Ce que vous allez voir en salle en 2022

Rentrée cinéma | Sauf impondérables ou nouveau variant — touchons du bois — les sorties devraient reprendre une cadence "à peu près" normale dans les salles. Petit tour d’horizon de ce qui nous attend dans les premiers mois de 2022…

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © Les Films Velvet


Vous leur échapperez difficilement

Les films MCU ou DC ? Oui, mais pas que. Elsa Zylberstein, Gérard Depardieu, Alban Ivanov, Laetitia Dosch, Rebecca Marder ou Pio Marmaï seront chacun à l'affiche d'au moins trois ou quatre films ce premier semestre : entre l'embouteillage de ceux non sortis en 2020 et 2021 et la boulimie de tournages de certains, on arrive à cette illusion de surprésence. Donc, pas de panique…

Vus et à voir

Un monde de Laura Wandel (26 janvier) : un choc absolu. Interprété par deux enfants prodigieux de vérité, ce film portant sur la mécanique pernicieuse du harcèlement scolaire est une merveille de délicatesse et la future référence sur le sujet. Une jeune fille qui va bien, premier long-métrage réalisé par Sandrine Kiberlain (26 janvier), narrant le destin d'une apprentie comédienne juive en 1942, avec en toile de fond l'obscurcissement progressif de son présent… et de son avenir. Sobre et subtil.

Les Promesses de Thomas Kruithof (26 janvier) : une plongée dans les arcanes du pouvoir politique et de ses petites trahisons ordinaires, avec Isabelle Huppert en mairesse et Reda Kateb en dircab. Dans l'esprit de L'Exercice de l'État.

Red Rocket de Sean Baker (2 février) : un ancien acteur X retourne, la queue entre les jambes, dans son Texas natal… et navigue entre son ex et une jeune serveuse. Une métaphore douce-amère de l'Amérique vivant dans la dèche, sur sa réputation et dans l'espoir de se refaire la cerise.

Arthur Rambo de Laurent Cantet (2 février) : une star montante de la littérature est rattrapée par de vieux tweets provocateurs et voit sa gloire naissante torpillée en quelques heures. Inspirée de l'affaire Medhi Meklat, une tragédie moderne respectant la triple unité de temps, de lieu et d'action.

La Vraie Famille de Fabien Gorgeart (16 février) : une comédie dramatique déchirante (et superbement réalisée) sur le (dé)placement d'un enfant dans une famille d'accueil et le lien qu'il a tissé avec sa mère nourricière.

Plus léger et totalement absurde est Zaï Zaï Zaï Zaï de François Desagnat (23 février), nouvelle adaptation d'une BD de Fabcaro, après Le Discours, récit surréaliste de la cavale jusqu'en Lozère d'un comique, tout ça parce qu'il a oublié sa carte de fidélité en faisant ses courses. Drôlement acerbe derrière le burlesque.

Un peuple (23 février) de Emmanuel Gras suit avec un regard de sociologue (et non de militant) un groupe de Gilets jaunes de Chartres au fil du mouvement, dans un documentaire édifiant sur les dynamique de groupe. Un nouvel exploit du cinéaste, toujours au-dessus du lot.

Dans Robuste, Constance Meyer (2 mars) confronte Gérard Depardieu à une "ange-gardienne"/garde du corps campée par Déborah Lukumuena pour un portrait indirect de l'acteur massif vieillissant qui, ici, oublie d'en faire trop — et c'est parfait.

À plein temps de Éric Gravel (16 mars) offre à Laure Calamy un emploi de mère célibataire sur le point de perdre le sien et jonglant avec les grèves, son ex, les imprévus pour garder la tête hors de l'eau. Rien à dire, si ce n'est qu'elle est stupéfiante.

Enfin, Retour à Reims (Fragments) de Jean-Gabriel Périot (30 mars) illustre avec des images d'archives le texte d'Eribon lu par Adèle Haenel. Un objet singulier mais étonnamment vivant.

