Enrico Casarosa, réalisateur de “Luca” : « je m'identifie beaucoup à Miyazaki »

Pixar | Le réalisateur du nouveau Pixar (exclusivement visible en streaming sur Disney+) évoque quelques-unes des inspirations ayant guidé son trait et sa palette vers cet univers bariolé peuplé de monstres marins et d’une Italie idéale : celle de la Dolce Vita et des côtes. Propos rapportés.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Photo : © Pixar / Walt Disney


Pourquoi cette décision de réaliser le film dans un décor du littoral Italien ?
Enrico Casarosa :
J'ai eu la chance de grandir à Gênes. J'ai passé tous mes étés sur le littoral Italien, en compagnie de mon meilleur ami qui s'appelait vraiment Alberto. Nous avons sauté des falaises pour plonger dans la mer ensemble… Enfin, il m'a surtout poussé ! Le littoral en Ligurie a une cote particulière, très escarpée : les montagnes paraissent s'élever droit au-dessus de l'océan. Et j'ai toujours aimé tout particulièrement les Cinque Terre. On dirait que ces cinq petites villes viennent de sortir de la mer et s'accrochent à la montagne afin de ne pas tomber. C'est un lieu vraiment unique, qui me semblait l'endroit idéal pour rendre hommage à la culture italienne : la petite ville ouvrière, le bleu de la mer… C'est très particulier, et ça me rappelle mes souvenirs d'enfance, notamment cette notion autour des amitiés qui nous changent et nous font grandir qui est cœur du film.

Quelles recherches avez-vous faites pour ce film ?
Concernant les villes qui nous ont inspirés, il y avait bien sûr Vernazza — une des plus célèbres des Cinque Terre. Nous avons créé notre propre sixième ville, Porto Rosso, inspirée de toutes les Cinq Terre. Une autre m'est très chère : Camogli, pas loin de Gênes… Ils ont la meilleur focaccia du monde ! Porto Venere est une autre belle ville… Portofino… Il y a aussi des îles incroyables juste en face de Porto Venere qui ont inspiré la nôtre. Et Tellaro ! Cette incroyable petite ville connue pour cette légende d'une énorme pieuvre sortie de l'eau afin de sauver la ville d'une invasion des pirates… Partout dans la ville on trouve des motifs de pieuvres. C'est un petit bijou, et ce genre d'histoires nous a inspirés pour nos monstres des mers. Tout ce littoral italien est agréable à visiter.

D'où viennent vos inspirations pour les monstres marins ? De L'étrange Créature du Lac Noir comme de La Forme de l'eau ?
De beaucoup d'images différentes. En premier, on a regardé des vieilles cartes marines des années 1700. On y retrouve de petits navires entourés de baleines bizarres, d'un Léviathan, d'un kraken ou d'un serpent de la mer qui les attaque. On a repris la forme des spirales et d'autres notions proviennent de ces cartes pour les nageoires. Et puis on a regardé les monstres des mers plus “modernes.”

Autre élément très important : quand on crée un personnage, on pense à son essence même. Luca avait ainsi besoin d'avoir de très grands yeux et un visage ouvert au monde. C'était pareil avec le petit garçon dans mon court métrage La Luna. Alberto, lui, est beaucoup plus lisse, joueur — il rappelle un poisson plus puissant, comme le thon. Il fallait montrer qu'il était plus fort, qu'il avait quelques années de plus que Luca. En revanche, pour les monstres marins plus anciens comme la grand-mère ou la mère, on s'est inspirés des fameux monstres vus dans ces anciennes cartes marines. Après, il fallait s'assurer que ces monstres soient attachants et trouver le juste milieu entre un look intéressant et sympathique. Pour leurs cheveux, par exemple : au début on a pensé à des tentacules, mais quand on a essayé, on a vu qu'ils n'étaient pas très attirants, donc c'était non. Après beaucoup de recherches, on a trouvé la solution : maintenant, on les appelle les pagaïes car ils flottent dans l'eau….

Luca est aussi un hommage aux films de Fellini mais aussi de Miyazaki…
Je suis fan de Miyazaki depuis toujours — Conan le Fils du Futur était l'un des dessins animés que je regardais étant gamin. Il faisait partie de tous ces incroyables dessins animés japonais qu'on regardait en Italie dans les années 1980. Je pense qu'il y avait le même phénomène en France. Des années plus tard, je me suis rendu compte que, oui, il y avait quelque chose d'assez intéressant dans ses dessins animés — un aspect visuel un peu différent — et que c'était Miyazaki. Porco Rosso est important à citer car ça se passe en Italie, et c'est typique de cet amour pour l'Europe qu'on voit dans beaucoup de ses films…. Donc oui, bien sûr, Miyazaki est quelqu'un que j'admire depuis le début. J'ai eu la chance de lui montrer mon court métrage La Luna il y a quelques années et de le regarder à ses côtés. J'ai pu discuter avec lui. Ce qu'il fait est vraiment magique. Unique. Ce que j'aime le plus, c'est ses observations et son appréciation de la beauté de la nature, son œil pour les détails de la nature, et son sens de l'imaginaire. C'est pour ça que je l'adore et j'aime bien mettre ces mêmes idées dans mon travail aussi. Ça se voit par exemple quand Luca, qui est vraiment un poisson hors de l'eau, remarque le vent dans les arbres… Ça m'a donné l'opportunité d'ajouter ces rêveries vers la nature que j'adore.

Luca est aussi le personnage parfait pour montrer ces petites villes italiennes car on les découvre à travers ses yeux. On retrouve beaucoup de Miyazaki dans ses observations de la nature. Ensuite, je m'identifie beaucoup à Miyazaki dans le fait qu'il adore dessiner. J'adore ça aussi : je viens du story board, j'aime raconter des histoires visuellement. Miyazaki est vraiment unique et incroyable car il continue à travailler encore aujourd'hui. Il y a même un petit lien entre Pixar et Miyazaki puisque quelques personnes chez Pixar ont travaillé sur les doublages de ses films.

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“Luca“ : Italia belle eau

Sur Disney+ | Le dernier Pixar en date, court et beau, dispo sur Disney+.

Vincent Raymond | Vendredi 25 juin 2021

“Luca“ : Italia belle eau

Aux abord des côtes italiennes, Luca est un gentil petit monstre marin tenu à l’écart des humains par ses parents. Jusqu’à ce qu’il rencontre Alberto : celui-ci lui révèle qu'il peut prendre forme humaine sur terre. Les deux amis vont s’enfuir et s’inscrire à un concours leur ouvrant le monde… Luca tranche par la simplicité de son intrigue — ce qui ne signifie pas qu’elle soit simpliste — comme en atteste la brièveté du film. Rappelant par son esprit “entre terre et mer“ Ponyo sur la falaise ou Lou et l’île aux sirènes, l'arc dramatique principal, la quête de Luca et d’Alberto, est elle-même basique, à hauteur de rêve d’enfant (même si la Vespa symbolise davantage qu’un deux-roues, la liberté et l’émancipation de leur quotidien, l’adolescence, etc.) ; l'unité de temps (l’été), de lieu (le village façon Cinque Terre), et d’action (la préparation du concours) est par ailleurs respectée. Cette épure presque nippone s’avère aussi bienvenue : en resserrant le film sur l’essentiel, sans digression, elle permet aux plus jeunes spectateurs de mieu

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Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Des hommes | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après dix ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre d’Algérie. C’est encore neuf… Étra

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Pete Docter : « depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie »

Soul sur Disney+ | Coréalisateur de "Soul", Pete Docter s’est virtuellement adressé à la presse française pour présenter sa quatrième réalisation de long-métrage au sein des studios Pixar. Trois questions, trois réponses…

Vincent Raymond | Lundi 28 décembre 2020

Pete Docter : « depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie »

