Images migrantes au Théâtre de l'Élysée

Vincent Raymond | Mercredi 20 octobre 2021

Photo : © Sarah Blum


Dans la foulée immédiate de la Semaine de l'Hospitalité de la Métropole, les Rencontres Cinéma et Migrations en Auvergne Rhône-Alpes effectuent leur escale lyonnaise au Théâtre de l'Élysée. Au riche programme de leur six jours, des thématiques quotidiennes (“traversée des frontières“ ; “déplacements, allers-retours et déchirements” ou encore “travailleuses immigrées”…) illustrées à chaque fois par des documentaires et des débats. Parmi la foule des œuvres présentées, on notera notamment deux réalisations d'Alice Diop : Vers la tendresse (2016) jeudi 28 à 22h30 et Nous (2020) dimanche 31 à 21h, en clôture. La journée du samedi 30 baptisée “Des migrations à la radio”, en cette année marquant les 40 ans de la libération des ondes, donnera également l'occasion de découvrir à 21h Les Femmes immigrées de Gennevilliers (1984) signé par la cinéaste féministe Carole Roussopoulos, en prélude à une nuit de la radio. Le Festival est largement ouvert puisque les prix sont libres.

Rencontres Cinéma et Migrations
Au Théâtre de l'Élysée du mardi 26 au dimanche 31 octobre

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Au Musée des Confluences, la planète à terre

ARTS | Exposition d’ampleur, aussi belle qu’anxiogène, La Terre en héritage a le mérite de remettre en perspective nos connaissances et montre comment depuis le néolithique, l'humain a dévoyé les richesses de son air, son sol, ses eaux à son seul profit.

Nadja Pobel | Mercredi 16 juin 2021

Au Musée des Confluences, la planète à terre

Attention au crash ! Sur une frise vertigineuse qui traite l’apparition de la vie et de l’homme en une année civile, l’apparition de la vie sur terre est posée le 1er janvier, l’arrivée du premier dinosaure date du 8 décembre, celle de l’homo sapiens du 31 décembre à 23h14 et celle de la révolution néolithique de 23h58 ! Ce sont donc ces "deux minutes" qui séparent de minuit qui sont ici exposées, avec leurs inventions et leurs destructions. Quand il y a 12 000 ans l'humain cesse de vagabonder pour chasser et cueillir de quoi vivre, il fait sa révolution néolithique. Cette sédentarisation est encore ce qui façonne l’ère de l’anthropocène actuelle. Elle est analysée par le travail conjoint du Musée des Confluences et de l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) via les thématiques se nourrir / posséder / occuper la Terre au cœur des 700 m² de la salle. Organisées de façon ciculaire, ces thématiques se déclinent via des objets de fouilles au centre, jusqu’aux objets actuels dans l’un

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Mikaël Muller : « si les salles de cinéma ont fermé, c’est pour mieux rouvrir »

Nous, les chiens | Directeur de la programmation chez Les Bookmakers / The Jokers, Mikaël Muller détaille les raisons ayant présidé au positionnement précoce du film "Nous, les chiens" pour la date de réouverture des salles de cinéma. Ils furent (parmi) les premiers…

Vincent Raymond | Mardi 30 juin 2020

Mikaël Muller : « si les salles de cinéma ont fermé, c’est pour mieux rouvrir »

À la faveur du décret lié à l’état d’urgence sanitaire, de nombreux distributeurs ont basculé leurs film en VOD. Or vous dès le début du confinement chez The Jokers / The Bookmakers, vous avez positionnés la sortie Nous, les chiens à la réouverture des cinémas… Mikaël Muller : On est resté fidèles à notre ligne de conduite. Au moment où l’on a commencé à travailler sur la programmation et la promotion de ce film, on entendait effectivement parler de ce fameux confinement qui allait arriver. Pour des raisons diverses et variées, de nombreux distributeurs ont décidé de retirer leurs films du line-up ; nous, au contraire, on a décidé d’avancer la sortie de Nous, les chiens au 8 avril. Dans notre esprit, il n’était pas imaginable, toutes les salles étant potentiellement encore ouvertes à la date du 8 avril, qu’il n’y ait pas de film d’animation sur cette période. Après, il y a eu confinement et on a voulu le rendre disponible dès la réouverture, pour accompagner les ciné

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L’esprit de la meute : "Nous, les chiens"

Animation | Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

L’esprit de la meute :

Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des Hommes si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage parce qu’ils ne n’ont plus

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Elsa Zylberstein vient présenter "Tout nous sourit"

Avant-Première | Actuellement en tournage du biopic consacré à Simone Veil sous la direction d’Olivier Dahan ; déjà à l’affiche de trois films depuis début 2020 (Selfie, Je ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Elsa Zylberstein vient présenter

Actuellement en tournage du biopic consacré à Simone Veil sous la direction d’Olivier Dahan ; déjà à l’affiche de trois films depuis début 2020 (Selfie, Je ne rêve que de vous, J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part), Elsa Zylberstein peut dire que tout lui sourit. Elle vient justement présenter son quatrième film de l’année, Tout nous sourit, en compagnie de la réalisatrice Melissa Drigeard à une date qui ravirait l’un de ses réalisateurs fétiches, Claude Lelouch. Espérons qu’elle soit aussi superstitieuse que lui… Tout nous sourit À l’UGC Confluence ​le vendredi 13 mars à 20h

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Images migrantes : cinéma, terre d’accueil

ECRANS | Jamais la question migratoire n’aura été si concrètement présente et, paradoxalement, si absente des débats. Instrumentalisée et fantasmée à des fins électoralistes, (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 septembre 2019

Images migrantes : cinéma, terre d’accueil

Jamais la question migratoire n’aura été si concrètement présente et, paradoxalement, si absente des débats. Instrumentalisée et fantasmée à des fins électoralistes, elle l’est sans conteste ; surtout à quelques mois du premier d’une longue série de scrutins : tous les commentaires visant à éclairer sur sa réalité humaine, sa causalité, sa nécessité étant noyées par le flot haineux des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Art forain, le cinéma garde sans doute dans ses gènes le souvenir d’une précarité nomade, il est en tout cas attaché à défendre les sans-voix. La preuve lors des Rencontres Cinéma et Migrations organisées à la Guillotière. Débutant par une soirée de courts-métrages en plein air — une Carte blanche au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand —, elle permettra de voir notamment le terrifiant Home de Daniel Mulloy (2016), histoire de comprendre l’arrachement de l’exil ou l’édifiant documentaire The Barber Shop de Gustavo Almenara & Émilien Cancet (2017) qui donne la parole aux réfugiés à Calais. Les quatre journées suivantes s’articu

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Constituante tuée dans l’œuf : "Nous le peuple"

ECRANS | 2018. À l’occasion du projet de réforme constitutionnelle, trois groupes travaillent ensemble, échangeant par vidéo. Les uns sont en prison, d’autres dans un lycée ; les troisièmes sont issues d’une association de mères de familles en banlieue parisienne. Que naîtra de leurs débats ?