Pas vus, on verra…

Nightmare Alley, où Guillermo del Toro (19 janvier) creuse le sillon stylistique de La Forme de l'eau ; Adieu Paris de Édouard Baer (26 janvier) parce que c'est de lui ; The Souvenir Part I & II de Joanna Hogg (2 février) parce que curiosité pour le projet ; Mort sur le Nil de Kenneth Branagh (9 février) pour retrouver Poirot et patienter avant son autobiographique Belfast (2 février) ; Enquête sur un scandale d'État de Thierry de Perretti qui renoue avec le cinéma politique (9 février) ; Un autre monde où Stéphane Brizé renoue, lui, avec Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain (16 février) ; The Batman de Matt Reeves même si la bande-annonce laisse craindre qu'ils aient oublié de vérifier le diaph' ; Ana Girardot dans l'horrifique Ogre de Arnaud Malherbe (9 mars) L'Histoire de ma femme de la Hongroise Ildiko Einedi avec Louis Garrel et Léa Seydoux (16 mars) ; les retrouvailles de Cédric Klapisch, Pio Marmaï et François Civil pour En corps (30 mars) ; celles très attendues entre Fabrice du Weltz et Benoît Poelvoorde dans Inexorable (6 avril) ; la rencontre entre Gérard Depardieu et Maigret devant la caméra de Patrice Leconte (6 avril) ; le retour de Pierre Salvadori pour La Petite Bande (13 avril) ; de Pascal Rabaté avec Les Sans-dents (21 avril) et de Viggo Mortensen dans Treize vies de Ron Howard (21 avril). On se rapprochera alors de Cannes 2022, l'occasion de découvrir le diptyque Suis-moi je te fuis (11 mai)/Fuis-moi je te suis (18 mai) de Kôji Fukada nanti du label… Cannes 2020. Le 25 avril on décollera (enfin) avec Top Gun : Maverick de Joseph Kosinski avant de retrouver le Elvis de Baz Luhrmann le 22 juin…


Six mois de festivals !

Sortez vos calepins ! La Métropole fourmille de festivités cinématographiques qui vous invitent d'ores et déjà à prendre date…

On aurait dû commencer avec Un poing c'est court, le 14 janvier, dédié au film court francophone à Vaulx-en-Velin mais il est reporté en avril pour cause de Covid. Ce sont donc les 30e Drôle d'endroit pour des rencontres (26 au 30 janvier) aux Alizés de Bron (en présence de Thierry de Peretti, Laurent Cantet, Jean-Gabriel Périot etc.) qui ouvrent le bal. On saute février et place au 12e rendez-vous du cinéma queer Écrans Mixtes (du 2 au 10 mars) et aux 38e Reflets du cinéma ibérique et latino-américain du Zola. On enchaîne avec le 22e Festival du cinéma européen de Meyzieu (du 1er au 10 avril) et 14e Hallucinations collectives au Comœdia (avril — résurrection pour Pâques ?) ; le retour également en avril, pour sa 21e édition, des Cinémas du Sud consacrés aux production du Maghreb et du Moyen-Orient à l'Institut Lumière. En revanche, le 26e Ciné O'Clock du Zola dédié au cinéma britannique et irlandais se fait désormais printanier (du 27 mai au 5 juin). L'été s'annonce enfin sur cette biennale dont la précédente édition s'était tenue en… 2018 : la 16e Caravane des cinémas d'Afrique du Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon (du 10 au 19 juin).

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Pascal Elbé : « quand on est prêt à se regarder, on peut enfin se tourner vers l’autre »

On est fait pour s’entendre | Pascal Elbé signe une charmante rom-com dans laquelle il campe un prof tombant des nues en se découvrant malentendant et amoureux de sa voisine interprétée par Sandrine Kiberlain. Un regard original sur l’ouïe défaillante, entre autres handicaps invisibles…

Vincent Raymond | Jeudi 18 novembre 2021

Pascal Elbé : « quand on est prêt à se regarder, on peut enfin se tourner vers l’autre »