En quoi votre approche a-t-elle changée de Monstres & Cie à Soul ? Pete Docter : Quand j’ai commencé sur Monstres & Cie, je n’avais aucune idée de ce que je faisais — d’ailleurs ça n’a pas changé : je ne sais toujours pas ce que je fais ! Je me jette à l’eau. Faire un film, c’est un peu être bloqué jusqu’au moment où vous sentez que quelque chose prend : un personnage, un thème, un sentiment… Dans le cas de ce film, c’était plus un sentiment ou une circonstance de la vie. Chaque film est différent, et il faut avoir confiance dans le chaos inhérent, dans le processus créatif et ne pas arriver avec une idée préconçue : laissez aller et gardez en tête que personne ne sait ce que vous faites ; il faut simplement y aller. Comment avez-vous décidé d’amener le jazz dans ce film ? Au départ, c’était un choix esthétique : nous cherchions quelque chose de sympa à regarder. Depuis que le son existe dans un film d’animation, le jazz en a fait partie : si on pense à Betty Boop et nombre des premiers films de Disney, il y avait du jazz. L’énergie, l’esprit

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Le vagabond des limbes : "Soul", un Pixar privé de salles

Sur Disney+ | Narrant les tourments d’une âme cherchant à regagner son corps terrestre, le nouveau Pixar résonne étrangement avec la situation du monde du cinéma actuellement au purgatoire et peinant à retrouver sa part physique (la salle). "Soul", un nouvel opus existentialiste à mettre au crédit de Pete Docter. Sur Disney+ le 25 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 22 décembre 2020

Le vagabond des limbes :

À quelques heures d’intervalle, Joe Gardner se voit proposer un job à plein temps dans le collège où il est prof de musique et de rejoindre un prestigieux quartette de jazz. Cela pourrait être le jour de sa vie… sauf que c’est aussi celui de sa mort. Refusant ce destin contrariant, l’âme de Joe cherche à faire marche arrière mais se retrouve propulsée dans le “Grand Avant“ — des limbes où on lui confie la charge de préparer une future âme (la terrible 22) à sa naissance… Annoncé pour la fin du printemps 2020, à cette époque si lointaine (novembre 2019…) où ses premières images dévoilées en avant-première de La Reine des Neiges 2 laissaient pressentir l’évidence d’une sélection cannoise, Soul aura connu un sort inédit pour un probable blockbuster Pixar : son torpillage par une pandémie, conduisant la maison-mère à le basculer d’emblée sur sa plateforme, Disney+. Ni les regrets des (nombr

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Bistrot Senior : une cantine radiophonique

Restaurant | L’année dernière LYL Radio déménageait en face de (feu) Chez Émile, le disquaire. Et posait son studio dans un bistrot. Qui prit doucement son envol avant d’être fauché par la Covid-19. Cette rentrée est l’occasion de le (re)découvrir.

Adrien Simon | Mercredi 23 septembre 2020

Bistrot Senior : une cantine radiophonique

Un chroniqueur parisien nous demanda un jour un conseil dînatoire "en régions" : on l’envoya fissa chez un futur étoilé. Son verdict, en substance : « c’était bon mais la musique était gênante ». Et voilà les cuistots priés de soigner — bien plus que nos estomacs — nos oreilles. Eux qui ont déjà mis un pied en salle (rencontrer les hôtes), un nez dans le verre (accorder mets et boissons) et un œil sur les réseaux (on y fait plus de flammes qu'aux fourneaux). "Ambianceur sonore" sera peut être un autre de ces métiers nécessaire au succès d’un bouge branché — avec le décorateur d’intérieur, la designeuse culinaire, et le conseiller en image. Au risque que l’avalanche sensorielle finisse par fatiguer. Ceci étant dit, on admettra volontiers qu’une sale bande-son puisse gratouiller les oreilles, comme une mauvaise odeur le nez, et dans les deux cas finisse par gâcher un repas. Il est autorisé de ne pas être sensible à ce qui sortira des enceintes dans le bistrot dont on va parler. Mais il faudra admettre que l'équipe prend la question musicale au sérieux ! Son tenancier, Lucas Bouissou, est le boss de LYL : une Web radio née en 201

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Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet | Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolue. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Stéphane Demoustier : « les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ? Oui, car il était tiré du même fait divers. Je l’ai su et tout de suite s’est posée la question de leur angle. Ils étai

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Maillons à partir avec la justice : "La Fille au bracelet"

Drame | Sur une plage estivale, la police interpelle Lise, 16 ans. Deux ans plus tard, la cheville ceinte d’un bracelet électronique, la jeune femme s’apprête à comparaître pour l’assassinat de sa meilleure amie. Le procès va révéler un visage insoupçonné de Lise. En particulier pour ses parents...

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

Maillons à partir avec la justice :

Deux plans d’une brillante maîtrise encadrent La Fille au bracelet : l’interpellation de Lise, vue à distance sans autre son que le bruit océanique des vacanciers alentours ; et puis Lise, une fois le jugement prononcé, accomplissant un geste si particulier qu’il ne permet pas de statuer sur son innocence ni sa culpabilité. Deux plans qu’on aurait pu voir chez Ozon ou Haneke, exposant sans imposer, donnant en somme la “règle du jeu“ au public : « voici les faits objectifs, à vous de vous prononcer en votre âme et conscience ». Certes, si l’on en sait un peu plus que des jurés lambda en “s’invitant“ dans le foyer familial de la jeune fille un peu avant et pendant le procès, ce film de prétoire suit scrupuleusement la procédure, dans son crescendo dramatique ponctué de révélations, coups et rebondissements, sans jamais désopacifier l’affaire, bien au contraire. Il offre aussi des portraits pondérés de l’entourage, c’est-à-dire les parents confrontés à l’étonnant pouvoir de dissimulation de leurs ados ou à leur aveuglement, peinant à admettre que leurs “petits“ ont des désirs, bes

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London, Italie : "Martin Eden"

Drame | L’Italie, dans une vague première moitié du XXe siècle. Pour avoir défendu un bourgeois dans une bagarre, le jeune marin Martin Eden est introduit dans sa famille. Fasciné par la fille de la maison, il cherche à se cultiver pour s’élever. Mais peut-on impunément quitter sa classe d’origine ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

London, Italie :

Pietro Marcello effectue ici une transposition libre et engagée du roman de Jack London, où les interférences avec l’histoire politique transalpine trouvent un écho dans la forme même du film. L’époque composite dans laquelle les faits se déroulent évoque autant le début du XXe voyant la coagulation du mouvement prolétaire autour de la doctrine marxiste, l’entre-deux-guerre (l’avénement du fascisme), les années soixante dans les bas quartiers napolitains que (de manière fugace) le temps contemporain, où des réfugiés échouent sur les plages italiennes. Un flou volontaire faisant de Martin Eden un personnage somme et atemporel ; une figure symbolique, éternelle voix du peuple arrachée à sa condition par l’éducation et la culture, dont l’élite ne pardonne ni n’oublie la modeste extraction et que son milieu d’origine perçoit comme un social-traître. Un être duplice également, écartelé entre ses identités, fatalement voué à la contradiction intime le poussant à une forme de fuite. Scandant son film d’images d’archives de visages et de foules de toutes les é

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Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

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La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

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Il faut savoir finir un rêve : "Toy Story 4"

Pixar | Quand Fourchette, la nouvelle arrivée dans la tribu des jouets de Bonnie, se fait la malle, Woody part aussitôt à sa recherche. Sa quête lui fera découvrir de bien étranges antiquités, mais aussi retrouver un amie depuis longtemps perdue de vue

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Il faut savoir finir un rêve :

Réussir un départ n’est jamais chose aisée. Pourtant, on se prend à espérer : et si la série Toy Story s’achevait en apothéose, saisissant au vol la splendide occasion offerte par la conclusion de ce quatrième opus — c’est-à-dire en se refermant sur un sentiment de frustration en renonçant par avance (et par principe) à toute idée de spin off ou de préquelle ? Parlant autant de l’abandon, de la transmission, du deuil de l’enfance, ce quatrième épisode invite à une rupture raisonnable : lorsque les enfants sont trop grands pour continuer à s’inventer des histoires avec leurs jouets (et que ceux-ci sont encore aptes, donc peuvent éviter l’Enfer de Toy Story 3) ils les confient à de plus jeunes dans une boucle infinie. L’adulte reste avec ses souvenirs, qu’il peut réactiver à loisir, ou rematérialiser en se procurant une réplique de son doudou auprès d’un antiquaire — qui n’est rien d’autre qu’un magasin de souvenirs pour nostalgiques. C’est de cette étoffe nostalgique qu’est tissée Toy Story 4, pour le meilleur, comme pour le pire.

