“Benedetta” de Paul Verhoeven : la chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe un nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Lundi 12 juillet 2021

Photo : © Guy Ferrandis


Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l'assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu'elle présente à la suite d'une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d'une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu'elle en défrise d'autres…

Les anges du péché

Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu'il s'agit d'envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel — ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir. Prisonnière d'une communauté rigide soumise à la double hiérarchie du monastère et de l'Église, enfermée dans sa routine, son costume sacerdotal, la ville ; reléguée enfin au rang subalterne de femme, la très intelligente Benedetta trouve là un moyen de s'absoudre de tous les carcans et d'inverser la pyramide du commandement en se réclamant d'essence sainte.

Verhoeven a l'habileté de ne pas faire de son personnage une manipulatrice “conscientisant“ ses actes : ourdir de tels desseins serait anachronique ; au contraire entretient-il le doute en présentant son personnage déboussolé par des hallucinations, des cauchemars enfiévrés ou des visions mystiques mêlant pulsions érotiques et violentes — on n'est pas loin de Buñuel, de Pasolini, dans ces séquences gore où Benedetta fantasme Jésus en preux paladin la sauvant d'agressions sanglantes dans des saynètes oscillant entre le pastoral et l'horrifique des contes enfantins. Manifestations de l'inconscient malaxant ses désirs refoulés et ses pulsions, les transes extatiques qui suivent ces visions la laissent dans un état proche de celui de Sainte-Thérèse dans sa représentation par Le Bernin — où la jouissance mystique selon Lacan le dispute à la jouissance sexuelle. Est-ce vraiment un hasard que l'on se situe sur cette frontière ?

Cachez cette sainte…

Annoncé dès son tournage comme “sulfureux“ du fait de la réputation de son auteur, conspué avant même la première projection (au nom du principe de précaution ?) par des croyants zélés “blessés dans leur foi“, Benedetta n'a pourtant rien ni d'un brûlot impie gratuitement anticlérical ni d'un soft-core reluquant des nonnes s'adonnant au tribadisme. Cinéaste épris de paradoxes, Verhoeven ne vise pas le scandale en touchant à des sujets sensibles — même s'il tient ici un combo parfait religion + homosexualité féminine ; ne manque que la question de la couleur de peau pour être totalement clivant dans l'espace contemporain —, mais offre des interprétations (et donc des représentations) décalées par rapport aux doxas. Son approche des faits, puisqu'il s'agit en l'occurrence d'événements avérés, interpelle surtout pour sa scrupuleuse mesure et son refus de toute obscénité. Verhoeven refuse d'ailleurs la complaisance de la torture (les cris sont couverts par la musique) ou des scènes de sexe… d'autant plus efficaces qu'elles sont suggérées. On lui pardonne presque la cosmétique des corps et la plastique parfaite de ces sœurs semblant sortir d'un salon de beauté.

Si la subversion n'est pas là où on l'attend, elle occupe cependant l'axe vertébral du film : une question éternellement contemporaine, renvoyant au degré de servitude que chacun (et surtout chacune) est prêt à tolérer pour jouir d'une plus grande liberté individuelle ; mais aussi à la part de mensonge acceptable pour préserver l'ordre social. Ainsi une femme dispose-t-elle de plus de latitude dans un couvent du XVIIe que dans le monde laïc, où elle risque d'être battue et/ou violée par sa famille ; ainsi un ecclésiastique est-il prêt par ambition personnelle à valider sans preuves un miracle…

Engagé en 2018, à une période où l'hypothèse d'une pandémie n'était réelle que dans l'esprit de scientifiques clairvoyants, la peste de Benedetta résonne enfin étrangement avec notre Covid : même effroi devant la contamination, même instinct grégaire autour de prophètes auto-proclamés. À bien des égards, nous sommes encore à une période obscurantiste…

★★★☆☆ Benedetta
Un film de Paul Verhoeven (Fr, int.-12 ans, 2h06) avec Charlotte Rampling, Virginie Efira, Hervé Pierre…


Benedetta

De Paul Verhoeven (Fr, 2h06) avec Charlotte Rampling, Virginie Efira, Hervé Pierre

De Paul Verhoeven (Fr, 2h06) avec Charlotte Rampling, Virginie Efira, Hervé Pierre

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Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs.


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Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

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Cinéma inferno : "Last Words" de Jonathan Nossiter

Science-Fiction | Après ses documentaires portant sur son autre métier-passion (Mondovino, Résistance naturelle), le cinéaste-sommelier Jonathan Nossiter livre une fiction crépusculaire sur notre civilisation annoncée comme son testament cinématographique. C’est ce qu’on appelle avoir le devin triste…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Cinéma inferno :

La Terre, en 2085. Alors que le désert a recouvert la quasi-totalité de notre planète frappée par une épidémie, l’un des ultimes survivants, Kal, découvre à Paris d’étranges bobines de plastique. Elles le conduiront, après un passage en Italie, à Athènes où subsiste un reliquat d’humanité. Ensemble, ils seront les derniers à (re)découvrir la magie d’un art oublié de tous : le cinéma… Est-ce un effet d’optique, ou bien le nombre de films traitant de catastrophes à l’échelle mondiale ne subit-il pas une affolante inflation — et encore, l’on parle de ceux qui sortent (Light of my Life, Peninsula…), vont sortir (Sans un bruit 2…), en se doutant pertinemment que la Covid-19 et la pandémie vont en inspirer une kyrielle d’autres, à des degrés plus ou moins métaphoriques. Appartenant à la cohorte des prophétiques et des moins optimistes (prouvant par cela à quel point ce natif du Nouveau Monde a épousé les mœurs de l’Ancien), celui de Nossiter assume sa radicalité ; il se paie même le luxe d’être du fond de s

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Protéger, ou servir ? : "Police" d'Anne Fontaine

Thriller | Virginie, Aristide et Erik sont flics au sein de la même brigade parisienne, enchaînant les heures et les missions, sacrifiant leur vie privée aux aléas de leur métier. Un soir, on leur confie une mission différente : convoyer un réfugié à l’aéroport en vue de son expulsion. Doit-on toujours obéir ?