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Constituante tuée dans l’œuf :

On peut légitimement entrer à reculons dans ce film, redoutant une confiscation de la parole par des médiateurs socio-cu ou le téléguidage par un quelconque sous-bureau d’un vague Ministère de la Cohésion de la Ville et de la Participation participative. Et puis non : l’association agréée d’éducation populaire Les Lucioles du Doc à l’initiative de ces ateliers reste discrète, stimulant les réflexions. Quant aux intervenants, ils sont loin d’être des figurants ou déconnectés de la “chose constitutionnelle“ — ce texte commun, fédérateur et garant des valeurs nationales. Leur voix est patiemment recueillie, soupesée, et naturellement des propositions plus vastes qu’une somme de revendications individuelles se forment au sein de cette agora virtuelle. Hélas, la réussite de ce processus démocratique (entérinant la viabilité d’une démarche participative) va se fracasser contre l’institution et la morgue du gouvernement. Car malgré l’écoute d’élus de l’opposition, la commission en charge du dossier va d’abord ignorer, puis rejeter les contributions citoyennes… avant que l’ensemble du projet soit ajourné dans la foulée du mouvement d

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Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Nous finirons ensemble | Personnage pivot des "Petits mouchoirs", Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ? Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, mais lorsque Guillaume me l’a proposé j’ai tout de suite dit oui. C’est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c’est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J’étais ravi. Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l’était-il également ? Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j’ai l’impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s’accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l’attirance qu’il avait pour Max dans le premier était de l’ordre d’une amitié forte : il considérait qu’il était plus heureux avec lui qu’avec sa femme ; ce n’est pas par hasard qu’il rencontre Alex — ce qui n’empêche pas qu'il éprouve toujours des sentiments pour

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Encore un peu plus à l’ouest : "Nous finirons ensemble"

Comédie dramatique | De Guillaume Canet (Fr, 2h15) avec François Cluzet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Encore un peu plus à l’ouest :

Dix ans après l’été maudit qui vit périr l’un des leurs, le groupe d’amis du Cap Ferret s’est disloqué. Sous l’impulsion d’Éric, ils se retrouvent tous pour célébrer les 60 ans de Max. Or celui-ci, sur le point de vendre sa maison, goûte guère la surprise… On prend les mêmes et on continue en suivant la recette : faire fermenter dans une résidence de nabab émirati ou de milliardaire texan un groupe “d’amis“ aux égos hypertrophiés se mesurant la longueur du portefeuille pour savoir qui sera le nouveau mâle alpha de la bande. Fatalement, il faut s’attendre à du combat de coqs. Quand ils en ont le temps, certains et certaines de ces quadra adulescents pensent (un peu) aux autres. Pas forcément à leurs enfants — ces boulets d’arrière-plan décoratif conservés en cas de nécessité dramatique — ; plutôt à la planète le temps d’un couplet fédérateur dans l’air du temps. Ces personnages seraient faits pour être raillés, on souscrirait volontiers. Mais non : il faut les aimer pour leurs “blessures“, conséquences de leur égoïsme et de leur arrogance aveugle. Des liens profonds unissant Canet

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Soi-disant libres et égaux

Théâtre | Avec sa valise, Anne de Boissy trimbale ce spectacle modeste et important qui inverse le rapport à la migration. Accueillie par Pôle en scène, c'est au lycée Jean-Paul Sartre de Bron à la mi-journée qu'elle vous attend un vendredi. Allez-y !

Nadja Pobel | Mardi 5 mars 2019

Soi-disant libres et égaux

« S'il y avait la guerre aujourd'hui en France, où iriez-vous ? » Janne Teller, quinquagénaire aujourd’hui, pose ainsi à un Français de quatorze ans, la question qu'elle a dans un premier temps énoncée à son pays, le Danemark. Partout où désormais ce spectacle est joué et traduit, c'est la nation hôte qui reçoit de pleine face cette interrogation. Imaginons, nous dit-elle encore, que notre pays bascule dans le totalitarisme et qu'il veuille prendre le contrôle d'une Union Européenne en échec. Il faut faire alors faire une demande d'asile au monde arabe, « le seul qui offre une possibilité d'avenir », et débarquer dans un camp en Égypte. Il n'y a rien à faire et déjà des tensions se font jour entre ressortissants européens. Il va falloir déjouer une langue inconnue, s'habituer à la pauvreté et vendre des gâteaux dans les rues quand ses parents (ministre et profs) l'ont habitué à une vie plus huppée. Il y a quelque chose de pourri... Anne de Boissy, compagnonne de longue date du NTH8 notamment, s'empare avec sa rigueur habituelle et une profonde empathie de ce texte clair, nécessaire dans une époque si trou

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Pôle les mains ! : "Vaurien"

Huis clos | de et avec Mehdi Senoussi (Fr, 1h30) avec Romane Bohringer, Carlo Brandt, Lizzie Brocheré…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Pôle les mains ! :

Lassé d’être discriminé à l’embauche, un chômeur diplômé d’origine arabe prend en otage l’agence Pôle Emploi de Vénissieux. Pendant les quelques heures que dure son acte désespéré, il tente de faire passer son message en direct sur une radio locale, puis de négocier une rançon… Comédien et déjà auteur de plusieurs courts (ainsi que d’un long-métrage), le Lyonnais Mehdi Senoussi ne s’est pas ménagé pour diriger et interpréter ce film, dont on suppose la haute résonance symbolique personnelle : le propos, clairement social et politique, est intégré dans une intrigue de polar. Malheureusement, sa sincérité évidente n’occulte pas les incertitudes d’une réalisation peinant à transcender le huis clos, l’intrigue eût en effet davantage convenu à un format court. Son délayage tristounet est certes un peu racheté par le twist final. Et l’on reconnaît à Senoussi une obstination certaine et le talent d’avoir su en fédérer d’autres autour de lui comme Romane Bohringer, Carlo Brandt ou Pascal Elbé.