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Joel Edgerton, au “non“ du père : "Boy Erased"

Drame | De Joel Edgerton (É-U, 1h55) avec Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe…

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Joel Edgerton, au “non“ du père :

Victime d’un viol à l’université, Jared se trouve contraint de dévoiler son homosexualité à sa famille. Pasteur de leur petite communauté, son père l’oblige à suivre un stage visant à le “guérir“ de son orientation sous la houlette de Victor Sykes, un illuminé religieux pervers et nocif… On se souvient que Desiree Akhavan avait l’an passé dans Come As You Are abordé ce même sujet des pseudo thérapies de conversion, colonies sectaires où les familles à la limite de l’intégrisme placent leur enfant gay dans l’espoir que des gourous vomissant des versets de la Bible (tout en usant de tortures psychologiques et/ou physiques) les transforment en bons petits hétéronormés. Résultat ? Un taux de suicide hors norme. Le comédien-cinéaste Joel Edgerton reprend cette trame — et cette dénonciation — en lui donnant fatalement plus de lumière : d’une part parce qu’il adapte un fait divers (ne manquez pas à ce titre le carton de fin, d’un rare tragi-comique) ; de l’autre en conférant à des camarades oscarisés les seconds rôles. Russell Crowe

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Le doute à l’ombre : "Une intime conviction"

Procès | De Antoine Raimbault (Fr, 1h50) Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Le doute à l’ombre :

Accusé d’avoir tué sa femme, Jacques Viguier se terre dans un mutisme coupable. Nora le croit si viscéralement innocent qu’elle convainc Me Dupond-Moretti de le défendre, se dévouant sans relâche pour trouver des preuves le disculpant, au risque de polluer la procédure par son action… Il est peu fréquent sous nos latitudes de voir une affaire judiciaire aussi promptement adaptée sur les écrans français, et ce en conservant les noms des protagonistes. Le fait que le réalisateur ait été proche du dossier n’y est pas étranger, mais ne doit rien enlever aux mérites de ce qui constitue son premier long-métrage. Un film de procédure et de prétoire répond en effet à un strict protocole : il se doit de reproduire la théâtralité de la liturgie judiciaire tout en intégrant son jargon et ses pesanteurs — qui en amenuisent sérieusement la dramaturgie. Raimbault use d’un “truc“ pour dynamiser son film : l’invention de Nora, investigatrice parallèle, agissant comme les auxiliaires de la défense dans le monde anglo-saxon. Son action sur la narration (et globalement positive sur le verdict) repo

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Claire obscure : "La Dernière Folie de Claire Darling"

Drame | De Julie Bertuccelli (Fr, 1h35) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Samir Guesmi…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Claire obscure :

Passé et présent se mélangent dans l’esprit de la très chic Claire Darling. Pensant être au seuil de son ultime jour sur terre, la voici qui brade tous ses meubles et bibelots pour une bouchée de pain. Peut-être que sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années, pourrait remédier à ce chaos ? À chacune de ses réalisations de fiction, Julie Bertuccelli nous prouve qu’elle est décidément plutôt une grande documentariste, surtout lorsqu’elle s’attache à son sujet de prédilection qu’est la transmission, lequel n’est jamais bien loin de la mémoire — son premier long de fiction, Depuis qu’Otar est parti… était d'ailleurs furieusement documentarisant. Racontant la confusion mentale et spatio-temporelle d’une femme visiblement atteinte d’un Alzheimer galopant, ce Claire Darling propose de mettre en résonance le bric-à-brac interne du personnage, le marché aux puces qu’elle organise avec la forme déstructurée du film — façon onirisme à la Resnais, avec échos répétitifs entre passé et présent. L’effet, systématique, se

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Il faut sauver le partisan Giorgio : "Une Questione privata"

Drame | de Paolo & Vittorio Taviani (It, 1h25) avec Luca Marinelli, Lorenzo Richelmy, Valentina Bellè…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Il faut sauver le partisan Giorgio :

Italie, 1943. Alors que les affrontements entre la Résistance et les fascistes font rage, Milton découvre que la belle Fulvia dont il pensait être l’amour secret, lui préfère son ami Giorgio, engagé comme lui chez les partisans. Alors, Milton part à la recherche de son camarade, arrêté par les fascistes… Sortant une poignée de jours seulement après le trépas de Vittorio Taviani, cet ultime long-métrage signé par le duo constitué avec Paolo revêt de fait une charge très symbolique : il y est tout de même question d’une inséparable amitié, d’un amour égal et partagé pour un même “objet“ (ici, un sujet prénommé Fulvia, mais qui pourrait être le cinéma), et d’un renoncement sacrificiel. Crépusculaire par son aura, il apparaît nébuleux par sa forme, à travers ces montagnes du Piémont noyées de brouillard donnant à tout une apparence spectrale. La période, enfin, dont il est question, est celle de leur adolescence, déjà approchée dans La Nuit de San Lorenzo (1982). Regard nostalgique vers une période aussi fondatrice que douloureuse, pleine de promesses et cep

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14e Quais du Polar : La ligne noire des Alpes

Quais du Polar | Vert, blanc, rouge et noir. Telles sont les couleurs de la 14e édition de Quais du Polar.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

14e Quais du Polar : La ligne noire des Alpes

En quête de proximité, Quais du Polar ? À vrai dire, les liens sont déjà anciens entre l’Italie et le festival-roi du genre. Celui-ci n’a pas attendu la ligne ferroviaire Lyon-Turin pour être convié au Salon piémontais du livre — c’était en 2006 — et il participera en juin prochain au palermitain Una Marina di libri. L’invitation faite cette année au grand voisin transalpin dépasse l’échange de politesses : elle rend justice à une profusion d’auteurs d’envergure à travers quinze plumes remarquables. Gros calibres ou nouveaux venus, pratiquant le polar en puriste ou par contrebande, ces représentants bousculent volontiers les codes dans leur style ou leur souffle. Nero è vero Tel Luca di Fulvio, dont le “gros roman“ Le Gang des rêves (Slatkine & Cie) se place parmi ce qu’on a pu lire de plus prenant et de plus enthousiasmant ces dernières années — la virtuosité de la traduction d’Elsa Damien n’y est sans doute pas étrangère. Prenant naissance en Calabre, cette fres

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GRRRLS with pigs : lard contemporain

Hymne au cochon | Le porc, il est parti pour se faire sérieusement assaisonné par une bande de riot grrrls des fourneaux : ça se passe chez Imouto, dans le cadre du festival Attable, ce samedi.

