​Juliet, l'inoubliable discrète

Icône | De toutes les idoles féminines de la Nouvelle Vague, elle est celle dont l’aura a toujours été accompagnée d’un mystère aussi paradoxal qu’insondable ; celle aussi qu’une mort prématurée aura vitrifiée dans ses légendes précoces et successives, à l’aube de nouvelles gloires prometteuses. Juliet Berto (1947-1990) est à l’honneur à la Cinémathèque de Grenoble.

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Photo : Collection Christophe L © Babylone Films / Odessa Films / Marion s Films / Moune Jamet


« Sur les vieux écrans de 68/Vous étiez Chinoise mangeuse de frites/Ferdinand Godard vous avait alpaguée/De l'autre côté du miroir d'un café… » Six ans après La Chinoise, film prophétique des événements de Mai-68 pour toute une génération de baby-boomers, Yves Simon dédie à une jeune comédienne de 26 printemps rien moins que la chanson-titre de son album, Au pays des merveilles de Juliet. C’est dire son aura. Imagine-t-on aujourd’hui une comédienne française de cet âge bénéficier d’une pareille dédicace ? Ne cherchez pas : il n’y en a pas.

Née sous le nom d’Annie Jamet dans une famille ouvrière de Grenoble, celle qui s’est rebaptisée Juliet et a pris le patronyme de son premier époux, le comédien Michel Berto, a rapidement fait son chemin. Surfant le premier ressac de la Nouvelle Vague, elle croise Jean-Luc Godard dès 1963, qui détecte une personnalité atypique derrière son mystérieux minois : un regard recru, une lippe grave ainsi qu’un timbre de voix démentant la rondeur encore poupine du visage. Et cette sophistication à la fois élégante et décalée qui fait d’elle une petite sœur putative de Jeanne Moreau ou de Delphine Seyrig, à mille lieues des jeunes premières BCBG à la Deneuve ou Romy Schneider illuminant l’époque de leur blondeur ingénue.

Deux ou trois choses que je sais d’elle, La Chinoise, Week-end, Le Gai Savoir, Vladimir et Rosa… De 1966 à 1969, Godard trouve en elle une sorte de “modèle“ au sens bressonien du terme, d’incarnation de l’époque, de répondant à Jean-Pierre Léaud, voire de silhouette féminine nécessaire pour installer la continuité de sa musique lorsque les avant-postes sont occupés par des têtes d’affiche. En parallèle, après un rôle fantastique de vampire contemporain pour Claude Miller (Juliet dans Paris, 1967), Juliet enchaîne dix films entre 1968 et 1969 chez notamment Marcel Camus, Francis Leroi, Jean-Daniel Verhaeghe, Marin Karmitz (futur producteur et exploitant, alors réalisateur révolutionnaire) avant d’atterrir dans la troupe de Jacques Rivette. Ce nouveau Pygmalion va, après Godard, lui donner l’occasion de prendre un nouvel élan… à 23 ans.

Derrière la caméra

Chez Rivette, l’écriture est un jeu collectif volontiers ouvert aux comédiennes et comédiens. Une discipline qui ravit la jeune actrice, intégrée dans le film monstre-chorale Out 1 : Noli me tangere (1970) auprès de Léaud, Bulle Ogier et même d’un certain Jean-François Stévenin — l’assistant-réalisateur qu’elle convainc par son énergie de passer de l’autre côté de la caméra. Elle retrouvera Rivette à deux reprises, pour des manières de contes modernes : jouant la Céline de Céline et Julie vont en bateau (1974) et Leni dans Duelle (1976). Si sa carrière ne connaît pas le moindre ralentissement, lui donnant l’occasion de multiplier les expériences au théâtre, à la télévision (notamment face à Simone Signoret dans la série Madame le juge), le cinéma malgré de fameuses rencontres — Glauber Rocha, Robert Kramer, Losey, Tanner… — ou des films grand public — avec Claude Berri, Christian de Chalonge — ne lui offre pas ou plus ce qu’elle attend. Elle arbore désormais une petite trentaine magnétique, des cheveux ondulés et des tenues Agnès b. ; on suppose qu’elle regarde avec intérêt ce qui se trame dans les mouvements cold wave et novö — le début des années Lang sera bientôt, dans un joyeux melting-“potes“, le catalyseur d’une Movida à la française, hélas de courte durée…

Prescience de la fugacité des choses ? Juliet se hâte de franchir le pas, s’attelant à la réalisation d’un premier long (après l’expérience d’un court en 1974, Babar Basses’mother) : ce sera Neige (1981), co-signé avec son compagnon Jean-Henri Roger. Jean-François Stévenin, qui peu avant a réalisé Passe-Montagne, est de l’aventure : entre deux portes, il a accepté ce qu’il pense être une panouille avant de découvrir qu’il tient l’un des rôles principaux. Le premier jour sur le plateau, il note des flottements dans l’équipe technique, susceptibles de fragiliser une production à l’économie précaire. Alors, quand son amie lui demande ses impressions, il n’hésite pas à lui confier ses observations. Juliet Berto encaisse et arbitre : en deux jours, elle opère les changements indispensables à l’avènement de son film. Lauréat du Prix du jeune cinéma à Cannes, Neige est suivi par un autre polar, Cap Canaille (1982) puis par Havre (1986), « conte et beau cauchemar » selon elle. Elle publie également un récit autobiographique cru, La Fille aux talons d’argile. Le temps presse, le temps file. En 1990, elle succombe à un cancer, laissant outre une œuvre immense, le souvenir de sa lumière chez ceux qui l’on côtoyée. Et une salle de cinéma à son nom à Grenoble…