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Vaurien

Avant-Première | Comédien, Mehdi Senoussi a été aperçu au théâtre chez Stanislas Foriel et au cinéma notamment dans Qu’Allah bénisse la France et Fatima. Passant à la réalisation, (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Vaurien

Comédien, Mehdi Senoussi a été aperçu au théâtre chez Stanislas Foriel et au cinéma notamment dans Qu’Allah bénisse la France et Fatima. Passant à la réalisation, c’est tout naturellement qu’il a choisi d’effectuer l’avant-première de son long-métrage Vaurien dans le cinéma de Vénissieux — là où il a vécu une partie de son enfance — avant d’aller le montrer à Bron. Tourné avec, entre autres Romane Bohringer, Steve Tran et Pascal Elbé, ce film sera présenté par une partie de l’équipe. Vaurien Au cinéma Gérard-Philipe à Vénissieux ​le samedi 27 janvier à 20h30

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Le diable se déshabille en bla-bla : "Que le diable nous emporte"

ECRANS | Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Le diable se déshabille en bla-bla :

Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, pour certain·e·s jamais vu une traîtresse image de ses longs-métrages. Depuis sa condamnation devant les tribunaux pour harcèlement et agression sexuelle dans le cadre de son activité de cinéaste, ses opus anciens et récents sont tous entachés de suspicion — d’autant que l’homme n’a pas renoncé à filmer des femmes se dévêtant et s’aimant dans de vastes appartements : Que le diable nous emporte en témoigne. Et sa confidentialité, comme sa fragilité économique, en font une bien commode cible expiatoire : lorsque l’affaire Weinstein a enfin éclaté (et qu’il fallut faire choir des têtes), quelques heures suffirent pour que sa rétrospective prévue pour janvier à la Cinémathèque soit reportée sin

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Glace noces : "La Montagne entre nous"

Romance | de Hany Abu-Assad (E-U, 1h47) avec Kate Winslet, Idris Elba, Beau Bridges…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Glace noces :

Trop pressée pour attendre, une photo-journaliste sur le point de se marier convainc un médecin d’affréter un avion de tourisme afin de rentrer au plus vite. Mais leur appareil s’écrabouille en altitude… Bonne nouvelle : après trois semaines à suer de la crasse dans la neige, à frôler la gangrène acétonobutylique et à manger des racines, Kate Winslet a des sous-vêtements immaculés, la peau lisse et le poil soyeux dans les bras de Mistre Freeze. Cela, bien qu’elle souffre d’une sévère déshydratation — mais elle a quand même eu la veine de s’abîmer au milieu de nulle part avec un chirurgien célibataire à son goût, capable de fabriquer une perfusion à partir d’un vieux tuyau et d’un sac en plastique. Aventureux mixte de film catastrophe et de romance (deux catégories destinées à rapprocher les couples de spectateurs·trices dans les salles) La Montagne entre nous réussit sa séquence d’accident, particulièrement immersive. La suite est tellement cousue de fil blanc comme neige qu’on aimerait presque être surpris par une issue

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Tant mieux… : "Tout nous sépare"

Polar | de Thierry Klifa (Fr, 1h38) avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu…

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Tant mieux… :

Tout chez Thierry Klifa trahit le désir de faire des “coups” : confronter la briscarde Deneuve à l’apprenti comédien Nekfeu, faire que Nicolas Duvauchelle la rudoie salement ; donner à Diane Kruger un rôle de camée estropiée et meurtrière… Oh, il reconnaît bien volontiers avoir bâti en partie son scénario autour de l’image de la Reine Catherine empoignant un fusil de chasse à la manière de Clint Eastwood pour défendre son territoire, mais cette fugace séquence n’est pas de nature à bouleverser ni le cours du récit, ni l’Histoire du cinéma. Tout au long du film, la comédienne reste en effet fidèle à ce qu’elle a toujours incarné et représenté : une bourgeoise (ici cheffe d’entreprise) à la paupière distante et la diction précieuse, fumant du bout de ses ongles peints en rouge des cigarettes slim. La dimension tragique de ce polar pâtit en sus d’une séquence de meurtre terriblement maladroite, puisque l’emballement des personnages menant au geste fatal sonne faux. Si l’on a du mal à croire à la réalité de l’acte, la suite du drame nous indiffère.

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"Ce qui nous lie" : un bon millésime pour Cédric Klapish

Le Film de la Semaine | D’une vendange à l’autre, une fratrie renoue autour du domaine familial… Métaphore liquide du temps et de la quintessence des souvenirs précieux, le (bon) vin trouve en Cédric Klapisch un admirateur inspiré. Un millésime de qualité, après une série de crus inégaux.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur et son frère à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie), Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien, constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant. Au temps en emporte le vin Ce qui nous lie estompe cette inquiétude : respectueux de son sujet — l’apprentissage et la domestication du t

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Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

Entretien | C’est sur les terres du châteauneuf-du-pape, aux Rencontres du Sud d’Avignon, que Cédric Klapisch est venu évoquer en primeur le douzième degré de sa filmographie — lequel, à la différence du vin, peut se déguster sans modération.

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

Qu’est-ce qui vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. C’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime. Mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le vin a été peu exploité sur grand écran… C’est un sujet inépuisable, et il a été pour moi une des raisons de faire ce film : ce produit est associé à l’image de

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"À ceux qui nous ont offensés" : Fassbender en incarnation du Gitan britannique

Critique | Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad s’apprête à quitter sa roulotte avec femme et enfants pour se fixer dans une maison en dur. Mais Colby n’a pas l’intention de le laisser partir… Après Brad Pitt dans Snatch, voici Michael Fassbender en nouvelle incarnation du Gitan britannique — rien à voir avec leurs cousins du Continent, souvent représentés de manière moins glamour chez Kusturica ou Gatlif. Ce constat mis à part, les problématiques rencontrées par cette population au Royaume-Uni sont identiques : pilote chevronné voulant se ranger des voitures, Chad goûte à l’ostracisme lorsqu’il s’aventure hors du clan. Un rejet que subit également sa progéniture, au grand bonheur de Colby, qui croit à une forme de déterminisme social : un statu quo renforce son emprise sur le groupe. Film complexe, multiple, À ceux qui nous ont offensés marie à la fois le

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Myriam Marzouki : dévoiler les préjugés

Théâtre Nouvelle Génération | Stigmatisé et clivant, instrumentalisé, le voile pourrait être un vêtement comme un autre. Myriam Marzouki dédramatise le port de ce bout de tissu dans une pièce délicate avec de multiples de points de vues.

Nadja Pobel | Jeudi 16 février 2017

Myriam Marzouki : dévoiler les préjugés

Dans cette France meurtrie par les attentats, l'islam est trop souvent confondu avec le fanatisme et la bêtise assassine. Un symbole de ces regards irréconciliables qui renvoie à notre européanocentrisme ? Le voile. Myriam Marzouki, franco-tunisienne, féministe et athée, comédienne et metteur en scène, interroge le poids de ce bout de tissu au travers de plusieurs personnages et saynètes avec des textes empruntés à Virginie Despentes, à Pasolini, à Saint-Paul et d'autres écrits pour cette pièce. Documentaire, politique, ce travail est également drôle et léger. Par exemple quand il s'agit pour une jeune femme d'aller essayer un voile en magasin, comme Julia Roberts entamait un défilé de mode dans des cabines d'essayages de Pretty Woman. Plutôt que de collecter la parole de celles qui le portent, Marzouki s'est penchée sur ceux qui regardent, avec colère, amusement ou condescendance. Mais aussi en montrant que ces réactions sont bien souvent dénuées de

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"Chez nous" : nous en sommes arrivés là...

