Antonin Peretjatko : « je suis prêt à remettre le couvert avec Josiane Balasko »

La Pièce rapportée | Une guichetière épouse un fils de famille et éprouve l’hostilité continue de la revêche “Reine Mère” déçu par cette mésalliance. Tel est le point de départ de la nouvelle comédie burlesque du Grenoblois Antonin Peretjatko, en partie tournée à Lyon avec Josiane Balasko. Rencontre…

Vincent Raymond | Mercredi 24 novembre 2021

Photo : © Atelier de production / Orange Studio / Auvergne Rhône Alpes Cinéma


Était-ce facile pour vous de composer un personnage aussi détestable que celui de cette “Reine Mère” ?
Josiane Balasko
: Oh, c’est amusant ! Faire “semblant de”, comme les enfants qui jouent au gendarme, ou au théâtre où l’on gueule sur scène, c’est pas pour de vrai… Entrer dans un personnage qui n’est pas le mien et jouer ce qu’il y a à jouer, c’est ça que j’aime. Mais il faut qu’on ait l’impression que c’est pour de vrai ! Le truc amusant en plus ici, c’est que c’est un personnage de bourgeoise, très riche, avec des bijoux, qu’elle vit dans une maison incroyable.

Justement, cette maison, plus qu’un décor, est un élément central du film…
Antonin Peretjatko
: On l’a trouvée vers Lyon, après une recherche basée autour de l’époque. Et ce n’était pas du tout ce que j’imaginais au départ — à savoir un intérieur un peu haussmannien, plus classique comme on peut s'y attendre dans la bourgeoisie. Elle contournait un peu le cliché de ce qu’on pouvait attendre et surtout ses coursives m’on très vite inspiré des idées de mise en scène. En plus, quand on a visité des immeubles haussmanniens, j’ai eu peur que finalement ça fasse pièce de théâtre — déjà qu’il y a beaucoup d’intérieurs. Jouer dans un décor baroque, assez extraordinaire, finalement, ça décalait vers le surréalisme. Mais après, pour être sûr que je n’étais pas complètement à côté de la plaque, je me suis quand même renseigné sur les hôtels particuliers parisiens : il y a bien ce genre de choses un peu étranges, à la fois gothiques et art déco, construits entre 1890 et 1900 — pas beaucoup, mais quelques-uns…

Vous avez également tourné au Parc de la Tête d’Or, mais aussi fait d’un bâtiment officiel le palais de Pinochet…
AP
: J’espère qu’ils vont pas trop gueuler ! D’ailleurs, vous avez vu la tour Eiffel ? On l’a incrustée dans le paysage au fond de la Tête d’Or, quand Ava (Anaïs Demoustier) et son amant (William Leghbil) nagent dans le lac après leur dispute avec les Anglais.

Dans votre générique, très travaillé comme à l’accoutumée, la Région Auvergne Rhône-Alpes, coproductrice du film, est remerciée avec une gratitude insistante assez cocasse…
AP
: Au départ, on m’avait dit « faut mettre la Région là, et puis ici, et puis là ». En trente secondes, il fallait la mettre trois fois. Donc j’avais placé tout plein de logos Région et même mis en avant tous les lieux spécifiques, même le Festival de Clermont-Ferrand et le Festival Lumière ! Et puis on m’a fait comprendre que j’avais poussé le bouchon un peu trop loin et la production s’est autocensurée. C’est peut-être un regret aujourd’hui, j’aurais peut-être dû insister un peu plus…

Josiane, vous changez beaucoup d’univers en ce moment : Grâce à Dieu, Tralala
JB
: C’est en fonction de ce qu’on me propose, comme tous les baladins. J’aime découvrir l’univers de metteurs en scène différents. Et puis… c’est parce que les autres actrices sont mortes (éclats de rire) : « -Qui est-ce qui reste ? -Balasko, on n’a pas le choix ! » (rires). Cela tient aussi à l’évolution de ce que j’ai fait. Une pièce a beaucoup fait pour que les metteurs en scène s’intéressent à moi, La Femme rompue de Simone de Beauvoir mise en scène par Hélène Fillières. D’un seul coup, ça a ouvert les horizons pour des gens qui ne pensaient pas forcément à moi.