Neige, jeudi 6 janvier à 20h, salle Juliet-Berto, Grenoble

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"Neige" de Juliet Berto et Jean-Henri Roger : nuits intranquilles boulevard de Clichy

Drame | À l’aube des années 1980, autour de Pigalle, entre Barbès et la place de Clichy. La faune de la nuit, les macs, les putes, les drogués, les paumés… Après la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 12 janvier 2022

À l’aube des années 1980, autour de Pigalle, entre Barbès et la place de Clichy. La faune de la nuit, les macs, les putes, les drogués, les paumés… Après la mort d’un petit dealer, abattu par la brigade des stups, trois amis (une serveuse de bar, un pasteur un brin magouilleur et un boxeur) tentent d’aider les clients qu’il laisse en carafe et en manque. Mais le monde de la “neige” n’est pas fait pour les saint-bernard… Chronique d’un quartier et instantané d’une époque appelée à changer, Neige sent le présent dans toute sa labilité ; aussi use-t-il du polar pour mieux saisir cette fébrilité interlope entre néons tremblotants, murs lépreux, zincs polis et arrière-boutiques louches. Juliet Berto fait montre de stupéfiantes (sans jeux de mots) intuitions — en confiant la BO à Bernard Lavilliers, lequel injecte de la pure (rythmique) jam

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​Juliet Berto, l’inoubliable et mystérieuse icône

Portrait | De toutes les idoles féminines de la Nouvelle Vague, elle est celle dont l’aura a toujours été accompagnée d’un mystère aussi paradoxal qu’insondable ; celle aussi qu’une mort prématurée aura vitrifiée dans ses légendes précoces et successives, à l’aube de nouvelles gloires prometteuses. La ressortie de "Neige" est l'occasion de reparler de Juliet Berto (1947-1990).

Vincent Raymond | Mardi 11 janvier 2022

​Juliet Berto, l’inoubliable et mystérieuse icône

« Sur les vieux écrans de 68/Vous étiez Chinoise mangeuse de frites/Ferdinand Godard vous avait alpaguée/De l'autre côté du miroir d'un café… » Six ans après La Chinoise, film prophétique des événements de Mai-68 pour toute une génération de baby-boomers, Yves Simon dédie à une jeune comédienne de 26 printemps rien moins que la chanson-titre de son album, Au pays des merveilles de Juliet. C’est dire son aura. Imagine-t-on aujourd’hui une comédienne française de cet âge bénéficier d’une pareille dédicace ? Ne cherchez pas : il n’y en a pas. Née sous le nom d’Annie Jamet dans une famille ouvrière de Grenoble, celle qui s’est rebaptisée Juliet et a pris le patronyme de son premier époux, le comédien Michel Berto, a rapidement fait son chemin. Surfant le premier ressac de la Nouvelle Vague, elle croise Jean-Luc Godard dès 1963, qui détecte une personnalité atypique derrière son mystérieux minois : un regard recru, une lippe grave ainsi qu’un timbre de voix démentant la rondeur encore poupine du visage. Et cette sophistication à la fois élégante et décalée qui fait d’elle une

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Les films à voir au cinéma à Lyon du mercredi 15 décembre au mardi 4 janvier

En salles | Les films à voir au cinéma ces trois prochaines semaines : notre sélection.

Vincent Raymond | Mercredi 15 décembre 2021

Les films à voir au cinéma à Lyon du mercredi 15 décembre au mardi 4 janvier

Indispensables ★★★★☆ Bad Luck Banging or Loony Porn Leș Ours d’Or se suivent et ne se ressemblent pas… tout en ayant des points communs. Comme Le Diable n’existe pas, Bad Luck Banging or Loony Porn évoque un tabou. Non pas la mort mais le sexe avec le calvaire d’une professeure très bien notée dont une vidéo (très) intime a été publiquement mise en ligne et vue par ses élèves, forcée de sauver son job lors d’une réunion avec les parents de l’école où elle exerce. En trois actes bien sentis, Radu Jude étrille l’hypocrisie de son pays fièrement nationaliste (longs plans sur sa dualité quartiers décrépis/zones commerciales mondialo-standardisée), et de ses concitoyens prompts à s’ériger en chantres des bonne mœurs (mais cependant volontiers libidineux, voyeurs, délateurs, prévaricateurs, révisionnistes, homophobes, misogynes, racistes, ne cherchant même plus à refouler leurs penchants

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Blanche-Neige, #SheToo

Théâtre | Garder la noirceur initiale du conte, y injecter les tragédies modernes, déconstruire le genre... Une pièce à thèse ? Non ! Avec Blanche-Neige, son premier spectacle jeune public, Michel Raskine excelle à réunir tout les éléments foutraques dans ce qui fut un des temps forts d'Avignon l'été dernier.

Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Danny Boon : « on va chercher l’émotion dans la sincérité »

La Reine des Neiges 2 | À nouveau interprète d’Olaf, le bonhomme de neige enfantin et généreux, Danny Boon a tiré le gros lot puisque son personnage est le plus réussi et doté de la plus jolie chanson. Propos recueillis lors de la rencontre parisienne avec l'équipe du film.