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux fait le coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême-droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Belvaux s’y attendait, il n’a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d’autorité — forcément — assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu’il s’agissait d’un « film de propagande » (re-sic) n’ayant pas sa place sur les écrans à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l’avoir vu. Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d’un si modeste film ? Sans doute : ils savent l’opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel permettant de manipuler le peuple en douceur — avec son consentement de surcroît. L’effet haine La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d’extrême-droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du Nord. Mère célibataire méritante, infirmière libérale appréciée de tous, fille de syndicaliste communiste et dépolitisée, elle affic

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Lucas Belvaux, chez nous

ECRANS | Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Lucas Belvaux, chez nous

Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne représentent plus rien ? Tentative de réponse avec Lucas Belvaux dans sa nouvelle fiction, inspirée par l’air du temps, Chez nous, qu’il vient justement présenter dans notre ville en avant-première. À voir avant d’en parler. Chez Nous Au Comœdia le mercredi 25 janvier à 20h

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La fin des utopies

SCENES | Sans être désenchantée, la génération de Julie Deliquet regarde dans le rétroviseur via Brecht et Lagarce, avant de se coltiner à sa réalité dans un triptyque peu novateur sur le fond, mais épatant dans sa forme.

Nadja Pobel | Mardi 15 mars 2016

La fin des utopies

Trentenaire passée par le Conservatoire de Montpellier, l’École du Studio Théâtre d’Asnières et l’école de Jacques Lecoq, Julie Deliquet a trouvé en route des compagnons avec lesquels créer en 2009 ce collectif portant en lui la notion d’expérimentation, In Vitro. D’emblée, ils montent Derniers remords avant l’oubli dans lequel Jean-Luc Lagarce signe la fin des utopies : un trio amoureux ayant acheté une maison se retrouve flanqué et d’un nouveau conjoint, et de leur solitude, pour clore ce chapitre. Sans éclat, entre cynisme et lassitude, ces personnages sont justement interprétés ; sans trop en faire, par une troupe qui une heure plus tôt a démontré à quel point elle savait jouer collectif. En effet, à cette échappée dans les années 80, Julie Deliquet a trouvé un prequel avec la pièce de Brecht, La Noce, qui tourne comme dans un film de Vinterberg, au règlement de compte à mesure que les verres d’alcool se vident et que le mobilier, construit par l’époux, se dézingue. La metteuse en scène parvient habilement à établir une tension au long court, évitant les trous d’air grâce à ses ac

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Les Super-pouvoirs du Théâtre du Bruit

SCENES | S’immerger dans l’intimité des êtres dotés de super-pouvoirs comme nous y invite l’auteur et metteur en scène Jonathan Lobos, c’est déjà aller à la rencontre de (...)

Nadja Pobel | Mercredi 10 février 2016

Les Super-pouvoirs du Théâtre du Bruit

S’immerger dans l’intimité des êtres dotés de super-pouvoirs comme nous y invite l’auteur et metteur en scène Jonathan Lobos, c’est déjà aller à la rencontre de cette jeune troupe du Théâtre du Bruit qui n’a peur de rien. Surtout pas de monter une pièce (Je suis, jouée la semaine dernière) avec huit comédiens sur un plateau de poche, sans coulisses, et d'y introduire des instruments de musique aussi volumineux qu’une batterie. Non, cette compagnie issue de la formation lyonnaise de l’école Premier Acte ne craint personne. Et ose tout. Dans le premier volet de ce diptyque, durant deux heures, chacun va interpréter maints personnages et inventer une multitude de lieux (salle de classe, cabinet de médecin, salle de concert…). Revêtus de combinaisons en lycra jusqu’au bout des doigts, les personnages de comics tentent de faire en sorte que leurs pouvoirs (tel celui de remonter dans le temps) ne les coupent pas trop du monde qui les entoure. C’est tout le paradoxe de ce spectacle qui met en évidence l’isolement de ses personnages en jouant de l’esprit collectif des comédiens. Bien sûr, à trop vouloir en faire, le metteur en scène entraîne parfois sa créat

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Rentrée cinéma : du côté des festivals

ECRANS | Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

Rentrée cinéma : du côté des festivals

Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les formes de cinéma. Ça va aller vite, autant être prévenu. Lumière s’achèvera en effet avec l’ouverture des vacances de la Toussaint… et donc le lancement du festival Les Toiles des Mômes dans les salles du GRAC (du 17 octobre au 1er novembre). Dédié au jeune public, complété par des animations, ce rendez-vous autrefois baptisé Toiles des Gones prend du galon en dépassant les frontières de la Métropole. Aux mêmes dates, Ciné Filou sillonnera les Monts du Lyonnais. Le cinéma Les 400 Coups de Villefranche accueillera ensuite la 20e édition de ses Rencontres du Cinéma Francophone (du 9 au 15 novembre) avec son lot d’avant-premières présentées par leurs auteurs, précédant le doyen des festivals de l’agglomération, l’incontournable 36e Festival du film Court de Villeurbanne au Zola (13 au 22 novembre). Plus discret, mais pas moins intéressant, Sol'enFilms programmera (dans les salles du GRAC à nou

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S'émanciper avec Brigitte Giraud

CONNAITRE | L'apprentissage du deuil (la perte d’un être cher, une maladie, un exil…) qui parcourt les ouvrages de Brigitte Giraud depuis la parution de La (...)