Qu’y a-t-il de personnel dans ce film ? Pascal Elbé : Absolument rien (sourire). Non, en fait, c’est un problème personnel : j’ai perdu l’audition il y a quelques années ; c’était le prétexte parfait pour parler de sentiments, de notre rapport à l’autre, de cette époque où on a du mal à se tourner les uns vers les autres, à s’entendre. On vit dans une époque ultra connectée, de relations d’amis virtuels, où il y beaucoup de solitude — pas que dans les grandes villes, dans les campagnes aussi. Alors un personnage amputé d’un sens, qui rencontre un autre personnage, elle aussi diminuée dans son rapport à l’autre, j’ai trouvé que ça résonnait, ça s’alignait bien. Et comme j’ai découvert que j’étais devenu romantique, j’en ai fait une comédie romantique parce qu’apparemment le romantisme, c’est quand deux personnes finissent par se trouver… Ce qui est un peu le principe de la vie. Par rapport à votre vécu, que vous a apporté la lecture du livre de David Lodge, La Vie en sourdine ? On m’avait conseillé ce livre qui raconte la vie au quotidien d’un professeur d’univ

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Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Mon bébé | Enfant de la balle dont les deux parents sont cinéastes, Thaïs Alessandrin est à la fois l’inspiratrice et l’interprète principale du nouveau film de sa mère Lisa Azuelos. Un premier “premier rôle“ dont elle s’acquitte avec un beau naturel. Normal : c’est le sien. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Thaïs Alessandrin : « avec ce film, on a mis de la conscience sur notre séparation »

Jade vous emprunte des traits personnels, notamment votre fascination pour Godard puisque vous rejouez l’ouverture du Mépris. Avez-vous cependant souhaité retrancher du scénario des éléments qui vous semblaient trop proches de vous ? Thaïs Alessandrin : Retranchés, non… Mais il y a une chose que j’aurais aimé davantage montrer : ma relation avec mon grand frère. On n’en montre qu’un aspect, alors qu’elle est beaucoup plus complète, plus intense et plus forte, du fait que l’on a peu d’écart. À part cela, il n’y a rien que j’aurais voulu changer. Quant à Godard, mais aussi tout le cinéma français des années 1960 jusqu’aux années 1980, ça a vraiment été une grande découverte pendant mon année de terminale. J’ai été émerveillée par ce monde, fascinée par les couleurs et les histoires de Godard en particulier dans Le Mépris. Faire ce clin d’œil à Godard et à Brigitte Bardot (pour qui j’éprouve également une grande admiration) était important pour moi. Je trouvais la scène assez drôle… Comment avez-vo

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Sandrine Kiberlain, les liens du sans : "Mon Bébé"

Comédie Dramatique | De Lisa Azuelos (Fr, 1h27) avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Sandrine Kiberlain, les liens du sans :

Jade va passer le bac. Et ensuite ? Direction le Canada pour ses études. Comme elle est la dernière des trois enfants à quitter la maison, sa mère Héloïse commence à angoisser à l’idée de la séparation. Et de la solitude : Héloïse vit sans mec, et a de surcroît un père en petite forme… Il aura fallu à Lisa Azuelos une tentative d’éloignement d’elle-même (le faux-pas Dalida) pour se rapprocher au plus près de ses inspirations, et signer ce qui est sans doute son meilleur film. En cherchant à exorciser son propre “syndrome du nid vide“, la cinéaste a conçu un portrait de parent — pas seulement de mère ni de femme — dans lequel beaucoup pourront se retrouver : égarée dans l’incertitude du quotidien, redoutant le lendemain, son héroïne tente d’emmagasiner (avec son téléphone) le plus d’images d’un présent qu’elle sait volatil. Dans le même temps, elle est gagnée par une tendre mélancolie : des souvenirs de Jade petite se surimprimant par bouffées soudaines sur sa grande ado. Grâce à ces flash-back doucement intrusifs, contaminant le présent

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Une aussi longue attente : "Pupille"

Drame | de Jeanne Herry (Fr, 1h47) avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Une aussi longue attente :

Une jeune femme arrive pour donner naissance à un petit garçon dont elle ne veut pas et qui aussitôt est pris en charge par toute une chaîne d’assistantes sociales et d’assistants maternels. Au bout du compte, ce bébé né sous X sera confié à une mère célibataire en souffrance d’enfant… De l’amour irraisonné à l’amour inconditionnel. Tel est le chemin que la réalisatrice Jeanne Herry a suivi, troquant l’obsession érotomane destructrice de la fan de Elle l’adore contre le bienveillant désir d’une mère méritante, son opposée exacte. Documenté à l’extrême, suivant une procédure d’adoption dans ses moindres détails psycho-administratifs aux allures parfois ésotériques (le cérémonial de rupture entre la mère biologique et l’enfant peut ainsi laisser dubitatif), Pupille s’échappe heureusement du protocole jargonnant par la mosaïque de portraits qu’il compose. Diversité d’approches, de caractères ; espoirs et désespoirs ordinaires meublent l’existence des personnages intervenant dans la lente chaîne menant le bébé à sa future maman ; autant d’accidents heu