Vincent Raymond | Vendredi 28 août 2020

Protéger, ou servir ? :

Film à thèse, film sociétal ? Sans doute : Anne Fontaine ne s’intéresserait pas aux atermoiements de représentants des forces de l’ordre si elle-même ne voulait pas à la fois parler de l’étrange ambivalence de la “patrie des droits de l’Homme” lorsqu’elle procède à des *reconduites à la frontière* (terme pudique) de personnes en péril dans leur pays d’origine, ainsi qu’aux conditions de vie et de travail des policiers. Dès lors, on comprend mieux la construction violemment hétérogène de Police, juxtaposition de deux films formellement différents, voire opposables. Le premier, archi découpé, syncopé même, combinant les points de vues de trois protagonistes offre une vision heurtée, parcellaire, parfois contradictoire de leurs interventions au quotidien. Outre le fait qu’elles livrent leur ressenti et contribuent à bien les individualiser au sein d’un corps où chacun se fond dans un collectif réputé d’un bloc, ces séquences ressemblent à une sorte d’enquête, où les témoignages se recoupen

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Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Sibyl | Le troisième long-métrage de Justine Triet, "Sybil", sera le dernier à être présenté aux jurés du 72e festival de Cannes. Avant les marches et donc le palmarès, la scénariste-réalisatrice évoque la construction de ce film complexe et multiple…

Vincent Raymond | Jeudi 23 mai 2019

Justine Triet : « la particularité de Sibyl, c’est son côté kaléidoscopique »

Est-ce difficile de parler d’un film où la confession occupe une place aussi importante ? Justine Triet : Le plus difficile quand on fait un film, c’est quand il n’est pas assez vu ou qu’il reste très peu en salle… C’est une expérience que j’ai un peu connue avec mon premier, La Bataille de Solférino. Le reste franchement, c’est chouette… (rires) Sibyl parle de la création et aussi de la transgression (des confessions, des serments médicaux)… Est-ce qu’il faut une part de transgression dans tout acte de création ? Je pense que oui. C’est difficile de ne pas être tenté de transgresser pour écrire, pour faire un film, pour tourner : on est tous des vampires, d’une certaine façon. Après, Sibyl va beaucoup plus loin que la majorité des gens et ça m’intéressait de pousser mon personnage dans les limites extrême. Quand elle est sur l’île, elle ne distingue même plus ce qui est de l’ordre de la réalité et de la fiction : elle est dans un vertige absolu de son existence, elle a dépassé les limites …

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Voleuse de vie : "Sibyl"

Dramédie | Une psy trouve dans la vie d’une patiente des échos à un passé douloureux, s’en nourrit avec avidité pour écrire un roman en franchissant les uns après les autres tous les interdits. Et si, plutôt que le Jarmusch, Sibyl était LE film de vampires en compétition à Cannes ?

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Voleuse de vie :

Alors qu’elle cesse peu à peu ses activités de psychanalyste pour reprendre l’écriture, Sibyl est contactée par Margot, une actrice en grande détresse qui la supplie de l’aider à gérer un choix cornélien. Sibyl accepte, mais elle va transgresser toutes les règles déontologiques… « On construit sur la merde », lâche à un moment Sibyl à sa patiente désespérée, comme l’aveu de sa propre déloyauté : pour accomplir son œuvre artistique et se réconcilier avec son propre passé, n’est-elle pas en train de piller les confidences de Margot, d'interférer dans sa vie ? Comme si la pulsion créatrice l’affranchissait des commandements inhérents à sa profession de thérapeute, et justifiait son entorse éthique majeure. Dans Petra de Jaime Rosales, un grand artiste — mais être humain parfaitement immonde — proclamait qu’il fallait être d’un égoïsme total pour réussir dans sa partie ; à sa manière, Sibyl suit son précepte. Coup de psychopompe La tentation est grande d’effectuer une interprétation lacanienne

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Route que coûte : "Continuer"

Cavale | De Joachim Lafosse (Fr-Bel, 1h24) avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martín…

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Route que coûte :

Son grand ado de fils ayant pris le mauvais chemin vers la violence et la rébellion, Sibylle tente un coup de poker en l’emmenant en randonnée équestre au cœur du Kirghizstan, loin de tout, mais au plus près d’eux. Le pari n’est pas exempt de risques, ni de solitude(s)… Tirée du roman homonyme de Laurent Mauvignier, cette chevauchée kirghize va droit à l’essentiel : la rudesse des paysages permet à l’âpreté des sentiments de s’exprimer, de la tension absolue à la compréhension, avec un luxe de dents de scie. Joachim Lafosse capture la haine fugace qui déchire ses protagonistes, la peur continue qu’un acte définitif ne vienne mettre un terme à leurs tentatives de communiquer, comme les joies insignifiantes — celle, par exemple, de retrouver un iPod perdu dans la steppe. À l’initiative de l’équipée, Sibylle n’est pas pour autant une mère d’Épinal rangée derrière son tricot : son exubérance, son intempérance et sa relation… épisodique avec le père de Samuel expliquent une partie de ses propres fractures, qui ont beaucoup à voir avec celles que son

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Invitation à Virginie Efira

Institut Lumière | Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute (...)