AP : Justement, je l’avais vue dans Grâce à Dieu. C’est ça qui a fait le déclic : je me suis dit « c’est ça ! c’est génial, on y va ! ». Parce que du coup, je savais qu’elle pouvait aller dans la “kolossal finesse”.

Il y avait aussi Le Hérisson
AP
: Ah ça j’étais pas né (rire). En tout cas, l’envie de la faire jouer était présente depuis assez longtemps. Mais jusque-là, je n’avais pas vraiment de rôle pour elle. Je suis prêt à remettre le couvert dès que possible. Tant qu’il y a à manger…

JB : Ah ben il est très courageux (éclat de rire).

AP : Vous avez vu ? Sur le tournage, je me faisais tancer sans arrêt…

Comme tout votre cinéma, ce film est à la fois burlesque et politique, très critique visi-à-vis de la situation sociale…
AP
: C’est un film sur un entre-soi déconnecté de la réalité. C’est pour ça que je filme les bidonvilles dans Paris. Tout à coup, le personnage d’Ava qui vient d’un milieu modeste se retrouve projetée un peu par chance, ou malchance, en tout cas par hasard, dans la haute société et elle revoit ce qui aurait pu l’attendre. Mais elle ne se révolte pas ; elle ne rentre pas chez elle en disant « ouais, c’est pas normal ». Au contraire, elle se sent en sécurité. Elle essaie seulement d’échapper à l’emprise de la Reine Mère tout au long du film.

Entre La Loi de la jungle et La Pièce rapportée, il y a eu un court-métrage, Panique au Sénat, une sorte d’utopie politique. Est-ce parce que l’histoire se suffisait à elle-même dans ce format ou bien parce qu’il n’y avait pas de financement pour un long ?
AP :
Le long a mis du temps à se mettre en place… Parfois, il y a eu d’autres propositions de producteurs entretemps. Après, pour Panique au Sénat, j’avais écrit un film prévu pour faire vingt minutes, mais je me suis effectivement demandé à un moment si ça ne valait pas le coup de l’adapter en long, en étoffant beaucoup le scénario. J’ai envie de tourner tout le temps ! Il y a un mois, j’ai tourné un court-métrage de 25 minutes de zombies, pour tester des choses, pour rencontrer des comédiens et changer un petit peu de proposition cinématographique… Et pour ne pas rentrer dans un ronron.

Le choix de Floc’h pour l’affiche vient-il de vous ou d’une proposition qui vous a été faite ?
AP
: Un peu des deux. J’ai toujours apprécié ses dessins. Quand on a eu l’opportunité de faire une affiche avec lui, quand le le distributeur me l’a proposé, j’ai immédiatement accepté. Et ça été immédiatement bien vu : n’y a pas eu quinze allers-retours. Il est très fort. J’ai eu de la chance.

Dans son livre Sélection officielle, Thierry Frémaux reproduisait la désopilante lettre que vous lui aviez adressée pour le convaincre de prendre votre film à Cannes. Lui avez-vous écrit depuis ?
AP
: Ah ! Non, j’ai failli… Et puis bon voilà, je ne l’ai même pas fait. Quand j’y ai pensé, c’était trop tard pour la sélection à Cannes (plaisantant). Il avait fait une grosse erreur en ne prenant pas La Loi de la Jungle : il disait que c’était trop franco-français — ce qui n’est pas mon avis…

★★★☆☆ La Pièce Rapportée
Un film de Antonin Peretjatko (Fr 1h27) avec Anaïs Demoustier, Philippe Katerine, Josiane Balasko…


La Pièce rapportée

De Antonin Peretjatko (Fr, 1h36) avec Anaïs Demoustier, Josiane Balasko, Philippe Katerine