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Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur : "Fleuve noir"

Polar | de Erick Zonca (Fr, 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 18 juillet 2018

Vincent Cassel dans une fugue en ado mineur :

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir… Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à hab

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Invitation à Sandrine Kiberlain

Institut Lumière | Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Invitation à Sandrine Kiberlain

Silhouette présente depuis près de trente ans dans le cinéma français, glissant du drame habité au cocasse halluciné, Sandrine Kiberlain a connu la consécration de ses pairs en 2014 pour 9 mois ferme. Mais elle avait bien failli décrocher la statuette parallélépipédique quelques années plus tôt pour sa prestation dans Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé. C’est ce film qui sera projeté à l’occasion de l’invitation qui lui est offerte par l’Institut Lumière : après un échange avec le maître des lieux Thierry Frémaux, et la projection du court-métrage qu’elle a réalisé, Bonne figure (2016), on la retrouvera dans ce rôle d’institutrice au côté de Vincent Lindon. Mademoiselle Chambon À l’Institut Lumière le jeudi 28 juin à 19h

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Moi, en pas mieux : "La Belle et la Belle"

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr, 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Moi, en pas mieux :

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillières, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres

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Du cœur au ventre : "Diane a les épaules"

Comédie sentimentale | de Fabien Gorgeart (Fr, 1h27) avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire…

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Du cœur au ventre :

Diane est du style à se replacer seule l’épaule lorsqu’elle se la déboite. Ce qui lui arrive souvent en ce moment : elle rénove une maison pour occuper sa grossesse. Diana, qui est enceinte pour un couple d’amis, a tout prévu. Sauf son coup de foudre pour Fabrizio, l’artisan qui l’aide… La présence de Clotilde Hesme au générique d’une comédie sentimentale va devenir un indice de modernité amoureuse : après le ménage à trois des Chansons d’amour (2007), la voici engagée dans une GPA. Cette inscription dans une réalité sociale n’a rien d’anecdotique : elle témoigne d’une volonté de rebattre les cartes d’un genre épuisé, qui d’ordinaire réchauffe des sauces éventées quand elles ne sont pas rancies (nul besoin de citer les coprolithes polluant les écrans). Diane a les épaules renverse les perspective en donnant au caractère féminin la place centrale et décisionnaire (tout en jouant avec ses atermoiements), sans faire l’impasse ni sur sa féminité ni ses sentiments. Au-delà du fait qu’il aborde la GPA, le propos est a

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En-dehors des murs, vers le Sud : "L’Atelier" de Laurent Cantet

ECRANS | de Laurent Cantet (Fr, 1h53) avec avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

En-dehors des murs, vers le Sud :

Autrice de polars, Olivia anime un atelier d’écriture à La Ciotat durant les vacances pour des adolescents désœuvrés. Parmi eux, Antoine, replié sur lui-même et ses jeux vidéos violents, prompt à la provocation raciste et à deux doigts d’un passage à l’acte. Mais lequel ? Fiction documentarisante, cette chronique d’un été réalisée par Laurent Cantet (et comme à l’accoutumée co-écrite par son comparse Robin Campillo) tente de tisser au moins trois fils narratifs au moyen de ce fameux “atelier”, catalyseur maïeutique et générateur dramatique du récit. Grâce à lui, on plonge ainsi dans le passé de la cité et de ses chantiers navals, désormais reconverti dans le luxe (quel symbole !) ; on s’imprègne également du présent, déboussolé par un terrorisme attisant les tensions. Et l’on suit la relation ambigu du quasi hikikomori Antoine avec l’autrice — dont la résidence n’est qu’une parenthèse dans sa carrière. Le problème n’est pas que L’Atelier veuille raconter autant d’histoires à la fois, mais que ses (bonnes) intent