Sébastien Broquet | Mardi 13 mars 2018

GRRRLS with pigs : lard contemporain

Voilà six femmes de caractère qui ont prévu de se coltiner du gros cochon sous toutes ses courbes, durant tout un samedi soir placé sous l'égide du festival Attable. Six riot grrrls qui vont lui faire passer l'envie d'ôter son peignoir, au cochon, tout en le replaçant au centre de l'assiette au terme d'une délicieuse sarabande féminine en cuisine. Qui sont-elles, ces solistes réunies le temps d'une soirée chez Imouto en sextet adepte de l'improvisation charnelle ? Eh bien, il y a déjà Chiho Kanzaki, habituée à travailler à quatre mains avec Marcelo Martin di Giacomo, au Virtus depuis deux ans : adepte de la combinaison des saveurs, passée par les brigades de Lucas Carton et Jean-Paul Jeunet, la jeune femme d'origine japonaise a de qui tenir... elle est fille de boucher, et surtout pointilleuse et imaginative - elle s'est fait une spécialité des desserts intégrant un légume et affectionne particulièrement les agrumes. Elle côtoiera la jeune étoile pleine d'avenir, Chloé Charles, qui ne délaissera point son restaurant pour venir : cette dernière étant sans adresse fixe. On l'a croisé du côté de Fulguranc

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WTF ? à l’italienne : "Call Me By Your Name"

Ciao Bello | de Luca Guadagnino (Fr-It-E-U-Br, 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

WTF ? à l’italienne :

Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts… Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme. Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’

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Os secours des ancêtres : "Coco"

Animation | Un petit Mexicain parcourt le Royaume des Morts pour déjouer une malédiction familiale et obtenir une bénédiction en retour. Coutumier des quêtes en milieu hostile (Monstre & Cie, Le Monde de Nemo), Lee Unkrich pousse plus loin le curseur et emporte les cœurs. Signé Pixar.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Os secours des ancêtres :

Depuis qu’une aïeule a été abandonnée par son guitariste d’époux, la famille de Miguel a banni toute musique de sa vie. C’est donc un drame quand le garçonnet avoue, le Jour des Morts en plus, se destiner lui aussi à la guitare. Miguel espère trouver du soutien auprès de ses ancêtres… S’il faut aux sceptiques une preuve supplémentaire de l’existence d’un particularisme artistique des studios Pixar au sein de l’empire Disney, Coco tombe à pic : il constitue même une manière de manifeste. Là où les productions issues de la maison mère misent sur un arsenal codifié d’éléments rassurants pour fédérer leurs publics — schématisons : la quête d’une princesse entrelardée par des torrents de chansons —, la branche spécialisée dans les images de synthèse s’aventure dans des territoires insolites, plus stupéfiantes encore du point de vue narratif que technique. Une “originalité” artistique autorisée parce qu’elle s’avère globalement payante… notamment du côté du tiroir-caisse. Notes en sourdine Même si la musi

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Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

Coco | Pilier de Pixar, le réalisateur de Monstres & Cie, du Monde de Nemo ou de Toy Story 2 & 3, Lee Unkrich est à nouveau à la manœuvre pour Coco, qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson.

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

Quel est le point de départ de Coco ? Lee Unkrich : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le Día de muertos — le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le monde des ancêtres, alors on a fait appel à l’imagination. On aurait pu faire n’importe quoi, mais on voulait vraiment que ça “respire” mexicain, que ce

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"On l’appelle Jeeg Robot" : surhomme sur Rome

ECRANS | de Gabriele Mainetti (It, 1h58) avec Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Au moment de couronner les meilleurs films de l’année, les professionnels de la profession d’Espagne et d’Italie semblent moins corsetés que leurs homologues hexagonaux, fidèles à un cinéma psychologique ou social. Ils osent la transgression, en primant pour les uns le vigilante movie La Colère d’un homme patient, pour les autres un polar de super-héros tarantinesque — c’est-à-dire sympathiquement fourre-tout et semi-parodique, On l’appelle Jeeg Robot. Certes, ce film aux joyeux relents de série B n’irradie pas l’écran par l’originalité de son script ni celle de sa réalisation, puisqu’il emprunte au commun des comics sa trame : le basculement de destin d’un pékin moyen qui, exposé fortuitement à un agent mutagène, va développer des pouvoirs surhumains. Gabriele Mainetti transpose ce schéma à Rome, l’hybride avec des références nippones (génération Tarantino, on vous dit) et embauche pour faire bonne mesure la star Claudio Santamaria pour camper son protagoniste — un petit gangster sans envergure qui décidera après beaucoup d’atermoiements d’user d

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"Chez nous" : nous en sommes arrivés là...

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux fait le coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême-droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Belvaux s’y attendait, il n’a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d’autorité — forcément — assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu’il s’agissait d’un « film de propagande » (re-sic) n’ayant pas sa place sur les écrans à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l’avoir vu. Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d’un si modeste film ? Sans doute : ils savent l’opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel permettant de manipuler le peuple en douceur — avec son consentement de surcroît. L’effet haine La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême-droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du Nord. Mère célibataire méritante, infirmière libérale appréciée de tous, fille de syndicaliste communiste et dépolitisée, elle affic

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Lucas Belvaux, chez nous

ECRANS | Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Lucas Belvaux, chez nous

Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne représentent plus rien ? Tentative de réponse avec Lucas Belvaux dans sa nouvelle fiction, inspirée par l’air du temps, Chez nous, qu’il vient justement présenter dans notre ville en avant-première. À voir avant d’en parler. Chez Nous Au Comœdia le mercredi 25 janvier à 20h

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Un air de jeunesse à l'URDLA

URDLA | Après une petite semaine de résidence, huit jeunes étudiants de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (ARBA) présentent le fruit de leurs travaux à (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 avril 2016

Un air de jeunesse à l'URDLA

Après une petite semaine de résidence, huit jeunes étudiants de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (ARBA) présentent le fruit de leurs travaux à l'URDLA jusqu'au 8 avril. L'ensemble s'avère plutôt séduisant, ouvrant des pistes de recherches plastiques multiples et déjà assez matures... On retiendra par exemple les estampes abstraites mais très proches d'une matérialité organique de Kevin Britte et de Blandine Cuisin. Les jeux géométriques de Lucas Roman encastrant quelques cubes en chute libre, ou montrant d'autres figures en séries et en rotations successives. Ou encore les images d'actualité (où l'on devine les représentations qui ont défrayé la chronique dernièrement à propos des migrants qui tentent de rejoindre l'Europe) que Edoardo Cucciarelli tire en grands formats pixelisés, traite de différentes manières puis grave enfin à l'eau forte. Images qui, au final, présentent une texture et un contenu figuratif hors du temps, fantomatiques, inquiétants.

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Good Luck Algeria

ECRANS | de Farid Bentoumi (Fr, 1h30) avec Sami Bouajila, Franck Gastambide, Chiara Mastroianni…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Good Luck Algeria

Aux origines, une belle histoire… qui donne naissance à un film joliment ourlé. Pas si fréquent sous nos latitudes, alors qu'Hollywood est coutumier de ces contes exaltant le dépassement de soi, forgés à partir d’un exploit individuel accompli dans un cadre absurde. Comparable au mémorable Rasta Rocket (1994) et voisin de Eddie the Eagle (narrant le parcours du premier sauteur à ski olympique britannique, en avril sur les écrans), Good Luck Algeria s’inspire des rocambolesques péripéties du frère du réalisateur, un Rhônalpin désireux de concourir pour les JO et “promené” par les responsables de la fédération algérienne de ski, moins intéressés par l’athlète que par l’aubaine d’une subvention à détourner — des notables ici moqués avec causticité. À partir de l’anecdote familiale, Farid Bentoumi tisse un scénario plus complexe, où le résultat devient annexe, le défi seul étant prétexte à une redécouverte par le héros, Sam, de ses origines doubles ainsi qu’à une mise à plat des rapports entre lui, son père et ses oncles restés au bled. Si pour la course Sam affiche son attachement au drapeau paternel (ses racines retro

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Le Voyage d’Arlo

ECRANS | Après avoir conquis les esprits et les cœurs au printemps grâce à Vice-Versa, le studio Pixar sort son second film de l’année. Est-ce une si bonne nouvelle que cela ?

