“Bergman Island” de Mia Hansen-Løve : île en faut peu pour être Fårö

Cannes 2021 | Une réalisatrice sur l’île d’un réalisateur autofictionne sa relation avec un autre réalisateur et signe un film faisant penser à un autre réalisateur. On préfère le cinéma de Mia Hansen-Løve quand il s’intéresse aux histoires des autres qu’aux récits à peine transformés de sa propre existence.

Vincent Raymond | Vendredi 16 juillet 2021

Photo : © Les Films du Losange


Chris et Tony, un couple de cinéastes, débarque sur Fårö, l'île où vécut Ingmar Bergman (et où demeure son empreinte) pour écrire, chacun s'attelant à son projet personnel. Entre les obligations liée à la résidence artistique de l'un, le désir (ou la nécessité) d'explorer l'univers bergmanien, les impasses narratives de l'autre, le couple perd un peu de son harmonie et la fiction contamine le réel…

Un vent de déjà-vu traverse ce bien sage ego-fan-trip où Mia Hansen-Løve ne se donne pas vraiment la peine de dissimuler les visages derrières les personnages : Tony, c'est Assayas et Chris… eh bien c'est elle. Deux artistes ensemble, unis par le métier et une enfant, mais dissociés par l'impossibilité de construire conjointement une famille équilibrée et chacun leur œuvre. Une incapacité qui les rapproche de Bergman, ou du moins que Fårö semble révéler à Chris : quand Tony avance dans son écriture et est célébré par les insulaires, elle se trouve en proie aux doutes, aux atermoiements, son stylo tombant régulièrement (et symboliquement) en panne sèche…

Resnais suédé

Ce vieux sujet (qui bouge encore) des affres de la création débouche naturellement sur une mise en abyme : Chris bloquant sur la fin de son projet va le raconter à Tony (qui l'écoute d'une demi-oreille distraite) et peu à peu une histoire dans l'histoire apparaît, s'inscrivant dans le décor de Fårö, dont les personnages vont se confondre avec la réalité. La référence à Bergman se dissout et celle à Providence de Resnais surgit, en moins tourmenté. Avec hélas moins de prise de risque dans le montage et la narration : on l'a dit au début, Bergman Island est un film sage, de surface, où même les auteurs représentés à l'écran n'osent pas trop s'abandonner à leurs fantasmes. À quoi bon en avoir, serait-on tenté de leur demander.

Pourtant… Pourtant il y avait deux ou trois belles idées, à commencer par l'histoire d'amour entre les personnages de Chris. Peut-être parce cette romance est désespérée, qu'il s'agit d'une passion contrariée, d'un rendez-vous manqué, qu'on ne sait pas comment elle finit et qu'elle est filmée du point de vue d'un cœur brisé, elle aurait pu vivre sa vie autonome de mélodrame, débarrassée de toutes les scories nombrilistes. Et puis il y a ce regard éminemment critique et sarcastique sur la personne de Bergman émis par l'un des protagonistes, assez révélateur du rapport complexe que les Suédois peuvent entretenir avec cet encombrant Commandeur. Il empêche aussi le film de tomber dans une complaisance trop dévote. Même sur une île, il faut savoir garder un peu de distance.

★★★☆☆ Bergman Island
Un film de Mia Hansen-Løve (Fr-Bel-All-Suè-Mex, 1h52), avec Mia Wasikowska, Tim Roth, Vicky Krieps…


Bergman Island

De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h52) avec Mia Wasikowska, Tim Roth, Vicky Krieps

De Mia Hansen-Løve (Fr, 1h52) avec Mia Wasikowska, Tim Roth, Vicky Krieps

salles et horaires du film


Un couple de cinéastes s'installe pour écrire, le temps d'un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…

Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le mercredi 28 juillet

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le jeudi 29 juillet

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le vendredi 30 juillet

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le samedi 31 juillet

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le dimanche 01 août

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le lundi 02 août

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45
Bergman Island est à  l'affiche dans 6 salles le mardi 03 août

Cinéma Gérard Philipe

12 avenue Jean Cagne 69200 Vénissieux
(en V0) Mer, dim 16h30 - jeu 20h30 - ven, sam, lun 18h30 - mar 18h30, 20h30

Les Alizés

214 avenue Franklin Roosevelt 69500 Bron
Mer 16h15, 18h30 - jeu 14h, 18h45 - ven 21h - sam 16h30, 20h30 - dim 18h - lun 14h15, 18h45 - mar 16h15, 20h45

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
(en V0) 20h35 (sf mer, ven, dim 16h10)

Cinéma Comœdia

13 avenue Berthelot 69007 Lyon
(en V0) 13h20

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
(en V0) 17h20 - 19h45 + ven, sam 22h10