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Invitation à Virginie Efira

Alors qu’elle s’apprête à figurer dans le nouveau film de Paul Verhoeven, Benedetta — en sélection officielle lors du prochain festival de Cannes ? Le doute semble de moins en moins permis —, qu’elle figure à l’affiche du succès français de l’automne Le Grand Bain, qu’elle a incarné avec grâce le rôle difficile de la mère de Christine Angot dans Un amour impossible, et qu’elle sera bientôt la mère d’un garçon difficile dans l’adaptation de Laurent Mauvignier, Continuer, Virginie Efira s’octroie une respiration rue du Premier-Film où elle conversera avec le maître des lieux, avant la projection de Victoria (2016) de Justine Triet. Histoire de mesurer le chemin qu’elle a accompli depuis. À l’Institut Lumière le mercredi 16 janvier à 21h

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Fais ce que doigts… : "Au bout des doigts"

De concert | De Ludovic Bernard (Fr, 1h45) avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Fais ce que doigts… :

Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s’engage… Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L’Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique — même si la trame de base reste identique : cela demeure l’histoire d’un djeun’s s’extrayant de sa banlieue au prix d’un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés. Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a un telle mine de Rod Paradot qu’on y croirait. N’oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d’une faille intime mais résolu à révéler les talents d’où qu’ils proviennent, il est criant de vérité — à croire qu’il

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Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

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Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

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Les lauriers sont fanés : "Voyez comme on danse"

Suite | de et avec Michel Blanc (Fr, 1h28) avec également Karin Viard, Carole Bouquet, Charlotte Rampling…

Vincent Raymond | Mardi 9 octobre 2018

Les lauriers sont fanés :

Quinze ans environ après leurs premières aventures, le groupe d’Embrassez qui vous voudrez poursuit sa vie : Véro la poissarde, Elizabeth la distinguée et son fraudeur fiscal de mari, Lucie et son nouveau jules, Julien, un parano qui la trompe. Sans compter la descendance… On attendait avec une confiance raisonnable Michel Blanc pour cette suite d’un divertissement pimpant ayant laissé un agréable souvenir dans le flot des comédies chorales — ce désormais genre en soi qui nous gratifie trop souvent de représentants de piteuse qualité, à oublier comme de vieux mouchoirs. Force est de constater que le comédien-réalisateur et (jadis brillant) scénariste dilue ici paresseusement un ou deux rebondissements et quiproquos à l’ancienne (genre XIXe siècle) en rentabilisant les personnages caractérisés dans l’opus précédent. Seul Jean-Paul Rouve, très bon en velléitaire chronique, apporte un soupçon de fraîcheur. Cela devient une habitude chez lui, entre la vocation et l’apostolat, de sauver l’honneur des machins de guingois.

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De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Festival | Ode à la langue, à ceux qui l'inventent et la subliment, Les Langagières version 2018 sont de très haute tenue avec, en guest stars au TNP, Lambert Wilson et Isabelle Adjani pour les servir.

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Lambert Wilson et Isabelle Adjani seront au rendez-vous le 1er juin pour incarner Camus et Maria Casarès et donner voix à leur correspondance enflammée, tout juste publiée. Mais ce casting ne doit pas masquer la richesse de ces douze jours qui sont le reflet le plus net qui soit de la politique que mène Christian Schiaretti depuis son accession à la tête du TNP en 2002 et jusqu'à son départ fin 2019 : les mots. Épaulé par les élus de son cercle de création et de transmission (Baptiste Guiton met en scène Je, d'un accident ou d'amour avec Maxime Mansion, lui-même à l'origine du festival En actes) ou d'anciens acolytes de feu sa troupe (Grammaires des mammifères piloté par le toujours très intéressant Philippe Mangenot), il propose une série de spectacles, de lectures voire de récitals (consacré à Aragon, André Velter...) ou encore "séance de spiritisme" (!) autour de Victor Hugo. Toutes les paroles sont réunies

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La mémoire dans le faux : "À l’heure des souvenirs"

Drame | de Ritesh Batra (G-B, 1h48) avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Harriet Walter…

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

La mémoire dans le faux :

Vieux divorcé bougon, Tony occupe sa retraite en tenant une échoppe de photo. Il est confronté à son passé quand la mère de Veronica, sa première petite amie, lui lègue le journal intime de son meilleur camarade de lycée, Adrian. Seulement, Veronica refuse de le lui remettre. À raison… À mi-chemin entre le drame sentimental à l’anglaise pour baby-boomers grisonnants (conduite à gauche, tasses de thé, humour à froid et scènes de pub) et l’enquête alzheimerisante (oh, la vilaine mémoire, qui nous joue des tours !), ce film qui n’en finit plus d’hésiter se perd dans un entre-deux confortable, en nous plongeant dans les arcanes abyssales de souvenirs s’interpénétrant (et se contredisant) les uns les autres. Une construction tout en méandres un peu téléphonée qui fait surgir ici un rebondissement, là Charlotte Rampling et permet à Jim Broadbent d’endosser à nouveau un ces rôles de gentils râleurs-qu’on-aimerait-bien-avoir-pour-grand-père/père/tonton/compagnon qu’il endosse comme une veste en tweed. À siroter entre un haggis et un scone.