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L'Atelier

Avant-Première | Comment canaliser l’ennui d’une bande d’adolescents désœuvrés pendant les vacances ? En les mettant au travail autour d’un projet littéraire avec une (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

L'Atelier

Comment canaliser l’ennui d’une bande d’adolescents désœuvrés pendant les vacances ? En les mettant au travail autour d’un projet littéraire avec une autrice de polars en résidence dans leur cité méridionale. La greffe prendra-t-elle ? Écrit par Romain Campillo et Laurent Cantet, réalisé par ce dernier qui vient le présenter en avant-première, ce film a déjà eu les honneurs du Festival de Cannes hors compétition. Le voici désormais soumis à votre regard. L'Atelier Au Comœdia le lundi 2 octobre à 20h

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"La Mécanique de l'ombre" : Affaires intérieures

ECRANS | de Thomas Kruithof (Fr-Bel, 1h33) avec François Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Solitaire, chômeur et buveur repenti, un comptable est recruté par un discret commanditaire pour retranscrire à la machine à écrire des écoutes téléphoniques enregistrées sur cassettes magnétiques. Sans le savoir, il va pénétrer dans les sordides coulisses de l’appareil d’État… Un thriller politique s’inscrivant dans le contexte de ces officines supposées gripper ou fluidifier les rouages de notre république, bénéficie forcément d’un regard bienveillant. Pas parce qu’il alimente la machine à fantasmes des complotistes — fonctionnant sans adjonction de carburant extérieur — mais parce qu’elles recèlent autant de mystères et d’interdits que les antichambres du pouvoir américaines, si largement rebattues. Comme un creuset où se fonderaient entre elles les affaires Rondot, Squarcini, Snowden et Takieddine, cette première réalisation de Thomas Kruithof est à la fois très concrète et pétrie de symboles (tel celui du puzzle, l’objet fétiche du héros ; une structure complexe rendue inopérante dès lors que la plus misérable pièce fait défaut). Esthétiquement composé en Scope, ce film à la lisière de l’enquête intérieure et de l’actualité rappelle aut

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François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

3 questions à... | La Mécanique de l’ombre est aussi l’occasion d’explorer celle du comédien en compagnie de François Cluzet. Cours magistral sur son métier qu’il résume ainsi : « Un acteur, c’est d’abord un corps dans une situation. »

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

François Cluzet : « Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant »

Comment ressent-on la question de la surveillance d’une manière générale lorsqu’on exerce un métier où l’on est constamment scruté ? François Cluzet : À dire vrai, je ne m’occupe pas trop d’être scruté ; c’est le problème des spectateurs. Nous, les acteurs, on est des exhibitionnistes ; il faut qu’on se se méfie du narcissisme, de l’ego hypertrophié. Le rôle de l’interprète, c’est uniquement d’être vivant — j’ai beaucoup réfléchi à cela parce que je suis passionné et que j’essaie de faire mon boulot le mieux possible. Alors, depuis très longtemps, je ne joue plus : j’essaie de vivre les situations sans ramener mon grain de sel. Bien sûr, elles sont vécues sur commandes, car reliées au script, mais finalement j’aime bien cette idée. Longtemps ça m’a fait peur, je pensais qu’il ne se passerait rien. Je me suis rendu compte que c’était le contraire. Je me sens proche de cet acteur américain à qui un metteur en scène avait demandé s’il pouvait jouer plus expressif, et qui avait répondu : « — Non, mais toi tu peux rapprocher un peu plus ta caméra. » (rires) Quelles sont les exigences d’un tel rôle ?

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre sup’ au chômage depuis deux ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un script doctor, la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemples à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette — ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort (au point où l’on en est...), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens, ils devaient avoir faim. VR

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Comme un avion

ECRANS | Bruno Podalydès retrouve le génie comique de "Dieu seul me voit" dans cette ode à la liberté où, à bord d’un kayak, le réalisateur et acteur principal s’offre une partie de campagne renoirienne et s’assume enfin comme le grand cinéaste populaire qu’il est. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

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Retour à Ithaque

ECRANS | Avec ce huis clos à ciel ouvert sur une terrasse à Cuba, Laurent Cantet raconte l’histoire d’un pays à travers cinq personnages contraints de faire le bilan de leur existence. Subtil, fort bien écrit et remarquablement interprété, le film manque juste de fantaisie pour aérer son dispositif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Retour à Ithaque