Cinéma Rillieux

81b avenue de l'Europe 69140 Rillieux-la-Pape
(en V0) Mer, jeu, lun 21h - ven 19h - sam 16h15 - dim 18h15 - mar 16h45

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Toxic Affair : "Phantom Thread"

Paul Thomas Anderson | Derrière le voile d’un classicisme savamment chantourné, l’immense Paul Thomas Anderson renoue avec le thème du “ni avec toi, ni sans toi” si cher à Truffaut de La Sirène du Mississippi à La Femme d’à côté. Un (ultime) rôle sur mesure pour l’élégant Daniel Day-Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Toxic Affair :

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte — ou plutôt brodée — tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’étonnant, au demeurant, étant donné le contexte… Couturier britannique, le réservé Reynolds Woodcock règne sur la haute société de l’après-guerre grâce à son génie créatif, sa prévenante séduction et la main de maîtresse de sa sœur Cyril, en charge du business comme de la “gestion” des muses qu’il consomme. Un jour d’errance, son attention est captée par une serveuse, Alma, dont il fait sa nouvelle égérie, mais qu’il ne pourra pas jeter comme les autres… Paul Estomac Anderson

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Graine de coco : "Le Jeune Karl Marx" de Raoul Peck

Biopic | de Raoul Peck (All-Fr-Bel, 1h58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps, Olivier Gourmet…

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

Graine de coco :

1844. Chassé d’Allemagne pour ses écrits jugés subversifs, le jeune Karl Marx s'expatrie à Paris avec son épouse Jenny. Au même moment à Londres, le jeune Engels s’insurge contre son père industriel et exploiteur. La rencontre entre Marx et Engels va accoucher d’une nouvelle doctrine… Raoul Peck se ferait-il une spécialité de dresser les portraits des grandes figures politico-morales progressistes ? Après son très récent documentaire consacré à James Baldwin (I am not your Negro) et surtout son Lumumba (2000) qui ressuscitaient des visages méconnus du grand public, le cinéaste haïtien braque ici sa caméra sur le totem rouge par excellence. Ce biopic polyglotte à hauteur “d'honnête d’homme”, en cela certainement fidèle au contexte de l’époque, ne sacralise pas le philosophe en le renvoyant régulièrement à ses contingences physiques (sexe, faim…) et matérielles — ce qui est, somme toute, d’une grande logique concernant le théoricien du matérialisme. Karl est un corps massif, qui use de sa présence pour asseoir ses idées. Si son am

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Stoker

ECRANS | Réalisateur de Old Boy et plus récemment du délicat autant que tarabiscoté Mademoiselle, Park Chan-Wook a brillamment réussi son transfert hollywoodien : c’était (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Stoker

Réalisateur de Old Boy et plus récemment du délicat autant que tarabiscoté Mademoiselle, Park Chan-Wook a brillamment réussi son transfert hollywoodien : c’était en 2013 pour Stoker, un thriller multipliant les références aux jeux macabres qui amusent tant les serial killers et autres désaxés peuplant le cinéma d’Alfred Hitchcock. Cet élégant bijou vénéneux fait l’objet d'une projection-conférence dans le cadre d’un cycle justement baptisé “Hitchcock et ses héritiers”. Aux 400 Coups à Villefranche-sur-Saône le samedi 20 mai à 16h

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Selma

ECRANS | Avec cette évocation du combat de Martin Luther King pour la reconnaissance du droit de vote des noirs dans les états du sud américain, Ava DuVernay réalise un honnête film à Oscars, qui ménage la chèvre didactique et le chou romanesque avec un certain sens de la nuance. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Selma

Dans l’offensive hivernale du cinéma inspiré d’une histoire vraie ou d’un personnage célèbre et destiné à récolter des (nominations aux) Oscars, Selma faisait figure d’outsider face aux brontosaures Imitation Game et Une merveilleuse histoire du temps. Pourtant, le film d’Ava DuVernay ne démérite pas et s’il s’avère plus linéaire que l’évocation d’Alan Turing, il est nettement moins académique que l’imbitable ménage à trois autour de Stephen Hawking… Tout est ici question d’angle : plutôt que de se lancer dans un biopic étouffe-chrétien du pasteur Martin Luther King, le film resserre sa focale autour d’un combat précis et symbolique de son engagement, celui de Selma, Alabama, ville représentative du déni de représentation fait aux noirs dans les états du sud, en particulier leur droit à voter lors des élections. Reconnu par la loi mais bloqué dans les faits par les autorités en place, il devient le cheval de bataille de Luther Kin

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Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

ECRANS | « Taxi » de Jafar Panahi. « 600 Miles » de Gabriel Ripstein. « Histoire de Judas » de Rabah Ameur-Zaïmeche. « Queen of the desert » de Werner Herzog.