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Seule avec le silence : "Hannah"

Portrait | de Andrea Pallaoro (Fr-Bel-It, 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Seule avec le silence :

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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Troquées : "L’Échange des princesses"

ECRANS | de Marc Dugain (Fr, 1h40) avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Anamaria Vartolomei… (sortie le 27 décembre)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Troquées :

Pour asseoir son pouvoir, le régent Philippe d’Orléans ourdit la double union d’un Louis XV de onze ans avec la malheureuse Infante d’Espagne de quatre ans, et de sa fille avec l’héritier d’Espagne. Mais hélas, aucun des deux mariages ainsi arrangé n’est heureux… Derrière la caméra, ce sont les noces entre le cinéaste-écrivain Marc Dugain et sa coscénariste autrice du roman, Chantal Thomas que l’on célèbre. Et elles sont fécondes : rarement récit historique fut rendu avec autant de finesse, de réalisme et cependant de liberté(s). L’un des derniers à nous avoir immergé aussi exactement dans les bouillonnements du XVIIIe siècle était Benoît Jacquot avec Les Adieux à la Reine, également adapté de… Chantal Thomas. Conte absurde où des enfants sont tout à la fois déifiés et traités comme des marionnettes, L’Échange des princesses montre l’ambition des uns, la bigoterie des autres

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"Corporate" : critique et interview du réalisateur Nicolas Silhol

ECRANS | Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail, suite à un suicide dans son entreprise. Jusqu’où (...)

Julien Homère | Mardi 4 avril 2017

Responsable des ressources humaines, Émilie se trouve impliquée dans une enquête de l’inspection du travail, suite à un suicide dans son entreprise. Jusqu’où restera-t-elle fidèle à sa hiérarchie ? D’une grande rigueur réaliste et peuplé d’un casting hétéroclite venant de la télévision, du théâtre ou du cinéma classique, Corporate dissèque les méthodes de management amorales mais totalement acceptées par nos entreprises modernes. Enveloppant son histoire d’une mise en scène économe, froide et sans éclat, son discours sur l’injustice sociale demeure louable mais aurait été plus audible dans un documentaire. À se demander si le récit ne passe pas à côté de son sujet tant l’inspectrice du travail (justement campée par Violaine Fumeau) et son regard sur cet univers sans pitié placent au second plan une intrigue policière dispensable. Nicolas Silhol : « Je n’avais pas envie de faire un reportage » Les DRH que l’on porte dans le cœur sont rares. Pourtant, c’est bien sur ce métier clivant que le réalisateur Nicolas Silhol a décidé de tourner son premier thriller. Entretien avec le patro

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"L’Empereur" : l’éternel retour

KIDS | Ni suite, ni remake du film qui avait apporté à Luc Jacquet il y a douze ans une notoriété mondiale, L’Empereur s’avance (en dandinant) comme une (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Ni suite, ni remake du film qui avait apporté à Luc Jacquet il y a douze ans une notoriété mondiale, L’Empereur s’avance (en dandinant) comme une extension de La Marche de l’Empereur. Suivant littéralement ab ovo le cycle de l’existence de son animal fétiche, ce récit aurait pu se nommer “Une histoire immortelle” — mais il était déjà retenu par Orson Welles — voire “Le Miraculé”, si Mocky n’en avait eu l’idée plus tôt. Car le palmipède du titre va devoir braver mille dangers pour accéder à l’âge adulte. Et chacun des flashbacks constituant ce doc-nature relatera un de ces périls, lui donnant des reflets de film à suspense : comment l’œuf survit au froid ; comment le poussin éclôt, grandit malgré les conditions extrêmes et les prédateurs sur la banquise, avant de rejoindre l’océan guidé par son instinct pour se jeter (ou pas) à l’eau… Riches d’images stupéfiantes, dont certaines combinant intelligence et poésie (les manchots vu à l’envers sous l’eau, semblent voler vers les hauts-fonds) ce voyage antarctique narré par Lambert Wilson se double d’un hymne à la fragilit

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"Assassin’s Creed" : Enter the game… over

ECRANS | de Justin Kurzel (E-U-Fr, int.-12 ans, 1h55) avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons…

Vincent Raymond | Mercredi 21 décembre 2016

Censé être exécuté par injection, Cal se réveille dans une étrange institution où des scientifiques l’incitent à plonger dans sa mémoire génétique afin de trouver le moyen d’éradiquer à jamais toute pulsion de violence chez l’Homme. Héritier d’une séculaire guilde, les Assassins, adversaires immémoriaux des Templiers, Cal va affronter son passé… et le présent. Dans cette histoire où deux vilaines sectes s’entretuent à travers les âges pour contrôler l’humanité, difficile de comprendre laquelle est la moins pire — laissons aux complotistes le soin de les évaluer selon leurs critères tordus. Difficile aussi d’y trouver son content en terme d’originalité spectaculaire : à force d’en garder sous la pédale pour alimenter d’hypothétiques suites, les films d’action peinent à se suffire à eux-mêmes ; d’épiques, ils deviennent elliptiques. Son origine vidéoludique devrait irriguer Assassin’s Creed de trouvailles visuelles, le rendre aussi innovant et immersif qu’un Christopher Nolan des familles. Las ! Justin Kurzel ne fait qu’enquiller bastons chorégraphiées et combats de sabres pour yamakasi en toile de jute. Puis, entre de

