Vengeance(s) ! Quatre films de revanche à découvrir en salles

Cinéma | À l’occasion du retour de la revanche des salles obscures, la vengeance est servie comme plat de résistance au menu de bien des séances. Vous en reprendrez bien un peu ?

Vincent Raymond | Vendredi 21 mai 2021

Photo : © Focus Features


Savoureux plat pour qui la cuisine, amer pour qui la déguste froide, la vengeance est en général plaisante à observer à l'écran. Si l'on a pu se délecter durant le confinement de l'excellent (et dépaysant) The Nightingale, la réouverture nous offre une sélection éclectique à dévorer ces trois semaines. En tête de gondole, une étrange fausse comédie noire (mais au vrai sous-texte féministe) signée Emerald Fennell, Promising Young Woman (le 26 mai, photo). Carey Mulligan y campe sous différents avatars une jeune femme feignant d'être ivre dans des bars ou des boîtes afin de piéger les hommes tentant d'abuser de son apparent état de faiblesse, histoire de les vacciner à tout jamais contre leurs comportements de sanglier. Consécutive à un traumatisme d'adolescence, sa croisade connaîtra un spectaculaire finale. Construit comme une rom-com alternative, où Cendrillon serait vêtue de conscience sociale et perdrait la vie au lieu d'un soulier de vair, ce premier film use d'une fausse perversité pour dénoncer celle ordinairement admise par le modèle dominant. L'Oscar du scénario n'a pas été usurpé : Emerald Fennel s'avère elle aussi une jeune femme prometteuse.

Autre talent à suivre, le prolifique Jérémie Guez qui avec Sons of Philadelphia (le 26 mai) place face à face deux cousins de la mafia philadelphiennes jusqu'alors unis comme des frères. En cause, un événement ressuscitant les cadavres de la “famille“… Imprégné de l'esprit douloureux et de l'image bistre du Parrain, ce film noir comme de l'encre antipathique se révèle digne de cette tragédie contemporaine de référence faite de trahisons, violences, dollars et sang — à l'instar de Blood Ties, le meilleur Canet. S'il est porté par un Matthias Schoenaerts, masse mutique, et un Joel Kinnaman effrayant en chien fou, on décerne une mention spéciale à Maika Monroe, silhouette d'espérance balayant les remugles de testostérone.

Un formidable anime de Kenji Iwaisawa

Cette testostérone qui circule dans les veines du héros-titre de Nobody (le 2 juin) réalisé par Ilya Naishuller. En apparence père tranquille menant une vie routinière de petit comptable, Hutch s'avère un ancien “nettoyeur“ d'une agence para-gouvernementale qu'un cambriolage à domicile va réveiller, et conduire à affronter l'équivalent du parrain dépositaire des fonds de pension de la mafia russe. Campé par Bob Odenkirk (alias Saul de Better Call Saul), Hutch s'engage dans une mécanique du talion aussi exponentielle que jouissive, avec force craquements d'os, gnons et pièges vicieux joliment montés. En bonus, un répertoire de seconds couteaux bien affutés (de Connie Nielsen à Michael Ironside en passant par Christopher Lloyd) et — déjà — la promesse d'une séquelle alors que notre “nobody” n'a pas encore cicatrisé… Vivement le retour de bâton !

Et puis il y a ce formidable anime de Kenji Iwaisawa, On-Gaku : Notre Rock ! (le 19 mai) où trois lycéens à la fois délinquants, apathiques et no-life oublient leurs rivalités stériles avec la bande d'en face en découvrant la musique. Pétri de nonsense, d'esprit punk, de références à la naissance du rock progressif comme aux grands-messes de la fin des années 1960, ce film illustre (au sens propre) la diversité des émotions que la musique peut procurer en modulant l'esthétique de la sobriété aux effets rotoscopiques. On lui pardonnera de faire passer la vengeance au second plan : il fait un effet bœuf.


On-Gaku : Notre Rock !