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Danny Boon : « on va chercher l’émotion dans la sincérité »

Comment vous êtes-vous préparé pour le film ? Avez-vous écouté la voix originale ? Danny Boon : J’ai revu le premier parce que j’avais peur d’avoir mué (sourire). Le plus difficile, c’était de chanter à travers le personnage d’Olaf, même si j’adore chanter. J’ai eu la chanson quinze jours avant l’enregistrement, je l’ai écoutée, travaillée pour être à l’aise avec une coach formidable, Claude Lombard. C’était important de s’approprier la chanson. Et jubilatoire de voir le public de l’avant-première réagir, rire et être ému. J’ai même des proches qui ont passé la quarantaine qui ont pleuré. Est-ce que le merveilleux de ces films vous influence dans votre propre travail d’auteur ? On se nourrit de ses expériences successives et des belles rencontres que l’on peut faire. Les enfants dans la rue me demandent souvent de faire la voix d’Olaf — ensuite, ils me demandent où est Alice Pol et si j’ai vraiment détruit le château de Vaux-le-Vicomte dans Raid Dingue ! Le point commun, c’est que dans mes films et ce que j’écris, je me pose la question du rire des enfants. Sans y réfléchir, j’essaie à chaque foi

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Deux à la Neige : "La Reine des Neiges 2"

Animation | En paix avec sa sœur Anna et ses pouvoirs, Elsa règne désormais sur le royaume laissé par leurs parents. Mais un étrange appel qu’elle seule entend la pousse à aller vers une forêt enchantée réputée maudite. Là se trouvent les réponses aux questions qu’elle se pose depuis toujours…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Deux à la Neige :

Peut-être aviez-vous entendu parler du premier opus, qui avait connu son petit succès — en particulier dans les cours de récréation et les karaokés. Taillée dans le même bloc narratif, cette suite à l’avenant est servie avec un supplément de sucre glace : Anna et Elsa étant réconciliées, l’enjeu dramatique majeur n’est plus leur opposition sororicide, mais le risque que l’une soit séparée de l’autre par des antagonistes qui, à une exception près, ne s’avèrent pas bien redoutables. Pour le reste, l’animation et la qualité des textures (en particulier celles de l’eau) demeurent d’une virtuosité stupéfiante, chaque plan semblant se présenter comme un manifeste technologique. Et naturellement, la bande-son se trouve saturée de chansons. Combien y en a-t-il ? Assurément trop et interchangeables pour Elsa et Anna racontant peu ou prou toujours des promesses de fin d’asservissement et de lendemains meilleurs — une sorte de positive attitude et de méthode Coué mise en musique. La pompon revenant à Elsa osant un combo assez incroyable lorsqu’elle attei

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La Cordonnerie, des contes en triple

Théâtre | Toujours en vadrouille à travers la France, les Lyonnais de la compagnie La Cordonnerie sont régulièrement rappelés par le théâtre de la Croix-Rousse qui leur offre un jubilé début novembre avec la reprise de trois de leurs ciné-concerts : des contes distordus avec brio.

Nadja Pobel | Mardi 15 octobre 2019

La Cordonnerie, des contes en triple

Depuis le début des années 2010, les tubes s'enchaînent pour La Cordonnerie. Ils ont leur recette qui, loin de s'affadir, prouve de création en création qu'elle contient les bons ingrédients. Ainsi Métilde Weyergans et Samuel Hercule fabriquent-ils des ciné-spectacles à partir des contes, voire en tirant Shakespeare et Cervantès par la manche ((Super) Hamlet repris dans cet hommage et Dans la peau de Don Quichotte). En 2015, ils livraient Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin, qui sera joué ici le jour même de la célébration de ce trou percé dans la capitale allemande le 9 novembre 1989. Le Théâtre de la Croix-Rousse y adjoint judicieusement dans la foulée un concert de Rostropovitch par le Quatuor Debussy. En ce jour historique, le Russe avait attrapé son violoncelle pour interpréter Bach au pied de ce pan de la honte. Il était une fois Mais pour entamer cette rétrospective du duo lyonnais, Hansel et Gretel reviennent. Ce ne sont pas les enfants de Grimm mais un couple de vieux. Ils ont été magiciens, stars de l'émission La Piste aux étoiles

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À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Théâtre | Michel Raskine, ancien directeur du théâtre du Point du Jour, s'offre une cure de jouvence avec son premier spectacle jeune public, "Blanche-Neige histoire d'un prince". Dans le In d'Avignon, il convoque le rire lié à une noirceur dont s'enduisent tous les autres spectacles vus au cours du festival. Pour l'occasion, il retrouve l'autrice Marie Dilasser dont il avait déjà monté "Me zo gwin ha te zo dour" ou "Quoi être maintenant ?". "Blanche-Neige" sera longuement en tournée dans les prochains mois et notamment au Théâtre de la Croix-Rousse, en janvier prochain. Le metteur en scène nous amène à la genèse de ce projet détonnant et la folle caisse de résonance que produit le festival.

Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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Ça sent le sapin : "Petits contes sous la neige"

dès 3 ans | Un film d'animation de Filip Diviak, Krishna Chandran A. Nair, Eugenia Zhirkova, Han Zhang, Ekaterina Filippova (Fr-Tch-Rus, 0h40)

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Ça sent le sapin :

Perpétuant l’image (de moins en moins conforme à la réalité sous nos latitudes) d’un Noël blanc, ce joli petit programme de films brefs animés est à nouveau à mettre au crédit de Folimage — qui en a réalisé l’assemblage, non la production. De fait, la seule réalisation-maison du lot, le désopilant Drôle de poisson, se déroule sous l’eau, où l’on ne croise pas la queue d’un flocon ! Ils sont bien rares également dans le cocasse Biquettes en papier découpé et le tendre La Famille Tramway, une animation en volume qui renvoie aux classiques de Tex Avery (Little Johnny Jet et Tu seras un taxi mon fils). L’esprit hivernal se glisse malgré tout dans Pêcheurs d’étoiles, où Han Zhang ressuscite une animation 2D traditionnelle du plus bel effet. Quant aux trois films restants, s’ils sont recouverts d’un blanc manteau, ils déploient des univers bien différents : Le Réveilleur joue une carte tempus fugit/parent se sacrifiant pour son enfant (mais ça finit bien, quand même), La Luge et le dragon

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Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning | Invité à ouvrir la saison de la Cinémathèque Française (qui lui consacre une rétrospective), le cinéaste coréen y a présenté l’avant-première post-cannoise de son nouveau film, "Burning", adapté de Murakami et Faulkner. Conversation privée avec l’auteur de "Peppermint Candy".

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Lee Chang-dong : « je voulais raconter la colère qui se forme chez les jeunes d’aujourd’hui »

Burning usant volontiers d’une forme métaphorique, comment interpréter votre choix de faire de votre héros Jongsu un écrivain ayant du mal à écrire, sachant que justement vous avez débuté comme écrivain ? Lee Chang-dong : Effectivement, Jongsu représente un aspirant écrivain, et je voulais montrer un caractère inhérent de ces jeunes gens, au moment où ils se posent beaucoup de questions sur ce qu’ils doivent absolument écrire. J’ai été écrivain. Il y a même un moment où je voulais écrire un roman : après avoir démissionné de mes fonctions ministérielles. Mais autour de moi, les gens étaient furieux, et me disaient de recommencer à faire des films. Alors j’ai abandonné. À présent, je suis un vieux cinéaste (sourire), mais dans mon for intérieur, je pense ne pas avoir trop changé. À chaque fois, je me demande comme un débutant quel film réaliser ; comment dialoguer avec les spectateurs… Cela traduit mes limites et mes faiblesses. Et c’est la raison pour laquelle j’ai

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Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Festival d'Avignon | 1538 spectacles, 133 lieux, 440 pages de programme. Le Off d'Avignon (du 6 au 29 juillet) bat tous les records. Faut-il se jeter dans la jungle ? Pour quelles retombées ? Dialogue avec le Lyonnais Philippe Mangenot, qui dirige la compagnie Théâtres de l’Entre-Deux.

Nadja Pobel | Mercredi 11 juillet 2018

Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Vous étiez déjà venu avec Hamlet 60 en 2013 et c'est la seconde année consécutive que vous présentez Regardez la neige qui tombe. Qu'est-ce qui vous pousse à revenir ? Philippe Mangenot : J'étais venu pour la première fois avec un spectacle de Camille Germser - déjà au Petit Louvre - que j’administrais et produisais. C'est riche de ces aventures que je reviens : c'est très chouette en terme de public, de diffusion, de presse. Peut-être parce que je suis tout le temps dans le même théâtre et que l’accueil, la relation avec le public, sont bien. Bien sûr, ça coûte de l'argent mais il y a une dimension humaine et c'est pour ça que je ne change pas de lieu. Une fidélité avec le public se crée. Quand vous venez pour la première fois avec Hamlet 60, vous vous dites que pour que le spectacle vi

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Des gares en transformation : Grenoble

Patrimoine | Après 32 mois de travaux, la gare de Grenoble a retrouvé clarté et praticité le 14 février dernier. Au pied des montagnes, flanquée de son indispensable gare routière flambant neuve pour partir à l'assaut des cols, découverte de cette gare – pardon ce pôle d'échanges multimodal - si fréquentée.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Des gares en transformation : Grenoble

Elle a été filmée par Arnaud Desplechin quand Nora (Emmanuelle Devos) débarquait à Grenoble pour aller voir son père mourant au CHU. Dans le sompteux Rois et reine, le cinéaste parvient alors à donner un peu d'âme à une gare pourtant encore bien fade, lors de ce tournage en 2003. Quatorze années et 34, 5 M€ investis plus tard (entre l’État, la Région, le Département, Grenoble-Alpes Métropole, le Syndicat mixte des transports en commun, la Ville et les branches Gares et connexion et Réseau de la SNCF), la voilà nettement plus fréquentable avec son parvis piéton refait, de nouveaux accès côté Europole, le prolongement du souterrain sud... et des parcs à vélos toujours plus grands (2000 emplacements au total pour un coût de 2€/jour, 12€/mois ou 49€/an) pour cette cité qui n'a nul besoin de se doter de vélos en libre-service tant la métropole avait anticipé ce besoin bien avant. Agrandie pour les JO de 1968, cette gare gagne désormais en lumière afin d’accueillir ses 50 000 voyageurs par jour. Quant à la ligne Lyon-Grenoble, qualifiée parfois de "malade" (retards, vétusté...) selon un audit de la SNCF datant de 2011 et améliorée depuis,

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"La Bataille géante de boules de neige" : Neige bien descendue ?