Christophe Chabert | Samedi 7 février 2015

Berlinale 2015, jour 2. Un taxi en Iran, Kidman et Herzog dans le désert…

Les hostilités ont vraiment commencé aujourd’hui dans la compétition à la Berlinale avec la présentation de Taxi de Jafar Panahi. C’est, pour une multitude de raisons, un choc, mais un choc en douceur, à l’image de son réalisateur, dont le sourire et le visage empreint de bonté irradient l’image chaque fois qu’il en occupe le centre. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Panahi a été interdit d’exercer son métier de cinéaste par les autorités iraniennes suite à sa participation aux manifestations contre le régime. Et pourtant, il continue à faire des films dans la clandestinité, entre les murs de sa maison ou, comme ici, avec un courage remarquable, à l’air presque libre, dans les rues de Téhéran, faux taximan et vrai filmeur qui a truffé l’habitacle de caméras qu’il manipule à vue. Dans la première séquence, on assiste à la querelle entre un partisan de la peine de mort et une femme voilée, professeur dans une école, qui lui reproche sa sévérité et le soupçonne de défendre ses propres intérêts. À cet instant, le dispositif rappelle évidemment Ten de Kiarostami, dont il serait une version «pirate». Mais, dès que ces deux premiers passag

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Maps to the stars

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Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

Maps to the stars

La «carte des stars» du titre fait référence à ces dépliants indiquant l’emplacement des villas appartenant aux célébrités hollywoodiennes à Los Angeles ; la carte du dernier film de David Cronenberg se résume en revanche à un cercle d’une demi-douzaine de personnages portant des prénoms impossibles, gravitant dans l’univers du cinéma et unis par des liens scénaristiques mais aussi par de tortueux liens du sang. Il y a un jeune acteur de treize ans arrogant et cynique, star d’une franchise ridicule (Bad babysitter) et déjà passé par la case réhab', son père moitié gourou, moitié thérapeute new age, une comédienne vieillissante obsédée par le fantôme de sa mère morte dans un incendie, un chauffeur de limousine qui se rêve scénariste et acteur… Et, surtout, une fille mystérieuse qui s’incruste dans leur vie, un peu folle et portant sur son corps les stigmates de graves brûlures. Film choral ? Pas vraiment, car Maps to the stars tisse assez vite une toile réjouissante où chacun va illustrer la décadence dans laquelle s’enfonce un Los Angeles corrompu au dernier degré, réplique vulgaire et morbide de celui décrit par John Schlesinger dans s

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Only lovers left alive

ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Only lovers left alive

Adam et Eve ne sont ni le premier homme, ni la première femme de la Création, mais les derniers amants-vampires sur Terre ; c’est le premier scoop du nouveau film de Jim Jarmusch, joliment ironique. Eve s’est retirée à Tanger, où elle fréquente rien moins que Christopher Marlowe — qui, en plus d’avoir écrit les pièces de Shakespeare, est lui aussi une créature de la nuit, éternelle quoique mal en point ; Adam vit à Detroit au milieu de sa collection de guitares et de son studio analogique, reclus et phobique face aux «zombies» qui l’entourent — on ne saura pas si le terme qualifie péjorativement le commun des mortels ou si effectivement l’humanité est désormais divisée en deux catégories de morts-vivants. Les liens qui les unissent relèvent autant d’un héritage romantique que d’une réalité qui passe par les moyens de communication contemporains : Eve et son iPhone en FaceTime, Adam avec un bricolage mêlant câbles, télé et caméra. C’est en fait surtout la mise en scène de Jarmusch qui les réunit, comme lors de ces travellings en spirale enchaînés et fondus avec le mouvement d’un antique 33 tours. Son scénario aussi va les obliger à se retrouver : alors qu’Adam, t

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Stoker

ECRANS | Après avoir croisé "Thérèse Raquin" et un film de vampires dans "Thirst", Park Chan-wook se délocalise en Australie pour passer "L’Ombre d’un doute" au filtre de l’horreur gothique. Le résultat, ultra stylisé et plutôt distrayant, se présente comme une récréation dans son œuvre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Stoker