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"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr, 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors, imaginez-en un consacré à l’icône irénique Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite — pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que “JYC”, comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher : hagiographie consensuelle ou étude critique des nombreuses vies du bonhomme ? Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes ! Si Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’e

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"Victoria" : Perdita

ECRANS | de Justine Triet (Fr, 1h36) avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mercredi 14 septembre 2016

Une avocate mère célibataire blonde vivant dans une tour, héberge un ancien dealer qu’elle emploie comme nounou, plaide au tribunal avec un chien et un singe… Vous en voulez encore pour faire une comédie française branchouille ? Alors, faites infuser avec une distribution ébouriffante d’originalité : Virginie Efira (“tellement à contre-emploi”, comme à chaque film, alors qu’elle choisit toujours des rôles de mère/femme dépassée demeurant malgré tout impeccable et pimpante), Vincent Lacoste (“tellement avec des lunettes”) et Melvil Poupaud (“tellement revenu en grâce”). On sent bien que Justine Triet lorgne du côté de la comédie cukoro-capro-hawksienne, mais elle n’a pas l’équipage adapté, ni les trépidations du scénario pour rivaliser avec les cavalcades de Cary Grant ou Katharine Hepburn. Factice et convenu, Victoria bénéficie de rares bouffées détonantes grâce au personnage de l’ancien compagnon de l’héroïne, un écrivain pervers lymphatique joué par Laurent Poitrenaux vampirisant dans ses romans la vie de son ex. Pas de quoi s’étra

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"Tout de suite maintenant" : Bonitzer, père et fille

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h38) avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Intrigante, cette propension qu’a Bonitzer à s’enticher de héros peu sympathiques, et de les sadiser pour faire bonne mesure — cette perversion d’auteur doit certainement revêtir un nom ; elle a en tout cas un public. Ici, il jette son dévolu sur Nora, une Rastignac froide (pour ne pas dire frigide) jouant les Électre dans le monde tortueux de la finance, où tous les coups sont recommandés. Le rôle de cette jeune arriviste, au plan de carrière contrecarré par l’irruption d’affects personnels aussi divers que la possession amoureuse ou le désir de venger son père, il le confie à sa fille à la ville, Agathe — histoire d’ajouter une grille de lecture psychanalytique trouble à son film. Nora n’est pas la seule à être peu aimable : ses aînés sont une bande de socio-traîtres ayant remisé leurs idéaux au profit… du profit, justement, ou bien des névropathes devenus dépressifs, déments ou alcooliques. Bref, personne ou presque ne semble digne d’être sauvé. Disséminant çà et là quelques-unes de ces démonstrations professorales dont il raffole (comme s’amuser à prédire les comportements), Bonitzer confirme surtout son goût de moraliste et s’offre même une envolée fantastique ina

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Elle : le retour de Paul Verhoeven

Festival de Cannes | Curieuse, cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Elle : le retour de Paul Verhoeven

Près d’un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d’inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert. Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l’héroïne Michèle — qui assume déjà depuis l’enfance d’être la fille d’un meurtrier en série — se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c’est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu’elle ne subira pas le contrecoup normal d’une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous — sa fameuse technique de jeu “plumes de canard”, les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris… Basiq

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45 ans

ECRANS | De Andrew Haigh (GB, 1h35) avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

45 ans

Deux excellentes idées se nichent dans 45 ans — attention, cela ne suffit pas à soutenir un film, mais permet seulement de le voir sans déplaisir et lui assure son content de résonance. La première, c’est de confier à Charlotte Rampling un rôle d’Anglaise taciturne s’apprêtant à célébrer ses 45 ans de mariage — d’où le titre. Bonne pioche : la comédienne, qui a convolé avec le public depuis peu ou prou un demi-siècle, est la distinction british incarnée ; du flegme à l’état brut serti d’un œil bleu glacier. La seconde, c’est un plan de fin d’une beauté tragique, stupéfiante et déchirante, comme une explosion muette à valeur de libération intime ; un ressort se détendant en silence après quatre-vingt-dix minutes de compression continue. Mais tout splendide qu’il soit, ce genre de conclusion façon twist conviendrait davantage à un court-métrage à chute. Andrew Haigh tire à la ligne, dilue son histoire en se reposant sur l’intensité bien commode de sa comédienne, qui habille les (nombreux) silences par sa présence douloureuse. L’Académie des Oscars l’a citée cette année pour ce rôle, la proposant pour la première fois de sa carr

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Et ta sœur

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h35) avec Grégoire Ludig, Virginie Efira, Géraldine Nakache…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Et ta sœur

De même qu’on parle d’auteurs pour écrivains, il doit exister des réalisateurs pour cinéastes, dont les films, s’ils passent quasi inaperçus sur nos écrans, exercent une irrépressible attraction sur leurs confrères — au point de les inciter à en tourner des remakes. Le cinéma de Lynn Shelton semble être de cette trempe, qui a déjà conduit Yvan Attal à transposer Humpday (devenu sous sa patte Do Not Disturb) ; c’est à présent au tour de Marion Vernoux de succomber à son appel en adaptant ici l’obscur Ma meilleure amie, sa sœur et moi (2013). Le résultat n’a certes rien de déshonorant, mais on a du mal à comprendre le sens de sa démarche : le fond ni la forme n’ont l’air d’être transcendés par l’auteure française, ni de connaître de substantielle modification — on reste dans du marivaudage insulaire, avec effet téléfilm de prestige. Demeure, enfin, cette question sans réponse : sachant que l’improvisation constitue l’une des caractéristiques majeures du travail de Shelton, pourquoi avoir cherché à répliquer par l’écriture ce qui avait été obtenu d’instinct ?