De Kenji Iwaisawa (Jap, 1h11) avec Shintarô Sakamoto, Ren Komai, Tomoya Maeno

De Kenji Iwaisawa (Jap, 1h11) avec Shintarô Sakamoto, Ren Komai, Tomoya Maeno

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Une bande de lycéens marginaux menée par Kenji décide de créer un groupe de musique, sans savoir jouer. Le groupe Kobujutsu est né.


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Matthias Schoenaerts : « Sons of Philadelphia, c’est plus un film social qu’un film de genre »

Polar | Le comédien belge désormais international accompagne l’auteur et scénariste de polars Jérémie Guez dans sa première aventure outre-Atlantique, le très réussi Sons of Philadelphia, où il compose un mafieux pris en étau entre vengeance familiale et morale…

Vincent Raymond | Mercredi 26 mai 2021

Matthias Schoenaerts : « Sons of Philadelphia, c’est plus un film social qu’un film de genre »

Dans Sons of Philadelphia, le personnage de Peter que vous interprétez présente une sorte de cousinage avec celui de Jacky dans Bullhead, qui vous a révélé. Sa fin est toutefois plus heureuse, puisqu’il a ici sa revanche… Matthias Schoenaerts : Ces similitudes me fascinent. En fait, ces deux personnages sont écartelés. D’un côté, il y a leur “public persona“ en accord avec l’univers dans lequel ils vivent ; de l’autre, leur vraie personne qu’ils n’ont jamais réussi à développer, et c’est une tragédie profonde. Si je regarde autour de moi, et sans porter quelque jugement que ce soit, beaucoup de gens vivent une vie qui n’est pas en accord avec qui ils sont vraiment. Ils prennent des décisions qui ne sont pas vraiment les leurs, ils vivent une vie qui n’est pas vraiment la leur mais qui au bout d’un moment, devient la leur même si ce n’est pas celle qu’ils devaient avoir. Pour moi, c’est une tragédie humaine et pour moi, ce film, c’est bien plus qu’un film de gangster, c’est vraiment une tragédie humaine pour cette personne qui ne sera jamais qui elle est. En cela, il y a effectivement une similitude ent

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“The Nightingale“ de Jennifer Kent : il était une fois… en Tasmanie

VOD | Sur fond de rape and revenge, Jennifer Kent signe la fresque épique et historique qui manquait encore sur la “conquête“ des territoires australiens. Souvent insoutenable, ce southstern fidèle à l’esprit de son époque résonne formidablement avec les questions contemporaines.

Vincent Raymond | Mercredi 21 avril 2021

“The Nightingale“ de Jennifer Kent : il était une fois… en Tasmanie

Vous souvenez-vous de films tels que Roma, Les Frères Sisters, La Favorite ou encore First Man ? Outre le fait qu’ils semblent appartenir à un autre temps — celui où l’on pouvait aller les découvrir dans les salles de cinéma, avant leur fermeture voilà presque… six mois —, ils ont en commun d’avoir concouru pour le Lion d’Or lors de la Mostra 2018. Trois ans, et presque une éternité pour des films vus, revus parfois, récompensés souvent. Trois ans durant lesquels certaines œuvres saluées lors de cette compétitions sont, hélas, restées inédites. Telle The Nightingale. Faute de perspective claire, son distributeur frança

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Paumé dans la Grosse Pomme : "Nobody's Watching"

American dream | de Julia Solomonoff (Arg-Col-Br-É-U-Fr, 1h41) avec Guillermo Pfening, Elena Roger, Rafael Ferro…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Paumé dans la Grosse Pomme :

Comédien dans une série télé, Nico a plaqué l’Argentine du jour au lendemain pour tenter de percer à New York. Et ainsi s’éloigner d’une relation amoureuse toxique avec son producteur. Mais aujourd’hui, créchant à droite et à gauche, il galère en accumulant les petits jobs au noir… Ce portrait doux-amer d’un personnage à la poursuite d’une chimère (réussir à New York !) n’est pas exempt de charme ; il en faut pour masquer la vérité d’une situation rongée au fil des saisons par la précarité, les désenchantements et la nécessité d’avaler des concessions. En définitive, Nico exerce davantage ses talents de comédien lorsqu’il doit simuler pour ses proches une situation florissante — ou, à tout le moins, prometteuse. Nobody’s Watching, “personne ne regarde“ se révèle autant un constat qu’une mise en garde à son attention : qu’il soit devant la caméra de la supérette où il subtilise de quoi manger ou en concurrence avec d’autres comédiens, Nico semble invisible dans cette grande cité. Tout semble lui contester sa place, voir son identité — tel ce responsable d