Une veuve éplorée, un oncle bellâtre prénommé Charlie revenu d’un long voyage à l’étranger et une adolescente introvertie nommée India à l’imaginaire macabre : voici les ingrédients de Stoker, drôle de film longtemps attendu qui marque les premiers pas de Park Chan-wook hors de sa Corée du Sud natale. Pas exactement aux États-Unis, mais sous la bannière australienne, avec deux actrices principales du cru : Mia Wasikowska, épatante et Nicole Kidman,  par ailleurs coproductrice, dont la carrière se risque de plus en plus vers des rivages troubles qui lui vont plutôt bien. Plus exotique encore, le scénario est signé Wentworth Miller, le beau gosse de la série Prison break, et on aimerait bien jeter un œil à son script tant celui-ci reprend — sans le citer, et c’est sans doute un tort — L’Ombre d’un doute d’Hitchcock. Dans son précédent Thirst, Park Chan-wook s’amusait déjà à relire l’intrigue du Thérèse Raquin de Zola dans l’univers contemporain et fantastique du film de vampires. C’es

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah ! les «bras concrets»…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de v

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Broken

ECRANS | De Rufus Norris (Ang, 1h30) avec Tim Roth, Eloïse Laurence, Cillian Murphy…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Broken

Malédiction des fictions puzzle contemporaines : ici, c’est une banlieue ordinaire de l’Angleterre où se jouent les petits et les grands drames d’une dizaine de personnages, avec comme pivot une jeune fille passant de l’enfance à l’adolescence. Ce regard-là est censé apporter une unité au film, mais conduit surtout à un déluge de chromos publicitaires et de voix-off singe savant, tandis que Rufus Norris manipule ses stéréotypes sans jamais chercher à les bousculer : le père violent et sa fille nymphomane et menteuse, le simplet gentil mais victime de la cruauté qui l’entoure, l’avocat quitté par sa femme au profit d’un professeur plus jeune… Le tout dans un savant désordre chronologique sentant l’exercice de style, qui ne se met en ordre que pour déverser un inquiétant pathos final teinté de bondieuserie naïve. Une fois de plus, quand un film force la sympathie du spectateur, c’est plutôt l’antipathie qui l’emporte. Christophe Chabert

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Restless

ECRANS | Deux adolescents flirtent avec la mort avant de flirter tout court dans ce beau film, sensible et pudique, d’un Gus Van Sant revenu de ses expérimentations arty. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 15 septembre 2011

Restless

Dans Serial noceurs, Will Ferrell initiait Owen Wilson au «funeral crashing» au cours d’une scène hilarante : il s’incrustait dans un enterrement pour y séduire une veuve éplorée. Dans Restless, c’est à peu près ce que fait Enoch (Henry Hopper, fils de Dennis), mais avec un tout autre but. S’il traîne de cérémonies funéraires en cérémonies funéraires, c’est pour s’approcher au plus près de la mort, qui le fascine intellectuellement et le pétrifie émotionnellement. Son manège est démasqué par la belle Anabel (Mia Wasikowska, l’Alice de Burton), qui a le même hobby que lui. Là, on pourrait penser à une variante autour du début de Fight club ; et une fois encore, Restless désamorce le potentiel morbide ou scandaleux de son sujet en livrant assez tôt la motivation d’Anabel. Atteinte d’une tumeur incurable, elle va aux enterrements des autres pour mieux se préparer au sien. Au-delà de ce flirt étrange avec la mort (Enoch a aussi un copain fantôme, un kamikaze japonais décédé pendant la deuxième guerre mondiale), c’est surtout le flirt des deux ados qui intéresse Gus Van Sant, et Restless est d'abord une belle et sensible histoire d’amour. Feuilles mortes

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L'Homme sans âge

ECRANS | De Francis Ford Coppola (Fr-Roum-All, 2h20) avec Tim Roth, Bruno Ganz...

Christophe Chabert | Mercredi 21 novembre 2007

L'Homme sans âge

Un vieux professeur, foudroyé en pleine rue, est transporté comme grand brûlé à l'hôpital. Quand il retrouve l'usage de la parole, les médecins se rendent compte qu'il a rajeuni d'une trentaine d'années. Ce miracle inexpliqué ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd : nous sommes en Roumanie en 1942, et les Nazis s'interrogent sur les capacités de cet "homme sans âge" qui, autrefois, travaillait sur l'origine du langage. Le problème étant que cet homme-là est atteint d'une forme étrange de schizophrénie, et qu'il ne peut effacer de sa mémoire le souvenir de la femme qu'il a aimée. Passé et présent, éternel retour et cours de l'Histoire, quête philosophique et tragédie amoureuse : pour son grand retour derrière une caméra après dix ans d'absence, Francis Ford Coppola montre qu'il a gardé son ambition intacte. L'Homme sans âge, adapté d'un roman de Mircea Eliade, est un film-monde où le cinéaste tente un grand pont entre le Rosebud de Citizen Kane et l'os transformé en vaisseau spatial de 2001, entre le romanesque à l'épreuve du siècle et la métaphysique la plus pointue. Car ce qui surprend, en plus de la maestria des images et de la mise

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