De Antonin Peretjatko (Fr, 1h36) avec Anaïs Demoustier, Josiane Balasko, Philippe Katerine

salles et horaires du film

La Pièce rapportée est à  l'affiche dans 3 salles le mercredi 01 décembre

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
Mer - dim 16h50 - 18h40 - 21h, jeu - sam 16h30 - 18h40 - 21h, ven 16h35 - 21h05, lun 16h20 - 18h50 - 20h50, mar 16h50 - 21h

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
11h (sf jeu - ven - lun - mar) - 14h - 16h - 18h - 20h + ven - sam 22h

Comoedia

13 Av. Berthelot 69007 Lyon
11h15 (sf mer - ven - sam - dim) - 14h - 15h50 - 20h15
La Pièce rapportée est à  l'affiche dans 3 salles le jeudi 02 décembre

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La Pièce rapportée est à  l'affiche dans 3 salles le vendredi 03 décembre

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La Pièce rapportée est à  l'affiche dans 3 salles le dimanche 05 décembre

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La Pièce rapportée est à  l'affiche dans 3 salles le lundi 06 décembre

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ECRANS | Un film de Éric Lavaine (Fr, 1h37) avec Alexandra Lamy, Josiane Balasko, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Auteur du très injustement mésestimé Protéger et Servir (comme du moins mémorable Barbecue), Éric Lavaine adore adapter au format de la comédie des sujets de société ne prêtant pas forcément à rire. Se saisissant des désarrois de la “génération boomerang” humiliée par un retour subit et subi chez môman, il signe un double portrait de femmes d’autant plus réussi qu’il est dépourvu de vulgarité, ce saprophyte du rire ordinaire. Malgré les apparences, la mère n’y est pas qu’une mamie poussiéreuse dépassée par la modernité ; elle possède son petit tempérament — sans surprise, Josiane Balasko se montre parfaite pour jouer sur les deux registres. Quant à Alexandra Lamy en fille déprimée, elle se ferait presque manger par sa sœur à l’écran, Mathilde Seigner : en peau de vache, la seconde retrouve enfin de la subtilité dans son interprétation et redevient attachante. Certes, la presque trop grande efficacité du dialogue, aux répliques sur-ciselées façon Francis Veber, donne à l’ensemble des allures de succès des planches transposé devant la caméra. Ma

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Joséphine s'arrondit

ECRANS | De et avec Marilou Berry (Fr, 1h30) avec Mehdi Nebbou, Cyril Gueï…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Joséphine s'arrondit

En s’arrondissant, Joséphine s’affranchit de la BD d’origine signée Pénélope Bagieu. Marilou Berry prend également son autonomie et les commandes du film (au revoir, Agnès Obadia !) pour ce qui devient sa première réalisation. L’actrice accouche d’une comédie plutôt satisfaisante sur le thème rebattu et casse-museau (n’est-ce pas, Rémi Besançon ?) des conséquences d’une gestation sur une primipare et son conjoint (pas vrai, Patrick Braoudé ?). Ce n’est donc pas l’originalité de l’histoire, connue par n’importe quel(le) spectateur(trice) qui mérite le détour, mais sa manière d’être racontée et jouée : sans les niaiseries post-pubères girlie émaillant ce type de production et dynamisée par une distribution très homogène qui ne lorgne pas sur les comédies new-yorkaises pour savoir ce qu’il convient de faire. Mention spéciale à la séquence de jérémiades sous-titrée et à la couette ornée de petites fraises. VR

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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La Fille du 14 juillet

ECRANS | Premier long-métrage d’Antonin Peretjatko, cette comédie qui tente de réunir l’esthétique des nanars et le souvenir nostalgique de la Nouvelle Vague sonne comme une impasse pour un cinéma d’auteur français gangrené par l’entre soi. Qui mérite, du coup, qu’on s’y arrête en détail… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts-métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé Vincent Macaigne, dont l’aura de metteur en scène de théâtre — dont on a pu lire du

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Mes héros

ECRANS | De Eric Besnard (Fr, 1h27) avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac...