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites-lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Barbecue

ECRANS | D’Éric Lavaine (Fr, h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Barbecue

Le concept — une comédie avec des potes, un barbecue et Franck Dubosc — pouvait laisser penser à un ersatz de Camping ; grave erreur ! Barbecue est en fait un ersatz des Petits mouchoirs de Guillaume Canet. Même humour pas drôle entre gens riches pleins de problèmes de riches, même envie de capturer l’air du temps générationnel des gens riches, même vague suspense mélodramatique autour de la mort possible d’un des mecs riches présents sur l’écran. Et, surtout, même morale décomplexée où l’argent ne fait pas le bonheur, mais quand même, si tu n’en as pas, ben t’es qu’un gros raté. On le sait : la comédie française vote depuis belle lurette à droite et, après tout, elle fait bien ce qu’elle veut. Mais dans ce film horriblement mal écrit au casting aussi furieusement opportuniste que totalement à côté de la plaque — exception : Florence Foresti, qui se sauve courageusement du désastre — la chose est affirmée clairement : le pauvre de la bande a un job de merde, pas de copine et est à moitié simplet. Comme disait l’autre : vive la so

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Dead man talking

ECRANS | De et avec Patrick Ridremont (Belg, 1h41) avec Virginie Efira, François Berléand…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

Dead man talking

Qui trop embrasse, mal étreint. Pour sa première réalisation, Patrick Ridremont avait visiblement beaucoup de sujets à traiter : la relativité de la justice, la mise en spectacle de celle-ci par l’intrusion de la télévision, les regrets d’un homme condamné à laisser sa vie en plan sans l’avoir accomplie… Sa mise en scène traduit le même appétit de tout faire en même temps : de la comédie de caractère, de l’étude psychologique, un zeste de film noir… Cette générosité n’est pas blâmable, mais elle est contre-productive à l’écran ; surtout, le film souffre d’une esthétique de court-métrage étiré, avec ses décors cheap et irréalistes, son concept décliné jusqu’à plus soif et surtout, l’omniprésence d’un dialogue sentencieux qui prend sans cesse le pas sur l’image et l’action. Quant à Virginie Efira, pourtant en passe de trouver enfin une crédibilité sur grand écran avec 20 ans d’écart, elle est ici totalement à côté de la plaque. Christophe Chabert

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Alceste à bicyclette

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h45) avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Lundi 14 janvier 2013

Alceste à bicyclette

À l’origine de l’«idée originale» du film, Fabrice Luchini a sans doute voulu s’offrir son Looking for Richard : une réflexion sur son métier d’acteur et sa confrontation avec un texte monstre de Molière, Le Misanthrope. Il y a d’ailleurs, dans Alceste à bicyclette, quelques scènes fascinantes où ce comédien génial abolit la frontière entre la réalité et la fiction et se montre seulement au travail, cherchant, hésitant, se reprenant jusqu’à trouver la note juste pour faire vivre sans pompe les alexandrins de Molière. Mais plutôt que de créer un dispositif fort autour de son acteur, Philippe Le Guay lui colle dans les pattes un sparring partner encombrant (Lambert Wilson, très moyen en acteur précieux rendu célèbre par un feuilleton médical sur TF1) et brode autour de pauvres intrigues de fiction qui sentent bon le téléfilm parfumé à la naphtaline. Dire qu’on se fout intégralement de la belle Italienne, du chauffeur de taxi ou de la jeune fille qui tourne des «films X» est un euphémisme, et pourtant, ce foutoir poussiéreux finit par prendre toute la place. Alceste à bicyclette projette ainsi Molière dans une médiocre

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Vous n’avez encore rien vu

ECRANS | À travers un dispositif sophistiqué mais vite répétitif, Alain Resnais interroge l’éternel retour de l’art et la disparition de ceux qui le font vivre, dans une œuvre plus mortifère que crépusculaire plombée par le texte suranné de Jean Anouilh. Fin de partie ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 septembre 2012

Vous n’avez encore rien vu

Depuis sa belle association avec Bacri et Jaoui, Alain Resnais semble tourner chacun de ses films comme si c’était le dernier, ou plutôt en intégrant à ses récits cette conscience du spectateur : maintenant nonagénaire, le réalisateur rédige manifestement son testament artistique. Pourtant, les relents d’angoisse qui venaient pétrifier l’hiver de Cœurs ou la fugue printanière des Herbes folles n’avaient rien de surprenants de la part d’un homme dont le premier film était un documentaire de montage sur les camps de concentration nazis… Si crépuscule il y a, c’est plutôt dans la forme des films : on avait beau parler de «légèreté» et de «fantaisie», on sentait de plus en plus que ce cinéma-là trahissait son âge. Vous n’avez encore rien vu ne laisse plus de doute : Resnais régresse ouvertement vers un temps (les années 40) où les prémisses de ce cinéma moderne dont il fût un des ambassadeurs voisinaient avec un néo-classicisme théâtral aujourd’hui poussiéreux. Retour vers le passé Il y a donc le dispositif : de

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Superflic contre superfafs

ECRANS | L’Épouvantable vendredi de l’Institut Lumière ne fait plus peur, mais il fait réfléchir : en programmant une nuit Robocop dont le premier volet, signé Paul Verhoeven, est un chef-d’œuvre visionnaire, il montre que la question de l’insécurité est avant tout une mise en scène politique. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mardi 3 janvier 2012

