À l'Institut Lumière, on dirait les cinémas du Sud

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

Photo : © DR


Contraint à l'annulation l'an passé, le Festival des cinémas du Sud s'est déplacé de mai à juillet pour célébrer sa 21e édition dans un format certes compact (deux jours seulement) mais d'une appréciable densité. Au programme, six films du Maghreb et du Moyen-Orient à chaque fois présentés et assortis d'un échange avec la salle — À l'Institut Lumière les vendredi 9 et samedi 10 juillet.

Contexte sanitaire oblige, l'événement accueillera moins d'invités, mais le public se consolera avec la sélection qui compte des œuvres déjà connues comme les très forts Abou Leila d'Amin Sidi-Boumédiène (en ouverture) et Tu mourras à 20 ans d'Amjad Abu Alala (en clôture, en présence du réalisateur — sous réserve), comme de nombreux inédits… par ailleurs identifiés à travers les festivals du globe.

C'est le cas de Louxor de Zeina Durra (primé à la Roche-sur-Yon), Zanka Contact d'Ismaël El Irak (pour lequel Khansa Batma a reçu la Coupe Volpi à Venise 2020), Le Traducteur d'Anas Khalaf et Rana Kazkaz (en présence du producteur) et 1982 de Oualid Mouaness. En route vers le Sud !

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Du sang à la dune : "Abou Leila" de Amin Sidi-Boumedin

Policier | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Du sang à la dune :

Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long-métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n’y a qu’un pas. Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d’un symbolisme stupéfiant, digne d’un conte épique, hypnotiq

Continuer à lire

La vie et rien d’autre : "Tu mourras à 20 ans"

Drame | Soudan. Alors que se tient devant l’ensemble du village une cérémonie célébrant la naissance de Muzamil, le chef religieux prophétise que l’enfant succombera à vingt ans. Consterné, le père s’enfuit travailler à l’étranger et la mère élève Muzamil dans cette unique perspective funeste…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

La vie et rien d’autre :

Régulièrement dépeint sur nos écrans, le déterminisme social minant l’Occident possède un double maléfique dans les pays où la tradition/l’obscurantisme/la religion (rayez la mention inutile) fait sa loi. Cette fable moderne l’illustre, qui fait froid dans le dos par sa gravité réaliste. Et serre le cœur, à moins d’être totalement dépourvu d’empathie. Car Amjad Abu Alala montre les effets pervers de la malédiction inaugurale : un conditionnement généralisé biaisant toute destinée. Ainsi, sa mère porte le deuil de Muzamil dès le jour de sa naissance et lui interdit quasiment tout contact avec l’extérieur (incitant de fait les autres enfants à l’affubler du charmant sobriquet de Fils-de-la-Mort), ne lui laissant pour seules occupations que la fréquentation de l’école coranique où il pourra enfin bénéficier d’une attention positive après avoir appris par cœur tous les textes sacrés. Prisonnier d’une prophétie et de son village, il lui faudra comprendre qu’il vit entre des barreaux pou

Continuer à lire