Jerôme Dittmar | Jeudi 6 décembre 2012

Mes héros

Exemple effarant d'un cinéma post-sarkozy qu'on n'aurait jamais voulu voir naître, Mes héros confirme l'état alarmant de la production française en 2012. Pire que tout, cette comédie d'occupation où la tendresse neuneu côtoie le militantisme débile a des airs de Mamie fait de la résistance chez Jardiland. Dans un décor digne d'un shooting pour magazine déco, Josiane Balasko cache un jeune sans-papiers (le juif de l'an 2000) qui, séparé un temps de sa mère, trouve refuge à la campagne où il découvre les joies des tartines au beurre et de la 2CV vintage. Venue d'un autre temps, cette fable morale qui lave plus blanc que la Mère Denis, veut tout réconcilier : la famille, le pays, les années Hortefeux et ses gendarmes. Mené tambour battant par un duo Jugnot/Balasko ayant enfanté Clovis Cornillac (pire casting de l'année), Mes héros laboure l'humanisme blotti dans le petit coeur de chacun. L'enfant, qui n'a rien demandé à personne, enfonçant le clou de ce cauchemar hygiénique. Jérôme Dittmar

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Repris(e) de justesse

MUSIQUES | Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 29 septembre 2011

Repris(e) de justesse

Musique / On est tous d’accord : Philippe, le dernier album de Katerine, ce n’était vraiment pas ça. Mais avec Katerine, il y a toujours un double fond, un train électrique qui en cache un autre (le très pop Les Créatures et son pendant lo-fi L’Homme à trois mains, le double segment Hélicoptère dans le film Peau de cochon). Donc, tandis qu’il enregistrait les vaines miniatures de Philippe, Katerine bricolait avec un groupe nommé Francis et ses peintres «52 reprises dans l’espace» de standards français, d’abord uniquement disponibles sur un site internet. L’affaire fit son petit effet car les chansons, loin de n’être que des gadgets amusants, démontraient que le garçon n’avait rien perdu de son oreille musicale. Et pourtant ! Transformer Partir un jour des 2B3, en balade mélancolique, ou À toutes les filles que j’ai aimées en morceau cool jazz à la Henry Mancini ne tombait pas sous le sens… Katerine et ses acolytes témoignent ainsi d’un génie réjouissant du contre-pied : pour Rectangle de Jacno, la mélodie au synthé originale est reprise au ukulélé, complétée par une ligne de basse, une batterie et des claquements de doigts ; à l’inverse, Un lapi

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Je suis un no man's land

ECRANS | De Thierry Jousse (Fr, 1h32) avec Philippe Katherine, Julie Depardieu…

Christophe Chabert | Mardi 18 janvier 2011

Je suis un no man's land

Grands admirateurs de l’œuvre de Luc Moullet, Thierry Jousse et Philippe Katherine lui rendent hommage avec cette comédie où Katherine, dans son propre rôle de chanteur à succès, se retrouve fictivement dans le village de son enfance et la maison de ses parents, à la faveur d’une étrange malédiction spatio-temporelle — et d’un effet spécial qui laisse songeur. Le prologue du film, catastrophique, où Judith Chemla cabotine outrageusement en vamp cherchant à coucher avec le chanteur, préfigure le ratage qui va suivre. Globalement dépourvu du moindre rythme, d’une grande platitude cinématographique (la HD n’est absolument pas maîtrisée), le film se contente de juxtaposer ses idées sans la moindre construction scénaristique, Katherine assurant un lien bien mou entre toutes les histoires (l’ancien pote aigri, l’ornithologue nocturne, le couple parental). Ce n’est ni drôle, ni mélancolique, mais ça se voudrait un peu des deux. Quant à Katherine, après son album de l’an dernier, il sape à nouveau sa crédibilité avec ce film à l’onanisme revendiqué. CC

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Spécial K

MUSIQUES | Katerine est un K à part sur la scène française. Ambigu, déjanté, farfelu, le personnage se plaît à jouer les ingénus. Mais est-il toujours aussi génial, à force de marcher en funambule sur la corde ténue qui sépare le brillant du ridicule ? Stéphanie Lopez