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Le Voyage d’Arlo

Comme il y a des années à treize lunes, 2015 aura donc été celle aux deux Pixar. Mais le calendrier se révèle aussi implacable que trompeur : sorti après Vice-Versa, Le Voyage d’Arlo aurait dû le précéder d’un an, si son réalisateur initial Bob Peterson n’avait pas été remercié et si, surtout, le projet avait été plus solide. Malgré, les changements d’équipes, les remaniements de scénario ; malgré, enfin la garantie de qualité théorique que constitue le label Pixar, c’est un film malade qui nous est donné à voir. Aussi bancal et minuscule que le héros-titre au sortir de son œuf immense et prometteur. Oh, la technique n’est pas en cause : la représentation des décors et de la nature frise la perfection… jusque dans ses imperfections ; quant à la relative laideur des personnages (ou, à tout le moins, leur graphisme sommaire, digne d’un patatoïde de classe maternelle), elle semble destinée à rappeler au spectateur qu’il se trouve bien devant un univers factice, un simulacre de monde, et non des prises de vues réelles. Le plus désolant en effet, c’est le manque de fluidité dans une narration faite de soubresauts et d’entrechocs ; l’extrême prévisibilité d

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Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

ECRANS | Immense cinéphile et cinéaste majeur, Martin Scorsese avait depuis le début le profil d’un prix Lumière parfait. Son sacre aura lieu au cours de l’édition 2015 du festival Lumière, dont la programmation, même incomplète, est déjà enthousiasmante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2015

Martin Scorsese : un Prix Lumière en majesté

Plus encore que Quentin Tarantino, qui est un peu son héritier débraillé et furieux, Martin Scorsese avait depuis la création du festival Lumière la stature parfaite pour recevoir un Prix Lumière. D’abord parce que son apport au cinéma est considérable ; ensuite parce que sa passion pour la conservation et la redécouverte des films est au diapason de la mission que se sont fixée Thierry Frémaux, l’Institut Lumière et le festival : célébrer le patrimoine cinématographique comme une histoire vivante qu’on se doit de conserver et de diffuser aux générations nouvelles. Il aura donc fallu attendre sept années où Scorsese n’a pas chômé — quasiment un film par an, et quels films ! pour qu’il vienne recevoir à Lyon le précieux trophée qui ira grossir sa collection déjà bien chargée — Palme d’or cannoise pour Taxi Driver, Oscar du meilleur réalisateur pour Les Infiltrés… Ce sera de plus l’occasion unique de revoir son œuvre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle raconte le cinéma américain contemporain mieux qu’aucune autre. Violence et passions Débutée dans le sillage de son ami John Cassavetes (Who’s That Knocking at My Doo

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La Révolution Pixar

ECRANS | Vice-versa, chef-d’œuvre absolu signé Pete Docter, est un nouveau cap pour la révolution initiée depuis vingt ans par les studios Pixar dans le cinéma d’animation. Ou comment une bande de geeks sont venus bousculer le monstre Disney, qui n’est pas parvenu à tuer leur créativité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

La Révolution Pixar

«Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?». On ne sait pas si John Lasseter et ses camarades des studios Pixar ont lu Lamartine, mais ils auraient pu graver cette fameuse citation au frontispice de leurs bureaux. Au moins en ont-ils donné une version 2.0 à travers leur mythique logo : une lampe fait des bonds comme à pieds joints, lançant des œillades de lumière au spectateur avant d’aller écraser et remplacer le i de Pixar. L’objet doté de personnalité, de vie et d’humour : un véritable credo à la source de leurs premiers travaux, mais aussi l’amorce de la révolution Pixar. C’est d’abord un pied-de-nez à la tradition Disney : là où la firme du haut château s’intéressait avant tout aux héros des contes classiques — de Blanche-neige à Pinocchio — et à l’humanisation des animaux — Bambi, Dumbo, la centaine de dalmatiens ou encore les Aristochats — Pixar choisit de laisser la figure humaine dans l’ombre et ne se consacre à nos amis les bêtes que si celles-ci lui autorisent un changement radical d’échelle. Avec les deux Toy Story et Mille et une pattes, réalisés par le grand manitou John Lasseter (épaulé par le non moins influent Andre

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Vice-versa

ECRANS | Les studios Pixar et Pete Docter donnent une singulière lecture de ce que l’on appelle un film-cerveau en plongeant dans la tête d’une fillette de onze ans pour suivre les aventures de… ses émotions ! Aussi ambitieux qu’intelligent, drôle, émouvant et exaltant, voici une date majeure dans l’histoire du cinéma d’animation. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Vice-versa

Vice-versa tombe à pic pour rappeler deux choses essentielles : d’abord, que les studios Pixar sont de grands aventuriers du cinéma, des pionniers qui ne se reposent pas sur leurs lauriers et semblent se nourrir de défis toujours plus ambitieux. Il a fallu huit ans au génial Pete Docter, déjà auteur de Monstres et compagnie et de Là-haut, pour venir à bout de Vice-versa ; on comprend à sa vision à quel point tous les projets montés par le studio entre temps n’étaient que des récréations — parfois formidables comme Toy Story 3 ou Rebelle, parfois décevantes comme les suites de Cars et de Monstres et Compagnie — en attendant d’accoucher de cette œuvre majeure. Deuxième rappel : le cinéma d’animation n’est pas, comme trop de productions Dreamworks ou Disney récentes ont eu tendance à l’affirmer, une recette commerciale visant à séduire les bambins

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Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

ECRANS | "Vice Versa" de Pete Docter

Christophe Chabert | Mercredi 20 mai 2015

Cannes 2015, jour 6. Et Pixar fût…

Lundi matin, 11h. Alors que commençait la deuxième moitié du festival sous le signe d’interrogations diverses et variées résumables en : «Est-ce que c’est un bon cru, cette édition 2015 ?», la lumière est apparue sur l’écran du Théâtre Lumière, et tout a soudain été bouleversé. Nous en premier, en sanglots durant les quinze dernières minutes du film, puis systématiquement lorsqu’on l’évoquait aux gens qui ne l’avaient pas encore vu ; mais aussi l’ordre d’un festival qui, jusque-là, manquait singulièrement de hiérarchie. La lumière, c’est celle de Vice Versa (Inside Out) de Pete Docter, dernier-né des studios Pixar, et c’est peu de dire qu’il s’agit d’un événement considérable, un classique instantané du cinéma et une date dans l’histoire de l’animation. Surtout, c’est le genre de choc dont on ne se remet pas, une projection qui restera à jamais gravée dans nos mémoires, petite bille bleue et jaune stockée quelque part au fond de notre conscience que des mains agiles iront régulièrement ressortir pour nous refoutre le frisson, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres. Car ce que raconte Vice Versa, dans un élan méta-phys

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The Smell of Us

ECRANS | De Larry Clark (Fr, 1h28) avec Lucas Ionesco, Diane Rouxel…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

The Smell of Us

The Smell of Us marque un brutal coup d’arrêt dans la carrière cinématographique de Larry Clark, jusqu’ici brillante. Pourtant, il n’y a a priori ici qu’une tentative de transposer ses obsessions dans le Paris d’aujourd’hui : l’adolescence, le skate, le sexe hédoniste et sans tabou… Mais d’un seul coup, tout sonne faux, pompeux et, disons le mot, malsain. Car Clark, qui jusqu’ici avait réduit les adultes à des figures de parents dépassés ou irresponsables, se pique soudain de mettre en scène sa propre vieillesse et son attirance pour les jeunes gens à travers des séquences d’un voyeurisme embarrassant, où il s’agit avant tout de se rincer l’œil face aux torses imberbes et aux entrejambes de ses ados. Qu’un des personnages principaux s’adonne à la prostitution pour se payer ses doses de coke l’autorise à filmer des séquences assez abjectes, notamment celle où un vieux pervers lui suce goulûment les orteils. Quoique, tout cela est aussi parfaitement ridicule, les dialogues, partiellement improvisés par les comédiens, ressemblant à une parodie du langage djeun’s, et les différents supports — téléphones portables, Internet — produisant une bouillie visuelle

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Alleluia

ECRANS | Fabrice Du Welz passe au tamis du surréalisme belge "Les Tueurs de la lune de miel" pour une version qui, malgré ses embardées baroques, son humour très noir et un Laurent Lucas absolument génial, reste proche de son modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 novembre 2014