ECRANS | de Jean-François Pouliot & François Brisson (Can, 1h22) avec les voix (v.f.) de Erza Muqoli, Gabriel Gros, Esteban Durand…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Pendant les congés de Noël, deux armées d’enfants menées respectivement par Luc et Sophie trompent leur ennui en se livrant une guerre impitoyable. Leurs armes ? Des projectiles composés de flocons d’eau gelée, agglomérés en sphères… Le titre improbable de ce film d’animation en dissimule un autre, incompréhensible pour le public hexagonal : La Guerre des tuques 3D — c’est-à-dire, en québécois, la guerre des bonnets. En plus d’être une variante saveur sirop d’érable de notre Guerre des boutons, cette amusette se trouve être le remake d’un immense classique dans la Belle Province. Un peu pataud, doté d’une esthétique rudimentaire, ce film part avec un handicap certain sur notre territoire, d’autant qu’il a été redoublé dans une langue métropolitaine aseptisée. Privé de ses locutions idiomatiques et de ses accents, il perd tout le potentiel sympathie que cet exotisme aurait pu lui conférer, ostie d’crisse !

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Anna Petrovna, Macha, Anton et les autres

Théâtre des Clochards Célestes | Il est des surprises qui dans l'atonie théâtrale automnale ravissent. Regardez la neige qui tombe... est de celles-là. Le comédien et metteur en scène (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Anna Petrovna, Macha, Anton et les autres

Il est des surprises qui dans l'atonie théâtrale automnale ravissent. Regardez la neige qui tombe... est de celles-là. Le comédien et metteur en scène Philippe Mangenot nous avait déjà cueilli avec sa version de Chaise de Bond ou Hamlet. Courtes, percutantes et sans fioritures : ses créations se font au scalpel, sans être brutales pour autant. Elles sont justes. Il poursuit son compagnonnage avec André Markowicz, traducteur de Shakespeare et aussi de toute (ou presque) l’œuvre de Tchekhov avec Françoise Morvan. Mangenot, en une heure à peine, raconte la vie brève de Tchekhov (mort à 44 ans), ses amours, ses études de médecine, son engagement auprès des bagnards de Sakhaline, son prix Pouchkine tout juste obtenu. Et ses écrits, magistraux, résonnent avec Platonov, L'Ours, La Mouette ou Oncle Vania. L'immense force de ce travail est de détruire immédiatement le quatrième mur sans le brandir en étendard. Le spectacle ne prend pas le te

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2000 ans, autant de couches au Musée archéologique de Grenoble

Patrimoine | Situé au bout du quai Saint-Laurent, dans l’un des quartiers les plus anciens de Grenoble, le Musée archéologique propose de remonter le temps jusqu’aux (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 6 juillet 2016

2000 ans, autant de couches au Musée archéologique de Grenoble

Situé au bout du quai Saint-Laurent, dans l’un des quartiers les plus anciens de Grenoble, le Musée archéologique propose de remonter le temps jusqu’aux origines du christianisme. Il faut dire que cet ensemble architectural, classé Monument historique, a connu beaucoup d’époques et de constructions. Les couches d’histoire se succèdent ainsi et on savoure ce musée comme un délicieux mille-feuilles. D’un mausolée traversant l’antiquité jusqu’au Moyen-Âge, le lieu devient ensuite une église carolingienne, bientôt recouverte par un bâtiment plus grand encore. Dès l’entrée dans les lieux, on est subjugués par la vue toute en transparence : sous nos pieds s’affichent 2000 ans d’histoire. Une prise de hauteur qui permet également au visiteur de s’imaginer parcourir les allées éventrées de cette ancienne basilique, entre squelettes et caveaux – ce qui est faisable ensuite pendant la visite. Elle permet enfin de saisir les différences de sépultures et l’évolution des mentalités au sujet de la mort au fil des siècles. Un travail pas toujours simple mais qui a le mérite de réveiller avec grandeur les fantômes du passé.

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Hôtel de ville de Grenoble : particulier

Patrimoine | Oubliez les formes anciennes des hôtels de ville habituels. Grenoble sort du lot en ayant réussi à intégrer dans son patrimoine une configuration architecturale du XXe siècle, entièrement en béton, en remplacement de l'ancien hôtel de Lesdiguières.

Maïté Revy | Mercredi 6 juillet 2016

Hôtel de ville de Grenoble : particulier

Loin d'être le style d'hôtel de ville à l'architecture classique que tout le monde a déjà visité une fois lors des journées du patrimoine, celui de Grenoble affiche modernité comme maître mot pour sa construction. Bâti selon les plans de l'architecte Maurice Novarina, associé à J. Giovannoni, J. Christin et M. Welti, cet hôtel de ville a été inauguré en 1968, s'inscrivant dans le programme d'équipement accompagnant les Jeux Olympiques d'hiver. Ce bâtiment du XXe siècle, construit en béton, a une autre caractéristique : la dissociation de l'édifice en deux volumes distincts, utilisant un système socle/bloc. Le socle, somme toute classique, est orné de doubles piliers, supportant la tour composée de bureaux. Douze niveaux s'élèvent sur ce socle massif et imposant, abritant les différents services municipaux, dont le mur-rideau a été façonné sur une idée de Jean Prouvé. Cette dualité de formes offre divers avantages fonctionnels, notamment une distribution des espaces à partir d'une seule entrée, accessible par un escalier architectural, entouré par deux lustres donnant à l'ensemble un air majestueux. Le tout en parfait accord avec le parc arboré Paul-Mistral, preuve pour

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Une Blanche Neige détricotée par La Cordonnerie

Théâtre de la Croix-Rousse | Extraite du conte, Blanche Neige se cogne au réel. Et comme toujours avec le talent de la compagnie la Cordonnerie, cela fait du bruit ; ou plutôt des bruitages, magnifiquement pensés et réalisés.