Nadja Pobel | Mardi 1 septembre 2015

S'émanciper avec Brigitte Giraud

L'apprentissage du deuil (la perte d’un être cher, une maladie, un exil…) qui parcourt les ouvrages de Brigitte Giraud depuis la parution de La Chambre des parents en 1997 est encore au cœur de son dernier roman, Nous serons des héros. Années 70, Olivio et sa mère quittent le Portugal de Salazar pour trouver asile en France chez des amis. Si le gamin ne comprend pas pourquoi (le père a été arrêté par la police politique) et serre comme un vestige son chat Oceano, elle sait qu’adopter une autre langue, trouver un travail, s’enticher d’un autre homme est le seul destin que lui a laissé sa patrie en proie à la dictature. La France, qui avait été la terre d’accueil de la petite Brigitte Giraud quittant l’Algérie (J’apprends) est ici racontée avec bienveillance. C’est là qu’Olivio grandit et s’émancipe jusqu’à aller seul voir ce Portugal enfin libéré par la douce Révolution des œillets. Sans jamais surligner les bornes historiques de son récit, Brigitte Giraud sait donner de l'ampleur à ce sujet déchirant du déracinement par la description de non-événements, furent-ils aussi banals que le débarrassage d’une table ou aussi attendus que le douloureu

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Inupiluk + Le Film que nous tournerons au Groenland

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr, 32 min + 32 min) avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca…

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Inupiluk + Le Film que nous tournerons au Groenland

Après le très réussi 2 automnes, 3 hivers, Sébastien Betbeder est revenu au format court avec Inupiluk : en trente minutes bien tassées, il suit deux potes hipsters et glandeurs, Thomas et Thomas, qui accueillent Ole et Adam, venus directement du Groenland pour passer quelques jours en France. Ponctué par des notations intimes — le père de Thomas vit au Groenland, sa copine ne répond plus à ses SMS — Inupiluk s’amuse du décalage de langue et de culture pour tisser un récit de vacances à la Jacques Rozier, de la Tour Eiffel à la dune du Pilat. Cette sensation de liberté et d’improvisation est franchement séduisante, et Betbeder confirme sa capacité à séduire un air du temps contemporain qui laisserait l’inquiétude à la porte. Pour cette sortie en salles, il y a adjoint un autre court, Le Film que nous tournerons au Groenland, qui en est le prolongement logique : les deux acteurs retrouvent le cinéaste pour élaborer une suite où cette fois-ci ce sont les Français qui partiraient dans le village de leurs nouveaux amis groenl

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Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de cœur de la compétition (2)

ECRANS | "Ocze Masz" de Kacper Lisowski. "Poisson" d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux. "Tant qu’il nous reste des fusils à pompe" de Caroline Poggi et Jonathan Vinel. "Café de la plage" de Xavier Champagnac, Prune Saunier et Gilles Gaston-Dreyfus.

Christophe Chabert | Jeudi 20 novembre 2014

Festival du film court de Villeurbanne : nos coups de cœur de la compétition (2)

Une des déceptions de cette compétition 2014, c’est la faiblesse des courts européens présentés, largement distancés par les films français, mais surtout francophones — comme on l’expliquera dans notre billet de demain. Un exemple : Safari de l’Espagnol Gerardo Herrero, qui sombre dans le mauvais goût le plus total en créant un suspens malsain et clipesque autour d’une tuerie façon Columbine. D’ordinaire, le court espagnol sait être mordant et caustique, mais dans ce cas, il n’est qu’un vain exercice de style d’un petit malin cherchant à choquer pour choquer. Il faut toujours une exception pour confirmer la règle : ce sera donc le Polonais Ocze Masz (qu’on peut traduire par La Fête des pères) qui, sans être aucunement révolutionnaire, tient plutôt correctement son programme doux-amer. Un chanteur punk vieillissant passe la nuit avec une groupie levée à la fin d’un concert et se réveille le matin avec la gueule de bois, la demoiselle dans le coma et son fiston sur les bras. C’est beaucoup pour un seul homme, surtout quand il a fait de l’absence de responsabilités une véritable éthique de vie. Il tente d’abord de refourguer le ga

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Paroles de poilus

SCENES | C’est sobre sans être cheap, émouvant mais pas larmoyant. Belle réussite que Nous crions grâce, pièce reprise par le metteur en scène et comédien Jérôme Sauvion huit (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 avril 2014

Paroles de poilus

C’est sobre sans être cheap, émouvant mais pas larmoyant. Belle réussite que Nous crions grâce, pièce reprise par le metteur en scène et comédien Jérôme Sauvion huit ans après qu’il l’ait créée. Certes, en cette année qui commémore le centenaire de la Première Guerre mondiale, cette replongée dans les écrits (notamment des lettres de soldats au front) sur cette gigantesque boucherie est opportune. Reste que ces textes intemporels se doivent d'être au premier plan de ce moment du souvenir. Partageant la scène avec Pascal Gimenez, Sauvion les donne à entendre très distinctement, sans pour autant n’en proposer qu’une lecture améliorée. Le duo les met réellement en scène, via un vrai travail sur les lumières (impérieux bleu blanc rouge qui se dessine à cour d’entrée de jeu) et la technique (une caméra filme et retransmet en fond de scène un petit train et des soldats de cartons). Loin de n'être que des gadgets, ces adjonctions renforcent avec modestie des propos où il est question de courage et d’honneur, tels ceux de cette mère dont le fils va être fusillé car il a refusé de participer à un assaut : «mort pour mort ne valait-il mieux pas digne

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Voir l’invisible

ECRANS | Une nouvelle édition pertinente du festival À nous de voir à Oullins, où le cinéma scientifique est aussi passionnant sur son versant cinéma que sur son versant science. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 novembre 2013

Voir l’invisible

Qu’on se le dise : À nous de voir est un des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération. Il n’a qu’un seul inconvénient : il tombe en même temps qu’un autre des meilleurs festivals de cinéma de l’agglomération, celui du film court de Villeurbanne. Même si les deux jouent la complémentarité, dur pour le spectateur de se dédoubler afin de suivre l’un et l’autre, et c’est souvent à rebours que l’on constate les trésors qui sont montrés à Oullins. L’an dernier, par exemple, le festival présentait en compétition le très beau Le Bonheur… terre promise de Laurent Hasse, qui a depuis connu un joli voyage dans les salles hors des circuits de diffusion traditionnels. Pour cette 27e édition, À nous de voir reste donc fidèle à son credo, celui du film scientifique, appréhendé tant dans sa dimension cinématographique que par sa manière d’aborder des sujets relevant des sciences dures comme des sciences humaines ou sociales. Fidélité à sa formule aussi : les films donnent lieu à des débats avec des intervenants, que ce soient les réalisateurs ou des spécialistes des questions soulevées.

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La Nuit, tous les chats sont Gray

CONNAITRE | Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout (...)