Alleluia

Météore cinématographique, Les Tueurs de la lune de miel appartient à cette catégorie de films dont le souvenir se grave à vie dans l’esprit de ceux qui le voient. Leonard Kastle, musicien contemporain qui signait là sa seule réalisation pour le cinéma, s’emparait d’un fait divers tragique — un couple d’amants meurtriers recrutait des veuves par petites annonces, avant de les assassiner sauvagement une fois le mariage célébré — pour en faire une œuvre au romantisme paradoxal, entre amour fou et amour virant à la folie. S’attaquer au remake d’un tel monument tient de la gageure, mais Fabrice Du Welz, qui a démontré dans Calvaire et le mésestimé Vinyan qu’il savait digérer ses influences cinéphiles pour en faire des films hautement personnels, a relevé le défi. Transposant l’histoire aujourd’hui dans les Ardennes, remplaçant les petites annonces par des sites de rencontres en ligne, il injecte surtout à la dramaturgie de Kastle ce qui fait sa patte : un goût pour le surréalisme belge, les apartés baroques et un humour particulièrement ma

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3 Cœurs

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr, 1h46) avec Benoît Poelvoorde, Chiara Mastroianni, Charlotte Gainsbourg, Catherine Deneuve…

Christophe Chabert | Mardi 16 septembre 2014

3 Cœurs

Benoît Jacquot ne se prive pas pour définir 3 Cœurs comme un «thriller sentimental» ; et il ne lésine pas sur les moyens pour le faire comprendre au spectateur dans l’introduction, où, en plus des notes sombres qui parsèment la musique mélodramatique de Bruno Coulais, circule un climat fantomatique pour narrer le coup de foudre entre un type qui vient de rater son train —Pœlvoorde — et une fille qui erre dans les rues — Gainsbourg. Ils se donnent rendez-vous à Paris, mais en chemin, il est foudroyé par une attaque cardiaque. Cette entame étrange, abstraite, à la lisière du fantastique, est en effet ce que Jacquot réussit le mieux, le moment où sa mise en scène dégage une réelle inquiétude. En revanche, tandis que l’histoire se resserre autour d’un nœud sentimental — confectionné grâce à un sacré coup de force scénaristique — où Poelvoorde tombe amoureux de la sœur de Gainsbourg (Chiara Mastroianni) ignorant les liens qui les unissent, le suspense est comme grippé par l’approche psychologique et réaliste du cinéaste. Il faut dire que lorsque Jacquot tente de ramener de la quotidienneté dans le récit — que ce soit les séquences à la direction des impôts,

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La fête à la maison

MUSIQUES | Quel est l'idiot qui a eu cette idée folle d'inventer la fête de la musique, pour en plus la caser le même jour qu'Argentine-Iran et Nigeria-Bosnie ? Faut-il à ce point détester l'être humain ? Puisque c'est comme ça, voici une sélection des festivités avec pleins de Lyonnais dedans, même si pas assez. Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mardi 17 juin 2014

La fête à la maison

La fuite des cerveaux, qu'on appelle ça. Chaque 21 juin, on constate avec un peu plus d'amertume mêlée de joie – pour eux, surtout – que certains des meilleurs éléments de la scène lyonnaise exportent leurs talents pour aller fêter la musique avec des gens qu'on connaît même pas. Prenons (c'est une image) par exemple Erotic Market, qui déplace pour l'occasion son petit commerce amoureux à Beauvais. Même si l'on veut bien admettre qu'il est fort charitable d'apporter un peu d'érotisme bootylicious dans la vie des Beauvaisien – déjà que la Picardie pourrait disparaître –, il y a de quoi être furax de se voir lâchés au moment où on a le plus besoin de nos meilleurs éléments pour couvrir le grand vacarme populaire du musicien du dimanche entendant bien prouver que oui, la France a un incroyable talent et qu'en plus c'est lui – il sait jouer I've Got You Under My Skin avec un poireau à coulisses. Pire, certains de nos chers groupes lyonnais restent même chez eux en attendant que ça passe (ce sont les mêmes qui ne font pas la vaisselle pour la Journée de la femme, honte à eux). Folk progre

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«Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient…»

ECRANS | Rencontre avec Lucas Belvaux autour de son dernier film, "Pas son genre".

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

«Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient…»

Pourquoi, lorsque vous abordez des histoires de couple, en parlez-vous toujours sous l’angle de l’inquiétude, de la crise ou de la distance ? Lucas Belvaux : Parce que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Il y a un ressort dramatique forcément. Et puis je pense que l’amour est toujours extrêmement fragile et qu’il repose sur une forme d’inquiétude. Il faut peu de choses pour provoquer un désamour. La différence, c’est qu’ici vous montrez un couple en train de se former, alors qu’auparavant, c’était des couples installés, tellement installés qu’ils étaient au bord de la crise… C’était le roman, mais c’était aussi une manière d’avoir de la légèreté. L’inquiétude ici vient du fait que c’est un amour asymétrique. Comme il y a des conflits avec une armée lourde d’un côté et une guerilla de l’autre, ici c’est une femme sujette au coup de foudre et un homme qui a du mal à s’engager, qui est à combustion lente… Avant même que l’histoire ne commence réellement, il y a déjà une espèce d’inquiétude, parce que ce ne sont plus des jeunes gens ;

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Pas son genre

ECRANS | Lucas Belvaux raconte l’histoire d’amour utopique et contrariée entre un prof de philo parisien et une coiffeuse d’Arras, avançant sur le fil des clichés pour renouveler adroitement son thème de prédilection, la lutte des classes, ici envisagée sous l’angle de la culture. Critique et interview. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Pas son genre

Pas son genre débute comme une version sérieuse de Bienvenue chez les Ch’tis, avec un prof de philo parisien dans le rôle de Kad Merad. Muté à Arras, qui prend la place de Bergues en guise de punition sociale, il ne tombe pas amoureux de la chaleur humaine des gens du Nord, mais d’une coiffeuse, mère célibataire, lectrice d’Anna Gavalda et adepte du karaoké. D’où choc culturel. Grâce à la mise en scène de Lucas Belvaux, ce choc est aussi cinématographique : si Clément semble l’héritier naturel d’une tradition "Nouvelle vague" d’intellectuels beau parleur, un brin arrogants et peu avares en citations littéraires, Jennifer paraît s’être échappé d’un film de Jacques Demy, aimant la vie, les couleurs, les chansons et la légèreté. Belvaux démarre donc leur romance sur le fil des clichés, même s’il a l’intelligence de les renverser régulièrement : Jennifer décale sans cesse le moment de la relation physique, tandis que Clément se pique au jeu de cet amour courtois anachronique envers celle qu’il a d’abord pris p

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Les Salauds

ECRANS | De Claire Denis (Fr, 1h40) avec Vincent Lindon, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

Les Salauds

J’ai pas sommeil, Trouble every day, Les Salauds : trois films qui, dans l’œuvre de Claire Denis, forment une sorte de trilogie de l’horreur, où elle fouille les désirs monstrueux pour en sortir des récits en forme de cauchemars éveillés. On peut aussi y voir l’asymptote d’une carrière, du vouloir-dire omniprésent (J’ai pas sommeil) à un plus rien à dire franchement gênant (Les Salauds), avec au milieu un point d’équilibre fragile (Trouble every day, son meilleur film). Les Salauds donc, est une sorte de magma filmique incohérent, que ce soit dans l’enchaînement des séquences ou celui des plans, où Denis s’enfonce dans le ridicule à mesure qu’elle s’approche de l’immontrable. Grotesque, ce plan récurrent de Lola Creton avançant nue sur une route le vagin ensanglanté ; ridicules, ces scènes de cul entre Lindon et Mastroianni ; risible, ce porno final qui semble répondre à ceux que projetait Lynch dans Lost highway. Tout cela paraît assemblé à l’arrache sur un banc de montage, comme un work in progress dénué de sens, masquant à grand pe

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Monstres Academy

ECRANS | Déception pour le nouveau Pixar : la greffe entre l’univers de "Monstres et Cie" et celle du film de campus ne prend qu’à moitié, et le scénario paraît bien attendu par rapport à celui du précédent "Rebelle". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 7 juillet 2013

Monstres Academy

On se souvient avec émotion de Monstres et Cie, peut-être le film qui a fait basculer Pixar dans la cour des grands. L’allégorie sur l’entertainment hollywoodien s’y déployait à travers un récit mené tambour battant et passant par toutes les émotions possibles — la moindre des choses pour un film où le carburant était justement une émotion, en l’occurrence la peur. Plutôt que de lui donner une suite, le studio a choisi de retourner aux origines de ses héros et de greffer l’univers des terreurs d’élite sur celui du teen movie. Sully et Bob "retournent" donc à l’université, avec un antagonisme fort : le premier n’est que le descendant un peu glandeur d’une légende de l’effroi, le deuxième est un gringalet qui veut réussir malgré ses maigres atouts et met toute son énergie dans un bachotage effréné. Le campus est à peine différent de ceux qui forment l’ordinaire du cinéma adolescent américain : des nerds et des bullies, des confréries et des soirées entre étudiants… C’est la première déception du film : plutôt que de renouveler les code

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Hardi Françoise !

