long-métrage

ECRANS | Présenté en ouverture du Festival d’Annecy après un passage à Cannes dans la section Un certain regard, ce conte d’animation sans parole mérite de faire parler de lui : aussi limpide que la ligne claire de son trait, il célèbre la magie de la vie — cette histoire dont on connaît l’issue, mais dont les rebondissements ne cessent de nous surprendre.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Le Néerlandais Michael Dudok de Wit aura pris tout son temps avant de franchir le pas du long-métrage. Pourtant, il devait se douter que, loin de l’attendre au tournant, le public ayant découvert — et apprécié — ses films courts multi-primés Le Moine et le Poisson (1994) ou Père et Fille (2000) avait grand hâte de voir sa poésie muette empreinte de tendresse se déployer dans la durée. Étonnamment, c’est du côté des studios nippons Ghibli que l’ancien résident de Folimage aura trouvé asile — il s’agit au passage d’une belle ouverture pour la maison fondée par Takahata et Miyazaki, qui n’avait jusqu’alors jamais accueilli d’auteur non-asiatique. Une collaboration somme toute logique : Dudok de Wit se trouve en parfaite communion philosophique et spirituelle avec ses aînés, chantres comme lui d’une relation pacifiée, d’une osmose retrouvée entre l’Homme et son envir

Continuer à lire

La splendeur bergmanienne

ECRANS | À l’honneur lors du dernier festival Lumière, l’œuvre d’Ingmar Bergman aura donc joué les prolongations sur grand écran à l’Institut durant tout le mois de (...)

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

La splendeur bergmanienne

À l’honneur lors du dernier festival Lumière, l’œuvre d’Ingmar Bergman aura donc joué les prolongations sur grand écran à l’Institut durant tout le mois de mars. On arrive sans doute un peu tard pour en (re)parler, même si les trois films proposés cette semaine sont parmi ses plus beaux : Monika, Le Septième sceau et l’intégrale de Fanny et Alexandre, tous dans des copies superbement restaurées. On avait pu voir celle de Monika au festival, et sa beauté plastique nous avait littéralement subjugués. C’est ce que l’on a tendance à oublier concernant Bergman : la fulgurance visuelle de ses films, cette haute idée de son art qui le pousse à travailler au scalpel la psychologie de ses personnages tout en les sublimant sur l’écran. C’est sans doute ce qui a assuré l’exceptionnelle pérennité de sa filmographie : chez lui, tout, du scénario aux acteurs, de la lumière au décor, de la métaphysique au physique, doit faire spectacle et créer de la sidération. La redécouverte de Bergman est de fait cruelle pour toute une partie du cinéma "d’auteur" actuel, dont la constance à se complaire dans l’arte povera pour se donner une profondeur qu’

Continuer à lire

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

ECRANS | Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception de Trafic, fort (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 décembre 2013

Le monde moderne selon Monsieur Hulot

Véritable institution cinéphile, Jacques Tati n’en finit plus de revenir sur les écrans, longue panthéonisation d’un auteur qui, à l’exception de Trafic, fort mal reçu par la critique et le public, connaissait déjà de son vivant une reconnaissance quasi-unanime. Après Jour de fête, étrangement rendu à sa version originale en noir et blanc cet été, c’est Mon oncle qui a droit à une restauration soigneusement supervisée par la fille du réalisateur et par le couple Deschamps/Makeïeff, qui ont racheté les droits du catalogue Tati. Mon oncle (1958) est de fait une des œuvres majeures du cinéaste. Il y reprend son rôle de Monsieur Hulot, dont on avait suivi les Vacances cinq ans auparavant, et y développe ce qui deviendra son thème de prédilection : la déshumanisation induite par le progrès et la modernité. Tati y oppose le couple Harpel, avec sa maison design et son jardin aux motifs géométriques, à Hulot, le Parisien bohème des faubourgs. Au milieu, il y a le jeune Gérard, qui préfère la compagnie de son oncle Hulot à celle de ses parents, ce que le paternel prend plutôt mal. Si le film est une charge sans ambiguïté contre

Continuer à lire

Ils reviennent, et on est très contents…

ECRANS | C’est désormais un fait établi : au milieu de l’avalanche prométhéenne des sorties estivales, les classiques font de la résistance, en salles comme en plein air, avec toujours de belles redécouvertes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 12 juillet 2013

Ils reviennent, et on est très contents…

Demy par-ci, Demy par-là. L’incroyable canonisation cinéphile actuelle autour de Jacques Demy devrait finir d’achever les allergiques à son œuvre en-chantée. À ceux-ci qui à l’annonce de son nom sont déjà en train de développer une réaction cutanée, on ne peut que conseiller la vision de La Baie des Anges (à partir du 21 août au Comœdia). C’est son deuxième film, il l’a tourné dans une ville, Nice, qui cinématographiquement ressemble d’ordinaire à un champ de navets, et on n’y pousse à aucun moment la chansonnette. C’est un chef-d’œuvre, qui rappelle que Demy n’était pas affilié à la rive gauche de la Nouvelle Vague pour rien, autrement dit qu’il avait la passion des formes et des genres, que ce soit dans l’écrin sophistiqué de ces films musicaux ou, comme ici, dans un mélodrame à la mise en scène aussi flamboyante que du Douglas Sirk. Pendant longtemps, le nom de David Lean était associé à "grand spectacle académique en costumes". Les

Continuer à lire

Tarantino : glourious basterd

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la "célébration du 35 mm". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

Tarantino : glourious basterd

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le nom du cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) : Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au fil du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ses trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs oppresseurs via leurs doubles de celluloïd. Le 35 mm fait de la résistance C’est aussi un d

Continuer à lire

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

ECRANS | En choisissant Quentin Tarantino pour recevoir le cinquième Prix Lumière, le festival Lumière, qui aura lieu du 14 au 20 octobre prochain, frappe un grand coup, dans une édition placée sous le signe de la «célébration du 35 mm». Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 juin 2013

Quentin Tarantino : un Prix Lumière cinéphile et fédérateur

Au terme d’un suspens soigneusement orchestré, c’est sous des hurlements de joie qu’a été annoncé le cinquième Prix Lumière, qui sera remis le 18 octobre prochain (avec, au passage, un petit changement de date, la cérémonie ayant lieu le vendredi et non plus le samedi) à rien moins que Quentin Tarantino. Le cinéaste avait le profil parfait pour le recevoir, tant il mène une œuvre singulière et, son Django unchained l’a prouvé, sans doute déjà à son apogée ; mais il est aussi un cinéphile fervent, qui travaille à la redécouverte de films et d’auteurs oubliés, devenant au film du temps, avec Martin Scorsese, un des plus grands défenseurs du patrimoine cinématographique. Ces trois derniers films — Boulevard de la mort, Inglourious Basterds et Django unchained — ont aussi démontré quelle haute idée Tarantino se faisait du cinéma et de son histoire, ceux-ci étant capables de venir panser les plaies de l’Histoire elle-même, inventant une sorte d’uchronie où les minorités persécutées — femmes, juifs ou noirs — prenaient une revanche sur leurs

Continuer à lire