C’est une terrasse ouverte aux quatre vents, dont l’horizon est une mer qui s’étend à l’infini et, en contrebas, une route sur laquelle se déploie un flux de circulation dense et continu. Comme s’il était coincé entre un passé ancestral et mythologique et la triste réalité du quotidien, ce petit théâtre va réunir cinq personnages en quête de hauteur. Pourtant, tout démarre sur des considérations on ne peut plus triviales : Amadeo revient à Cuba après seize ans d’exil et ses anciens camarades le saluent par des plaisanteries amicales, comme si ces retrouvailles étaient surtout l’occasion de trinquer ensemble et de se remémorer les bons moments du passé. Cette spontanéité des comédiens, excellents et très bien dirigés, c’est la marque Laurent Cantet depuis qu’il a choisi, avec son palmé Entre les murs, de faire des portraits de groupe où la parole et ses nœuds constituent sa matière dramatique. Cinéaste nomade — après Foxfire, tourné en anglais au Canada, il pose

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre derrière un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch — une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées — à son contexte — la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale — semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de re

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Tip Top

ECRANS | De Serge Bozon (Fr, 1h46) avec Isabelle Huppert, François Damiens, Sandrine Kiberlain…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tip Top

L'engouement critique autour du dernier Serge Bozon, déjà coupable d’avoir réalisé La France avec ses poilus entonnant des chansons mods, en dit long sur l’égarement dans lequel s’enfonce une partie du cinéma d’auteur français. Encenser avec une complaisance navrante le film le plus mal foutu de l’année, dont la vision relève de l’expérience narcotique tant ce qui se produit à l’écran n’a aucun sens, aucun rythme et passe son temps à se chercher des sujets en faisant mine de se rattacher à des genres — dans cette comédie policière, rien n’est drôle, et l’intrigue est racontée en se moquant de la plus élémentaire logique — c’est offrir à Bozon ce dont il rêve le plus : légitimer son discours en fermant les yeux sur son incompétence de réalisateur. Disciple de Jean-Claude Biette et de son cinéma de la digression, Bozon en offre une version dandy, où les intentions maculent l’écran. Tip Top parle vaguement de son époque — du racisme à la perversion sexuelle, même si on ne sait trop ce que le cinéaste a à en dire — mais c’est dans une poignée de séquences what the fuck que l’on sent Bozon le

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Foxfire

ECRANS | Le nouveau film de Laurent Cantet est à la fois un contrepied et un prolongement de sa Palme d’or «Entre les murs», où il montre comment, dans les années 50 aux États-Unis, un «gang de filles» se transforme en utopie collective. Passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 20 décembre 2012

Foxfire

Superficiellement, Foxfire ressemble à une réponse à la Palme d’or surprise obtenue par Laurent Cantet avec Entre les murs : un film d’époque se déroulant aux Etats-Unis dont l’intrigue nécessite un vrai parcours romanesque plutôt qu’un pur dispositif. Mais Cantet appréhende tout cela comme un territoire nouveau sur lequel il greffe les principes de mise en scène et les thèmes qui traversent son cinéma. Ainsi de la reconstitution des années 50, fondue dans l’action, jamais ostentatoire ; ainsi aussi de l’argument, où des adolescentes lassées d’être traitées comme des faire-valoir décident de fonder une société secrète, d’abord groupuscule lancé dans des missions punitives, puis communauté assurant son autosuffisance en instrumentalisant le machisme qui les entoure. L’utopie confrontée à la réalité, c’était déjà le thème d’Entre les murs, même si Cantet en donne ici une vision plus ample ; non pas un individu face à un groupe, mais un groupe face à une société. Renardes en feu Le film décline ce combat en trois parties : la

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Pauline détective

ECRANS | De Marc Fitoussi (Fr, 1h41) avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy…