Superflic contre superfafs

Si la Nuit Robocop de l’Épouvantable vendredi vaut le déplacement, ce n’est pas pour la totalité de sa programmation. Le deuxième volet, réalisé par l’honnête artisan Irvin Kershner (L’Empire contre-attaque, c’est lui !) est plutôt distrayant, mais le troisième (signé Fred Dekker, qui porte bien son nom) tient de la série Z regardable au millième degré si tant est que cela suffise à consoler d’avoir loupé le dernier métro. Mais tout cela n’a absolument aucune importance, car la soirée s’ouvre avec le chef-d’œuvre de Paul Verhoeven, un film tellement immense que chaque fois qu’on le regarde, on se pince pour croire que le cinéma américain a eu les cojones de produire des objets aussi violents, sur la forme comme sur le fond. Le Hollandais violent En même temps, Verhoeven n’est pas exactement un Texan pure souche ; natif de Hollande, il y avait bâti une œuvre frondeuse et sans concession, que ce soit pour interroger le rôle de son pays durant la deuxième guerre mondiale (le génial Soldiers of orange) ou pour peindre sans tabou la brutalité d’une société impitoyable avec les faibles et les minorités (le terrible Spetters). Verho

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Rio sex comedy

ECRANS | Brassant joyeusement documentaire et fiction, Jonathan Nossiter offre un portrait de Rio vu par une bande d’étrangers, pour un film choral euphorique et contagieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 février 2011

Rio sex comedy

Rio, aujourd’hui. Une gloire de la chirurgie esthétique anglaise prodigue ses conseils à de jeunes médecins, et révèle une méthode peu orthodoxe visant à décourager les patients de pratiquer des opérations. Une réalisatrice française interviewe des employées de maison pour connaître leur rapport à leurs maîtres, et se rapproche de son beau-frère caméraman fantasque et libéré. Le nouvel ambassadeur américain de la ville pète les plombs, fuit ses responsabilités et se terre dans une favela où il sympathise avec un tour operator déglingué. Le titre du nouveau film de Jonathan Nossiter, qui marque son retour à la fiction après l’excellent "Signs and wonders", est conforme au programme sur l’écran : il y a Rio, dont il filme tous les habitants, tous les quartiers ; il y a du sexe, notamment de troublantes séquences entre Irène Jacob et Jérôme Kircher, en couple dans la vie civile ; et c’est une comédie loufoque effectivement très drôle, surtout les scènes avec Bill Pullman, dont un moment extraordinaire où, avec perruque et fausse barbiche, il expose au PowerPoint un projet d’échange chiens contre enfants dans les favelas pour tirer les larmes aux occidentaux !.

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après "La Belle Personne" de Christophe Honoré (d’après "La Princesse de Clèves"), Bertrand Tavernier s’attaque à "La Princesse de Montpensier". Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mé

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Des hommes et des dieux

ECRANS | Les derniers jours des moines de Tibéhirine reconstitués par un Xavier Beauvois fasciné par son sujet, mais peu inspiré dans sa mise en scène, qui emprunte les chemins les plus attendus et évacue systématiquement le politique au profit du religieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 1 septembre 2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux, ce n’est pas 12 hommes en colère, mais 7 moines en paix. Comme pour son précédent Petit lieutenant, qui prenait ses aises avec le polar tout en en respectant les lieux communs, Xavier Beauvois retrace les derniers jours des moines de Tibéhirine avant leur massacre dans les montagnes de l’Atlas algérien en détournant les codes du huis clos «cas de conscience». Pas de procès cependant ; la décision finale n’a de conséquence que pour ceux qui la prennent : partir en abandonnant sa mission ou rester quitte à y laisser la vie. Le scénario du film est donc rythmé par trois grandes scènes de réunion où chacun doit prendre position, donner ses raisons puis finalement participer au vote. Le reste du temps, Beauvois alterne entre plusieurs modes de récit : la rencontre entre les moines et les habitants du village (les moments les plus libres du film, quoique non exempts de facilités didactiques), l’irruption des terroristes puis de l’armée au sein du monastère et les rituels liturgiques filmés dans leur continuité. Le goût du sacré Si le cinéaste fait preuve d’une indéniable ma

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Caotica Ana

ECRANS | De Julio Medem (Esp-Fr, 1h57) avec Manuela Vellés, Charlotte Rampling…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Caotica Ana

Après deux ans passés dans les tiroirs du distributeur, le dernier film (ou presque, il a depuis tourné "Une chambre à Rome", qu’on dit plus réussi…) de Julio Medem est effectivement un objet assez ingrat, comme l’excroissance malade de son beau "Lucia y el sexo". Ana (la très affriolante Manuela Velés) est une jeune fille insouciante et libre, vivant avec son père dans une grotte à Ibiza où elle peint des tableaux naïfs. Elle est repérée par une mécène française (Charlotte «qu’est-ce que je fais là ?» Rampling) qui lui propose d’intégrer son vivier d’artistes à Madrid. Elle y tombe amoureuse d’un beau gosse d’origine arabe et découvre à son contact qu’elle peut se souvenir de ses vies antérieures, mais surtout de ses morts. Au-delà du délire new-age (justifié in fine par une allégorie politique rageuse), c’est bien la mise en scène qui s’avère totalement chaotique : très mal filmé (un coït où la caméra fait du va-et-vient au-dessus de la comédienne, beurk !), bourré de clichés (notamment sur l’art contemporain) et de symbolisme grossier (plus une insupportable musique tribale), le film de Medem se prend les pieds dans son sujet, pourtant si personnel (le cinéaste évoque sa sœur