Nadja Pobel | Mercredi 1 juin 2016

Une Blanche Neige détricotée par La Cordonnerie

Bienvenue au royaume ainsi nommé « par des architectes qui n'avaient pas peur du ridicule » car, très loin de l'univers parfois inquiétant mais toujours enchanté de Disney, celui-ci est fait de béton. Gris. Depuis qu'il a monté la Cordonnerie en 1997, Samuel Hercule — avec Métilde Weyergans qui l'a rejoint en 2003 — détricote les hits des enfants. Ali Baba, Barbe Bleue, Hansel et Gretel (à la Croix-Rousse à Noël prochain) passent à la centrifugeuse de ces deux artistes pour être transformés en objet vidéo et sonore. Un film projeté en fond de scène montre cette gamine « qui n'est pas blanche comme neige » en lutte avec sa mère, 42 ans, hôtesse de l'air, élevant mal an mal an une ado gothique mâchant du chewing-gum, casque vissé sur les oreilles, préfèrant fuguer dans la forêt que rester dans sa cité. Que fait le bruit des feuilles mortes sous les pas de Blanche ? Celui des bandes magnétiques de cassette audio froissée ! Tout l'environnement sonore ainsi que les doublages voix se font à vue ; comme le tra

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Neige et les arbres magiques

ECRANS | D'Antoine Lanciaux, Sophie Roze, Benoît Chieux… (Fr, 0h51) animation

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Neige et les arbres magiques

Ce programme de quatre courts métrages à destination du jeune public (dès 4 ans) porte le sceau des Studios Folimage. Très axé nature, il se distingue surtout grâce au film de Benoît Chieux ouvrant la séance, Tigres à la queue leu leu, splendide d’épure, authentique et malicieux éloge de la paresse.

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Des (é)Toiles plein les yeux

ECRANS | Le festival Lumière à peine terminé que démarre son cousin jeune public, Les Toiles des Gones. Pas de patrimoine ici — même si on trouve dans la programmation (...)

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Des (é)Toiles plein les yeux

Le festival Lumière à peine terminé que démarre son cousin jeune public, Les Toiles des Gones. Pas de patrimoine ici — même si on trouve dans la programmation de cette année un Disney vintage, Le Livre de la jungle — mais le même maillage de salles dans tout le Grand Lyon pour présenter jusqu’au 2 novembre le meilleur du cinéma jeune public récent. Soit 21 films s’adressant à tous les âges — certains sont destinés à des enfants à partir de 2 ans — assortis d’animations en tout genre — ateliers, goûters, concerts, quizz… Parmi les films déjà sortis, signalons le dernier Grand prix du festival du cinéma d’animation d’Annecy, Le Garçon et le monde, venu du Brésil et qui est déjà salué comme un futur classique du cinéma jeune public. Quant aux avant-premières, le programme est alléchant, à commencer par Panique chez les jouets, dernière sortie de chez Gebeka Films — le seul distributeur lyonnais en activité, rappelons-le — regroupant trois courts dont La Bûche de Noël signé par les Belges Patar et Aubier, géniaux créateurs de Pic Pic André et de Panique au village. À surveiller aussi, un film d’animation norvégien, De

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Zoom sur une œuvre de Maurice de Vlaminck

ARTS | Bien malin celui qui pourrait donner une définition précise et unique de la modernité en art, en peinture en particulier. A minima (et c’est déjà très (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 18 janvier 2013

Zoom sur une œuvre de Maurice de Vlaminck

Bien malin celui qui pourrait donner une définition précise et unique de la modernité en art, en peinture en particulier. A minima (et c’est déjà très discutable), il semble que, depuis les impressionnistes et les premiers abstraits, l’espace même de la peinture et ses matériaux prennent de plus en plus d’importance au détriment de la représentation réaliste. On remarque en tout cas deux points prégnants en déambulant dans l’exposition consacrée à l'art moderne lyonnais par le Musée Dini : une dilution des formes et des figures parmi des atmosphères vaporeuses ou lumineuses (de Louis Carrand à Paul Signac ou Pierre Bonnard par exemple) ; un travail sur la puissance des volumes et de la touche (chez Suzanne Valadon notamment)… Puis, tout à trac, on tombe face au Paysage de neige (1933) de l’ancien fauve Maurice de Vlaminck (1876-1958). Une toile lyrique et tourmentée qui emporte tout dans son sillage, ses sillons de neige et de boue noirâtre : masses des arbres tordus, nuages, route submergée, perspective torve… Tout y est dramatique, mouvementé, expressif et les vues de fleuves

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La Chinoise / Bande à part

ECRANS | Jean-Luc Godard Gaumont vidéo

Christophe Chabert | Lundi 15 octobre 2012

La Chinoise / Bande à part

Les restaurations continuent à un bon train dans le catalogue Gaumont, et témoignent d’un joyeux éclectisme, puisqu’on y passe des fleurons du cinéma populaire (Lautner, Deray, De Broca) à des piliers du cinéma moderne, comme ces deux Godard dont l’un d’entre eux (La Chinoise) était carrément inédit en DVD ! Alors dans sa période la plus spectaculairement créative, enchaînant les chefs-d’œuvre tout en renouvelant, à chaque film, de fond en comble la grammaire cinématographique, Godard y opère de l’un à l’autre un basculement encore plus décisif : celui qui va le faire passer d’anarchiste de droite à maoïste convaincu. Bande à part est ainsi marqué par son goût pour le cinéma pur et l’art pour l’art, avec son intrigue simili-policière surtout prétexte à filmer de beaux jeunes gens (Sami Frey, Claude Brasseur et Anna Karina) qui s’aiment, s’engueulent et se trahissent à Paris la nuit, dans sa banlieue un peu triste le jour. C’est le film où Godard ne joue que sur les rythmes disloqués, tels cette visite de musée au pas de course ou ce long moment où le trio se fige dans le silence dans un café. Bande à part a irrigué l’imaginaire des cinéastes à

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La montagne sans cliché

ARTS | Cela aurait pu n’être qu’un alignement de clichés de stations de sports d’hiver clinquantes et c’est en fait un travail rendant compte de la richesse (...)