Dorotée Aznar | Vendredi 19 novembre 2010

Spécial K

Simplet savant ou génie déconnant ? Parangon kitsch ou pygmalion punk ? Provocation à deux balles ou prodige capital ? Le K Philippe déconcerte. Jusqu’ici, on avait toujours tenu en estime son talent délirant pour la chanson décalée, son humour singulier sur disque, sur livre et au cinéma (Peau de cochon), son sens unique de l’absurde et de l’autodérision… Autant de miroirs à peine déformants tendus sur la société pour en railler les déraillements. Mais en déboulant à la rentrée avec un neuvième album qui se vautre dans la régression, la grossièreté et le déblatérage d’onomatopées, Philippe Katerine nous a laissés perplexes comme une baleine devant une banane. OK, à première écoute, on s’est marré comme le cétacé en découvrant ses phrases choc balancées à la raie publique («Liberté mon cul, fraternité mon cul…»), ses chansons bien crues pour bien dire que notre monde est cuit. Derrière l’insoutenable légèreté du paraître, on a vite compris que l’époux Groland use de pipi-caca pour exorciser sa colère : à n’en point douter son caprice infantile est sincère. Le problème n’est donc pas les lyrics de La Reine d’Angleterre («je vous chie à la raie»), ce sont plutôt les musiques qui cour

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Le Hérisson

ECRANS | De Mona Achache (Fr-It, 1h40) avec Josiane Balasko, Togo Igawa, Garance Le Guillermic…

Christophe Chabert | Jeudi 25 juin 2009

Le Hérisson

Dans les cercles de lecteurs, après des mois de succès phénoménal, le livre de Muriel Barbery L’Élégance du hérisson avait été rebaptisé Le Hérisson tout court. Comme Les Ch’tis au cinéma l’an dernier… Le film tiré de ce best-seller que tout le monde a lu (sauf nous) prend acte de ce diminutif, ce qui lui permet au passage de prendre aussi ses distances avec le roman. Il faut dire qu’indépendamment de son origine littéraire, Le Hérisson se présente comme une œuvre d’une terne modestie, à la tristesse constante proche par instants de la neurasthénie. Tout est dit quand Paloma, la petite fille qui assume l’arc narratif principal, saisit une caméra Hi-8 (cette caméra vidéo pré-DV dont Alain Cavalier avait fait un usage superbe dans La Rencontre et Vies) et filme son quotidien bourgeois et étriqué, soudain révélé par la pauvreté de l’image. Mona Achache, dont c’est le premier film, ne fait pas de vague non plus dans sa mise en scène, propre, invisible, évanescente. L’éloge de la bonté d’âme manifestement héritée de Barbery, qui culmine dans la relation entre la concierge Renée (Balasko, en mode Cette femme-là, son plus grand rôle) et son voisin japonais Ozu (magnétique Togo I

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Cliente

ECRANS | de et avec Josiane Balasko (Fr, 1h45) avec Nathalie Baye, Éric Caravaca…

Christophe Chabert | Mardi 23 septembre 2008

Cliente

Une quinquagénaire friquée se paie un gigolo trentenaire, marié et dans la dèche ; voilà un sujet qui convenait parfaitement à Josiane Balasko. Pour preuve : elle l’avait déjà traité dans un bouquin éponyme, faute de trouver des producteurs assez courageux pour le porter directement à l’écran. Plus personnel que son précédent et désastreux L’Ex-femme de ma vie, Cliente n’en est pas moins raté. Un ratage latent plus que criant, le film se contentant d’accumuler des scènes assez convenues et platement filmées, des dialogues pimentés de mots d’auteur pas toujours heureux jusqu’à un dernier tiers franchement laborieux. Ce qui manque pour que la sauce prenne, c’est le désir : les rapports Baye-Caravaca ne sont jamais charnels, alors qu’ils ne sont, au départ du moins, rien d’autre, et tout le trouble qui devrait en découler en est annihilé. Seule la description d’une banlieue multiraciale qui ne pose pas de problème à ceux qui y vivent apporte un peu de chaleur à un film étrangement désincarné et lointainement ennuyeux.CC

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