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Cyril Teste aux Célestins : "Nobody" knows

Théâtre | Son nom est Personne. Et probablement que le nôtre aussi. Dans cette performance filmique captant un open space déshumanisé, Cyril Teste renvoie dos à dos et face caméra celles et ceux qui travaillent, ordonnent, obéissent. Vertigineux.

Nadja Pobel | Mardi 6 juin 2017

Cyril Teste aux Célestins :

C'est en pente ascendante que se termine la saison des Célestins et du TNG avec Nobody, spectacle co-accueilli qui a déjà traversé la France entière depuis sa création au Printemps des Comédiens de Montpellier en juin 2015, d'après les textes du dramaturge allemand Falk Richter. Adepte de l'utilisation de la vidéo pour grands et petits (voir son délicat Tête haute), Cyril Teste a embarqué toute la promotion de l'École nationale supérieure d'art dramatique de la ville héraultaise dans un espace de travail clos, mais entièrement vitré. Jean Personne, consultant en restructuration d'entreprise organise la vie des autres, l’évalue et est lui-même noté par ses pairs, scruté, emprisonné dans cette bulle de verre qui sépare le public du plateau. À Noël, il est là et ne reçoit de courrier que de son conseiller financier. Et un appel de sa mère : « Comment ça va ? - Je sais pas, bien. » Cette réponse à double sens est l'essence du propos de cette création qui se fait miroir d'une société pol

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La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Quand le théâtre se penche sur notre époque | Des raisons d'espérer ? Il n'en reste pas beaucoup. La saison qui vient de s'écouler fut noire en France comme ailleurs. C'est à partir de ce terreau sombre, celui du Mal, que les artistes nous éclaireront le temps d'un spectacle. Voici les meilleurs à venir. De quoi ne pas (trop) se décourager. Et même de rire.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Ce pourrait être l'événement (encore) de cette année : Acceso, porté par Roberto Farias, un inconnu au bataillon, est une pièce dont on ne se remet pas qui sera de nouveau à Lyon (aux Célestins, petite salle, du 8 au 19 novembre). On l'avait vu il y a un an ; le spectacle était programmé dans le si vivifiant festival Sens Interdits. Une heure durant, le comédien est seul sur une scène réduite au minimum et il circule, cherche à dire ce qu'a été, gamin, sa vie sous Pinochet : élevé par des prêtres qui le violaient mais lui donnaient, eux, de l'amour quand sa nation l'abandonnait. Le danger rôde dans la salle, accompagnant ce personnage qui maintenant ne craint plus rien. Farias épouse son rôle d'une manière absolument troublante, profondément déstabilisante. Pablo Larrain, cinéaste remarquable et remarqué (Ours d'argent pour

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Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

ECRANS | "Nobody wants the night" d’Isabel Coixet.

Christophe Chabert | Vendredi 6 février 2015

Berlinale 2015, jour 1. Ouverture polaire.

Nous voilà donc de retour à Berlin, accueilli par la neige, mais toujours enchanté par l’organisation toute germanique d’un festival absolument titanesque, avec 170 films dans les diverses sections et une ouverture au public autant qu’aux professionnels. La Berlinale reste sur une édition 2014 très réussie, même si, c’est connu, sa compétition est toujours un peu de bric et de broc. Toujours est-il qu’à N+1, force est de constater que deux films de la sélection 2014 — The Grand Budapest hotel et Boyhood — se retrouvent dans la course à l’oscar du meilleur film, et que son ours d’or — Black coal — a révélé un cinéaste sur lequel il faudra compter dans les années à venir. On n’oublie pas non plus que c’est à Berlin qu’on a découvert deux films français importants de la saison, Dans la cour de Pierre Salvadori et L’Enlèvement de Michel

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