Christophe Chabert | Vendredi 21 juin 2013

La Nuit, tous les chats sont Gray

Le Festival Lumière lancé, il est temps pour l’Institut Lumière de sortir de son Cinéma Lumière (malheur du journaliste qui abhorre les répétitions, tout s’appelle Lumière désormais rue du Premier film) pour investir la place Ambroise Courtois et proposer en plein air et à la tombée de la nuit, un nouvel Été en Cinémascope (qui ne s’appelle pas encore L’Été en Cinémascope Lumière ; ouf !). Cette saison, il y aura du Tsui Hark, du Truffaut, du Woody Allen et du Hitchcock au menu (et aussi du vélo, centenaire du Tour oblige), mais l’apéritif d’ouverture tient déjà bien au ventre, puisqu’il s’agit de La Nuit nous appartient, James Gray cuvée 2007 et sommet de sa trilogie mafieuse. Antidaté dans les années 90, contexte souligné dès une première scène où l’on entend Heart of glass de Blondie à fond les enceintes d’une boîte de nuit pendant que, dans les bureaux, Eva Mendes se prodigue quelque plaisir manuel sous les yeux ébaubis de Joaquin Phoenix — température estimée sur la place à cet instant de la projo : 50°

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Il ne pense K ça

SCENES | Le Grenoblois Bruno Thircuir et sa Fabrique des petites utopies investissent Bourgoin-Jallieu avec "Nous sommes tous des K", repas-spectacle populaire basé sur un texte de Kakfa. Rencontre avec le metteur en scène pour évoquer ce projet et, plus globalement, les mutations de sa compagnie. Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Vendredi 3 mai 2013

Il ne pense K ça

La Fabrique des petites utopies est une institution à Grenoble. Une compagnie menée par Bruno Thircuir qui propose depuis douze ans un théâtre fort et engagé, que ce soit sur le fond (elle pose notamment un regard pertinent sur l’Afrique) ou sur la forme (avec son camion-théâtre). Que le metteur en scène se confronte aujourd’hui à Kafka et l’une de ses œuvres phares qu’est Le Château (1926) n’est donc pas tellement une surprise. «Quand je l’ai lu il y a vingt ans, je me suis dit que cet auteur avait deviné que l’on allait vers une paralysie des relations. C’est de ça dont souffre cet étranger lorsqu’il arrive dans ce village d’Europe [le personnage de K, arpenteur, se heurte à l’hostilité des villageois et, surtout, à celle de l’administration, NDLR]. Je l’ai acheté au Bénin en 1996 et je me suis alors dit qu’un jour je le monterai avec un comédien noir dans le rôle de K. Parce qu’aujourd’hui, ce n’est plus un juif qui est exclu de la société [Kafka était de confession juive, NDLR], c’est un noir, un arabe… En choisissant très radicalement de rendre K noir, on bascule dans une situat

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Pialat à poing levé

ECRANS | Une rétrospective chasse l’autre à l’Institut Lumière. Après celle consacrée à Michael Cimino, c’est maintenant Maurice Pialat qui est à l’honneur durant tout le (...)

Christophe Chabert | Lundi 4 mars 2013

Pialat à poing levé

Une rétrospective chasse l’autre à l’Institut Lumière. Après celle consacrée à Michael Cimino, c’est maintenant Maurice Pialat qui est à l’honneur durant tout le mois de mars. Autrement dit, de fortes personnalités, des réalisateurs qui ont essoré leurs producteurs par leur perfectionnisme et leur désir de ne faire aucun compromis. Dans le cas de Pialat, les choses sont plus compliquées encore : son cinéma cherche l’accident, le surgissement de la vie et du naturel dans l’espace contrôlé du tournage. On le sait, Pialat était exigeant avec ses comédiens, matière première et décisive de sa méthode. Pour le meilleur : Depardieu, systématiquement génial chez lui, de Loulou au Garçu, de Police à Sous le soleil de Satan ; Sandrine Bonnaire, qu’il découvre dans À nos amours et retrouve dans Police puis, magistrale, en Mouchette dans Sous le soleil de Satan ; ou Dutronc, inoubliable Van Gogh. Pour le pire aussi, tant ses rapports furent parfois houleux avec certains — Jean Yanne dans Nous ne vieillirons pas ensemble, Sophie Marceau pour Police. C’est cependant ce qui fait la grandeur du cinéma de Pialat : q

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Les voyants passent au rouge

CONNAITRE | Toujours impeccable, la programmation du festival À nous de voir, consacré aux films scientifiques au sens très large du terme, affirme une ligne toujours plus politique année après année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 novembre 2012

Les voyants passent au rouge

Il y a comme un marabout-bout de ficelle entre le festival du film court de Villeurbanne, À nous de voir et le tout neuf Mode d’emploi : certains films du premier se retrouvent dans la programmation du second, et certains sujets abordés du côté d’Oullins vont trouver un écho dans la manifestation organisée par la Villa Gillet. Si À nous de voir avait au départ l’ambition de mettre en lumière un genre (le film scientifique) dont on pouvait penser qu’il était un peu ingrat, la qualité de sa programmation, l’exigence dans le choix des intervenants et sa volonté de rebondir sur les questions les plus actuelles ont peu à peu posé ce rendez-vous comme un vaste forum de réflexion sur ce qui agite la société. On ne s’étonnera pas d’y trouver cette année la présence de Pierre Carles, infatigable pourfendeur des collusions entre le médiatique et le politique, avec son dernier brûlot autoproduit où il démontre que DSK et Hollande furent les candidats choisis par les médias dominants avant de l’être par les sondés, puis par les électeurs. La démarche de Carles n’a rien de scientifique ; c’est un pamphlétaire, un guerrier de l’image, un poil à gratter nécessaire dans une démo

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut

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Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 21 août 2012

Une rentrée cinéma en apesanteur

Une rentrée sans Palme d’or cannoise n’est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d’un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l’accompagner vers la mort. C’est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L’autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d’intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l’Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou Miou...

Jerôme Dittmar | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'Été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, à la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'écoute. Un gros pari quand on connaît le CV du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. Jérôme Dittmar

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Passé, présent, futur

ECRANS | Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Passé, présent, futur

Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de son concept : sciences dures, mais aussi sciences sociales, sciences de la terre et de l’environnement… Pour cette édition anniversaire, À nous de voir récapitule avec panache cette ouverture maximale. D’abord en choisissant la réactivité face à l’actualité : l’Histoire en marche du côté des pays arabes sera doublement représentée au sein de sa sélection, avec Tahrir (place de la libération) de Stefano Savona et Fragments d’une révolution, montage de documents amateurs tournés pendant l’insurrection réprimée en Iran. Actualité encore avec un double programme consacré à la crise financière où seront projetés Les Coulisses de la crise d’Hervé Vacheresse et La Stratégie du choc de Michael Winterbottom. Actualité enfin avec la venue d’Ariane Doublet, une des grandes documentaristes françaises, qui présentera son dernier film, La Pluie et le beau temps, où elle évoque la mondialisation à travers la production du lin en France et son exploitation en Chine. Dans ce festival riche en proposi

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Laboratoires d’images

CONNAITRE | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, réconcilie cinéphiles et scientifiques autour d’une approche du documentaire comme œuvre d’auteur ouvert sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 novembre 2010