Nadja Pobel | Jeudi 13 septembre 2012

La montagne sans cliché

Cela aurait pu n’être qu’un alignement de clichés de stations de sports d’hiver clinquantes et c’est en fait un travail rendant compte de la richesse architecturale des stations de ski alpines. La Région Rhône-Alpes, pour les besoins d’un inventaire du patrimoine, a confié au photographe Éric Dessert le soin de mettre en boîte les immeubles montagnards pour rendre compte du spectaculaire développement des stations (La neige et l'architecte. Stations de sports d'hiver en Rhône, à voir jusqu’au mercredi 10 octobre au siège de la Région). C’est l’occasion de constater que tous ces bâtiments ne défigurent pas les sommets enneigés. Les meilleurs architectes y ont déployé leur art en jouant avec l’exceptionnelle luminosité des cimes. Il ne faut pas manquer d’observer la résidence des 3 Arcs aux Arcs 1600 construite en 1967 par un trio d’architecte dont Charlotte Perriand. Il en résulte un espace aux lignes claires, aux murs de béton blanc parfois agrémentés d’une forme géométrique d’un bleu mat. Tout ceci rappelle le travail de Le Corbusier, notamment à la cité de Firminy-Vert. Mais il n’y a pas de hasard, Le Corbusier a été le première employeur de Charlotte Perrian

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L’Amour fou

CONNAITRE | Anne Wiazemsky aurait pu reprendre ce titre d’André Breton,  L’Amour fou, pour Une année studieuse, mais elle et son amoureux, un certain Jean-Luc Godard, (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 23 février 2012

L’Amour fou

Anne Wiazemsky aurait pu reprendre ce titre d’André Breton,  L’Amour fou, pour Une année studieuse, mais elle et son amoureux, un certain Jean-Luc Godard, ne font référence à l’écrivain surréaliste que pour des considérations bien plus terre à terre : ils nomment leur chien «Nadja» ! Car Godard et Wiazemsky (petite-fille de François Mauriac), vivent, au milieu des années soixante, un amour à la fois simple et hors norme ; ils ne sont pas tout à fait n’importe qui. Godard vient de terminer Masculin/Féminin, Anna Karina s’est fait la malle et voilà qu’une rouquine pointe son nez par courrier. Elle veut le rencontrer. Elle a 19 ans, elle est mineure. Lui du haut de ses 35  ans et de son aura de chef de file de la Nouvelle Vague qui bouscule le langage cinématographique doit convaincre le grand-père Mauriac que la jeune bachelière n’a pas succombé à une star délurée. Elle continue sagement ses études sur les bancs de Nanterre, cette fac «dans la boue» qui vient d’ouvrir ses portes. Mai 68 prend racine sans que Wiazemsky ne s’en aperçoive même si un jeune gouailleur et dragueur, Dany Cohn-Bendit, tente de l’attirer dans ses filets. En écrivant comme si demain n’avai

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Podcast / Entretien avec Lili Reynaud - Dewar

ARTS | Le Magasin de Grenoble invite l’artiste Lili Reynaud-Dewar à investir son espace jusqu’au 24 Avril 2012.

Dorotée Aznar | Mercredi 15 février 2012

Podcast / Entretien avec Lili Reynaud - Dewar

Date de première diffusion:  7 Février 2012Emission n°97 Durée: 35’38 minInvité: Lili Reynaud-Dewar, artisteContenu: Le Magasin de Grenoble invite l’artiste Lili Reynaud-Dewar à investir son espace jusqu’au 24 Avril 2012. La jeune plasticienne a accepté de répondre à nos questions sur ‘Ceci est ma maison’, l’exposition complexe qu’elle propose.     Chroniques: Califragilisticse penche sur la notion d’habitat au micro de MattCoco; Gwilherm Perthuis introduit une nouvelle somme française sur Joseph Beuys. Liens utiles : Texte de Florence Dérieux à propos de L. Renaud-Dewar sur le site de la Zoo Galerie Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine 

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Les Neiges du Kilimandjaro

ECRANS | Film de crise et de lutte sur un cinéaste qui se remet en question pour mieux croire, Les neiges du Kilimandjaro n'est pas un point, mais une virgule dans le cinéma de Robert Guédiguian. Jérôme Dittmar