Christophe Chabert | Mardi 25 septembre 2012

Pauline détective

Sur les pas de Pascal Thomas période Agatha Christie, Marc Fitoussi (La Vie d’artiste, Copacabana : un bon auteur de comédie, donc) se vautre complètement avec ce Pauline détective qui sent vite l’impasse. Il faut dire qu’entre les déboires sentimentaux trop ordinaires de ladite Pauline, et ses vacances avec sa sœur et son beau-frère en Italie, pleines de clichés sur les Français à l’étranger, le fond de la sauce est déjà épais. Mais c’est bien dans le vrai-faux film policier que les choses virent au naufrage : que Pauline s’entête à voir du crime et du mystère partout, soit ; mais l’indifférence générale qui entoure ses velléités de détective, à commencer par celle de Fitoussi, trop occupé à dessiner un contexte pop à coups de couleurs acidulées et de dressing top tendance, ne permet aucune identification au personnage et aucun début d’intérêt pour l’intrigue. On comprend vite qu’on est face à une suite de fausses pistes traitées au deuxième degré et sans aucune rigueur, sacrifiant au passage la pauvre Sandrine Kiberlain, dont la carrière v

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L’Oiseau

ECRANS | D’Yves Caumon (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Clément Sibony, Bruno Todeschini…

Dorotée Aznar | Mardi 17 janvier 2012

L’Oiseau

Alors que partout ailleurs, le cinéma d’auteur semble prendre conscience que la radicalité formelle ne vaut rien si elle ne sert pas à intensifier les émotions (des personnages et des spectateurs), la France continue à délivrer des films "poisson-mort", beau mais froid et l’œil vide. Oiseau-mort dans ce cas précis, puisque Yves Caumon fait de la brève existence du volatile, incrusté dans l’appartement d’une Sandrine Kiberlain qui, pour une fois, ne se retrouve pas à jouer les seconds rôles indignes de sa valeur d’actrice, la durée nécessaire de son retour à la vie. Le début, intrigant, ressemble à certains Polanski première période : le film observe une névrose depuis les craquements des murs, les ombres du dehors, les manies inexpliquées de l’héroïne… Quand il s’aventure hors de l’appartement, le film perd peu à peu toute étrangeté, mais surtout Yves Caumon révèle trop tôt le pourquoi de ce comportement, ramenant le tout à un banal psychodrame. Ne reste plus alors que l’arrogance de longs plans méticuleusement composés et éclairés, un cinéma qui se regarde filmer et qui ne véhicule ni émotions, ni idées, juste des intentions.Christophe Chabert

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Les Femmes du 6e étage

ECRANS | De Philippe Le Guay (Fr, 1h46) avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke…

Christophe Chabert | Jeudi 10 février 2011

Les Femmes du 6e étage

Visiblement passé sous les fourches caudines des «décideurs» du cinéma français, "Les Femmes du 6e étage" fait partie de cette zone grise où vont s’entasser en ce début de saison des films tièdes, manquant de tranchant et d’enjeux, sinon de mise en scène. Philippe Le Guay avait des velléités modianesques au départ, totalement gommées à l’arrivée. À la place, cette comédie humaniste antidate dans les années 60 la prise de conscience par un banquier bourgeois (Luchini, reprenant en mode mélancolique son rôle dans "Potiche") de la condition des femmes de ménage espagnoles vivant au-dessus de son appartement. Le Guay parle dans une transparence trop voyante du racisme contemporain, mais ce discours-là ne va pas bien loin. Plus intéressante est la tentative d’érotiser ce revirement politique. L’attirance entre le banquier et la jeune (très) bonne qui prend la suite d’une gouvernante ronchonne signifie bien que la lutte des classes est surtout soluble dans la chimie des corps. Un plan très bref sur l’anatomie magnifique de la formidable Natalia Verbeke fait penser au désir trouble des films de Buñuel. Mais n’exagérons rien : "Les Femmes du 6e étage", avec sa photo plate et son ambitio

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

Dorotée Aznar | Lundi 12 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand-peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les silences chastes, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer ‘Les Regrets’ de Cédric Kahn pour ‘Bad Boys 2’. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur routine mécanique que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense.