Laboratoires d’images

Les images de la guerre, la question du travail, les mutations urbaines… Les thèmes du 24e festival À nous de voir ne dépareilleraient pas au milieu d’un grand forum d’actualité façon Libé. Mais non ; la manifestation reste fidèle à son projet initial : expliquer la science à travers le regard des cinéastes, qu’ils soient documentaristes, cinéastes de fiction, ou qu’ils aillent au gré de leur carrière de l’un à l’autre. C’est le cas cette année de trois personnalités importantes : Sergey Loznitsa, dont le premier film de fiction, "My joy", sort justement cette semaine sur les écrans. À Oullins, on pourra découvrir un de ces documentaires, "Blockade", qui retrace à travers un montage d’archives resonorisées le siège de Saint-Petersbourg pendant la Deuxième Guerre mondiale ; René Vauthier, auteur du film référence sur la guerre d’Algérie, "Avoir vingt ans dans les Aurès". Un cinéaste engagé et infatigable, victime de la censure, dont le festival présentera un court métrage de 1971, mais aussi un documentaire sur son travail, "Algérie, images d’un combat", signé Jérôme Laffont ; enfin, José Luis Guerin, cinéaste barcelonais qui s’était fait connaître avec le beau "Innisfree", où il re

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Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h39) avec Marina Hands, Julien Doré, Guillaume Gallienne…

Dorotée Aznar | Jeudi 1 avril 2010

Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…

On aime bien Pascal Thomas, mais il y a des limites. Pour comprendre ce qui coince avec Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour, il faut convoquer Le Grand Appartement, petit chef d’œuvre de comédie vitaliste, bordélique, généreuse, libre et sereinement irresponsable. Un petit chef d’œuvre volontairement naïf aussi, ce qu’aimerait être ce roman photo un peu aberrant dont accouche ici Thomas. Si l’on retrouve des points communs (un même ton, joyeux, bouffon, malin, entier et marginal), c’est d’abord l’opérette (citée dans Le Grand Appartement) que le film veut revisiter - sans parole ni musique, plutôt une question de style et d’état d’esprit. Pas forcément une mauvaise idée, sauf que le casting ne suit pas. Ainsi Marina Hands et Julien Doré jouent aux candides amoureux tels deux ados attardés, l’humeur est pouet pouet comme l’humour, et l’image, cheap, n’a pas peur du mauvais goût puisqu’elle l’assume ; en témoignent les génériques empruntant leur habillage au plus hideux des faire-part de mariage. Décalé tout en se voulant premier degré, le film se cherche sur le terrain de la bluette extatique et satirique alors qu’il se ré

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Nous sommes le peuple !

ARTS | En une quinzaine de panneaux, cette courte exposition retrace l'histoire de l'Allemagne de la Guerre froide. Si cette période a été particulièrement sujette (...)

Nadja Pobel | Jeudi 26 novembre 2009

Nous sommes le peuple !

En une quinzaine de panneaux, cette courte exposition retrace l'histoire de l'Allemagne de la Guerre froide. Si cette période a été particulièrement sujette à des rétrospectives ces derniers mois pour cause de 20e anniversaire de la chute du Mur, il est toujours utile de rappeler que le parti unique dirigé par Honecker (avec son épouse en charge de l'éducation de 1963 à 1989 !) a compté jusqu'à 174 000 indicateurs bénévoles chargés d'épier leurs voisins. Cette frise historique visible au CHRD jusqu'au 28 février - avec une visite guidée dimanche 6 décembre à 15h - a le grand mérite de ne pas se clore sur l'apothéose du 9 novembre 1989. Elle relate aussi la fragile période qui a conduit à la réunification d'octobre 90 et au retour à la vie occidentale des «Ossies» aussi comblés que désorientés par cette nouvelle liberté.

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Viens voir les physiciens…

ECRANS | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, propose une nouvelle édition avec des films toujours aussi étonnants, des questions très actuelles et une pincée de divertissement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 novembre 2009

Viens voir les physiciens…

La place particulière que tient dans le paysage des événements cinématographiques lyonnais le festival À nous de voir tient à son thème : le film scientifique. D’où question : qui es-tu, le film scientifique ? Certainement pas un machin bricolé avec le caméscope de mamie dans un labo par un chercheur en physique quantique ou le délire d’un geek fabriquant, tel Woody Harrelson dans l’épouvantable 2012, des vidéos animées expliquant que la fin du monde est pour demain… À nous de voir propose à l’inverse des films scientifiques qui sont avant tout des œuvres d’auteur et de recherche au sens cinématographique autant que scientifique du terme. C’est leur réunion en thématiques qui finit par poser des questions globales et actuelles sur le monde dans lequel nous vivons. Pour son édition 2009, le festival présente ainsi un triptyque opportun et éloquent autour d’Internet. Le web 2.0 et son utopie participative sont ainsi interrogés dans leurs possibles politiques (La Campagne du net, sur son efficacité démocratique), via l’explosion des blogs (Twenty show, où des jeunes racontent leur rapport à cet outil banalisant la fiction de soi) et, plus étonnant, l’apparition du web-documentaire int

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Ne nous fâchons pas

ECRANS | Georges Lautner Gaumont DVD

Christophe Chabert | Mercredi 8 avril 2009

Ne nous fâchons pas

Gaumont réédite une dizaine de films de Lautner, dont ses deux monuments archi-cultes que sont Les Tontons flingueurs et Les Barbouzes. Pas la peine d’y revenir, donc autant se reporter aux autres titres, plus éclairants quant à la nature versatile du cinéaste. On pouvait espérer redécouvrir une perle avec Laisse aller, c’est une valse, écrit par Bertrand Blier et interprété par Jean Yanne. Mais le film est raté, Lautner traitant tout au deuxième degré, oubliant que les meilleures parodies respectent toujours leur matériau d’origine. On ne parlera pas non plus de Quelques messieurs trop tranquilles, adapté du facho ADG par Jean-Marie Poiré, véritable pamphlet contre l’esprit 70’s, aussi lourd que craignos. Lautner n’aimait guère les jeunes, c’est sûr. Pourtant, il faut revoir Ne nous fâchons pas, petit bijou aussi drôle qu’efficace, où Audiard sort le grand jeu, Ventura est au summum et même Jean Lefebvre s’y montre excellent en dépressif poissard. Remarquablement réalisé, on y trouve une exception à cette règle fièrement conservatrice : le Colonel anglais est sans arrêt entouré par un groupe mods, et le film se termine par une séquence qui célèbre dans la joie cette explosion rock

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On aime Nous Non Plus

MUSIQUES | Musique / Six originaux en provenance de New York viennent envahir le Festival Lyon in Rock. Un dico bilingue sous le bras, ils entendent donner des leçons de pop en français et de révolution dansante aux enfants de Lafayette. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 30 janvier 2009