MUSIQUES | Voici bientôt cinquante ans, Charles de Gaulle, président de la République française, et Konrad Adenauer, chancelier fédéral allemand, apposaient leur signature (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 13 décembre 2012

Hardi Françoise !

Voici bientôt cinquante ans, Charles de Gaulle, président de la République française, et Konrad Adenauer, chancelier fédéral allemand, apposaient leur signature au bas du Traité de l’Élysée, scellant ainsi la réconciliation de leurs pays respectifs. Depuis, l'entente a tenu bon, en tout cas assez pour que soit décrétée au printemps dernier la tenue d'une année de festivités commémoratives. A Lyon, après la Fête des Lumières - dont l'une des installations était le fruit d'une collaboration entre étudiants d'ici et de là-bas -, c'est au tour du Goethe-Institut et d'Arty Farty d'y prendre part. Ceci avec Ich liebe dich, Françoise !, mini-festival visuel et sonore dont le point d'orgue sera la terminaison par l'érudit et imaginatif Laurent Garnier de L.B.S., dispositif semi-live et collaboratif qu'il avait inauguré à Nuits Sonores en 2010. Manque de bol, la soirée affiche complet. Celle du jeudi 20 décembre, programmée au DV1, accessible gratuitement en échange d'un e-mail à ichliebedich@nuits-sonores

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Augustine

ECRANS | D'Alice Winocour (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Soko, Chiara Mastroianni…

Jerôme Dittmar | Mercredi 31 octobre 2012

Augustine

Si les images de Charcot n'ont cessé d'irriguer le cinéma (de Furie à A.I en passant par Carrie), rarement l'histoire du docteur et sa patiente star, Augustine, n'a fait l'objet d'un film. À Alice Winocour de compenser cette absence avec un premier long aussi ambitieux que petit à l'arrivée. La faute à une approche trop polie, presque scolaire, qui ouvre autant de pistes théoriques qu'elle enferme la mise en scène dans un carcan appliqué et limité. Tout est finalement si réfléchi, dans cette histoire sur les mystères de la sexualité féminine, qu'aucune ambiguité n'émerge. Là où devraient exister des personnages ébranlés par leurs désirs, fascinés par une attirance réciproque dans un monde aux portes de la psychanalyse et du spectacle permanent, surnagent deux acteurs filmés par une caméra proche de l'académisme télévisuel. Pas facile aussi d'être bouleversé par la semi-lourdeur de Soko dans le rôle d'Augustine. L'actrice, jamais troublante, plombant limite le film à elle seule. Jérôme Dittmar  

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Rebelle

ECRANS | Mais qui arrêtera les studios Pixar ? Leur retour à une histoire originale après deux prolongations de franchises maison donne lieu à une pure merveille, chef-d’œuvre scénaristique et leçon de mise en scène animée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 4 août 2012

Rebelle

Il était une fois une princesse écossaise qui rêvait de prendre les armes et de changer son destin, ne plus être la femme promise à un mariage de compromis pour préserver le Royaume des divisions claniques mais se transformer en aventurière romanesque. Cet argument a tous les atours d’un standard Disney, un genre de Raiponce en plus rugueux et féministe. Mais Rebelle est une production Pixar qui, une fois encore, taille des croupières à tous ses concurrents dans l’animation contemporaine. On a pu aimer les progrès effectués chez Dreamworks ou saluer un exploit du côté de l’hexagone (l’excellent Ernest et Célestine, à sortir en décembre) ; mais il faut le reconnaître : Pixar rappelle chaque été qui est le patron, que ce soit en transformant sa franchise la plus populaire en réflexion sombre sur la Shoah (Toy story 3) ou, comme ici, en se lançant dans une histoire originale qui, ce n’est pas la moindre de ses qualités, s’avère VRAIMENT originale. Peau d’ours Qu’on se le dise, Rebelle est un chef-d’œuvre de scénario. Son premier acte, qui s’achève sur le concours des prétendants et le refus de la belle Merida de

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Histoires de l’œil

ARTS | Pour la première fois, le jeune artiste italien Luca Monterastelli investit, pour une de ses expositions, l’univers, vaste et hétéroclite, du baroque… Un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 6 juillet 2012

Histoires de l’œil

Pour la première fois, le jeune artiste italien Luca Monterastelli investit, pour une de ses expositions, l’univers, vaste et hétéroclite, du baroque… Un baroque ici résumé à sa plus simple expression : quelques moulures florales, des encadrements, des fragments de décors. C’est à partir de matériaux pauvres et d’objets trouvés que l’artiste réalise ses installations flirtant avec une esthétique de la ruine, du reste, du manque.      Graceland, qui renvoie à la fois à la maison d’Elvis Presley et à la terre promise biblique, se présente par exemple sous forme de décor de théâtre esseulé et ajouré, se dressant à la fois avec «grâce» et une grande fragilité. Et toutes les œuvres oscillent ainsi entre présence physique et possibilité d’effondrement ou de disparition. Toutes renvoient aussi à quelques significations sous-jacentes, notamment Glory Hole, ensemble de vases remplis de pâte à modeler et fixés à la verticale d’une cimaise. Ils ressemblent à des yeux ou à des organes plutôt troublants, dont le

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Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

ARTS | Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli.

Dorotée Aznar | Mercredi 20 juin 2012

Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

Date de première diffusion:  19 Juin 2012 Emission n°114  Durée: 31’35 minInvités: Françoise Lonardoni, Responsable de l’artothèque de la Part-Dieu et commissaire indépendant; Patricia Creveaux, historienne de l’art et essayiste.Contenu: Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli jusqu’au 27 Juillet chez Néon et celle des artistes Paul Raguenes et Iain Baxyer & à la BF15 jusqu’au 28 Juillet 2012. Chroniques: Mattcoco inspirée par Paul Raguenes évoque le miroir dans Califragilistic; Solenne Livolsi a deux amours pour l’exposition parisienne à la Cité Nationale de l’Immigration. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : Le site web de la BF15.

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Podcast / Entretien avec Luca Monterastelli

ARTS | L’artiste évoque l’obscénité contemporaine au travers d’une œuvre élégante et sinueuse, servie par un travail plastique remarquable.

Dorotée Aznar | Mercredi 6 juin 2012

Podcast / Entretien avec Luca Monterastelli

Date de première diffusion:  5 Juin 2012 Emission n°112  Durée: 30’00 minInvité: Luca Monterastelli, artiste; Julie Rodriguez-Malti, directrice de Néon.Contenu: L’exposition ‘Graceland’ de l’artiste Italien Luca Monterastelli s’ouvre chez Néon jusqu’au 21 Juillet 2012 à Lyon. L’artiste évoque l’obscénité contemporaine au travers d’une œuvre élégante et sinueuse, servie par un travail plastique remarquable. Chroniques: Simon Feydieu et Marie Bassano se penchent sur New York Stories pour leur capsule cinématographique; Gwilherm Perthuis s’intéresse à John Baldessari. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : Le site web de l’artiste Luca Monterastelli. Le site web de l’association Adele.