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Entre les murs

ECRANS | Laurent Cantet et François Bégaudeau mettent en scène, dans un troublant faux-semblant entre réel et fiction, une classe de quatrième où le langage, les codes et les rapports de force fondent une dramaturgie efficace, pour un film distrayant et bien dosé. CC

Christophe Chabert | Jeudi 11 septembre 2008

Entre les murs

D’abord, la Palme. Si Entre les murs avait raflé la prestigieuse récompense cannoise il y a cinq ans, un tel choix aurait entériné avec beaucoup de culot une idée forte : la transformation du cinéma au contact de la télé-réalité et de sa puissance pour recréer, par des dispositifs sophistiqués de mise en scène et de scénario, le réel. Ten de Kiarostami fut l’étendard de ce cinéma retrouvant une nouvelle jeunesse en suçant le sang de ce grand autre télévisuel. Mais voilà, Entre les murs sort en 2008, une année où les films les plus forts se singularisent par un sens impressionnant du décor-personnage (de Dark Knight à Gomorra en passant par Wall-E) ou des narrations monstrueuses (Dark knight encore, Desplechin et son Conte de noël). À côté, Entre les murs, son anti-décor (jamais Laurent Cantet ne filme l’école dans un plan d’ensemble, et l’espace du film est aussi claustro que la prison de Oz) et sa mise en scène cherchant à se faire oublier sans arrêt, est un objet à contretemps, plaisant comme les tribulatio

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«Présupposer l’égalité»

ECRANS | Entretien / Auréolés d’une Palme d’or surprise avec «Entre les murs», Laurent Cantet (réalisateur) et François Bégaudeau (acteur et auteur du livre original) s’apprêtent à passer le grand oral du public avec un film aussi rusé qu’intelligent. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 septembre 2008

«Présupposer l’égalité»

Petit Bulletin : Qu’est-ce qui a motivé l’adaptation d’Entre les murs ?Laurent Cantet : Je n’ai pas la moindre idée du pourquoi je fais un film plutôt qu’un autre. C’est un jour un sujet sur lequel je commence à réfléchir, qui en amène un autre, et d’un seul coup, j’ai l’impression d’avoir envie d’y réfléchir pendant les trois ou quatre ans que vont durer la préparation et le tournage. Après il y a des convergences, l’envie de donner des nouvelles du monde dans lequel on vit, de montrer des personnages en essayant d’être le plus proche d’eux, de montrer le groupe et la difficulté pour y trouver sa place… Ce n’est jamais la forme que cela peut entraîner, par exemple ici l’improvisation avec les acteurs ?LC : L’origine du film n’est pas là. Après, j’ai toujours pensé que faire un film c’était trouver le dispositif de fabrication approprié à chacun. C’est vrai que mon premier court-métrage, Tous à la manif, était fait un peu comme Entre les murs, avec une bande de lycéens à qui j’avais laissé pas mal d’espace dans l’écriture. J’avais le sentiment d’avoir trouvé un début de méthode que j’ai p

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Son K, à part...

ECRANS | Sandrine Kiberlain, actrice et chanteuse, n'hésite plus à remettre son image en jeu, entre chansons distanciées et comédies noires. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 septembre 2007

Son K, à part...

On ne l'a pas vue venir, Sandrine Kiberlain. Si on nous avait dit, en début d'année, qu'elle se révèlerait en 2007 comme une de nos meilleures actrices, cela nous aurait surtout bien fait marrer. Mais voilà, de l'excellent Très bien, merci à la recommandable comédie La Vie d'artiste (critique en page 18), c'est elle qui est en train de nous faire rire, tandis que d'autres (Ludivine Sagnier, Karin Viard, Cécile de France...) ne nous arrachent même plus un sourire à force de se caricaturer dans trop de mauvais films. Kiberlain, pourtant, revient elle aussi de ce triangle des Bermudes où la hype et les césars vous ouvrent les portes de tous les directeurs de casting, puis vous emmènent vers le cinéma autoproclamé «populaire de qualité» (Miller, Jolivet, Jacquot). Là-bas, des cinéastes font défiler les comédiens à la mode jusqu'à l'épuisement de leur image. Pour Kiberlain, la sortie de ce bourbier s'est fait par la chanson. Un premier album de variétés light (Manquait plus qu'ça) qui aura eu une vertu : lui permettre d'endosser, à l'orée de la quarantaine, âge cruel en général pour les actrices, une décontraction et une dérision salvatrices. À vendre"Vous voulez dire que l'

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