On aime Nous Non Plus

Fatiguée de la dictature des quotas et élevée dans le trop plein de «nouvelle chanson française», la plupart des jeunes groupes rock hexagonaux actuels a choisi d’assumer de chanter en Anglais. Manière, mondialisation oblige, de multiplier leurs chances de briller à l’étranger et/ou de masquer peut-être un manque d’inspiration, comme le persiflait récemment Alister dans nos colonnes. Manière surtout de se rendre à l’évidence : l’anglais est la langue du rock' n’roll, c’est comme ça y a pas à tortiller et that’s all right mama. Il est donc d’autant plus saugrenu de voir une poignée de jeunes New-yorkais baptisée Nous Non Plus venir prêcher le jacquestoubonisme sous nos fenêtres, affirmant haut et fort que la langue du rock'n’roll c’est le français, monsieur ! Au passage on ne sera pas étonné de constater que le programmateur du festival Lyon in Rock, à l’initiative de cette invitation, est le chanteur de Déjà Vu, l’un des rares groupes lyonnais et même français, à pratiquer un rock plus british que la marmelade dans un français d’école. Fille AtomiqueLa démarche de Nous Non plus, elle, se trouve à mi-chemin entre l’esprit révolutionnaire Sans-Culottes (l’ancien nom du g

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Scientiflicks !

ECRANS | À nous de voir, le festival Science et cinéma d’Oullins, propose pour la 22e année un étonnant panorama de questions scientifiques qui traversent la société, illustrées par des films à la qualité revendiquée et aux problématiques souvent pertinentes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 novembre 2008

Scientiflicks !

Quoi de commun entre la maladie d’Alzheimer, l’analyse d’une toile de maître, le quotidien d’un chirurgien au bloc opératoire ou la diminution de la fécondité masculine dans les espèces animales ? Ce sont tous des sujets abordés par un des films présentés au cours de la 22e édition d’À nous de voir. Cela devrait suffire à convaincre de l’approche extrêmement large et variée que le festival a de la science : sciences dures, sciences humaines, sciences sociales et même science de l’art. «Ça fait très longtemps qu’on cherche à être sur toutes les sciences» confirme Pascale Bazin, déléguée générale de la manifestation. «Sachant que le festival pose aussi la question de comment la science affecte notre environnement et en quoi elle concerne en priorité l’individu». Autrement dit : pas de déconnexion entre le quotidien et les œuvres présentées, mais une authentique interaction qui se traduit par la formule adoptée pour «montrer» les films : chaque projection est suivie d’un débat avec un intervenant, qu’il soit cinéaste, chercheur, scientifique ou, plus inattendu, game designer ou infirmière ! Les films plutôt que les sujetsAinsi, l’ambition du festival a toujours été d’établ

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«Un film qui m’a libéré»

ECRANS | Entretien / Joël Séria, réalisateur de «Mais ne nous délivrez pas du mal» et invité de L’Étrange festival. Propos recueillis par CC

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

«Un film qui m’a libéré»

Petit Bulletin : D’où est venue l’idée de Mais ne nous délivrez pas du mal ?Joël Séria : J’étais pensionnaire dans les années 50, dans des collèges religieux. J’ai eu des mauvais rapports avec mes parents parce que je refusais la scolarité, et en 1952 ou 53, j’avais lu dans un journal un fait-divers, avec la photo d’une fille : elle avait tué sa mère avec une de ses copines. C’était une histoire très particulière, et j’avais été marquée par la photo de cette fille, très jolie, je l’avais découpée et gardée dans mon portefeuille. Ce fait-divers a eu un écho chez moi, même si je n’ai pas eu plus d’informations dessus. J’ai fini ma scolarité, je suis monté à Paris, j’ai d’abord été comédien puis j’ai décidé de me diriger vers la réalisation. J’écrivais des poèmes, même un premier roman non publié, et tout d’un coup j’ai voulu être réalisateur ; dans ma famille on adorait le cinéma, mais le cinéma du samedi soir ! J’ai fait deux courts-métrages, dont un avec Jean Seberg qui m’avait prêté de l’argent pour le tourner, sur l’entraînement des boxeurs. Et après cela, je me suis lancé dans l’aventure de Mais ne nous délivrez pas du mal, avec un producteur

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Cinéma in vitro

ECRANS | Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses (...)

| Mercredi 29 novembre 2006

Cinéma in vitro

Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses sélections sur des questions de société, accueillant des documentaires dont les sujets et la forme garantissent à la manifestation un caractère populaire et présentant l'ensemble avec un souci constant de pédagogie (chaque séance est précédée d'une conférence ou d'un débat). Deux grands cinéastes ont cette année les honneurs du festival : Frederic Wiseman et Gérard Mordillat. Wiseman, c'est un peu le Depardon américain. On connaît ses grandes enquêtes documentaires sur les institutions que sont Welfare et Public Housing, moins ses films consacrés aux comportements des animaux ; c'est cet aspect de son œuvre qui sera discuté à Oullins, avec une conférence et un film, Primate. Quant à Gérard Mordillat, après une carrière en demi-teintes comme réalisateur de fictions, c'est bel et bien le documentaire (et sa rencontre avec Jérôme Prieur) qui lui offrit un second souffle : un film sur Antonin Arthaud, et une longue enquête historico-scientifique sur le Christ, Corpus Christi, présentée cette année. Pour ce qui est des thèmes ret

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Images sans équations

CONNAITRE | Festival / Avec une constance remarquable, À nous de voir, festival du film scientifique de Oullins, propose chaque année une programmation passionnante et pas aussi ardue que son thème pourrait le laisser croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Images sans équations

Avec À nous de voir, c'est chaque année la même histoire. Il faut faire tomber les préjugés : un festival de films scientifiques ? À Oullins, en plus ? Sur le papier, ça fait forcément un peu peur... Mais voilà, le festival aime autant le cinéma que les leçons scientifiques, et le "thème" des films présentés, même s'il offre ensuite la matière à un débat avec des invités "spécialisés", n'interdit pas de le déborder par une approche d'auteur. Prenons un des programmes les plus stimulants de cette édition... Consacré à l'autisme, il se divise en trois parties : un documentaire de cinquante deux minutes signé Adrien Rivollier traitant de la musicothérapie comme approche communicative pour les enfants autistes (Les Notes au-delà des maux), puis le portrait intime que Sandrine Bonnaire a réalisé sur sa sœur malade (Elle s'appelle Sabine) et finalement une rencontre avec un écrivain (Jacqueline Berger) et un médecin (Anne Visdomine)... De l'objectif de la caméra à l'objectivité du regard scientifique, en passant par la subjectivité du drame personnel, ce programme dessine un cercle parfait qui montre que les regards peuvent se croiser et s'enrichir. Le quotidien extraordinaire

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