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L’Amour c’est mieux à deux

ECRANS | De Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (Fr, 1h30) avec Clovis Cornillac, Virginie Efira, Manu Payet…

Christophe Chabert | Vendredi 30 avril 2010

L’Amour c’est mieux à deux

Sous ses allures de comédie romantique à l’anglaise, ce sinistre sous-produit n’est en fait qu’un vaudeville relooké qui ne cache guère sa nature rance et sa beaufitude satisfaite. Si le nom du comique sarkoziste Farrugia figure sur l’affiche comme co-réalisateur, c’est bien l’imbitable Franck Dubosc qui est à l’origine du désastre, auteur d’un scénario où figurent des dialogues aussi fins que «Je m’appelle Ariel et je suis homo», ou une scène pathétique de chat dont le quiproquo repose sur une faute de frappe autour du mot «col». Niveau réalisation, on a droit à des clips réguliers censés résumer l’action et qui ne font, prouesse, que la ralentir encore. Enfin, un mot sur Virginie Efira : pendant que ses deux collègues cabotinent à outrance, elle se contente de débiter son texte sans aucune conviction, comme si elle passait des essais pour le rôle. On la préférait dans la Nouvelle Star ! CC

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Victor

ECRANS | De Thomas Gilou (Fr, 1h35) avec Pierre Richard, Sara Forestier, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Jeudi 1 octobre 2009

Victor

Pure pâtisserie industrielle manufacturée par un cinéaste en pleine déconfiture (on ne s’est jamais remis du plan couscous de son Michou d’Auber), Victor est un film qui craint. L’introduction est racontée à toute berzingue, planquant telle la poussière sous le tapis l’absence de crédibilité du propos (un journal people organise un concours pour recueillir un vieillard : n’importe quoi !). Ensuite, on débarque le personnage principal (Sara Forestier, pauvre actrice en quête d’un second souffle commercial) au profit d’une pathétique satire à la Chatiliez où tout le monde, à un moment ou à un autre, est un gros enfoiré qui truande son prochain, au mépris de toute logique scénaristique. Ce triomphe cynique de la mesquinerie et de la médiocrité filmé à la va-comme-je-te-pousse dans une ambiance de grivoiserie bien franchouillarde fout franchement la gerbe, et on finit par en vouloir à Pierre Richard d’avoir prêté son talent à cette galéjade sinistre reposant sur une image de l’humanité on ne peut plus dégueulasse. CC

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Comme les autres

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr, 1h33) avec Lambert Wilson, Pilar Lopez de Ayala…

Dorotée Aznar | Mardi 26 août 2008

Comme les autres

Emmanuel, pédiatre, et Philippe, avocat, filent le parfait amour dans leur loft parisien. Seule ombre au tableau, Emmanuel veut un enfant et Philippe non. D’où clash, rencontre d’une potentielle mère porteuse sans-papiers, gags, doutes et autres quiproquos affectifs. Parti pour faire un documentaire sur l’homoparentalité, Vincent Garenq a compilé les anecdotes recueillies pour émailler la lénifiante linéarité de son script de quelques péripéties ne faisant guère illusion. L’absence totale de mise en scène, une fâcheuse tendance à enfiler les clichés comme des perles et des personnages peu crédibles malgré leur engoncement buté dans des stéréotypes “bon teint“ (Lambert Wilson et Pascal Elbé sont aussi crédibles en couple rive gauche que, disons, Laspalès et Chevallier en artistes martiaux) achèvent de caractériser Comme les autres comme une énième comédie de mœurs soumise aux diktats artistiques télévisuels. Ou le syndrome du réalisateur pétri de bonnes intentions dans son approche d’un sujet “sensible“, et qui à force de marcher sur des œufs finit par ne plus rien dire du tout…FC

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Le Grand Alibi

ECRANS | de Pascal Bonitzer (Fr, 1h33) avec Miou-Miou, Lambert Wilson, Valeria Bruni Tedeschi, Maurice Bénichou...

Dorotée Aznar | Mardi 29 avril 2008

Le Grand Alibi

Le charme des films de Pascal Bonitzer repose sur la folie douce de ses personnages bloqués dans leurs errements amoureux. Dans son dernier film Le Grand Alibi, adaptation d'un roman d'Agatha Christie, il parvient à tenir le suspense de l'enquête. Ce qui n'est pas rien. Jusqu'au bout, on ne s'ennuie pas, cherchant à connaître l'auteur des deux meurtres, épaulé par le truculent Maurice Bénichou en charge du dossier. Pourtant, le vrai sujet de film, les passions amoureuses, est négligé. Ce qui aurait pu donner un film intense reste un métrage imprécis, notamment lors de la scène de résolution, un rien bâclée. Les premières scènes, pourtant, mettent l'eau à la bouche : échanges cinglants entre des personnages dont on découvre les relations peu saines. Les tons se mélangent : farce noire, vaudeville amoureux teinté de morbide, comédie de mœurs, polar, où est-on ? Un peu dans tout cela. Dans une immense maison bourgeoise perdue dans la campagne parisienne, un sénateur passionné d'armes (Pierre Arditi), et sa femme (étonnante Miou-Miou), épouse manipulatrice sous des apparences d'idiote, reçoivent pour le week-end. Deux jeunes filles, que le spectateur pourrait prendre pour l

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