Jerôme Dittmar | Jeudi 10 novembre 2011

Les Neiges du Kilimandjaro

Que peut encore le cinéma de Guédiguian ? Aussi exténué que la gauche, il a pris un coup de vieux. Mais la lutte n'est pas finie. Elle n'a peut-être jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui dans un pays où la pulsion de droite côtoie le catastrophisme économique. Avec Les Neiges du Kilimandjaro, le cinéaste opte pour la lucidité, sur son militantisme, ses convictions, sa vision du monde. Il prend du recul et observe ce que sont devenus ceux qui ont toujours cru au socialisme. Un film a priorigénérationnel, pour pré-retraités, syndicalistes installés, découvrant ébahis qu'ils vivent comme des petits bourgeois, leurs ennemis. La cause est-elle compatible avec la propriété ? Comment continuer à se battre et que peut-on accepter pour combattre la précarité ? Quel leg aux nouvelles générations dépolitisées ? Le monde a changé et c'est avant tout le premier constat du film. L'intrigue vaut comme un exposé : braqués par un ex-collègue licencié lors d'un dégraissage au tirage au sort, deux couples d'amis syndicalistes voient leur idéalisme se fissurer devant leur désir de justice. Ils doivent résister à l'esprit de vengeance, aveugle, d'autant plus dur quand l'argent

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Le cinéma à la rue

ECRANS | Cinéma / Comme disait ma grand-mère : «Tu vas pas aller t’enfermer dans une salle toute noire alors qu’il fait beau !». Du coup, le cinéma, l’été, c’est dehors que ça se passe ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 juin 2010

Le cinéma à la rue

Cela fait plus de trente ans que ça dure, et l’immuabilité du festival du court-métrage en plein air de Grenoble force le respect. Tout est dans l’intitulé : il y a des films courts et un grand écran dressé sur la place Saint-André (ou place du Trib’, pour les locaux) pour les projeter à la tombée de la nuit devant un bon millier de spectateurs. Tous les quatre ans, la manifestation est pimentée par la concurrence de la Coupe du monde de football, avec risque d’invasion de ladite place par des supporters au cas où la France dépasserait le stade des quarts de finale (gageons que cette année, le festival ne craint pas grand-chose…). Parmi les événements de cette nouvelle édition, on notera le stage d’analyse de films qui non seulement sera consacré à un cinéaste vivant, mais se fera en sa présence ; il s’agit de l’inimitable Luc Moullet, auteur de quelques courts majeurs (La Cabale des oursins, Genèse d’un repas, Les Sièges de l’Alcazar) et de longs-métrages plus incongrus. Autre temps fort, la nuit blanche consacrée au cinéma fantastique, avec quelques perles dénichées par le festival : deux documents interdits de Jean-Teddy Philippe, des courts tirés de l’anthologie Adrénaline (

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Blanc comme neige

ECRANS | De Christophe Blanc (Belgique, 1h35) avec François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin

Dorotée Aznar | Vendredi 12 mars 2010

Blanc comme neige

Le thriller starring François Cluzet, presque un genre en soi. Avec toujours un peu les mêmes personnages et motifs, de vagues décalques naissant de ce corps nerveux au regard naïf et idéalement dépassé par les événements. Ce qu’a bien compris Christophe Blanc qui, en se reposant, trop, sur cette Cluzet touch, en oublie de blinder les enjeux de son scénario. Peu importe alors que son récit se déploie en cascade stylisée d’accidents ou qu’il évoque de loin les frères Coen (le talent en moins). Pas facile de s’attacher à son personnage d’homme candide, enlisé en famille dans une spirale meurtrière pour sauver son standing de nouveau riche. En prenant l’argent comme seul leitmotiv, renversé lors d’un twist hélas tardif, Blanc camoufle mal sa petite vision du monde. JD

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Le court des grands

CONNAITRE | Festival - Cinéma / À force de louer sa convivialité, de rappeler sa gratuité et d’insister sur son dispositif unique (les films sont projetés tous les soirs (...)

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2009

Le court des grands

Festival - Cinéma / À force de louer sa convivialité, de rappeler sa gratuité et d’insister sur son dispositif unique (les films sont projetés tous les soirs en plein air sur la place du tribunal), on oublie parfois de dire que le festival du court-métrage de Grenoble, c’est aussi une sélection où émargent, années après années, les futurs classiques du genre. Ainsi, l’an dernier, le grand prix est allé à l’excellent C’est dimanche de Samir Guesmi. Sautant sur l’occasion, le festival rend hommage chaque soir à ce réalisateur qui s’était illustré auparavant comme acteur dans les courts des autres. Dans le même registre, la bonne surprise du festival vient de sa compétition, où deux cinéastes repérés lors des éditions précédentes, puis largement suivis (quoique pas toujours défendus) dans nos colonnes, viendront présenter leurs nouveaux films : Samuel Hercule, co-auteur du formidable Principe du canapé, et surtout Eric Guirado. Son retour au court après le succès rencontré par son deuxième long Le Fils de l’épicier intrigue, mais pas autant que le sujet, visiblement très noir, du Début de l’hiver. Dans la section un court/un long, un autre «ancien» du festival sera à l’honneur, avec l

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Premières neiges

ECRANS | d’Aida Begic (Bosnie-All-Fr, 1h39) avec Zana Marjanovic, Jasna Ornela Bery…

Christophe Chabert | Mardi 30 septembre 2008

Premières neiges

Il faut vraiment avoir passé dix ans de sa vie dans les multiplexes pour s’étonner devant ce Premières neiges, insupportable catalogue de clichés du cinéma d’auteur mondialisé. Le cocktail est toujours le même : de l’Histoire floue (l’après-guerre yougoslave), un point de vue d’un misérabilisme too much (taudis, pauvreté, famille en deuil), un enchaînement narratif archivu (des cartons pour chaque jour de la semaine), des dialogues sans style au milieu de longs silences, de la caméra à l’épaule, une photo plate… Aucune cruauté, aucun humour, aucune audace, ni sur la forme, ni sur le fond. Soporifique !CC

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