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38 témoins

ECRANS | De Lucas Belvaux (Fr, 1h44) avec Yvan Attal, Sophie Quinton…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

38 témoins

Au Havre, une nuit, un crime est commis en pleine rue. Personne n’a rien vu, ni entendu. Mais le comportement de Pierre Morvan intrigue sa femme, absente ce soir-là ; il est comme rongé par un démon intérieur. Au départ, on pense logiquement qu’il a un rapport avec le meurtre. Très vite, Lucas Belvaux le pousse à une toute autre confession, qui va remettre en question l’équilibre social du quartier. C’est à ce moment-là que 38 témoins s’écroule. La mise en scène, austère et coupante, est redoublée par un discours particulièrement démonstratif sur la lâcheté collective et la démission des citoyens face à une menace envers leur propre confort. Les choses empirent avec l’apparition d’une peu crédible journaliste locale (Nicole Garcia, hors sujet) et un long psychodrame domestique aux dialogues dénués de quotidienneté et d’humour. Belvaux confond la gravité de son sujet et le sérieux du traitement, et se contente d’emmener le film à bon port, une scène finale moralisatrice qui enfonce le clou en accablant personnages et spectateurs. Christophe Chabert

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Les Crimes de Snowtown

ECRANS | Sorte de pendant crapoteux d’"Animal Kingdom", le premier film de Justin Kurzel revient sur une série de meurtres ayant traumatisé l’Australie des années 90, et enfonce douloureusement le clou de son contexte social hardcore. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 16 décembre 2011

Les Crimes de Snowtown

Bienvenue dans la banlieue d’Adelaide, ses taudis à peine vivables, son climat tout en nuances de gris, ses parents absents, ses voisins pédophiles, sa violence toujours prête à exploser… Dans ce no man’s land peuplé de laissés-pour-compte aigris, l’arrivée de John, figure paternelle brutale mais rassurante, va dans un premier temps réconforter Jamie, un ado mutique jusque-là condamné à subir les abus répétés de son entourage. Mais au fil de leçons de morale de plus en plus radicales, John révèle rapidement sa nature d’odieux sociopathe. Hasard des calendriers de tournage et de distribution, Animal Kingdom et le film de Justin Kurzel, à quelques mois d’écart, revisitent l’histoire criminelle australienne récente en adoptant le même point de vue, celui d’un jeune adulte pas tout à fait sorti de l’enfance, surface émotionnellement plane sur laquelle se reflète des exactions de plus en plus inconfortables. Mais là où le film de David Michôd instaurait de ce fait une balise d’identification au spectateur avant de la détourner, la démarche de Kurzel

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Les Bien-aimés

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 2h15) avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier…

Christophe Chabert | Samedi 9 juillet 2011

Les Bien-aimés

Une mère et sa fille. Dans les années 60, la mère (Ludivine Sagnier) fait la pute pour se payer des chaussures et tombe amoureuse d’un médecin tchèque qu’elle quitte au moment du Printemps de Prague. Au début des années 2000, la fille (Chiara Mastroianni) s’éprend d’un gay malade du sida, tandis que la mère (Catherine Deneuve) retrouve son amant de l’époque (Milos Forman). Plus que jamais, le cinéma de Christophe Honoré joue de la référence (Truffaut et ses romans cinématographiques est le grand parrain du film) mais aussi de l’autoréférence : comme dans Les Chansons d’amour, Alex Beaupain a composé de pénibles intermèdes musicaux, sans doute ce qu’il y a de moins bien dans le film. Pénible aussi, la capacité d’Honoré dialoguiste à mettre dans la bouche de ses acteurs un texte bourré de poncifs sentencieux sur l’amour, la vie, le temps qui passe. Ratée enfin, l’évocation de l’époque : la reconstitution au début donne une sensation désagréable d’entre-deux, ni rigoureuse, ni fantaisiste, et quand le 11 septembre passe par là, on change vite de chaîne. Si Les Bien-aimés s’avère toutefois supérieur aux précédents Honoré, c’est grâce à l’énergie fantasque que lui c

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Homme au bain

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr, 1h12) avec François Sagat, Chiara Mastroianni…

Christophe Chabert | Mardi 14 septembre 2010

Homme au bain

On ne voit que le scandaleux film de Valérie Donzelli "La Reine des pommes" pour égaler, au prix du foutage de gueule 2010, cet "Homme au bain" du multirécidiviste Christophe Honoré. Il détourne ici une commande de court-métrage du Théâtre de Gennevilliers (et de son directeur, le redoutable Pascal Rambert : association de malfaiteurs !) tournant autour de l’acteur porno gay François Sagat pour en tirer un long grossièrement cousu avec un home movie en DV de la présentation new-yorkaise de "Non ma fille tu n’iras pas danser" (d’où la présence de Chiara Mastroianni !). Dans "Homme au bain", il n’y a qu’une seule idée : faire du viril Sagat un amoureux fragile — ce qui ne l’empêche pas de rentrer dans tout ce qui bouge de sexe masculin, pendant que son ex jette son dévolu sur un soi-disant sosie d’Al Pacino. Le tous à poil général tient lieu de scénario, de mise en scène et de dialogue, agrémenté de deux moments politiques qui devraient logiquement faire rougir de honte l’auteur, en service commandé pour le PS. Ce cinéma français fier d’être vide, qui ne se regarde plus le nombril mais la bite, est pire que nul ; il est non avenu. CC

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Toy story 3

ECRANS | C’est une habitude dont on ne se lasse pas : Pixar domine cette année encore les débats en matière de divertissement intelligent, avec ce troisième volet des aventures de Woody et Buzz l’éclair qui propose une allégorie enlevée sur le temps qui passe. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Toy story 3

Dix ans ont passé depuis le deuxième "Toy story". Les studios Pixar ne cherchent pas à cacher cette longue absence : ils en font le point de départ du troisième volet. Andy n’est plus un gamin, c’est un adolescent qui s’apprête à quitter le domicile familial pour aller à la fac. Que va-t-il faire de ses jouets, déjà réduits à s’inventer des films d’action improbables au fond d’une malle en osier ? Au grenier, à la poubelle ou dans une garderie voisine ? Le temps a passé et "Toy story" en fait donc son enjeu souterrain. La vieillesse, qui était déjà le sujet de "Là-haut", est ici traitée sur un mode plus allégorique que mélancolique. Pour Woody, Buzz l’éclair et leurs copains, il ne s’agit pas de rester jeunes, mais de gérer cette éternelle jeunesse en se trouvant un territoire plus accueillant. Ce sera donc Sunnyside, une garderie qui fait d’abord figure de paradis, avant de révéler un piège terrible en forme d’enfer carcéral, les jouets s’y étant organisés en castes, avec ses dominants et ses dominés. Le shérif est en prison Pixar nous a habitué au fil des années à ces multiples et passionnants niveaux de lectures ; mais on n

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Légion - L'Armée des anges

ECRANS | De Scott Stewart (ÉU, 1h40) avec Paul Bettany, Lucas Black…

Dorotée Aznar | Mercredi 17 mars 2010

Légion - L'Armée des anges

Le moins que l’on puisse dire de ce navet apocalyptique, c’est qu’il ne tient pas vraiment ses promesses : petit budget oblige, la fin du monde y est observée à distance, dans un diner paumé où une demi-douzaine de clampins va repousser la fureur divine à coups de fusils d’assaut. Scénario grotesque, rythme abominable, réalisation ringarde, présence spectrale d’un Dennis Quaid se demandant ce qu’il est venu foutre dans cette galère (comme dans ses vingt films précédents), Légion ne vaut que pour une séquence hilarante, voyant une mamie possédée tenter de réduire le casting en charpie. On la comprend. FC

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